Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 27 juillet 2008

Tant-BourrinDans la tête de Tant-Bourrin

Eh oui, les amis, je suis toujours en vacances et, d'ailleurs, à l'heure où vous lisez ce billet, je suis reparti sur les routes pour une semaine de glande d'introspection régénératrice.

Mais rassurez-vous, je pense toujours à vous, chers lecteurs. La preuve : je vous ai concocté un petit film de vacances dans lequel je pense bien à vous !




dimanche 20 juillet 2008

Tant-BourrinPetit devoir de vacances

A la lecture de vos commentaires, je sens poindre, en cette période estivale, un certain ramollissement de vos pourtant faibles capacités intellectuelles. Votre cerveau semble fondre lentement comme une glace fraise-pistache abandonnée en plein cagnard.

J'ai donc pensé qu'un petit exercice intellectuel ne pourrait que vous être bénéfique en sollicitant quelque peu vos synapses assoupies et ai donc concocté un petit problème - de saison - niveau CM1, voire CE2.

Allez, c'est parti pour l'énoncé, je relève les copies dans un quart d'heure !


Un vacancier s'apprête à prendre la route et à parcourir 580 km au volant de sa voiture pour rejoindre son lieu de villégiature. Son véhicule est doté d'un moteur thermique à explosion dont le rendement moyen est de 20% et émet 148 gCO2 par km en moyenne pour une masse totale en charge de 0,82 t.

Au moment de partir, il sent poindre en lui une envie d'aller aux toilettes pour déféquer.

La masse de la matière fécale dans ses intestins est de 320 g.

1°) En supposant que le vacancier renonce à déféquer avant son départ, calculer l'énergie, puis les émissions de CO2 nécessaires au transport de la matière fécale dans ses intestins jusqu'au lieu de villégiature.

2°) On considère maintenant dans le calcul les éléments suivants :

- d'une part, l'envie persistante de déféquer provoque une certaine tension nerveuse et donc une conduite moins souple du vacancier avec, à la clé, une surconsommation de carburant de 6,5% en moyenne sur l'ensemble du trajet ;

- d'autre part, en raison d'une journée rouge dans le sens des départs, le quart d'heure de retard passé à déféquer aux toilettes augmenterait de 11% la probabilité d'être pris dans des embouteillages sur le premier tiers du parcours avec, à la clé, une surconsommation de carburant de 12,5% sur ce tronçon, puis, la route se libérant au-delà et l'énervement du conducteur (et donc une conduite moins souple) se résorbant progressivement, une surconsommation de carburant variant linéairement de 7,5% à 0 sur les deux tiers restants du parcours.

Dans ces conditions, d'un point de vue environnemental, le vacancier a-t-il intérêt à déféquer avant de prendre la route ou à se retenir jusqu'à son lieu de villégiature afin de minimiser les émissions de CO2 ? On négligera dans le calcul l'effet de serre du méthane émis dans les flatulences du vacancier.

3°) On envisage maintenant la possibilité pour le vacancier de s'arrêter en cours de route sur une aire de repos pour déféquer dans les toilettes. Calculer le kilométrage optimal auquel le vacancier devrait déféquer pour minimiser les émissions globales de CO2.

4°) Que devient cet optimum si on considère maintenant une probabilité de 35% pour que le vacancier fasse tomber les clés de sa voiture dans le trou des toilettes à la turque et mette une demi-heure à les récupérer et à se laver ?

5°) Calculer la probabilité pour que le vacancier conclue que l'on est dans la merde vis-à-vis de la problématique de l'effet de serre.

vendredi 18 juillet 2008

Saoul-FifreT'as donc monté à Paris ?

... m'ont demandé mes voisins pèquenots. Puis, avec une lueur extatique dans l'œil : T'as donc vu le Tant-Bourrin, mon salop ?? A t-y l'air aussi torché qu' son avatar ?

Il a fallu que je leur explique patiemment que non, que Paris était une très très grande ville, et qu'on ne tombait pas systématiquement sur les gens en allant boire la tit' Prune au Cercle, comme cela se passe dans nos conviviaux villages.

D'autant plus que j'avais fait l'erreur de le prévenir de notre venue, sans préciser toutefois de date, et lorsque j'ai sonné à sa porte, sa musique de sauvages millibelisée dont devait profiter gratuitement toute la cage d'escalier voire tout le quartier cessa brusquement, comme si on avait tiré sur la prise. J'eus beau tambouriner sur sa porte (yavait longtemps que je cherchais à la sortir, celle-là) en criant "C'est Saoul-Fifre !", elle resta de marbre et le silence de béton.

Ils avaient dû bâillonner Tant-Bourriquet.

