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mardi 8 mars 2011

Saoul-FifreÉcrire pour ne pas mollir

Il est vingt et une heures soixante huit. J'attaque ce billet sans la queue d'une idée, alors vous pensez, la tête ? Vous me demanderez l'intérêt d'une telle démarche et vous aurez raison de vous étonner, on le serait à moins. Attendez que j'envoie mon neurone en mission dans le ballot de coton qui me sert momentanément de cerveau. Ai-je peur de me faire engueuler par mes cons d'blogueurs ? Rhhhoooooooo ça se voit que vous ne les connaissez pas. Ils sont si mignons. Ils sont prêts à me remplacer, à prendre mon tour, à me souffler des sujets, et le tout avec le sourire. Il y a peu, j'ai republié un vieux texte de ya 5 ans, Tant-Bourrin a juste un peu toussé et Andiamo a su rester très digne, des gentlemen, je vous dis, non vraiment, c'est un plaisir de glander à côté d'eux, j'en connais qui ronchonneraient comme quoi c'est toujours les mêmes qui se tapent tout le boulot, mais eux non : ils ont fait l'école de Sparte et ils ont pris tous les deux "stoïcisme" en première langue. Non, pas la même année. Ils préfèreraient se faire déchiqueter les viscères par un renardeau plutôt que me faire la moindre remarque sur mon laisser-aller qui ressemble de plus en plus à du foutage de gueule.

Je vous demande à tous à genoux un peu de votre mansuétude. Oui je suis soufrifreux. Souffrançant ? Soufrier ? Souffreteux ? Enfin j'ai mal, quoi ? J'ai mal quand je prends dans la gueule les lanières de talent de notre Désordonnée . Elle est particulièrement en verve en ce moment. Elle m'inerve, si vous me permettez ce clin d'œil facile. Elle a bien fait finalement de nous couper les commentaires sous son verbe vrai. Nos mots sonnaient faux, ne pouvaient plus camoufler leur fêlure, comparés à l'évidente pureté de son scalpel aiguisé nous disséquant l'anatomie de nos hypocrisies.

Je souffre pour ces gosses portant sur leurs frêles épaules le lourd désir de génie inassouvi de leurs parents. Dieu garde, nos trois cancres assument leur moyennitude. Ils se vautrent dans la passion, peaufinent leurs mesquineries et répliquent "je gère" à toutes nos tentatives de les tirer vers l'excellence. Ils iront loin si le kérosène n'atteint pas des tarifs prohibitifs. Quelle fierté de les voir se gourrer eux aussi et mettre leurs pas dans les traces laissées par nos erreurs.

Qu'ils ne se leurrent pas, ni nous : les choix qui nous sont laissés ne sont pas si nombreux. Vas dur, vas mou, tu iras dans le trou. À tous les ages on peut sentir l'étau se resserrer, il suffit que des amis "de la classe" vous tirent leur définitive révérence sous le maigre prétexte d'un congé de mortalité. Et il faut endurer ces biographies sommaires systématiquement élogieuses dites par un mec en robe longue qui ne connait rien de rien de votre pote défunt.

Ah si ! Il semble avoir des certitudes sur la destination de cette âme en allée.

Ce pouvait être pourtant l'occasion d'écrire de bien belles choses

vendredi 4 mars 2011

AndiamoLe rapin (une enquête du commissaire Chauguise)

DRRRIIING ! La sonnerie aigrelette du biniou placé sur le bureau de Crafougnard vient de retentir. Rapide comme un crotale qui vient de jeûner six mois, Julien a saisi le manche noir du combiné.

- Allo ?

- C’est toi, Dugland ? questionne une voix enrouée à l’autre bout du fil.

Julien sait que son patron est au téléphone, non pas qu’il reconnait sa voix, car elle est trop enrouée, mais ce sobriquet « Dugland », il est le seul à le lui donner. Tout autre se ferait renvoyer dans les 22 mètres avec bourre-pif à l’appui !

- Oui patron, c’est moi…

- Bon, prend la quinze et viens me chercher, j’ai trop la crève pour prendre le bus.

- Oui patron j’arrive, mais où est-ce que vous créchez ?

- Au 40 de la rue du Mont Cenis, dans le XVIIIème, deuxième étage, porte droite… Et fait fissa... Understand, Dugland ?

- Oui patron, je connais le quartier, j’hab…

- J’m’en fous où tu crèches : rapplique dare-dare !

Toujours aussi aimable le Boss, songe Julien en embrayant un peu brutalement le six cylindres de la quinze chevaux Citroën.

Les deux étages avalés à lure-lure, Julien sonne à la porte palière de droite…

- Oui, répond une voix féminine, en même temps que s’ouvre la porte.

Julien est pétrifié ! Une adorable jeune fille le regarde. Lui reste planté dans l’encadrement.

- Entrez, Julien… Vous êtes bien Julien, n’est-ce pas ?

La jeune fille sourit : dix-huit ou dix-neuf ans, grande, brune, longs cheveux tombant sur ses épaules.

- Oui, balbutie ce dernier, je viens chercher le commissaire Chauguise.

- Papa ! Julien est là ! Vous prendrez bien un café ? Je viens justement d’en faire.

- Merci, avec plaisir.

Chauguise apparait à ce moment-là.

- Pas l’temps ! Allez Dugland, on file ! T’as cours ce matin, Juliette ?

- Oui, Papa.

- Bon, ne sois pas à la bourre… A c’soir

- A ce soir, Papa !

- C’est votre fille, patron ?

