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jeudi 25 décembre 2008

AndiamoLes solutions d'onc' Andiamo

AH ! Que n’ai-je entendu souvent des jérémiades sur des sujets aussi variés que divers … Ou inversement !

Par exemple : le prix prohibitif des produits médicamenteux.

-Les enfants qui grandissent trop vite.

-La belle-mère envahissante.

-Les coûteux repas de famille, etc, etc...

Heureusement, doté de supers pouvoirs, BLOGBORYGMES a la solution parfaitement adaptée à tous vos soucis du quotidien.

Ne me remerciez pas (pas immédiatement en tout cas) l’altruisme est ma seconde nature.

Contre le vieillissement prématuré de votre progéniture :

-Ah la la ! Les enfants grandissent trop vite, elle (ou il) était si adorable étant petit, regardez moi cet (te) adoléchiant (e) boutonneux (se) une vraie chienlit !

La solution, onc’ Andiamo possède LA solution : Congelez vos enfants !

Ainsi quand la tante Simone qui habite le fin fond de l’Aveyron, viendra vous rendre visite (comme chaque année pour se goinfrer de chocolats), elle demandera à voir les enfants : sortez les du congélateur et là, bouche bée elle déclarera :

-Ah ça mais ! Ils n’ont pas changés, toujours aussi adorables, et calmes avec ça !

Une belle-mère qui déboule à tout moments ?

De manière aussi inattendue qu’importune ? Une fouineuse qui colle son pif partout ? Plus envahissante qu’ Attila, qui en comparaison ferait figure d’invité recommandable ?

Encore une fois LA solution :

Nul besoin de l’inviter pour Noël, de toutes façons elle sera là ! Avec son lot de cadeaux à la con : les cubes en bois avec en imprimé l’alphabet pour votre gamin de dix ans, une dinette en plastique recyclé pour l’aînée de douze ans, qui a lu et relu le Kama-Soutra depuis belle Burette !

Les sempiternels boutons de manchettes pour vous, alors que vous ne portez QUE des sweet-shirts ou des polos.

Et enfin LE parfum à 4,95 pour votre chère et tendre qui finira dans les gogues comme les précédents !

Alors voilà : tendez une corde (assez solide) dans l’escalier de la cave, dévissez l’ampoule du dit escalier, quand jolie maman sera là, au moment de passer à table, déclarez lui d’un air sournois :

-Jolie maman, si vous choisissiez le vin devant accompagner la dinde ? Je connais votre goût exquis, pour le choix des crus. (il n’y a pas de contrepèterie)

-Flattée la belle-doche ! Tu penses, elle en mouille sa culotte !

-C’est trop d’honneur mon gendre ! Rétorquera-t-elle d’un air faussement modeste.

Ouvrez lui alors la porte de la cave, appuyez sur l’interrupteur, prenez votre air le plus con (ça ne devrait pas poser de problèmes, j’y arrive parfaitement).

-AH ! L’ampoule est grillée …

Puis effacez vous, en déclarant de votre timbre le plus suave :

-Après vous chère MÂÂÂME !

Jolie maman descend… Et BADABOUM, un joli " roulé-boulé " avec sac de plâtre à l’arrivée !

Dispensez-vous tout de même du :

-Et voilà jolie maman : c’était votre bûche de Noël ! Ce serait tout à fait déplacé.

Les médicaments trop chers ?

Le cataplasme à la bouse de vache… C’est gratos !

Prenez un vieux sac, mettez vous au cul d’une vache, attendez qu’elle défèque (généralement l’attente n’est pas bien longue, surtout si vous avez glissé de l’hellébore dans le fourrage).

Ensuite lorsque l’animal consent à se soulager, plaquez-lui votre sac au cul, et sans attendre, appliquez le cataplasme bien chaud sur la poitrine de votre progéniture toussotante.

Si l’enfant se plaint de l’odeur, rétorquez lui : " c’est le double effet kiss cool " :

-1) Un enveloppement chaud.

-2) Une inhalation de vapeurs bienfaisantes, autrefois appelées : fumications.

Et puis le soir avant vingt heures, obligez votre enfant à regarder : la météo présentée par Evelyne Dhéliat, en tant que purge il n’y a pas mieux ! Chiasse assurée.

Evelyne Dhéliat : la dragée Fuca du pauvre.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais finauds comme vous l’êtes sans aucun doute : OUI, cette Evelyne là nous planque toujours la Bretagne avec ses nichons, les pauvres BRESTOIS : niqués, ils ne savent JAMAIS le temps qu’il fera sur leur belle région.

Remarquez nous non plus, étant donné qu’elle se plante régulièrement !

Et puis vous connaissez le dicton : qui écoute la météo... Reste au bistrot !

Jambe cassée ? Pas de panique ! Nul besoin de radio, pliez la jambe à l’endroit qui vous paraît suspect, si au beau milieu du tibia le mollet se plie à l’équerre, et que la personne concernée pousse un hurlement, aucun doute : c’est une fracture !

