Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 8 août 2017

AndiamoL'attaché-case.

Préambule : Personne ne veut en jouer ? Bon alors j'ai resssorti un vieux billet (en Euros pas en Francs tout de même) ce billet date de 2010, Octobre 2010 plus précisément, les Dames qui fréquentent ce blog jouaient encore à la poupée !

Bruno traînait son ennui sur les puces de Saint-Ouen, en ce dimanche un peu frisquet de novembre.

Depuis ce qu’il appelait « le jour », plus rien ne l’intéressait vraiment.

Huit mois, huit longs mois s’étaient écoulés. Il lui arrivait fréquemment de songer à l’ordure qui avait interrompu sa vie. Il l’imaginait en train de se « murger » à nouveau, dans quelques sordides troquets, puis peinard reprendre le volant, conduire sans permis ne devait pas beaucoup le gêner !

C’était il y a huit mois, Francine et leur petite Adèle avaient pris la route, afin de le rejoindre au Touquet et d’y passer le week-end ensemble. Il y effectuait un déplacement en vue d’installation d’éoliennes dans la région.

Oh ! Pas sur le site de la très « rupine » ville, non : l’hôtel Westminster, le casino, les nantis ayant pignon sur rue, dans celle que l’on nommait « Paris plage » auraient mis leur véto ! Mais elles étaient plutôt destinées à des villes plus « prolétaires » comme d’habitude…

C’est ce que pensait Bruno, ingénieur à EDF, en étudiant les sites de Berck, Fort-Mahon, ou encore Quent-plage, voire Le Tréport, afin d’y implanter en pleine mer les hélices tri-pales, qui serviraient entre autres à alimenter l’éclairage, les jacusis, la piscine surchauffée, les lampes à bronzer du très élégant palace… Justement !

Mais que pouvait un ingénieur, si compétent soit-il, face à des lobbies tels que E.D.F ?

Francine avait emprunté la « A16 ». A l’embranchement de Beauvais nord, une Mégane avait surgit brusquement sur sa droite. Le conducteur, faisant fi de la priorité aux véhicules circulant sur l’autoroute, avait accéléré brusquement.

Afin d’éviter la collision, Francine avait dû donner un brusque coup de volant à gauche. La petite Citroën s’était alors mise à tanguer, puis s’était retournée. La suite… L’embrasement du véhicule, ce sont deux corps calcinés que l’on avait retiré de la carcasse noircie.

Quant au chauffard : deux grammes cinq d’alcool, récidiviste. Verdict : six mois de prison avec sursis, suspension du permis pour deux ans… L’amende ? Insolvable, alors…

Les étals des brocanteurs du marché Paul Bert. Bruno s’y arrête, plus pour tromper l’ennui, que par véritable intérêt.

Il remarque un attaché-case de couleur bordeaux, en fort bel état, quasiment neuf. Devant la poignée, un antivol à six chiffres. Le mien est bien fatigué songe-t-il, ce serait l’occasion de le changer.

- Combien ?

- Pour vous, dix euros ! Mais je vous préviens, je le fais à ce prix parce que je n’ai pas réussi à l’ouvrir, le type qui me l’a vendu avait oublié la combinaison, à ce qu’il m’a dit.

- Sept euros, et je le prends.

- Huit et on n’en parle plus !

Bruno a payé et est reparti avec son joli attaché-case.

Il est venu à pied, il n’habite pas très loin, un joli appartement dans un immeuble neuf, près du carrefour Pleyel. Un quartier rénové, avec de jolis immeubles remplaçant les maisons vétustes d’autrefois. Depuis le séjour, ouvrant sur une magnifique terrasse, il aperçoit l’immense tour en forme de tronc de pyramide.

Je suis le pharaon TOUS A LA MESSE IV, disait-il à sa petite Adèle, en se plaçant le buste de face et le visage de profil, les deux bras tendus en avant, comme sur les bas reliefs égyptiens. Et voici « ma » pyramide !

Alors il lui désignait la tour Pleyel toute proche. Adèle riait aux éclats, découvrant sa jolie bouche édentée, qui avait déjà coûté deux pièces à la petite souris !

Après avoir grimpé les cinq étages, en négligeant l’ascenseur, Bruno arrive chez lui, il pose son acquisition sur le canapé et va se préparer un café.

- Ça va me réchauffer, dit-il à voix haute. Depuis « le jour », il a pris l’habitude de parler haut, ainsi il se sent un peu moins seul !

