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lundi 22 octobre 2012

Saoul-FifrePremière lettre

Par quels chemins tordus en vient-on à l'écriture, quels soupirs silencieux sont déjà en germes dans les cris, quelle entité a décidé et dans quel recoin qu'il vous faudrait salir du papier pour ralentir un peu votre chute ?

Très tôt compagnon de moments d'évidence, les mots me semblèrent des portes incontournables à qui se sentait l'âme pirate, avide d'arracher charnières et secrets aux coffres à trésors sémantiques et curieuse de pierres brutes à retailler en bijoux. Mes yeux, habitués à glisser sur les ombres et les choses de peu, restaient agrippés à ces signes d'origine supra-naturelle. Leur diversité de forme, de taille, de couleur dénotait leur importance et leur complexité. Il y avait une volonté derrière ces bitognots abscons. On les avait déposés là pour combattre le hasard, pour lancer des messages, des ordres, de l'espoir. Ceux-là même qui prenaient de leur temps pour graver ces lettres minuscules sur leurs supports si minces et si fragiles sous mes doigts ne mesuraient sans doute pas assez leur importance incroyable que je ressentais parfaitement, moi, du haut de mes deux ans révolus.

Je n'eus dès lors de cesse de faire cracher à mes géniteurs l'intégrale de leurs connaissances au sujet de tous ces gribouillis trainant dans la corbeille du courrier, sur les tables de nuit, sur nos étagères soutenant des pavés poids-plume, mais aussi à l'extérieur du nid, dans l'immensité du monde, gravés sur les frontons des monuments, sur les panneaux indicateurs de routes, les placards publicitaires, les véhicules d'entreprises et les journaux pour enfants que très tôt je préférai aux friandises glucosées du vulgus. Vous connaissez des parents, vous en êtes peut-être vous mêmes, j'en suis un, imaginons-les sans peine se valoriser en répondant avec systématique à ma soif de culture littéraire. A cette allure, je n'eus pas besoin de l'école obligatoire pour acquérir mes fondamentaux. Cela tombait impec car mon pays était en guerre et il était très dangereux d'aller à l'école, cela impliquant de marcher devant des magasins susceptibles d'être plastiqués

Ma mère devenant ma maitresse, et mon père, ravi de me voir si passionné, nous apportant son concours, mon œdipe fut aisément résolu.

Ils me révélèrent les possibilités sans limites de l'Ecriture un soir de décembre. Il suffisait que j'écrive à un nommé "Père Noël" pour recevoir les objets de mes désirs les plus fous. Technique marketing très en avance pour son époque, prenant pour postulat de base une absence totale d'esprit critique chez le consommateur-cible, mais d'une efficacité redoutable. Je ne me souviens pas avoir mis autant de cœur dans une lettre depuis. Comme on m'avait parlé d'un "pays du Nord" comme habitat d'origine du mécène en question, je prévins tout risque d'erreur de traduction ou autre en doublant mon texte de dessins au réalisme suffisant. Je fis admirer mon œuvre à mes parents, nous la fîmes bruler dans la cheminée pour qu'elle "monte au ciel", ça puait le mythe païen récupéré par son cureton et je reçus effectivement en retour ma panoplie de cow-boy avé le colt et le lasso. Un vrai tour de prestidigitation qui eut une grosse influence sur mon destin.

Ainsi ces hiéroglyphes, même réduits en fumée, n'existant plus que dans ma mémoire, pouvaient s'incarner, participer à la réalisation de rêves, donner du bonheur. Un stylo entre les doigts, je tenais donc là la baguette magique au pouvoir absolu.

vendredi 19 octobre 2012

Tant-BourrinMa petite méprise... (2)

Tiens, cela fait quelques semaines que je ne vous ai pas parlé de contresens ou de malentendus sur des chansons.

Hein ? Pardon ? Vous dites ? Cela fait six ans ?... Mon dieu, comme le temps file ! :~)

Mais baste, j'en remets une petite louchée...

