Blogborygmes

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mardi 28 novembre 2006

ManouOn ne peut vraiment se fier à personne



Ingrédients :

7 tomates italiennes en poudre
1 tube de crême de jour
2 orchidées blanches du jardin botanique de Singapour
1 calendrier GEO
1 poignée de porte
2 chats siamois

Préparation :

Vous êtes dans un des couloirs gris de votre entreprise. Vous parlez boulot avec un chef de projet quand un autre chef de projet sort de son bureau et se mêle à la conversation. Sans que vous vous en rendiez compte, le ton monte nettement entre les deux hommes. Avant qu’ils n’en viennent aux mains, faites diversion, sortez de votre poche une crème hydratante et étalez-en un peu sur le visage du chef de projet le plus énervé. Cette marque d’attention ne manque pas de calmer les esprits. On peut même dire que cela jette un froid.

Le second chef de projet vous arrache le tube de crème et court se réfugier aux toilettes. Ne cherchez pas à savoir ce qui peut s’y passer ensuite. Vous vous feriez mal. Lancez simplement vos deux chats siamois aux trousses de la crême infidèle. Ils sont dressés pour aboutir quoiqu’il arrive. Alors, évidemment, quand ils reviennent la queue basse en vous assurant que votre crème a choisi le meilleur parti, il ne vous reste plus qu’à sniffer de la tomate italienne en compagnie du premier chef de projet.

La poudre de tomate italienne a ceci de particulier qu’elle se consomme accompagnée d’orchidées blanches du jardin botanique de Singapour réputé dans le monde entier pour ses somptueuses espèces d’orchidées de toutes les couleurs. Le climat tropical de la région, chaud et humide convient parfaitement à … Mais stop, vous vous égarez dans l’éphéméride GEO du chef de projet. Ce dernier pleure maintenant à chaudes larmes sur votre épaule.

Ce n’est pas comme ça que votre crème hydratante reviendra à de meilleures dispositions. Clore donc délicatement cette intermède de confidences. Rappelez vos chats siamois qui en ont profité pour déchiqueter la portes des toilettes et prenez dignement la direction de la sortie. Avant de rentrer, achetez un nouveau un tube de crème à la pharmacie. Il faut savoir tourner la page.

Suggestion :

- Vous pouvez ne pas utiliser de poignée de porte.

lundi 27 novembre 2006

Tant-BourrinLe voeu

Simone était simple et aimante. Née dans un milieu modeste, élève effacée, adolescente timide, sa vie fut celle, sans éclat, de millions de jeunes femmes après-guerre : elle commença à travailler en usine, se maria jeune et eut trois enfants. Rien de bien romanesque, non, juste l'existence ordinaire d'une jeune fille devenue femme puis mère et qu'une rude condition d'ouvrière n'excluait pas d'une certaine forme de bonheur.

Car Simone était plutôt heureuse. Malgré la fatigue, malgré le manque de temps, malgré le diable tiré par la queue, elle trouvait l'harmonie dans le cocon de sa famille : elle aimait profondément son mari, adorait ses enfants, avait gardé des liens très forts avec ses deux soeurs, et tous le lui rendaient bien. Et malgré l'usure des années de labeur, elle tint le cap de son amour tranquille.

Les enfants, comme tous les enfants, grandirent. Vint le temps où, l'un après l'autre, ils quittèrent le nid familial pour aller à leur tour vivre en couple. Simone, bien sûr, en fut un peu affectée, mais leur bonheur passait avant le sien et puis elle allait pouvoir vivre de nouveau en amoureux avec son René de mari.

Le destin ne lui en laissa hélas pas le loisir : René mourut prématurément d'un cancer généralisé à l'âge de 54 ans, laissant Simone désespérée.

Et tout l'amour que lui prodiguèrent ses trois fils, comme en écho à tout celui qu'elle leur avait donné dans années durant, ne fut pas de trop pour l'aider à surmonter ce terrible déchirement. Ce fut long, ce fut noir, ce fut douloureux. Simone ne fit jamais le deuil de son mari - peut-on jamais faire le deuil de quelqu'un que l'on a profondément aimé ? - mais le temps finit par rendre la peine moins vive, moins purulente. Les souvenirs qui lui venaient à l'esprit finirent par être ceux des jours heureux, qui la faisaient sourire, sans que ne viennent immédiatement s'y superposer la vision de la face cireuse et sans vie de René.

