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dimanche 15 octobre 2017

FrançoiseUtopique, archaïque, nostalgique... J'assume !

Octobre 2017 est plein d'anniversaires historiques. Je ne parlerai pas de la révolution bolchevique de 1917 que je ne connais pas assez, d'autres le feront mieux que moi. Cependant, je suis agacée que l'anticommunisme chronique en Occident amène à célébrer largement le sacrifice des 418 500 américains morts pour vaincre le nazisme en 1944 , et beaucoup moins les 27 millions de morts soviétiques qui ont tenu le front de l'Est contre les nazis au prix de souffrances très bien racontées- entre autres- par le prix Nobel de littérature Svetlana Alixievitch dans “la guerre n'a pas un visage de femme”. 9 octobre 1967: il y a tout juste 50 ans Ernesto “Che” Guevara est exécuté par un agent de la CIA après avoir été capturé par l'armée Bolivienne.

15 octobre 1987: Thomas Sankara, président du Burkina Faso (anciennement Haute-Volta) est assassiné lors du coup d’Etat mené par son ami Blaise Compaoré, avec le soutien de la France et d’Houphouët-Boigny alors président de Côte d’Ivoire. Quelques semaines auparavant, Jean Ziegler, rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation – un homme formidable dont on devrait lire et relire les livres- avait rencontré Thomas Sankara qui souhaitait célébrer la mémoire du Che. Sankara, qui avait alors 38 ans, s'était tourné vers Ziegler :

"Il avait quel âge, le Che, lorsqu’il est mort ?

– 39 ans.

Sankara avait murmuré, pensif : « Est-ce que j’arriverai jusque là ? »

Sankara avait choisi le nom Burkina-Faso qui signifie « pays des hommes intègres » et imposé à son peuple une rigueur et une honnêteté peu courantes en politique. Les Burkinabé lui devaient l'éducation et le logement gratuits, des centres de santé, et une amélioration considérable du statut de la femme. Il avait lancé un programme global de développement : constructions d’écoles et d’hôpitaux, plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel, redistribution des terres aux paysans , élévation des prix agricoles et suppression des impôts agricoles, institution de Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR) pour lutter contre la corruption (aucune peine de mort n’y sera prononcée), interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation des femmes à la vie politique, constructions de logements accessibles à tous, etc. Sans oublier la culture, avec le Festival Panafricain de cinéma et de télévision à Ouagadougou, et à Bobo-Dioulasso, des rassemblements de musiciens venus du monde entier. Hormis la date de leur mort à vingt ans d'intervalle, pourquoi rapprocher Che Guevara et Sankara ? Parce que tous deux voulaient réduire l'injustice économique et les écarts entre riches et pauvres. Tous deux rêvaient d'un monde nouveau (Guevara disait « un homme nouveau » et c'est sans doute son erreur fondamentale: avoir cru que tous les hommes adhéreraient à son idéal égalitaire). Ils ont connu de fortes oppositions et y ont répondu par la force : tribunaux populaires, et - pour Che Guevara- un certain nombre d’exécutions d’opposants. Il y a dans les deux cas un idéal terni par un glissement autoritaire, mais ce glissement autoritaire répondait aux attaques d’ennemis furieux de voir deux pays essayer de sortir de l'idéologie et de la logique capitaliste ou colonialiste.

Certes, il y a à redire sur les dérives de la révolution Cubaine. Ceux qui présentent aujourd’hui le « mythe Guevara » comme un guerrier sanguinaire ne s’en privent d’ailleurs pas, sans que cela les gêne pour autant d’aller faire la cour à des régimes (Chine, Russie, Qatar, Arabie Saoudite, Maroc) qui ont un nombre infiniment plus élevé de morts et de prisonniers politiques à leur actif, ou de s’émerveiller du développement de l'Asie où les conditions de travail peuvent s'apparenter à de l'esclavage. 1986, 1998, 2001,2004, 2007 : plusieurs séjours à Cuba, dont un en voiture avec un ami parlant espagnol, m'ont permis de loger chez l’habitant et d'échanger avec des cubains hors des circuits touristiques. Ils critiquaient beaucoup de choses du régime Castriste avec une étonnante liberté de parole, y compris dans les restaurants où nous les invitions et où jamais aucun policier n'est intervenu pour museler leur parole. Ils reconnaissaient la qualité des écoles, celle des médecins cubains, le droit à la culture, mais surtout ils avaient la fierté d’être Cubains, la fierté d’être un peuple libre, non colonisé, non annexé aux États-Unis, même s’ils manquaient de certaines libertés individuelles et le déploraient. A Cuba en 2001, bien avant le Grenelle de l’Environnement, j'ai vu une pancarte dans un magasin d’État indiquant : « Avant d’acheter quelques chose, demande toi si tu en as besoin, si l’objet a été fabriqué dans de bonnes conditions, s’il ne nuit pas à l’environnement ». A la Havane, j’ai dîné avec une danseuse qui m’a raconté son enfance miséreuse sous le dictateur Batista, petite fille d’ouvriers agricoles dans l’Est de l’île.