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mardi 16 octobre 2012

AndiamoVariations sur un même thème

L’autre jour, je cherchais dans internet « GIGER » le génial dessinateur Américain d’Alien. Ils ne font pas que des conneries, ces Américains, surtout quand ils ne se mêlent pas de politique.

Quel talent ce GIGER, il réussit à rendre « organique » ce qui est mécanique et lycée de Versailles comme disait ce cher Alexandre-Benoît.

J’ai vu « Alien » à sa sortie au cinéma « Berlitz » en 1979, Boulevard des Capucines. Ne le cherchez plus, il a été rasé, remplacé par une ou deux salles minables. Andiamette m’accompagnait, elle a passé la séance le visage caché contre moi, une pétoche pas possible, depuis impossible de l’emmener voir un film un peu trouillomètrogène. Je pense que la première dose a été trop forte, j’aurais dû l’initier « en douceur »…

Quand la bestiole sort du thorax de l’un des passagers, toute la salle a crié, puis dans les trois secondes suivantes elle a ri, un peu honteuse de la surprise sans doute… Trop tard ai-je pensé, « il » nous a baisé, Ridley Scott, il nous a fichu une sacrée pétoche !

Ce film est une sacrée réussite, dans le premier volet on ne voit jamais la bestiole en entier, juste une silhouette à un moment au détour d’une coursive. Il faut faire preuve d’imagination pour la reconstituer entièrement. Le talent c’est ça : suggérer, laisser la part belle à l’imagination, c’est un peu comme la montée des marches avant l’amour !

Alors il m’est venu une petite idée, mettre cet « Alien » là dans diverses situations, agiter le tout et regarder ce qui en sort.

Toute ressemblance avec des personnages.... GNA GNA GNA GNA GNA, ne serait pas forcément fortuite.

(Ch'tiots crobards Andiamo 2012)

samedi 13 octobre 2012

Saoul-FifreOn le fera pas tout

"Ho le travail, le travail, Monsieur Emile..." disait une de ses ouvrières agricoles à mon défunt beau-père, "... : on le fera pas tout !"

Voilà qui était finement philosophé et, des années plus tard, moi qui me veux en ces lieux un mainteneur de mémoire et un militant de l'exemplarité, je peux en toute honnêteté me retourner vers le passé et confirmer les prévisions de cette brave dame : tout le travail n'a pas été fait et cela n'a en rien empêché la Terre de virer sa cuti, le Soleil de nous chauffer de plus en plus le teston et la robe de nos cuvées, ouf, de rutiler toujours autant.

Travailler, c'est trop de hure , comme grognent mes voisins sangliers, et vos laids, c'est pas beau, qu'est-ce que vous croyez, je connais mes classiques : Le travail, c'est lassant, té ! , j'ai été bercé de tubes importants, Mais scie pas trop sans oublier Le tank aux corses ou bien Au Darty, peut-être... du regretté Fernandel qui aura beaucoup donné de la voix pour la cause des fainéants.

Le travail n'est pas fait pour l'Homme, mesdames et messieurs, et la meilleure preuve de ceci, je n'en exige pas d'autre, c'est que ça le fatigue !

N'oubliez jamais que "travail" nous vient étymologiquement de "trépalium", cruel instrument de torture romain à trois pals dont nous nous serions bien passé, déjà qu'un seul..? Dieu lui-même, toujours aussi excessif, injuste et mégalo, au lieu de tout simplement priver Eve de sa prochaine sortie-soldes pour sa petite désobéissance, a carrément condamné toute sa descendance, c'est à dire nouzigues, à bosser comme des cons toute notre vie à la sueur de nos fronts.

Ou de nos culs en cas de promotions-canapé.

Enfin, quoi, au lieu de se prélasser à poils sous les palmiers du Paradis, plein de meufs et de mecs gironds à portée de pogne, on a écopé de perpète avec travail obligatoire en cellule si tu veux cantiner et pas crever la dalle.

