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samedi 24 janvier 2009

Tant-BourrinLes schuss de la vie

Bip... Bip... Bip... Biiiiiiiiiiiiiiiip !

En une fraction de seconde, le signal de départ avait libéré l'énorme potentiel musculaire de Bart Turinno. Une formidable poussée sur les bâtons pour jaillir du portillon de chronométrage et tout de suite la terrible déclivité du haut de piste dans laquelle il fallait chercher à prendre le maximum de vitesse. Rester ferme sur ses appuis et tout en souplesse à la fois. Aller grappiller les centièmes de seconde qui font ou défont un champion olympique de descente.

Bart maîtrisa parfaitement le haut de la piste. Sa prise de carres fut courte et rapide à l'entrée du premier virage et lui permit d'atteindre une haute vitesse dans le premier tiers du parcours. Il conserva bien ses appuis dans la compression, puis réussit parfaitement le saut qu'imposait le modelé du terrain. Nouvelle courbe, à droite cette fois, légèrement glacée en surface. Turinno l'aborda très proprement et garda la trajectoire idéale, là où tant d'autres concurrents avant lui avaient fini endoloris dans les filets de sécurité.

Il se sentait tout simplement indestructible. Son chronomètre mental était au vert : il était parti pour faire un temps canon, aucun doute là dessus ! Il fallait maintenant laisser filer ses skis et dévaler vers l'aire d'arrivée, où se massait la foule qui allait l'acclamer, en s'efforçant de conserver l'avantage acquis.

En position de l'oeuf pour rechercher la meilleure pénétration dans l'air, glissant à plus de 130 km/h, il savourait déjà le parfum de la victoire et...

... et tout à coup, il n'y eut plus rien. Plus le souffle glacé de l'air déchiré. Plus de piste enneigée. Plus de public prêt à célébrer son triomphe. Juste des carreaux de faënce et une vieille porte en bois, fermée par un loquet. Et en guise de parfum de victoire, une puanteur désagréable.

Bart Turinno écarquilla les yeux, frappé d'une indiscible stupeur. Il était toujours en position de l'oeuf, les jambes légèrement écartées, les genoux fléchis, le torse basculé vers l'avant. Mais son pantalon baissé gisait sur ses mollets. Et sous son postérieur dénudé, un trou dont la bordure était maculée de traces brunâtres qui semblaient faire le bonheur d'une nuée de mouches.

- Mais... mais...

Son regard allait frénétiquement à droite, à gauche, au plafond, se posait sur le trou, aussi béant que sa bouche, sans arriver à se convaincre de la réalité de sa présence subite et inexplicable dans un lieu d'aisance. Il palpa frénétiquement son corps, ses bras, ses jambes, espérant que la pulpe de ses doigts les traverserait, comme dans un mauvais rêve. Mais non. Il était bien là, accroupi sur des chiottes à la turque, alors qu'une fraction de seconde plus tôt, il était en passe de remporter le titre olympique de descente.

Mais où était donc passé sa combinaison de ski ? Comment avait-elle pu se transformer ainsi en un vieux blue-jean et en un sweat défraichi ? Et qu'était-il advenu de ses skis ? De la piste ? De la course ? Où était donc passé la vraie vie ???

Il se sentait défaillir. Comment une telle chose était-elle seulement possible ? La gorge obstruée par une boule de désespoir et de terreur, il se redressa. Un étron glissa le long de sa jambe et s'écrasa sur son pantalon.

- Et mer...

- ...de !

Le froid glacé lui cingla le visage alors qu'il finissait son juron. Il eut grand mal à conserver son équilibre, lancé qu'il était à une vitesse folle sur ses skis. La foule amassée plus bas poussa un "ho" de stupeur : pourquoi donc Bart Turinno s'était-il redressé en plein schuss d'arrivée alors que la victoire lui paraissait acquise ?

Comprenant en un éclair qu'il avait dû rêver, Bart instinctivement se remis en position de l'oeuf pour sauver encore ce qui pouvait l'être et...

... lâcha un gros pet sonore qui résonna dans les toilettes.

- Mais... Qu'est-ce que...

Il était de nouveau en train de se vider sur une vieille chiotte à la turque. Il se déplia, en proie à un vertige, et...