Rendez-vous dans votre grande surface de bricolage préférée, achetez un tube d’évacuation en P.V.C de 200 mm. de diamètre, coupez une longueur d’1 mètre environ (selon la taille de la guibole à immobiliser) glisser la jambe endommagée à l’intérieur du tube, puis coulez du plâtre à modeler, à l’intérieur, en ayant pris soin de boucher l’extrémité avec des vieux journaux, pourquoi vieux ? Pour ne point gaspiller….

Laissez sécher, puis attendre 6 à 7 semaines, au bout de ce laps de temps, tapoter avec un marteau tout autour du tube de P.V.C, afin de décoller le plâtre.

Tirez d’un coup sec, et surprise… Une épilation gratuite !

Pas de dinde à Noël ? Trop chère une dinde, comme je vous comprends, pas de panique, tonton Andiamo est là !

Confisquez à votre enfant le gros canard en peluche offert par la tante Simone l’année passée, retirez lui le ridicule costume marin façon " Donald " dont il est affublé, arrachez également les yeux de porcelaine, l'un d'eux "monté" sur un anneau de rideau, fera une bague fort acceptable, le jour de votre anniversaire de mariage.

Bourrez le faux canard avec du canigou, royal canin, ou César, enfin tous ces aliments pour animaux qui ne font pas forcément le bonheur de vos compagnons, mais remplissent copieusement les poches des revendeurs.

Passez le tout au four, en ayant pris soin d’arroser copieusement la peluche de jus de sardines à l’huile, mettez les sardines de coté, elles feront une EXCELLENTE entrée !

Et ce vingt minutes avant l’arrivée des convives. Quand ceux-çi arriveront, immanquablement ils vont s’écrier :

-Mais tu as préparé des harengs ?

-Bah nan rétorquerez vous :

- J’ai mis une dinde au four !

-Comment ? Pourtant ta belle-mère est toujours là ! (non je déconne).

-Ah Les salauds ! Ils m’ont refilé une volaille élevée à la poudre de poisson, les fumelards, les endoffés !

Alors, précipitez vous dans la cuisine, retirez la peluche du four (n’ayez crainte, l’odeur découragera les plus téméraires de vous accompagner), videz là, et récupérez la nourriture pour animaux.

Ensuite servez cette « farce » à vos invités en vous confondant en excuses, et promettant moults sévices à l’encontre de l’odieux volailler.

On vous félicitera de votre présence d’esprit, et d’avoir pu sauver un réveillon voué à la catastrophe.

Pour les jouets et cadeaux ? Dispensez-vous de cet odieux échange de conneries à trois francs six sous, qui finiront au mieux dans une brocante, au pire dans la poubelle.

Quant aux jouets pour les mômes ne vous emmerdez pas, déclarez à vos enfants que chez vous le Père Noël ne passe QUE le 25 au matin.

Le 25 au matin, levez-vous de bonne heure, et arpentez la rue dans laquelle vous habitez, récupérez tous les cartons et emballages qui traînent, disposez les devant la cheminée, en ayant pris soin de les envelopper dans du : "papier cadeau ", mais si vous savez tous ces papiers à la con avec des sapins, bonshommes de neige, et autres boules multicolores.

Disposez au pied du sapin (en plastique recyclé) tous ces magnifiques paquets.

Huit heures : les chères têtes blondes déboulent au pied du sapin, ouvrent fébrilement les paquets… Vides, ils sont vides !

Alors jouez leur la grande scène de l’indignation, traitez le père Noël de salopiot, d’encaldossé, même de : fumier de lapin (vous pouvez exceptionnellement) oser faire ça à des enfants !

Au bout de cinq minutes, vos enfants joueront avec leurs jolies boîtes toutes neuves, comme tous les mômes d’ailleurs, délaissant leurs joujoux, clinquants et rutilants pour se traîner dans l’immense carton ayant contenu la maison de poupées.

Allez bonne journée à toutes et à tous, on dit MERCI QUI ?

Tout de même un p'tit crobard pour faire passer la pilule, (ou la dragée FUCA), on n'est pas (trop) des pères fouettards...

Dessin Andiamo 2008.

En cette nuit de Décembre, jaillissant du sol.

Une chose visqueuse, noirâtre, et molle.

Que pour servir leur ambition, plus tard les hommes.

Raffinèrent, filtrèrent, nommèrent : pétra oléum.

Suivant l'étoile, vinrent les rois voisins d'Israël.

Ils se nommaient je crois : MOBIL, CALTEX, et SHELL.

Ecrit en vers de douze pieds, c'est bien.

On m'a soufflé à l'oreille : c'est un Alexandrin !

Ouais je sais, ce sont des vers de mirliton, mais ça m'amuse ! Alors pourquoi bouder son plaisir en ces jours de liesse....

JOYEUX NOËL A TOUS !

dimanche 21 décembre 2008

Tant-BourrinBrouillon de culture (3)

Le premier billet a été celui du lancement, le deuxième a été celui du triomphe : "Brouillon de culture" est devenu le centre vribant du bon goût et du savoir sur la toile, le rendez-vous incontournable que vous attendez tous pour éviter de passer pour un gros rustaud dans les salons où l'on cause d'autre chose que de la "Roue de la fortune".

Voici donc le troisième volet de la série et, justement, parlant de séries, ce billet est entièrement consacré à quelques séries cultes qu'il faut impérativement avoir vues dans sa vie sous peine de perdre tout crédit à mes yeux (et dieu sait que vous n'en avez déjà plus beaucoup !)...

