Dans mon collège de jésuites, au début des années soixante, tout était spartiate, sauf les WC qui étaient turcs et où on allait plus par besoin que par envie, tant ils évoquaient la campagne automnale au moment de l'épandage fertilisateur.

Les salles de classe, les salles d’études, les réfectoires et les dortoirs étaient empreints d'une austérité ascétique. Cette règle de pauvreté souffrait cependant quelques entorses, comme toute règle qui se respecte. Le paradoxe trouvait certainement son apogée avec la piscine qui fut longtemps la seule de tout le canton. Mais l'exception la plus courante était l'incroyable quantité de pianos, qui conférait à ce prestigieux instrument une banalité déconcertante en ces lieux. En outre, le professeur de piano du collège avait la réputation d’être l’un des plus grands organistes de France.

Je me souviens de ce dimanche d’été où j’entendis à travers une porte l’interprétation magistrale d’un morceau de musique classique. Je ne pus résister à l’envie de connaître celui qui déployait tant de virtuosité. Il s’agissait d’un élève de ma classe, particulièrement doué en musique, et qui savait jouer de plusieurs instruments : Christian Dingler, connu aujourd'hui sous le pseudo de Cookie Dingler.