Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 12 mai 2019

AndiamoComme quoi.

J'ai parcouru votre scénario d'un derrière distrait, vous mettez en vrac : Une voiture américaine, qui est loin de valoir celle de Monsieur Dhéry

- La belle américaine vous voulez dire ?

- Ben oui, pas la belle de Cadix !

Vous ajoutez à cela un petit nerveux, bricolant la belle américaine sur l'air de "la danza" de Rossini.

- Je voulais faire du comique de situation...

- La vôtre de situation me paraît bien compromise... Tenez autant essayer de faire rire avec une histoire sous l'occupation, deux corniauds fuyant en zone libre, ou encore se faire poiler le public avec un Rabbin, tenez pourquoi ne pas adapter une pièce de ce bon Monsieur Victor Hugo en pastiche hilarant ?

Vous pensez peut-être engager un jour Monsieur Bourvil ou Monsieur Yves Montand ? On peut en vous lisant imaginer l'impensable, tenez pourquoi n'épouseriez vous pas une Reine de beauté, Madame Michèle Morgan par exemple ? J'espère que pour votre avenir vous avez un plan "B"...Monsieur ? Rappelez moi votre nom ?

- Oury, Monsieur le producteur, Gérard Oury.

Cette scène se déroulait le 4 juillet 1961, dans le bureau d'un célèbre producteur, dont je tairai le nom, par pudeur, et pour le repos de son âme.

lundi 11 février 2019

AndiamoL'imbécile, le philosophe et la Lune.

Un sage méditait assis sur un banc fort accueillant au fond de son jardin. Un endroit propre à la béatitude, songeait ce philosophe tout empli de sa suffisance.

Cet homme regardait la Lune en cet instant précis, une Lune brillante, pleine, bien ronde, resplendissante dans ce ciel noir comme l'encre de Chine qui servait à ce vieux sage pour mener à bien ses exercices de calligraphie.

Passe un imbécile... Enfin, celui que tout le monde dans ce petit village taxait "d'imbécile" !

Pensez donc, il occupait un petit emploi de fonctionnaire, passait le plus clair de son temps à la pêche, adroit comme pas un pour ferrer une jolie truite, quelques collets par çi, par là, les restaurants du coin ne boudaient pas les fruits de ses braconnages.

Passe donc l'imbécile, le sage l'interpelle et lui montre la Lune, l'imbécile sourire béat aux lèvres regarde le doigt du sage, qui aussitôt se moque de lui. Dès le lendemain, tout le village serait au courant : "Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt", cette formule a fait le tour du globe... Et même plusieurs fois !

Mais, car il y a un MAIS, ce que le sage n'a jamais su et pour cause, c'est que tournant le dos à sa propre demeure, il n'avait pas vu ce que l'imbécile regardait au bout du doigt de notre philosophe.

Le doigt se trouvant à hauteur de l'une des fenêtres de la maison, notre imbécile heureux apercevait une toute autre Lune ! Celle de la jolie, et jeune épouse de notre philosophe connard et cornard !

Mais ça l'histoire ne l'a jamais raconté !



Quand le sage montre la Lune...,



L'imbécile la regarde !

(ch'tiots crobards Andiamo)

jeudi 7 février 2019

AndiamoUn fromage.

Maître corbeau sur un arbre perché

Tenait en son bec un fromage...

Dis voir Juan della Fuente, quel fromage ? Car enfin dans un pays qui compte près de 350 fromages différents (c'est pour cela qu'il est si difficile à diriger disait le grand Charles), et sur tous ces fromages tu n'es pas fichu d'en citer un seul ? Jeannot je te le dis tout net : "sur ce coup là tu ne t'es pas foulé"!

Allez mon Jeannot on va la refaire ta fable, mais à ma façon !

Maître corbeau perché, et l'air austère

Tenait dans son clapoir un Munster

Renart le goupil affamé et fauché

Radoche, voyant là une occase de jaffer.

Ciao mon noir et joli corback

Est-ce toi que j'ai vu à la Star Ac' ?

Tu as bluffé Lio, et même Manoukian

Près de toi Enrico c'est un gnan gnan !

L'emplumé, flatté, comblé, ne se sent plus pisser

Il claque du bec, rote un coup, et laisse tomber

Le Munster Alsacien, au fumet prometteur

Qui choit dans la gueule de Renart le flatteur

Merci noiraud, bien beau mais pas finaud

J'te laisse trois frites chourrées au Mac Do

La prochaine fois si tu n'veux pas qu'on te déplume

Va tenter ta chance à la roue de la fortune...

vendredi 7 septembre 2018

AndiamoLa piscine (sans Romy ni Alain).

