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vendredi 22 juin 2012

Saoul-FifreHuile rouge

Ma mère a eu beau plonger ses recherches généalogiques profondément dans le temps, elle n'a pas réussi à nous exhumer d'origines provençales. Catalanes, oui et aussi minorquines, alsaciennes, franche-comtoises, algériennes, mais la Provence a débarqué dans notre arbre par hasard.

Même du côté de Margotte, née à Marseille mais de lignées débarquant d'Aveyron, du Limousin, d'Italie ou du Béarn. Devant ce fait établi, nous n'avons fait ni une ni deux et sommes partis à la conquête de connaissances locales pour nourrir nos racines transplantées. La langue principalement car il faut des mots pour nommer les choses et comprendre les gens. Et puis la climatologie, très liée à la tradition avec ses proverbes prédictifs bien pratiques, les fêtes votives, ses jeux et ses symboles qui nous mènent tout logiquement à sa gastronomie et à la chimie des liquides. A ce stade du petit coup dans le nez, nous accédons directement à la culture de la joie, aux poètes et aux félibres, sans intermédiaires endimanchés. Les yeux sombrés dans ces constellations que notre ciel clair et pur rend fascinantes, nous comprenons mieux Mirèio. Le jour venu, les étoiles, ne tenant pas en place, s'appuieront sur leurs ailes et sillonneront l'espace en piaillant. L'ornithologie nous apprendra à saluer, de leur nom et d'un coup de casquette ces compagnons de vie, nos locataires du dessus.

Et l'indispensable botanique, bien sûr. Les plantes nous nourrissent, nous dessoiffent, nous meublent, nous condimentent, nous enjolivent et nous soignent. Justement, un des premiers stages de Flore et Vie que nous avons suivi, avec Margotte, était sur les herbes de la Saint-Jean. Car la Saint-Jean est la période de l'année où, sous nos latitudes, le soleil reste visible le plus longtemps et monte le plus haut au dessus de l'horizon. Les plantes "solaires", celles dont la quantité et la force de leurs principes actifs dépendent de l'ensoleillement, abondent et les herboristes savent que c'est le moment de les cueillir, de les préparer pour s'en servir tout au long de "l'an que ven". Il s'agit du caille-lait, de la cataire, de la reprise, de la toute-bonne, de l'armoise, du chrysanthème commun, de la cynoglosse, de l'immortelle jaune, de l'herbe-au-vent, de la mélisse, du bouillon-blanc, de l'épine-du-christ, de la rue...

Mais la plus célèbre, c'est le millepertuis, l'Hypericum Perforatum ou erbo de sant Jan, erbo de millo traou, Trescalan, en langue d'Oc.

On ne peut pas confondre cette plante avec une autre. Déjà ce petit buisson couronné de fleurs jaunes en cette saison attire l'œil de loin. Rapprochez-vous, prenez un bouquet floral et frottez-le entre vos doigts, ils devraient rougir. Allez, si vous voulez être bien sûrs, prenez une de ses petites feuilles et présentez-la au soleil. Ses rayons traversant la feuille par des dizaines de trous microscopiques vous indiqueront le pourquoi de son appellation en français. Nous sommes le 22 Juin, vous avez donc, selon votre lieu de vie, un mois pour préparer votre huile rouge. La plupart des sites internet qui en parlent vous conseilleront de ramasser votre millepertuis au midi solaire (14 h, en été). Permettez-moi de corriger ici cette erreur. Traditionnellement, les provençaux se levaient très tôt le matin du 24 Juin afin de se trouver aux lieux de récolte, au sommet des collines, au lever du soleil. Il faut ramasser les sommités florales encore noyées de rosée, et les tasser au fur et à mesure dans un petit bocal en verre. Quand celui-ci est bien plein, remplir les vides avec une bonne huile d'olives, fermer et abandonner le bocal en plein soleil pendant un mois. Filtrer, conserver votre huile rouge dans un flacon pendant 2 ans maximum. En fait les provençaux se faisaient leur "oli roudgé" tous les ans.

Plusieurs études scientifiques ont paré le millepertuis de qualités. Il serait analgésique, anti-inflammatoire, anti-dépresseur léger, anti-prurigineux, utile pendant la ménopause, en cas de règles douloureuses... Vous avez là surtout un produit cicatrisant à l'efficacité redoutable, tellement qu'il ne faut surtout pas l'utiliser sur plaies profondes : la plaie se referme si vite qu'elle risque d'emprisonner un foyer infectieux. Il est donc idéal pour :

- Brûlures
- Râpures superficielles
- Coups de soleil. En curatif ! En préventif, il a au contraire un effet inverse photosensibilisant. Ce n'est pas une crème solaire !
- Bonne huile de massage en cas de douleurs articulaires, rhumatismes, ulcères...