" Sans Castro, jamais je n’aurais appris à lire, jamais je ne serais devenue danseuse!".

Elle en pleurait. De reconnaissance.

Che Guevara et Thomas Sankara sont morts avant que le pouvoir ne les pourrisse… et j'ai la nostalgie d'une époque où des dirigeants pensaient que leur devoir était d'améliorer les conditions de vie des populations.

Aujourd'hui l’idée même d’un monde moins inégal est qualifiée d’utopie. Ceux qui s’en offusquent dûment sommés d’être réalistes et d'accepter "la mondialisation malheureuse" (titre de l'excellent ouvrage de Thomas Guénolé), la loi du marché, l’État géré comme une entreprise, en oubliant que ces piliers de l’économie prédatrice ne sont pas des lois biologiques ou physiques mais des créations purement humaines. Et inhumaines. Regret lancinant, je me demande pourquoi, comment la gauche- je parle de la vraie gauche- a laissé passer l'occasion de véritablement “changer le monde”.

En 2009, invitée à l'ambassade de Cuba en France pour fêter le cinquantenaire de la Révolution cubaine, j'ai été frappée par cette phrase quasi prémonitoire de l'attaché d'ambassade: "On me demande souvent quelles seront les luttes du futur. Cela dépend des pays et des contextes, mais dans certains pays, il faudra reconquérir les droits sociaux que les générations passées avaient obtenu au prix de beaucoup d’énergie et même de leur vie, et qui ont été démantelés parfois en quelques mois. "

Paroles d'une brûlante actualité, y compris en France, pays réputé tout de même pour son “modèle social” et sa douceur de vivre... et pour avoir fait plusieurs révolutions! Alors je me demande pourquoi tant d'inertie aujourd'hui... Si je continue à aller aux manifs alors que je ne crois plus en leur efficacité , c'est juste pour me sentir moins seule et croiser les regards chaleureux de personnes, qui, comme moi, pensent qu'il est impossible d'être totalement heureuse- même quand on est privilégiée- face à un océan d'injustices. Si je monte des projets créatifs avec des jeunes aussi foldingues que je le suis restée, c'est pour continuer à croire que des jeunes viendra quelque chose de nouveau, qui redonnera le goût du bonheur à tous.

J'entends d'ici l'ironie cinglante d'anciens camarades gauchistes, pour certains convertis à la doxa Macroniste, mais je me souviens qu'il y a cinquante ans, aussi désabusé que je le suis aujourd'hui, Pierre Viansson -Ponté écrivait dans “Le Monde”: “La France s'ennuie”, en déplorant l'immobilisme et la résignation ambiantes.

Quelques semaines plus tard, c'était mai 68.

samedi 26 août 2017

AndiamoLa vie de château.

En fouillant dans le bordel de ma pauvre tronche afin d'y puiser un sujet de bifton, et non pas exhumer un vieux billet qui sent le cadavre...

Une (pâle) lumière a jaillie... Mais oui j'en vois qui rigolent. Un ch'tiot crobard, ce sont encore les vacances hein ? On ne va pas se faire exploser les neurones, surtout que les miens se comptent sur les doigts d'une main. En écrivant ceci je songe à la femme à qui une équipe de chirurgiens vient de greffer ses deux bras, sectionnés suite à un accident... Etonnant n'est ce pas ? Les bras m'en tombent !

Revenons à mon billet, un tantinet irrévérencieux, mais plausible, is not it ?


Août 1980, plage du Touquet, Brigitte apprend au petit Emmanuel la façon de construire des châteaux de sable, avant de lui enseigner l'art de bâtir des châteaux en Espagne.

(ch'tiot crobard Andiamo pour Blogbo)

samedi 6 mai 2017

BlutchPetit billet express de circonstance

Juste pour le plaisir...

lundi 27 mars 2017

BlutchUn coup ne fait pas pute dirait Célestoche.

