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samedi 19 juillet 2014

Saoul-FifreTrempé jusqu'aux yeux

Au commencement était l'atome primordial, le bâtisseur d'étoiles, le tourneur de planètes, le faiseur d'eau. Avec son proton solitaire et son électron si peu matériel, l'Hydrogène est l'élément simple à la base de tous les autres. Par perte ou acquisition d'électrons, par liaisons plus ou moins recommandables, sans doute sous fusion thermonucléaire, il a donné tous les atomes et les molécules qui forment notre environnement. C'est la brique Légo inaugurale d'une collection impressionnante de décors, d'objets et de personnages.

Par combinaison avec l'oxygène, il nous donne l'eau, c'est à dire la Vie. Avec le même, il forme un explosif de grande puissance, et sème la Mort. L'hydrogène n'a pas de morale intrinsèque. Il sera ce que nous en ferons, la source d'énergie illimitée et égalitairement partagée dont rêve un quarteron de professeurs Tournesol à ITER , ou bien l'arme de destruction totale qui règlera définitivement le problème de nos caries douloureuses si un autre quarteron, de généraux Alcazar celui-ci, en décide ainsi.

S'il y a un Dieu, je crois fermement qu'il est de cet ordre : à la fois Diable et Dieu, Janus bifide, Hermès souriant et grimaçant, tragi-comique. Capable du meilleur comme du pire, d'une chose et de son contraire, génie du bien et du mal. À notre image, en fait.

Oui, Dieu a été créé à l'image de l'Homme. Tel est mon crédo, mais la situation est déjà assez compliquée comme ça, et le lancement d'une nouvelle secte n'est pas vraiment de saison. Ce que je ressens, c'est qu'à l'échelle de l'Histoire, les idéologies et les religions n'évoluent pas mécaniquement et régulièrement. Il y a des éruptions. Il y a des périodes de paix et des périodes de guerre. Il y a des régressions, ou des évolutions progressistes, plus ou moins rapides selon les leaders au pouvoir. Rome a atteint son apex, puis connut la dégringolade. L'Islam fut la locomotive culturelle et scientifique de notre vieux monde étriqué et puis, la roue tourne... Là, notre mondialisme agressif qui s'engraisse en se foutant du tiers comme du quart-monde, ça sent très mauvais sa "fin de cycle", et je rêve d'autres exemples.

À l'échelle de l'Hydrogène, la légèreté est absolue, et sous sa forme stockable, l'eau, son cycle est créatif, nourrissant, poétique, stable, émouvant...

"Les pieds dans le ruisseau, moi je regarde couler la vie...",

psalmodiait le grand Jacques, et cette invitation à la contemplation de l'évidence de l'eau m'a toujours parlé. À mes tout débuts, un liquide, trouvant son chenal, remontant le courant à travers d'autres mouillures, parvint à atteindre et à ensemencer la Source, et le Réceptacle, et la Génèse de toute Vie. Le têtard que j'étais remuait de contentement sa queue résiduelle, en pataugeant dans son petit bain personnel, avec les pulsations de son ombilic en fond sonore. Et les bruits aquatiques. Le silence assourdissant de la mère, puis son cri, quand elle perd les eaux.

Né au pays de la sécheresse, on m'a appris à la respecter. Elle n'en a acquis à mes yeux que plus de richesse, et les rencontres avec de l'eau en liberté, en apparence inépuisable, me fascinaient. Les cascades de Tlemcen, le grand canal d'arrosage qui dessoifait les arbres et remplissait le château d'eau, une fois par semaine, les flots semblant illimités de la Méditerranée. Semblant seulement, puisque nous avons découvert en la traversant, d'autres canaux, d'autres cascades, un autre, ou bien le même rivage ?

Je ne perds jamais une occasion de me replonger dans cette eau primitive. Dans les étangs, les torrents, l'océan... Quelle que soit la saison, je pique une tête. Au Nouvel An au Cap-Ferret, à Pâques dans un lac pyrénéen, en Aout, dans le lac de Viam... Quand je suis malade, je recherche la compagnie des ruisseaux, ces filets d'eau que j'imagine couler comme un goutte à goutte salvateur dans mes veines. La guérison par la mémoire de l'eau. Et aujourd'hui, on nous raconte que nous allons en manquer, et qu'elle est polluée. J'en ai des vapeurs et cette idée me glace.