La tasse dans une main, il s’assied sur le joli canapé de cuir, que lui et Francine avaient choisi, il promène sa main libre sur la petite valise… C’est bizarre, elle est tiède !

Après avoir bu son café, la mallette sur ses genoux, il commence à faire tourner les numéros du verrouillage à combinaisons.

Bien évidemment, le couvercle ne se soulève pas.

- Huit euros foutus en l’air ! s’exclame-t-il au bout d’une demi-heure.

Puis se ravisant, il prend à nouveau l’attaché-case, et forme : 23 03 09. Un petit déclic se fait entendre, il saisit délicatement le couvercle de la mallette, celui-ci bascule sans peine.

Bruno a pâli : ces six chiffres représentent la date du « jour ». Il est littéralement assommé.

Un bon moment s’est écoulé. Il reprend lentement ses esprits, regarde l’intérieur vide de la mallette, il ne voit ni le fond, ni les cotés, car il n’y en a pas !

Par vagues successives, le vide fait place à un décor : d’abord un joli ciel d’été, parsemé de cumulus de beau temps, puis une mer d’un bleu profond, des roches rouges, des pins qui se reflètent dans l’eau transparente, le clapotis des vaguelettes se brisant sur les roches dentelées lui parvient. Une minuscule plage de sable fin est apparue à la droite des jolies roches orangées.

Bruno a reconnu Le Trayas, ce sublime coin de côte d’azur entre La Napoule et Saint-Raphaël.

Ils s’y étaient rendus tous les trois, deux ans auparavant, leur fillette était encore à la maternelle, ils avaient pris deux semaines de congés en juin.

- Ce sera la dernière fois que nous pourrons le faire, avait déclaré Bruno, ensuite Adèle entre en C.P, alors plus question de lui faire manquer l’école !

La fillette et sa mère sont à genoux sur le sable. Par moment, les vaguelettes mouillent leurs pieds. Elles construisent un château de sable. Qui de la mère ou de la fille s’amuse le plus ? Elles rient aux éclats…

Bruno sent le soleil sur sa peau, il entend la mer qui claque doucement contre les rochers, il sent l’odeur des pins surchauffés, le chant d’une cigale lui parvient, la toute première songe Bruno, il étire paresseusement son corps bronzé, se dirige vers ses deux « femmes »….

Trois jours se sont écoulés, les collègues de Bruno, employés d’EDF comme lui, commencent à s’inquiéter, son « fixe » ne répond pas, pas plus que son portable. Un collègue est passé à son domicile, la porte est verrouillée et Bruno n’a pas répondu.

Craignant un malheur, ils sont allés au commissariat, faire part de leurs craintes.

Le commissaire Branchois, flanqué d’un huissier et du lieutenant Leteil, sont allés au domicile de Bruno. Après avoir sonné et tambouriné comme des malades, ils ont demandé au concierge, détenteur du double des clés, de procéder à l’ouverture.

La pièce est parfaitement en ordre, sur la table basse face au joli canapé de cuir, une tasse vide. La marque noire au fond de la tasse, laisse présager qu’il s’agit de café.

Sur le canapé, un attaché-case bordeaux est fermé. Sous la poignée, un barillet à six chiffres. Machinalement, Branchois a essayé de l’ouvrir… En vain.

L’appartement a été exploré minutieusement : aucune trace de départ, les valises sont là, les vêtements sont en place.

Bizarre, murmure le commissaire.

- Leteil !

- Oui, commissaire ?

- Ramasse la mallette, peut-être nous apprendra-t-elle quelque chose ?

Leteil est un vieux garçon, il vit seul, depuis le décès de sa chère Maman, voici trois mois...

(Daguerréotype : Andiamo)

samedi 29 juillet 2017

AndiamoGourance.

Bzzzzz, Bzzzz, Bzzzz, la tronche de Georges s'affiche sur le smartphone de Julien.

- Il me veut quoi à c't'heure ?

- Ciaoooo Jojo ça roule, qu'est ce qui t'arrive ?

- Ouaip j'ai un p'tit souci, ça te dirait une semaine de vacances à La Colle sur Loup ?

- J'aurais préféré Hénin-Liétard, ou Nœux les Mines, mais bon !

- Déconne pas Julien, voilà Simone et moi devons partir une semaine, son oncle qui vivait à Hennebont vient de décéder, alors nous nous rendons aux obsèques, et nous règlerons la succession par la même occase...