Vous me connaissez! Toujours de bon poil dans n'importe quelle situation, le verbe feutré, aimable avec les cons et, de plus, diplomate en diable. Un peu comme ça:

https://www.youtube.com/watch?v=YRxPRwmn6IM

Mais bon, bien que ce ne soit pas mon genre, je vais, pour une fois, pousser un coup de gueule…. c’est qui qui ricane bêtement au fond du blog , près du radiateur (là où les cancres s’épanouissent) ?

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jeudi 17 mars 2016

BlutchLes enquêtes d’Hippolyte Tayze-4

Prélude à l’appétit d’un fauve

Note à l’inspecteur Hippolyte Tayze.

Il semblerait que ton enquête sur l’affaire de Caluire et Cuire déplaise assez fortement dans les hautes instances politiques. L’atmosphère vire à la tornade car ça renaude sec et il y a un vent de tempête sur les cimes de l’état. Je te joins le courriel reçu de l’Elysée : « Commissaire, le Président ne doute pas du sérieux de votre bureau d’enquêtes sur les falsifications historiques, mais dans le cas de l’affaire dite de Caluire et Cuire, votre inspecteur a prit des libertés inadmissibles avec le travail des historiens. Vous voudrez bien recadrer votre inspecteur et cette enquête car nous ne pouvons admettre que le père de la 5e République soit ainsi traîné dans la boue. »

Cl. G. porte-parole du Président

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dimanche 13 décembre 2015

Saoul-FifreOn parle de moi dans Le Canard !

Et oui, dans le dernier Canard Enchainé, un article m'a tiré l'œil. Oui c'était bien moi, "l'électeur inconnu", je me reconnaissais parfaitement, j'étais même super-bien décrit, portrait fidèle ! Allez je vous le recopie car vous pouvez chercher sur internet, Le Canard n'y est pas, Le Canard, faut s'y abonner ou mourir idiot, blague dans le coin-coin ! Disons que c'est un coup de pub et, pitié, ne nous attaquez pas en justice pour cet "emprunt" ?

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vendredi 13 novembre 2015

BlutchLes enquêtes de l’inspecteur Hippolyte Tayze 2

Hippo Tayze et l’affaire de Caluire et Cuire :

Rapport d’enquête pour la commissaire Genveut.

En préambule et pour commencer, je te dirai que pour une voie de garage aux seules fins de te foutre la paix, c’est un raté de première. Il m’est avis que le bal téléphonique des petits cons va recommencer de plus belle… Tu peux même t'attendre à des menaces, alors enclenche les écoutes et on va bien se marrer...

Ce que j’ai lu à ce jour sur l’affaire de Caluire et Cuire tient de l’enfumage de troufignon. Il fallait donc tout reprendre différemment.

1° J’ai décidé de m’intéresser d’abord aux 11 protagonistes de cette affaire.

2° Ensuite je me suis occupé du bilan de santé de la résistance.

3° Et comme personne n’a cadré cette affaire dans le contexte historique de juin 1943, je l’ai fait, et il me semble que c’est là l’explication de toute cette affaire…

Outre Klaus Barbie qui fait sans état d’âme son boulot de militaire, 11 autres personnes sont concernées.

Je te rappelle la version officielle de l’arrestation de Jean Moulin :

8 résistants se réunissaient pour désigner le nouveau chef d’Etat-major de l’armée secrète. Ils sont arrêtés par Klaus Barbie le 21 juin 1943 dans la maison du docteur Dugoujon à Caluire et Cuire. C’était pas malin d’aller se faire griller dans une ville avec un nom pareil, mais bon…

Le 10e Homme : Le Docteur Dugoujon

qui recevait cette réunion dans sa maison, mais sans y participer.

Le 1er Homme : André Lassagne

adjoint du général Delestraint pour la Zone Sud (rentré de déportation).

Le 2e : Bruno Larat

chef national des opérations de parachutage et d’atterrissage (mort en déportation).

Le 3e :Albert Lacaze

récemment intégré à l’Etat-major de l’Armée secrète, incarcéré puis relâché en juin 1944, en même temps que le docteur Dugoujon.

Le 4e : Henry Aubry chef de cabinet du général Delestraint, incarcéré puis relâché à la fin de l’année 1943.