Les voisins vinrent vers nous en pleurs, nous embrassèrent et chacun de vouloir nous tirer chez lui pour nous payer à boire, nous remercier de ce répit pour leurs oreilles qu'ils espéraient un peu prolonger. Ha monsieur, vous ne pouvez imaginer ce qu'on endure, me disaient-ils en me serrant convulsivement le biceps. Vous connaissez ses horaires anormaux ? À 22 heures, il y a longtemps qu'il est au lit avec des boules Quiès dans les oreilles, alors la police nous envoie balader, mais le matin ce malade nous réveille dès 4 heures 30 avec des groupes anglais ostrogothiques ou je sais pas quoi. Ce n'est que du bruit, Monsieur, cela ne ressemble à rien ! Ou si, alors, un peu à des déménageurs qui s'amuseraient à casser des pianos avec des animaux qu'on égorgerait par derrière ? Et puis il ne sait pas ce qu'il veut ! Il éteint, il allume, il éteint, il allume, c'est insupportable, nous sommes tous sous médicaments, Monsieur !

Ha ? Ça ne vous consolera en rien, mais je sais à quoi cela correspond ! Tant-Bourrin est un champion de quizz musicaux. C'est une sorte de sportif en chambre, quoi. Il déteste perdre, ah ça, il vaut mieux qu'il gagne sinon il pourrait devenir dangereux, alors il s'entraîne intensément et il se passe les intros des morceaux, mais que les intros ! Et sa mémoire de bête à cons courts fait le reste.

Oui oui, c'est reconnu par la Faculté comme pathologie.

Mesdames, Messieurs, nous allons être obligés de vous quitter, nous avons été enchantés vraiment de faire votre connaissance, mais littéralement effondrés d'apprendre dans quelles sordides conditions il vous oblige à vivre ! Courage, ne vous laissez pas abattre ! Il y a sûrement une solution ? Son anniversaire arrive, lui offrir un casque audio ?

Pourquoi il ne m'a pas ouvert ? Ho sans doute une petite rancune suite à à un vieux billet dont il n'aura pas perçu la tendresse camouflée en ironie ?

Ce n'est certes pas à vous que j'apprendrai son caractère pour le moins ... difficile ?

lundi 7 juillet 2008

Tant-BourrinFaire ceinture

A l'heure où vous lirez ce billet, je serai déjà en goguette, parti goûter un repos bien mérité sous d'autres cieux, loin de Bourrinville et de ce blog.

Mais rassurez-vous, en détournant légèrement les paroles de "la ceinture" d'Elodie Frégé, je vous ai concocté à l'avance un petit message qui vous est tout spécialement dédicacé, amis lecteurs ! :~)



Tant-Bourrin - Faire ceinture


(Téléchargeable directement ici)


Faire ceinture
(musique : Benjamin Biolay - paroles détournées : Tant-Bourrin)


Non pas de billet
Car c'est juillet
Et moi je glande
Je me fous bien des lecteurs
Et des lectrices en pleurs

Non, plus de Blogbo
Putain, c'est beau
Plus d'compte à rendre
Tout soudain paraît plus net
Oublié, internet

Les billets en abondance
Pendant les vacances
Vont laisser place à l'absence
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non, plus d'bourrinades
Plus de gags crades
Un peu scatos
Car j'en ai vraiment ma claque
Je préfère le hamac

Non, plus d'historiettes
Méchantes et bêtes
Pleines de pathos
J'ai préféré me tirer
Plutôt que de gratter

Vous donner de la lecture
C'est d'la confiture
Mise à portée de vos hures
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non, plus d'Hippobert
Plus de haubert
Plus de hachoir
C'est fini le Moyen-Âge
Je préfère le Bronze-Âge

Non, plus de chansons
Fini l'doux son
De ma belle voix
J'ai choisi avec bonheur
L'aphonie des glandeurs

Faut vous rendre à l'évidence
Ma flemme est immense
Et tant pis pour notre audience
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non pas de billet
Car c'est juillet
Je n'suis plus là
Je me fous que les lectrices
Et les lecteurs gémissent

Non, plus de Blogbo
Putain, c'est beau
J'en pisse de joie
Oubliés, les commentaires
Qui si souvent m'atterrent

Je n'vais pas m'casser le cul
Pour quelques schmoldus
Et bye-bye les pots de glu
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

jeudi 3 juillet 2008

AndiamoLa Vieille

Octobre 1956, une journée grise, le crachin mouille les vitres du bistro de Plogoff "chez Fanche". Assis à une table, Le Gwen et Kerjean finissent leur bolée de cidre.