- Non ! C’est sœur Catherine Labouré, t’as pas vu la cornette ? Bon autant te mettre au parfum illico : et d’une, c’est pas du mouron pour ton s’rein ! Et deux, elle porte des robes en ardoise, afin que les crapauds dans ton genre ne puissent pas s’accrocher ! Et trois, si tu t’incrustes, on va te retrouver sous le pont au Change, avec les ribouis dans une bassine de béton ! Verstehen ?

- Ben patron, qu’est-ce qui vous prend ? Je suis correct…

- Moi aussi, j’suis correct, mais j’anticipe… Allez drive-nous au trente-six, et basta !

Tout au long du chemin Chauguise tousse et éternue !

- La vache, j’ai chopé une de ces crèves ! Habituellement, j’aime bien venir en bus, respirer la rue, regarder les gens, les p’tits métiers qui parcourent nos avenues, j’adore ça, tu comprends ? Toute cette vie, dans cette ville magnifique !

Putain le vieux devient bucolique, ce doit être la fièvre, songe Crafougnard.

Boulevard Ornano ; puis Barbès ; le Magenta ; le Sébasto… Point de sens interdits ou si peu, début années cinquante !

A fond, Crafougnard passe devant Le Châtelet, un grand calicot reproduisant le portrait de Luis Mariano dans : « le chanteur de Mexico ».

Julien entonne à tue-tête (sans le contre ut toutefois) : MEXI….IIIIIIIICOOOOOO !

- Mets-y un p’tit pain ! Tu vas affoler le bon peuple… Ils vont penser que tu viens de te coincer les joyeuses dans la portière !

Enfin le boulevard du Palais. Un « à droite » et Julien gare la quinze.

Une journée un peu morne…. Dix-sept heures.

- Hé, Dugland ! Tu m’ramènes chez moi, j’suis crevé ! J’vais aller me foutre au pieu avec quelques bons grogs et mon bada au pied du schlaff, quand j’en verrai trois : j’serai guéri… Le Docteur Négrita, y’a qu’ça d’vrai !

Guère de circulation (eh oui !) : vingt minutes plus tard, Julien gare la chignole juste au pied de l’immeuble de son patron.

- Monte, j’ai été un peu dur avec toi ce matin, tu vas boire un coup.

- Merci patron, c’est sympa.

- MMMHH….

Un peu essoufflé Chauguise arrive en tête sur le palier du second. La porte, SA porte est ouverte !

- Nom de Dieu, c’est quoi ce cirque ?

Il se précipite, entre et appelle :

- Juju, t’es là ? Allez, montre-toi !

Nos deux hommes ont fait le tour de l’appartement : une salle à manger, deux chambres, une minuscule cuisine et un cabinet de toilettes. Pas très grand le logement, mais coquet.

Chauguise d’un geste machinal a relevé son chapeau troué, reliquat d’une interpellation qui avait mal tournée !

Il est effondré… Méconnaissable.

- Il lui est arrivé quelque chose, Julien, je le sens, si je tenais le fumelard…

- Calmez-vous, patron, elle est peut-être sortie faire des courses ?

- Sans fermer la lourde ? Impossible Dugland… Impossible !

Il est là avachi sur une chaise, recroquevillé, lui, le grand Chauguise !

- Ma fillette, tu t’rends compte, Julien ? Je l’ai élevée seul ! Sa pauvre mère est morte après l’avoir mise au monde, j’me suis jamais remarié, je n’ai pas trop confiance en les gonzesses !

Le laissant geindre, Julien inspecte minutieusement les lieux. Dans la cuisine, il trouve un chiffon roulé en boule.

Il ramasse sa trouvaille, défroisse lentement le morceau de tissu qui a dû être blanc et qui maintenant est maculé de taches polychromes.

Regardez patron ! On va le porter à Couilllette… Pardon Monsieur Bourrieux, le responsable du labo. Il nous dira exactement la composition de ces taches, apparemment de peinture, mais faut voir.

- Ouais, t’as raison, Dugland !

D’un bond, Chauguise est debout !

Il va mieux, songe Julien.

- On va le secouer, afin qu’il se mette au turbin illico.

Chauguise a composé de mémoire le numéro de Bourrieux dit « Couillette » : BOTzaris 32 74….

- Couillette ? C’est Chauguise, rapplique tout d’suite au 36, ça urge !

- Mais patron, j’ai fini ma journ…

- Discute pas : il s’agit de MA fille, t’entends ? MA fille !

- Bon j’arrive.

Chemin en sens inverse, les virages sur les chapeaux de roues.

- Tu t’rends compte, Dugland : y’avait même un rapin d’la butte qui voulait qu’elle pose à loilpé pour lui ! Elle l’avait rencontré aux beaux arts : section peinture, là où elle suit des cours, elle veut « faire » dans la décoration.

- Un quoi ? A quoi ?

- Un rapin ! Un peintre, quoi ! Et à loilpé, c’est du louchébem : ça veut dire à poil ! Tu sors d’où ? De Bigounette sur Serpentine ou quoi ?

- Non patron, j’suis d’Limoges !

- Ouais, c’est du kif !

Un quart d’heure plus tard, ils sont quai des orfèvres.

Bourrieux les rejoint dix minutes plus tard. Chauguise lui tend le chiffon :

- Analyse-moi ça, Couillette, j’veux savoir exactement le genre de barbouille dont il s’agit !

Bourrieux a pris le linge, puis est entré dans son labo.

- Tout l’monde dehors ! J’veux personne dans mes mocassins quand j’bosse !

Chauguise et Crafougnard sont assis dans le couloir, le patron a allumé une « Boyard gros module » papier maïs, après avoir tendu le paquet à Julien.

- Non merci, a refusé Julien.