Le 5e : René Hardy

alias Didot, membre du mouvement Combat (extrême droite), responsable du NAP-Fer, qui coordonnait les sabotages ferroviaires, mandaté par Pierre de Bénouville pour le remplacer à cette réunion alors qu’il n’y était pas convié. Quelques jours avant cette réunion Hardy est arrêté à Chalon-sur-Saône et libéré de façon assez incompréhensible. Il ne fait part de cette arrestation qu’à de Bénouville qui le maintient à le remplacer et qui n’averti pas les autres de cet incident. Il s’évade lors de l’intervention de la Gestapo, les allemands lui tirent dessus à bout portant….. et le ratent. Lors de son procès, Barbie dira textuellement : «Hardy s’est évadé de Caluire avec ma complicité, les menottes étaient truquées… sa trahison a eu une importance considérable pour nous».

Le 6e : Jean Moulin

Le représentant du général de Gaulle, arrivé au rendez-vous sous l’identité de Jacques Martel. Il s’occupait de l’intendance des maquis, en particulier de l’argent qu’il versait équitablement, y compris aux maquis cocos. Il est le chef du tout jeune Conseil National de la Résistance.

Le 7e : Emile Schwarzfeld

chef du mouvement « France d’abord », pressenti par Jean Moulin pour succéder au général Delestraint à la tête de l’Armée secrète (il mourra en déportation).

Le 8e : Raymond Aubrac

Communiste de confession juive, il est chef des groupes paramilitaires du mouvement « Libération », attaché à l’état-major de l’Armée secrète. Il s’évade de prison en octobre grâce à une opération montée par sa femme Lucie. Des rumeurs organisées diront que c’est lui qui avait trahi. Juif et communiste, c’est beaucoup pour ne pas servir de bouc émissaire… et permettre d’acquitter Hardy par la suite au profit du doute.

Tous des grosses pointures de la résistance qui ne peuvent pas avoir, comme le dit la version officielle « organisé cette réunion avec une incroyable légèreté ». Celui qui a rédigé ce commentaire était manifestement aux ordres de celui qui a organisé la trahison.

A ceux là, il faut rajouter :

Le 9e :Pierre Guillain de Bénouville

Militant d’extrême droite, cagoulard, anti-juif. (mort en 2001) qui s’est fait porté pâle et avait envoyé Hardy le remplacer, sans obtenir l’accord des autres présents et sans présenter un mot d’excuse de ses parents pour expliquer son absence.

Le 11e Homme : Charles de Gaulle

Ex militant d’extrême droite, anti-communiste et anti-juif notoire qui cultivait une amitié douteuse avec Franco. Les parcours similaires de de Gaulle et de Bénouville présument qu’ils se connaissait de bien avant la guerre. Mais rien n’en atteste officiellement. Je n’ai pas eu le courage de lire l’intégrale des mémoires de guerre de Charlot…. Et en avait-il parlé…

Un fait méconnu illustrant le personnage : Lorsqu’en 19 il était en Pologne pour participer à la réorganisation de l’armée, il avait écrit à sa famille : «… Et au milieu de tout cela d'innombrables Youpins, détestés à mort de toutes les classes de la société, tous enrichis par la guerre dont ils ont profité sur le dos des Russes, des Boches et des Polonais, et assez disposés à une révolution sociale où ils recueilleraient beaucoup d'argent en échange de quelques mauvais coups. » ( http://www.valeursactuelles.com/tous-gaullistes-sauf-moi-56411 )

Il prouva par la suite que ce n’était pas juste un égarement de jeunesse…

Le bilan de santé de la résistance:

Donc pour ce qui est du contexte interne de la résistance, on a Jean Moulin, chef du tout nouveau Conseil National de la Résistance, donc appelé à avoir un rôle majeur à la libération.

Avec d’un côté les maquis juifs et communistes qui ont alors une grande importance et ne sont pas contrôlables politiquement par Londres.

Et de l’autre les nationalistes et l’extrême droite française, incarnée par de Bénouville et dont Charlot ne s’est jamais démarqué. A la libération, il lui avait ouvert son parti et il est mort étant à la fois militant de l’UMP et toujours aussi anti-juifs et anti-cocos...

La date : 21 juin 1943. La date de cette arrestation est très importante, elle ne fut jamais considérée comme élément déterminant de cette affaire. Pourtant, c’est la clef pour comprendre la mort de Jean Moulin.

1) En février 43 la bataille de Stalingrad est perdue par le général Paulus, les Allemands quittent l’URSS la queue basse en ayant perdu la quasi-totalité de la 6e armée. Paulus est fait prisonnier et finira par collaborer à la chute de l’Allemagne nazie.