Perso, nous en avons été ravis pour nos trois enfants en période de couches. On nettoyait bébé à l'eau, on le séchait à la serviette, on l'enduisait d'huile rouge bien dans les plis et on lui remettait une couche propre. Pas un seul érythème fessier, ni boutons, ni démangeaisons... Ah ça ! On s'est pas ruiné en talc Mort-ange !

dimanche 10 juin 2012

Saoul-FifreNulle verge

Ce contrepet sur son nom peut avoir un sens si l'on se rappelle que sa cousine Caroline a refusé de l'épouser, elle dont il était amoureux depuis leur plus jeune âge. L'aurait-elle essayé, et en fut-elle déçue ?

Et pendant que j'y pense, Tant-Bourrin ne l'aurait-il pas déjà utilisée, cette contrepèterie si évidente, dans ses "Brouillons de culture" ? Vérifions. Et merde ! Bien sûr : et dès le premier, je l'aurais parié ! Mais pourquoi faut-il que je me fasse doubler systématiquement par cet Anquetil de l'intellect et que je me retrouve systématiquement dans la position du suceur de roue, éternel "ce con", genre "la poule, y dort"... Tiens qu'est-ce qu'elle devient, celle-ci, d'abord ? (Je me bofise à une vitesse, moi ? Ça fait peur ...)

Bon je ne m'appesantirai pas sur l'organe sexuel de Jules Verne ni ne relèverai plus avant l'absence d'intérêt à en évoquer la pertinence comme biais pour aborder son génie littéraire.

On peut gloser sans fin sur ses influences : Wyss et son Robinson suisse, Daniel Defoe, Fenimore Cooper, Edgar Poe, Victor Hugo... mais force est de reconnaitre qu'il a su se créer son propre créneau, inclassable, irréductible à un domaine étroit mais toujours habité par un souffle épique inégalé et un sens du suspense de quasi-thriller. Si influences il y a, elles sont clairement assumées. Mathias Sandorf, dédié à Alexandre Dumas père, est à peu de choses près une déclinaison-hommage au "Comte de Monte-Christo". "Le sphinx des glaces" est tout simplement la suite des "Aventures d'Arthur Gordon Pym", de Poe.

Un mythe à qui il convient de tordre le cou sans plus attendre est celui qui affirme que seul son frère Paul, officier de marine, aurait voyagé et rapporté à son frangin toutes "ses" idées. Non, Jules n'est pas resté le cul collé sur une bite du port de Nantes. Il a même pas mal baroudé dans le monde entier, mais ce qu'il aimait par dessus tout, c'était les voiliers, et il en eut trois avec lesquels il cabota en France et en Europe du Nord.

Par contre, c'était un gros bosseur qui nous a pondu 62 romans, 18 nouvelles, des poèmes et de nombreuses pièces de théâtre, son premier domaine d'activité. Cancre scolaire, il déçoit son père qui aurait bien vu son ainé reprendre la charge d'avoué paternelle, ça se faisait en ce temps-là. Enfant critiqué, moqué, une vie entière à courir après la gloire (on ne compte plus ses demandes recalées pour rentrer à l'Académie) ne lui suffira pas pour se sentir "justifié", autorisé dans son choix de vie. Il sacrifiera sa vie de couple et l'éducation de son fils unique Michel à cette ambition littéraire dévorante.

Le résultat, et la seule chose importante, finalement, sera cette œuvre immense qui part dans tous les sens et où il y a très peu de déchets. Je n'ai pas lu tous ses 62 romans, comme je l'ai un peu imprudemment écrit dans ce billet mais une très grosse partie. C'est qu'il faut les trouver !

Son fond de commerce principal était cet espèce de balbutiement de science-fiction. Il y excellait, accumulait de la doc technique, se tenait au courant des dernières découvertes en réactivant ses réseaux d'informateurs. Ses héros sont ingénieurs, professeurs, journalistes, scientifiques. Son XIXième siècle est celui de la raison, de la confiance dans le progrès. La science va aplanir toutes les difficultés, apporter le bonheur. L'énergie inépuisable du futur, gratuite et propre, ce sera l'électricité, produite autour de l'hydrogène et de l'oxygène. Les classes sociales ne sont pas un problème pour Jules Verne : les citoyens sont solidaires et égaux, quelque soit leur niveau de formation ou leurs origines. Verne est un anti-esclavagiste convaincu, politiquement, il était rad-soc. Elu de sa ville d'Amiens, il y a construit un cirque dans le but de sédentariser des gens du voyage, ce qui était assez couillu pour l'époque.

On ne peut pas dire qu'il ait vraiment fait œuvre de prophète. Il a simplement fait des gammes et imaginé des applications à partir d'inventions juste nées. Par contre, ses romans sont admirablement construits, passionnants, dépaysants au possible. L'avenir est ouvert, le positivisme lumineux de Verne fracture des portes fermées jusqu'alors. Il parait que vers la fin de sa vie, son œuvre se fit plus noire et que son éditeur Hetzel s'arrachait les cheveux et devait le caviarder sévère.

Perso, je n'aime jamais autant Verne que lorsqu'il délaisse sa SF pour faire des incursions dans le lyrique, dans l'humain, le sentiment. Michel Strogoff, Un capitaine de quinze ans, Les tribulations d'un chinois en chine, Deux ans de vacances, Le château des Carpathes...

