Blogborygmes

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mercredi 1 mars 2017

BlutchDieu et Nolutch

Tout le monde sait maintenant que je parle à Dieu, que même, c’est un pote terrible.

Pour les ceusses qui en doutent encore...

http://blogborygmes.free.fr/blog/index.php/2015/01/19/1739-a-la-bande-a-blognot

C’est probablement pour ça qu’un jour….

- Nolutch !

- ….

- Nolutch, j’te cause !

- Oh putain voilà que j’entends des voix et en plus y doit être bourré le type pour estropier pareillement mon nom. Et puis il est où le zigoto, y a personne ici….

- D’abord, tu restes poli parce que :

1° Je ne suis pas bourré, comme tu dis.

2° Tu devrais t’appeler Noé comme ton lointain ancêtre.

3° Si tu ne me vois pas, c’est parce que je suis Dieu.

4° Si je t’appelle, c’est que j’ai besoin de toi.

- Bon, si j’ai bien compris, je finirai mon sudoku plus tard….

- Nolutch, j’ai un problème avec l’humanité et j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes. Je sais que j’avais promis à ton ancêtre de ne pas récidiver le coup du déluge, mais franchement ça va trop loin. Il y a trop de monde, les humains deviennent de plus en plus inhumains, les dirigeants sont de plus en plus tarés et ne pensent qu’à dépouiller les peuples.

ils sont revenus à l’ère du veau d’or. Même qu’il lui ont donné un nom : Dollar... alors j’ai décidé de faire table rase de cette humanité, avant que des fous de Moi s’occupent à faire ce travail à la bombe… Et bien oui, je n’aime pas que des abrutis prennent des décisions à ma place. Voilà!

Je te charge de construire une arche comme ton aïeul, mais un peu plus grande car il te faudra aller plus loin que le mont Ararat puisque le seigneur du lieu est complètement zinzin.

Tu as 6 mois pour la faire avant que j’envoie la pluie.

Les six mois écoulés, il se met déjà à pleuviner lorsque Dieu regarde du côté de chez moi, je balaie tranquillos ma cour en sifflotant.

- Nolutch ! Je t’ai demandé de me construire une arche pour la sauvegarde des espèces et tu n’as rien fait. Qu’est-ce à dire !

- Excuse moi Dieu, mais ce n’est pas aussi simple que pour la première fois. Tu penses bien que je n’ai pu aller dans une forêt privée pour y couper les arbres qu’il me fallait. Maintenant, il faut passer commande et verser des arrhes. J’ai eu beau expliquer que bientôt l’argent ne servira à plus rien, scieur ne voulait rien entendre.

J’ai tenté d’obtenir un prêt à la banque du lieu, mais je n’avais pas les garanties suffisantes pour un remboursement ; et je peux t’assurer que ça n’a pas rassuré le banquier que je lui dise que les banques disparaîtront bientôt.

Toutes ces démarches ont mis la puce à l’oreille du Maire qui a exigé un dépôt de plan pour faire une construction dans ma cour. Je lui ai dis que c’est juste le temps de construire le bateau et après il partira. Et bien ça n’a pas simplifié les choses. Il a transmis le dossier à la DDE qui a exigé un plan de transport pour l’arche, de ma cour à la mer. Ils m’ont pris pour un fou lorsque je leur ai dit que ce sera la mer qui viendra à l’arche et ils ont refermé le dossier rageusement. Encore heureux qu’ils ne m’aient pas enfermé comme dément.

Les voisins ont fait circuler des pétitions contre la construction de cette arche :

Une parce que ça ferait du bruit.

Une autre parce qu’il ne faut pas défigurer les forets.

Une autre encore à cause de la circulation des camions dans le village.

Mon voisin a fait opposition car l’arche lui ferait de l’ombre sur sa terrasse.

J’ai du prendre un architecte car la surface de planchers dépasse 175 m². Celui-ci exige des calculs de résistance faits par un ingénieur naval. J’ai eu beau lui expliquer que Dieu s’en charge, il n’avait pas confiance. Je viens de recevoir une lettre de la DDE disant qu’il manquait des pièces au dossier et qu’ils exigent une étude d’impact environnemental.

