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mardi 3 février 2015

FrançoiseFaites l'humour, pas la guerre

Marcel Bozec s'asseyait à côté de moi à l’École nationale des Services du Trésor (ENST) où nous étions Inspecteurs stagiaires. Ce Breton pur beurre avait la particularité originale d'exhaler en permanence une forte odeur de cassoulet, agréable avant midi, légèrement écœurante à 15h, et la particularité plus répandue de lever le coude avec des alcools à plus de 40° qui le laissaient quelque peu H.S passé 22h. A tel point que lors d'une soirée arrosée, nous l'avions enfermé, endormi, dans un des sacs postaux transportant le courrier de l'ENST. Il s'était réveillé à l'aube sur un tapis roulant de tri postal devant les facteurs médusés!

Un jour, Marcel me dit : « Tu connais la bande à Charlie ? J'habite juste à côté. »

C'est ainsi que je pénétrai en 1973 au 10 rue des Trois-Portes, dans le 5ème et fis la connaissance de ces gaillards ô combien paillards, nettement plus vieux que moi mais plus potaches que des collégiens hyper pubères : Cavanna, Bernier dit Choron, Gébé, Reiser, Wolinski, Cabu, Willem ... Durant 5 ans, j'y allai très souvent les soirs de bouclage, posai pour des photos dans « Hara-Kiri mensuel » et finis par bosser trois ans pour « la Gueule Ouverte », hebdomadaire d'écologie politique où officiaient également Isabelle, première femme de Cabu et Fournier (mort à 35 ans).

Cette bande n'était pas issue de milieux intellectuels, encore moins parisiens. Cavanna, rital fils de maçon, Gébé employé à la SNCF, Choron ancien légionnaire, Reiser élevé sans père dans un milieu de femmes dont il me disait: « Pour elles, se reposer c'était s'asseoir pour écosser les petits pois. », Wolinski pied-noir très tôt orphelin de son père juif polonais, tous avaient une vision lucide du monde parce qu'ils étaient passés de la pauvreté à l'aisance et voyaient la différence. Croquée dans une planche de Reiser sur « les riches et les pauvres » dont une phrase: « Les riches bronzent, les pauvres ont des coups de soleil » résume en un trait l'inégalité et l’humiliation…

Ce Charlie s'est arrêté en 1982, faute de sous et de lecteurs. Comme aurait pu s'arrêter bientôt celui d'aujourd'hui, faute de sous et de lecteurs. Si tout le monde est Charlie aujourd'hui, bien peu l'étaient il y a 6 mois, et ça souciait bien Charb, en ajoutant à l'atmosphère menaçante dans laquelle il vivait, des problèmes de gestion dont il se serait bien passé…

Entre les deux, il y eut la période Val, rue de Turbigo, où l'hebdo perdit beaucoup de son insouciance. Finis les « soirées bouclage » délirantes où les portes s'ouvraient dès la couverture trouvée pour laisser entrer qui voulait boire, manger et plus si affinités, les éclats de rire tonitruants firent place à des notes de service affichées dans la salle de rédaction…

Tout a été dit et écrit depuis le 7 janvier sur le Charlie actuel. Moins sur celui d'avant, de l'époque où ni les religions ni l'économie ne saturaient l'actualité, ce qui leur laissait du temps pour réfléchir à l'utilité du travail, de la consommation, aux conditionnements qui nous minent, à l'amour, bref à la vie... sans ligne politique autre que la lutte contre « la connerie » chère à Cavanna (La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons ») et pour seule arme l'humour, politesse du désespoir qu'inspire parfois l'état du monde. Mais un humour brut, voire brutal et de mauvais goût : « L'humour est féroce, toujours. L'humour met à nu… L'humour est un coup de poing dans la gueule. L'allusion, l'ironie, la rosserie bien française nous semblaient pipi de chat. Rien n'est tabou, rien n'est sacré. Foutons dehors à coups de pied au cul les vieux interdits, à commencer par le bon goût. C'est du pire qu'il faut rire le plus fort, c'est là où ça fait le plus mal qu'il te faut gratter au sang. (Cavanna, « Bête et méchant, Belfond/ Livre de Poche).

