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vendredi 21 décembre 2007

BofStreets of Paris

Depuis que je vis dans le sud, j'ai simplifié la chronologie des saisons : dès que les touristes arrivent, c'est l'été.
L'été commence à pâques, et les vacances de la toussaint achevées, c'est l'hiver. Simple.

L'hiver j'ai du temps libre, des bribes de semaine que je peux meubler par des balades. J'aime me balader à Paris, jamais j'y vivrai, faut pas déconner, mais y marcher des journées entières, je m'en lasse pas.

De passage début décembre, j'avais juste eu le temps d'y choper une crève monstrueuse, merci les gars.
J'y suis retourné lundi, histoire d'à mon tour disséminer le virus, bien fait.

Lundi, j'avais rendez-vous avec un rêve de gosse, voir en vrai le E street band. Après Springsteen tout seul avec guitare et harmonica, je voulais vraiment les découvrir avant que l'âge, l'arthrose et alzheimer n'aient fait trop de dégâts. J'ai pas été déçu, et mes oreilles non plus. Si c'est ça vieillir, je signe de suite.

Là-haut, j'ai aussi aperçu un groupe de blacks hilares se faire prendre en photo devant un musée tout neuf, découvert en vrai la mère de Norman Bates, vu des lions tristes sur la pelouse de Reuilly, et traversé un sous-marin.

Ça change un peu de mon village, faut admettre.

J'ai vécu aussi un phénomène étrange : gare Saint-Lazare, vers 18h, règne une agitation frénétique en apparence, mais ordonnée malgré tout. Car si les gens courent et se croisent en tous sens comme des électrons libres, les heurts sont inexistants. Jusqu'à l'apparition d'un électron sudiste perdu au milieu de la foule : là, ça dérape, collisions et ricochets, l'anarchie apparait.

Note à moi même : prévoir une pile à bœufs pour le prochain séjour.

mercredi 19 décembre 2007

AndiamoPremier baiser

Vous souvenez-vous de votre première pelle, galoche, saucisse, gamelle, patin, etc., etc ? Moi, OUI !

Mais je soupçonne tout le monde de s'en souvenir, même ceux qui jouent les blasés, les repus, les "j'en ai rien à s'couer" !

La première fille que j'ai embrassée, vraiment j'veux dire (le palot quoi !), j'avais une quinzaine d'années. Pas en avance ? Dans les années cinquante, c'était pas si fastoche que ça, et puis t'as fait beaucoup mieux toi ?

Donc, ma première "fiancée", on l'appelait "Pépée", va savoir pourquoi. C'était la frangine du beau-frère d'un copain, pas très grande, moi non plus à l'époque, brunette, frisée, pas très expansive, tout le contraire de moi, mais les extrêmes... dit-on.

Un dimanche, on avait rencard au cinéma "Le Prado", LE ciné chicos de Drancy : fauteuils rembourrés partout et, surtout, le balcon !

Nous prenons nos places, on n'offrait pas l'entrée aux demoiselles, trop fauchés pour ça, juste de quoi casquer notre ticket, et encore...

Nous nous installons, au balcon, dernier rang, le dos contre la cabine du projectionniste. Au-dessus, les rais de lumière, changeants, tourbillonnants, s'enchevêtrants dans une symphonie de couleurs, le film non-décrypté avant qu'il devienne visible sur l'écran !

Je me place à côté de Pépée... Première partie, les actus, dessins animés, documentaire : la préparation des rameurs pour la course Oxford-Cambridge ! Hyper bandant pour une mise en condition !

De temps en temps, un regard furtif sur ma voisine, guettant un encouragement, un sourire, une invite, un "vas-y-donc grosse bête !", un p'tit quelque chose qui me fasse penser : "ça y est, ça va être le grand jour, ELLE veut bien que je tente" !

Mais rien, une statue, un marbre, pas un cillement de paupières, pas un p'tit coup d'cul qui l'aurait rapprochée de mon siège. Moi, je ne pouvais pas me serrer davantage : plus et je pétais l'accoudoir !