2) En mai 43 Rommel lève le pied de l’Afrique du Nord, laissant 250'000 prisonniers de guerre italiens et allemands.

3) Le 10 juin 1943 le débarquement allié en Sicile commence.

La défaite de l’Allemagne ne fait plus l’ombre du moindre doute. C’est en France un moment de tension extrême entre les ténors de la résistance pour savoir qui détiendra le Sceptre d’or au moment clef. C’est le fin moment pour prendre son contrôle et la purger des maquis cocos. Dans 6 à 12 mois, elle devra avoir retrouvé tout son mordant et être bien tenue en main par le futur patron.

En juin 43, il y a, pour la résistance un moment de flou. L'essentiel de l'effort allié est fait à l'extérieur de la France, mais pour l'heure, on doit accorder les violons des résistants au gré du chef d'orchestre auto-désigné pour qu'au printemps prochain l'automne puisse déverser ses sanglots longs à la BBC.

Jean Moulin est alors en pole position. Il a pour lui l’aura de l'homme intègre et de celui qui est en première ligne, sur le terrain, là où se récoltent la gloire et les honneurs. Il préside le CNR qui montrera toute son importance après la libération, puisqu’on lui doit (entre-autres) la SECU, l’assurance chômage et la retraite.

Les autres présents à cette réunion n’ont pas la carrure ou l’ambition nécessaire. Pierre de Benouville est un exécutant, pas regardant dans ses haines. Boches, Juifs, Cocos c’est tout dans le même sac. Sans nuances, il ne peut espérer rassembler. En fait, ce qui le différencie de de Gaulle, ce n’est que son manque d’ambition personnelle.

Mais regardons un peu ce qui a changé dans la résistance après ce 21 juin 43 : Il y a 4 chefs qui, durant 6 mois, passent plus de temps à saboter la position 3 des autres que le matériel allemand… Les maquis communistes se voient confier les missions les plus mortelles et se mettent à manquer de logistique. L’hécatombe sera sérieuse. C’est alors le parti qui a le plus d’influence en France et c’est un obstacle majeur aux ambitions du 11e Larron, resté à Londres et qui voudrait bien profiter de l’aspiration pour doubler Jean Moulin avant la dernière ligne droite. La sortie de route de Jean Moulin est trop providentielle pour être accidentelle dans la carrière dictatoriale de Charlot. Si Jean Moulin avait survécu à la guerre, il aurait été à n'en pas douter le premier président du Conseil de l'après-guerre, la France aurait eu une politique foncièrement différente, on ne parlerait plus de Charlot depuis longtemps et la 5e république n’aurait jamais vu le jour.

Partant de ce constat, j’ai cherché comment Hardy fut arrêté à Chalon et pourquoi il fut si vite libéré. J’ai retrouvé à Munich un planton encore vivant de la Kommandantur de Chalon. Je te joins l’enregistrement de l’entretien.



''- Guten tag Herr Ulrich von Glott.

- Bonchour Monsieur Tayze, fous bouvez barler français car ch’aime beaucoup cette langue. Excusez ma mauvaise français, je n’ai plus l’occasion de le barler depuis 20 ans que ma femme est morte, elle était française.

- Monsieur von Glott, vous étiez affecté à la Kommandantur de Chalon-sur-Saône en juin 1943, est-ce exact ?

- Ya, heu oui, c’est exact.

- Vous souvenez-vous de René Hardy de la résistance ?

- C’est bossible pouvez-fous me dire bluss ?

- Il a été arrêté dans le train de Paris, en gare de Chalon et il fut libéré quelques heures plus tard.

- Ach So ! Che me soufiens bien barsque c’était très…. Spézial. Ch’étais la garde à la borte de l’Oberführer de la Kommandantur. Ch’ai fu et ch’ai entendu aussi.

- Pouvez-vous m’expliquer ?

- Un chour l’Oberführer est zorti du pureau en criant les ordres pour aller à la gare arrêter Hardy.

- Il a dit le nom « Hardy » ? Savaient-ils qui il était ?

- Foui, autrement comment j’aurais su le nom ? L’Oberführer savait que c’était un Terroristischer Kapo.

- Des soldats sont donc partis à la gare, ont-ils ramené Hardy ?

- Oui, ils l’ont amené directement dans le bureau de l’Oberführer. Normalement on laisse toujours attendre avant d’interroger, mais pas pour lui.

