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lundi 6 mai 2013

AndiamoLes contes revus par Andiamo (III)

La série continue vous avez lu le I. Puis avides de connaître la suite vous avez lu le II

Alors soucieux de plaire à notre lectorat voici le : III.

Blanche-Caille et les 7 mains.

On appelait autrefois blanche-caille une blanchisseuse…

Il était une fois dans une laverie un peu sordide, dans une banlieue non moins sordide une blanchisserie… Heu… Je dirais plutôt une laverie, avec une vingtaine de bécanes complètement pourraves, qui transpiraient la rouille par les hublots, ces bécanes avaient noyé plus de morbacks qu’un curé peut en bénir !

Ca schmouttait le renfermé, la moisissure et les culottes mal lavées. Au milieu de ces barbottoires vaquait une douce jeune fille qui s’appelait Pétronille. Tout le monde avait oublié son blase et l’avait surnommée « Blanche-Caille ». Elle était casquée à coups de lance-pierres, tout juste smicarde, elle s’occupait du ménage, de vendre les jetons destinés à alimenter les tirelires des bécanes, et de temps en temps elle ne dédaignait pas un furtif de comptoir afin d’arrondir ses fins de mois.

Elle crêchait chez sa mère et son beau-dabe un gommeux qui s’prenait pour Rudolph Valentino, tellement gominé que même une mouche n’arrivait plus à décoller des ses ronces quand par inadvertance elle avait fait un atterrissage d’urgence sur son crâne.

Il s’appelait Fernand, mais se faisait appeler « Fernando » ça faisait plus Hidalgo avait-il déclaré ! Et plus d’une fois au prétexte de venir lui frotter les endosses au moment des ablutions, il avait essayé de la composter en cachette de Clémenceau !

Un jour la mère de Blanche-Caille qui répondait au doux prénom de Dominique, deux qui la tiennent trois qui…. Les surprit alors que Blanche-Caille se défendait bec et ongles contre les assauts furieux de Fernado, flamberge au vent, tentant de faire subir les derniers outrages à notre héroïne !

-C’est ELLE qui m’a provoqué s’écria Fernand, elle se balade la boutique à l’air, à loilpé ! Le capot grand ouvert, alors forcément ma Bibiche tu m’connais : deux mouches qui copulent déjà que ça m’excite, alors là forcément …

-Salope s’écria Dominique ! Et derechef elle balance une poignée de phalanges dans la tronche de sa fillotte ! Casse-toi, et au lieu de piquer les hommes des autres, trouve-toi un michton qui soit capab’ de te faire reluire ! (c’est peut-être pas exactement ce qu’elle lui a dit, mais je fais court).

Blanche-Caille à la rue ! C’était l’hiver, la neige recouvrait de son blanc manteau, la grisaille de cette pauvre banlieue du neuf cube, conférant à l’horreur une virginité éphémère… Putain appelez moi Delly !

Blanche-Caille grelottait, un pauvre sac poubelle à la main contenant tout ce qu’elle possédait… Pas grand’chose en vérité.

Soudain apparut Momo, un p’tit dealer, il refilait de la beuh à des paumés du quartier, pour pas bien cher c’était un gagne petit, un laborieux, un pousse-cailloux. Il devait faire jaffer ses six frelots, biscotte ses vieux s’étaient tirés au bled et n’étaient jamais revenus. Le barlu sur lequel ils s’étaient embarqués, une barcasse, dont le capitaine un pochtron, faisait moyennant une somme modique traverser la mare aux harengs à des locdus sans fric , avait fait naufrage quelque part entre Marseille et Bizerte !

Momo s’arrêta dévisagea la frêle jeune fille..

-Z’y va j’te connais cécolle tu laves les fringues dans la laverie de la téci Maurice Thorez ?

-Oui répondit-elle de sa petite voix tout en claquant des dents.

-T’es trop bonne kès tu fous à zoner ?

-Ma vieille m’a jetée elle croit que je kiffe trop mortel son keum…

-L’est trop relou ta remè ! Z’y va, monte tu vas zoner pour la neuille chez moi !