En avant, suivez le guide spirituel !





Couscous 1999

Le 13 septembre 1999, le cuisinier de la base lunaire Alpha décide de préparer un énorme couscous pour les occupants du site. Mais, trop absorbé par la préparation du hors d'oeuvre (des oeufs moyannaise), il oublie son couscoussier sur le feu. Celui-ci, surchauffé, finit par exploser, et la violente déflagration qui s'ensuit propulse la Lune hors de son orbite terrestre, puis au-delà du système solaire. Sous la férule du commandant Kenelle, les 311 survivants vont errer dans le cosmos en espérant trouver un jour la recette pour regagner la Terre. Hélas pour eux, ils n'en ont pas fini de pédaler dans la semoule...





Les clystères de l'Ouest

Cette série culte met en scène les aventures de deux agents des United States Transit Service dans l'Ouest américain, James Pouet et Artemus Colon, qui luttent inlassablement contre la constipation. Autant James Pouet est un homme d'action qui aime administrer des laxatifs de force, autant Artemus Colon use de subterfuges - déguisements et inventions loufoques - pour enfoncer ses clystères dans le fion des constipés chroniques et leur faire un lavement par surprise. Un de leurs adversaires les plus acharnés est le diabolique Docteur Miguelito Crotteless, terriblement méchant car terriblement constipé.





Star grek

Cette série narre les aventures vécues, au XXIIIe siècle, par James T. Kirkis, dirigeant du label Enferprise et de son équipe. Leur mission est d'explorer la galaxie de l'art lyrique afin d'y découvrir d'autres formes de chansons et de faire frissonner ainsi les oreilles humaines. La phrase introductive du générique campe tout de suite le décor : "Chansonnette, frontière de l'insipide vers laquelle voyage notre label spécial Enferprise. Sa mission de cinq ans : explorer de nouveaux mondes sonores, découvrir de nouvelles scies musicales, d'autres conceptions de l'art et au mépris du danger, avancer vers l'inconnu." Sous l'influence de Nana Spockouri, membre de l'équipage humanoïde aux oreilles pointues, l'équipe revient de mission avec des airs de sirtakis qui, étrangement, peinent à s'imposer dans les hit-parades face aux raps, r&b et autres funks.





Mission impassible

Cette série met en scène une équipe d'agents secrets américains chargés de missions toutes plus délicates les unes que les autres. Chaque épisode commence par l'annonce de la mission faite, via un magnétophone, à l'agent Jim Phlegms : "Bonjour, Monsieur Phlegms. Votre mission, si toutefois vous l'acceptez consistera à bla bla bla..." Cette annonce se termine invariablement par l'avertissement : "Si vous ou l'un de vos agents était capturé ou tué, le Département d'État nierait avoir eu connaissance de vos agissements. Bonne chance, Jim", suivi de l'auto-combustion de la cassette... Et tout aussi invariablement, dans chaque épisode, Jim Phlegms se contrefous de la mission, trouvant plus important d'aller finir sa sieste dans le hamac plutôt que d'aller risquer sa peau dans des galères crapoteuses, préférant laisser ce soin aux jeunes agents carriéristes du service. L'épisode se conclut donc systématiquement par 50 minutes de ronflements de Phlegms, à l'exception de l'épisode 11 de la saison 2 qui recèle un rebondissement aussi inattendu qu'haletant : Phlegms sacrifie sa sieste à une grillade entre amis et allume le barbecue en y déposant la cassette auto-inflammable.

jeudi 11 décembre 2008

Saoul-FifreLa tarte aux poils

Il fait froid, il fait gris, il pleut, il grésile, il neigeouille sur Paris, on se croirait presque chez Freefounette et trois escortboys font le pied de grue et les 100 pas sous les galeries des belles rues de la Rive droite où les commerces de grand luxe s'alignent sans discontinuer.

Ce soir les idées ne se bousculent pas au portillon sous ma plume et je me contente de rebondir sur le commentaire de Françoise ainsi que de faire un clin d'œil au dernier billet de Mademoiselle Dusk , experte en babyfaces s'il en est.

Dans cette famille, c'était une tradition masculine de faire commerce de ses charmes, et ils étaient là tous les trois, le grand-père, son fils et son petit-fils, frigorifiés, à échanger leurs souvenirs et leurs expériences en attendant la cliente. La palette de leur offre étant large, ils pouvaient satisfaire toutes les bourses, même les plus modestes.

Le plus jeune, un grand Apollon tout maigre avec l'œil cerné de l'étudiant insomniaque, affirma d'une voix décidée que, "crise ou pas crise, il ne fallait pas brader les prix et que personne ne l'avait vu sucer une moule pour moins de 150 €."

Le pépé se récria : "Mais ça fait 150 000 centimes de francs, au moins, mais tu es fou, mon pauvre petit !"

Son fils le reprit : "Mais non, papa, tu t'embrouilles encore avec les roros, mais c'est vrai qu'à son âge, quand je les avais bien léchées et qu'elles me donnaient de quoi m'offrir une bonne assiettée de pot-au-feu chez Gégène, je m'estimais suffisamment payé !"