Bon, j'y vais, ne les faisons pas attendre ! Le Gwen se lève, serre la main de son beau-frère, relève le col de son ciré puis sort. Une deux-chevaux l'attend, bâche défraîchie, rouillée. Elle hoquète un peu. Au volant, un type, casquette de marin sur sa tignasse noire. Ils roulent en direction de la pointe du Raz.

Ca ira ?

Faut bien !

T'as l'pot, l'vent s'est calmé, l'accostage sera plus facile.

Ouais !

Aujourd'hui c'est la "Velléda", la vedette qui l'emmènera au phare de la Vieille.

La Vieille, les employés des phares et balises l'appellent "l'enfer". Dans la mer d'Iroise, face à la baie des trépassés, le rocher de Gorlebella (la roche la plus éloignée en Breton), haute de ses 27 mètres, la tour carrée surveille le passage du Raz de Sein. Un dicton local dit : "Nul n'a jamais passé le Raz qu'il n'encourut crainte ou trépas" !

Et puis un autre, tout aussi encourageant : "Il ne vient jamais, en douze mois, moins de cadavres qu'il y a de dimanches dans l'année" !

Le Gwen monte à bord, va saluer le capitaine Le Bihan. Le phare n'est pas bien loin, on le voit depuis la côte. A quelques miles, on aperçoit Ar Men, puis celui de l'île de Sein. Aujourd'hui, la mer est plutôt calme, un répit en cette saison, "ça ne va pas durer" pense Le Gwen.

La vedette stoppe à quelques mètres du rocher déchiqueté, puis Coatmeur, l'équipier que Le Gwen va remplacer, lance le filin, le "cartahu" comme on l'appelle ici. Alors la manoeuvre peut commencer : le remplaçant s'amarre à l'aide d'un harnais, puis il est hissé jusqu'à la plate-forme, ensuite ce sera le tour du "remplacé" d'être descendu à bord de la vedette. Ainsi, en cas de pépin, on est assuré qu'il y aura au moins deux hommes, en garde du phare.

Vient enfin le tour du "baluchon", c'est à dire la nourriture pour les jours à venir. La relève se fait tous les six jours (quand la météo le permet), on remplace un équipier sur deux, ce qui fait que chaque homme passe au minimum douze jours dans le phare.

Celui qui est resté, c'est Kerrien, un grand rouquin, il rit tout le temps pour rien, c'est un peu agaçant parfois, mais Le Gwen l'apprécie tout de même : ce grand costaud n'est pas froussard, ni fainéant. Isolés comme ils le sont, ce sont des qualités indispensables.

Pour leur tenir compagnie, un "transistor". Ces petites radios en sont à leur début, alimentées grâce à deux piles de 4,5 volts. Surtout ne pas oublier d'en rapporter, lors de la relève !

En ce moment, il n'est question que de la crise de Suez, Nasser va-t-il oser tenir tête aux Anglais et aux Français ?

Plus de 150 navires de guerre sont engagés ! Anthony Eden, et Guy Mollet, vont-ils perdre la face ? La France, empétrée dans la guerre d'Algérie, y voit déjà une façon d'affirmer son autorité.

Le Gwen a apporté du courrier, Kerrien rit à l'avance en ouvrant la lettre écrite par sa femme. "Tout va bien", dit-il après avoir lu chaque phrase. Puis, ayant terminé sa lecture, il replie soigneusement le papier, le glisse dans l'enveloppe.

J'crois bien que j'vais être papa !

Ben merde, ça t'en fera quatre !

Non cinq, t'oublies les jumeaux, et il éclate de rire !

T'as un sacré coup d'fusil tout de même !

Le Gwen est parti se coucher, Kerrien assure le premier quart, le vent s'est levé. En cette saison, rien d'étonnant, les tempêtes de l'Atlantique se déchaînent, des vagues dont les embruns passent parfois par dessus le phare, des coups de boutoir, qui font trembler les assises de la respectable vieille Dame.

Minuit, la mer est déchaînée, les vagues heurtent violemment le rocher. Tout à l'heure, si le vent forcit, des paquets de mer passeront par-dessus la bâtisse.

Kerrien secoue son équipier : "eh ! La belle au bois dormant, c'est ton tour" ! Toujours la même phrase. Depuis le temps, elle ne fait plus rire que lui.

Le Gwen se lève, se frotte les yeux, se dirige vers la cuisine, après avoir fermé la porte. "J'vais m'faire un p'tit kawa", songe-t-il.

"Dans le poste", il n'est question que de Nasser. "Font chier !" dit-il à haute voix. D'un geste rageur, il coupe le sifflet du journaliste !