Un quatre pièces cuisine, des photos de chameaux sur les murs, une autre de la Casbah, et enfin le tapis en vraie fausse laine aux motifs Hispano-Arabes et vachement bien mité, jeté à terre.

Et là au milieu de la pièce les six frangins . .. Âgés de 13 à 19 ans pour Momo.

-C’est qui c’te meuf ? Demandent –ils dans un chœur parfait.

-C’est Blanche-Caille la meuf qui tient le « lav’au poids » de la téci Maurice Thorez ;

-J’te connais toi déclare Mouloud, t’es bonne ! Mes potes y t’appellent la ventouse rapport à tes extras derrière le comptoir !

-Blanche-Caille rosit un peu et bredouille un HEU… Faut bien bouffer !

-Bon allez j’vais ouvrir les boîtes de choucroute..

-Mais y’a du porc Momo ça t’gène pas ? Interroge Blanche-Caille.

-Du porc ? Qui te dit que c’est pas du ch’val ? Hein ? Nous on n’ en a rien à foutre !

Après ce repas et un film insipide à la téloche, Blanche-Caille alla se coucher, Momo la suivit… puis Mouloud, Abdel, Farid et tous les autres…

Ce fut : les sept mercenaires, la charge de la brigade légère, la neuvième porte, le trou Normand, les amants du Pont Neuf, les guichets du Louvre, le trou (film de Jacque Becker) … Sans oublier les gaietés de l’escadron , les grandes manœuvres, et peut-être même les 101 dalmatiens !

Le matin Blanche-Caille alla enfin se rafraîchir le trésor, épuisée mais ravie ! Les jeunes c’est bien connu ça fait n’importe quoi… Mais ça le fait toute la nuit !

Le lendemain elle avait les châsses en capote de fiacre et les paupières bordées de reconnaissance, elle alla à son taf comme d’hab ! Et là au beau milieu de la laverie un mec qui la renouchait depuis bien longtemps, un peu timide, il n’avait jamais osé l’aborder. Ce matin là il s’était fourré de la coke dans les naseaux, il s’était tiré une ligne et avait toutes les audaces, speedé à donf qu’il était, hardi comme un chat maigre, fébrile et tout le toutim !

-Salut je m’appelle Louis Leprince Ringard, j’te kiffe trop mortel j’voudrais qu’on s’mette à la colle ! Et pour l’amadouer il lui offrit deux doses d’héro et une pompe toute neuve !

-Oh y’a pas l’feu l’michton ! J’en ai rien à foutre de ta poudre, j’sniffe pas d’farine et j’me shoote pas, quant à ton bigorneau rabougri, tu t’le carres où tu veux, j’ai sept fois mieux à la baraque !

Ainsi vécurent heureux des petits enfants d’une pauvre banlieue et une douce jeune fille qui au lieu d’accorder sa main à un seul michton, la mit au sevice de sept chevaliers servants….

(ch'tiot crobard Andiamo)

jeudi 2 mai 2013

Tant-BourrinMes disques de légende [2] : David McNeil - "David McNeil"

1972. J'ai dix ans. Attention, là, c'est du sérieux, on attaque les souvenirs musicaux d'enfance, ceux d'un temps où la plasticité des oreilles, du cerveau, du cœur, rend les émotions indélébiles quand le four des années en fait durcir l'argile.

Un jour, un de mes frères aînés rentra à la maison avec un nouveau 33 tours qu'il venait d'acheter. Je n'y prêtai pas trop attention sur le coup : la musique était alors le cadet de mes soucis. Est-ce dès la première écoute que j'ai soudain été captivé ? Je dois avouer que je ne m'en souviens plus trop, peut-être la chose s'est-elle imposée progressivement, comme une perfusion subtile dans mes veines. Quel est le morceau qui a le premier attiré mon attention ? Là aussi, c'est le flou : l'histoire de Cynthia et du centaure ? Celle du capitaine fou qui largue ses bombes H sur une ville ? Celle des deux mille deux-cents cigarettes fumées ? Mystère.