Le vieux secoua la tête en soupirant : "Elle est bien difficile à satisfaire, votre jeune génération. Moi à mon époque, un broute-minou en hiver, j'étais déjà sacrément content de pouvoir me glisser le nez dans un endroit tout chaud..."

dimanche 7 décembre 2008

AndiamoLa petite pièce

ETUDE DE MAÎTRE JOSEPH BOURNAZIEUX

NOTAIRE

LE TREPORT (SEINE MARITIME)

Monsieur.

Etant chargé, par autorité de justice, de régler la succession de votre oncle et de votre tante, Monsieur et Madame Chanteloup, Alfred et Armande, je vous prie de bien vouloir prendre contact avec mon étude afin que nous convenions d’un rendez-vous.

Je vous prie de croire Monsieur…


Suivaient les politesses d’usage. Stéphane, après avoir signé le récépissé du recommandé, venait de lire la lettre que lui adressait Maître Bourna machin-chose.

Ben merde, la tante Armande, s’exclama-t-il ! Oh ! Il l’avait vaguement connue autrefois. Il était tout gamin alors, quatre ou cinq ans tout au plus. Une sœur de son père, puis cette tante était partie s’installer à Mers-Les-Bains, avec son oncle, alors ils s’étaient perdus de vue. Un jour, les gendarmes étaient venus, il était encore enfant : la tata et le tonton avaient disparus, une enquête était ouverte.

Son père avait été un peu triste, sans trop, lui et sa sœur ayant une grande différence d’âge : dix-sept ans ! Sa sœur beaucoup plus âgée que lui, ils n’avaient pas vécu l’enfance ensemble… Forcément.

L’éloignement n’avait pas arrangé les choses, et puis, pour couronner le tout, le beau-frère détestait les enfants ! Lui et sa tante n’en avaient jamais eus. Pour cette raison et bien d’autres encore, ils ne s’étaient jamais fréquentés.

Stéphane posa la lettre sur la desserte de l’entrée, puis continua ce qu’il était en train de faire : la vaisselle. Ayant reçu des copains la veille, sa femme et lui étaient allés se coucher, remettant la corvée au lendemain.

Il profitait d’un R.T.T de quelques jours pour régler des problèmes laissés de côté : demandes de prêts pour l’achat d’un appartement, régularisation de quelques dossiers négligés, plus deux ou trois bricoles en « stand-by ».

Quand Josette, son épouse, rentra le soir, plus tard qu’à son habitude, Stéphane lui tendit la lettre.

- Attends que je me déshabille au moins ! J’suis vannée, la grève encore ! Une heure d’attente à la gare du Nord.

- Ben dis-donc, te v’là riche ! dit la charmante épouse après avoir pris connaissance du courrier.

- Tu parles, rétorqua le mari, ce doit être une vieille bicoque, depuis le temps qu’elle est inoccupée, trente ans… C’est une ruine, oui !

- Bon écoute : je téléphonerai demain afin de prendre rendez-vous, un petit viron au bord dela mer, ça nous fera du bien, on va s’oxygéner les éponges, et je ne te parle même pas du plateau de fruits de mer.

Josette frappa dans ses mains, comme un enfant auquel on vient d’apporter un cadeau.

Le lendemain, Stéphane téléphona au notaire. Fort aimable, ce dernier lui donna rendez-vous pour le samedi suivant, dix heures trente précises ajouta le tabellion.

Bon voilà une chose de réglée, déclara Stéphane à voix haute, la météo prévoit du grand beau pour samedi : à nous les p’tits tourteaux !

Depuis la Courneuve, il leur fallut deux heures et demie pour atteindre Le Tréport. Grâce à son G.P.S, Stéphane trouva sans peine l’étude de Maître Bournazieux.

- Bravo, jeune homme ! Vous êtes ponctuel, c’est rare de nos jours. Madame… Il s’inclina respectueusement devant l’épouse du « jeune-homme », je vais vous conduire, je connais le chemin, et puis j’aime bien conduire.

Après avoir franchi la Bresles, il prit la route de Mers. Les vieilles bâtisses, fin dix-neuvième, début du vingtième, bordaient l’avenue du front de mer, superbes avec leurs colombages, leurs encorbellements, hautes de deux ou trois étages, un peu pompeuses, édifiées pour les riches bourgeois Parisiens, qui venaient là, grâce au chemin de fer, les trains de plaisir comme on les nommait à l’époque. La gare du Tréport toute proche leur permettait, en un petit coup de fiacre, de retrouver leur chère villégiature.

Aujourd’hui certaines de ces imposantes demeures aux noms très originaux, les mouettes, le ressac, belle vue ou encore les falaises, étaient en piteux état, d’autres au contraire semblaient avoir été construites depuis peu.

Tout en roulant, le notaire leur expliqua que la procédure avait été longue : délai de forclusion en cas de disparition avérée, etc, etc. Mais maintenant tout était net, quelques signatures, liquidation des comptes, et tout serait en règle.

- Votre oncle et votre tante avaient effectué des placements forts judicieux, et malgré la ponction de soixante pour cent effectuée par l’état, vous hériterez d’une jolie somme !