Augustin s'était soudainement pris d'un goût irraisonné pour la natation, bien qu'ayant emménagé depuis une dizaine d'années dans cette résidence au pays de Nostradamus, résidence avec piscine s'il vous plaît, il n'avait guère fréquenté "la bassine" comme il la nommait de façon péjorative.

Et puis soudain, d'un coup d'un seul, il s'était mis à honorer de façon très assidue le bassin mis à leur disposition, allant jusqu'à effectuer quelques longueurs ! Cela devait sans doute le tonifier, car Augustin dès qu'il avait réintégré ses pénates, présentait sous son slip de bain années soixante, une protubérance que seule Germaine son épouse était en mesure de calmer, bref le couple était aux anges.

Ô bien sûr ils faisaient encore l'amour auparavant, comme un rituel, le samedi entre le J.T et le plus grand cabaret du monde, il avait coutume de dire mi goguenard mi sérieux :"le chapiteau est dressé, la représentation peut commencer".

Toutefois Germaine n'était pas dupe, elle avait remarqué que son Augustin de mari se prenait pour une otarie, depuis l'arrivée de la blondasse du rez de chaussée. Une grand belle femme, on dirait pour employer un langage d' aujourd'hui une MILF, qui chaque après midi ou presque, prenait ses quartiers sur les dalles surchauffées qui encadraient "la bassine".

Une grande serviette éponge chamarrée négligemment jetée sur le sol, elle commençait son effeuillage, vite fait l'effeuillage, car sous sa fine robe à bretelles elle ne portait qu'un slip "à minima", ses seins arrogants pointaient fièrement, alors elle s'étirait voluptueusement, s'agenouillait, puis se passait longuement de la crème sur le corps, insistant sur ses seins superbes, ses doigts caressants faisant jaillir les pointes brunes.

Augustin n'en perdait pas une miette, prenant bien soin de se baigner avant l'arrivée de la naïade, car nous connaissons tous les effets néfastes de l'eau froide sur la libido !

Quand la belle blonde s'étendait sur le ventre, Augustin rentrait chez lui, une serviette nouée autour des reins afin de dissimuler son émoi.

Alors c'était la fête, Germaine était ravie, Augustin redevenait son lion superbe et généreux. Ils offrirent même à la Dame du rez de chaussée fraîchement débarquée, une boîte de chocolats, pas de ces boîtes achetées au tabac du coin, que nenni, une boîte de chez "Jean Trogneux" le célèbre chocolatier, ayant pignon sur rue en la belle ville d'Amiens, elle ne sut jamais pourquoi, et ne le demanda point !

(ch'tiot crobard Andiamo)

samedi 21 avril 2018

AndiamoLe jardinier amoureux.

Sept Mai 1968, le soleil est déjà haut dans le ciel, Jean comme chaque matin a préparé le déjeuner pour "sa" Catherine, café noir, une grande tasse, deux toasts grillés, pas plus, et confiture d'oranges amères...

Délicatement il pousse la porte de la chambre, celle de Gilles leur fils, un grand garçon de 25 ans qui s'est marié l'an passé. Depuis la maladie de Catherine ils font chambre à part, elle dort très mal et c'est elle qui a tenu à occuper la chambre de leur fils "afin de ne pas te déranger mon chéri" a t-elle dit à son mari.

Jean a posé le plateau sur le bout du lit, puis a délicatement ouvert la fenêtre ,et poussé les volets de bois, afin de laisser entrer le généreux soleil.

- Catherine, c'est le room service, café noir et toasts grillés.

Un faible gémissement, Catherine a ouvert les yeux, autrefois si bleus et si pétillants, ils sont vides aujourd'hui, son corps autrefois magnifique est décharné, il a de l'appétit ce putain de crabe songe l'homme qui s'efforce de sourire.

Jean a aidé sa femme à s'asseoir, a bien calé les oreillers, puis a allumé le petit transistor "Sanyo", il n'est question que de facultés occupées, Jussieu, Nanterre...

Geismar, Marchais, Séguy, Krivine, et même un rouquin une grande gueule, un certain Cohn-Bendit vocifèrent à qui mieux mieux.

La grève s'étend de jour en jour, telle une immense pieuvre, Bien sûr Jean suit les évènements, il travaille dans une banque, celle qui n'a d'agricole que le nom ! Et d'ici à ce qu'elle suive le mouvement il n'y a qu'un pas !