Toujours est-il que ce disque allait vite devenir pour moi essentiel : quarante ans d'écoute et toujours la même émotion aujourd'hui.

Tout d'abord, il y avait cette pochette qui me fascinait.


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dimanche 28 avril 2013

Saoul-FifreLa nostalgie n'est plus squelettée

Dans le billet du dessous nous avons été obligés de supporter le spectacle avilissant de deux vieux chevaux de trait piémontais sur le retour qui aimeraient bien retourner dans l'écurie neuve du temps de leur vingt ans, oui mais voilà, Madame Annie remplit toujours les verres, mais l'orthographe des susdits a changé.

De l'avis de tous les charognards de cimetière, elle restait, même en ayant changé de gastos, la reine de la tortore à travailleurs car ne vous y trompez pas, sous leurs dehors lymphatiques, les vers, iules et autres cloportes ne rechignent pas devant la tache. Le lombric, par exemple, que certains pharisiens (oui, j'ai choisi de rajouter une "H", aujourd'hui) essayent d'humilier par le diminutif de "vermisseau", peut faire transiter 20 à 30 fois son volume en terre par son tube digestif.

Par jour. Gros mangeur, le ver de terre.

Extrapolé à l'échelle de Depardieu, ça fait frémir le fournisseur.

Je taquine mes compagnons mais je suis comme eux. Je me suis pris de colère en tombant là-dessus ! C'est que je m'y suis régalé et léché les doigts des dizaines de fois dans ce temple de la cuisine saine et roborative. Un must ! Une ambiance et un sens de l'accueil extraordinaire, le patron, un petit bonhomme hyperactif qui devait lever les bras pour poser les plats sur les tables, y était pour beaucoup. Et la cuisine était l'antre d'un génie. Pour des clopinettes mais il se rattrapait sur le nombre car c'était toujours bondé. Pourtant, c'est au bout du trou du cul du monde, Réveillon, mais il fallait pas insister longtemps pour nous faire faire le détour.

Alors bon j'aime le Jazz, avec le bon vieux Blues rural c'est même ma musique préférée, mais là, voir LE Réveillon, MON Réveillon racheté par un anglophone qui bourre ses clients avec du décongelé yankee, il me monte une vieille envie de recommencer Trafalgar et, à part la mort de Nelson, la fin ne serait pas du tout la même ! Bullshit !

Combien de ces endroits honnêtes, humains, chaleureux, généreux ont-ils disparu ? Véritables anti-dépresseurs et briseurs de grêves, ils donnaient envie de se lever le matin :

- Ha, on est sur Mortagne-au-perche aujourd'hui, on va pouvoir manger AU Réveillon....

- Chouette !

- Troize !

- Super, ça faisait un bail !

Que sont mes amis devenus ? Que c'est triste, Mortagne... au temps des boudins-pommes... Me voici gai comme un week-end pluvieux sur le lac Rymal et pourtant, pas plus tard que Lundi dernier, on a trouvé par hasard le même genre d'endroit préservé du temps, des modes et des indexations tarifaires.

Je cuvais mon week-end passé avec Françoise et Blutch , conduisant d'instinct, le regard plus qu'à moitié occulté sur cette A75 dont nous aimons la gratuité et les paysages grandioses. Non mais comment peut-on descendre dans le midi par cette horrible A7 ? La nationale , passe encore, à l'époque de Trénet, elle était bordée de platanes, je la lui concède, mais se farcir le monotone canal rhodanien, le tunnel de Fourvière, non merci ou alors les péages seraient là pour me rembourser le désagrément ?

Où en étais-je ? Oui, un peu après Saint Flour, la faim se faisant remarquer, je prends la sortie "Saint Chély d'Apcher", à la frontière entre Aubrac et Margeride, ça sent le terroir profond, vous ne risquez pas d'y croiser Andiamo, une carence en CO ou en SO2 est si vite arrivée, c'est qu'il lui faut sa dose quotidienne et il est pas beau à voir en état de manque, notre Agecanonix !