Stéphane et Josette avaient échangé un clin d’oeil, suivi d’un petit sourire de satisfaction.

Mais enfin, sait-on ce qui leur est arrivé ?

- Non, non, tous les voisins ont confirmé la même chose : vos parents s’entendaient bien, quoique peu bavards, ils entretenaient des relations de bon voisinage, et puis un beau matin, les volets sont restés clos, au début, nul ne s’est inquiété, pensant à un départ précipité, suite à une mauvaise nouvelle ou autre…

Et puis les jours ont passés, les semaines, alors on a fait ouvrir la maison. Tout était en place, la table non débarrassée, les reliefs de leur dernier repas dans un état, vous vous doutez bien !

Les occupants : volatilisés, comme évaporés ! Les voisins ont procédé à un nettoyage succint, puis on a fermé la maison, apposé les scellés.

L’Alfa Roméo « Giuletta veloce » de 1959, une pièce de collection que le notaire aimait sortir les jours de grand beau temps, s’arrêta devant une grande maison à colombages comme ses voisines, les peintures extérieures avaient souffert, mais le bois ne semblait pas attaqué.

Haute de deux étages, le toit avançait, surplombant la façade. Ce petit air vieillot séduit immédiatement Stéphane. A hauteur de la porte d’entrée, bien protégée par un auvent recouvert de tuiles, une pancarte émaillée : « les flots bleus ». Cela fit sourire le couple.

Le tabellion sortit un trousseau de clés de sa poche et entreprit d’ouvrir la porte. Il se bagarrait avec la serrure quand se présenta à côté d’eux un petit bonhomme.

- Bonjour Messieurs et Madame, je suis le voisin.

Il sourit tandis qu’il soulevait son béret pour un salut à l’ancienne.

- Ainsi vous êtes les parents de ces braves Monsieur et Madame Chanteloup ?

- Oui, répondit Stéphane, je suis leur neveu, voici mon épouse…

- Enchanté, Madame.

- Quand vous aurez terminé votre visite et après déjeûner, passez donc me voir, si vous le désirez bien entendu, nous prendrons le café, ma maison est juste à côté, « les goélands ». Oh ! Une idée de ma pauvre femme, je suis veuf aujourd’hui.

- D’accord, s’entendit répondre Stéphane, Monsieur ?

- Pinotet, Georges Pinotet.


Le jeune couple s’engagea dans l’entrée, précédé par le notaire. La visite peut commencer, déclara ce dernier en prenant l’allure d’un guide de musée : une belle entrée, avec à droite l’escalier menant aux étages, puis les « commodités », juste après la cuisine, à gauche, dans l’ordre, salon, salle à manger, quelques meubles, non pas anciens, mais plutôt des anciens meubles ! Un vieux tapis miteux, les papiers peints bien défraîchis, pas d’humidité comme on aurait pu le craindre.

En avant du salon, une large baie vitrée légèrement en surplomb, ouvrant sur la mer.

- Quelle vue ! s’exclamèrent en chœur Stéphane et Josette.

- N’est-ce pas ? acquiesça le notaire.

L’escalier craquait un peu, mais semblait solide. Un cabinet de toilette, trois chambres à l’étage, meublées également, la plus grande donnant sur la mer, un petit balcon de bois. Josette ouvrit la porte-fenêtre, s’avança prudemment. Le balcon était encore solide. A sa droite, elle voyait les majestueuses falaises blanches, à gauche, Le Tréport.



- Waouh ! Viens voir, minou, comme c’est beau !

Encore un étage, deux chambres, moins larges à cause de la pente du toit. Dans la première chambre face à la mer, une porte grise, fermée, Josette l’ouvre, elle ne comporte aucune ouverture hormis la porte. Pour tout mobilier : une table de bois blanc, et une chaise au cannage fatigué. Son mari la suit.

- Quel pouvait être l’usage d’une telle pièce ?

- Je n’en sais trop rien, répondit maître Bournazieux, mais vous pourriez aisément en faire un « dressing », comme on dit aujourd’hui.

C’est à ce moment là que la sonnerie du portable de Stéphane se mit à sonner, lui jouant « Oh Susanna ». Il prit l’appareil.

- Allo ? Salut Eric… Oui, nous sommes à Mers, mais attend, ça passe très mal, il s’avança de deux pas, se retrouva dans la chambre.

- Ah ! Oui, c’est nettement mieux… Oui, oui, bon c’est ok, oui c’est ça à plus tard, ciao !

- C’était Eric

- Ben oui j’avais compris, répondit l’épouse.

Il retourna dans la petite pièce, et là son regard fut attiré par quelque chose qui brillait sous la table. Posant son portable sur la chaise, il se baissa et ramassa ce qui ressemblait à une pièce, puis la montra au grand jour.

- Faites voir, s’écria le notaire. Ah ! Ça, mais on dirait une « obole », vous savez cette pièce en argent, que les Grecs anciens mettaient dans la bouche des morts, afin qu’ils paient leur passage à Charon, le passeur du Styx, le fleuve des enfers. Je suis numismate, et je puis vous affirmer que cette antiquité vaut son pesant d’or ! Votre oncle était numismate ?

