L'homme au costume gris acier marchait tranquillement sur le trottoir, au milieu des passants, d'une démarche un peu raide. Il scrutait alentour, les bâtiments, les voitures, les gens, d'un regard froid, presque métallique. Personne ne faisait particulièrement attention à lui. Et pourtant...


- La translation ondulaire du droïde s'est parfaitement déroulée. Les êtres frustres peuplant cette planète semblent le prendre pour un des leurs. Nous avons donc bien réussi à reproduire leur apparence physique et leurs vêtements.
- Parfait ! La transmission de données est-elle satisfaisante ?
- Transmission parfaite : aucune défaillance de capteur à signaler. La mission "éclaireur" est un succès total.
- Tant mieux pour les habitants de cette planète : si tout continue de bien se passer, nous allons pouvoir les placer en phase d'observation pour quelques siècles avant colonisation éventuelle. Restez quand même prêts à actionner la procédure de destruction si le droïde venait à être démasqué.
- Ce sera fait si besoin est. Même si...
- Même si ?
- Même si je trouve cela un peu cruel. Ces êtres sont certes frustres et leur apparence est monstrueuse, certes, mais j'imagine qu'ils éprouvent certaines formes de sentiments, d'émotions, et les détruire uniquement parce que le droïde éclaireur est découvert me semble...
- ...semble entièrement normal et relève de la prudence la plus élémentaire ! Nous ne disposons pas encore de suffisamment d'informations pour connaître le degré de développement technologique de ces êtres. Qui sait si, sous des dehors frustres, ils ne possèdent pas de moyens techniques leur permettant d'attaquer notre galaxie s'ils venaient à en deviner l'existence ? Nous ne pouvons pas faire courir le moindre risque à notre civilisation : si le droïde est démasqué, nous devons instantanément vitrifier cette planète, que cela soit clair.
- Clair. Je respecterai la procédure.


Les yeux métalliques de l'homme au costume gris acier continuaient d'enregistrer des milliards d'informations et à les stocker dans les circuits internes, au plus profond de lui-même, dans ce que les humains alentours auraient appelé son ventre. Et sur sa face impavide et figée, on ne lisait aucune vie, que la froideur du métal sous une fine pellicule couleur chair.


- Alerte niveau 2 ! Un échauffement trop élevé est signalé dans les circuits internes ventraux du droïde. Le niveau de refroidissement par aération est insuffisant !
- Comment est-ce possible ?
- Je crains que les étoffes que nous avons tâché d'imiter pour vêtir le droïde ne soient trop peu perméables à l'atmosphère de cette planète et que la prise d'air ventrale ne peine à évacuer la chaleur... Température toujours en hausse ! Nous approchons de la limite autorisée, les circuits ne vont pas résister !
- Il n'y a pas des centaines de solutions : envoyez l'ordre au droïde d'aménager un passage pour l'atmosphère ambiante au travers de ses vêtements !


L'homme au costume gris acier obéit immédiatement à l'ordre qui lui venait de là-haut, à plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de sa tête, permettant une meilleure aération de ses circuits internes. Puis il reprit sa marche raide et mécanique.


- Ouf, la température interne a chuté. Tous les relevés reviennent à la normale.
- Les habitants de cette planète viennent sans le savoir de l'échapper belle !


Quelques milliers de kilomètres plus bas, la main d'un vieillard tapotait l'épaule de l'homme au costume gris acier.
- Excusez-moi de vous déranger, Monsieur, mais je tenais à vous signaler que votre braguette est ouverte...