... faillit chuter lourdement dans la neige. Il se rétablit acrobatiquement sur ses talons et reprit sa position de recherche de vitesse, le coeur palpitant, avec la hâte d'atteindre la ligne d'arrivée et d'en finir avec ce cauchemar.

Mais la vieille porte en bois se dressait de nouveau devant lui.

Mais non, c'était l'aire d'arrivée qui se rapprochait !

Non, encore la porte en bois.

Les images se succédaient de plus en plus vite devant ses yeux incrédules, jusqu'à se mêler intimement. Porte en bois. Neige. Faience. Piste. Chiotte. Arrivée. Merde. Médaille. Loquet. Skis...

- Commissaire, on vient de recevoir le rapport d'autopsie du macchabée de l'aire de Roubrinville.
- Enfin ! Alors, on y voit un peu plus clair sur ce qui a bien pu se passer ?
- Eh bien... hum... à vrai dire...
- A vrai dire quoi ? Au fait, Farfelious, au fait !
- Heu... le rapport conclut que le type est mort d'un enfoncement complet de la boîte crânienne, visiblement en heurtant violemment la porte en bois des chiottes dans lequel on a trouvé le corps. Vous auriez vu l'état de la porte !
- Etrange, en effet. Le loquet était fermé de l'intérieur et j'imagine mal un gus venant fracasser le crâne de sa victime sur une porte en bois à l'intérieur d'un espace aussi restreint. Il faut donc croire que c'est bel et bien un suicide et que la victime s'est elle-même jetée tête en avant sur la porte. Drôle de façon d'en finir !
- Oui, Commissaire, mais ce n'est pas ça le plus étonnant... Le médecin légiste a été impressionné par l'état du crâne. De la vraie bouillie selon lui. D'après ses estimations... mais ça paraît complètement fou...
- Au fait, au fait !
- Eh bien, d'après ses estimations, il juge que le type devait être lancé à plus de 100 km/h pour avoir mis son crâne dans cet état !

Le commissaire marqua un instant de stupeur, puis un petit sourire narquois lui vint aux lèvres.

- Plus de 100 km/h ? A pied et avec moins d'un mètre de recul ? Et puis quoi encore ? Il faudrait qu'il se rende compte que c'est pas Superman qu'il a autopsié, le légiste ! En voilà un qui commence sérieusement à sucrer les fraises !
- Ou alors c'est qu'il boit trop ! A ce qu'il paraît, il a une sacrée descente !

dimanche 18 janvier 2009

AndiamoLe paradoxe du grand'père

Sylvain est là, bien campé sur ses jambes. Face à lui, l’immense affiche lumineuse en 3 D 4x3 de RETRO-TEMPO, cette même affiche qui quelques années plus tard devait attirer l’œil de Rodolphe Mézières.

Une histoire fabuleuse narrée avec maestria, voir : l'effet papillon

Sylvain vient de fêter ses 49 ans, une allure d’athlète, pratiquant assidu de sports extrêmes, en poche le reçu du virement de 3000 Mondos, la nouvelle monnaie internationale mise en place en 2014.

Cet argent représente le montant d’un heureux placement "à risques" qu’il avait effectué quelques années plus tôt, il vient de tout vendre "au bon moment".

Le bandeau lumineux qui défile débite le slogan un peu ringard de la société qui offre des voyages dans le passé : "De la reine Margot à Mao, rien n’est impossible pour RETRO-TEMPO !"

Sylvain n’a jamais connu sa mère, son père non plus. Enfant de la DASS, on ne lui a jamais donné le nom de celle qui l’avait mis au monde, tout ce qu’on lui a appris c’est qu’il était né le  17 février 1969, à l’hôpital Saint Louis, de père et mère inconnus, et que cette dernière était morte en le mettant au monde. Bien sûr, il avait fait des démarches auprès de l’administration, et ce dès sa majorité. Toujours la même réponse :

-Désolé Monsieur, mais on ne sait rien de plus.

-Il y avait bien une sage-femme, un médecin, une infirmière, pour assister ma mère quand elle a accouché ? avait-il demandé à l’hôpital Saint Louis, et ce à maintes reprises.