- Chochote, tu sais pas c’qu’est bon !

Une demi–heure et trois Boyards plus tard, « Couillette » sort de son labo, un feuillet à la main.

- Alors ? lâchent en cœur nos duettistes de la Rousse !

- Voilà : peinture « Lefranc-Bourjois », jaune de chrome ; bleu outre-mer ; vert Véronèse ; brun Van Dyck ; blanc de zinc ; et enfin : rouge vermillon ! De la barbouille à l’huile, utilisée généralement par les peintres. Pas les peintres aux balais à chiottes, non, ceux qui font des tableaux… J’peux rentrer m’pieuter, oui ?

- Oui, vas-y… Et merci, Couillette, j’te revaudrai ça !

Un chiftire de peintre ! Ben merde ! Dis donc, Dugland, après ce que je t’ai raconté dans la tire en venant, ça ne te donnerait pas des idées des fois ?

- Ben si, patron, vous pensez que le mec qui voulait peindre Juliet… votre fille, ce serait lui, qui…

- Exaquette ! Faut que je me creuse la tronche, comment il s’appelait ce connard ? Ah la vache ! Il était venu jusqu’à l’appart’ après avoir suivi Juliette, au prétexte : "je vais vous raccompagner Mademoiselle, on ne sait jamais" !... Elle est magnifique votre fille ! qu’il me disait : je voudrais la peindre Monsieur, laissez-la poser pour moi... Vous pourrez assister aux séances, si vous craignez…

Il était là geignant plus que parlant, il m’a raconté je ne sais trop quoi : son grand-père pompier, un nommé Poissonnier, je crois !

- Mais non, patron ! Excusez-moi, mais ce type a voulu vous dire que son grand-père était un peintre académique, un « pompier » comme on les nomme familièrement ! Et son nom n’est pas « Poissonnier » mais Meissonnier : Jean Louis Ernest Meissonnier !

- Ouais, c’est ça ! Chapeau, Dugland ! A Limoges, on jaspine p’têt pas l’jars, mais question barbouille t’es un costaud ! Allez on va l’retaper ce cinglé et on va l’cueillir !

- A cette heure ? C’est pas légal !

- Rien à s’couer ! Et lui, c’est légal : kidnapper une pauvre enfant ?

Chauguise a appelé Fernand son pote des RG, qui lui a communiqué l’adresse d’un certain Gérard Meissonnier. L’individu s’était fait mettre en salle de dégrisement un an auparavant, après avoir copieusement arrosé ses trente ans, et insulté une hirondelle ! (1)

- Il crèche au 17 rue Azaïs, au pied du Sactos quasiment.

C’est à fond les manivelles, que Chauguise et Crafougnard sont arrivés au pied du modeste immeuble un peu délabré, ils ont monté les trois étages menant à l’atelier de rapin, situé sous une verrière.

Sans ménagement, et d’un seul coup d’épaule, Julien a fait sauter la pauvre serrure de l’appartement. Endormie, droguée sans doute, Juliette est allongée sur un sofa miteux, drapée dans un tissu de velours grenat, et face à elle devant son chevalet : Gérard Meissonnier peignant un pot de géraniums posé sur une cimaise !

- Ah ! C’est vous, commissaire ? C’était pas la peine de défoncer la lourde : elle n’est jamais fermée ! Votre fille est une femme-fleur ! Regardez, je suis en train de la peindre.

Julien s’est précipité vers Juliette, elle dort paisiblement, sans doute le cinglé l’a t-il chloroformée ? Elle est habillée.

Dérangé certes, mais pas pervers le rapin, il ne l’a pas touchée, articule Julien qui lève les yeux vers son patron, au moment ou celui-ci décroche une droite magistrale au peintre qui s’écroule d’un coup !

- Tiens, c’est un acompte avant la douche froide qui t’attend à Charenton (2).




1) Les hirondelles étaient ce que nous appelons aujourd’hui des « ilotiers », ils roulaient sur des bicyclettes de marque « hirondelle » d’où leur surnom.

2) La ville de Charenton abritait à cette époque, un hôpital psychiatrique.

(cht'iot crobard Andiamo 2011)

lundi 28 février 2011

Mam'zelle KesskadieRendez-moi mon innocence !

Non, pas l'innocence de la vierge, ciel qu'avoir su, nous aurions eu tant de plaisirs coquins, mais mon innocence télévisuelle.

Que vaut ce cri déchirant devant la télévision ? Le bâillement de la défaite de la crédulité. Cachez ce tour de scénario que je ne veux pas voir.

Bref, je ne suis plus capable de ne pas être surprise quand le héros passe pour mort cinq minutes avant la fin. Hého, on n'est pas des imbéciles! Il va falloir le ressusciter pour la suite et pour que les produits dérivés soient rentables, c'est mieux de ne pas voir le héros en photo avec les yeux sortis de la tête avec la langue qui pend sur le côté (voir photo des têtes d'orignaux ou de chevreuil que les chasseurs mettent sur le toit de leur jeep. De quoi décourager le plus neurasténique zhumains et de quoi menacer les petits veaux : tu vois ce qui va t'arriver si tu manges trop ?).

Et vous imaginez le talk-show? Alors, mourir, c'était comment pour vous ? Aussi agréable que pour nous ? Ref : le gars qui dit à la fille, alors, chérie, c'était comment ? La première fois. Parce que la troisième, il ne dit rien, il ronfle comme une femme ménopausée en sur-poids.