L'eau a cette force de s'adapter aux contenants. Celle de le briser s'il y gèle. Celle de s'en échapper en s'évaporant, si l'envie lui en prend et si les oreilles lui chauffent.

"Dans le brouillard de sa myopie
l'aridité du monde s'atténuait.
Elle pouvait de la sorte rêver
à d'autres horizons, à une autre vie..."

...m'écrivait une amie, il y a presque quarante ans. J'en pleure encore, tellement c'est beau.

PS : Comme vous l'avez sans doute remarqué, après mon dernier billet , je me suis mis à l'eau.

mercredi 22 janvier 2014

BlutchMes poètes de légende [1]

J’ai déjà eu l’occasion de vous faire découvrir un petit bout de ce grand poète vaudois qu’est Jean Villard Gilles (voir "Ma baie des Anges à moi").

Il est né au bords du Léman, à la toute fin du 19e siècle, ce qui lui a fait traverser la boucherie de 14-18, la crise de 29, l’entre-deux guerres, la folie nazie et les trente glorieuses.

De quoi alimenter sa fécondité littéraire, son âme de poète, sa tendresse, son goût pour les belles formules et son esprit anar. Bref, un Vaudois parfait. Parce que si le vaudois est débonnaire, plus prompt à lever son verre que prendre les armes, il ne faut pas lui en raconter tout de même…

Donc pour ce qui est de soigner les chaud-froid en politique, il faisait plutôt confiance à thermolactyl que dans les politocards de sévices.

Il aurait pu être révolté, rouspéteur, mauvais coucheur ou gueulard, voire même, qui sait, mauvaise tête ; mais il avait du génie, alors il est devenu poète, anticonformiste et libre penseur. Ses armes étaient son esprit, sa gentillesse et son humour.

Il a très vite développé le théorème que pour être reconnu chez soi, il vaut mieux décarrer ailleurs. Il a donc pris ses cliques, ses claques et son clic-clac pour s’expatrier dans l’arrière-banlieue de son Montreux natal : Paris.

Il y a ouvert un petit boui-boui du nom de "chez Gilles" (ben tiens, question pub, y a pas à se gêner non plus…). Entre les chansons dont il avait commis paroles et musique, qu’il interprétait avec son complice Julien (inaugurant ainsi un style nouveau qui fut abondamment repris depuis), il recevait quelques autres rimailleurs, dont l’Abbé Brel, avant qu’il ne vire sa cuti, sa guitare et sa soutane.

Ne voulant pas divertir les boches, il s’était tiré de Pantruche à leur arrivée pour s’établir à la capitale, la vraie, celle du Pays de Vaud : Lausanne.

Il y fonda (sans Jane) le Coup de Soleil. Nostalgie des petites femmes de Pigalle ou défection de Julien ? Le duo est devenu Edith et Gilles. Les cousins des Bourbines[1] évaporés de l'hexagone, il réinvesti Paname. Edith partie voir ailleurs si le bon Dieu y était, il s’associe avec Albert Urfer dans un nouveau tandem. Il quitte Paris en 1975, juste avant de raccrocher les gants à 81 ans et d’égrainer, depuis Saint-Saphorin, les quelques deux mille couchers de soleil sur le Léman qui le sépare alors de la grande envolée.

Je vous disais donc, sans le moindre chauvinisme, que les Vaudois sont de riches natures, pétris d’auto-dérision. Ne disent-ils pas : « Y en a point comme nous », ajoutant pour les sceptiques : « … s’il y en a, y en a pas beaucoup. »

Quelques étapes marquantes en chansons :



Dollars

1932 : La grande crise s’estompe à peine qu’il a déjà tout compris de la grande arnaque du dollar sur le monde. Son esprit anar se rebelle, il martèle sa musique pour mieux enfoncer ses paroles dans la tête des gens, mais il est trop en avance, hélas ! Le mythe de Crésus délocalisé en Amérique par les sirènes d’Hollywood était trop fort…

Trois ans après la grande crise, le texte était visionnaire, comme le sont les authentiques poètes.


De l´autre côté de l´Atlantique
Dans la fabuleuse Amérique
Brillait d´un éclat fantastique
Le dollar
Il f´sait rêver les gueux en loques
Les marchands d´soupe et les loufoques
Dont le cerveau bat la breloque
Le dollar
Et par milliers, d´la vieille Europe
Quittant sa ferme ou son échoppe
Ou les bas quartiers interlopes
On part, ayant vendu jusqu´à sa ch´mise
On met l´cap sur la terre promise
Pour voir le dieu dans son église
Le dieu Dollar !