Pour ne pas perdre de temps, j’ai fait les démarches pour avoir un couple de chaque espèce animale, mais là encore c’est compliqué. Pour les puces, les cafards, les morpions, ça ne posent pas de problèmes, mais il y a des espèces protégées par la loi et ça n’a servi à rien que je leur dise que c’est pour leur survie que j’ai besoin d’un couple de chaque espèce. Quant aux espèces sauvages, je dois posséder un permis spécial qui exige des études vétérinaires. Je me suis inscrit à la faculté, mais il y a 5 ans d’attente à cause de Numérus Clausus. Ils n’ont pas su me dire pourquoi il fallait l’avis de ce Romain, mais qu’il n’y a pas à charrier, car c’est le règlement.

La SPA a voulu voir les plans de l’arche et elle a estimé qu’il n’y avait pas assez de place pour que les bêtes s’y sentent bien. Brigitte Bardot a lancé une pétition mondiale contre la détention des bébés phoques.

L’URSSAF m’a demandé comment je comptais payer les charges sociales. Les syndicats ont exigé le respect des 35 heures et 75 % du personnel en CDI. Comment tu fais pour leur expliquer qu’un CDI à 6 mois de la fin du Monde, c’est un peu illusoire… Et puis tiens, le rabbin est venu me dire qu’il est exclu de travailler le samedi à deux pas de la synagogue. L’Imam m’a menacé d’une Fatwa si je faisais du bruit à l’heure des prières, et pour le vendredi, pas question de travailler. Comme le curé était déjà venu me dire que dimanche est le jour du Seigneur…. Il n’a même pas voulu comprendre que c’est un travail pour Toi, SON Seigneur.

Voilà où j’en suis, j’attends les conclusions de l’étude d’impact de ces travaux sur l’équilibre des biotopes naturels et la protection des zones humides.

Je dois encore proposer un plan de reboisement pour être autorisé à faire les abattages nécessaires à la construction de l’arche.

Avec les élections qui se profilent et la nécessité pour les nouvelles équipes gouvernementales de revoir entièrement les dossiers je ne peux raisonnablement pas m’attendre à avoir toutes les autorisations nécessaires avant 12 à 15 ans.

Alors qu’il s'était mis à pleuvoir à gros bouillons. inondant déjà ma cour, le ciel s’est brusquement éclairci, laissant place à un Soleil si chaud que l’eau disparu bien vite de mes pavés. Je me suis alors écrié :

- Dieu, tu renonces donc à détruire l’humanité ?

- Non, mais plus besoin d’un déluge, l’administration y parviendra toute seule.

Pour rendre à Césaria ce qui n’est pas forcément à Evora, c’est la libre interprétation d’une petite histoire racontée par une petite sœur des pauvres dans une réunion de patronage.

mercredi 8 juin 2016

AndiamoPapillonnons un peu...

Mon dernier billet était un peu... Comment dire ? Un peu dure à avaler, triste, déchiran an an an ant !

Les Mômans m'en ont voulu ! Si, si (pas l'Impératrice hein ?) je l'ai bien sentU dans les commentaires...

Alors afin de me faire pardonner, et de rameuter un peu la gent féminine, et masculine, je poste quelques ch'tiots crobards qui plairont je l'espère aux deux genres.

Lou parpaïoun.

Les deux premiers parpaïouns faisaient partie d'un mobile (on voit encore les trous servant à passer les fils de nylon) que j'avais fabriqué en contreplaqué très fin, pour ma p'tite fillotte, il y en avait d'autres bien sûr, et notamment une jolie libellule aux ailes de rhodoïd. Son frère avait eu droit à des très anciens modèles d'avions, Sopwith Camel, Piper J3, Gee-Bee etc..

Le dernier ch'tiot crobard ne faisait partie d'aucun mobile !!