Simone avait beaucoup pensé à la vie, à la mort. La vie ? Elle déboulait de nouveau en force : en quelques années, quatre petits-enfants s'étaient posés en douceur dans l'édredon moelleux de son amour. La mort ? Elle était toujours présente dans un coin de son esprit, elle s'y préparait déjà, même si elle la souhaitait la plus lointaine possible. Tout ce qu'elle espérait, disait-elle souvent, c'était de mourir entourée de ceux qui l'aiment. Ses fils protestaient, disaient "voyons, ne parle pas de ça, Maman !", mais elle insistait. "Mourir entourée de ceux qui m'aiment, disait-elle, quelle belle mort cela doit être. Hélas, votre pauvre père n'a pas eu cette chance, lui qui est parti seul à trois heures du matin dans cet hôpital gris"...

L'âge de la retraite finit par sonner. Simone pu certes s'occuper plus encore de ses petits-enfants, mais elle, qui toute sa vie durant n'avait pas eu une seconde à elle, se retrouva désemparée de tout ce temps qui lui était désormais donné et qu'elle ne savait comment combler.

Deux ans encore s'écoulèrent, jusqu'à ce Noël où ses trois fils lui firent un cadeau incroyable : alors qu'elle n'avait jamais quitté la France de sa vie, ils lui offraient un safari-photo au Kenya. Simone en fut émue jusqu'aux larmes. Ses fils ne s'étaient pas trompés : ils savaient l'attrait de leur mère pour les documentaires animaliers, pour ces bêtes sauvages magnifiques dans des paysages de savane somptueux.

"Vous êtes fous, il ne fallait pas !" Simone embrassa tout son petit monde avec chaleur, fils, belles-filles, petits-enfants. "Merci, merci, merci !". Et, bouleversée par tant d'amour, elle se dit encore une fois, dans une prière intérieure, "le jour où je mourrai, mon Dieu, faites que ce soit entourée de ceux qui m'aiment"...

Le voyage, quelques semaines plus tard, ne fut pas de tout repos : les fils ne roulaient pas sur l'or eux non plus et, même en s'y mettant à trois, ils avaient dû se rabattre sur un séjour à bas prix avec voyage en avion charter et organisation quelque peu indigente sur place.

Mais, malgré le trajet épuisant, malgré l'hôtel peu reluisant, malgré les guides désinvoltes, elle profitait de chaque seconde comme s'il s'était agi d'une éternité. Peu lui importait le flacon du tour operator pourvu qu'elle ait l'ivresse de l'Afrique !

Et quand, après trois heures passées dans un bus bringuebalant en compagnie d'une quarantaine d'autres touristes low cost dégoulinants de sueur, elle aperçut son premier lion, son coeur fit comme un salto arrière de joie dans sa poitrine. Elle n'avait plus soixante-deux ans, elle en avait dix ! C'était les images de ses livres d'école qui s'animaient sous ses yeux. Pour de vrai.

Oh, bien sûr, le lion était loin, bien loin là-bas, mais il paraissait si proche dans sa paire de jumelles. Et elle en vit un autre, et puis encore un autre. Toute un clan, allongé dans l'herbe. Elle en pleurait presque d'émotion.

Ce fut le guide qui la ramena sur terre : "je vous laisse encore cinq minutes, et puis on repart. Il ne faut pas traîner si on veut être de retour à Nairobi avant la nuit". Le bus s'étant garé à la lisière d'un gros bouquet d'arbres, la plupart des safaristes allèrent s'y soulager la vessie à l'abri des regards. Simone, que des troubles intestinaux perturbaient depuis deux jours, s'avisa qu'il serait sûrement préférable d'en faire autant.

Cela lui prit plus de temps que prévu. Et ses tripes, pourtant déjà tordues par la douleur, se nouèrent plus encore quand elle entendit le bruit du bus qui redémarrait. Oubliant toute pudeur et toute hygiène, elle se redressa et courut du plus vite qu'elle pouvait. Mais, revenue à la lisière du bouquet d'arbres, elle ne vit plus le bus. Ou plutôt, si : c'était ce petit point jaune, là-bas, au loin, qui s'éloignait dans une nuée de poussière.