Mais déjà dans la brume
Du matin blafard
Ce soleil qui s´allume
C´est un gros dollar !
Il éclaire le monde
De son feu criard
Et les hommes à la ronde
L´adorent sans retard

On ne perd pas l´nord, vous pensez,
Juste le temps de s´élancer
De s´installer, d´ensemencer
Ça part !
On joue, on gagne, on perd, on triche
Pétrole, chaussettes, terrains en friche
Tout s´achète, tout s´vend, on d´vient riche
Dollar !

On met des vieux pneus en conserve
Et même, afin que rien n´se perde,
On fait d´l´alcool avec d´la merde
Dollar !
Jusqu´au bon Dieu qu´on mobilise
Et qu´on débite dans chaque église
Aux enchères comme une marchandise
A coups d´dollars !

Mais sur la ville ardente
Dans le ciel blafard
Cette figure démente
C´est le dieu Dollar !
Pas besoin de réclame
Pas besoin d´efforts
Il gagne toutes les âmes
Parce qu´il est en or

Autos, phonos, radios, machines,
Trucs chimiques pour faire la cuisine
Chaque maison est une usine
Standard
A l´aube dans une Ford de série
On va vendre son épicerie
Et l´soir on retrouve sa chérie
Standard
Alors on fait tourner des disques
On s´abrutit sans danger puisque
On est assuré contre tous risques
Veinard !
La vie qui tourne comme une roue
Vous éclabousse et vous secoue
Il aime vous rouler dans la boue
Le dieu Dollar

Quand la nuit sur la ville
Pose son manteau noir
Dans le ciel immobile
Veille le dieu Dollar
Il hante tous les rêves
Des fous d´ici-bas
Et quand le jour se lève
Il est encor là !

On d´vient marteau, dans leur folie
Les hommes n´ont plus qu´une seule envie
Un suprême désir dans la vie :
De l´or !
S´ils s´écoutaient, par tout le monde
On en sèmerait à la ronde
Au fond de la terre profonde
Encor !
On en nourrirait sans relâche
Les chèvres, les brebis, même les vaches
Afin qu´au lieu de lait elles crachent
De l´or !
De l´or partout, de l´or liquide
De l´or en gaz, de l´or solide
Plein les cerveaux et plein les bides
Encor ! Encor !

Mais sous un ciel de cendre
Vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre
Du haut d´son perchoir
Et devant ses machines
Sans comprendre encor
L´homme crever de famine
Sous des montagnes d´or !


Que le dollar se change en €uros selon les régions du monde n’y change fondamentalement rien à la conclusion.



Les trois cloches (1940)

Piaf s’empare de cette chanson et en fait un tube mondial, mais qui laissera son auteur dans une discrétion qui sied parfaitement à son caractère vaudois. Beaucoup encore croient que le texte est de Piaf.



Le bonheur (1948)

Toute la tendresse de Gilles est contenue dans cette hymne au bonheur. Ça s’écoute sans commentaires...



Nos colonels (1958)

Gilles le pamphlétaire pacifiste n’aimait pas beaucoup l’esprit militaire. Pour situer le contexte particulier, les Suisses d’alors étaient soldats jusqu’à 60 ans, temporairement délivrés de leurs obligations militaires. Pour rester imprégnés de leur mission, il devait faire chaque année une piqûre de rappel variant entre un et 21 jours. Les colonels dirigeaient alors une armée de un million d’hommes mobilisables en 24 heures…

La Suisse n’ayant pas de général en temps de paix, l’iconographie guerrière s’est tout naturellement portée sur ses colonels, fiers descendants de Guillaume Tell et plus emblématiques que les généraux français, puisqu’à eux seuls, ils ont maintenu en respect le 3ème Reich tout entier.

Comment ça que c’est douteux ? Que je déconne ? Que je ne suis pas objectif ? C’est rien que de la jalousie parce que la Suisse a résisté à l'envahisseur venu de Germanie. T'imagines pas à quel point Sardou a fait rigoler les Suisses avec ses Ricains à la noix... D'accord que la grosse majorité des Suisses parlent le schleu, mais c'est d'origine, le petit moustachu n'y est pour rien du tout !