Ce talent à être « bêtes et méchants » sur le papier ne les empêchait nullement d'être attachants dans la vie, parfois attachiants, c'est le propre des natures entières. Ils rêvaient d'une société plus ouverte et sans tabous, mais pas de prendre le pouvoir.


Je me souviens de Wolinski m'expliquant que son obsession des femmes venait de ses frustrations adolescentes : « Je suis juif né à Tunis, pied noir, ni très grand ni très beau. Ça cumule les handicaps pour plaire aux filles ! A présent que je publie mes dessins, elles se bousculent au portillon, alors je me rattrape. » Il n'en revenait d'ailleurs pas d'être aimé de sa blonde Maryse à qui il voulait offrir tout ce qu'elle souhaitait, « même toute la collection des valises Vuitton si ça lui fait plaisir ! »

Je me souviens de l'appartement de Reiser, dans le 14ème, éclairé à l'énergie solaire (un précurseur!). Nous avions parlé deux heures durant des femmes qu'il dessinait souvent plus grandes que les hommes parce qu'il les trouvait plus malignes. Il avait eu des mots intenses sur le chagrin d'amour, « le plus injuste qui soit, parce que tu n'as rien fait pour qu'on ne t'aime plus, tu souffres atrocement et tu ne peux pas obliger l'autre à t'aimer ». Je me souviens de son sourire lumineux la dernière fois qu'on s'est croisé sur un quai de métro : « Faut qu'on se voit vite, je t'appelle ». Il marchait bizarrement ce jour là, je me suis demandé pourquoi et j'ai compris quand peu de temps après j'ai appris qu'il était mort à 43 ans d'un cancer des os. Charlie-Hebdo avait titré : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ». « Reiser : je ne serai jamais un vieux con ». Là encore, rire de tout, même au plus fort du chagrin.

Je me souviens du jour de bouclage tombant un 21 janvier où ils m'avaient fait la surprise d'une énorme tarte aux fraises pour mon anniversaire sur laquelle Wolinski m'avait assise comme la cerise sur le gâteau. Mon éclat de rire quand Choron trouvait que je buvais trop, et sa réplique : « Ça fait 30 ans que je bois, c'est foutu pour moi, mais toi, tu es jeune, ne te gâche pas. »

Je me souviens de deux journalistes venues l'interviewer. Nu comme un ver, excepté son fume-cigarette, comme souvent après le bouclage, Choron s'était avancé pour leur serrer la main et les avait vues reculer, effarées. «  Ben qu'est-ce qu'elles ont ? » - T'es à poil, avait commenté sobrement Cavanna tandis que Reiser et Cabu se tordaient de rire comme des gamins qui jouent à « caca-boudin ». Les féministes les trouvaient machos et vulgaires, ils étaient juste paillards, sans une once de mépris pour les femmes. J'appréciais leur gourmandise joyeuse pour le sexe quand partout ailleurs on le culpabilisait comme un vice ou une violence.

Je me souviens de Cabu croquant fébrilement des scènes de rue aussi rapidement que s'il les avait filmées, avec un sens du détail qui échappe parfois aux caméras. Son œil enregistrait tout avec une clairvoyance subjective.

Et puis Gébé, mon préféré, caricaturé par Gotlib dans la Rubrique-à-Brac (le commissaire Bougret, c'est lui), son univers insolite, surréaliste, ses mots d'une précision de scalpel, sa sensibilité affûtée, son sourire ravageur. Une nuit entière passée à bavarder en bord de Seine... Nos déjeuners rituels pendant 30 ans d'amitié. Fin janvier 2004, il espérait qu'on puisse se voir début février. «  Je ne te promets rien, tu sais. Se sentir mieux avec un cancer, ça veut juste dire qu'on a moins mal ou qu'on a pu manger normalement. » Il est mort en avril 2004. Son livre « l'An 01 » lu et relu a fondé mes désirs de société solidaire, chaleureuse et joyeuse, surtout, joyeuse.