AH! Voici l'histoire imprévisible de 4 ou 5 parias, le nombre dépend du salaire de chacun, si on n'a pas Bruce Willis qui fait tout à lui tout seul, on engage 5 qui se partageront le salaire et les méchants. J'aimerais savoir comment ils répartissent les fusils. J'imagine les voir se chamailler : c'est à mon tour le AK-47 dit le noir chauve Ben oui, le noir est toujours chauve, il ne peut pas tout avoir ! Il en faut un qui ait la chevelure du prince, un qui ait les lunettes noires, un qui ait le T-shirt déchiré, un beau, un laid, et dépendamment du budget, un déprimé. En général, ils se passent du déprimé, ou ils le font mourir assez tôt. Ça équilibre le scénario, le genre humain et quelle morale : si vous tenez à la vie, tenez bien votre arme ! Si vous n'y tenez pas trop, passez la à gauche ! (NDLR : je travaille en santé mentale avec des gens suicidaires. Svp, ne pas leur montrer mon texte).

Je laisse ici le soin à votre expérience française des stéréotypes de conclure ce que le noir a que les autres n'ont pas, ou en moins.

Il y a toujours un des compagnons qui s'éloigne parce qu'il ne croit plus au projet environ aux trois quarts du film. Ben tin. Il en faut un qui vienne les secourir à la dernière minute, donc, il faut qu'il fiche le camp de l'action, le scénariste va espérer qu'on a oublié qu'il doit revenir et zou, il apparait pour tuer par derrière le Méchant Dr Je-veux-être-Bond-à-la-place-de-Bond.

Des fois, il y a une fille. Des fois, elle est méchante, mais des fois, elle est gentille. En général, le père de la fille est quelqu'un d'important qui a été kidnappé, tué, torturé, je ne sais pas moi, en tout cas, elle a de la grosse peine. Si elle fait partie des méchants, ou elle couchera quand même avec un des bons, ou elle n'est pas vraiment méchante et on n'a pas besoin qu'un des gars sacre le camp en plein milieu de l'action pour tuer par derrière Dr Je-veux-gna-gna, parce que c'est elle qui va le faire. Par contre, si c'est elle qui tire, un des bons va quand même la sauver de quelque chose, en général, le sous-secrétaire jaloux du patron Mr. Je-voudrais-être-Dr-Je-veux-être-bond-à-la-place-de-Bond.

Le scénario se passe l'été. Ben, tsé, se promener les muscles à l'air par moins quarante au Canada, ça gèle un peu l'action. Et se promener avec une doudoune de duvet, on a beau mettre des lunettes de soleil, c'est moins sexy. Ça donne un prétexte pour le torride, la sueur, les bikinis et justifie le fait que les méchants parlent français avec un accent étranger, mais vraiment étranger, pas québécois. Nous, les québécois, on fait de très mauvais méchants, on donne plutôt dans les tarés voir Romaine au Canada.

Il faut aussi un bal. Comme les héros sont fauchés, et comme le bal n'est pas censé être dans leur plan du départ, c'est bien que les héros soient des hommes masculins. Sinon, vous voyez le topo ? Cinq filles qui se cherchent une robe de bal pour un bal qui aura lieu dans trois heures moins cinq minutes ? Remarquez que là, ça serait un vrai film d'action pour filles... par contre, je m'égare, nous en sommes aux stéréotypes.

Donc, il y a le bal. Tous les gars ont des costards (han ? Non mais qui c'est qui fait des progrès en français, han ? Han ?) qui leur vont bien. Pas un qui a la culotte trop courte ou trop longue. Comment ça se fait qu'ils y arrivent à la dernière minute alors que dans les mariages prévus depuis des lunes, les hommes trouvent le moyen d'avoir l'air idiot et mal habillés ? Et il n'y en a pas un qui se plaint de la cravate, en plus ! C'est là qu'on voit que c'est un film.

Ensuite, l'action.

Pourquoi, diantre, les policiers crient toujours le nom du suspect quand ils sont hors de portée, ce qui fait que le suspect se met à courir et eux doivent détaler après ? Parce que c'est un show de lapins ! (mouhaaaaaaaahahahhaaha !)

Je regardais justement un des lapins courir dans une ruelle (c'est fou ce que les grandes villes ont de ruelles quand on se fait courir après par un poulet à qui on veut poser un lapin ! Mouuahahahahaha, je pense qu'il est temps que cette chronique achève). Et je me demandais pourquoi la scénariste avait laissé traîner une cannette de Coca-cola par terre.

Rép : Parce que c'est un produit "placé". Coke a payé trois mille dollars par seconde où on voit une cannette de coke. Pas une ligne, une canette. Spèces de voyous que vous êtes. Et qu'ensuite, ça fait une marque naturelle pour le lapin qui court pour bifurquer avant d'entrer en collision avec la caméra. Tu vois mon chou ? Lui a dit la scénariste : tu détalles, svp, ne tire pas la langue, et quand tu vois la cannette, tu tournes à droite. Pourquoi pas à gauche ? Aucune idée. Faudrait voir si la droite du coureur correspond à la droite du décor par rapport à la gauche du caméraman et si le monteur ne déplace pas l'action en faisant tourner le lapin policier du côté opposé à l'angle droit de l'hypothénuse.

Je m'égare. Moi, voyez-vous, la droite, la gauche, je suis toujours un peu perdue géographiquement, mais pas dans le scénario, je suis et je devance !

Je me demande aussi pourquoi le policier ne part pas à courir avant d'interpeller ? C'est vrai que ça ferait moins glamour : Monsieur pffp pfff Dupont! Pff pfff Police! Pfff pfff. Ne déguerpissez pas pff pfff je suis déjà en train de courir pff pfff.