- Et alors ?

- Alors, alors, on vient d'acheter une villa à La Colle sur Loup, et nous avons un peu peur de la laisser sans surveillance, avec tous ces cambriolages dans la région, tu comprends ?... Et puis merde 8 jours dans un cadre idyllique ça devrait vous plaire à Nicole, toi, et vos mômes...

- ... Ecoute Jojo c'est OK ! Il me reste des jours à prendre, on met deux valoches dans l'espace et on radine !

- Super ! Merci vieux, ah oui j'allais oublier, je te donne l'adresse, on a acheté il y a deux mois seulement, alors forcément vous ne savez pas où l'on crêche ! Voilà c'est une zone pavillonnaire très jolie, elle s'appelle "les cigalons", c'est pas très original je sais ! Nous sommes au treize de la rue des mimosas.

- Tu peux répéter Jojo ? La liaison est mauvaise, putain de connexion !

- Treize rue des mimosas.

- OK Jojo merci, et bonne route à toi ma poule, nous partirons demain matin.

- Tu me sauves Julien, ah oui souviens toi, tu trouveras les clés sous les copeaux de bois du pot rouge dans lequel survit un camélia !

- Ah oui le dernier des pots rouges !

- T'es trop con !!!

- Après douze interminables heures de route, TOM TOM les conduit après moult "au prochain rond point, prenez à gauche troisième sortie", des "prenez à gauche, gardez la droite" (eh oui c'est comme ça) ou encore "sortie imminente gardez la droite"...

Ils arrivent enfin à la résidence "les cigalons" ensuite consciencieusement Catherine de chez Tom Tom les mène face au seize de la rue des mimosas.

- Tain ! T'as vu la baraque Nicole, il a gagné au loto Jojo, c'est pas possible !

Ils s'avancent, un joli mas provencal en "U" six ou sept pièces au bas mot ! La clé est effectivement sous les copeaux mais pas d'un camélia ! - Ah il s'y connait en botanique le Jojo, c'est pas un camélia, c'est un pied de lavande !!!

Toute la petite famille pénètre dans la maison, il y règne une fraîcheur bienfaisante, après avoir ouvert les volets, face au séjour une immense terrasse, une piscine en forme de haricot, immense, avec plongeoir et tobbogan !

La vache ! C'est la baraque d'un milliardaire ! Putain de cachotier ce Julien, le tonton n'aurait pas dévissé sa boîte à dominos, p't'ête ben qu'il ne nous aurait jamais invités !

- Dis pas ça gronde Nicole, Jojo est ton meilleur copain, laisse les s'installer !

Une semaine magnifique, les balades, Saint Paul de Vence, Saint Martin Vésubie, les gorges du Loup, les enfants et les parents profitent largement de la piscine... Un vrai bonheur !

A l'aube du septième jour alors que toute la famille dort encore, un raffût pas possible dans toute la maison, une voix d'homme hurle...

- C'est quoi ce bordel ? Puis à moitié ensuqué Julien voit surgir un homme le visage rougi de colère, un hamerless à la main...

- Qu'est ce que vous foutez chez moi ? J'vais t'plomber comme un scaphandrier Ducon, allez debout !

Julien se lève le palpitant au bord de l'explosion : " Mais, mais, je suis chez Georges Moulin, mon ami, il nous a demandé de garder sa villa le temps de son absence"

- Moulin ? Jojo ?

- Oui il vient de partir en Bretagne pour aller aux obsèques de l'oncle de sa femme.

- Et comment s'appelle sa femme ?

- Si... Simone, balbutie Julien.

L'homme baisse son fusil "c'est bien ça" murmure t-il.

- Mais enfin comment se fait il que vous ayez échoués chez moi ?

- Euh bredouille Julien c'est bien le SEIZE de la rue des mimosas ?

- Oui c'est bien le SEIZE, mais le Jojo habite au TREIZE c'est en face ! J'ai compris ! Il vous a donné son adresse au téléphone n'est ce pas ?

- Oui, oui bien sûr.

- Eh bien vous avez confondu treize et seize, je suis ingénieur à la S.N.C.F et lorsque nous désignons la voie treize nous disons THéRèZE, justement afin qu'il n'y ai pas confusion avec la voie SEIZE !