T’as pas un colonel suisse qui te dira que c’est pas à cause de leurs bras noueux qu’Hitler n’a pas osé, pas un, alors c’est bien la preuve…

Michel Bühler et Sarcloret font revivre le duo d’origine, le fou-rire en plus…



Les bonnes (date inconnue et enregistrements inexistants sur la toile)

Un petit côté social et sarcastique aussi, ce vaudois débonnaire n’était pas moins provocateur… Mais si finement que la bourgeoisie ne lui en n’a jamais vraiment voulu. Était-elle seulement consciente de l’ironie de Gilles pour elle ?


Les bonnes
On n’en voit plus, c’est une espèce
Qui disparaît très rapidement
Même les Bretonnes, même les négresses
Certainement chère Madame Durand
Ces filles on les a toutes pourries
C’est elles maintenant qui font la loi
Pensez, la nôtre était nourrie
Et logée plus trente francs par mois
Aussi il n’ faut pas qu’on s’étonne
On a tout fait pour les gâter
On était trop bon pour les bonnes
Vraiment, c’est à vous dégoûter
Moi qui suis faite pour être patronne
Et déployer d’ l’autorité
Hé bien quand j’ sonne
Il n’ vient personne
Il n’y a plus d’ bonnes
Quelle société !!

Pensez, chez moi j’en ai eu seize
J’ leur faisais un petit nid douillet
Un lit, une table, une lampe, deux chaises
Ça donnait sur les cabinets
Évidemment ça manquait d’ vue
On n’y voyait jamais l’ soleil
Mais la nuit c’est chose superflue
Surtout avec un bon sommeil
Et quand le réveil carillonne
Au point du jour, joyeusement
Sachant que le soleil rayonne
Dedans dans tout l’appartement
On se lave et l’on se savonne
Avec plus d’ zèle, évidemment
Le soleil luit, le gaz ronronne
Mais y’a plus d’ bonnes
Sombre moment !!

Leur travail, laissez-moi rire
Vider les pots, ranger les lits
Faire la vaisselle, frotter et cuire
Passer les cuivres au trifoli
Trois fois par jour servir à table
Faire chaque matin une pièce à fond
Les courses, un travail agréable
Repasser le linge de maison
Trois fois rien, avec ça gloutonnes
Même qu’on s’ privait souvent ma foi
Pour qu’il reste du gigot breton
Ou la carcasse d’un poulet froid
Avec ça, on était trop bonne
Un jour de liberté par mois
Pour s’en aller faire les luronnes !
Ben, y’a plus d’ bonnes
Pourquoi, pourquoi ?

On les menait en promenade
Le dimanche ; on en prenait soin
Allant si elles tombaient malades
Jusqu’à quérir le médecin
Mais quand la moustache en bataille
Nos maris les serraient d’ trop près
Alors on surveillait leur taille
Ça n’ ratait pas, quelqu’s mois après
On renvoyait la jeune personne
En la tançant sévèrement
C’était notre devoir de patronne
Nos maris n’ pouvaient décemment
Être les pères des enfants d’ nos bonnes
C’est tout d’ même un vrai soulagement
D’ ne plus voir ces ventres qui ballonnent
Comme y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’enfant !

Ça devait finir dans la débauche
Selon la loi du moindre effort
Tout ça c’est la faute à la gauche
Aux soviets, à Blum et consorts
J’en ai reçu une cet automne
Qui m’a dit d’un air insolent
Bonne à tout faire, moi j’ suis pas bonne
Elle est partie en m’engueulant
La morale, je vous l’abandonne
La base du régime bourgeois
Son piédestal, c’était la bonne
Sans elle, tout s’effondre à la fois
L’office, le salon, la couronne
L’ordre, l’autorité, la loi
Y’a plus de Bon Dieu,
Y’a plus personne
Quand y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’ bourgeois !



Les Vaudois

Le Vaudois est à l’image de la Venoge :

« Tranquille et pas bien décidé.
Il tient le juste milieu, il dit :
«Qui ne peut ne peut !»
Mais il n’en fait qu’à son idée… »

L'autodérision est l’art de se foutre gentiment de soi pour éviter de devoir casser la gueule à ceux qui le feraient sans saveur. Cyrano ne me donnera pas tort…

Dans cet art, Gilles était un maître.