(Ch'tiots crobards Andiamo)

samedi 8 août 2015

BlutchVous les attendiez depuis 112 ans: voici..... les Culs noirs

Tel un Messie sortant des eaux à la nuit tombante parce qu'il a soif et pris d'une culpabilité familiale intense à cause du silence assourdissant de Saoul Fifre concernant les culs noirs, Bof m'a remis en courriel propre (ben oui, il n'avait pas le bras assez long pour que ce soit sa main) une affiche de la foire annuelle des culs noirs. Petite mise en garde tout de même, les culs noirs sont une variété de porcidés il n'y a donc aucune allusion désobligeante envers les Limousines qui, dans le cas d'espèce, ne sont ni des chiottes, des bagnoles, des tires, des chars ou des minounes, pas plus d'ailleurs que des vaches, mais des dames de bonne convenance habitant le Limiousin. (là, si vous avez suivi, vous avez de la chance parce que j'ai du repasser par le start pour m'y retrouver...) Donc, a défaut d'un article circonstancié sur l'élevage des culs noirs (que je serais bien incapable de pondre), je vous transmets l'affiche de la foire en question (dont il est déjà inutile de vouloir faire le déplacement autrement que dans une machine à remonter le temps (si tant est qu'un mécano maladroit l'ait préalablement démonté (peut-être en même temps que la mer de Raymond Devos (trois parenthèses gigognes je trouvais ça un peu court)))). On y apprend, entre autre, que les Limousins mangent au moins deux fois par jour et qu'une partie des participants ne pourront pas raconter la fin de la fête, puisqu'ils auront été mangés avant. Mais clore la fête à 23 heures, je suis perplexe.... Est-ce parce qu'ils doivent gouverner tôt ou à cause du gouvernement? traduction vaudoiso-française: Est-ce à cause de la traite du lendemain ou à cause de bobonne?

Blutch

vendredi 29 août 2014

AndiamoPoulpe fiction

Elle s’avança vers lui, la démarche féline, ses hanches magnifiques accompagnant ses pas d’un balancement propre à réveiller un mort. Face à lui, elle s’arrêta, découvrit ses dents magnifiques par un large sourire, passa ses bras autour de son cou, et l’embrassa à pleine bouche devant les passants médusés !

Lui, Anselme Petitpas, plutôt petit, rondelet, chauve, la soixantaine bien sonnée, comment pouvait-il avoir séduit pareille créature ? Sûrement pas pour son fric ! Une maigre retraitre de petit employé de ministère, pas celui des oiseaux perdus comme ce pauvre Tardieu, mais presque !

Le baiser durait, procurant à Anselme des sensations oubliées depuis belle burette, comme disait sa bignole de la rue Montorgueil. Alors il commença à s’agiter, à baîller, puis se réveilla tout à fait. Les chiffres lumineux de son vieux réveil indiquaient : 03.35.

Putain, quel beau rêve ! songea Anselme en émettant un rot sonore, suivi d’un pet qui ne l’était pas moins. Cela ne risquait pas de gêner grand monde : Anselme était célibataire, ou plutôt vieux garçon. Il en avait tous les défauts : maniaque, étroit d’esprit, grincheux, et même avare !

Mais, depuis quelques jours, sa vie avait changée… Ou plutôt ses nuits, depuis cette journée où…

- Bonjour Monsieur Petitpas, l’avait accueilli Gaston le vendeur de l’animalerie de son magasin préféré.

Il s’y rendait très souvent, achetant des poissons pour son bel aquarium, la seule fantaisie qu’il s’autorisât dans sa morne vie. Ils lui plaisaient bien, ces compagnons silencieux et multicolores : pas trop contraignants, quand l’aquarium était bien « équilibré », le bon pH, la bonne température, guppys, scalaires, blacks, cœurs saignants, néons,et autres « laveurs de vitres » étaient en harmonie et ne réclamaient pas grands soins, veiller à la nourriture distribuée automatiquement, et de temps en temps, un grand nettoyage, mais rien de bien méchant.

- Bonjour Gaston ! Alors vous avez du nouveau pour moi ?

- Oui Monsieur Petitpas, vous allez être content !