Tiens, ça serait bien. Et Dupont l'attend et quand il arrive en courant , lui fait un croc-en-jambe avec son soulier Nike, l'assomme avec son Ipad, sort son Iphone et tweette à ses potes (autre mot français placé, ciel, je suis prête pour un retour à Paris !).

Faites gaffe, le scénario a des changements.

jeudi 24 février 2011

Tant-BourrinLes Blogbobandes dessinées (4)

Ça faisait longtemps que je n'avais pas publié ici mes petits miquets (cf. les livraisons 1, 2 et 3).

Et puis, tout d'un coup, ça m'a démangé d'aller refaire un tour sur , le site qui aide les gros nuls en dessins comme moi à se la péter !

Blogbobander, ça vient comme une envie de pisser ! :~)




Tant-Bourrin : caca bouddha


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Mam'zelle Kesskadie : laisse-moi devenir l'ombre de ton chien


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Saoul-Fifre : mutants modernes


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Andiamo : la soupe à la grime-âge


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Tant-Bourrin : myope, la boum !


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Mam'zelle Kesskadie : complètement pommée


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Saoul-Fifre : comme une boisson dans son bocage


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Andiamo : elle avait des faux-cils


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dimanche 20 février 2011

Saoul-FifreBon Anniv' Olivier

Je vous ai déjà parlé de mon débarquement dans cette Provence accueillante comme un digicode plein de vomi. L'accent chantant et le sourire plein de dents, c'est la vaseline pour faire passer l'esprit de lucre et la détestation de l'étranger. Je m'y sentais comme un poisson des tropiques paumé au milieu d'un banc de sardines au large de la Laponie.

Et avec le recul, en y ayant réfléchi longuement et calmement, la petite lueur boréale qui me fut promesse d'un peu de chaleur humaine se nommait Olivier.

Nous étions collègues, embauchés presque en même temps dans cette petite boite de monteurs en téléphonie. Le patron était raide, je n'avais jamais rencontré un salaud pareil, un vrai rat, il avait d'ailleurs une gueule de fouine. Le boulot était dur, on était poussé au cul, il fallait lui construire des installations impecs, sans malfaçons, le pire étant de retourner sur un chantier et de se farcir le sourire sardonique de l'abonné qui s'était plaint "à qui de droit" de billevesées.

Aujourd'hui, on parlerait de harcèlement mais à l'époque, on baissait la tête et on serrait les dents. De toute façon, dans une petite entreprise de moins de 10 salariés, on savait qu'on avait droit à rien et que la moindre plainte ne nous obtiendrait qu'un doigt nous montrant la porte. Dans cette ambiance glauque, et si on y ajoute mon statut d'immigré de frais, and a long way from home, avoir un bon copain était une chance extraordinaire.

Olivier connaissait bien le secteur, l'emplacement des centraux, des sous-répartiteurs. Ça n'a l'air de rien, mais ce genre de connaissances valait de l'or en barre. On était lâchés dans la nature, sans aide. Le listing avec adresses précises existait bien mais était jalousement gardé par les gars de France Télécom. Et merde. Le boulot était suffisamment dur comme ça pour que l'on ne perde pas 2 heures à chercher tout au fond d'un lotissement ou d'une cave l'armoire bien cachée où nous devions tirer nos "ficelles"?

On nous donnait trop de travail, bien sûr sans primes de rendement ni heures supplémentaires. Nous étions "mensualisés" et je rentrais souvent à la maison à la nuit, n'ayant même pas pu tout faire. C'est Olivier qui m'a "déniaisé", m'indiquant la rentabilité correcte d'une journée, celle qui ne me ferait pas engueuler le lendemain. C'est lui qui m'a appris à rendre des dossiers "abonné absent", pas vu pas pris, en m'approchant à quatre pattes des boites aux lettres pour y glisser un "avis de passage". Des installations que nous n'avions absolument pas le temps matériel de terminer.

Un imbécile a fait chanter un jour à un surexcité "La solitude, ça n'existe pas". Oui mais quand on s'expatrie, c'est un peu dur au début quand même. C'est encore Olivier qui m'a refilé les premiers éléments de ce qui devait devenir un réseau d'amitié en béton précontraint, fidèle, généreux, sur qui nous pouvons toujours compter vingt-cinq ans plus tard.

Grâce à la gestion pointue de cette bestiasse de patron, la boite fit faillite, je m'orientai vers l'agriculture mais Olivier resta dans le milieu de la téléphonie. Il en gravit les degrés, technicien, chef d'équipe, de chantier, de secteur pour finir par monter sa propre boite, récemment. Un vrai gars du combiné. Nous n'avions pas encore de portable , ni nous ni nos enfants, qu'Olivier jonglait déjà avec deux ou trois de ces engins, à usage privé ou professionnel. Ils sonnaient à tout bout de champ, en plein milieu du repas... On ne mouftait pas, c'était normal, c'était Olivier.

Là il a le dernier et l'avant-dernier I-phone. Avec sa clef G3, son mur Facebook et ses nombreuses applications, on dirait un gros bébé pourri-gâté au pied d'un sapin de Noël. Mais c'était son anniversaire, là. Quel cadeau offrir à quelqu'un qui a tout ? À un vrai gars du téléphone qui a, comme moi, commencé sa carrière en bas de l'échelle, à planter des poteaux à la barre à mine ?

La qualité du matériel PTT n'est plus à démontrer. En galvanisé massif, ça ne bronche pas sous les intempéries, ça résiste à tout. Olivier m'ayant toujours aimablement fourni ces diverses pièces désormais cultes, pour mes bricolages à la ferme, je décidai de le remercier par une œuvre faite avec ces boulons, ces tire-fonds, ces tendeurs, ces plaques de serrages, ces cornières à trous que nous avons tellement utilisés quotidiennement que, même écartelés, démembrés, tordus, soudés, sciés, j'étais bien certain qu'il les reconnaitrait comme frères au premier coup d'œil.