Normal de chercher à s'évader, non ?

Ben non, tu trouveras toujours des garde-chiourmes pour venir te susurrer dans l'oreille que c'est pour ton bien qu'ils te font fabriquer des confettis et dormir sur une planche en bois.

Y en a même qui te l'envoient dire avec des fleurs et un beau papier-cadeaux

lundi 8 octobre 2012

La PouleSavoir bien vivre

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mercredi 3 octobre 2012

Tant-BourrinCyber-Sex Friend™ ou l'art de la cybernétrique

- Bonjour ! Monsieur Yannick Bourantrint ?
- Heu… Oui, c’est bien moi.
- Service de livraison, j’ai un colis pour vous.
- Ah, d’accord ! Je vous ouvre, c’est au huitième étage, porte de gauche.

Une minute plus tard, la sonnette de la porte fit écho à celle de l’interphone. Le livreur apportait une énorme caisse, posée sur un diable.

- C’est votre commande à Sex Robo…
- Heu… Oui, oui, c’est bon, c’est bon ! répondit Yannick Bourantrint en virant subitement au cramoisi.

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jeudi 27 septembre 2012

AndiamoChauguise et Miss Pinddleton

- Ah, bien sûr, il est plus facile de s’en prendre à une pauv' fille qui vient tout juste de retrouver son fiancé qu’à un malfaisant qui s’en prend aux rombières !

La tapineuse qui répond ainsi à Chauguise vient d’être coffrée par la ronde des flics en kébourre, rue Quinquampoix… (pour les bouseux, la rue Quincampoix est située dans le quartier Saint-Merri, le cloître Saint-Merri, près de l’actuel centre Pompidou, mais en 1954, point de centre Pompidou.) Une description de la donzelle : un mètre soixante-quinze sans talons, un mètre quatre-vingt-trois sur ses escarpins, bas résilles noirs sur un string rouge. Pour le haut ? Une veste de cavalière en velours noir et c’est tout… Ah oui j’oubliais, coiffée d’un chapeau gibus et, dans la main droite, une cravache ! (cette brave fille a existé, je le confirme)

(ch'tiot crobard Andiamo)

- Dis donc Totoche, tu t’fous d’ma gueule, t’allais à Longchamp sapée façon écuyère ? J’te connais : Madeleine Cagnolle, née à Levallois le 14 Juillet 1931, et domiciliée rue de la Pompe, dans le XVIème. Décidément, ça ne te lâche pas !

- Mais ça n’est pas pour raccolage qu'on t’a arrêtée, y’a un gus qui a porté l’pet pour coups et blessures.

- J’vois de qui que vous voulez causer, commissaire, un rouquemoute qui m’avait invitée au gastos. J'demandais pas la Tour d'Argent ni Maxim's, mais alors un mec de la grinche comme ça, j'avais jamais vu ! Y m'a emmené chez Maurice, le troquet rue Rambuteau. Il s’était pas foulé ce pingre : une blanquette, un claquos pas d’la première fraîcheur, et une crème aux œufs en guise de dessert, une gauldo mal roulée, le tout arrosé avec un pichet de rouge genre treize degrés de déménageur ! Et avec ça, il croyait qu’il allait accrocher les jambons au clou gratos ! Non mais des fois, il en faut un peu plus pour retourner Mado. Alors il s’est mis à m’insulter, ce hareng, même qu’il a prié ma mère d’aller subir les derniers outrages !

- C’était pas une raison pour lui enfoncer ton talon Louis XV dans le pif, Mado !

- Louis XV qu’il s’appelle, mon talon ? J’savais pas, d’autant mon commissaire que ma pompe elle est foutue, des tartines à dix sacotins ! Vous vous rendez compte ? Du krokrodile, du vrai !

- Bon, allez, signe ici et casse-toi, Mado, j’vais arranger l’coup une fois de plus.