- Je suis vraiment désolé Monsieur, puis Julien jette un regard sur la bicoque sise au numéro treize, une toute petite baraque de bric et de broc, plus de broc que de briques du reste, il lâche laconiquement : " en tous cas on en a bien profité" !

jeudi 22 juin 2017

AndiamoNuit gourmande.

De bar en bar, de grandes avenues en ruelles sordides, je crois bien que j’avais frotté ce soir-là plus de zinc qu’un curé peut en bénir !

Deux ou trois échassières, qui en cuissardes, qui en escarpins, bas résilles et jupe au ras du trésor, attendaient le micheton. Elle est entrée, fraîche, souriante, incongrue dans ce décor poisseux.

- Un mêlé-cass' a-t-elle commandé au loufiat mal rasé, la clope « Boyard papier maïs » faisant corps avec ses babines violacées. Rien qu’à son air abruti, j’ai tout de suite compris que la petite venait de lui parler en Inuit !

- C’est de l’eau-de-vie avec du cassis, plus d’eau-de-vie que de cassis, servi dans un verre à Martini. Tu mets des glaçons au moment de la préparation, mais tu ne les laisses pas dans le verre… Verstehen ?.

Une boisson d’une autre époque dis-je à la femme en me tournant vers elle, tout en lui décrochant mon sourire à 4,95, celui qui faisait chanstiquer les rombières, quand je n’avais pas dépassé la date de consommation.

Une boisson d’homme aurait dit Audiard, poursuivit la belle rousse, car elle était aussi rousse qu’un tas d’rouille, au moins ça changeait des filasses rencontrées, celles qui pensaient qu’un coup de blond allait leur retirer une dizaine de berges, et la loi de la pesanteur hein ? Elles en faisaient quoi ?

On a parlé de tout, de rien, de « Trou du cul premier » qui venait d’être élu président, de ce quartier des halles qu’elle n’avait pas connu "avant", les petits troquets dans lesquels on servait le Muscadet quasiment à la pression ! La gratinée des petits matins, au milieu de la faune des louchébèms, grandes blouses autrefois blanches, tachées de résiné. Seules les prostiputes, étaient encore présentes, moins nombreuses toutefois.

Je m’appelle Adeline, Adeline Ferrero, et vous ?

- Mario Rodatti.



- Vous êtes Rital itou ?

- Si peu, ça remonte à mes grands-parents, je ne parle pas une broque de la langue de Dante, ou alors deux mots quand je suis bourré, trois sous la torture. Ma réflexion l’a fait sourire, un si joli sourire. Mais vous, Ferrero, vous êtes apparentée au chocolatier ?

- Oui c’est vrai, nous sommes cousins germains !

Elle a siroté son mêlé-cass', moi j’ai terminé mon Bourbon, nous nous sommes regardés… On s’arrache ?

Elle a acquiescé, on boit un verre chez moi m’a-t-elle demandé ?

- Excellente idée, mais je ne suis pas en état de conduire.



- Ma voiture est là, d'un geste gracieux elle a désigné une Giuletta sprint de 1959, une pièce rare !

- Moteur 1300 cc, arbres à cames en tête, freins ventilés, une merveille pour son époque !

- Ah mais, voilà un connaisseur, et j’apprécie vivement.

Je suis monté, elle a embrayé sans sauvagerie, il faut ménager la vieille Dame a-t-elle murmuré à voix basse, et surtout ne pas la vexer ! Elle habitait rue de la Pompe, décidément cette gonzesse avait plus d’un talent…

Un chouette appartement au deuxième étage, ascenseur "à l’ancienne", avec porte en fer forgé, pas très sécurisant, mais un charme fou.



Elle m’a installé dans un superbe canapé second empire, en compagnie d’un Armagnac hors d’âge. Un peu plus tard elle est apparue, seulement vêtue d’un déshabillé transparent, elle s’est plantée devant moi, a lentement fait glisser le voile…

Aux endroits sensibles de son corps magnifique, elle avait disposé des touches de Nutella, une nuit gourmande m’attendait.

samedi 17 juin 2017

BlutchBillet d'outre-temps

Parce qu'il faut bien (ça me semble important)

App'ler à la rescousse un billet d'outre-temps.