Simone, interloquée, la lèvre tremblante, se remit à courir dérisoirement sur la piste, faisant en même temps des moulinets désespérés de ses bras. Mais, bientôt, elle sentit un point de côté, son souffle se fit court. Elle s'arrêta, le regard perdu, pétrifiée de terreur. Plus de bus. Plus rien. La savane. Et elle au milieu. Seule.

Seule ? Non, pas vraiment. Un bruissement derrière elle.

Elle eut à peine le temps de se retourner pour apercevoir la lionne qui lui bondissait dessus, avant de s'écrouler lourdement sous le poids des 150 kg rugissants du fauve, vite rejoint par le reste du clan.

Les dernières images que Simone emporta dans la mort furent celles d'un bout de ciel africain et de crocs rougis de son propre sang.

Toute sa vie, elle avait ardemment souhaité mourir entourée de ceux qui l'aiment. En regardant le clan des lions allongés au soleil autour des restes de Simone et se pourléchant encore les babines après leur repas, qui pourrait dire que son voeu n'avait pas été exaucé ?

dimanche 26 novembre 2006

Saoul-FifreLa salle des pas perdus pour tout le monde

Dans la salle d'attente de ton cœur
Je suis rentré, me suis assis
Mon train partira tout à l'heure
Je préfère rester ici.

Sur la vitre, les fumées s'incrustent
Le gris est partout dans cette gare
Sauf dans tes yeux grillant les miens
Je préfère rester ici.

Le froid se faufile sous la porte
La chaudière est morte mais qu'importe
Une douce fièvre est à nos fronts
Je préfère rester ici.

Les affiches invitent à la fuite
Mais sur tes lèvres, il y a
Des parfums d'onde et de pyrite
Je préfère rester ici.

Dans la salle d'attente de mon cœur
Tu es rentrée, me suis durci
À de voyages cajoleurs
Je veux que tu m'inities.

samedi 25 novembre 2006

ManouPacifier



Elle connaissait Paris comme sa poche et savait s’y promener jusqu’au petit matin.
H est morte d’un cancer l’année dernière.
Je ne l’ai su qu’hier.

Elle avait beau être fluette, H savait calmer, canaliser notre violence.
Elle disait : « Chacun a sa douleur. Si tu flanche ou si tu n’y crois plus, si la tristesse s’installe, reviens au geste simple, au quotidien. Dis-toi la variété, le foisonnement, dis-toi la multitude. Sors, marche, franchis ta peur, vas au contact. ».
Toujours en quête. Sur le fil du rasoir. A la fois douce et décidée. Téméraire. Jamais rancunière.
La tendresse irradiait de ses gestes.

Pour voir, elle n’avait plus qu’un œil valide. Ainsi qu'un sens inné de l’autre.

vendredi 24 novembre 2006

Tant-BourrinPetit guide de survie pour réunions mortelles

Ce billet s'adresse à vous, frères de souffrance, qui travaillez comme moi en entreprise et avez régulièrement à vous fader de ces réunions bubble-gum, informes, interminables, sans intérêt, gluantes, durant lesquelles quelques-uns s'écoutent dégoiser sans fin une logorrhée byzantine pendant que les autres s'efforcent désespérément de laisser s'écouler des heures filandreuses au possible.

Oui, amis de misère, vous ne savez pas comment occuper votre esprit au mieux pendant cette quasi-éternité que sera votre prochaine réunion - inutile - de service et vous songez même déjà au suicide : tout plutôt qu'une énième réunion purgative !

Heureusement, Blogborygmes est là ! Voici quelques petits trucs utiles qui vous permettront de faire passer le temps plus vite pendant ces réunions...

Merci qui ? Merci Blogborygmes !