Attablé, les deux coudes sur la table, Le Gwen déguste son jus, soudain il perçoit un grand fracas, pas le bruit de la mer se brisant contre le granit, non, autre chose. Il pose sa tasse, enfile un ciré, puis descend la volée de marches conduisant à la porte d'entrée. Il sort, le vent violent lui coupe un instant la respiration, il inspecte les alentours, promenant le pinceau lumineux de la lampe torche.

Soudain, il aperçoit les restes d'un canot, échoué sur le rocher, avec d'infinies précautions, il s'approche, dans ce qui reste de l'embarcation, une forme allongée, une femme, évanouie, l'homme se baisse, délicatement la soulève, puis retourne vers la porte, assurant chacun de ses pas.

Le Gwen est costaud, la femme menue, c'est sans peine qu'il parvient à leur logement, avec douceur, il la dépose sur la table, puis va secouer son compagnon : "oh, Kerrien, lève-toi !"

Quoi déjà ?

Grouille-toi, suis-moi !

Dans la cuisine, incrédule, le rouquin se frotte les yeux.

C'est quoi ça ?

Ca ? C'est une femme, ça s'voit pas ?

Allez, aide-moi, on va la coucher...

Faudrait p'têt' lui mettre des vêtements secs ?

Ben oui, répond Le Gwen gêné.

En détournant les yeux au maximum, Le Gwen retire les vêtements mouillés de la jeune femme, elle respire faiblement, son corps est glacé : faut la réchauffer !

A l'aide d'une serviette, tour à tour, ils lui frottent vigoureusement le corps, puis après lui avoir passé un pyjama, ils la couchent délicatement, rajoutent deux couvertures, s'éloignent sur la pointe des pieds.

Toutes les heures, il faut contrôler le brûleur à vapeur de pétrole de type "Alladin", la puissante lentille de Fresnel, permet une portée de 18 miles ! Par des nuits comme celle-çi, il vaut mieux que tout fonctionne "au p'tit poil" !

Le Gwen a laissé son compagnon se rendormir, il est trop énervé, le sommeil ne serait pas venu, il en est certain, alors...

De temps en temps, il entre dans la chambre dans laquelle dort la jeune femme, sa respiration est calme, puis, posant la main sur sa joue, il sent une douce chaleur. "Tout va bien", murmure-t-il.

Au petit matin, Kerrien déboule dans la cuisine.

Tu m'as laissé roupiller, fallait pas !

Tiens, j'ai fait du café, sers-toi.

La tasse à la main, Kerrien jette un coup d'oeil au dehors, la double fenêtre les protège des montagnes d'écume montant à l'assaut de "la Vieille"

Sac'h kaoc'h, ça ne s'arrange pas, m'étonnerait qu'la relève puisse venir dans cinq jours, c'te saloperie d'temps va bien durer deux s'maines, GAST ! GAST !

Bon, calme-toi, ça sert à rien.

La phrase à peine terminée, la porte de la chambre s'ouvre, la jeune femme est là, hésitante : "Bon... Bonjour", leur dit-elle d'une toute petite voix.

Entrez, entrez, Madame, répond Le Gwen en se levant précipitamment, il se dirige vers elle, lui prend gentiment l'avant-bras et l'aide à s'installer.

Le pyjama trop grand flotte un peu, ses cheveux noirs lui couvrent le visage. D'un revers de la main, elle rejette les mêches rebelles, dévoilant ses grands yeux bleus.

Tenez, un grand bol de café, ça va finir de vous réchauffer.

Merci, je m'appelle Françoise, c'est tout ce dont je me souviens. Moi, c'est Le Gwen, Armel Le Gwen. Et moi, c'est Maryvon, déclare Kerrien, pur Breton, tête de cochon, et il se marre, la jeune femme aussi. C'est de bon appétit qu'elle termine sa deuxième tranche de gros pain de campagne, tartinée au beurre salé.

Le Gwen lui a expliqué où elle était, son sauvetage, il a un peu rougi quand il a fallu expliquer le pyjama, en remplacement des vêtements mouillés, elle a souri...

Ils l'ont affublé d'un pantalon en velours côtelé, bien défraîchi, un pull marin kaki. Elle a dû retrousser les manches du pull ainsi que les jambes du pantalon, pour les mettre à sa taille.

En la voyant ainsi, Kerrien l'appelle "spontailh". A nouveau, il se marre, Françoise lui demande : "c'est quoi pontaille" ?

Mais non, spontailh, ça signifie...

"Epouvantail !", répond Le Gwen. Ah ! T'es malin toi !

Mais si, je trouve cela très drôle, et voilà la jeune femme prise d'un fou rire, qui lui arrache des larmes. En écho, Kerrien se tient les côtes.