L’œil ordinairement terne d’Anselme s’alluma comme un lampion au 14 juillet, signe d’une intense jubilation.

Depuis longtemps Anselme Petitpas rêvait de posséder un N.A.C*. Il s’en était ouvert à Gaston, lui laissant entendre qu’il serait prêt à le récompenser généreusement si ce dernier lui procurait un animal généralement interdit à la vente ! Oh ! Pas un animal dangereux, ou venimeux du genre crotale ou vipère du Gabon : courageux Anselme, mais pas téméraire !

- C’est quoi ? interrogea notre retraité en se hissant sur la pointe des pieds afin de compenser la différence de taille entre lui, et le vendeur.

-Surprise ! lui dit Gaston dans un murmure, suivez-moi discrètement.

Dans le fond du magasin, une porte métallique, un verrou. Gaston sort une petite clef en laiton, coup d’œil circulaire, il pénètre dans le cagibi, suivi par Anselme.

Sur la dernière étagère, tout en haut, planqué derrière un carton à chaussures, Gaston extirpe un petit pot à confitures de taille standard. Il s’approche de l’ampoule couverte de chiures de mouches, le présente à la lumière délicatement…

L’éclairage est suffisant pour que Anselme aperçoive un genre de poulpe, muni de quatre tentacules, de couleur mauve avec deux grands yeux jaunes. Son premier réflexe est un recul.

- C’est quoi ce truc ?

- Je ne sais pas, Monsieur Petitpas, c’est un homme qui me l’a vendu il y a trois jours, assez cher d’ailleurs. Il dit que c’est un animal rarissime, pas dangereux. Ça vit dans un terrarium, quelques vers pour nourriture, et un peu d’eau. Ah oui ! Il m’a aussi confié que sa nourriture essentielle ne se voyait pas, ne se touchait pas !

- Et ça n’est pas dangereux ?

- Du tout !

Joignant le geste à la parole, le vendeur dévisse le couvercle muni de minuscules petits trous et caresse délicatement la chose, qui se pelotonne et semble visiblement heureuse !

- Si ça continue, elle va ronronner, plaisante Anselme.

Après avoir déboursé 300 euros, Anselme repart tout content, non sans avoir acheté un petit aquarium, un sac de sable fin, des vers pour oiseaux, et quelques pierres fantaisies, afin d’aménager un terrarium pour son nouveau pensionnaire.

Le soir, il a longuement admiré son « poulpe », ses jolies couleurs changeant selon l’éclairage, puis il s’est couché.

Cette nuit-là, il a fait son premier joli rêve, une blonde magnifique croisée dans la rue lui a souri !

Le lendemain, elle a marqué le pas, et il en est certain, elle lui a fait un clin d’œil ! Incrédule, Anselme s’était retourné afin de regarder si un homme le suivait, en ce cas le clin d’œil eût été pour lui ! Même en rêve, Anselme ne se faisait aucune illusion ! Et bien non, c’était bien à lui que le clin d’œil s’adressait…

Les jours suivants, il y a eu le baiser dans la rue, puis un rendez-vous pour un dîner. La nuit suivante, Sarah - puisque c’est ainsi qu’elle se prénomme - l’a invité à prendre un dernier verre, comme dans les films ! Au matin, Anselme gardait ses merveilleux souvenirs dans sa tête dans son cœur, et comme dans la chanson les draps s’en souvenaient aussi…

Anselme ne vivait plus que pour ses nuits. Il avait essayé de faire la sieste afin qu’il y eût encore plus de plaisir, mais nada : ça ne « marchait » que la nuit. Il savait bien Anselme que ça n’était que du virtuel, mais ses rêves étaient si réels quand il les vivait qu’il s’était pris à y croire, jusqu’à dormir nu ! Lui pourtant si frileux !

La première semaine passa ainsi, des rêves de plus en plus torrides, et son petit animal de compagnie dans son joli terrarium se portait à merveille, exigeant peu, un ver chaque jour et un peu d'eau pour sa baignade quotidienne.