Activités culturelles :

Procurez-vous auprès de votre secrétariat un cahier format A1 (84x59,4) en prétextant que ça vous permet de prendre plus de notes, ou que votre vue a baissé, ou cela fait faire des économies au service par effet d'échelle, ou n'importe quelle autre excuse bidon. Il ne vous reste plus qu'à planquer discrètement l'Equipe à l'intérieur du cahier pour prendre tranquillement connaissance des résultats (ou, plus précisément, de l'ampleur de la défaite) du PSG du week-end.

Nb : si vous préférez la lecture de Pif Gadget ou de Gala, un cahier format A3, plus facile à se procurer, est suffisant.


Activités hygiéniques :

Pourquoi ne pas profiter des trois ou quatre longues heures de réunion qui vous attendent pour parfaire votre toilette du matin, expédiée au pas de course par manque de temps ? Parce que là, au moins, vous en avez à revendre devant vous, du temps !

La décongestion des fosses nasales (le curage de nez, quoi) est l'activité la plus facile à pratiquer, car elle ne nécessite qu'un doigt. En revanche, il est préférable de l'éviter si votre position dans la réunion est trop centrale (et donc trop visible), sous peine de passer pour un rustre. Ou alors faites-le avec le petit doigt tendu, c'est plus élégant. Ou alors planquez-vous au préalable derrière votre cahier format A1 (voir "activités culturelles").

Passez ensuite au nettoyage des ongles, à l'aide d'un trombone légèrement déplié camouflé dans la main. Pour ensuite les polir, évitez l'usage d'une lime, trop voyante : contentez-vous de frotter vigoureusement le bout de vos ongles sur le rebord de la table de réunion. Evitez également de vous passer un coup de vernis à ongles en pleine réunion, à cause de l'odeur trop caractéristique (ou alors, pétez un bon coup juste avant pour la dissimuler).

Le curage des oreilles pourra se faire aisément en camouflant un capuchon de stylo Bic au creux de la main. Le cérumen collecté pourra être discrètement éliminé en le collant sous l'assise de la chaise ou, si vous vous découvrez une mèche rebelle, en l'étalant discrètement sur les cheveux en guise de gomina.

Vérifiez ensuite, du bout des doigts, la qualité de votre rasage (réservé donc uniquement aux hommes et aux Portugaises) jusqu'à découvrir LE poil résiduel au milieu de la joue qui a réussi à passer au travers. Partant de là, deux options s'offrent à vous :

  • vous avez emporté un coupe-papier avec vous. Essayez de couper le poil rebelle sans vous faire remarquer. Prévoyez quand même par avance une excuse bidon pour expliquer pourquoi vous avez subitement la joue en sang.
  • vous n'avez rien sur vous pour couper le poil. Partant de là, vous n'allez plus pouvoir détacher vos pensée de ce poil revêche, vous allez passer et repasser sans fin votre doigt dessus, ce poil va devenir votre obsession. C'est tout bénéfice pour vous : penser à ce poil est beaucoup moins douloureux que de penser à la réunion en cours. Effet secondaire possible : si la réunion dure trop longtemps, risque de névrose obsessionnelle à prévoir.


Activités ludiques :

Les petits jeux, c'est bien connu, aident à faire passer agréablement le temps. Une réunion interminable et chiante est donc un terrain de jeux idéal.

Par exemple, vous pouvez rouler entre vos doigts une crotte de nez (voir "activités hygiéniques") pour en faire une boulette. Et voilà un superbe ballon de foot miniature ! Il ne reste plus qu'à trouver une cible et à se fixer pour objectif de l'atteindre d'une chiquenaude : l'espace entre les coudes de Lambert et de Dutilleuil qui ronflent en face de vous, le gobelet de café de cet empaffé de Sanglochon, ou alors la grille de ventilation du rétro-projecteur, tout est possible ! Attention toutefois aux frappes dévissées qui ratent leur cible. Si votre crotte de nez venait à atterrir sur la joue de votre chef de service, pensez à vous tourner d'un air réprobateur vers votre collègue Poupinard qui ronfle à côté de vous, juste histoire de détourner l'opprobre sur lui.