Enfin, je me gare entre 3 restos et l'instinct, toujours lui, que j'ai re-aiguisé toute ma vie en le frottant à celui des bêtes, me fait choisir le plus minable d'aspect. Je passe devant les 2 autres en crachant sur leur paillasson, ne me demandez pas pourquoi, je ne les sentais pas. On pousse la porte de la gargotte élue, la petite salle est pleine, 2 longues tables remplies d'habitués, que des hommes d'un chantier d'à côté sans doute, et merde, on est en retard, les prolos se mettent à table à midi dix, l'heure du pastis, d'ailleurs, tout à l'heure, quand ils se lèveront pour retourner au turbin, les plaisanteries ne manqueront pas d'être lancées vers nous : "ah yen a qui ont de la chance d'être en vacances !" ou "Venez avec nous, on vous embauche...". On s'était fait remarquer.

La patronne est un peu apeurée à l'idée de recevoir de la clientèle de passage. Des citadins ? Pire : des parisiens, peut-être ? Est-ce que je sais ce que ça mange, ces bêtes-là ? Elle nous montre quand même du menton (elle est en train d'essuyer des verres, au fond du café) une table dressée pour deux personnes, okazou. Okazou mon œil, nous étions bel et bien attendus ! Je sais reconnaitre les signes, mézigue. On s'assoit, impressionnés d'avoir été admis dans ce club sélectif. Elle s'approche, nous demande d'un air dubitatif :

- Vous ne voulez pas de potage ?

- Si si ! Avec plaisir !

Du coup elle revient, un peu rassérénée mais c'est pas encore le top et elle dépose devant nous une grosse gamelle, qu'elle nous laisse. Et puis elle essaye à nouveau :

- Et du vin, vous en voulez ?

- Ben oui, un peu, quoi...

Je me penche, je hume, putain le fumet ! On se sert largement, on goûte, c'est une soupe de patates (pour l'onctueux) avec plein d'herbes, je reconnais du pissenlit à la forme des feuilles mais ya aussi de l'ortie et peut-être de l'oseille (c'est la saison), en tout cas, ça appelle le rab'. J'empile nos deux assiettes et leurs cuillères en bout de table, comme à la cantine et elle rapplique avec un saladier de lentilles / tomates / oignons / vinaigrette. C'est frais, c'est sain, bon, quand ça sera la saison des tomates, ce sera encore meilleur, mais ne boudons pas notre plaisir, les lentilles sont vertes et viennent sans doute d'un voisin du Puy. Elle remballe nos assiettes à nouveau bien rangées au bout d...(voir plus haut) et elle rapplique avec une grosse et oblongue jatte en terre remplie d'endives braisées au jus de viande, plus 2 grosses côtelettes de porc grillées. Comment a-t-elle su que c'était mon plat préféré ? En plus elle sont parfaites, fondantes, colorées, ça c'est du mijoté au coin de la cuisinière ou je n'y connais rien. Là nous commençons à être bien calés. Le vin a un petit côté râpeux qui me ravit et qui s'harmonise parfaitement avec l'esthétique du lieu. Oui car quelqu'un de la famille est un adepte du puzzle et s'est occupé de la déco en suspendant ses œuvres au mur du bar. C'est totalement injuste mais j'ai déjà vu des enquêteurs du Michelin refuser une étoile pour moins que ça.

Le fromage arrive, non : "les" car elle nous laisse le plateau et repart, cela semble une règle intangible de la maison, tout est à volonté et elle file se cacher pour nous épargner la honte d'être regardés nous goinfrant. Cette élégance discrète dans le service, aucun grand chef primé ne la possède puisqu'ils nous flanquent de loufiats indiscrets zieutant le moindre de nos écarts de régime. Les frometons sont d'origine correcte, malheureusement le turn-over de l'endroit est tel qu'elle n'a pas le temps de les laisser vieillir autant qu'il le faudrait. Dommage, son Saint-Nectaire, son Cantal et son bleu venaient aussi de voisins sérieux. Le dessert suit, et de gros éclairs au café, à l'ancienne, arrivent dans notre assiette, loin de cette mode qui consiste à vendre plus cher ce qui pèse moins, avec une étiquette "gâteaux de soirée", "petits fours", "mini-bouchées" etc...