-Oui, mais tous ces gens là sont partis, ou bien à la retraite pour certains, et puis vous savez, c’était peu de temps après les évènements de mai 68,  les syndicats étaient très forts alors, et il ne fallait pas trop réclamer quoi que ce soit au personnel !

Mai 68, cette époque a toujours fasciné Sylvain, et pour cause, c’est l’époque à laquelle il avait été conçu, et puis toute cette agitation, cette révolte, cette presque révolution, l’ont toujours passionné.

De nombreuses fois, il est allé à la cinémathèque regarder des docus de l’époque, les reportages au cœur de la tourmente, les barricades, les gaz lacrymos, les cocktails Molotov, les CRS casques noirs sur la tête, boucliers en plexiglass, chargeant les hordes d’étudiants…

Un peu les troupes disciplinées romaines contre les fougueux et tonitruants Gaulois !

Trois mille Mondos tout frais sur mon compte, songe-t-il, pourquoi pas ?

Alors il se rend tranquillement Avenue d’Iéna, à pieds. Il fait beau. Remonter les Champs-Elysées par une pareille journée : un bonheur !

Sylvain pousse la porte vitrée de l’agence. Derrière le bureau de l’accueil, une grande femme brune, corsage en satin blanc immaculé, très largement ouvert, laissant deviner que la dame ne porte ni soutien-trucs, ni redresse-machins.

L’hôtesse lève son regard vers lui, large sourire façon "ultra-brite".

-Vous désirez ?

Sylvain répondrait bien "vous", mais ça ne se fait pas !

-Je désirerais me renseigner sur les voyages temporels.

-Vous avez rendez-vous ?

-Non, je passais, alors…

-Très bien. Monsieur ?

-Caillot, Sylvain Caillot.

-Monsieur Caillot, vous avez beaucoup de chance, Monsieur Dampierre notre directeur est là, je vais l’appeler et je pense qu’il va pouvoir vous recevoir, son rendez-vous s’est décommandé.

Elle décroche son téléphone : Monsieur Dampierre, j’ai là Monsieur Caillot qui désirerait s’entretenir avec vous… Très bien Monsieur Dampierre.

A peine a-t-elle reposé le combiné qu’entre le directeur, un homme d’une quarantaine d’années, souriant, visage halé, la main tendue.

-Bonjour Monsieur Caillot, si vous voulez bien me suivre…

Puis se tournant vers l’hôtesse :

-Merci Marjorie !

Sylvain, bien calé dans un profond fauteuil en cuir, explique :

-Je souhaiterais me rendre dans le quartier latin en mai 68, vous comprenez, tous ces évènements, ça me fascine !

-Je vous comprends parfaitement, effectivement c’est une période "riche" !... Vous connaissez notre devise : "rien n’est impossible pour Retro-Tempo !" Monsieur Caillot, nous allons organiser cela. Toutefois, je dois vous faire les recommandations d’usage, et ce malgré la brochure que nous allons vous remettre : vous ne devez ABSOLUMENT pas interférer sur le passé, vous savez le fameux "effet papillon" et aussi le paradoxe du grand-père.

-Oui, je sais, le moindre évènement peut avoir des conséquences désastreuses, ainsi le battement d’aile d’un papillon au Pérou peut-il provoquer un ras-de-marée au Canada !

-Je vois que vous connaissez ce paradoxe, donc on ne touche rien, on n’emporte rien, on ne fait rien qui puisse modifier l’avenir.

-D’accord Monsieur Dampierre, mais le paradoxe du grand-père, c’est quoi au juste ?

-Imaginez qu’au cours d’un voyage dans le passé, vous rencontriez celui qui va devenir votre grand-père, le vrai, celui qui est génétiquement le vôtre. Au cours d’une rixe, vous le tuez avant qu’il ait conçu votre père ! Dans ce cas, comment se fait-il que X années plus tard, vous soyez venu pour le tuer, alors que vous n’existez pas ?

-Ben merde ! C’est tout ce que Sylvain trouve à répondre.

-Revenez dans huit jours Monsieur Caillot, le temps que nous préparions votre voyage. Pour les formalités, voyez avec ma secrétaire.