Voilà que le doyen est en panne maintenant

Et que Françoise voyage au pays du Dieu Pan

Célestoche devient Niçoise pour border sa maman

Oncle Dan est inscrit aux abonnés absents

Et là, je vois le Bof détaler en courant

Je n'y échappe pas (c'est pas qu'je sois faignant)

mais les mains dans l'cambouis c'est pas encourageant

Pour vous pondre une perle, comme le fit Tantbourran*

Et maintenant Saoul-Fifre, tu vois ce qu'il t'attend.

  • Le poète à tous les droits de torturer les mots et les noms des gens pour faire concorder ses rimes. Il y a des précédents.

Lire la suite

mardi 16 mai 2017

AndiamoChauguise et la bignole.

Quand Chauguise le célèbre commissaire du 36, entra dans la loge de la bignole du 12 de la rue des Petites Ecuries, dans le X ièmle arrondissement, elle était justement en train de se curer les écuries. Assise à califourchon sur une chaise sans âge, dont le cannage follement épris d'indépendance pendouillait lamentablement entre les énormes jambons qui lui servaient de cuisses. Ses gros doigts boudinés fourrageaient consciencieusement dans chacune de ses narines.

- Arrête ta perquisition, tu vas t'arracher une gobille, lâcha laconiquement le commissaire devant ce tableau affligeant.

Un chapelet dans une main, la concierge priait en vain depuis matines, implorant le ciel, à grands coups de "Pater Nestor" et autres "Lavez Maria" comme elle disait, une supplique, toujours la même litanie : "Mon Dieu faites que ce soye pas mon Célestin"...

Ses cheveux gras lui collaient aux joues, le merlan du coin lui avait fait une teinte pour la rajeunir : "Flavie Flament" avait il déclaré, je pense qu'il avait dit flavescent, mais à force de lichtronner, sûr que la bignole n'avait plus les portugaises en face des tympans, et entravait lapuche !

- Dites voir Sissi impératrice, (un vrai cinéphile notre commissaire préféré) demanda Chauguise s'adressant à elle, au juste, c'est pourquoi le coup de biniou que vous nous avez adressé tout à l'heure ?

- C'est rapport à mon Célestin, y z'ont monté un collège avec des locataires, et tous les après midi y s'réunissent au troisième depuis qu'il est à la retraite des chemins d'fer, y poussent la goualante jusqu'à pas d'heure, ça en fait un raffut, d'autant qui y'a de plus en plus de monde, qui vient dans c'te collège.

- Célestin ? C'est qui ce quidam d'abord ?

- C'est pas un quidam M'sieur le commissaire, il est tout c'qui y'a de plus Français mon Célestin, c'est mon époux.

- Hè la belle Andalouse, votre Célestin, ce serait pas plutôt une sorte de chorège qu'il aurait mis sur pied ?

- Qu'est ce j'en sais moi mon commissaire ? Le fait est qu'à six plombes du mat' j'ai entendu un de ces bruit ! Comme une chute M'sieur l'commissaire, j'vous jure... Alors depuis je prie pour que ce soye pas mon Célestin qu'ait fait une mauvaise culbute... Moi j'ose pas y aller vous m'comprenez ?

- Merde tout ce raffut pour ça ? Nan mais dis voir la mère Tape autour, tu t' figures qu'on a que ça à foutre au 36 ? S'occuper des culbutes d'un mari un peu trop porté sur le bigorneau ?

La bignole se remet à chialer de plus belle !

- Elle va faire radocher tout l'quartier c'te conne ! Puis se tournant vers son jeune adjoint Julien Crafougnard :

- Toi Dugland grimpe au troisième, et fais toi ouvrir la lourde, verstehen ?

- Jawohl commissaire !

- Fous toi d'ma tronche en plus.

En moins de temps qu'il en faut à un manouche pour te faire les glaudes, Crafougnard est devant la lourde du troisième gauche.

- Police... Ouvrez !

La porte s’entrebâille, et là devant un Crafougnard interloqué, une vingtaine de mecs et de gisquettes complètement à poil !

Crafougnard redescend sourire aux lèvres, pousse la lourde de la loge, puis sur un ton goguenard dit en regardant Chauguise droit dans les yeux : Ils sont en train de répéter la chanson de Bézu : "à la queue leu leu " !

jeudi 11 mai 2017

BofLady Laie...

Le 27 avril 2017 après la naissance de notre Seigneur, après un lever du jour gelé, il a neigé! Oh, bien sûr, je devrais dire neigeoté, mais putain, tu parles d'un printemps. Je me suis rappelé, la dernière fois qu'il a neigé un peu sérieusement.