Les rêves d'Anselme devenaient de plus en plus élaborés. Ainsi, la nuit précédente, ils s'étaient retrouvés à la Fenice de Venise, on y donnait "La Traviata", ensuite dîner au café Florian, et enfin une suite au Danieli... Rien que ça ! Et, bien entendu, champagne et toujours la sublime Sarah qui le rendait fou !

C'est à partir du dixième jour qu'il y eut le premier bémol, Sarah prétexta une affreuse migraine après une soirée bateaux-mouches avec souper aux chandelles, une suite au Crion, et au moment de se coucher, cette maudite migraine qui priva Anselme de ses ébats nocturnes.

Au matin, il s'éveilla d'humeur chagrine, se pencha au dessus du terrarium et s'aperçut qu'une légère protubérance était apparue entre deux tentacules de son nouvel animal !

La journée se déroula morose, il flâna entre le métro Abbesses et la place du Tertre, passa même un bon moment à glandouiller square Nadar, observant deux amoureux se bécotant à bouche que veux-tu , assis sur un banc de bois faisant face cette magnifique ville, s'étalant à leurs pieds.

Il acheta une boîte de cassoulet chez l'Arabe du coin, se fit chauffer le contenu dans une casserole en inox vachement bien cabossée, mangea à même le récipient, faillit s'endormir devant un feuilleton style : elle est belle et rebelle, mais à la fin elle tombe dans les bras du riche laboureur qui n'a pas de gosses, même pas grave, elle va lui en faire une demi douzaine !

Puis il alla se coucher. A peine allongé, il se retrouve square Nadar derrière le Sacré-Cœur. Il a rendez-vous avec sa Sarah. Il attend, une heure deux heures. Personne.

Son portable sonne : c'est elle !

- Anselme, je ne pourrai pas venir, j'ai un contretemps...

- Ah bon , que t'arrive-t-il ?

- Pas le temps de t'expliquer, Anselme, à plus !

Anslme est catastrophé, c'est en sueur qu'il se réveille. Il n'est qu'une heure et quart ! Le reste de la nuit, il ne dort pas !

Putain ça n'est QUE du virtuel, Anselme, secoue-toi nom de Dieu, se raisonne-t-il ! Il n'empêche que toute la journée il erre comme une âme en peine, attendant le moment du coucher avec impatience.

Quand il s'endort, le décor est sombre, il a du mal à reconnaître l'endroit, une passerelle, un pont plutôt, ça y est ! C'est le décor d'hôtel du Nord le film de Marcel Carné ! Sarah est là, un homme la tient dans ses bras, il l'embrasse, elle a pour lui les yeux de Chimène. Quand leurs bouches se séparent, Anselme lit sur les lèvres de Sarah un "je t'aime" qu'elle adresse à cet inconnu.

Huguette Bernot, la concierge du douze de la rue Montorgueil, a découvert Anselme Petitpas ce matin-là, en lui apportant son courrier. La porte était légèrement entrebaîllée. En entrant, elle a découvert le locataire du troisième face, pendu à la suspension du salon. Le visage violacé, la langue pendante, il tournoyait mollement sur lui-même...

Dans un terrarium, près de lui, un étrange animal, une sorte de poulpe muni de cinq tentacules.

- Tiens ce doit être le N.A.C* dont m'a parlé Monsieur Petitpas, je vais le prendre. Ainsi, étant seule, il me tiendra compagnie, et puis que va-t-il advenir de cette petite bête, si je ne m'en occupe pas ?



*N.A.C : nouvel animal de compagnie.

(ch'tiot crobard : Andiamo)

dimanche 17 août 2014

Saoul-FifreOù t'as mis le corps ?

Allez, une histoire de brute, pour vous changer des bêtes :

Ces chèvres commencent à me brouter sérieusement les poils et à me gonfler au compresseur d’air. Surtout Arthur. De longue à faire des cagades, casser les clôtures, partir dans la colline, ronger les oliviers… Arthur surtout, ce fumier pourri : debout sur ses pattes arrière, c’est qu’il atteint ses 2m50, ce grand encorné de mes nouilles ! Je vous dis pas l’état des oliviers, si on le rattrape pas tout de suite. Ou plutôt si, je vous le dis : plus d’écorce, plus de feuilles, les branches cassées à concurrence de 2m50… Le typhon Arthur. Merci beaucoup, mon Dieu ! Avec un zig pareil, plus aucun avantage à vivre en région tempérée.