L'entracte.... Et je n'avais toujours rien fait ! Les potes, qui bien sûr nous mataient, se foutaient de ma gueule : "Ouais, tu t'déballonnes, tu flippes, les foies, et tout, et tout".

Moi, un peu gêné : "attendez, ça va s'faire". Une "HICHE-LIFE" - on ne disait toujours pas "HIGH-LIFE" - pour se donner du courage, sonnette aigrelette, début de la séance... "the film" ! J'me s'rais bien tiré, oh oui, tout abandonner, prétexter la chiasse du siècle, le dégueulis latent, la nausée tord-boyasse, le "j'ai oublié le lait sur le feu" si j'avais pu ! Vite, un bonbec à la menthe ! J'peux pas lui rouler une pelle comme ça, j'viens de fumer une taf ! Putain l'haleine de cow-boy, ça va fouetter grave ! Michel me tend une "Valda", c'est bien, sauvé, merci la sève des Vosges !

Je crois bien qu'il passait "Thérèse Raquin" de Marcel Carné, avec Simone Signoret, Raf Vallone (tu sais le mec qui ressemblait à Burt Lancaster,et non pas Brut Lancastré !), Jacques Duby, etc.

Le film commence, j'aurais bien voulu qu'il soit déjà terminé, je n'en menais pas large, pourquoi fallait-il que ce soit toujours les garçons qui prennent l'initiative ? Aujourd'hui, si un mec plaît à une nana, elle est capable de lui faire du rentre-dedans ! Autrefois, lapuche, nada, et elles qui nous croyaient vachement courageux, entreprenants même, tu crois qu'elles se rendaient compte que l'on pétochait grave ? Dis, tu crois ?

Je me rapproche, pas fier, j'en mène pas large, j'ai l'bigorneau qui frémit même pas ! Je sens bien que mes copains me guettent, j'entends leurs ricanements à la con, les coups d'coude, l'air faussement détaché du greffier qui vient de lâcher une pêche sous le buffet, et qui se tire en loucedé, innocent, faux-cul, sournois, et tout...

Puis, hardi, je passe mon bras, le gauche, sur son épaule, elle ne moufte pas, mais ne tente pas un rapprochement non plus, faut que j'fasse tout, bordel, comme dans la vie (vont pas être contentes, tant pis !). Je me liquéfie, je transpire, je ruisselle, faut y aller, ne pas se dégonfler, je penche ma tête vers elle, elle ne tourne même pas la sienne ! Pas coopérative, c'est plus de la pudeur, c'est carrément la mise à l'épreuve, le parcours du combattant, les trois jours des anciens appelés du contingent, l'épreuve initiatique des tribus primitives !

Je me suis encore approché, je peux sentir son parfum, un truc léger, de la lavande peut-être ? Le genre "sent-bon" que l'on mettait aux bébés. Ça me fait tout drôle, je n'ai jamais ressenti ça auparavant, cette peur, et à la fois l'envie d'aller plus loin ! Un bisou furtif sur la joue, le baiser "papillon", comme sa peau est douce ! TOC, TOC, dans ma poitrine. Y'a dix minutes, j'roulais ma caisse devant les potes ! Putain, il est moins fier le garenne !

Alors je me penche davantage, incline la tête, nos bouches se touchent enfin...

Et, tout à coup, la fougue, nos dents se heurtent (ben oui, on savait pô, t'as été plus malin toi ?). A quinze ans, les dents sont solides ! Et puis, c'est la galoche, l'éléphant bleu, le car-wash, la douche haute-pression, la glotte karchérisée ! Putain, le détartrage ! Plus un morceau d'ragoût dans les chailles, les amygdales explorées à donf, c'est niagaresque ! On bave partout, on sait pas, ça dégouline, mais tellement merveilleux !

Ça y est, je l'ai fait, j'manque d'air, je suffoque, elle aussi sûrement, mais on ne veut pas lâcher le morceau, c'est trop bon, trop bon!. Et puis, tout en bas de moi, mon bonheur qui grandit, qui grandit...