- Savez-vous comment s’est passé l’interrogatoire ?

- Non pas du tout, mais normalement on entendait les brisonniers crier, pas lui, sauf juste une fois au début.

- Que s’est-il passé par la suite ?

- L’Oberführer est sorti avec Hardy. Il était moitié chantil et moitié méprisant. A la borte, il a tapé sur le dos de Hardy et il lui a dit en français pour que bersonne écoute : Che gompte sur fous. Bersonne savait que ch’ai abbris le français à l’école jésuite…

- Je vous remercie Monsieur Ulrich Von Glott pour ces précisions. Puis-je encore vous demander pourquoi vous avez gardé un souvenir si précis de cette arrestation ?

- Lorsqu’une chose arrife zeulement une fois dans la vie d’un soldat, il se rappelle toute sa vie et che suis content d’avoir pu la dire à vous.''



Je te fais grâce des heures de discussion sur la politique actuelle que j’ai eues avec ce vif esprit de 90 ans. Partant de là et en l’absence d’un autre témoin possible, je conclu :

1° Que Hardy a été informé de cette réunion à laquelle il ne devait pas faire partie.

2° Que les allemands ont été avertis de la présence d’Hardy dans ce train.

3° Que pour sauver sa peau Hardy a parlé de la réunion de Caluire et Cuire.

4° Que de Bénouville s’est défaussé pour lui laisser la place. C’est probablement lui qui a informé Hardy de cette réunion. Tout plaide pour dire qu’il l’a fait sur ordre. Si tel n’était pas le cas, de Bénouville aurait eu à en subir les conséquences, hors il n’en fut rien, au contraire. Il n’a pas eu le cran d’être lui-même sur place, C’est pourquoi il s’est démerdé pour qu’Hardy s’y colle. Il y avait tout de même un risque que les Allemands gardent l’informateur en tôle et le confronte par la suite à ceux qui ont été arrêtés. Une fusillade collective n'était pas exclue non-plus.

5° Que les Allemands ont joué la prudence en laissant Hardy être présent sur place afin d’identifier Jean Moulin. Faut dire aussi que s’il en manquait un, la réunion aurait certainement été reportée et qu’ils ne savaient pas que le vrai délégué était de Bénouville.

6° Que Barbie a remercié Hardy comme il a pu.

7° Que les vrais traîtres ont allumés des contre-feux entre autre contre Aubrac pour que le doute fasse acquitter Hardy lors de l’inévitable procès qui a suivi. de Bénouville n’avait en rien été mis en cause dans ce procès.

Le seul qui avait à la fois la vision globale du contexte militaire, les infos sur la résistance (par Jean Moulin lui-même) et les contacts nécessaires pour mener à bien cette trahison était à Londres… C’était aussi le seul à avoir l’ambition de gouverner la France sans partage, il l’a prouvé par la suite. J’en déduis que Jean Moulin a été le premier mort de la 5e République.

Les chefs mafieux rédigent eux-mêmes l’éloge funèbre de ceux qu’ils ont assassinés pour bien montrer qu’ils sont les vrais patrons. De Gaulle n’a pas échappé à cette règle par la grâce du discours du Sinistre des affaires culturelles André Malraux. Plus grandiloquent que ça, tu meurs…. C'était tellement empesé que ça puait la fausseté.

Ca me rappelle l’assassinat de Jaurès, l’acquittement de son assassin, les éloges unanimes de la classe politique qui ne pouvait pas le saquer et ça me donne des aigreurs d’estomac parce que Jaurès aussi a été assassiné par la droite française et affairiste.

Putain, t’as pas des trucs plus rigolos à me donner, par exemple pourquoi Mickey a des oreilles rondes ou qui a bouché les chiottes du 2e la semaine dernière … J’aime pas voir les salauds triompher et ça fait 70 ans que ça dure.

Hippolyte Tayze

PS : Pour les chiottes du 2e, c’est Chavais-pas (plus connu de la hiérarchie en tant qu’inspecteur adjoint Chavez Pascal) qui s’est dénoncé. Ben oui, il ne Chavais pas que, dans le service, le broyeur à documents se prénomme "les chiottes" et que le bouton de broyage s'appelle la chasse. quand je lui ai dit de mettre toutes les notes de ce rapport dans les chiottes et de tirer la chasse, il a scrupuleusement balancé la paperasse dans les cagoinces.

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