En plus, toujours à chercher la bagarre. C’est un violent, ce mec, je vous jure ! Il s’avance vers moi, faussement calme, sûr de lui, avec des tressautements nerveux dans les muscles des épaules, et puis il fait un truc marrant, enfin, marrant, mouais, pas vraiment : il baisse la tête comme pour me faire admirer ses grandes cornes bien implantées, mais alors pas du tout de l’air de dire :

« T’as vu comme tu m’as encore fait cocu ? » mais bien, et sans l’ombre d’un doute, je décrypte à livre ouvert la mauvaise détermination qui brille dans ses yeux : « Si t’aimes les gros machins vrillés, tu vas jouir, p’tite tête » tout ça, en soufflant et en grattant furieusement du sabot. Je le soupçonne de potasser des traités tauromachiques, le soir à la clarté lunaire. Belzébuth seul sait comment il se les est procurés et qui lui a appris à lire. Peu importe, mais ça n’arrange pas sa mégalomanie !

Bon, en principe, quand ce genre de moment un peu difficile à passer se coltine à mon destin, je me mets à hurler en essayant d’avoir l’air d’y croire (ça ressemble à s’y méprendre à un glapissement d’australopithèque) les rares insanités que ma mère m’a apprises ça fait déjà un bail… Et, miracle, si par hasard je lui sers une obscénité bien gluante à laquelle il n’a pas encore eu l’honneur d’être présenté, eh bien il lui arrive d’avoir un mouvement de recul, l’air pincé, moitié choqué, moitié dégoûté de voir tant de vulgarité dans un si vieil ébouriffé aux yeux clairs… Mais aujourd’hui : macache ! Mes injures doivent être de vieux poncifs rassis, peu convaincants et leur charge émotionnelle tellement élimée que l’accoutumance joue et qu’il fonce.

L’instinct de conservation me fait creuser le ventre, enfin, je me recule, vous m'aviez compris, en une véronique de toute beauté qui m’évite ainsi une opération de l’appendicite sans anesthésie par le chirurgien-fou Arthur, que, soit dit entre nous, et il n’est pas dans mes habitudes de débiner quelqu’un dans son dos sans de sérieuses raisons, je ne recommande pas même à mon pire ennemi. Ce judicieux influx nerveux zigzaguant à la vitesse de l’électricité directement des yeux aux muscles sans passer par le cerveau me fait gagner la seconde indispensable pour me planquer derrière un arbre. L’autre brute prend son virage en épingle à cheveux sur ses deux pattes intérieures, comme un vrai pro, et commence à me mimer « mon manège à moi, c’est toi… » autour de l’arbre. Tout en crachant les dernières cellules pulmonaires que m’ont laissées vingt ans de tabagie active, je beugle :

« Déconne pas Arthur, je disais ça pour rire ! Pas un mot, j’en pense pas un mot ! Je t’èèèèèèèème !! »

Son besoin affectif est comblé. Ou alors il commençait à trouver que la force centrifuge ne lui faisait travailler que le cerveau gauche et il n’attendait qu’un prétexte pour entamer la négociation d’une paix honorable. Toujours est-il qu’il pile net, en une sorte d’ultime galop sur place, d’une élégance olympienne. Complètement calmé, il pousse ensuite la bonté d’âme jusqu’à faire les derniers pas vers moi. Je sais qu’il veut que je le gratte derrière les cornes, là où il a du mal à se débrouiller tout seul. Le silence s’installe entre nous. Mes doigts courent dans ce crin court dont pas un négociant en laine ne voudra.

Vraiment, qu’est-ce qui me prend de gaspiller de longues plages de mon emploi du temps avec cette trique à pattes ? Et à quoi ça sert que l’autre il se décarcasse à inventer l’insémination artificielle ?