Dessin Andiamo 2007

lundi 17 décembre 2007

Saoul-FifreOn a marché sur la dune

Entre madre (la mère en espagnol) et mar (la mer dans la même langue), il y a un D et un E de différence. En français, il n'y a qu'un E, en latin, qu'un T. Quand ma mère a perdu les eaux, ce jour là, il se trouve que je me baignais dedans, et zwib, je suis tombé sur une terre. Je ne me rappelle pas qu'on m'ait demandé mon avis, d'ailleurs je crois que l'usage est de ne point s'enquérir des désidératas des nouveaux-nés. Certains ont essayé, sans jamais obtenir de réponse clairement articulée.

Les faits bruts, immalléables, me sont tombés sur la gueule, et il a fallu que je fasse avec : je suis né à Tlemcen, dans une famille de colons, début 1956. Fin 55, des fellaghas (résistants) ont attaqué la ferme. Ma mère, qui me portait, a eu la trouille de sa vie. Elle l'a partagée avec moi, et je l'ai faite mienne durant de nombreuses années. J'émerge de notre peur petit à petit. C'est un travail de longue haleine. Dans la famille, tout le monde a morflé, chacun à sa manière, de ce déchirement du départ.

Et puis, plus de 40 ans plus tard, le simple fait de discuter d'un "retour" familial à Tlemcen a réavivé les plaies. Ça a somatisé sec dans la tribu.

Ma sœur aînée ne s'est pas sentie d'y aller, en tout cas pas avec sa fratrie. Elle flairait le piège.

Le corps de la 2ième a carrément pété un fusible. Tout était décidé, elle avait préparé le voyage de sa famille à elle avec beaucoup de rigueur et de soin, comme elle sait faire, et puis plouf, elle a attrapé une maladie de ouf : un virus qui s'est attaqué à sa myéline et qui l'a mise raplapla comme une carpette !

La 3ième était partante itou, mais on la sentait qui serrait les fesses. Le hasard a fait que son avion était en grève et qu'elle n'a pas pu en prendre un autre. Bon, ses 20 ans de psychanalyse sont peut-être un terreau prédisposant, toujours est-il qu'elle est tombée dans une dépression sévère dont elle a du mal à se sortir.

Nous les 3 garçons, on y est allés, d'accord, mais ça nous a bien secoués quand même.

Alors y en a qui me disent : "On aimerait bien la suite de tes aventures en Algérie ?" comme qui dirait "C'était chaud, le Club, cette année ?".

Ben c'est pas si facile que çà à écrire, si vous voyez ce que je veux dire ? Le seul truc vrai et important, dans cette affaire, et qui nous a noué les tripes d'émotion, là-bas, en permanence, c'est que nous appartenons de cœur à cette terre.

Et ce soir j'ai juste envie de vous la montrer dans sa nudité, vierge de présence humaine.

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samedi 15 décembre 2007

ManouPaires


















jeudi 13 décembre 2007

Tant-BourrinMon prochain album (7)

Cette fois, il faut regarder la vérité en face : ma carrière artistique connaît une petite période creuse. Qui n'est peut-être pas sans lien avec le fait que la sortie de mon prochain album traîne un peu. Retard peut-être légèrement lié au fait que j'ai déjà foutu par quatre fois les maquettes de mes enregistrements à la poubelle (voir , , , et ). Foutage à la poubelle faisant quelque part suite au peu d'enthousiasme que vous avez manifesté à l'égard des dites maquettes. Bref, vous me foutez ma carrière en l'air et je vous hais.

Et d'ailleurs, ça continue, au vu de votre froideur face à ma dernière mouture, j'ai piqué ma crise et foutu le feu à toutes les prises (et accidentellement à la console de mixage et, de proche en proche, à tout le studio d'enregistrement).

Bref, j'ai décidé de repartir de zéro.