On demande la note : 12 € TTC par personne et tout compris.

Ça mérite bien une petite pub, non ?

Voilà, c'est ici

Vous demandez Ginette, de la part de Saoul-Fifre et de Margotte, Ginette risque de vous regarder bizarrement, mais elle vous servira comme elle nous a servis, comme des rois.

mardi 23 avril 2013

AndiamoMadame Annie

J’avais 23 ans, toutes mes dents (magnifiques au passage) et j’avais trouvé un boulot à Bagnolet, rue des Champeaux (quartier pourrave au passage)… Coup d’bol, elle existe encore, juste à côté de l’échangeur (monstrueux au passage) de la porte de Bagnolet, à côté des celle des Lilas (au passage).

C’était un quartier qui côtoyait la zone, cette frange de terrains vagues entre Pantruche et la banlieue, un no man’s land où vivotaient des marginaux, des manouches, des ferrailleurs, tout un petit peuple plus ou moins interlope : rapine, vol de matériaux sur les chantiers, etc. Un peu les gugus dans l’excellent film de Claude Sautet : « Max et les ferrailleurs » avec Romy Schneider, Michel Piccoli et Bernard Fresson… Tu te souviens ?

La boîte dans laquelle je travaillais fabriquait des embrayages hydrauliques pour bateaux et péniches. Beaucoup de déplacements, et forcément des heures sup’, des frais de déplacements à rallonge, ce qu’on appelle « la gratte », et du fric durement mais bien gagné. Heureux temps où, quand on te cassait les (couilles) pieds, tu traversais la rue et tu allais gratter en face !

Une petite boîte, une vingtaine d’employés pas plus, bureaux y compris, pas de cantine bien sûr… Alors nous allions nous sustenter dans un joli établissement (trois gerbes au guide Mi-Chemin), un gastos situé un peu plus loin…

Un rade craspouille tenue par une taulière qu’avait plus une chaille dans le clapoir, ou alors en regardant d’un peu près, deux ou trois sursitaires ! Pas grande, une gueule d’empeigne, la tignasse « tas d’rouille »… MADAME ANNIE !

Un cœur d’or, une tortore magnifique, elle nous mijotait des p’tits plats, grande gueule, mais elle nous aimait bien. De plus, elle s’occupait de deux mémées du quartier, sans famille, avec des revenus « a minima ». Elle les nourrissait le midi gratos, sans faire de schkroum ni d’esbrouffe, c’était en 1962 ou 63, les restos du cœur avant l’heure en somme !

On avait une heure pour manger et, parfois, en arrivant, elle n’était pas là ! T’avais pas intérêt à la ramener quand elle arrivait à la bourre, elle jouait aux courses, une enragée du turf ! Et les courtines, c’était sacré, gare à l’imprudent qui lui aurait fait une réflexion !

Je pense que sa thune servait plus à gaver les gaïls qu’à engranger les bénèfs, biscotte elle n’a jamais décroché le gros lot, le tocasson qui rafle la mise !

Un jour, y’a un mec qui lui susurre :

- Madame Annie, j’ai un condé, j’ai un pote qui est lad à Chantilly, il paraît qu’on pourrait acheter un bourrin à plusieurs, et s’il gagne des courses, ça peut rapporter gros !

Elle lui répond du tac au tac :

- C’est ça, on va acheter un ch’val de bois et tu veux que je paie les roulettes ?

Il y avait une bande de ferrailleurs qui venaient à la graille dans son gastos le midi, des « durs », mais des durs qui bossaient. Pas un taf pour chochotes, remuer de la ferraille, pas pour faire de la gonflette : pour bouffer, c’est tout ! Ce qu’il y avait de chouette avec ces mecs, c’est que tu savais tout de suite quand il y avait eu litige, soit avec leur taulier, soit entre eux. Ils se ramenaient le midi avec une tronche au carré !!

J’ai connu un type qui avait eu une entreprise de récup’ de ferraille, il avait une tronche de boxeur ! Je lui avais demandé s’il avait pratiqué la boxe.