Je jette un regard par-dessus l’épaule. Toutes les chèvres sont là, l’œil humide, béant d’admiration devant leur Grand Homme de Bouc, avec des brindilles d’olivier dépassant encore au coin de la lippe, en une ironie délibérément appuyée. Le premier Commandement de l’Eleveur, en lettres de feu, explose soudain et m’incendie la rétine :

« Avoir l’ascendant sur toi, jamais la bête ne laisseras ! »

Aussitôt, un courant de faible intensité me parcourt, me réveille et me remet sur les rails de la rigueur pragmatique. Je m’ébroue et ordonne d’un ton sec :

« Bon, c’est pas tout ça ! Ils sont goûteux, mes oliviers ? C’est de la qualité extra, hein ? Un bon équilibre énergie / azote, ça madame ! Et ben, pas un gramme de foin ce soir ! C’est l’heure de la traite, vous allez me rentrer direct à la maison et…, au petit trot, je veux dire ! »

Et, Arthur en tête, le troupeau obtempère, bon enfant. Ils ont prononcé tous les autres, ils peuvent bien me laisser le dernier mot …


jeudi 31 juillet 2014

Saoul-FifreLa mare aux canards

Dites-moi si je me trompe mais je crois qu'il y a longtemps que je ne vous ai pas mis bas une de mes histoires de bêtes. Une de mes histoires tout court ? C'est pas faux non plus. J'en branle plus une ? Je suis bien obligé de le reconnaitre mais là, ici et maintenant, je suis devant mon clavier et je pense à vous, cher Grand Lectorat, vampires jamais assouvis qui vous repaissez de textes de qualité frais pondus, quand vous en trouvez, bien sûr, sans être jamais rassasiés, conditionnés que vous êtes par le système actuel du "toujours plus". Non mais vous croyez que ça va durer longtemps à ce rythme, bande de goinfres-soiffards ? Nous au village nous n'avions qu'une fête votive par an, avec son bal popu, sans même un manège, y avait juste un jeu d'adresse avec des boites de conserves et puis heureusement, l'épicière avisée se fournissait pour l'occasion en pétards divers, non, pas ceux qui vous donnent un air de débile heureux, des pirates, ou des corsaires, ou des "mitraillettes", enfin, fallait quand même les allumer à un bout, d'où peut-être la similitude d'appellation.

Et nous nous en contentions, aux anges, en plus. Ah et j'allais oublier, bien sûr : "La mare aux canards" ! Autant dire le Casino des ploucs... Avec leurs petits papiers roulés, noués autour du cou, que l'on fixait de notre regard N° 5, celui à rayons X, pour deviner sur lequel était marqué le gros lot, une poupée géante pour les filles ou un camion de pompier à pédales pour les garçons...

Je sais bien ce que ça va vous évoquer, ce "pompier à pédales", je connais mon monde, allez, mais que voulez-vous, on a le public qu'on peut, on prend ce qu'on trouve, c'est la dure loi de la course aux commentaires ! La quantité au détriment de la classe et de l'élégance ! Quand je pense que je volais naguère à travers le pur azur, tout là-haut, et que me voici vautré dans cette souille grouillante d'obsexionnels, quelle pitié ? Ah, avoir été et être toujours et encore, pourquoi ne serait-ce point possible ?

Ailleurs que sur Blogbo, peut-être ?

Alors vous vous en souvenez tous ? Ça n'a pas disparu puisque pas une kermesse d'école sans sa pêche au canard. À la réunion des parents d'élèves, forcément, un papa va affirmer d'une voix forte qu'il s'occupe de tout, à condition qu'on lui fournisse les canards en plastique, à l'exception - il jettera un regard tout autour de lui pour vérifier qu'aucun enfant ne traine dans les parages - de tout sex-toy qu'il se verrait, dans le cadre strict de l'enceinte de l'école, dans l'obligation de refuser.