C'est une fille qui danse. C'est un peu le symbole de la femme idéale qu'il cherche avec constance et acharnement depuis qu'il est né. Il en a essayé suffisamment depuis mais, jouant de malchance, ce n'était jamais la bonne.

Celle-ci est solide. Mon souhait est qu'elle lui fasse de l'usage.

mercredi 16 février 2011

AndiamoLes magnans

Le plateau de Peyrebeille, le haut Vivarais. L’hiver a été rude, Mathilde a surveillé avec un soin jaloux les graines qui ne sont autres que les œufs du Bombyx du mûrier.

Pour les tenir au chaud, afin de favoriser l’éclosion, elle a disposé ces œufs dans un petit sac de toile fermé par un lacet : une coulisse, servant également de lanière, puis précautionneusement elle a glissé le petit sachet entre ses seins généreux. « Bien au chaud » comme elle dit, en riant aux éclats !

Quand les œufs écloront, donnant naissance à des vers blancs que l’on nomme ici : magnans (goinfres en Provençal), commencera le véritable travail. Il faudra les nourrir, car ils sont voraces, et leur nourriture c’est la feuille du mûrier. Il faut en cueillir énormément, à s’en arracher la peau des mains.

Quatre repas par jour, c’est leur ration !

Quand ils se nourrissent, leurs mandibules font un tel vacarme qu’on les entend dans toute la maison. Il est vrai que seul un plancher de châtaignier, sépare le grenier du reste de l’habitation.

Ce châtaignier, le bois dans lequel l’Ardéchois naît, le bois dans lequel l’Ardéchois meurt. Ce bois sert aussi bien à fabriquer les berceaux, que les cercueils ! Et entre deux, il les nourrit, c’est l’osmose parfaite entre l’homme et cet arbre.

Pourtant cette tâche est nécessaire, même vitale, dans ces régions désolées aux hivers si rudes, où la terre est peu généreuse.

Les « échamps » comme on les nomme par ici, ce sont les terrasses cultivées, taillées à flanc de montagne. Au moindre orage, il faut remonter la terre, à dos d’homme pour les plus pauvres, à l’aide d’un âne ou d’un mulet pour les plus nantis.

Lorsque les vers auront tissé leurs cocons, un long fil de soie, de huit cents à mille deux cents mètres de longueur ! Il faudra les ébouillanter, pour tuer la larve, et récupérer les cocons de soie, puis les envoyer à Lyon. Cette soie qui vêtira les bourgeoises de la « haute », après être passée entre les doigts habiles des canuts.

Ce travail épuisant, harassant, rapporte quelques sous. Cet argent sert à se procurer les choses que l’on ne produit pas soi-même, comme les outils ou un âne pour aider aux tâches. Pour le reste, c’est l’autarcie, quelques poules ou lapins, un cochon, sa pauvre terre pour les légumes. La vie des paysans à la fin du XIXème siècle, ça n’était pas celle des images toutes faites, dans l’esprit des gens d’aujourd’hui, qui pensent que c’était une vie « saine » au grand air à bouffer bio.

Que nenni, on ne bouffait pas à sa faim ! Les pommes et patates qui passaient mal l’hiver, et qu’il fallait manger, quand bien même elles étaient un peu moisies, sous peine de crever de faim ! La viande pas tous les jours… Loin s’en faut.

Les soirs d’hiver, on se serrait devant la cheminée, le ventre cuit, le dos glacé, les mêmes histoires ressassées cent fois, les mains toujours occupées, éplucher les châtaignes pour la soupe du lendemain ou le filage pour les femmes. Sur ces plateaux du haut Vivarais, il fait « un froid de loup » à la mauvaise saison, le reste de la maison n’est pas chauffé, alors on ne traîne pas pour aller au lit, récupérer un peu de chaleur.

Mathilde a surveillé les magnans avec un soin jaloux, après leur éclosion, aidée en cela par sa fille Cécile, la cadette Nicolette est encore trop jeune pour aider.

Un matin, alors qu’elle distribue les feuilles de mûrier récoltées dès potron-minet, elle aperçoit dans le grouillement blanchâtre, un magnan plus gros que les autres et légèrement orangé.

Il ne se nourrit pas de feuilles, mais attaque et mange les autres vers. Elle le prend délicatement, puis s’apprête à l’écraser d’un coup de talon, craignant une maladie quelconque, pouvant anéantir le reste de l’élevage.

Le magnan entre son pouce et son index, elle le porte à hauteur de ses yeux. Elle ressent une douce chaleur à l’extrémité des ses phalanges. Étonnant, car habituellement ils sont froids !

Elle renonce à le jeter à terre, elle est comme « vapée », des images multicolores s’enchevêtrent dans sa tête, un bien-être l’envahit. Délicatement, elle repose le ver parmi les autres.

Les magnans ont bien « profités », ils ont quasiment augmenté leur taille initiale de près de quatre-vingts fois ! Alors ils s’agrippent aux branches que l’on a arrimées, et commencent à tisser leur cocon de soie.

C’est la phase la plus délicate. Ils tissent leur cocon durant quarante-huit heures environ, et ce sans interruption. Un orage peut tout gâcher, le bruit les dérangent, ils peuvent interrompre leur tissage à tout moment.