Jean loue les services d'une voisine dévouée pour surveiller sa femme durant la journée, et dès que Madame Louise arrive, il s'éclipse.

Les bus, le métro, les trains, les aéroports, tout se bloque, la France est paralysée, Paris méconnaissable, au quartier latin ce sont des affrontements sans fin.

Puis un jour la banque se met en grève illimitée, Jean ne part plus le matin bien sûr, ça n'est pas plus mal, pense t-il avec amertume, ainsi je serai avec Catherine, quand viendra le moment.

Le moment est arrivé deux jours plus tard, Lorsque Madame Louise est entrée dans la maison précédée de son jovial BON... JOUR lancé à la cantonade, elle a trouvé un homme effondré au pied du lit, Catherine était partie.

Le mari de Louise est ingénieur des ponts et chaussées, ils habitent un peu plus loin sur le boulevard de la République, il est venu voir Jean, afin de lui apporter son soutien.

- Je pense mon cher voisin que vous allez avoir les pires difficultés à faire inhumer votre épouse, car je suis passé ce matin même devant les pompes funèbres, et j'y ai vu un immense calicot : PFG en grêve.

- Vous savez Claude, je m'en doutais a murmuré Jean, aussi ai-je pensé à une solution provisoire, je vais enterrer ma Cathy dans notre jardin devant la maison, sous le parterre de roses Baccaras qu'elle affectionnait tant, je ne vous demande pas de m'aider, je ne veux pas vous compromettre, et lorsque tout rentrera dans l'ordre, je la ferai inhumer au cimetière, je ne vous demande que votre discrétion.

- Cela va sans dire, ont déclaré d'un seul élan, ses voisins.

Resté seul, Jean est perplexe, comment habiller "sa" Catherine ? C'est alors qu'il aperçoit séchant sur les fils d'étendage de Madame Pichon leur acariâtre voisine, une magnifique robe d'organdi blanche, celle que portait sa fille pour son mariage quelques jours auparavant. Catherine et Nathalie faisaient la même taille songe Jean...

Précautionneusement, Jean a déterré les jolis rosiers, puis a creusé un trou profond, Cathy est superbe dans cette robe blanche, ses longs cheveux noirs étalés autour de son visage en soulignent les traits si fins, le tube de rouge à lèvres qu'il a retrouvé dans le tiroir de la coiffeuse de sa femme, un rouge qu'il lui avait offert juste avant la naissance de Gilles, et qu'elle conservait en souvenir. Jean l' a maquillée, ce rouge cerise lui sied à merveille, teint de porcelaine, cheveux de jais, ma petite Blanche Neige a t-il murmuré avant de replier le drap brodé qui lui servira de linceul. Ce matin Jean bine amoureusement ses rosiers, des Baccaras souligne t-il avec une certaine fierté ! Il y a deux jours, il a reçu confirmation que sa jolie maison de banlieue allait être rasée, au motif : "installation d'un giratoire au carrefour du boulevard de la République, et de l'avenue De Lattre de Tassigny".

Ah putain cette "giratomanie" des pouvoirs publics Français, à chaque habitant "son rond point " ! Les responsables du projet sont les instruits de la DDE, et le maître d'œuvre c'est Claude son voisin. Un soir Jean a invité ses charmants voisins pour un apéro, il est dix neuf heures, Louise et Claude sonnent, Jean leur ouvre la porte, sur la table basse, whisky, du Lagavulin s'il vous plaît, du Martini, du jaune comme il se doit ,et même une bouteille de "punt e mes" .

Les apéros ont été servis et Jean commence à bredouiller, d'un geste de la main, Claude l'interrompt.

- Louise et moi nous "savons", ne vous en faites pas, Catherine reposera en paix pour l'éternité sous ses baccaras.

Les années ont succédé aux années, le giratoire est toujours là, avec en son centre un magnifique massif de roses, les habitants de la charmante petite ville l'ont baptisé eux mêmes, et l'appellent "le rond point Baccara".

dimanche 4 mars 2018

AndiamoLune de sang.

Le grand château niché sur un piton rocheux dans la chaîne des Carpathes, la cérémonie a été grandiose, on avait convoqué le ban et l'arrière ban, ainsi que tous les habitants du village. Pensez donc Monsieur le Comte vient d'épouser la douce Adeline en la chapelle de sa magnifique demeure, le chapelain a célébré l'union des époux.

La grande cape noire aux revers rouges de Monsieur le Comte, tranche sur le blanc immaculé de la robe d'organdi à longue traîne de la jeune épousée, lui grand et mince, elle plus petite, un joli visage à la peau très pâle, diaphane, un teint de porcelaine comme il est décrit dans les romans à l'eau de rose, du genre "Arlequin" !