Je descendais du Puy Peyradoux, doucement pour pas me planter dans le décor, certes très beau, mais à base de granit casseur de tôle et de chrétiens.

A ma gauche, loin en contrebas, les eaux glacées de l'étang n'osaient pas bouger, transies de froid.

A ma droite, la pente enneigée montait jusqu'à la forêt sombre des grands sapins.

Devant moi, des marcassins qui traversaient peinardement, pas du tout génés par la neige.

Coup de frein, et coup de bol, je réussis à m'arrêter sans en taper un et en restant sur le goudron couvert de neige. Je descendis de voiture pour vérifier qu'il n'y avait pas de blessés et morigéner les imprudents.

C'est à ce moment qu'elle me parla, la maman, sans doute inquiète du retard de ses petits. Oui, Andy, tu entends bien: elle me parla, moi qui étais à peine à deux grammes...

- Mais, Lady Laie, tu parles? Et cette voix aérienne, elle te vient d'où, hein Lady Laie, elle te vient d'où, cette douce musique?

- Elle me vient que, grâce à tes fabuleux réflexes, ma portée est intacte.

- Oui, Lady Laie, mais tu devrais quand même mieux les surveiller, tes petits, Lady Laie.

- Je fais comme je peux, tu comprends, mon Fernand, c'est pas un petit, alors il y en a beaucoup à chaque fois qu'il s'occupe de moi, le brigand!

- Il est balèze ton Fernand, dis donc, Lady Laie. Il faudrait qu'on se rencontre qu'on est presque voisins, hein, Lady Laie?

Je vis qu'elle s'agaçait ma nouvelle rencontre, mais je ne comprenais pas pourquoi. J'aidais un de ses petits à grimper le talus en rigolant de sa maladresse.

- Eh, Lady Laie, il est moins leste que ton Fernand, çui-ci, on dirait!

Ce fut d'une voix glaciale elle-aussi, maintenant, qu'elle me dit:

- Arrête de jouer ton Groscolas, ça suffit. Mais tu as laissé mes petits intacts, alors je vais te récompenser. Prends quelques uns de mes poils, ceux autour de ma troisième tétine à gauche en partant de la hure. Ils sont très doux et en plus, ils ont des pouvoirs terribles.

Je m'apprétais à m'exécuter, m'allongeai sur son dos, cherchant délicatement l'endroit. Sa voix était devenue moins glaciale, soudainement.

- Dépêche toi, imbécile, si mon Fernand arrive, il pourrait se demander...

- Mais, Lady Laie, je veux bien ma récompense, mais si je te fais mal, hein, Lady...heu, copine, si je te fais mal?

Je me décidai à arracher quelques poils, elle me dit de les mélanger à du tabac et de fumer le tout. Rentré à l'abri, je suivis ses instructions, trois jours d'un état comateux suivirent. Lady Laie? Lady Leurre, plutôt.

- Restez où vous êtes, toi, Fernand et tout le reste de la tribu.

Et voilà que je fredonne " Elise et moi ".

Tu trouves ça normal, toi, Andy?

.

lundi 3 avril 2017

AndiamoLe fécaloscope.

J’ai ressorti la première enquête de CHAUGUISE, biscotte personne (à part BLUTCH) ne veut en jouer sur ce $£)§%µ* de blog !

- Où ça ?

- ………….

- 12 rue du ruisseau ?

- ........

- Oui, je sais que c’est dans le XVIIIème, j’suis pas né à la cambrousse Bérinelle, on y va !

- Crafougnard ! Prends ta fouillasse, on sort !

- Oui patron, j’arrive…

Julien Crafougnard a emboîté le pas de son patron le commissaire Chauguise.

Chauguise : la cinquantaine, un vieux bada délavé sur son crâne, le sommet du bloum est percé de part en part, une balle de 9 millimètres "parabellum" tirée par Lulu l’enfouraillé, un Julot casse-croûte qui s’était pris pour un caïd et avait failli tuer Chauguise après un casse qui avait mal tourné. Chauguise, alors jeune inspecteur, ne l’avait pas raté, lui : un pélot entre les deux gobilles, le troisième œil. Il avait conservé ce bada en guise de porte-bonheur.