Le magnan orangé lui continue de se nourrir, n’ayant plus de vers à sa disposition, il s’attaque aux cocons et dévore les larves présentes à l’intérieur. Mathilde l’a isolé dans un coin du grenier, c’est son petit secret, pourquoi fait-elle cela ?

Elle-même n’en a aucune idée, elle le fait : c’est tout !

Le « collecteur », comme on le nomme ici, est passé, il a pesé la récolte, cinquante kilos seulement, c’est une toute petite année ! Il a estimé la qualité, a donné quelques pièces, emporté les cocons…

Ce matin, Mathilde, comme à son habitude, se rend au grenier. Surprise ! SON magnan a commencé à tisser son cocon, une teinte orangée comme lui, il est énorme. Il faut dire que le vers était gros lui aussi, deux fois plus imposant que ses congénères !

Le soir avant de se coucher, Mathilde, prétextant un rangement, lampe à pétrole à la main, se rend au grenier. Le cocon est là, énorme, de la taille d’un bonnet de dentelle, comme ceux que l’on met aux nouveaux-nés.

Elle est comme fascinée. Sa main se porte vers l’étrange pelote, puis son geste s’arrête. Dans sa tête, les mêmes images qu’il y a un mois : kaléidoscope de couleurs enchevêtrées. Elle reste prostrée.

- Alors, qu’est-ce que tu fiches ? Tu vas descendre, oui ?

C’est la voix de Fernand, son mari, qui l’appelle depuis le bas de l’escalier.

Fernand, ça n’est pas un malin. Aujourd’hui, on dirait qu’il est brut de décoffrage, un peu rustre, primaire, mais courageux. A la tâche, il vaut deux hommes dans la force de l’âge.

Avec Mathilde, il est gentil, pas prévenant, ça n’est pas bien la coutume que les hommes se laissent aller à montrer leurs sentiments, mais il l’aime bien, Mathilde le ressent.

- Ho !

Elle se secoue.

- J’arrive ! lance-t-elle.

Les jours suivant, rien ne change, le cocon est là, figé, lente métamorphose...

Puis au matin du trente-deuxième jour, Mathilde comme à son habitude se rend au grenier. Le cocon orangé est éventré.

Dans la caisse, une chose bizarre : quinze centimètres de haut environ, un œil unique et noir comme le jais, qui la fixe. L’étrange kaléidoscope se remet en route dans sa tête, des images de sang, de viande, de nourriture, de sang frais : manger… Tout de suite…

Mathilde se rend au poulailler, elle est dans un état second, Fernand est aux champs, sa fille garde les trois malheureuses chèvres. Elle se saisit de l’une des poules.

La volaille tenue par les pattes, elle rejoint le grenier, dépose le poulet dans la caisse hébergeant la drôle de créature. D’un mouvement brutal et rapide, cette dernière a bondit sur la galline et l’a saignée comme le ferait une belette.

Mathilde est horrifiée, mais aussitôt des images colorées et apaisantes envahissent son esprit, elle se calme, se détend, et sourit même à l’étrange chose qui se délecte du sang de sa victime, que quelques soubresauts agitent encore.

Le lendemain, Mathilde occupée à « tremper » la soupe, ressent tout à coup l’impérieux besoin de se rendre dans la remise, là où sont alignés les clapiers. S’essuyant les mains sur son tablier, elle cesse son travail et, tel un automate, se dirige vers les petites cages. Elle ouvre l’une d’elles, saisit un beau lapin par les oreilles, puis entre dans la maison, toujours dans un état second, grimpe l’escalier menant au grenier et, devant la caisse de son magnan, elle pose le lapin devant la "chose" qui se précipite sur sa proie et la saigne immédiatement.

Deux jours se sont écoulés, Mathilde « entend » à nouveau l’appel de la bête. Lentement, elle gravit l’escalier, retrousse sa manche, s’approche de la caisse.

La bouche collée à la pliure de son avant bras, les dents aigües ont facilement trouvé la veine, la "chose" se repait du sang de la femme.

C’est alors que Nicolette, sa fille cadette surgit, sa tête est coiffée d’une casserole en cuivre, elle joue à la guerre, avec le Toine, le fils du voisin.

- Maman ! Qu’est-ce que tu fais ?

Mathilde ne répond pas, elle est dans un état second.

La chose veut prendre possession de l’esprit de la fillette, malgré ses efforts elle n’y parvient pas, le « casque » en cuivre fait obstacle ! Horrifiée, Nicolette s’approche…

- Laisse ma Maman ! hurle-t-elle. Puis se saisissant de l’un de ses esclops, elle commence à frapper l’horrible bestiole, qui lâche prise, se pelotonne sous les coups furieux de la fillette.

Un coup plus violent, le crâne éclate, un dernier soubresaut, la « chose » est enfin immobile.

Mathilde revient à elle…

- C’est quoi ça ? murmure-t-elle en regardant la bouillie informe allongée dans le fond de la caisse.

- J’sais pas M’man, mais elle te faisait bobo !

(ch'tiot crobard Andiamo 2011)

samedi 12 février 2011

Mam'zelle KesskadieCe qu'on apprend chez les Ursulines

J'ai cinquante et un ans. Vous le savez, non pas parce que vous avez une excellente mémoire, mais parce que je mémérise à tout bout de champs avec mon âge. Ne vous en plaignez pas, quand je change de mémérage, c'est mon poids ou mon célibat (même en kilos, mon poids reste supérieur à mon âge, ne l'ébruitez pas). À tout prendre, prendre le chiffre le moins haut, celui de la balance ou du certificat de naissance.