Le soir après un somptueux repas servi sur de longues tables couvertes de nappes blanches, les convives se retrouvent dans la grande salle d'apparat, des violoniste Tziganes animent le bal, Polkas, Mazurkas, Valses, les longues plaintes des violons ajoutent à la magie de l'instant. Des laquais empressés veillent à ce que rien ne manque, notamment les chandelles dans les candélabres d'argent, il faut que ça brille a dit Monsieur le Comte, et ça étincelle ! A en juger par les petites flammes qui brillent dans les yeux des invités, du marquis au plus humble paysan, chacun a fait honneur au maître de maison, et sorti pour l'occasion ses plus beaux atours.

La lune est apparue au-dessus du "Nagy-Bihar" le sommet le plus élevé, c'est une pleine lune bien rousse, comme la chevelure abondante de la belle Adeline. La clarté lunaire éclabousse de rouge les sommets enneigés de cette chaîne magnifique coiffée des neiges de l'hiver.

Un à un les couples un peu fatigués se sont retirés, les plus éloignés sont invités à demeurer au château, a profiter de l'hospitalité de Monsieur le Comte.

Le couple nouvellement uni est resté jusqu'à la fin, Monsieur le Comte tenant à veiller à ce que nul ne manquât de rien, ah ! Il sait recevoir Monsieur le Comte...

La grande salle est vide, les musiciens ont joué une valse, une dernière danse pour Monsieur le Comte et la toute nouvelle Comtesse, une valse lente de Monsieur Frédéric Chopin, la douce Adeline ne quitte pas son époux des yeux, ce dernier l'embrasse tendrement dans le cou.

Les dernières mesures meurent sur la chanterelle, Monsieur le Comte fouille dans sa poche, en tire une poignée de pièces d'or qu'il lance aux musiciens, ceux ci se courbent littéralement en deux afin de remercier leur généreux donateur.

Lentement les nouveaux épousés ont gagné leur chambre, la timide Adeline n'ose porter le regard sur son époux, qui lentement a fait glisser sa cape celle ci s'étale à ses pieds, corolle rouge et noire.

- Notre lune de miel commence mon amour a murmuré la douce mariée.

- Tout se passera bien cher amour, ne vous faites point de mauvais sang, et sachez Comtesse Dracula, puisque c'est ainsi que vous vous nommez désormais, sachez belle épouse que commence notre lune de sang !

La Lune de sang est un phénomène rarissime, car il nécessite la conjonction de deux phénomènes, une Lune pleine (au plus près de la Terre) et une éclipse solaire. Depuis 1900 il n'y a eu que cinq Lunes de sang !

(Photo N.A.S.A)

samedi 30 septembre 2017

AndiamoMiroir, mon beau miroir.

Anselme Boutefeu se lève après avoir d'un geste sec mit fin au TÛÛÛÛÛT exaspérant de son réveil.

Il s'étire, baîlle bruyamment, sort du lit à regrets, enfile ses vieilles pantoufles, vieilles mais si confortables !

Après le passage obligé au pipiroom, il traîne les pieds vers la salle de bain, douche et rasage, sa gueule un peu vieillissante dans le miroir, lui fait exécuter une moue dubitative. Il ouvre la porte de la petite armoire, en sort la bombe de mousse à raser, se regarde à nouveau dans le miroir...

Il a un recul, juste là, au dessus de son épaule gauche, un visage de femme, brusquement il se retourne un peu effrayé... Personne, nobody, nada ! Il regarde à nouveau dans le miroir du lavabo, le visage est toujours là, un sourire à la Joconde au coin des lèvres. Instinctivement il saisit une serviette et frotte le miroir, le sourire n'a pas disparu, la femme non plus...

C'est quoi ce "truc" pense t-il ? Il s'approche scrute les traits de ce visage, jeune, des grands yeux verts, cheveux blonds mi-longs, et ce sourire qui découvre à peine de jolies quenottes...

Je n'ai pourtant pas piccolé hier, et puis merde je laisse tomber, je vais aller me faire un jus costaud j'dois pas avoir les gobilles en face des trous.

Un quart d'heure plus tard, retour à la salle de bain, coup d'œil hésitant au miroir, miroir mon beau miroir ! La "Joconde" est toujours là. La mousse sur ses joues et le cou, le passage du rasoir mécanique, il n'a jamais pu supporter le rasoir électrique, c'est tout de même chiant ce bordel, d'abord t'es qui toi ? Bien évidemment le miroir ne répond pas, et puis on n'est pas dans un conte des frères Grimm !