Autres activités ludiques envisageables pour tuer le temps :

  • essayer de faire tourner un stylo entre vos doigts comme un bâton de majorette. Il est toutefois préférable de ne pas insister au-delà du premier collègue éborgné.
  • comptabiliser le nombre exact de carreaux dans votre cahier 200 pages. Là encore, le choix d'un cahier format A1 permet de prolonger le plaisir.
  • s'amuser à prendre des notes de mille façons : en tenant le stylo entre l'index et le majeur, en le tenant par son extrémité, en écrivant de la main gauche si on est droitier (et vice-versa), etc. Attention de ne pas s'enflammer : écrire en tenant le stylo dans la bouche risque de vous faire remarquer.


Activités de développement personnel :

Puisque le monde extérieur devient subitement sans intérêt pendant ces réunions oiseuses, pourquoi ne pas en profiter pour faire du développement personnel ?

Vous pouvez par exemple vous amuser à faire du calcul mental pour entretenir vos neurones, en extrayant de tête la racine cubique de 23806 ou en calculant le logarithme népérien de 42,774. Attention toutefois à rester discret : ça risque de se voir si vous vous mettez à compter sur vos doigts pour trouver le résultat de 3 + 4.

Vous pouvez également profiter de la réunion pour dresser un mur mental entre vous et l'extérieur et vous livrer à une séance d'introspection en plongeant profondément en vous. Qui suis-je ? Où vais-je ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi ?... Garder les yeux mi-clos peut vous aider à dresser cette barrière mentale. Attention toutefois : vos ronflements sont susceptibles de trahir votre activité introspective.


Activités utilitaires :

Au final, si, comme moi, vous avez un lectorat insatiable et exigeant, vous finirez vite par comprendre que la meilleure activité à avoir pendant une réunion spongieuse est tout simplement de vous avancer dans la rédaction de billets pour votre blog. C'est facile, c'est extrêmement discret, et ça vous libère du temps pour vos soirées. Bref, c'est tout bénef' !

Seul petit danger, vous risquez, comme moi récemment, de vous entendre dire par votre chef de service en fin de réunion : "Ah, Tant-Bourrin, puisque j'ai vu que tu as pris pas mal de notes, tu nous rédiges le compte-rendu de la réunion ?"

jeudi 23 novembre 2006

Saoul-FifreLe problème est : "Réseaux lus"

Mais qu'est-ce à dire, quelles sont-ce vos motivations et pourquoi donc est-ce que vous vous exhibez comme ça devant des voyeurs que vous ne connaissez pas sur internet ? Ce sont des questions qu'elles sont subtiles et je vous en voudrai toute ma vie de les avoir posées.

David a poussé un cri sur le sujet qui a désarçonné et traumatisé tout le monde, enfin une partie du petit monde de la beau-gosse-faire. Pascal a embrayé aussi sec sur le même sujet en nous racontant que sa mère ne reconnaissait plus son fissou chéri à elle. Je dois reconnaître que dans mon entourage, la plus grande circonspection est de mise quant à ma relation à Blogborygmes. Mes meilleurs amis boycottent le blog sans faille aucune. Ma famille n'y pose jamais un pied, encore moins un œil, et je dois dire que j'apprécie la liberté de parole que ça me permet.

David, qui avance à visage découvert, doit toujours être en train de se demander si sa belle doche ou son patron vont lui servir une soupe à la grimace à leur prochaine rencontre. Enfin j'imagine. Et j'admire son attitude ouverte.

Dès le début, nous avons été d'accord avec Tant-Bourrin sur l'anonymat nécessaire, qui limite l'auto-censure. Lui et moi ne voulions pas que n'importe qui, un voisin, un collègue, un faux-frère, tape nos vrais noms dans un moteur de recherche et tombe sur ce blog irrespectueux de tout et de tous, dénué d'infirmiers psychiatriques, et au foie en très mauvais état. Par la suite, mis en confiance par l'attitude correcte de commentateurs, j'ai brisé cette barrière de l'anonymat, surtout avec ceux qui n'étaient pas masqués, pour respecter l'égalité, bien que chacun voie midi à sa porte et que tout le monde doive être libre. Je leur garantis le secret comme ils me le promettent.