Julien Crafougnard : jeune inspecteur fraîchement sorti de l’école nationale de police. Julien vient d’être mis sur sa première enquête, une chance. Nous sommes au mois d’août, 1953 pour être précis. Pratiquement tous les inspecteurs sont en vacances, ceux qui devaient rentrer sont bloqués dans les gares à cause d’une grève aussi brutale qu’inattendue des agents conducteurs de la S.N.C.F. Le gouvernement Laniel voudrait modifier de façon désavantageuse pour les salariés les régimes de retraite (déjà). Les vacanciers fauchés sont obligés de camper dans les gares… Un bordel !

Voilà donc Crafougnard assis au volant de la traction avant Citroën quinze chevaux six cylindres à suspension "Grégoire".

- Allez, emmanche, nom de Dieu, on n’a pas qu’ça à foutre, c’est pas un enterrement de première classe !

En 1953, et de plus au mois d’août, pas un chat dans les strass. Julien attrape le boulevard du Palais, l’avenue Victoria, le pont au change, le Sébasto, qui devient boulevard de Strasbourg, puis c’est le boulevard Magenta, suivi du boulevard Barbès, la rue Ordener, après, un à gauche sur les chapeaux de roues, et enfin la rue du ruisseau, le tout en dix-sept minutes ! Des lardus en kébourre sont déjà là, petit salut militaire à l’arrivée du commissaire.

- C’est au sixième, Commissaire !

- Et y’a pas d’ascenseur, j’suppose… Comme d’hab.

- Ben non, Commissaire.

Flanqué de Crafougnard, Chauguise monte lentement les six étages. Sur le palier, une porte grise crasseuse ouverte. Sur le pas de la porte, un autre cogne à képi est là, il monte la garde interdisant tout accès.

Salut militaire, claquement de talons.

- C’est la bignole qui nous a prévenus, Commissaire, on n’a touché à rien.

- Manquerait plus qu’ça, rétorque aimablement Chauguise.

Dans la piaule craspouille, un lit douteux défait. Gisant en travers du pieu, une blondasse, jambes et bras en croix et, autour du cou, bien visible, la marque d’une strangulation. Julien s’approche et scrute méticuleusement la marque laissée par l’étrangleur.

- Cherche pas d’empreintes, y’en a pas, le salopard qui a fait ça portait des gants…

- Comment vous savez ça, Commissaire ? balbutie Crafougnard.

- C’est le cinquième du genre, toujours le même scénar, Dugland : il attire ses victimes dans un hôtel de troisième zone, enfile des gants, avant d’enfiler la donzelle. Et là, il se marre de sa propre boutade. Puis il se "coiffe" d’une capote, bourre la donzelle comme un malade et, une fois terminée sa petite affaire, il l’étrangle ! Ni vu ni connu, pas d’empreintes, pas de sperme, ainsi il n'est pas identifiable.

Mais la bignole de l’hôtel, elle l’a vu, Commissaire…

- Ben non Dugland, il est malin le fumelard. La veille, il laisse une belle enveloppe avec un bifton d’un sac, accompagné d’un petit mot : "laissez une des piaules du sixième ouverte, voici le prix de la chambre". Alors tu penses, un sacotin pour une carrée à trois cents balles, la pipelette en mouille son caldé, elle lui en laisserait même deux de piaules à ce prix-là !

Faisant preuve d'une grande bonté, BLOGBO vous a dégotté une photo d'un bifton d'un sac de l'époque.

Le soir, il se démerde pour emmener la grognace qu’il vient de lever à l’heure du feuilleton. Tu penses ! Toutes les bignoles de Pantruche ne rateraient pour rien au monde leur rencard avec la famille Duraton*!

Chauguise se penche sur le lit, en scrute chaque centimètre carré… Soudain, un sourire éclaire sa face rougie par les côtes du Rhône à la pression.

- Il est fait, le garenne, exulte-t-il... Il est fait ! Au bout de sa pince à épiler en "Nogent" véritable, il tient un poil de cul harmonieusement roulé sur lui-même, et roux de surcroît.

- Il a enfin laissé un indice ! Tu vois, Crafougnard, on va l’analyser ce poil de fouindé, on va le passer au FECALOSCOPE !

- Au quoi, patron ?