Il s'approche du miroir, le scrute attentivement, la stupeur passée il se concentre et fouille dans ses souvenirs, je l'ai vu quelque part, une p'tite gueule d'amour pareille ça ne s'oublie pas, instinctivement il passe son index sur le miroir, j'suis con tout de même, et il sourit de son geste.

Je sais ! (comme Gabin) j'ai croisé le regard de cette femme hier, elle est montée dans mon wagon, à la station Place de Clichy sur la ligne 13, elle est descendue à Varenne, 5 ou 6 stations plus loin, nos regards ne se sont pas quittés, j'étais fasciné, quand elle est descendue entraînant avec elle un parfum léger : Vétiver de Guerlain. Cette eau de toilette il la connait bien, son épouse l'affectionnait également. Une ombre triste passe dans ses yeux, sa chère et tendre repose dans un petit cimetière du Lauragais, SON terroirrrrrr comme elle disait, roulant les "R" pour le faire rire.

Une journée ordinaire, employé dans une compagnie d'assurances "La musaraigne" dont le siège est installé dans le très chic VII ème arrondissement, avec la Tour Eiffel en ligne de mire depuis son bureau, il y a pire comme vue.

Le soir retour, arrêt Porte de Saint Ouen, un petit F3 sur le boulevard Bessières, les très anciens HLM de Paris. Il l'aime bien son quartier, très vivant comme il dit, et puis l'hôpital Bichat n'est pas loin, on ne sait jamais. En y regardant bien, le cimetière de Montmartre non plus, ajoutent ses collègues en ricanant.

Après une émission insipide à la télé, du style "la vie des pipeules vue à travers le trou d'une serrure" il est allé se coucher non sans être passé à la salle de bain pour un ultime brossage de dents. Elle est là, même sourire, même regard intense, ce qui est curieux songe t-il c'est qu'elle n'apparaît que dans ce miroir ! Dans la journée au bureau, il se rend deux ou trois fois aux toilettes, dans le miroir placé au dessus du lavabo "elle" n'apparaît pas, pas plus que dans la psyché de notre chambre, il dit encore notre en songeant à Lucette son épouse.

Un sommeil agité, hanté par le visage de la jolie femme le matin dans le miroir, elle est toujours là...

- Mais tu cherches quoi à la fin Proserpine ? C'est décidé il l'appellera Proserpine, t'as d'beaux yeux tu sais ? Lui articule t-il à 2 centimètres du miroir, pourquoi tu ne me réponds pas : "embrassez moi" j'ai une haleine de cow boy peut-être ? Sûr M'Dame, dans le grand ouest on n'a pas beaucoup d'hygiène, ouaip M'Dame, sûr Il se marre de ses propres conneries, puis part afin d'attraper la diligence de la ligne treize !

Les jours se suivent et toujours Proserpine dans le miroir, il a bien essayé d'en parler à Robert son pote, il a enveloppé l'histoire : "si un matin tu voyais un visage de femme près du tien dans ton miroir, tu ferais quoi" ?



- J'arrêterais le treize degrés de déménageur !!!

Ce soir là Anselme se brosse les dents avant de se coucher, il en a marre de ce visage qui ne bouge pas, qui le fixe, avec il faut bien le dire l'air de se foutre un peu de sa gueule, alors pris d'un accès de rage il frappe le miroir d'un énorme coup de poing, la glace vole en éclats et une tache rouge inonde sa main entaillée. Un pansement compressif, un quart d'heure plus tard l'hémorragie est endiguée. retour devant le lavabo, la jolie brune a disparue.

- Bon j'en suis quitte pour un nouveau miroir.... Euh tout compte fait je vais attendre un peu.

Le métro Porte de Saint Ouen, un gros pansement à la main droite, juste un peu gênant pour martyriser le clavier de l'ordi. La rame arrive à la station Place de Clichy, et freine très brutalement, heureusement à cette heure les "usagers" sont serrés comme des sardines, et ne risquent guère de chuter, le freinage est brutal, la rame s'immobilise, pratiquement en bout de quai. Au bout de cinq minutes les portes s'ouvrent enfin, les voyageurs à moitié asphyxiés descendent, des hommes des femmes détournent la tête, certaines et certains manquent s'évanouir. Anselme se penche à son tour, là entre les bogies, le corps d'une femme, blonde, ses cheveux mi longs en corolle autour de sa tête, deux grands yeux verts ouverts semblent dire : pourquoi ?

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 >