- Ben, j’sais pas, s’entendit répondre Stéphane.

La visite terminée, le notaire les reconduisit au Tréport. Tout au long du chemin, notre couple ne tarissait pas d’éloges : elle est belle, avec quelques travaux… Et puis je suis agent immobilier, travailler là ou ailleurs, ma femme est secrétaire trilingue et je crois savoir que les Anglais achètent beaucoup dans le coin, trouver du boulot ne devrait pas être un problème.

- Ecoutez maître, nous allons accepter l’héritage, d’autant plus que le solde de la succession est très largement positif, même après acquittement des frais de succession.

- Bravo, bonne décision, vous ne le regretterez pas !

Ils repassèrent à l’étude, signèrent une liasse impressionnante de documents, puis se séparèrent, chacun arborant un large sourire.

Pour fêter l’événement, Stéphane entraîna sa femme dans un joli restaurant avec terrasse ouvrant sur le port et la jetée, ils se commandèrent un énorme plateau de fruits de mer, accompagné d’une bouteille de Sancerre.

Après ce déjeuner, ils se rendirent à la villa « les goélands ». Monsieur Pinotet vînt leur ouvrir.

- Entrez, entrez, ça me fait vraiment plaisir, je suis un vieux bonhomme, vous savez, 95 ans dans un mois, dit-il fièrement.

- Vous ne les faites pas, répondit Josette, c’est exactement ce que le vieux bonhomme attendait, alors pourquoi le lui refuser ?

Attablés devant les cafés fumants, très bons au demeurant, Monsieur Pinotet commença son récit.

- Nous avons acheté cette maison, mon épouse et moi en 1942, pendant la guerre, ça n’était pas cher à l’époque. Nous avons connus les précédents propriétaires, je veux parler de ceux qui avaient vendu avant ceux qui avaient cédé la maison à votre parenté !

Ils avaient hérités d’un vague cousin, celui qui avait fait construire la bâtisse, et comme les droits de succession étaient élevés, ils avaient dû débourser une somme assez conséquente afin de l’acquérir, puis les suivants, And.. Andrieux, ils s’appelaient, et enfin votre oncle. Eh bien, croyez moi ou non, ils ont tous disparus, les hommes tout du moins, les femmes sont restées, ce sont elles qui ont vendu.

Il y a eu enquête, vous pensez bien ! Les gendarmes ont imaginé quelque crime crapuleux visant l’héritage !

Seuls vos parents ont disparus ensemble. En tout cas, je suis bien heureux que vous veniez vous installer, mais dépêchez-vous si vous voulez que nous fassions plus ample connaissance, car je n’en ai plus pour bien longtemps !

Allons, allons, Monsieur Pinotet, il ne faut pas dire ça, vous ferez un magnifique centenaire.

Ils se quittèrent sur cette phrase, en remontant dans sa Laguna, Stéphane mit sa main dans la poche : je vais appeler Eric, pour lui apprendre la bonne nouvelle !

Il met sa main dans la poche : merde ! J’ai laissé mon portable dans la « petite pièce », il faut absolument que je le récupère, il embraye un peu sèchement, direction : Le Tréport.

Maître Bournizieux sourit, puis se laisse conduire, je suis pressé a argué Stéphane, on ne voudrait pas rentrer trop tard.

A peine la porte de la villa ouverte, Stéphane et Josette grimpent les marches quatre à quatre, le notaire est resté dans l’entrée, deux étages, tu penses !

Curieux, je pensais avoir laissée la porte de la petite pièce ouverte, à cause de l’odeur de renfermé, déclare Madame en arrivant au second étage.

Stéphane actionne la poignée de la porte et cherche son téléphone… En vain, je l’avais pourtant mis là dit-il à son épouse, en montrant la chaise, il regarde partout, se penche et, au même endroit que précédemment, il aperçoit briller un petit objet, il le ramasse, le porte dans la lumière : une obole, murmure-t-il.


vendredi 5 décembre 2008

Tant-BourrinBrouillon de culture (2)

Face à l'immense succès du premier billet de Brouillon de culture, je me suis senti moralement en charge d'en préparer rapidement une seconde édition afin de calmer votre appétence pour toutes ces choses de l'esprit dont vous êtes cruellement dépourvus.

Voici donc, sans plus attendre, ce second numéro de Brouillon de culture, consacré aujourd'hui au cinéma. Nous vous invitons donc à découvrir ou à redécouvrir quelques monuments du 7ème art qu'il faut impérativement avoir vu une fois dans sa vie si l'on ne veut pas passer pour un plouc dans les salons où l'on cause...





La dernière Twingo à Paris - réalisateur : Bernardo Berklautochie

Un quadragénaire américain erre, de garage en garage, dans Paris, jusqu'au jour où il découvre une Twingo d'occasion avec laquelle il engage une relation intense et dévastatrice. En effet, le héros est encore anéanti par la perte de sa grosse Cadillac, partie à la casse après vingt ans de vie commune, et laisse sourdre sa frustration sentimentale dans une relation purement physique, voire bestiale ("Tu vas démarrer oui ou non, putain de bagnole de merde ?"), avec son nouveau véhicule, jusqu'à ce que la dérive s'installe. Le film recèle une scène devenue mythique : celle où le héros décalamine le pot d'échappement de sa Twingo sans même se servir de ses mains.