Je me suis fourvoyé et je vais revenir aux sources, à des choses plus simples enregistrées dans un garage. Je vais donc me passer de producteur pour cette raison. Et aussi accessoirement un petit peu parce que je suis sur la black list des producteurs et que plus aucun n'accepte de travailler pour moi.

Et puis, soyons clairs, mon objectifs étant de refourguer des milliards de disques à la masse bovine des amateurs de chansonnettes, celui-ci aura d'autant plus de chances d'être atteint que je me cantonnerai dans un style primaire, proche du niveau des potentiels acheteurs dont vous êtes, amis lecteurs, les dignes représentants.

Voilà, c'est un enregistrement qui m'aura beaucoup marqué et je suis assez fier du résultat que je vous offre en exclusivité mondiale. Ça déchire grave la mort de la race de sa mère, non ?




Cliquez sur l'image pour voir la pochette en grand


Tant-Bourrin - J'gueule


Qu'est-ce c'est que ce connard qui m'fait une queue de poisson
Au volant de sa foutue bagnole ?
Au prochain feu rouge, je vais lui faire bouffer son caleçon,
Avec, en dessert, ses roubignoles !
Ah, j'gueule, j'gueule !

Quand c'est soir de match, je fais des stocks de chips et de bière,
Faut pas être à court de munitions !
Et je crie "bordel, tue-le, faut le tacler par derrière !"
D'vant mon poste de télévision
Ah, j'gueule, j'gueule !

J'aime pas les bouseux,
Les intellos, les journaleux,
Tout ça me soûle !
Les étrangers pas d'chez nous,
Les nantis en grève, ça me fout
Les boules, boules, boules, boules !
J'gueule, j'gueule !

Qu'est-ce que t'as, gros, con, dégage de là, tu veux ma photo ?
Me regarde pas de cet air bête !
Heu... attends, du calme, t'énerves pas, lâche-moi le paletot...
Aïe ! Non, s'il te plaît, pas sur la tête !
Aïe ! J'gueule, j'gueule !

(Téléchargeable directement ici)


Eh bien, vous allez pas le croire - c'est vraiment un mauvais comique de répétition ! -. de méchantes langues (oui, toujours les mêmes !) osent laisser entendre que peut-être il aurait éventuellement une vague ébauche de début de ressemblance approximative avec ceci...

Alors là, je dis stop ! Un groupe obscur et inconnu qui n'a d'ailleurs même pas le courage de mettre son nom sur la pochette ! C'est tout ce que vous avez trouvé, cette fois ?

mardi 11 décembre 2007

BofPapillon rouge

Aujourd'hui m'a pris comme une envie de buzzer, si si, moi aussi à mon age je n'étais pas à l'abri.

Noël approche, c'est avéré. A la façon dont mes yeux mes oreilles et ma boite à lettres sont abreuvés de messages visant à m'endetter sur trois générations, ça se rapprocherait même de plus en plus. Surenchère dans le high tech, la tendance s'accélère d'année en année. J'ai donné, et je donnerais surement encore (papa nikonoël tu m'inventes un bridge 18/300 2.8 constant stabilisé tropicalisé antichoc gros comme un paquet de camel avec des images comme un F6, merci).

Sauf que cette année, je régresse, je fais dans la décroissance de noël. Cette année, j'offre des livres.
Pas original hein, je suis d'accord. Mais j'ai récemment découvert une petite maison d'édition, deux ingénieurs en biologie (la dame a un diplôme d'œnologue pour les saoulfifres que ça intéresse) qui se sont totalement reconvertis, pour faire partager des livres axés essentiellement sur la culture et le patrimoine du languedoc roussillon, avec incursions dans un sud plus général.

