Cela fait un bon bout de temps que je ne suis pas venu vous délivrer ici un de mes célèbres bons trucs (* * * *) destinés à vous aider à alimenter votre blog sans effort.

Cette fois-ci encore, je vous propose d'écrire de façon quasi-automatique de ravissants petits poèmes légèrement ésotériques, limite surréalistes, qui vous feront passer auprès des neuneus qui vous lisent pour un(e) grand(e) poète(sse) méconnu(e).

La méthode que je vous propose est simple. Choisissez tout d'abord un poème de départ qui fournira la trame de votre oeuvre. Pour illustrer mon propos, j'ai choisi ici "Il pleut doucement sur la ville" de Paul Verlaine :



       Il pleure dans mon coeur
       Comme il pleut sur la ville,
       Quelle est cette langueur
       Qui pénètre mon coeur ?

       Ô bruit doux de la pluie
       Par terre et sur les toits !
       Pour un coeur qui s'ennuie
       Ô le chant de la pluie !

       Il pleure sans raison
       Dans ce coeur qui s'écoeure.
       Quoi ! nulle trahison ?
       Ce deuil est sans raison.

       C'est bien la pire peine
       De ne savoir pourquoi,
       Sans amour et sans haine,
       Mon coeur a tant de peine !



Choisissez ensuite un second texte sans rapport aucun avec le poème. Par exemple, le décret n°55-1175 du 31 août 1955 pris pour l'application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes, en ce qui concerne les pâtes alimentaires (publié au Journal Officiel le 4 septembre 1955).

C'est fait ? Alors maintenant, dressez la liste, dans l'ordre d'apparition dans le texte, de tous les substantifs. Cela nous donne ici :

Réserve
Dérogation
Application
Article
Loi
Dénomination
Pâte
Produits
Emploi
Pétrissage
Fermentation
Semoule
Blé
Eau
Traitement
Tréfilage
Laminage
Séchage
Aspect
Usager
etc.

Voilà, le plus dur est fait ! Il ne vous reste plus qu'à remplacer maintenant dans le poème original tous les substantifs par ceux de la liste que vous venez d'établir dans l'ordre d'apparition... et à admirer le résultat !



       Il pleure dans ma réserve
       Comme il pleut sur la dérogation,
       Quelle est cette application
       Qui pénètre mon article ?

       Ô loi douce de la dénomination
       Par terre et sur les pâtes !
       Pour un produit qui s'ennuie
       Ô l'emploi du pétrissage !

       Il pleure sans fermentation
       Dans cette semoule qui s'écoeure.
       Quoi ! nul blé ?
       Cette eau est sans traitement.

       C'est bien le pire tréfilage
       De ne savoir pourquoi,
       Sans laminage et sans séchage,
       Mon aspect a tant d'usagers !



Magnifique, non ?

A noter que les puristes pourront compléter le processus en procédant de même avec les adjectifs et avec les verbes, mais là, j'ai la flemme.

Allez, pour finir, je vous donne d'autre illustrations, toujours créées à partir du même poèmes de départ...



Avec une sublime chanson de Lorie...

       Il pleure dans mon besoin
       Comme il pleut sur l'amour,
       Quel est ce bisou
       Qui pénètre mon câlin ?

       Ô jour doux du coeur
       Par terre et sur les fêtes !
       Pour un bras qui s'ennuie
       Ô le signe de la tête !

       Il pleure sans clin d'oeil
       Dans cette romance qui s'écoeure.
       Quoi ! nul sens ?
       Cette envie est sans yeux.

       C'est bien le pire besoin
       De ne savoir pourquoi,
       Sans bisou et sans câlin,
       Mon jour a tant de besoins !



Avec la fameuse lettre de Guy Môquet...

       Il pleure dans ma maman
       Comme il pleut sur mon frère,
       Quel est ce papa
       Qui pénètre ma maman ?

       Ô coeur doux de la mort
       Par terre et sur les choses !
       Pour un frère qui s'ennuie
       Ô les affaires du jour !

       Il pleure sans papa
       Dans cette maman qui s'écoeure.
       Quoi ! nulle peine ?
       Cette voie est sans adieu.

       C'est bien le pire ami
       De ne savoir pourquoi,
       Sans frère et sans homme,
       Ma vie a tant de regrets !



Avec un article de Wikipédia pris au hasard...

       Il pleure dans ma blennorragie
       Comme il pleut sur la gonorrhée,
       Quelle est cette chaudepisse
       Qui pénètre ma chtouille ?

       Ô maladie douce de l'infection
       Par terre et sur les organes !
       Pour un gonocoque qui s'ennuie
       Ô le pus de l'urétrite !

       Il pleure sans apparition
       Dans ce germe qui s'écoeure.
       Quoi ! nul antibiotique ?
       Cette gonococcie est sans raison.

       C'est bien la pire précaution
       De ne savoir pourquoi,
       Sans épidémie et sans déclin,
       Ma gonococcie a tant de public !



Voilà, je pense que vous avez compris la méthode et êtes convaincus de sa redoutable efficacité. Vous allez désormais pouvoir remplir des billets par douzaines sans vous fatiguer tout en passant pour un grand poète...

Merci qui ?

Merci Blogborygmes !