- A propos de coup, mon p’tit Chauguise, pour toi j’te l’ferai toujours au béguin !

- Merci ma grande, très peu pour moi !

- Dommage...

- Un service en valant un autre, t’aurais pas un p’tit condé sur l’enlèvement du môme Michemin, tu sais, le fils du magnat des pneus du même nom ?

- Tu sais, Chauguise, dans l’milieu que j’fréquente, y’a pas de tordus qui s’en prennent aux mômes. Aux banques, oui, mais pas aux gamins, et j’suis pas une balance ! Mais une enflure pareille, j’hésiterais pas une seconde à lui coller mon deuxième talon dans sa tronche de gail...

- Merci Mado, si par hasard tu apprenais…

- Bien sûr, Chauguise, bien sûr.

Depuis trois jours, le 36 est en effervescence : Edmond Michemin, l’héritier de l’empire du pneu a été enlevé. Un gamin blondinet âgé de quatorze mois, kidnappé en plein après-midi au jardin du Luxembourg. Sa nurse Anglaise s’était absentée une minute à peine, afin de lui acheter un ballon rouge au kiosque tout proche. Il faut croire qu’elle était surveillée, car le kidnapping s’était fait en un temps record.

Le soir même, Alexandre Michemin recevait un coup de téléphone lui réclamant la somme rondelette de 100 millions (anciens francs en 1954) en petites coupures et, en cette année 1954, cent briques, c’est quelque chose ! Pour avoir une idée, sachez qu’une deux chevaux coûtait 350 000 francs (toujours des francs anciens).

- Dugland !

Chauguise vient d’appeler son jeune adjoint. Quand ce dernier le rejoint, le patron vient d’allumer sa « Boyard » papier maïs, qui fouette vilain. Julien a un rictus en respirant la fumée de l’infâme cibiche.

- Putain, tu vas pas jouer les chochotes ! Bon… Ça a donné quoi les écoutes téléphoniques chez les Michemin ?

- Rien de plus que ce que vous avez entendu, patron… On attend qu’ « ils » se manifestent à nouveau, qu’ « ils » indiquent un lieu de rendez-vous pour remettre la rançon. Cent plaques, tout de même, ça fait une somme !

- Ouais, mais un môme, ça n’a pas de prix. Bon, on va bouger. Tu vois, Dugland, ce qui me bouffe le plus, c’est c’t’attente, attendre le bon vouloir de ces ordures.

La quinze chevaux Citroën les a conduit au 17 de l’Avenue Victor Hugo, dans le très chic et très rupin XVIème arrondissement.

Nos duettistes ont sonné. Un majordome très digne et très coincé dans son gilet jaune et noir leur a ouvert.

- Qui dois-je annoncer ? a-t-il proféré du bout des lèvres, tout en jetant un regard méprisant sur la « Boyard » éteinte, collée à la lèvre supérieure de notre commissaire préféré.

- Tu dois-je annoncer LE Commissaire Chauguise, toi le zèbre, et quitte cet air con tout de suite, biscotte tu me gonfles… Cappice ?

Un peu décontenancé, le majordome les a drivé jusqu’au salon. Madame Michemin est effondrée dans un fauteuil Voltaire, elle tamponne constamment ses yeux gonflés et rougis. Sur la banquette Louis-Philippe se tient Madame Michemin mère, style vieille douairière. S’adressant à sa belle-fille :

- Un peu de tenue, Gladys, nous avons tous de la peine, il est inutile de se donner en spectacle.

Levant ses yeux mouillés de larmes, la Gladys en question lui répond :

- Foutez-moi la paix, vous et vos bonnes manières, je vous emmerde ! Et puis d’abord, j’en ai marre de ce prénom dont vous m’affublez, je m’appelle Georgette et non Gladys, c’est compris ? Sur ce, elle se lève et s’enfuit en courant.