L'assassin se biture au 51 - réalisateur : Henri-Georges Clouzot-Lhermitage

L'inspecteur Vins se voit confier l'affaire d'un buveur en série qui siphonne secrètement les réserves d'alcool des occupants de la pension Pastaga et qui signe ses crimes en laissant sur les cadavres de bouteille une carte de visite au nom de Monsieur Rendu. Vins, grimé en pasteur, va donc louer une chambre dans la pension pour résoudre le mystère et y sera bientôt rejoint par sa maîtresse, la chanteuse Buva Bavou qui souhaite se faire de la publicité en contribuant à l'enquête. Finalement, l'inspecteur Vins pense avoir levé le voile sur cette étrange affaire : le criminel est en fait incarné par trois des occupants de la pension, agissant en association. Mais Buva Bavou le contredit bientôt : en réalité il n'y a qu'un seul et unique coupable ! Vins a juste un peu trop forcé sur la boisson qui coule à flot dans la pension Pastaga, ce qui a un chouia troublé sa vision.





Les dents de la mère - Réalisateur : Stephalein Spulbeurk

Pendant l'été, un groupe de jeunes gens organise une petite fête sur la plage. Mais au cours du bain de minuit qu'ils décident de prendre, une jeune fille présente ressent subitement une vive morsure au talon. Une fois revenue sur la plage, elle découvre des traces de dents sous sa voûte plantaire ensanglantée. Le chef de la police locale, appelé sur les lieux du drame, décide de demander la fermeture de toutes les plages du coin, mais le maire s'y oppose fermement, soucieux de ne pas ruiner la saison touristique. Mais une seconde attaque va avoir lieu : le lendemain, un bambin sort de l'eau avec lui aussi des traces de morsure sous le pied. L'affaire ne peut alors plus être étouffée et devient publique, créant une véritable psychose chez les vacanciers. C'est alors qu'un vieux marin propose ses services, moyennant finances, pour lutter contre cette menace invisible. Au terme de moult rebondissements, il finira par mettre la main sur le dentier qu'avait perdu sa mère quinze jours plus tôt lors d'une baignade et sur lequel les victimes avaient marché. Un des premiers blockbusters de l'histoire du cinéma dont le suspens vous laissera sur les dents...





Godefinger - Réalisateur : Guy Hamilethon

Le troisième - et sûrement le meilleur - volet des aventures de James Bande, également connu sous le nom agent zéro-zéro-sexe. Les services secrets britanniques soupçonnent un fabricant de sex-toys, Mr Godefinger, de nourir des projets malveillants à l'encontre de la libido des sujets de très gracieuse Majesté. James Bande, bardé d'une méga-flopée de gadgets dont son célèbre doigt-godemiché, s'introduit dans le cercle restreint de Godefinger et découvre que c'est effectivement la merde. Il s'ensuit tout un tas d'aventures, cascades, brouettes japonaises, courses-poursuites à l'issue desquelles zéro-zéro-sexe découvre le plan machiavélique de Godefinger : celui-ci s'est procuré une bombe sexuelle atomique et s'apprête à faire sauter la principale usine de Viagra du pays afin de booster les ventes de ses sex-toys, qui deviendraient alors des substituts pour virilité en berne. Après avoir risqué l'émasculation au laser, Bande réussit à retourner la belle Pussy et à prendre Godefinger à rebours. Un film plein de jus !

mercredi 3 décembre 2008

Saoul-FifreObèse moi

Olaf Irfuse avait un problème certain d'excédent pondéral. Bon vivant, il aimait la bonne chère, les soirées dans de grands restaurants, les originalités des grands chefs comme les roboratives recettes traditionnelles. Il sacrifiait aussi à la beauté sous toutes ses formes, aux beautés sous toutes leurs formes, surtout les plantureuses, les pulpeuses, mais les exercices physiques auxquels ils s'adonnaient généralement suite à ces sorties gastronomiques, si elles suffirent pendant de longues années à éliminer les calories superflues, eurent, l'âge venant, de plus en plus de difficulté à l'aider à conserver son poids idéal.

Olaf n'était pas le genre à s'infliger volontairement des privations, mais il se laissa tenter par des publicités prônant sans vergogne "Perdez vos kilos en trop sans vous restreindre" ou "Maigrir sans régime". Des arnaques, bien entendu, comme celle des régimes dissociés à la "Moncognac" qui préconisent de se gaver d'un produit, partant du principe qu'on va s'en dégoûter et que, quand tout vous fera vomir, vous maigrirez.

Faux, comme vous pouvez l'imaginer : vous vous goinfrez de ce que vous aimez et vous vous boudinez derechef.

De guerre lasse, comme c'était un viandard de première, il se dit qu'il allait essayer un régime hyperprotéiné, facile, agréable, à condition bien sûr de fuir comme la peste les sachets remplis de sciure insipide que des commerciaux tortionnaires essayaient de refourguer sans pitié à la population souffrante et rondelette. Au prix d'une drogue dure garantie non-coupée au saccharose.