Huit jours plus tard, Sylvain revient, même accueil de la belle Marjorie :

-Suivez-moi, Monsieur Caillot.

Ils se dirigent vers un petit ascenseur, Sylvain est pratiquement collé à la secrétaire. Cela le trouble, elle s’en rend compte et s’en amuse !

Six étages plus bas, la porte s’ouvre sur une salle aux murs couverts d’inox « brossé ». Des rangées d’ordinateurs garnissent la pièce. En son centre, un fauteuil métallique.

Dampierre va au-devant de Sylvain, main tendue : 

-Monsieur Caillot, c’est le grand jour ?

Puis il se tourne vers un autre homme en blouse blanche : 

-Mon assistant.

L’autre opine, puis retourne à son clavier.

-Monsieur Caillot, veuillez passer dans la cabine d’essayage pour vous changer, vous ne portez pas du tout des fringues soixante-huitardes !

Quelques minutes plus tard, Sylvain sort de la cabine : pantalon pat’d’èph’, veste Mao en velours côtelé, chemise cintrée, col à bouffer de la tarte, Clarcks aux pieds, et bien sûr une perruque « afro » sur le crâne !

-Voilà, c’est parfait, manque plus que le mouchoir sur le nez ! s’exclame Dampierre.

-Installez-vous !

Sylvain se cale dans le fauteuil métallique.

-Vous avez bien lu la brochure ? questionne le directeur.

-Oui, oui, bien sûr !

-Donc si vous ratez le premier rendez-vous pour votre retour, vous en avez un second six heures plus tard, attention il n’y en aura pas d’autres, et après on ne connaît pas les conséquences !

-D’accord Monsieur Dampierre, j’ai bien retenu la leçon.

Maintenant Sylvain est seul, Dampierre et son assistant s’affairent autour des ordinateurs, une légère odeur d’ozone flotte dans la pièce, un léger bourdonnement, un petit vertige, sensation d’apesanteur, Sylvain ferme les yeux…

Quand il les rouvre, il est devant une barricade, les gaz lacrymos lui piquent les yeux, sa vue se brouille, il a juste le temps de lire "rue Saint-Jacques" sur la plaque de rue, un type lui gueule : 

-Reviens derrière la barricade, tu vas t’faire massacrer !

Il se retourne et aperçoit, entre deux larmes, un front de CRS, matraques à la main, qui fonce sur lui au pas de charge. Sans réfléchir, il escalade la barricade faite de pavés, de chaises, de vieux matelas, de carcasses de voitures, de branches d’arbres qui ont été coupées à la tronçonneuse. Les CRS sur ses talons, il court, trébuche sur une fille toute vêtue de rouge, visage ensanglanté, sans doute une grenade lacrymo lancée à tir tendu !

Alors sans réfléchir, Sylvain a saisi "le petit chaperon rouge", l'aide à se relever, puis l’entraîne vers des lieux plus cléments.

Course folle entre les voitures qui crament, les poteaux arrachés, et partout ces putains de gaz qui brûlent la gorge et piquent les yeux, l’âcre remugle des voitures qui brûlent. La première à droite, rue des fossés Saint-Jacques. Sur les murs, il a juste le temps de lire quelques affiches : "la chienlit c’est lui" avec une caricature du grand Charles levant les bras au ciel, "CRS = S.S.",  bien sûr "l’imagination au pouvoir" et enfin "interdit d’interdire" !

La cavalcade continue, la fille l’entraîne dans une petite rue sur la gauche, "rue Clotaire" a-t-il le temps de lire, une grande porte grise, elle pousse violemment le battant, tous deux entrent…

Le calme après la tempête, ils semblent à mille lieues de l’enfer. Au-dessus de l’immeuble, on distingue le ciel rougeoyant…

L’embrasement des voitures.

Elle lui tient toujours la main et l’entraîne vers un escalier étroit au fond de la cour, six étages, des marches usées, la peinture écaillée sur les murs.

Arrivés au dernier étage, elle se dirige vers le fond du couloir, ouvre une porte, s’efface et proclame à voix haute : 

-Versailles, mon prince est arrivé  ! 

Une chambre de bonne, un lit, des étagères garnies de bouquins, une table, deux chaises.