En mars 2004, au Salon du Livre, j'avais parlé de Gébé avec Cavanna: « Pauvre petit Gébé, avait-il dit, si discret que les gens n'ont pas assez vu son immense talent. » C'est aussi lors d'un Salon du Livre, plus tard, que Cavanna m'a fait ce si subtil compliment: « Le temps est galant avec toi .»

Je me souviens que Charb et Cabu, retrouvés en 2012 sur France-Inter dans le « Bazar organisé » par Laurence Garcia ne cessaient de dessiner des grivoiseries sur les assiettes en carton du petit déjeuner et proposaient à Laurence d'aller les afficher dans le bureau de Philippe Val. Cabu n'avait pas changé de tête, de sourire et de tenue. Il a réussi cette prouesse Brelienne de devenir vieux sans être adulte : « Une heureuse nature, Cabu. Son rire est toujours là, pas bien loin, prêt à fuser… Il trimballe une dégaine escogriffe qui use les fringues du grand frère, superpose les pull-overs tricotés par la tante restée demoiselle, une tignasse de chien briard taillée au bol… Cabu est resté le môme qui traîne son cartable sur le chemin de la communale… fendu jusqu'aux oreilles aux cochonneries que lui débite un copain.(Cavanna, opus cité)

Ils auraient bien ri d'être traités en héros et en militants, eux qui refusaient les étiquettes, le pouvoir, la guerre et les dogmes et voulaient simplement vivre libres et heureux.

jeudi 29 janvier 2015

AndiamoEden Blues

J'ai choisi cette chanson parmi les centaines qu'Edith Piaf a chanté, parce qu' elle est très peu connue, et que la mélodie est sublime à mes oreilles, pour le moins.

J'ai eu un jour la chance de croiser Edith Piaf, c'était un soir à Juan-les-Pins (Rouane les Pines avec l'accent ibère), je dînais à la terrasse de "l'oustaou" (pub gratos mais une bouteille de Nuits-Saint-Georges, je ne suis pas contre).

Nous l'avons vu passer, ma jolie fiancée (de l'époque) et moi. Madame Piaf, petite chose, maigre, courbée en deux, chancelante, les traits tirés, elle n'avait QUE 47 ans ! Et pourtant dès qu'elle entrait sur scène, dès qu'elle chantait... Elle avait un nom d'oiseau et chantait comme dix mille (chanson de Léo Ferré)...

La précédant, grand, athlétique, le tif bouclé et noir, Théo Sarapo, amoureux d'Edith Piaf, il ne s'est jamais remis de la mort d'Edith, aussi incroyable que cela paraisse il en était vraiment amoureux.

Jean Cocteau aimait beaucoup Edith Piaf, tous deux entretenaient une correspondance régulière. Il dira d'elle juste avant de mourir, ne lui ayant survécu qu'une journée : "Je n'ai jamais connu d'être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l'or par les fenêtres".


(ch'tiot crobard Andiamo)

samedi 24 janvier 2015

Oncle DanFemme libérée

Dans mon collège de jésuites, au début des années soixante, tout était spartiate, sauf les WC qui étaient turcs et où on allait plus par besoin que par envie, tant ils évoquaient la campagne automnale au moment de l'épandage fertilisateur.

Les salles de classe, les salles d’études, les réfectoires et les dortoirs étaient empreints d'une austérité ascétique. Cette règle de pauvreté souffrait cependant quelques entorses, comme toute règle qui se respecte. Le paradoxe trouvait certainement son apogée avec la piscine qui fut longtemps la seule de tout le canton. Mais l'exception la plus courante était l'incroyable quantité de pianos, qui conférait à ce prestigieux instrument une banalité déconcertante en ces lieux. En outre, le professeur de piano du collège avait la réputation d’être l’un des plus grands organistes de France.