- Excusez-la, Monsieur le commissaire, le chagrin la bouleverse…

- Elle me plaît à moi, cette petite, déclare Chauguise l’air goguenard. Ecoutez, Madame, je souhaiterais revoir la nurse, mademoiselle… Euh…

- Cathy, Cathy Pinddleton. C’est une Anglaise, de Londres. Une perle, elle a servi un temps à Buckingham Palace, pensez donc.

- Je pense, chère Madame, même que je ne fais que ça ! Je pourrais lui parler ?

- Elle se repose actuellement : le choc, vous comprenez. Nous ne lui en voulons pas, mais tout de même elle avait en charge notre cher Edmond, L’HERITIER, vous comprenez ?

- Bien sûr, je comprends, Madame. Dans ce cas, dites-lui qu’elle passe au 36 demain matin, disons neuf heures, ça ira ?

- Oui, Monsieur le commissaire, Lucien notre chauffeur la conduira.

- Parfait, il ne nous reste plus qu’à prendre congé.

Chauguise s’incline légèrement devant la douairière puis fait demi-tour, Julien sur ses talons.

Le larbin se précipite afin de leur ouvrir la porte. Au passage, Chauguise lui lance un regard noir. Puis c’est le retour à petite allure : l’Avenue Victor Hugo, la Place de l’Etoile, un à droite en douceur (pour une fois), la descente des Champs Elysées. En cette année 1954, un film à l’affiche : « La Rivière sans retour » d’Otto Preminger, avec Robert Mitchum et l’inoubliable Marylin.

(Dans sa grande bonté, BLOGBO vous a dégotté l'affiche)


-Elle est magnifique, cette Marylin, soupire Julien en passant devant le cinéma Normandie.

- N’oublie pas que t’es fiancé, enchaîne Chauguise, tu veux que j’en parle à Juju ? ajoute-t-il, un petit sourire au coin des lèvres.

Ils traversent la place de la Concorde et emmanchent le quai des Tuileries, longent les façades bien noires du musée du Louvre, pas encore nettoyées sur l’initiative d’André Malraux (vous n’avez pas connu le Paris « crado » d’avant la Vème République… Moi si !) Arrivés au pont Neuf, Chauguise lance :

- Continue un peu, Dugland, j’ai besoin de réfléchir….

Plus loin il se confie à Julien :

- Tu vois, Dugland, y’a un truc qui me chiffonne, j’sais pas quoi, mais y’a un trruc qui ne colle pas.

De retour au 36, Chauguise a expédié les affaires courantes. Rentré chez lui, Juliette sa fifille adorée lui a préparé un gratin Dauphinois.

- T’es une perle, ma Juju, je m’demande si Julien te mérite vraiment ?

- Papa ! a protesté Juliette.

- J’te fais marcher ma grande, c’est sans doute que je suis un peu jaloux !

Le lendemain, Chauguise se rend à l’usine. Dans le couloir menant à son bureau, il voit assise sur le banc une femme d’environ trente-cinq ans, affublée d’une tenue de nurse digne du début du siècle. Longue jupe grise, corsage blanc immaculé, une grande pèlerine bleu marine tenue par deux bretelles croisées devant et, sur la tête, un bonnet blanc.

Etonnant contraste : juste à côté, entre deux flics à bâtons blancs, …. Madeleine Cagnolle, dite Mado, la prostipute en tenue de combat, coiffée de son improbable gibus.

- Encore toi ? Qu’est-ce que t’as ENCORE fait Mado ? Emmenez-la moi tout de suite dans mon casino, dit-il en s’adressant aux deux lardus.

Mado s’est installée, croisant haut les jambes.

-Bon, repos Mado, tu fais des heures sup' ou quoi ? Qu’est-ce que t’as fait ?

L’un des flics répond à sa place :

- Elle a agressé un de ses clients en lui flanquant un coup de cravache dans l’œil, il est actuellement aux quinze vingt, pour un examen.