-Ben dis donc, t’es meublée en "Louis caisse", déclare Sylvain, et tous deux se marrent.

Alors, patiemment, l’homme entreprend de lui nettoyer sa plaie. Le sang a coulé abondamment, heureusement la blessure est superficielle, un gros sparadrap et le bobo est réparé.

Elle lui sourit, lui prend les deux mains, et l’embrasse tendrement, amoureusement.

Ils font l’amour, comme si c’était leur dernière fois, elle a échappé à la mort et veut profiter pleinement de l’instant.

Apaisé, il lui demande : 

-Quel est ton nom ? Moi c’est Sylvain !

Elle le regarde gravement et fait NON de la tête.

-Et bien je t’appellerai "COQUELICOT" car c’est une petite fleur rouge que j’ai ramassé tout à l’heure !

Ils roulent l’un sur l’autre et refont l’amour.

Coquelicot s’est endormie, Sylvain regarde sa montre : 

-Merde, plus que 35 minutes avant le second rendez-vous ! 

Il s’habille à la hâte, un bisou sur le front de la jolie demoiselle, puis retour à son point d’arrivée, le quartier est beaucoup plus calme, les CRS patrouillent encore.

A l’heure pile, il est là, l’odeur d’ozone, le vertige, sensation d’apesanteur…

-Alors Monsieur Caillot, on s’est fait attendre ? Il était temps !

-Oh, vous savez, c’était très agité, j’ai bien failli ne pas pouvoir revenir, mais quel pied (c’est le cas de le dire songe-t-il) !

Sylvain est rentré, les jours ont passés, un peu de tristesse en songeant à son petit coquelicot.

Un samedi matin, Sylvain traîne dans son appartement, il est onze heures, le carillon de la porte d’entrée sonne, il ouvre, une vieille dame est là, petite, les cheveux blancs, un joli sourire sur son visage ridé.

-Bonjour Monsieur, je m’appelle Christiane Legendre, j’étais infirmière à l’hôpital Saint-Louis. Je peux entrer ?

Un peu interloqué, Sylvain s’efface pour laisser passer la vieille dame, puis il lui tend une chaise :

-Un petit café ? interroge-t-il.

-Ca n’est pas de refus. Je ne devrais pas, mais au cours de mes gardes autrefois j’en buvais beaucoup, et maintenant j’y suis un peu "accro", ajoute-t-elle en riant.

Le café servi, Madame Legendre commence :

-Vous êtes passé plusieurs fois à Saint-Louis, afin de demander si quelqu’un se souvenait de votre maman ?

-Oui, oui, c’est bien moi !

-Il se trouve que j’étais de garde le jour où elle est arrivée, emmenée d’urgence par les pompiers, figurez-vous que le "travail" avait commencé alors qu’elle attendait le métro !

-Elle est arrivée dans un fort mauvais état, c’est pour cela que ça m’est resté gravé. Elle était très faible et vous étiez un gros bébé, la pauvre a fait une hémorragie, et malgré tous nos efforts nous n’avons pas pu la sauver !

-Oui, mais son nom ?

-Attendez, j’y viens, elle était très, très faible, elle s’est vue partir vous savez, nous avions tous les larmes aux yeux, si jeune et si belle ! Alors elle nous a murmuré :  

-Mon garçon, je désire qu’il s’appelle Sylvain, comme son Papa.

-Et vous Madame votre nom ? Ai-je demandé.

-Coquelicot, je m’appelle COQUELICOT !






Quelques petites photos prises par votre serviteur en MAI 1968... C'était hier quoi !



La gare Saint-Lazare, il est 17 Heures ! Regardez la pendule, pas un chat sur la place, ça laisse rêveur...



Sous les pavés... LA PLAGE



L'humour ne perd JAMAIS ses droits, lisez bien le panneau jeté à terre. (pour les mirots il est écrit : arbre incliné)



Des barricades faites de pavés, de chaises, de vieux matelas, de carcasses de voitures et de branches d'arbres...