Je me souviens de ce dimanche d’été où j’entendis à travers une porte l’interprétation magistrale d’un morceau de musique classique. Je ne pus résister à l’envie de connaître celui qui déployait tant de virtuosité. Il s’agissait d’un élève de ma classe, particulièrement doué en musique, et qui savait jouer de plusieurs instruments : Christian Dingler, connu aujourd'hui sous le pseudo de Cookie Dingler.

lundi 19 janvier 2015

BlutchA la bande à Blognot

C’est pas bientôt fini de me taper dessus comme ça !
Ça fait 3 500 ans que les humains se foutent de ma gueule en dénaturant tout ce que j’ai voulu faire pour eux.
A peine je prends Moïse en tête à tête quelques secondes d’éternité pour essayer de discipliner les Sémites que les voilà à se faire une statue en or représentant un veau.
J’vous demande un peu, un veau !… S’ils se prennent pour de Gaulle, je n’en suis pas pour autant un jeune bovin.
Eh bien voyez-vous, déjà à cette époque-là, j’aurais du me méfier de leur fascination pour l’or et tout ce qui brille. J’étais trop naïf et je ne pensais pas que Lulu si fier pouvait être aussi convainquant pour leur faire tant aimer les biens matériels, parce que depuis, à chaque siècle qui passe, ils me font deux fois plus honte. En 35 doublements, ça commence à faire un sacré cumul.

Un peu échaudé avec le fond de la Méditerranée, j’ai été voir à l’est pour mettre un peu de tolérance et de zénitude dans le cœur des hommes. Je leur envoie Bouddha, un philosophe, juste histoire de leur faire prendre du recul et réfléchir sur les tenants et aboutissants de la vie et voilà-t-y pas que ces cons en font une nouvelle religion avec mausolée, statues en or et tout le toutim. Putain, moi qui n’aime que les vertes collines…
Célestine, tu ne sais peut-être pas que lorsque tu poses ton fondement dans l’herbe tendre de ta colline fétiche, je suis assis à côté de toi à admirer avec le même ravissement le spectacle du ciel et des montagnes.

Pour nettoyer les écuries d’Augiérusalem, je leur envoie Jésus (mais non Pablo, pas le facteur sanguin, Jésus, le Jésus de la belle histoire qu’on raconte aux enfants pour les faire obéir…). Il a tout fait pour se faire entendre…

- Il a produit plus de pinard que tout le Beaujolais et transformé d’honnêtes fêtards en ivrognes.

- Il s’est baguenaudé dans le désert durant 960 heures sans manger ni boire. (Depuis, son record a été battu par Bobby Sands et ses copains irlandais depuis un cul-de-basse-fosse de la perfide Albion.)

- Il réclamait qu’on laisse venir vers lui les petits enfants et des curés se sont crus encouragés à la pédophilie.

- Il multipliait les pains et les poissons, ce qui a fortement accru les cas de boulimie et d’obésité.

- Il avait réveillé Lazare de son coma éthylique consécutif à l’abus de pinard ci dessus cité.

- Le para Litique n’avait rien d’autre à foutre que rester au plumard jusqu’à passé 16 heures. « Prends ton lit et marche ! » Le soldat discipliné a obéi, débarrassant son lit de là, parce qu’il encombrait.

Au final, il s’est fait décaper à la pierre Ponce et des salauds se sont empressés de récupérer le concept en le dénaturant pour idolâtrer un vieillard sénile déjà revêtu de son linceul et qui est prêt à raconter n’importe quoi pour se rendre intéressant.

Le concept du messager ou du prophète étant porteur, voilà qu’il est repris par un type bourré de bonnes intentions, mais entouré d’autant de malfaisants que Jésus (non Pablo…). C’est vrai Allah fin, si vous saviez ce que je dois endurer avec ces escrocs de tous bords qui font des promesses en mon nom sans même me consulter…
Maintenant c’est : Allez vous faire exploser la gueule pour la grandeur d’Allah.
Mais bordel, je leur ai rien demandé à ces cons. T’imagines pas que je vais les asseoir à ma droite… Ça me couperait l’appétit pour de bon !
« Les martyrs auront droit à 72 vierges » qu’ils disent… Et qui devrait se casser le cul pour les trouver ces 72 pucelles… ? ? ?
Ils n’ont tout de même pas tous la prétention de vouloir sauter la bergère… Déjà que Jean-Marie squatte odieusement son cadavre…
Ben tiens, j’y pense : Comme les anges n’ont pas de sexe, ils auraient l’air malin avec 72 vierges à honorer…
Juste pour leur apprendre à bien être mort, à ceux qui les veulent leurs 72 jouvencelles, je leur donne autant de verges de diablotins bien membrés et ils l’ont dans le cul avec leur connerie de martyrologie…