Non non, il n'y avait pas marqué "pigeon" sur son gros bedon. Il se rendit chez son boucher et lui commanda des kilos et des kilos de viande de boeuf sans aucune trace de gras qu'il fit hacher en surveillant attentivement la qualité. De retour chez lui, il se prépara un tartare avec un œuf, des condiments, du persil, des tas de bonnes choses en évitant les mauvaises : les sauces et l'huile. Et il se sustenta en suivant ce menu pendant quelques semaines avec beaucoup de plaisir car il adorait le tartare.

Le résultat ne se fit pas attendre. Tout le monde sait ou devrait savoir qu'il est déconseillé de manger du bœuf mal cuit, alors vous pensez, cru ? Statistiquement d'ailleurs, le français aimant sa viande saignante, attraper un taenia solium n'est pas une vue de l'esprit, ça a l'air même assez courant si j'en crois les nombreuses discussions sur le sujet dans les divers forums.

En tout cas, Olaf en avait bel et bien avalé un œuf et le régime suivi ne semblait pas contrarier le taenia le moins du monde. Il profitait, grossissait, faisait comme chez lui. Olaf sentait l'animal à sang froid se faufiler, faire des allers retours, la nourriture et la boisson forcément assurée puisque le choix laissé n'en était pas un : le nourrir ou mourir.

Chose étrange, amphitryon obligatoire de ce ver peu ragoûtant, il ne prit pas l'affaire en mal et vit le côté positif de cette présence intérieure : son nouveau régime était tout trouvé et réunissait tous les avantages. Il pouvait désormais manger ce qui lui ferait plaisir et sans se limiter niveau quantités. Non seulement il renoua avec ses habitudes de boustifaille à gogo mais ses amies le félicitant pour sa sveltesse retrouvée, les aventures et les bonnes fortunes ne lui manquèrent pas. Son copain le ver, bien traité, ne lui causait aucun désagrément, ses seules manifestations visibles étant des bouts d'anneaux plats qu'il retrouvait parfois dans ses sous-vêtements. Une rapide recherche internètique lui apprit qu'il s'agissait de sacs d'œufs que son taenia lâchait dans la nature, à charge pour eux de se dégotter un hôte accueillant et généreux, un père ou une mère nourricier.

Une idée germa dans le cerveau olafien. Il en rencontrait, des monceaux de filles et de gars persécutés par les canons de beauté normatifs trimballés par les mannequins anorexiques de la publicité. Ce n'était pas ce qui manquait, les joyeux lurons avec une bonne épaisseur de chair ferme autour des os, de chouettes poignées d'amour auxquelles se raccrocher dans les mouvements "furioso" et des joues bien rebondies. Mais ils se désolaient, se décrivaient comme obèses et rêvaient de rejoindre la cohorte des culs tristounets tout plissés, des côtes à faire pleurer sur la faim dans le monde et des genoux de squelette.

Un marché gigantesque lui tendait les bras. Il était l'exemple vivant et convainquant du régime parfait absolu, taillé sur mesure pour tous ceux qui, comme lui, ne souhaitaient pas modifier d'un iota leurs habitudes alimentaires. Il allait leur vendre ses œufs de ténia. Investissement zéro, marché sans limite, bénéfices maximum, satisfait ou remboursé. Et si par hasard, un cas tournait mal, les solutions médicamenteuses existaient.

La discrétion s'imposait. D'abord les amis, puis le bouche à oreille, une gigantesque boule commerciale commença à rouler, à s'enfler à chaque tour, l'argent rentrait à flots. Aucun client ne mouftait, personne n'a envie de crier sur les toits qu'il a en permanence une espèce de boa dans le cul, ça ne le ferait pas dans les soirées mondaines. Une affaire en or, invisible, nette d'impôts, et qui rendait les humains heureux, c'est-y pas beau ?

Lui si papillon en matière sexuelle, lui célibataire forcené avide de multiples aventures, Olaf tomba un jour amoureux d'une de ses clientes, une fille magnifique, jeune et qui lui rendait ses sentiments, enfin, c'est ce qu'il lisait dans ses yeux. Contrairement à son habitude, il ne força pas les étapes de la séduction et lui fit une vraie cour d'un romantisme échevelé, l'invitant tour à tour dans les endroits les plus extravagants et lui écrivant les poèmes les plus passionnés.

Un soir printanier, sur une des terrasses du San Pietro, un hôtel qui fait corps intimement avec la beauté sidérante des rochers de cette côte amalfitaine, il saisit sa main par dessus la table et lui déclara avec fougue qu'il comptait, si elle lui en donnait la permission, consacrer le reste de sa vie à faire son bonheur. Elle lui répondit dans un souffle que son plus cher désir était de le rendre heureux, lui aussi. Ils s'enlacèrent devant la sérénité du golfe de Salerne puis basculèrent sur le grand lit de la suite princière pour une nuit qu'ils savaient devoir être torride.

Olaf se réveilla avec un poids nouveau sur l'estomac. Il se gratta la tête, porta un regard suspicieux sur le superbe corps nu de sa compagne, alanguie à ses côtés, comprit dans un éclair et se frappa le front. Bon dieu mais c'est bien sûr : elle m'a refilé le sien !

Son ver ni lui n'étaient plus solitaires.