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jeudi 18 avril 2013

Tant-BourrinL'écoulement du temps



Il sentit la chaleur dorée du soleil inonder tout son corps.

Enfin ! Il y a si longtemps qu'il attendait le Printemps. Cet hiver gris et venteux avait duré à n'en plus finir, depuis de si long mois qu'il lui semblait n'avoir jamais rien connu d'autre. Sa mémoire, toute recroquevillée de froid, n'avait pu retenir aucun souvenir des beaux jours passés.

Mais peu importait désormais puisque les nuages avaient enfin déserté le ciel, emportant frimas et bise glacée dans leurs bagages. Il huma l'air du jardin, emplit ses poumons des effluves de la vie, cette vie mi-végétale, mi-animale qui reprenait le cours oublié des choses tout alentours.

Il se sentait bien. Sa peau, si pâle - blanchâtre même - après cette longue privation de soleil, absorbait goulument les photons par chacun de ses pores, se gorgeait de chaleur jusqu'à en devenir moite.

Une jeune femme passa de l'autre côté de la haie. Comme elle était belle dans sa tenue légère, une courte robe de coton qui n'avait dû quitter l'étagère où elle hibernait depuis des mois que le matin même.

Que de merveilles l'hiver avait enveloppées de son linceul, qui renaissaient enfin à la lumière !

Tout son être était en osmose avec le monde, il avait des envies de se fondre dans la terre pour mieux en humer les fragrances retrouvées.

Détendu, relaxé, il se laissa aller au farniente, se baissa un peu, et puis encore un peu plus, pour mieux s'approcher du sol. Il finit par s’affaisser complètement, laissa sa tête basculer en arrière, pour se gaver de ciel bleu. Il sentait l'herbe sous son corps amolli, savourant cette sensation oubliée. Il se laissa aller jusqu'à n'être plus qu'un avec la nature, à se fondre dans la terre, à s'envoler dans les airs.

Il était bien. Il aimait la vie. Il s




- Maman ! Maman ! Viens voir ! Il a disparu ! Où est-ce qu'il est passé ?
- Pauvre petit ! Tu vois pas qu'on a pris dix degrés en vingt-quatre heures ? Où veux-tu donc qu'il soit passé ? Té, il a fondu, ton bonhomme de neige !

dimanche 7 avril 2013

AndiamoRien que pour tes yeux

- Entrez, Madame Fontane, entrez !

Géraldine Fontane, jolie jeune femme, la quarantaine épanouie, entre dans le cabinet de consultations du Docteur Georges Nantais, le célèbre neurochirurgien.

A peine entrée, Georges se penche sur elle et l’embrasse fougueusement.

- Enfin toi, ma chérie… Enfin ! Comment vont tes yeux ?

- Ça empire, Georges ! D’ici un mois ou deux, ce sera la canne blanche…

- Ne dis pas de bêtises, ma chérie, je vais te soigner, tu vas guérir, aie confiance !

Géraldine est atteinte de dégénérescence maculaire aiguë, malgré son jeune âge. La rétine est très sérieusement atteinte, elle se nécrose sans que l’on puisse arrêter le processus. Georges en est conscient, n’est-il pas le meilleur chirurgien ophtalmologiste de Paris ? Il rassure sa patiente qui est également sa maîtresse.

Ils se sont connus il y a tout juste un an. Elle était venue consulter pour des troubles de la vision. Au début, Georges pensait qu’à la quarantaine, des petits problèmes de presbytie pouvaient en être la cause. Leur goût commun pour le cinéma ancien les avait rapproché. Ainsi, chaque fois qu’ils le pouvaient, ils se rendaient dans le quartier latin, rue Champollion. Là, dans les petits cinémas, ils revoyaient pour la énième fois les films de Luis Bunuel ou de Losey. De films en terrasses de cafés, l’amour était né, violent, passionné.

Pourtant, Georges avait dû se rendre à l’évidence, la vue de sa bien aimée baissait de façon inquiétante. Des examens plus approfondis avaient révélé l’affreuse vérité : Géraldine devenait aveugle !

- Tu sais, ma chérie, nous avons encore un recours : la transplantation.

- Tu veux dire une greffe à partie d’un donneur compatible ?

- Oui ! J’y travaille depuis de nombreuses années. J’ai réussi plusieurs fois avec des chimpanzés et, sans vouloir t’offenser, ça a parfaitement fonctionné. Serais-tu prête le cas échéant à tenter l’expérience ?

- Avec toi, mon amour, tout ce que tu voudras…



- Bonsoir Madeleine ! Comment se sent ma petite femme aujourd’hui ?

- Mal, très mal ! Ces migraines ophtalmiques qui ne cessent d’empirer, c’est à devenir folle, et malgré le traitement que tu me donnes ça ne cesse de s’aggraver. Tu sais, Georges, tu ne serais pas le meilleur spécialiste européen, il y a longtemps que j’aurais consulté quelqu’un d’autre !

- Allons, ne dis pas de sottises, tu es en bonnes mains, et je vais m’occuper encore longtemps de ces jolis yeux verts. Je vais t’instiller un nouveau produit, c’est nouveau, ça nous vient des États-Unis, ce produit n’est pas encore sur le marché en France, tu connais la lenteur des procédures. Il fait paraît-il des petits miracles sur des cas semblables au tien.

De gouttes en pommades, il a fallu se rendre à l’évidence, le glaucome diagnostiqué par Georges empirait… L’énucléation était inévitable.



Les semaines puis les mois ont passés. En ce beau jour de juin, Georges Nantais est debout dans la cour d’honneur de Élysée. Il va être fait « commandeur » de la légion d’honneur par Monsieur le président de la République en personne ! Georges est le premier chirurgien a avoir tenté et réussi une transplantation des deux yeux.

Géraldine, l’heureuse bénéficiaire de l’acte chirurgical sans précédent, est là, très fière et heureuse à la fois. C’est son amant qui va être décoré, et elle assistera à la cérémonie avec des yeux tout neufs ! De jolis yeux verts, comme toutes les femmes en rêvent.

Près de Georges, Madeleine son épouse, les paupières closes sur des orbites vides, cachées par de grosses lunettes noires, une jolie canne blanche finement travaillée à la main….

(ch'tiot crobard Andiamo)