Le dernier sorti porte sur le petit bâti, vous savez, ces trucs en pierre qu'on croise en campagne ou même en ville, plus ou moins en état, dont on devine encore parfois la fonction désormais rendue obsolète par le progrès. Y a une expression qui dit "tout coule de source", bé dans des temps plus anciens, c'était pas gagné pour que la source arrive à la maison. Puits, canaux, fontaines, lavoirs.....c'était le fruit de travaux parfois titanesques, ceux qui ont déjà manié la pioche rien qu'une journée durant me comprendront. C'était aussi pensé, réfléchi, et validé par l'usage. Moi je suis un nostalgique compulsif alors j'aime bien, et cerise sur le sunday de l'époque, c'était beau, car la pierre, taillée ou juste empilée, ça reste le summum de l'art maçonnesque. Y a des photos, des explications, des anecdotes, tout ça clair et limpide, ça se lit ou ça se feuillette, et ça permet de passer un bon moment. Ah, et ça se découvre là, pour les ceusses que ça intéresse :

cliquez ici

Raaah, ça soulage.

dimanche 9 décembre 2007

AndiamoMon petit monde

Mon quartier, c'était un quartier populaire, mais pas racaille. Il y avait bien des "arsouilles", pas plus qu'ailleurs ! Il y vivait des personnages assez cocasses, zarbis parfois, des travailleurs, des ouvriers d'usine, de ceux qui ont fait les trente "glorieuses", sans le savoir qu'elles étaient glorieuses. S'ils avaient su, je pense qu'ils auraient demandé avec plus d'insistance leur part de GLOIRE et de gâteau !

Tout d'abord MA voisine ! Une femme très forte, pour ne pas dire gravos, le mètre soixante, quatre-vingt-dix kilos à l'aise, et j'te compte pas les poignées d'amour ! La mère Dubout, texto ! Même dans son comportement, je crois bien que les premiers "gros mots" que j'ai appris, je les lui dois. Ça se retient mieux que la règle de trois ou les accords du participe passé !

Elle avait un ami qui, chaque matin, avant de partir bosser, passait la voir afin de l'aider à s'habiller. Elle était coquette. Ainsi, il lui laçait son corset.

Contenir quatre-vingt-dix kilos de graisse, endiguer les fuites de saindoux, emprisonner deux loloches de dix livres chacune, à l'aise, n'était pas une mince affaire.

Ah, comme j'aurais aimé le voir, s'arc-boutant sur le lacet, un pied calé dans le bas du dos de la sylphide, ahanant, soufflant, suant, s'épongeant le front d'un revers de la main, jurant, tempêtant, la bave aux commissures des lèvres !

Et quand, après tant d'efforts, la juste récompense arrivait sous forme d'une petite phrase de remerciement : "Ça-y-est ? Ben c'est pas trop tôt, feignasse !"

Ce brave bonhomme était Alsacien. Quasiment chaque jour, elle l'injuriait copieusement. Ça commençait toujours de la même façon, un rituel, la grand-messe en quelque sorte : "Tête de boche ! Fumier ! Ordure ! Vas donc la retrouver, ta morue ! (il était marié)... et enfin l'injure suprême : "COCU !"

Toute la famille vivait là, son fils et sa bru. un jour, un petit-fils est arrivé. La harpie s'est faite miel pour le bambin, la vraie mémé gâteau, elle l'appelait : "ma bézette", va savoir d'où elle sortait ça ! Il lui arrivait de l'engueuler, ça n'était pas bien méchant, jamais plus qu'un : "fumier de lapin !"

Mais attention, il faut y mettre l'accent - parisien bien sûr - bien traînant, une harengère, Madame Angot, Madame Sans-Gêne, Arletty dans "Hôtel du Nord". J'écoutais, ça me faisait marrer, jamais ma mère ne m'a bouché les oreilles ou fait rentrer quand les bordées d'injures volaient bas.

Bon, c'était comme ça, on allait pas en faire un cake. Les jours où elle ne gueulait pas, on s'inquiétait presque, qu'est-ce qu'elle nous couve la mémé ? Elle s'rait pas malade des fois ?

Le père Henri : un petit bonhomme, toujours en "bleus de chauffe". Il se déplaçait sur un Solex, le modèle antique, kif-kif celui des curés d'antan, le truc à l'ancienne, avec le levier pour débrayer le galet lorsqu'on était à l'arrêt.