Nos motivations ont été à peu près les mêmes. TB avait son site, m'encourageait à en faire un, notre correspondance tournait un peu en rond, il m'a appris l'existence des blogs, m'a donné quelques adresses, j'ai trouvé ça sympa, je traversais une période où j'avais un peu de mal à "produire du texte"... Je crois que nous nous sommes dit en même temps qu'ouvrir notre correspondance privée à un public aurait des avantages certains : avoir un retour critique, évoluer, s'astreindre à peaufiner la forme, à pisser de la copie à jet soutenu, debouts devant le lutrin comme le Grand Victor...

Notre maître-mot est ECRITURE. Nous aimons écrire, mais sans doute pas assez, ou trop, ou plus ou moins c'est selon, pour descendre dans l'arène du système, nager avec les requins du showbizz, jouer des épaules et rouler sa caisse dans la foule des candidats affamés aux dents longues. Nous préférons rester amateurs, au sens noble, que passer professionnels, avec tout le stress, et les refus hypocrites des éditeurs, et les salamalecs incontournables des promotions en tête de gondole. Disons surtout que TB, doté d'un "bon métier", n'en voit pas la nécessité, et que moi, je n'ai ni le courage ni la patience qu'ont Chutney , notre sœur blogborygmique, ou bien Nathalie ...

Les français lisent beaucoup, achètent beaucoup de livres, mais ce sont surtout des tubes, des best-sellers, ou bien alors des livres qui n'ont rien à voir avec la littérature. Si Arielle Dombasle décidait de faire des révélations sur son mari Pierre Dombasle, les éditeurs se battraient au cutter pour la publier et le gagnant lui filerait un chèque en blanc comme à-valoir. Par contre Mariolle le complet inconnu, qui a pourtant un bout de plume sympathique, n'a aucune chance de voir publier les élucubrations de son journal intime. Ha, s'il atterrissait sur l'Elysée en parapente, son manuscrit intéresserait sans doute plus le monde désintéressé de l'Edition. Avant, ceux-ci se contentaient de tirages de quelques milliers. Des tas de talents pondaient leur livre annuel et arrivaient à crouter. Depuis, les dents ont poussé, et les jeunes loups éditoriaux veulent le gros coup ou rien. Ils traquent les plumes dont le bustier est susceptible de crever l'écran, le prédateur scandaleux qui sidaïse la chair fraîche sans capote, ou surfent sur de modestes mouvances genre "Bâtissez votre cathédrale en 10 leçons".

Dégoûté, le peuple a inventé le blog. Pas de grosses maisons à démarcher. Pas de secrétaires au ton méprisant, pas de barrage entre auteurs et décideurs. Un public, un lectorat, un échange égalitaire, une réactivité inouïe, une chaleur (moite sur les billets manouins) dont n'ont pas idée les locataires de tours d'ivoire. D'accord, pas d'argent. Mais qui vit de sa plume aujourd'hui, à part quelques happy fews auto-sponsorisés, qui vivent déjà de leurs rentes, de leurs amitiés politiques, de leurs dommages et intérêts ou de leurs pertes et profits ?

Où est la prise de tête spécifiquement blog ? Il ne faut pas demander aux blogs plus qu'il ne peuvent donner. Les relations entre billetistes et commentateurs sont la plupart du temps pleins de réciprocité, ce qui est plutôt positif et moins virtuel qu'une relation quasi unilatérale auteur/lecteur.

Il n'y a pas de Docteur Jekyll et de Mister Hyde. Saoul Fifre est une composante du péquenal provençal X.W., et lui ressemble étonnamment. Nul ne songerait à reprocher à Louis-Ferdinand Destouches d'avoir pris pour nom de guerre celui de sa mère. Pendant que Céline ratait de peu le Goncourt, Destouches soignait anonymement et gratuitement les indigents. Q.Y. a pris comme pseudo Tant Bourrin, ce qui n'enlève rien à son talent. Et Manou booste nos statistiques de visites avec ses petits doigts prestes sur son clavier de prestidigitateuse. Il faudra qu'elle me donne la recette.