Même si je garde une fidèle tendresse pour "Vingt-mille lieues sous les mers", le premier Verne que j'ai lu, au primaire, et pour sa suite, bien sûr, "L'île mystérieuse", ma robinsonnade préférée, et de loin !

lundi 4 juin 2012

Scout toujoursLe bonheur sur Facebook

DUGLAND : POUR VIVRE HEUREUX, VIVONS NOS PASSIONS AU PRESENT

GLANDU : Yes, carpe diem !!!

DUGLAND : Décidément, les grecs ont tout inventé.

GLANDU : C"est vrai mais aussi les romains.

DUGLAND : Excuse-moi, mais comme la plupart des gens tu fais un contresens : dans l'esprit d'Horace, carpe diem voulait dire "tu es mortel ton bonheur présent est éphémère" et non pas le traditionnel "jouissez sans entraves", d'autre part, Horace avait appris la philosophie à Athènes, les romains ont tout repris des grecs, et nous par la suite...

GLANDU : Mais non, pas du tout de contre sens en ce qui te concerne, puisqu'en tant que jouisseur émérite la passion et le bonheur ne font qu'un pour toi. N'est-il pas? En tout cas je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que dans cette locution latine Horace a largement été inspiré d'Epicure.

DUGLAND : Non en effet, pas vraiment de contresens avec moi, encore que "jouisseur émérite" me semble assez exagéré, mais contresens avec la citation d'Horace qui est plutôt négative et menaçante, et qui est tout sauf un encouragement à la jouissance, d'ailleurs ne penses-tu pas qu'il l'ait piquée plutôt à quelqu'un d'autre qu'à Epicure? J'ajoute que la passion n'est certainement pas suffisante au bonheur. Je crois qu'il faut en plus un minimum de satisfaction personnelle qui est plus importante que la passion, car tout le monde n'est pas passionné (j'entends la satisfaction d'avoir fait ici-bas ce que l'on devait faire, sinon ce que l'on pouvait). On va bientôt pouvoir ouvrir un forum philosophique...

GLANDU : Bon sang mais c'est que maintenant il va me faire réfléchir sérieusement le bougre. Je me demande si tu n'as pas été traumatisé par ta prof de philo quand tu étais petit. Je l'imagine de latex vêtue, avec un fouet dans la main droite, te répétant sans cesse "carpe diem, carpe diem" et après le pauvre Horace qui n'avait rien à voir là dedans en a pris plein la tronche. Blague à part je crois que le bonheur n'est pas inné mais qu"avec le temps et un peu de réflexion on peut s"en rapprocher. L'exégèse philosophique me parait à côté de cela bien insignifiante mais reste à mon avis un jeu intellectuel tout à fait salutaire.

DUGLAND : Si tu connaissais mon prof de philo, c'était un communiste pur et dur, et j'ai beau faire un gros effort, j'arrive pas à me l'imaginer avec du latex. J'ai retrouvé son blog sur internet, il est devenu libéral, sacrés enseignants, on les refera pas... Blague à part, tu as raison tout ceci n'est que discussion, à chacun sa façon d'approcher le bonheur, les anglo-saxons prétendent même que le bonheur est génétique alors...

GLANDU : Allez pour finir cette discussion et avant d'aller faire dodo, cette citation de St Augustin : le bonheur c'est de continuer à désirer ce que l'on possède déjà... à bientôt cher ami philosophe

DUGLAND : J'ai déjà lu cette citation, mais je l'avais oubliée, je crois en effet qu'on peut trouver son bonheur dans les choses les plus élémentaires par simple contemplation de la nature par exemple, dans le simple bruissement du vent dans les feuilles d'un arbre, Montaigne trouvait le sien dans la volupté qu'il avait à s'endormir et demandait même à se faire réveiller la nuit pour cela. Mais c'est quand même très bien de vivre ses passions, bon je me couche moi aussi.

GLANDU : Bon alors toujours en train de dormir pendant que moi je commence à me geler !!! Allez réveille toi il est l'heure de penser. Ah St Augustin, égérie de la décroissance avant l'heure. Voir à la limite un peu subversif, non ? Concernant les anglo saxons et leur programmation génétique du bonheur, je ne suis pas surpris. Après des siècles de chape luthérienne, ils ont des excuses. Entre le déterminisme génétique et la prédestination divine, on retrouve une constante d'aliénation. Et puis après il faut naître et vivre, et là qu'est ce qu'on trouve ? Le déterminisme social des naturalistes, Zola en tête. Vain Diou les croquants ! Révoltez vous, brisez vos chaines. Le bonheur est à portée de main, lisez Montaigne.

DUGLAND : Oui tu as raison, d'ailleurs ce déterminisme anglo saxon n'est peut être pas totalement désintéressé puisqu'il pourrait le cas échéant leur servir à justifier leur domination du monde, mais la morale reste sauve puisqu'une enquête récente a démontré que malgré leur richesse, ils n'étaient pas plus heureux que le reste du monde...