Donc, ayant toujours été douée pour les questions existentielles et assez peu pour les réponses, je continue à les poser. C'est ainsi qu'un lundi pm, encore à la course joual vert (ch'val vert est un sacre, un juron) entre une commission et le chaudron que je dois rendre à ma mère, je me retrouve au CLSC (centre local de service communautaire), avec ma mère. La question : quand est-ce que j'apprendrai que ??

Voyez le contexte : merci maman pour ta soupe. Si j'ai deux minutes pour une petite commission ? (voir leçon précédente sur la traduction simultanée du langage maternel, le non n'existe pas dans la réponse de la fille. Sauf dans la locution : "Non, ça ne me dérange pas"). Ok. On y va. Au CLSC.

- Maman, il faut prendre un numéro.

Mère : non, non, c'est juste une petite chose que j'ai à demander.

- Maman, on prend un numéro et on va attendre dans la salle d'attente.

Mère n'écoute pas. Elle est à un pied (environ 30 cm) derrière le monsieur qui est en train de se faire servir au guichet. Elle prépare l'offensive et se montre à la préposée par la gauche du monsieur. Celle-ci ne bronche pas. Mère recule et pince les lèvres. Houille! Un pincement de lèvres maternel est synonyme de guerre déclarée. Elle se déporte à la droite du monsieur qui raconte quelque chose au sujet de sa facture de téléphone (non, les CLSC ne s'occupent pas des factures de téléphone, juste des messieurs qui jasent). La préposée l'ignore encore. Mére recule, croise les bras. Me regarde. J'agite le numéro que j'ai cueilli. Elle fait sa préposée au guichet et m'ignore.

Un monsieur entre derrière nous. Il me regarde. Maman le regarde avec l'air de dire : prenez votre tour, c'est moi qui est ici. Croyez-moi, ma mère sait se faire comprendre !

La salle d'attente est bondée.

Vous pensez que le tout influence la détermination de Yolande ? Autant que cela influence la facture de téléphone du monsieur devant nous, qui a fait du progrès, il a remis son porte-feuille dans son pantalon. Il ne lui reste plus qu'à boutonner son manteau d'hiver, ajuster son foulard, mettre un gant, l'autre gant. J'cré ben que j'ai appris son numéro de téléphone par cœur par le temps qu'il y arrive.

Ma mère voit une éclaircie, c'est-à-dire que le sieur a jeté un coup d'œil à la porte. Elle se précipite, non, elle ne le bouscule pas, elle le contourne. Quand même ! Ma mère a fréquenté l'école normale des Ursulines de Québec ! (je vous parlerai un jour de cette fréquentation dont je connais plus de détails que celle qu'elle a eue avec mon père).

Madame, dit-elle de sa petite voix de vieille, en tendant sa main de petite vieille qui a un papier recyclé où elle a noté qu'elle devait venir au CLSC chercher une barre d'appui pour entrer dans le bain (barre que j'ai amplement prescrite aux petits vieux du temps que j'étais ergothérapeute en CLSC. Le destin se venge, que personne n'en doute !) et déclare sur un ton de petite vieille auquelle tu ne vas quand même pas rien refuser : "je ne prendrai pas beaucoup de temps".

La préposée, nullement émue, beaucoup d'expérience dans la petite vieille pressée, n'en démords pas. Prenez un billet.

La face de ma mère ! Non seulement un pincement de lèvres, mais un menton relevé, un sourcil froncé, et un bras qui ramène la sacoche sur son devant, signe d'indignation et de mécontentement profond.

Moi : Maman, tout va bien, regarde, j'ai un numéro, viens on va aller s'assoir.

Mère dubitative regarde le monsieur après nous et se rend devant le fait que lui non plus n'ira pas directement à la préposée. Elle vient de perdre une bataille, mais pas la guerre.

Elle s'assoit. Je la regarde dans les yeux et articule : Maman, reste ici. Je vais aller téléphoner à mon client, tout va bien.

Tout va bien... Quelle fantaisie que de penser que la fille de Yolande va être en retard à cause que la préposée ne veut pas entendre que ce que demande ma mère, c'est juste une petite chose !!!! Que le reste de la salle d'attente ait des préoccupations ne lui traverse ni l'esprit, ni la collaboration, encore moins , le désir d'obéir à une règle qui ne s'applique pas à son cas.

Point.

Donc, elle se retourne vers son voisin le plus immédiat, et croyez-moi que dans la salle d'attente, les sièges sont assez immédiats, merci, et lui demande de changer de billet.

Il a l'outrecuidance de refuser !

Moi, riant pas trop fort, dur combat, je lui dis : comment ? Vous osez refuser à ma mère ?!

Lui, pas trop certain, mais rassuré quand il m'entend rire. Au fait, je me demande de quoi il avait peur, de mon gabarit, de mon rire ou de ma mère.

Toujours est-il que je lui redis de rester tranquille, que j'allais téléphoner et que je reviendrai dans cinq minutes.

Évidement, toute la salle d'attente suivait le déroulement du tragi-comique incident, qu'est-ce qu'il y a d'autres à faire ? Surtout pas de se mêler de ses affaires ???

Donc, je vais à l'auto, je téléphone. Le tout a duré au moins trois minutes quarante secondes. Je me précipite pour aller tenir compagnie à ma mère, qui elle, sort triomphalement avec sa barre d'appui.

Ben oui, un monsieur a eut pitié et lui a offert (qu'elle dit) son billet pour qu'elle passe plus vite.

Bon, j'ai réussi à ne pas trop rire et à reconduire sécuritairement ma mère chez elle.

J'ai cinquante et un ans, disais-je, et j'en ai encore à apprendre sur le savoir-faire de ma mère. Hi que j'ai hâte d'être vieille et de marchander mes billets !

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