Variétés - 31.12.1962 - Réalisateur : Paul Siegriest - 03'45''
Ce document a été sauvegardé grâce au soutien de Memoriav




Il a écrit tant de perles dans sa vie que le choix était difficile. En fait, c’est la disponibilité des archives qui en a décidé ainsi. Il a célébré le Front populaire, chanté le 14 juillet, les noms de chez-nous, les chorales, les Suisses allemands, les Tessinois, l’exotisme vaudois en se mettant à la place d’une senhora brésilienne amoureuse d’un paysan vaudois, etc.

Toutes les choses sérieuses n’étaient que dérision et les choses « dérisoires » avaient toute sa tendresse.

Comme blogbo ne rime pas avec buveurs d’eau, je vous… je nous offre une tournée générale avec la Gonflée et la complicité de Bühler et Sarcloret…

Santé et conservation !

Notes

[1] Suisses allemands

mercredi 27 novembre 2013

Tant-Bourrin33, 45 ou 78 tours de France

Les plus anciens se souviennent peut-être des questions essentielles à la con auxquelles je m'étais ici naguère escrimé à apporter une réponse : tous les présidents de la république ont-ils leur nom sur une plaque de rue à Paris ? jusqu'à combien peut-on compter avec des titres de chansons ? dans combien de pays peut-on voyager au travers de titres de chansons francophones ?

Eh bien voilà que, depuis quelques jours, je me suis lancé dans une autre quête tout aussi fondamentale et dans la lignée de la précédente : peut-on voyager dans tous les départements français juste avec des titres de chansons ?

En voilà-t-y pas une question qu'elle est bonne ?

Bon, je vais feindre de ne pas avoir entendu ceux qui ont crié "non !", et je vais inviter les vrais curieux de nature à me suivre pour un grand tour de France.

Par ici le guide !

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lundi 4 novembre 2013

FrançoisePlutôt que d'attendre la saint Glin-glin

Dans le cadre de l'opération sanitaire « Sauvez Blogbo ! », voici, après la magistrale leçon de style administratif, un précis de vocabulaire à l'intention des moins de 40 ans s'il en passe par ici :) L'histoire n'a aucune importance, seul compte le fait qu'elle est racontée avec des mots et des expressions courants jusqu'au début des années 70 et quasiment oubliés aujourd'hui, comme quoi les mots, c'est comme les objets ma pauv' dame, ils font de moins en moins d'usage.


Aline avait à peine enfilé son chandail et son duffle-coat que sa mère remontant du cellier où elle conservait les pommes tapées et la confiture de vieux garçon l'apostrophait : « Où vas-tu encore vadrouiller ? »

La jeune fille tira sur sa couette gauche, signe infini d'énervement. Sa daronne virait vraiment croulante, pour ne pas dire PPH...

« Je vadrouille pas, je vais réviser ma compo de latin chez Martine.
– Tu ne vas pas plutôt courir le guilledou ? Avec Martine, ça ne m’étonnerait pas, en voilà une qui verra le loup avant que l'envie m'en reprenne...
– Là, maman, tu pousses mémé dans les orties ! Martine, c'est une vachement grosse tête : prix d'excellence l'an dernier, premier prix de français et de maths, 1er accessit de latin et d'anglais. C'est pas de la gnognotte, quand même !
– N'empêche : je donne pas cher de sa vertu... Elle n'a pas les yeux dans sa poche quand elle reluque les garçons. Je te fiche mon billet qu'elle en a déjà embrassé plus d'un. »

Le grand-père Valentin, qui écoutait la conversation depuis son rocking-chair, sortit de son gilet une montre gousset :

« T'as pas fini de l’enquiquiner, cette gamine ? Il est à peine six heures du soir, y a pas péril en la demeure, on peut dire que tu te fais du tintouin pour rien. »

Aline regarda le vieil homme avec reconnaissance. La mère soupira :

« Bon, vas-y, mais fais fissa, je me suis levée dès potron minet et j'ai le dos en capilotade. Mieux envie d'aller au plume que de faire la bamboula. »

Aline sortit sans demander son reste en haussant les épaules. Sa mère avait toujours un pet de travers et se montait le bourrichon pour rien. Il y avait belle lurette qu'elle n'y faisait plus attention. Heureusement que le grand-père, lui, comprenait les jeunes. Faut dire qu'il avait mené une vie de patachon.