- Ouais, dans la rue, m’avait-il répondu. Tu sais, quand t’as une boîte avec une vingtaine de ferrailleurs, les conflits ils se règlent à coups de poings dans la gueule !

Donc mes ferrailleurs de la rue des Champeaux venaient tous les midis chez Madame Annie, respectueux, polis et tout, ils l’aimaient bien notre « Bocuse » à nous !

Mais le plus extraordinaire, c’était sa renommée à cette brave femme.

Au moment des vacances je lui demande son patronyme afin de lui envoyer une carte postale, elle me répond :

- Pourquoi faire ? Tu écris : Madame Annie.. Bagnolet... c’est tout !

Je l’ai fait et quand je suis rentré de vacances, ma carte ainsi que pas mal d’autres était punaisée sur le mur derrière le zinc !

jeudi 18 avril 2013

Tant-BourrinL'écoulement du temps



Il sentit la chaleur dorée du soleil inonder tout son corps.

Enfin ! Il y a si longtemps qu'il attendait le Printemps. Cet hiver gris et venteux avait duré à n'en plus finir, depuis de si long mois qu'il lui semblait n'avoir jamais rien connu d'autre. Sa mémoire, toute recroquevillée de froid, n'avait pu retenir aucun souvenir des beaux jours passés.

Mais peu importait désormais puisque les nuages avaient enfin déserté le ciel, emportant frimas et bise glacée dans leurs bagages. Il huma l'air du jardin, emplit ses poumons des effluves de la vie, cette vie mi-végétale, mi-animale qui reprenait le cours oublié des choses tout alentours.

Il se sentait bien. Sa peau, si pâle - blanchâtre même - après cette longue privation de soleil, absorbait goulument les photons par chacun de ses pores, se gorgeait de chaleur jusqu'à en devenir moite.

Une jeune femme passa de l'autre côté de la haie. Comme elle était belle dans sa tenue légère, une courte robe de coton qui n'avait dû quitter l'étagère où elle hibernait depuis des mois que le matin même.

Que de merveilles l'hiver avait enveloppées de son linceul, qui renaissaient enfin à la lumière !

Tout son être était en osmose avec le monde, il avait des envies de se fondre dans la terre pour mieux en humer les fragrances retrouvées.

Détendu, relaxé, il se laissa aller au farniente, se baissa un peu, et puis encore un peu plus, pour mieux s'approcher du sol. Il finit par s’affaisser complètement, laissa sa tête basculer en arrière, pour se gaver de ciel bleu. Il sentait l'herbe sous son corps amolli, savourant cette sensation oubliée. Il se laissa aller jusqu'à n'être plus qu'un avec la nature, à se fondre dans la terre, à s'envoler dans les airs.

Il était bien. Il aimait la vie. Il s




- Maman ! Maman ! Viens voir ! Il a disparu ! Où est-ce qu'il est passé ?
- Pauvre petit ! Tu vois pas qu'on a pris dix degrés en vingt-quatre heures ? Où veux-tu donc qu'il soit passé ? Té, il a fondu, ton bonhomme de neige !

dimanche 14 avril 2013

AndiamoCourtemanche et courtes manches !

Vous connaissez le comique COURTEMANCHE ? Il nous vient du Québec, et bien il a un sérieux concurrent... Il lui a même piqué son pseudo : Courtes Manches malgré des costards hors de prix il a l'air de sortir du "décrochez-moi ça" !

Vous ne connaissez pas le "décrochez-moi ça" ? Autrefois il existait des friperies, petites boutiques dans lesquelles on vendait pour pas cher des fringues d'occase. Elles étaient pendues au plafond (comme le petit cochon) à l'aide de crochets. Et lorsqu'ils avaient choisi un vêtement, les clients s'adressant au boutiquier lui disaient désignant la fringue choisie : "décrochez-moi ça" ! Et voilà !

Le comique "COURTEMANCHE"... Qui m'a fait beaucoup rire.

.