Les rues du quartier latin avaient ét rebaptisées : ici la rue du 11 Mai 1968

vendredi 16 janvier 2009

Tant-BourrinLogomachie

Un peu trop de travail en ce moment pour écrire un billet frais. Alors j'ai exhumé un vieux texte de chanson que j'avais écrit il y a quelques années, jamais mis en musique. Si quelqu'un se sent d'y coller des notes dessus...


Cupidon, sale enfant de coeurs
De malice a cordé son arc
Et décochant un trait moqueur
Il m'a entiché d'une énarque

Depuis je maudis le destin
Et sa cruauté sans pareille
Car ses grands discours byzantins
Font le malheur de mes oreilles

Tout son bla-bla est aussi creux
Qu'une vieille fosse d'aisance
Où résonne l'écho foireux
Du clairon de sa suffisance

Et quand mes nerfs, peau de chagrin
En sont réduits à peau de balle
Je lui fredonne ce refrain
Pour calmer ses ardeurs verbales

Logomachie, logomachie
C'est pas rigolo, ma chérie
De subir ta logomachie
Tu logomaches et moi j'en chie

Les savoir-faire sociétaux
Transcendent les technostructures
Par leurs effets fondamentaux
Passe-moi donc la confiture

Tout déploiement applicatif
Doit décliner des paramètres
Hypothético-déductifs
Pourrais-tu fermer la fenêtre ?

Logomachie, logomachie
C'est pas rigolo, ma chérie
De subir ta logomachie
Tu logomaches et moi j'en chie

C'est ainsi du soir au matin
Je pédale dans la choucroute
De son infâme baratin
J'ai la cervelle en banqueroute

Et même au lit, c'est profil bas
Je perds mes moyens, c'est tragique
Car au plus fort de nos ébats
Elle parle de plans stratégiques

Logomachie, logomachie
C'est pas rigolo, ma chérie
De subir ta logomachie
Tu logomaches et moi j'en chie

Logomachie et logorrhée
Sont ses mamelles qui m'attristent
Et pour ne plus boire leur lait
Je me ferais moine trappiste

J'ai tout laissé, je suis parti
Qu'on ne me parle plus d'énarque
Cupidon n'a plus d'appétit
Je lui ai fait bouffer son arc

Logomachie, logomachie
C'est pas rigolo, ma chérie
De subir ta logomachie
Tu logomaches et moi j'en chie

mercredi 7 janvier 2009

Tant-BourrinLes Blogbobandes dessinées

Le joli coup de crayon d'Andiamo a fini par faire des jaloux : j'ai décidé de me lancer dans la bande dessinée. Oui, mais voilà, comment faire quand on a autant de talent pour le dessin que Lorie pour la chanson à texte ?

Eh bien, ne cherchez plus, j'ai trouvé la solution, elle s'appelle...

En cliquant sur l'image ci-dessus, vous arrivez sur le site de Pixton qui vous permet, avec beaucoup de souplesse et de possibilités de mise en scène, de construire vos personnages de BD et d'en tirer quelques chtites histoires sans jamais avoir à vous saisir d'un crayon. Un vrai régal pour ceux qui ont deux mains gauches comme moi !

Bien sûr, ça ne vaudra jamais le vrai coup de patte d'un vrai artiste, mais ça permet déjà de bien faire mumuse.

D'ailleurs, jugez plutôt, je vous ai concocté quelques strips ! :~)




Tant-Bourrin : les billets sont un cri qui vient de l'intérieur


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Saoul-Fifre : le grand air bête


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Andiamo : pratiquons le jeune !


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Mam'zelle Kesskadie : la loi de la pesanteur


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Tant-Bourrin : sex and drug and rock 'n' roll


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Saoul-Fifre : compte rendu


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Andiamo : pythie-Bee


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Mam'zelle Kesskadie : vivent les biotechnologies !


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samedi 3 janvier 2009

Mam'zelle KesskadieLe droit acquis

Non seulement il tombe de plus en plus rarement, mais encore, faut-il qu’il tombe mal.

Ce soir, c’est la finale de Star Academy. Entre Jason et Mélinda, qui l’emportera ? Comment peut-il téléphoner pour dire qu’il passera ce soir, soirée sacrée entre toutes ?

Bon, il est vrai qu’il est tombé pile une fois ou deux depuis les derniers… mois ?