A 14 ans il avait été déniaisé par une amie de sa mère, une modiste au port modeste mais belle femme, qui lui avait susurré un tiède après-midi d'été : « T'as jamais contemplé la feuille de vigne à l'envers, mon biquet ? Eh bien viens, je vais te montrer... »

Bou Diou, le ramdam que ça avait fait quand la bonne les avait surpris en pleine action dans la petite chambre à donner ! Plus question de commander un seul chapeau à la maudite modiste : la maman du grand-père s'était résignée à sortir en cheveux... tandis que son fils séchait le patronage pour passer ses jeudis après-midi dans l'arrière-boutique où plus d'un chapeau de feutre fut baptisé par sa jeune fougue quand la modiste l'enjoignait de « faire attention ».

Le mari de la modiste, qui délaissait l'épouse pour cause d'activité politique épuisante bien que modestement cantonale se doutait-il de son infortune ? Nul ne le savait, si ce n'est qu'on l'avait un jour entendu murmurer en regardant sa femme : « Vaut mieux être cocu que ministre, on n'assiste pas aux séances. »

Faire les 400 coups avait plutôt réussi au grand-père. A 88 ans, il était frais comme un gardon et toujours gaillard et biberonnait son Dubonnet comme d'autres de l'antésite.

Aline arriva en courant chez Martine qui faisait ses devoirs, son mini K7 sur le bureau:

– J'ai enregistré un 45 tours à la dernière boum, dit-elle. Les Platters. Ecoute-moi ça : « Only you... »

Sans déc', c'était du slow de first catégorie, de quoi emballer en trois minutes chrono. Même une Sainte Nitouche n'y résisterait pas. Du reste, Martine avoua à Aline que cette chanson lui avait fait rencontrer l'homme de sa vie.

« Il est grand et beau comme un camion avec des mirettes bleu turquoise, des boucles brunes et un sourire Colgate. Bref une vraie réclame. Mais tu sais la meilleure? Il s'appelle Calmat et bien sûr ses parents l'ont prénommé Alain.
– Pourquoi Alain ?
– Tu yoyotes ou quoi ? A cause d'Alain Calmat, voyons ! Le champion de patinage. La mère de mon amoureux avait le béguin pour lui quand elle le voyait à la télé...
– Dis-moi : tu viens de dire « ton amoureux ». Vous en êtes où sur l'échelle de Richter ?
– Séisme de force 5 : avant même la fin du slow, il m'a roulé une pelle d'enfer, 30 secondes en apnée, j'en étais toute tourneboulée.
– En somme, résuma Aline, c'est un champion de patin artistique. »


Jeunes godelureaux qui venez en ces lieux, songez à celles et ceux capables de comprendre tous ces mots et expressions surannés, tout en percutant grave sur les lol, mdr, j'te surkiffe, je plussoie et autres wesh et boloss dont nous abreuvent les réseaux sociaux. Trop cool, not ?

jeudi 19 septembre 2013

Tant-BourrinMes disques de légende [4] : Les Enfants terribles - "C'est la vie"

Il y a longtemps que je brûlais d'envie de graver leur nom au frontispice de mes disques de légende - dès le premier billet, en fait - mais j'avais dû reculer jusque-là : si peu d'informations disponibles sur eux (biographies réduites au strict minimum, peu de photos, absence des sites de musique en ligne...) quand j'aurais voulu en dire tant. A croire que la trace qu'ils ont laissée est inversement proportionnelle à l'immensité de leur talent, eux qui brûlèrent dans le ciel de la chanson française comme une météorite incandescente.

Eux : les Enfants terribles.

Ce billet est aussi l'histoire d'un rendez-vous long mais inexorable. Il faudrait trente ans avant que je découvre vraiment leur premier album, après sa réédition en CD. L'album dont il est question aujourd'hui. L'un des plus beaux de la chanson française.