- Ouais, ben tu sais, mon p’tit Chauguise, c’est l’aut’ endoffé qu’est rev’nu à la charge après le coup d’talon que je lui avais flanqué. Il a voulu se venger, il m’a alpaguée, j’ai dû m’défendre, mon p’tit commissaire. Alors il a morflé un coup d’cravache dans la tronche. Légitime défense en quelque sorte !

- J’espère pour toi Totoche qu’il na va pas perdre une gobille, parce que là : t’es mal barrée !

- Dis donc, Chauguise, qu’est-ce qu’elle a fait la môme « Pipe Line » (prononcez à la française) qu’est là sur le banc ? Elle donne dans les « spécialités » déguisée façon bonne sœur ?

- Qui ? Quoi ?

- Ben… La frangine qu’était assise à côté de moi ! Elle tapinait autrefois rue Brise Miche, devant Saint-Merri ! C’est une British, c’est pour ça qu’on l’avait baptisée « Pipe Line » rapport à sa spécialité et ses origines English.

Chauguise s’est levé d’un bond, il passe la tête dans le couloir et aperçoit la nurse en question.

- Mademoiselle ?

L’interpellée lève la tête.

- Vous êtes ?

- Miss Cathy Pinddleton, je suis la nurse employée chez Madame et Monsieur Michemin. Vous m’avez convoqué ce matin, ajoute-t-elle avec son petit accent à bouffer des harengs à la crème Chantilly,et son visage constellé de taches de rousseur.

- Venez dans mon bureau, Miss Pinddleton.

La Miss s’est levée, à son arrivée dans le bureau, Mado l’a regardée bien en face.

- Salut la môme « Pipe Line » ! Alors tu fais dans les spécialités à c’t’heure ?

- Je ne vous connais pas, a répondu la Miss d’un petit air pincé.

- Ben merde, t’es gonflée, à un moment on t’appelait même « la ventouse », vu que ta spécialité, c’était la turlute de portes cochères. Faudrait pas m’prendre pour une cinglée, j’ai pas une araignée dans l’beffroi ! Tu sais, même sapée façon bonne sœur, j’t’ai retapée tout d’suite : une tronche comme técolle avec des taches de rousseur comme si t’avais pris un coup d’fusil chargé à la merde, ça s’oublie pas….

La môme Cathy a bredouillé une phrase inintelligible. Chauguise a renvoyé tout le monde, en promettant une fois de plus à Mado qu’il allait essayer d’arranger le coup. Seule Miss Pinddleton est restée.

Un coup d’gueule ou deux et elle s’est allongée. Avec l’aide de son mac, Bébert dit « la chapelure », ils ont mis au point ce qui devait les mettre à l’abri pour quelques années. Bébert le « fiancé » kidnappait le bambin, avec la bénédiction de la nurse, ensuite ils réclamaient une rançon. Une fois le fric encaissé, ils s’offraient un joli cottage dans la banlieue de Londres. Et Miss Pinddleton aurait assuré les revenus du ménage en s’agenouillant devant les portes cochères.

Le gamin fut bien sûr retrouvé sain et sauf, gardé par un couple de copains de Bébert "la chapelure", dans un pavillon de la banlieue nord.

Le soir même, Julien était invité chez son patron en compagnie de sa fiancée. De la tenue ce Julien, il a apporté une bouteille de Château neuf du Pape 1942.

- Le hasard fait bien les choses tout de même ! Vous vous rendez compte, patron ? La nurse qui se trouve juste à côté de Mado, quel coup de bol ! Dites voir, son protecteur, pourquoi on l’appelle « la chapelure » ?

- Ah ça, je vais t’expliquer, Dug… Julien : c’est à cause des pellicules qui lui tombent sur le veston. Au bout d’un moment, il ressemble à un pied d’cochon pané !

- Ah la vac… !

- Cause correctement, Dug… Julien il y a une jeune fille à table !

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