Il faisait un de ces foins ! Quand il passait, t'aurais dit l'homme orchestre : ZIM ! KLANG ! POUT ! POUT ! (j'imite bien, hein ?)

Quand il partait au boulot le matin, de bonne heure, la musette sur le dos lui battait les miches. Dans les sacoches du cyclo, la gamelle, un demi-pain de deux livres, deux ou trois réservoirs supplémentaires, mais pas du kérosène, comme les zincs, du gros bleu, pas du genre fine-gueule, du treize degrés à la tireuse, du qui te laisse des traces sur les moustaches, du qui te fait secouer l'échine quand t'en descends un guindale cul-sec, le rouquin du prolo quoi ! Vingt ans de régime de ce nectar-là et tu voyais des gaspards en maillot de mataf dans tous les coins !

Parfois, quand il rentrait le soir, le Solex penchait dangereusement, la chopine traînait dans le caniveau. Bacchus veillait, respectueux des amoureux de la dive, chacun les siens, et l'ancien n'a jamais pris une gamelle !

Il portait une "fouillasse" qui marquait l'heure. J'explique : en partant le matin, sa casquette était bien droite, pile poil dans l'axe, mais au fur et à mesure que la journée avançait, la fouillasse changeait d'position, un coup sur le coté, plus tard, en avant, quasiment sur les yeux, et puis dans la soirée, complètement en arrière, sur la nuque, elle marquait l'heure j'te dis !

Un autre qui était bien folklo, c'était notre proprio. Il crêchait dans une petite baraque en bois et en toile goudronnée, au fond de notre jardin - mais non, c'est pas la cabane de Cabrel ! Il vivait là avec sa femme, adorable, toujours le sourire, énorme, deux cent vingt livres au bas mot, quasiment impotente, mais d'une gentillesse !

Lui, son mari, grand, sec, osseux, les muscles en long, comme les araignées !

Toujours attifé de la même façon, un froc sans âge, gris, des poches aux genoux, que t'aurais dit des sacoches de vélo. Une large ceinture de flanelle, crado, ses bretelles taillées dans de vieilles chambres à air - mais si, je n'invente pas ! -, et pour finir le portrait, une casquette de gazier, cradingue comme t'imagines pas !

Il cultivait, près du canal de l'Ourcq, un petit jardin "ouvrier" comme il en existait tant autrefois. Ils ont presque tous disparus aujourd'hui, remplacés par les austères bâtiments de la préfecture de Bobigny. Amen !

Il s'en allait, chaque soir, dès l'arrivée du printemps, sur son vieux clou, la bêche, le râteau, une binette accrochés à l'aide de bouts de ficelle au cadre, devant lui, sur le porte-bagages, un seau rempli d'une partie du contenu de la tinette.

Imagine l'équipage, le vieux, dessous le vélo, les outils de jardinage et là, juste sous son pif, la tinette !

Ah, combien de fois n'ai-je rêvé qu'il se ramasse une tartine, pas méchante, sans plaies ni bosses, une main à terre, et s'étale le nez dans sa merde ! Après un dérapage pareil, à coup sûr, on l'aurait appelé : "le père la colique" ! Ça n'est jamais arrivé, comme quoi, même les prières les plus modestes ne sont pas toujours exaucées !

Voilà, c'était mon quartier, point de notaires, ni d'aristos, encore moins de ministres, habitaient ces banlieues, qui n'étaient plus la campagne mais pas encore la ville. Ça n'était plus des sentiers, pas encore des rues. Un copain, chaque soir faisait brouter ses deux chèvres sur les trottoirs garnis d'herbe, les gens élevaient encore quelques poules et lapins. La vie coulait, non pas sans soucis, car les habitants n'étaient pas bien riches, mais sans bruit, ni sonneries de téléphone, la téloche n'existait pas, nous écoutions Zappy Max sur "Radio Luxembourg".

Mon Prince, on a les voisins du temps jadis qu'on peut !


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