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lundi 22 juillet 2013

Saoul-Fifre1500 ième et dernier billet

Désensablez vos portugaises : même les meilleures choses ont une fin, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, le mieux est l'ennemi du bien, point trop n'en faut, il faut savoir raison garder, calmos les gallines, va voir ailleurs si j'y suis, le bureau des réclamations est fermé, regarde, Michel Strogoff, regarde, des comme ça t'en liras jamais plus, pars et surtout ne te retourne pas, la vie ne vaut d'être vécue sans zamours, on ne peut être et avoir tété, redoux vers le fut dur, c'est au pied tout mou qu'on reconnait le limaçon, l'avenir est un gardien crasseux qui se lave le dos, tourne 7 fois ta langue dans sa bouche avant de lui faire une cochonnerie, Andiamo is aware and saliving in Paris, d'ailleurs son obélisque bien dans l'axe de la Madeleine, ça concorde, aimer c'est regarder la même érection se disent les seins exubérants, t'en souviens-tu la scène, quand les zobs vibreront d'amour il n'y aura plus d'commissaires mais des mains courantes sur des peaux lisses, proximité, plaintes, violons, fouille au corps, doigt ganté, suce-paix, suce-pince, évasion, encore eut-il phallus avoir ou bien prendre langue vivante optionnelle voire obsessionnelle, ce soir à la fraîche nous irons têt'-bêche nous lécher gaiement, entre barbus nous devrions nous entendre, puis nous con-prendre, nous surprendre, nous limer, nous élimer sans nous éliminer, nous allumer, nous illuminer, nous alimenter, nous halluciner, nous aliéner, nous lier, nous rallier, nous huiler, nous reluire, avec modération comme de bien entendu, il ne faut pas abuser des bonnes choses, vous le savez pourtant que c'est la crise, qu'il va vous falloir progressivement apprendre à vous serrer la ceinture, même si vous pourrez la faire voler par dessus les moulins par permission expresse et sur requête argumentée, à tour de rôle, il y en aura pour tout le monde, formez la chenille, faites la queue, tenez-vous par les poils, enfin : par ces trois pauvres poils anémiés qui ont survécu à la grande razzia et qui continuent à se battre en duel dans le no man's land désherbé et les trous de bombes, triste époque, Pétrole Hahn à la rescousse, plus jamais ça, c'est bien beau mais ça repoussera t-y un jour, misère de misère, tondues, comme à la libération, pour engraisser le baron Bich qui n'a pourtant pas besoin de pourboire pour améliorer le rata de sa cantine, La Tour d'argent, et pour boucher les siphons de douche, après les horreurs de la guerre, celles de la paix, respectez nos poilus, paix à leur mémoire, gardez d'eux une vision confite dans leur héroïsme, hirsutes, mousseux, ruisselants, mais toujours prêts au con bas, à l'hallali, à l'aïoli, à aller au lit, aïli aïlo, spectacle unique en odorama, son et lumières, tout comme au Puy-du-pas-si-fou-que-ça, vous y reviendrez ou sinon vous direz pourquoi non mais on ne peut pas comme ça toujours refuser son animalité sans qu'elle se rappelle à votre bon souvenir d'une manière ou d'une autre, c'est quand même dingue de nier gnangnan ragnagnas l'évidence des hormones à Hermione, ocytocine, aussitôt prêt, lève la cuisse voilà qu'çà glisse, ho hisse, je n'ai rien inventé mais on m'a raconté, vous croyez peut-être encore à la génération spontanée hé bien non : papa-maman ne se sont pas seulement regardés dans le blanc des yeux avec énormément de respect, il a également fallu qu'ils se secouent en haletant, avec le même air débile que Toto le clébard quand il joue à chat perché avec la chienne du voisin, cette allumeuse, maintenant, si tout le monde est d'accord, on peut décider d'arrêter ces cochoncetés matérialistico-sexuelles et confier les processus de reproduction à des professionnels de laboratoires, c'est vous qui voyez, à vous les documentaires médicaux à la place des films de cul, à vous les joies de la culture par le Vidal, à petites doses le soir avant l'extinction des feux, à vous les commentaires tristounets et bien pensants dans les blogs élitistes et grand bien vous fasse car l'on reconnait l'arbre à ses fruits, rira bien qui rira le dernier, le chat parti, les souris dansent, les grandes douleurs sont muettes, tout est bien qui finit bien, je vous salue bien bas et je me casse.

Nan, je déconne...

Quoique. Même Hara-Kiri a un jour mis le mot "fin" au bas de son aventure, non je ne touche pas aux monstres sacrés, je dis ça je dis plus rien.

mardi 25 juin 2013

Tant-BourrinMes disques de légende [3] : Pearls before swine - "The use of ashes"

1970. Un album d'allure bien austère arrive dans les bacs des disquaires (métier ancien, aujourd'hui disparu). Une pochette violette, avec au milieu un reproduction d'une tapisserie du XVème siècle : "La chasse à la Licorne". En haut, en lettre blanche : "Pearls before swine". Au-dessus de l'image, en lettres noires : "The use of ashes". Difficile de faire moins vendeur.

Et pourtant...


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