Ils ne lui posent pas de questions, l'isolement fait que chacun se confie un peu, ainsi Françoise apprend que Armel est veuf, et que son beau-frère, viendra bientôt prendre la relève de Kerrien, si toutefois la météo le permet.

Quant à Maryvon, il lui montre la lettre de son épouse, après avoir insisté afin qu'elle la lise, ainsi apprend-elle qu'il va être à nouveau papa !

Bravo, jolie famille ! Le cinquième, dites-vous ? Son regard s'assombrit, moi je ne sais même pas si je suis mariée, si j'ai des enfants, rien, je ne sais plus rien...

Les jours suivants, Kerrien lui montre le brûleur, la façon de l'entretenir, bien faire attention au gicleur, nettoyer le filtre, bien laver la lentille de Fresnel, si elle est couverte de suie explique-t-il, elle renverra moins bien la lumière.

Françoise écoute, lui sourit. Alors il lui raconte des histoires, la fait rire, elle ne le quitte pratiquement pas, préférant sa compagnie à celle de Le Gwen, le taciturne, le timide. Parfois, il observe la jeune femme à la dérobée. A peine les yeux de cette dernière croisent-ils les siens qu'il détourne la tête.

La tempête fait toujours rage, il semble même que le vent ait encore forci, des montagnes de mer submergent le vieux phare, la Vieille résiste... L'enfer, c'est véritablement L'ENFER. Il faut crier pour se faire entendre, tant le fracas des vagues couvre tout.

Dans la tête et dans le coeur de Le Gwen, c'est aussi la tempête. Il ne veut pas se l'avouer, mais il est tombé amoureux de "sa" naufragée, tous ces regards, ces frôlements, cette promiscuité, ce huis-clos...

Et ce gros abruti de Kerrien qui lui fait des ronds de jambe, et elle, si délicate, qui ne cesse de glousser à chacune de ses blagues vaseuses ! Et puis, cette putain de tempête... Quand va-t-elle cesser ?

Huitième soir, Kerrien a prit le premier quart, lui et Françoise sont restés attablés, ils jouent aux dominos, et se marrent comme deux mômes.

Le Gwen ne trouve pas le sommeil, les hurlements de la tempête, le fracas des vagues, les coups de boutoir titanesques, de l'océan déchaîné, l'enfer... Françoise qui tourne dans sa tête... Il se lève, entre brusquement dans la cuisine, Françoise est dans les bras de Maryvon, ils s'embrassent.

Armel voit rouge, il sépare brutalement les amoureux : dégueulasse, lâche-t-il, et Maelann, hein ? Tu as pensé à Maelann ? Et tes mômes ? Cinq gosses bientôt, qu'est-ce-que tu vas en faire ?

Ça t'regarde pas, gronde Kerrien, c'est pas tes oignons, j'fais c'que j'veux, tu peux tout raconter en rentrant à terre, j'en ai rien à foutre !

Le poing de Le Gwen est parti. Malgré sa forte corpulence, Kerrien a basculé en arrière, il perd l'équilibre, chute lourdement, sa tête heurte le coin du bahut, dans lequel les hommes rangent la vaisselle, et les provisions, il reste là, allongé, inerte, un filet de sang coule de sa tempe...

Françoise se penche. Maryvon ! Maryvon ! Les bras ballants, Le Gwen regarde la scène, il ne comprend pas, lui si calme d'ordinaire, qu'est-ce-qu'il lui a pris ?

Au douzième jour, le calme est à peu près revenu, la Velléda a pu enfin prendre la mer. A son bord, le capitaine Le Bihan, un mousse, et Kerjean, le beau-frère de Le Gwen, il remplacera Kerrien.

Le ciel est dégagé, la mer encore houleuse, mais plus rien à voir avec le sale temps des jours derniers, la vedette approche du Gorlebella, l'oeil perçant de Kerjean, distingue une forme se balançant le long du mur de granit de "la Vieille". Au fur et à mesure que la vedette avance, l'angoisse s'installe.

Quand la Velléda n'est plus qu'à une encablure de la vénérable gardienne, le doute n'est plus permis, c'est bien un corps, qui se balance au bout d'une corde !

Il faudra plusieurs heures aux hommes de la vedette, avant de pouvoir accoster, quand ils pénètreront dans le phare, ils trouveront une jeune femme inconnue, hébétée, couchée en travers du corps de Kerrien. Tout ce qu'ils purent savoir de cette femme tenait en deux mots : Maryvon, Françoise.