Il se fait fidèle à sa femme depuis le temps ou je me fais vieille, se dit-elle.

Ou il se fait susceptible. Les visites rarissimes étant de plus en plus rapides, merci à son diabète nouvellement acquis qui fait en sorte que les érections se raccourcissent sensiblement.

Suzanne a bien regretté la première fois que les symptômes érectiles se sont manifestés. Elle avait blagué après la courte performance : « Ah, un souvenir de jeunesse ? »

Il n’était pas revenu avant quelques semaines.

Et peut-être bien que même avoir voulu, il n’aurait pas pu.

Bon, alors, faisons contre mauvaise fortune bon cœur, il y a longtemps que je n’ai pas été baisée, se dit-elle, c’est probablement pour ça que j’ai le vague à l’âme en ce temps de Noël.

Alors, premièrement, faire le ménage. Dieu sait pourquoi, puisque le casting n’est pas d’être ménagère, les hommes aiment que le comptoir de cuisine soit quand même propre quand ils vont voir leur maîtresse. Surtout quand ils ont passé l’âge de faire grimper la dite dame sur le comptoir pour atteindre le septième ciel.

Tout en frottant énergiquement, la préoccupation vestimentaire se profila. L’homme avait défait au moins douze fois chaque dessous, et il en était au stade où il se rappelait de les avoir enlevés sans que le souvenir refasse surface là où il l’aurait fallu.

On verra après la douche décide-t-elle. Cherchant son rasoir, elle pensa avec mélancolie à sa douce jeunesse où le poil était encore permis à certains endroits. Les hommes jubilaient d’explorer la forêt alors que maintenant, ils ne visitent que les collines dénudées. Effet de l’exploitation industrielle des sites patrimoniaux ?

Évidement, les femmes mariées n’ont pas ce souci du détail. Un mari pouvant se compter chanceux si sa légitime épouse lui permet le devoir conjugal, il n’a cure du poil ni sur le tapis, ni sur le comptoir, ni sur l’épouse.

Ah! Le privilège du droit acquis, soupire Suzanne en appliquant un diachylon sur la coupure faite à l’arrière de la jambe droite. La souplesse n’est plus au rendez-vous ni de la préparation, ni de l’exécution.

Elle regarde sa montre, encore un peu de temps, mais elle fait vite pour programmer le vidéo qui enregistrera Star Academy.

Ah non ! Lui aussi se faisant vieux, refuse de démarrer sous commande. La machine refuse même d’avaler la cassette.

Écoute, maugréa-t-elle, recracher n’est pas un privilège quand on est occasionnelle, tu m’entends ?

Bon, v’là qu’en plus de faire des manières, elle est sourde. Peuh, pense Suzanne avec une certaine amertume, elle aussi pense qu’elle peut avoir mal à la tête quand elle le veut bien. Si les machines vidéo-cassettes se mettent à faire des manières de femme mariée, où s’en va-t-on ?

Et moi, han, si je faisais des manières de femme mariée, han ? Qu’est-ce qui m’arriverait, han ?

Assise sur le bord du sofa, la poitrine aussi basse que son moral, elle regarda tour à tour la télécommande, l’aspirateur, la vaisselle en train de sécher sur le comptoir, le diachylon sur sa jambe égratignée.

« Si la maîtresse clandestine avait des privilèges de la légale partie…. »

Son cerveau passa d’objet en amertume en soupir dans une ronde bien connue et déjà indifférente.

Suzanne tend lentement la main vers son téléphone.

« Allo, puis-je parler à monsieur Dupont ?

Ah, Bonjour madame Dupont. Pouvez-vous lui faire un message ? Vous seriez bien aimable.

Oui, dites-lui que la réunion est annulée pour ce soir.

Ah ? Il avait planifié rejoindre un vieux copain ? Eh ben, le vieux copain a mal à la tête, il n’ira pas le rejoindre.

Comment je le sais ?

Je vous rappelle pour vous expliquer, je dois raccrocher, Star Academy est sur le point de débuter.

Moi ? mais Jason ! Vous aussi, et bien, quelle coïncidence ! Nous avons probablement beaucoup en commun.

Au revoir madame, et merci pour tout. »