- Fé-ca-lo-sco-pe, c’est un appareil scientifique que l’on vient de nous livrer, ignare ! On vous apprend quoi à l’école de police ? Je vais tout de même t’expliquer : tu places un poil de cul sur une plaquette de verre, tu passes la dite plaquette dans l’appareil et, en moins de temps qu’il en faut à un manouche pour te faire les glaudes, l’appareil t’a livré tout ce que le proprio du poil a bouffé. Car, comprends-tu Dugland, lorsque tu vas aux cagoinsses, tu t’essuies ? Mais il reste toujours des traces, et si tu n’as pas pu te savonner le derche, biscotte t’étais au restau par exemple, eh bien l’appareil sera capable de te restituer le menu !

- Ben merde alors... C’est le cas de le dire.

Retour au trente-six par le chemin inverse, point de sens interdits, ou si peu, en ces années bénies. Fébrilement, Chauguise se rend au sous-sol, toujours flanqué de Julien. Ils sont accueillis par Bourrieux, dit "Couillette".

- Salut Couillette ! Tiens, passe-moi ça vite fait dans ton fécaloscope.

Précautionneusement, Bourrieux dépose le poil sur une plaquette de verre stérile, pousse le tout sous la lentille en verre dépoli de l’engin trônant au milieu de la pièce, maintenue à température par un système de climatisation très en avance pour son époque.

Un très léger bourdonnement se fait entendre, puis le cliquetis d’une machine à écrire a remplacé le bourdonnement, enfin une feuille au format A4 sort d’une fente latérale.

- Putain, on n’arrête pas l’progrès, s’exclame Chauguise, puis il saisit la feuille.

- Nom de Dieu, écoutez ça : mouton ; poivrons verts ; piment d’espelette ; olives vertes ; et tomates marinées dans l’huile d’olive, et le tout arrosé au lacryma christi ! Il s’emmerde pas le tringlo ! Et c’est exactement la recette de quoi ? HEIN ? J’vous d’mande ?

- On sait pas répondent en chœur les duettistes de la rousse, Dugland et Couillette.

- Bande de miaules (la miaule étant comme chacun le sait la buse en Occitan…) ! C’est exactement la recette du "schtronzo", une spécialité Austro-Lombarde, que l’on vous sert dans UN SEUL restaurant Parisien : le "Casso duro".

- Allez, en route, Dugland, on va aller le serrer, ce maniaque !

Le Casso duro : un p’tit gastos situé rue des Italiens, une petite rue à droite sur le boulevard du même nom, peu après la rue Taitbout, en remontant vers la Madeleine, elle abrite encore à cette époque l’immeuble du journal "le Monde".

Crafougnard gare la pompe en plein travers du trottoir, manquant écraser deux piétons. En guise d’excuses, il leur brandit sa carte rayée bleu, blanc, rouge. Puis il pénètre dans le restaurant, précédé de son patron. Bien qu’il ne soit que dix-neuf heures, quelques dîneurs sont déjà installés.

- Buona sera signore, una tavola per lei ? s’enquiert le taulier, arrivé presto à la rencontre du duo infernal.

- Casse-toi, Mario, ou j’te fais avaler ta marmite de spaghettis, répond laconiquement Chauguise.

- Là, patron !

Julien vient d’indiquer à son commissaire de chef une table un peu en retrait, leur tournant le dos un homme roux, mange tranquillement.

- Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! (Bourrel n’existait pas en 1953, il a dû pomper assurément) J’le reconnais c’t’endoffé, c’est "Pogne d’acier" ! Dans l’mitan, on l’appelle ainsi car un jour il a étranglé un clebs qui lui jappait dans les mocassins, et ce d’une seule main !

Lentement, nos deux flics s’approchent, chacun se plaçant à coté du rouquin, Crafougnard à gauche, Chauguise à droite.

- T’es fait, Ducon ! Suis-nous sans faire de schcroum, sinon j’te plombe comme un scaphandrier, lâche le commissaire, en lui braquant son très règlementaire sept soixante-cinq P.A HSC sur la nuque.

- Laissez-moi au moins finir mon "schtronzo", Commissaire, balbutie Pogne d’acier.

Chauguise soi même et z'en personne.

(ch'tiot crobard Andiamo)

* La famille Duraton, était un feuilleton radiophonique qui passait le soir sur : radio Luxembourg (devenue RTL) aux environs de 20H 30. Et qui avait pour interprètes principaux : Ded Rysel, Jeanne Sourza, Jean Jacques Vital (auquel on devait beaucoup d’émissions radiophoniques) et enfin dans le rôle du pique-assiette ami de la famille : Jean Carmet… Eh oui !

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 >