Le phare de "LA VIEILLE" (FINISTERE)

Dessin mine grasse : Andiamo 2008

samedi 28 juin 2008

Tant-BourrinSlow motion

Un immense sourire sur le visage radieux d'un gamin de cinq ans, les yeux tournés vers l'objectif et vers son père caché derrière et dont la joie de vivre crevait les années évanouies. Et dessus, une fine couche de poussière et de crasse mêlées, pollution des villes et du temps qui passe.

Radegond Crépignard, qui connaissait pourtant cette photo par coeur, sentit cette fois-ci comme une saignée d'émotion lui couler au fond de la gorge. Ce gamin, sur la photo, c'était lui quarante ans plus tôt. Son photographe de père était mort une dizaine d'années plus tard. Et voici qu'il revenait pour la première fois dans la maison familiale depuis qu'il avait enterré sa mère, trois mois auparavant.

Tout dans la maison lui avait paru silencieux et lugubre, l'espace des pièces semblait empli d'une morne désespérance qui amplifiait les échos des joies et des douleurs passées dans son crâne. Et puis ses yeux étaient tombés sur la photo, dans son cadre de bois défraîchi, accrochée au même clou, sur le mur du salon, depuis des décennies.

Et les larmes lui étaient venus subitement, lui qui ne pleurait plus depuis si longtemps.

Le film des ans en accéléré. Quinze ans de rires et de jeux entre un père et une mère aimants. Mais même le magnétisme des aimants ne résiste pas aux métastases : fondu enchaîné sur le visage blême et émacié de son père, dans la lueur blafarde du funérarium, et sur le bras de sa mère, en larmes, passé sur son épaule adolescente. Un nouveau couple, un nouveau noyau, une fusion cardiaque pour trouver la force de repartir de l'avant. Et le mercurochrome des mois qui passent. La vie malgré tout, les études, le premier job, le premier amour sérieux, la première rupture. Et puis, le bon, le vrai, le "c'est pour la vie". Et puis, non, finalement, nouvelle rupture, nouvel échec. Et les bras maternels toujours accueillants pour consoler les peines. Et le film qui s'emballe : des années semblables à des secondes. Des jours passés à la photocopieuse. Et soudain, la pellicule se rompt en même temps que le coeur de sa mère.

Radegond émergea de ses pensées et accommoda de nouveau son regard sur la photo en noir et blanc, sur cet enfant rieur et sur le jardin fleuri à l'arrière-plan. Il se souvenait parfaitement du jour d'été où elle avait été prise. La vie lui paraissait alors immense et ses parents des rocs inamovibles.

Mais disparus les rocs, disparues les fleurs du jardin, à l'abandon depuis des mois, disparu le sourire sur sa face déjà ridée. Disparu tout. Il n'avait plus que cette maison, dont il avait hérité, et des souvenirs pour compagnie. Il alla se coucher, tâchant de se convaincre qu'avec le temps, il s'habituerait au silence.

Le lendemain, repassant devant la photo, il discerna comme une petite tâche sombre sur l'arrière-plan. Radegond fut surpris, car il n'avait rien remarqué la veille. Un défaut sur la photo ? Une tâche de moisissure ? Non, cela semblait réellement faire partie du décor, là-bas, au fond du jardin, un peu flou, bien sûr, puisque la focale avait été réglée sur son visage. Radegond en fut un peu contrarié, car il tenait énormément à cette photo, mais il avait tant à penser qu'il oublia bien vite ce détail.

Le jour suivant, il eut un sursaut alors qu'il passait de nouveau devant le cadre au mur du salon : la tâche sombre avait légèrement grossi. Oui, pas de doute : elle faisait bien quatre ou cinq millimètres de diamètre. Il voulut en avoir le coeur net, dépoussiéra le cadre, le démonta pour en sortir la photo. La pulpe de ses doigts, passée à la surface, fut formelle : il ne sentait rien, aucune granulosité différente, tout était lisse, la tâche faisait bien parti intégrante de la photo.

Autant dire que la curiosité de Radegond fut piquée au vif, il ne se passa plus une heure sans que son regard ne vint se porter de nouveau sur la photo, pour guetter toute évolution de l'étrange phénomène.

La tâche grossissait peu à peu, il en était sûr : il avait tracé des repères sur le verre. Son expansion était lente, imperceptible à l'oeil nu, mais bien réelle. C'était surtout le matin, au réveil, que celle-ci était flagrante.

Au bout de quelques jours, la forme de la tâche sembla se préciser : son contour, de plus en plus net, était anguleux, à peu près rectangulaire. On eût juré qu'il s'agissait d'un objet arrivant du fond du jardin et s'approchant peu à peu du premier plan.