Notre comique courtes manches... Qui ne me fait pas rire du tout !

dimanche 7 avril 2013

AndiamoRien que pour tes yeux

- Entrez, Madame Fontane, entrez !

Géraldine Fontane, jolie jeune femme, la quarantaine épanouie, entre dans le cabinet de consultations du Docteur Georges Nantais, le célèbre neurochirurgien.

A peine entrée, Georges se penche sur elle et l’embrasse fougueusement.

- Enfin toi, ma chérie… Enfin ! Comment vont tes yeux ?

- Ça empire, Georges ! D’ici un mois ou deux, ce sera la canne blanche…

- Ne dis pas de bêtises, ma chérie, je vais te soigner, tu vas guérir, aie confiance !

Géraldine est atteinte de dégénérescence maculaire aiguë, malgré son jeune âge. La rétine est très sérieusement atteinte, elle se nécrose sans que l’on puisse arrêter le processus. Georges en est conscient, n’est-il pas le meilleur chirurgien ophtalmologiste de Paris ? Il rassure sa patiente qui est également sa maîtresse.

Ils se sont connus il y a tout juste un an. Elle était venue consulter pour des troubles de la vision. Au début, Georges pensait qu’à la quarantaine, des petits problèmes de presbytie pouvaient en être la cause. Leur goût commun pour le cinéma ancien les avait rapproché. Ainsi, chaque fois qu’ils le pouvaient, ils se rendaient dans le quartier latin, rue Champollion. Là, dans les petits cinémas, ils revoyaient pour la énième fois les films de Luis Bunuel ou de Losey. De films en terrasses de cafés, l’amour était né, violent, passionné.

Pourtant, Georges avait dû se rendre à l’évidence, la vue de sa bien aimée baissait de façon inquiétante. Des examens plus approfondis avaient révélé l’affreuse vérité : Géraldine devenait aveugle !

- Tu sais, ma chérie, nous avons encore un recours : la transplantation.

- Tu veux dire une greffe à partie d’un donneur compatible ?

- Oui ! J’y travaille depuis de nombreuses années. J’ai réussi plusieurs fois avec des chimpanzés et, sans vouloir t’offenser, ça a parfaitement fonctionné. Serais-tu prête le cas échéant à tenter l’expérience ?

- Avec toi, mon amour, tout ce que tu voudras…



- Bonsoir Madeleine ! Comment se sent ma petite femme aujourd’hui ?

- Mal, très mal ! Ces migraines ophtalmiques qui ne cessent d’empirer, c’est à devenir folle, et malgré le traitement que tu me donnes ça ne cesse de s’aggraver. Tu sais, Georges, tu ne serais pas le meilleur spécialiste européen, il y a longtemps que j’aurais consulté quelqu’un d’autre !

- Allons, ne dis pas de sottises, tu es en bonnes mains, et je vais m’occuper encore longtemps de ces jolis yeux verts. Je vais t’instiller un nouveau produit, c’est nouveau, ça nous vient des États-Unis, ce produit n’est pas encore sur le marché en France, tu connais la lenteur des procédures. Il fait paraît-il des petits miracles sur des cas semblables au tien.

De gouttes en pommades, il a fallu se rendre à l’évidence, le glaucome diagnostiqué par Georges empirait… L’énucléation était inévitable.



Les semaines puis les mois ont passés. En ce beau jour de juin, Georges Nantais est debout dans la cour d’honneur de Élysée. Il va être fait « commandeur » de la légion d’honneur par Monsieur le président de la République en personne ! Georges est le premier chirurgien a avoir tenté et réussi une transplantation des deux yeux.

Géraldine, l’heureuse bénéficiaire de l’acte chirurgical sans précédent, est là, très fière et heureuse à la fois. C’est son amant qui va être décoré, et elle assistera à la cérémonie avec des yeux tout neufs ! De jolis yeux verts, comme toutes les femmes en rêvent.

Près de Georges, Madeleine son épouse, les paupières closes sur des orbites vides, cachées par de grosses lunettes noires, une jolie canne blanche finement travaillée à la main….

(ch'tiot crobard Andiamo)

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