J’en ai tellement eu raz le bonbon des religions que j’avais confié à Karl le soin de prêcher une parole de solidarité et de grandeur humaine. Même ça qu’ils ont réussi à dévoyer...

Je dois vous avouer que je suis un peu refroidi par ces expériences et que je repense avec nostalgie à la douce période du polythéisme grec. J’y avais eu quelques succès et je me suis rarement autant amusé….

Certes, j’y étais toujours moi, mais dans des rôles différents. C’est alors que mon messager m’a parlé de vous…
Une belle brochette d’iconoclastes, de pourfendeurs de dogmes, de bouffeurs de mythes, de répulseurs de la connerie, de soudards, de paillards-braillards, de faignants parfois, de colériques juste ce qu’il faut, mais généreux sans mesure…

A votre Panthéblog, j’ai retrouvé :

- Zeus, père de tous les Dieux régnant sur l’Olympe. Avec des calembours qui fusent comme l’éclair. Un Zeus devenu distrait parce que pour retrouver IO, il ne devait pas se transformer en cheval, mais en bovin. Tant Taurin, c’est joli aussi.

- Dionysos au tour de taille toujours aussi généreux. Aimant faire ripaille et bombance. Dieu de la vigne, de l’ivresse et de la folie, Saoul Fifre lui fait honneur, lui si alerte du godet comme il est nécessaire pour saluer les fruits de sa terre.

- Un peu du Grand Pan, frisé comme Eros, Je les ai aussi retrouvé dans votre bande à inventer des histoires monstrueuses en regardant la vie avec un cœur d’enfant. Petit, il était timide et un peu rêveur. A force d’entendre : Allez allez, Andiamo ! Ça lui est resté (Andiamo et le rêve, car pour la timidité, il s’est bien soigné…).

- Déesse de l'Intelligence, de l'Habileté et de la Stratégie guerrière, qui d’autre que la journaliste Françoise pourrait mieux incarner la belle Athéna.

- Héra, la Reine des Cieux, s’est trouvée une Céleste incarnation.

- J’ai retrouvé Hermès le messager des Dieux, Dieu du voyage, du commerce et des voleurs en Blutch ; celui qui sait parler à l’oreille des Dieux.

Alors Nom de Moi !
N’allez pas vous dire athées, vous qui croyez en l’amour, en la fraternité comme personne. Vous qui êtes des gentils comme j’aimerais voir le reste des humains. C’est pas le moment de me lâcher, je voulais vous exposer comme apparhumain témoin.

N’allez surtout pas imaginer que je vois tout, je sais tout et je peux tout. Putaing. Déjà que je m’occupe de l’intendance des dons et opportunités, que les hommes fassent aussi leur part de boulot, merde !

Je suis là et las, assis, le cul par terre, ne sachant pas comment détruire ces religions qui ont perverti mon image. Je ne me suis pas reconnu dans le billet de Célestine, (Pourtant c’est la mieux placée pour être au courant des nouvelles du ciel) mais j'y ai vu des images dépit mal colportées par les propagandes cléricales. Ça me laisse voir à quel point l’humanité est encore imbibée des sornettes que des corbeaux colportent sur mon compte. Si je dois régler tout ce fatras, je ne suis pas encore sorti de l'auberge...

Mais savent-ils seulement qui je suis, ce gens qui se gargarisent de moi ?

Je suis juste la somme des parcelles de sacré qu’il y a en chacun de vous et les autres humanistes.