Radegond ressentit un malaise profond : outre cette tâche, il avait le sentiment qu'autre chose avait changé sur la photo. Oui, pour la connaître par coeur, il avait la quasi-certitude que son visage d'enfant avait imperceptiblement changé d'expression, ses yeux ne suivaient plus tout à fait le même axe que sur la photographie d'origine, la commissure de ses lèvres était légèrement retombée. Il lui semblait également que le visage s'était très légèrement tourné vers la droite du cadre.

La photo bougeait ! Insensiblement, à un rythme quasi végétal, mais il n'y avait plus aucun doute, elle bougeait !

Radegond ressentit comme un vertige, comme si un gouffre s'était brutalement ouvert sous ses pieds.

Autant dire que ses pensées, durant les jours qui suivirent, eurent du mal à s'écarter de la photographie : il revenait sans cesse devant le mur du salon, guettant toute trace d'évolution, se relevait même parfois la nuit.

La forme avait fini par révéler son secret : ses contours étaient maintenant parfaitement nets, elle paraissait beaucoup plus proche, il s'agissait indubitablement d'un poids lourd.

Que pouvait bien faire là un poids lourd, à surgir ainsi du fond du jardin ? Le film paraissait totalement surréaliste. Son visage enfantin avait désormais dans le vieux cadre une toute autre expression : le sourire s'était presque entièrement effacé et le visage était maintenant de trois quarts, comme s'il était en train de se tourner vers l'endroit d'où surgissait le camion.

Le temps qui passa encore ne fit que confirmer ce que Radegond pressentait avec grand malaise : le poids lourd sur la photo s'approchait, s'approchait, et l'enfant - ou plutôt lui enfant - se retournait pour découvrir ce qui semblait foncer droit sur lui.

Radegond ne savait que penser de tout cela : cette scène, qui se déroulait jour après jour devant ses yeux n'avait jamais eu lieu. Il frissonna. Son esprit ne se posait plus la question du "pourquoi" mais juste celle du "comment cela va-t-il finir".

La réponse ne fit que se préciser jour après jour : mal.

Mal, car le camion finit par occuper tout l'arrière-plan de la photo, occultant les fleurs du jardin. Un arrière-plan qui n'en était plus un, d'ailleurs : le camion paraissait désormais extrêmement proche de l'enfant, dont la tête était maintenant entièrement tournée vers celui-ci. A vue de nez, il ne devait plus rester qu'une dizaine de mètres entre la masse de fer. Le Radegond enfantin de la photo semblait hurler d'effroi. Le choc était inévitable.

Il fallut une semaine encore pour que la calendre du poids lourd s'approche jusqu'à paraître toucher le gamin. Il scruta des heures durant la photo, essayant de discerner quelque forme de mouvement, comme quand, enfant, il avait un jour essayé, en vain, de discerner la croissance d'une plante verte de sa mère. Epuisé, il se coucha, une boule d'angoisse dans l'estomac. Quel spectacle trouverait-il à son réveil dans le vieux cadre ?

Mais il n'y eut pas de lendemain.


- Joli pavillon en meulière, un bon potentiel de vente. Je vais affiner le chiffrage, mais je pense que vous pouvez en demander environ 150000 euros. Bon, évidemment, ça aurait mérité d'être rafraîchi un peu... Vous pensez faire débarasser les meubles bientôt ?
- Oui, oui, dès jeudi prochain. Là, vous pensez, avec tous les papiers qu'il a fallu régler pour la succession de ma pauvre tante, je n'ai pas eu le temps de m'en occuper jusque-là. Ce sont les gens d'Emmaüs qui vont venir.
- Parfait. Si vous en êtes d'accord, nous pourrons le mettre en vente dès vendredi, pour peu que vous passiez jeudi soir nous remettre un jeu de clés pour les visites.
- Je peux vous en laisser un tout de suite, ça ne pose aucun problème !
- Très bien. Si vous le permettez, je vais juste y mettre un porte-clé et y marquer votre nom, histoire de ne pas me tromper. Vous pouvez m'épeler ?
- Oui, bien sûr : Crépignard, C, R, E accent aigu, P, I, G, N, A, R, D... C'est le même nom que celui de ma pauvre tante : elle était l'épouse du frère de mon père.
- Cré... pi... gnard, voilà, c'est noté. Ça devrait se vendre sans problème en quelques semaines, ce genre de produit est très recherché. Votre tante vous a laissé un beau cadeau après sa mort. Je suppose qu'elle n'avait pas d'enfant, puisque vous êtes son héritière ?
- Non... Enfin, si, elle en avait eu un. Vous voyez cet enfant, là, sur la photo, dans le cadre, qui sourit dans le jardin ? C'était son fils, mon cousin donc, mais il est mort quelque temps après que cette photo a été prise. Ma tante en a été folle de chagrin et n'a jamais pu avoir d'autre enfant ensuite. Et puis mon oncle est décédé lui aussi une dizaine d'années plus tard, le pauvre.
- Très jolie photo ! Votre cousin était un bien bel enfant. Pauvre gamin, c'est quand même triste...
- Oui, renversé par un poids lourd, tué sur le coup... Enfin, bon, tout ça s'est passé il y a quarante ans, c'est une vieille histoire maintenant... Mais, c'est vrai que la photo est belle, je la garderai peut-être en souvenir...

