Sous la première République, pas de Président de la République. Il faut attendre la courte deuxième République et Louis-Napoléon Bonaparte pour trouver le premier représentant du troupeau. Napoléon le petit, comme se plaisait à l'appeler Victor Hugo, ayant trahi la république en instaurant l'Empire, il a été privé de nom de rue à Paris, bien fait ! Mais comme nous n'en sommes pas à une contradiction près, si le Président est honni, l'Empereur ne l'est pas : pas de rue Louis-Napoléon Bonaparte donc, mais il y a une place Napoléon III dans le Xème arrondissement.

Passons à la troisième République et commençons avec un beau morceau : le petit père Adolphe Thiers, Président de 1871 à 1873, l'homme qui a fait réprimer sauvagement dans un bain de sang la Commune de Paris. Ce bel exploit sportif lui vaut d'être célébré dans presque toutes les villes de France. Paris n'y fait pas exception : il a sa rue et même un square en prime dans le XVIème arrondissement (et bien sûr, il a sa place à Versailles, cela va de soi).

Puisque l'on en est à la série des glorieux bouchers, enchaînons sur son successeur, l'ineffable Mac-Mahon, qui conduisit l'armée versaillaise à la victoire sur ces pouilleux de Communards (30000 personnes massacrées, beau score !). Pas de souci pour lui : il a une avenue à son nom dans les beaux quartiers de Paris (XVIIème arrondissement).

Jules Grévy, qui lui a succédé de 1879 à 1887, rompt la série sanglante. Même si, Président de l'Assemblée, il a condamné la Commune, il a eu la sagesse de confier alors les pouvoirs à Thiers (démerde-toi mon vieux !). Bien joué ! Cette astuce lui permet de ne pas rester dans l'histoire comme le bourreau de la Commune. En revanche, pour la postérité parisienne, c'est râpé : que dalle à son nom ! Pas une rue, pas même un square ! La dêche absolue ! Premier coin dans l'argument pro "quai Mitterrand"...

Sadi Carnot, Président de 1887 à 1894, a connu une fin tragique, poignardé par un anarchiste. Il méritait bien un petit hommage. Mais bon, faut pas pousser pour autant : une villa (petite voie privée) dans le XIXème arrondissement, c'est bien suffisant.

Jean Casimir-Perier n'a été Président qu'un peu plus de six mois, de la mi-1894 à début 1895. On ne va pas chipoter pour autant : il a sa rue dans le VIIème arrondissement.

Félix Faure fut, de tous les Présidents, celui qui connut la plus belle fin, en 1899. Inutile de revenir sur cet épisode célébrissime de l'histoire de France. Un Président mort dans l'exercice de ses fonctions sexuelles, ça mérite bien un immense hommage : Félix Faure a donc droit à une avenue, une rue et un square à son nom dans le XVème arrondissement, ainsi qu'à une villa dans le XIXème arrondissement.

Bon, accélérons le mouvement pour torcher la fin de la troisième République...

Émile Loubet, président de 1899 à 1906, n'a droit qu'à une modeste villa dans le XIXème arrondissement (toujours dans le même quartier des villas présidentielles).

Même punition pour Armand Fallières, président de 1906 à 1913 : une petite villa dans le même coin.

Raymond Poincaré, président de 1913 à 1920, est mieux loti : il a droit à une avenue dans le XVIème arrondissement. Dommage, il y avait pourtant mieux à faire : un "rond-point Poincaré", ça aurait eu plus de gueule, non ?

Paul Deschanel, lou présidou ravi qui tombait des trains en pleine nuit et ne fit qu'un court mandat de quelques mois avant de démissionner sous la pression insistante de ses amis politiques, ne pouvait décemment prétendre à une avenue. Il a son allée dans le VIIème arrondissement, et c'est déjà bien pour un fadard.

Alexandre Millerand, qui fit quatre ans de mandat avant de démissionner, est, comme Grévy, un des cocus de l'histoire : nib de chez nib, pas une rue, pas une allée !

Remarquez, ce n'est pas mieux pour son successeur Gaston Doumergue, Président de 1924 à 1931 : cocu lui aussi !

Mais peut-être est-ce parce qu'on le confond avec son successeur Paul Doumer. Lui n'a fait qu'un an de mandat, mais il a eu la bonne idée de se faire assassiner en 1932 : c'est bon pour la postérité, ça, Coco ! Résultat : une belle avenue dans le XVIème arrondissement !

La troisième République se termine en couille avec Albert Lebrun élu en 1932 et réélu en 1939, mais qui eut quelques petits soucis par la suite. Pas de rue pour lui !

Il faut attendre 1947 et la IVème République pour retrouver un nouveau Président : Vincent Auriol, qui a son boulevard et sa villa dans le XIIIème arrondissement.

René Coty, lui succède de 1954 à 1959 : allez hop, on n'est pas chien, une avenue dans le XIVème pour lui !

On se rapproche à grands pas d'aujourd'hui en entrant en 1958 dans la Vème République. Inutile de rappeler que Charles de Gaulle a eu droit à un brillant hommage avec la place de l'Etoile rebaptisée à son nom. Même si les Parigots-têtes-de-veau continuent obstinément à l'appeler Place de l'Etoile. Ils sont contrariants ces gens-là !

Georges Pompidou a eu droit à une voie sur berge (non, non, ne cherchez pas de contrepet) et la place devant le Centre du même nom. Décidément, ça paye de mourir avant la fin de son mandat !

Et puis nouvelle injustice : Valéry Giscard d'Estaing, pourtant mort deux fois, en 1981 et en 2005, n'a toujours aucune rue à son nom. Quand je vois ça, ça me fend le coeur !

On en revient à François Mitterrand, dont le quai a fait couler beaucoup d'encre (en oubliant qu'il a une rue aussi dans le XIIIème, devant la bibliothèque du même nom).

Reste le cas, Jacques Chirac. Puisqu'on ne l'a pas fait pour Mitterrand, faisons-le pour Jacquot : je propose qu'après sa mort, on donne son nom à la rue de la Grande Truanderie, dans le Ier arrondissement.

Avouez qu'une plaque pareille, ça aurait de la gueule !



Résultat des courses : si l'on exclut Chirac et VGE (une dépêche, tombée à l'instant sur nos téléscripteurs, nous informe qu'il ne serait pas encore tout à fait mort), ça nous fait 4 Présidents sur 20 qui peuvent se brosser dans leur tombe. 20% de cocus ! Et encore, dans les 80% d'élus, on a vu que nombreux étaient ceux qui n'avaient droit qu'à une modeste villa ou allée. Autrement dit, on nous a encore bourré le mou, quoi !

Mais l'essentiel est là : j'ai la réponse à ma question, je vais pouvoir dormir tranquille ! ;~)