Le blog n'est qu'une revue, une gazette, mais interactive, et donc interaffective. Nous recevons environ 7000 lecteurs-invités par mois. Nous avons la visite de 1200 abonnés fidèles, qui reviennent régulièrement. Evidemment, c'est une goutte d'eau par rapport aux 5000 lecteurs quotidiens qui vont chez Ron l'infirmier (vu à la télé), mais cette goutte d'eau est fascinante. Le blog n'est qu'un outil comme un autre. Il sera ce que nous en ferons. Comme dans une fourche, un crucifix, une gousse d'aux, il n'y a rien de magique ou de diabolique en lui. Et nous ne serons déçus que si nous attendons trop de ce nouveau patron de chez Modes et Bravos.

Ça suffa comme ci, Nathalie ? Tu le rouvres, ton blog q:^) ?

mercredi 22 novembre 2006

ManouFiche-cuisine

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Il paraîtrait que Dominique Strauss Kahn s’intéresse depuis peu aux fiches cuisine. Une rumeur reste une rumeur, je vous l’accorde. Cependant, c’est le propre d’un grand homme que de savoir anticiper. Et maintenant que Dominique Strauss-Kahn disposera d’un peu de temps libre, il pourra s'essayer à la méthode ci-dessous :

Mode opératoire pour l’utilisation optimum d’une fiche-cuisine.

Vous entrez dans la vraie vie. Tout ce que vous brûlerez sera définitivement immangeable. Tout ce que vous casserez ne se relèvera pas pour tenter de vous en mettre une. Abandonner l’idée de convertir une casserole en épée laser. Méfiez-vous, les plaques chauffantes chauffent vraiment.

La seule chose qui vous puissiez espérer, c’est que votre femme vous préfère nu sous le tablier. Un peu comme dans les films X que vous tentez de télécharger. Généralement et contrairement à la vraie vie, le son arrive avant l’image. Un cri bestial déchire la maison. Votre femme : « Tu m’appelles, chéri ? ». Vous : « Non, non, je me coupe les ongles de pieds ». Votre femme : « J’arrive ».

Saisissez-vous de la fiche cuisine. Lisez. Pas le calendrier, lisez la fiche-cuisine. « Profiterolles au lait reconstitué de cacao maigre écrémé». Vous vous êtes trompé de fiche. Il s’agit d’une recette Weight Watchers. Poubellisez.

Prenez plutôt la fiche “Tartiflette”. …. Ah…Vous réalisez qu’il faut faire des courses. Découvrez l’Intermarché du coin où la vraie vie règne également. Votre souris déprime d’impuissance. Le temps que les pommes de terre et les oignons ne se pèsent pas tout seuls, le temps que le reblochon montre son tampon rouge AOC, vous arrivez au bout d’une vingtaine de minutes à la caisse. Sans le bas, la caissière ne vous prend pas au sérieux. Cependant vous devez être en forme puisqu’elle sourit en vous tendant le ticket.

Bien. Les ingrédients sont au complet. Epluchez les légumes. Il n’est pas nécessaire de dénoyauter les oignons, mais si vous y tenez…. « Coupez les oignons en fines lamelles » ne consiste pas en un hachage compulsif, mais si vous y tenez … Par contre, même si vous n’y tenez pas, débrouillez-vous pour que les pommes de terre finissent en cubes d’à peu près un centimètre de côté. Oui, je sais que ça donne approximativement 87 dés par pomme de terre. Ranger votre calculatrice.

Faites revenir oignons et pommes de terre dans quelques cuillères l’huile d’olive. Sortez les cuillères de la sauteuse. Mélanger (sans les mains) jusqu’à ce que les oignons soient bien roux puis disposez le tout dans un plat à gratin. Retenez-vous de mixer. Ne secouez pas.

Avoir baigné dans la politique extérieure est un plus manifeste pour comprendre ce qui va suivre. Coupez le reblochon en deux, puis à nouveau en deux dans le sens de l’épaisseur. Vous obtenez 4 morceaux de reblochon identiques qui en vue de dessus ressemblent chacun à une moitié. Grattez la peau de façon à en ôter la couche blanche superficielle. Vous pouvez, à vos risques et périls, recycler cette matière blanche en cotons-tiges ou en boules Quiès.

Disposez le reblochon sur le mélange oignons-pommes de terre, peau (du reblochon) vers le ciel. Mettez au four 4,5 minutes à 670 °C ou 13 minutes à 346 °C ou 31 minutes à 199, 99°C et ne me gonflez pas avec les arrondis.

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