jeudi 19 juin 2008

Tant-BourrinLe blogbodico (7)

Malgré le tome 1, le tome 2, le tome 3, le tome 4, le tome 5 et le tome 6, vous trouvez que le Blogbodico n'est pas encore assez épais pour vous assommer ?

Qu'à cela ne tienne ! Voici le tome 7, je finirai bien par vous avoir à l'usure ! La bataille dico-tomique ne fait que commencer !




Calot-réfugier : (v.t.) Recouvrir son crâne d'une petite coiffure souple pour éviter d'avoir à trop penser et éviter ainsi une surchauffe des neurones. Calot-refugier induit une certaine uniformisation de la pensée.


Catapléonasme : (n.m.) Emploi simultané de deux termes ayant le même sens, dont les conséquences peuvent être particulièrement fâcheuses pour son auteur. En 2034, Tant-Bourrin fut hué lors de son discours de réception à l'Académie française pour y avoir utilisé l'expression "sale bouseux" : un sacré catapléonasme qui fit monter la moutarde au nez des Immortels !


Cheminet : (n.f.) Foyer dans lequel on fait du feu pour y faire cuire des félins. Ça fume dans ma cheminet et ma chatte est brûlante : ramène-z-y donc ton gros tisonnier !


Commissaire-briseur : (n.m.) Fonctionnaire de police dont la présence récurrente dans des séries télévisuelles finit par provoquer une légère lassitude. Navarro ou Moulin sont des parfaits exemples de commissaires-briseurs.


Cordonnier bancaire : (n.m.) Savetier défitivement corrompu par le financier, à l'opposé de celui de la fable de La Fontaine. Et quand le cordonnier bancaire mourut, on grava "R.I.B." sur sa tombe.


Génépique : (n.f.) Science ayant pour objet l'étude des dégâts chromosomiques causés par un abus de liqueurs. La résistance de Saoul-Fifre aux alcools forts constitue un mystère que même les dernières avancées de la génépique n'ont pu expliquer.


Gin-écologique : (adj.) Relatif à une liqueur à base de grains et de baies de genévrier issu de l'agriculture biologique. Depuis qu'il s'est engagé dans une expérience gin-écologique, il boit comme un trou, le con !


Hanchevêtrement : (n.f.) Activités sexuelles collectives et simultanées. Partouse. L'autre jour, j'ai assisté à un hanchevêtrement entre anorexiques : on aurait juré une partie de mikado !


Ipodermique : (adj.) Relatif à un état de dépendance à un baladeur numérique de marque Apple. - Docteur, mon baladeur, je ne peux plus m'en passer, c'est ipodermique. - Je ne vois qu'une solution pour vous tirer d'affaire : l'ipod-succion !


Kaléendoscope : (n.m.) Appareil optique garni de plusieurs miroirs servant à explorer une cavité interne du corps tout en produisant de jolis dessins mobiles et variés. Quelle féérie que ce kaléendoscope ! Sous ses yeux émerveillés, boyaux et excrêments se reflétaient à l'infini pour composer une magnifique rosace merdoyante.


Lobautomobiliser : (v.t.) Rendre dépendant aux bagnoles par des procédés de manipulation mentale tels que la publicité. Le Roger, il avait un petit vélo dans la tête mais, depuis qu'il s'est fait lobautomobiliser, il regarde "Auto-Moto" et lit "Tuning magazine".


Plaque show-fente : (n.f.) Somme de 10000 Francs (environ 1500 euros) versée à une personne féminine en échange d'une exhibition sexuelle. Tiens, voilà une plaque show-fente, je veux te voir à poêle !


Raie-introduction : (n.f.) Sodomie. La raie-introduction de l'ours dans les Pyrénées est une activité nettement plus dangereuse que celle des chèvres dans la Légion.


Water-Cosette : (n.f.) Jeune servante soumise aux tâches les plus ingrates telles que ramener quotidienne de l'eau de la fontaine du village. Moi, en ce moment, on me fait bosser comme une vraie water-Cosette, un vrai boulot de merde !

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 >