Perso, avec l'âge, je me suis lassé d'essayer d'attraper un canard de baignoire harnaché de son anneau en fil de fer, avec un hameçon bricolé, surtout que certains papas zélés font faire du rafting à ces pauvres canards en pulsant l'eau avec une pompe de piscine, et faut se lever un maffre comaco pour en choper un. J'ai vu des petits rentrer chez eux bredouilles alors qu'à ce jeu on est censé toujours gagner ! Vingt ans plus tard, ce seront les mêmes, traumatisés, qui préfèreront jeûner que toucher à un magret de canard, un confit ou même à un foie gras.

Moi c'est bon : j'adore toujours les voir naitre, vivre, les élever, puis les trucider en pleine santé pour leur éviter les affres de la sénescence.


mardi 3 juin 2014

AndiamoLes vacances

Depuis deux jours, je sens bien qu'il se prépare quelque chose, on ne me la fait pas ! C'est pas la première fois qu'ils se préparent ainsi, enfin si, c'est la première fois sans les enfants.

D'abord il y a eu Sonia qui est partie. Je l'aime bien, Sonia, elle ne manque jamais de me caresser quand elle arrive, elle m'appelle "Poupougne". En fait, je m'appelle Jules. C'est joli, Jules je trouve, pas vous ?

Puis, il n'y a pas longtemps, c'est Pierre qui est parti, à Paris. Il fait "médecine". Je sais pas trop ce que ça veut dire, mais il paraît que c'est bien !

Il y a treize ans que je suis là, ils disent que je suis vieux ! Pfuuuu, vieux moi ? Mon maître a fêté ses cinquante-six ans et ma maîtresse cinquante-quatre ! Et moi je suis vieux à treize ans !!!

Mon maître, c'est Claude, et ma maîtresse Nicole. Ils sont gentils avec moi. Au début, ils m'emmenaient courir dans les bois à Chantilly, c'est pas loin de chez nous, j'aime bien Chantilly. Parfois, on croise des cavaliers dans les allées forestières. Ils me rappellent alors, afin de ne pas effrayer les gros bêtes qu'ils appellent chevaux. Ils sont grands et gros ces bestiaux-là, mais ils ont peur de tout ! Hi hi hi !

"Ils" ont entassé les valises et les sacs dans le garage, tout est prêt ! Nous sommes prêts, il n'y a pas si longtemps, ils emmenaient des seaux, des pelles, tamis et râteaux pour faire des châteaux de sable, les enfants adoraient ça ! On allait à "Biarrice", enfin un nom comme ça ou à peu près. J'aimais bien la plage de sable, et puis, parfois, avec mes grosses pattes, il m'arrivait de casser un peu le beau château de la belle au bois dormant !

Qu'est-ce qu'on m'engueulait ! Ils me jetaient même de l'eau salée sur mon beau poil fauve, c'est joli le poil d'un boxer..

Ça y est, mon maître m'appelle. Hop ! je saute dans la voiture... Enfin je dis HOP ! mais en fait mon dos me fait un mal ... J'allais dire un mal de chien ! OUAF !

Enfin je grimpe maladroitement dans le coffre qui se referme un peu brutalement. Doucement ! Je ne vais pas me sauver, j'y tiens à ma balade !

Tiens Nicole ne vient pas, j'ai même cru apercevoir une larme couler sur sa joue...

Oh la la, c'est long ! Je ne reconnais pas le chemin, c'est bien une forêt, mais pas Chantilly. L'Espace s'arrête, mon maître ouvre le hayon, il m'aide à descendre, il est gentil, il sait que j'ai un peu de mal maintenant.

Pourquoi il me change mon collier ? Sur l'autre il y a mon nom et mon adresse gravés dessus, et même un numéro qui commence par 06 !

Il me tient en laisse maintenant. Habituellement, en forêt, il me laisse courir !

Ben, pourquoi il m'attache ?.. Il s'en va... je ne le vois plus... WAF ! WAF ! WAF !....



Ça plombe un peu ? Selon Trente millions d'amis, au moment des vacances, 60 000 chiens et chats seront abandonnés !

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