Dieu

mercredi 14 janvier 2015

celestineLa bande des quatre

Chers Dieux
(Ne vous méprenez pas, ce n’est qu’une formule de politesse)

Chers Dieux, donc, disais-je, laissez-moi vous poser une question subsidiaire et néanmoins pertinente, qui me taquine gravement la coloquinte depuis pas mal de temps. Pour ne pas dire d’ailleurs depuis toujours, depuis que l’on m’obligea un beau matin à aller user mes culottes Petit Bateau au catéchisme, et que l'on essaya de me fourrer dans la susdite courge l’idée saugrenue que vous n’étiez qu’Amour.

Amour mon cul, oui.

Donc cette question qui me brûle les lèvres et celle de mes sémillants lecteurs et trices, c’est : « Mais qu’est-ce que vous branlez, bordel ? ! ? ! ? »

Non mais c’est vrai à la fin ! Qu’est-ce que vous foutez, là-haut, toute la sainte journée à regarder d’un œil torve s’étriper vos ouailles, vos sbires, vos diacres, vos moines, vos fous et vos émissaires depuis des millénaires ? Vous jouez à la belote coinchée ? au tric-trac ? ou bien vous faites des mots fléchés ? Ou encore vous vous tripotez la nouille en reluquant la photo de Choron coincé entre les cuisses d'une nymphette, dans un vieux numéro d’Hara Kiri un peu moisi, datant d’avant l’interdiction de publier, suite à un certain bal tragique à Colonglisse les deux Zobis...

Vous n’entendez pas comme un léger bruit ? Il ne vous parvient pas comme une infime rumeur au fond des esgourdes, comme quoi qu’il y aurait comme un schisme au royaume d’en bas ? Un truc qui tourne pas rond. Des gens dont à propos desquels on dit qu’ils se réclament de vous, pour pouvoir s’adonner aux pires exactions ?

Quoi qu’il en soit, on ne m’ôtera pas de l’idée que vous n’en avez strictement rien à secouer de ce qui se passe ici-bas, dans cette vallée de l’arme. Je parie que dans votre claque cinq étoiles pour divinités séniles, vous n’avez même pas un smartphone potable, histoire de vous envoyer des hashtags ou des mails pour vous tenir au jus des derniers buzz sur le net. C’est quand même bizarre qu’en étant prétendument omnipotents, on ait surtout l’impression que vous soyez complètement impotents…

Nonobstant, en toute logique, vous qui Pouvez tout, vous ne devriez pas rester les bras ballants. Enfin quoi, un peu de cojones, caramba ! qu’est-ce que vous attendez pour intervenir ? Vous qui n'êtes qu'Amour ? Non ?

Bon, d’accord, toi Dieu, et toi Jehotruc, (ou Yahvchose, enfin Geronimo Cohen) vous êtes vraiment croulants, vous deux, si ça se trouve vous avez les portugaises ensablées, et la sono cassée. Depuis le temps que vous vous faites passer la brosse à reluire sur le petit jesus, sans rien foutre, par vos adorateurs, vous êtes devenus mous du genou, vous pouvez plus arquer, vous devez être clafis de rhumatismes et d’arthrose galopante.

Toi Bouddha, tu te contentes de compter tes followers par milliards en faisant du gras sur ton sofa, astiqué par une déesse à dix bras à défaut de celle à cent bouches…T’es pas hargneux, t’es plutôt non-violent, mais tu laisses faire…Tu pourrais -y dire, toi, aux autres, qu'ils se gourrent grave.

Quant à toi Allah, le grand, le miséricordieux, je sais bien que t’en as marre de vider les corbeilles à papier ou de faire le mort au bridge, mais tu ferais bien de surveiller un peu ton prophète, il n’a que treize siècles, le galopin, et il est en train de nous faire sa crise d’ado, je ne vous dis pas. M’est avis que l’eau de rose, ça va pas suffire pour soigner ses boutons d’acné. Ça tourne doucettement au furoncle surinfecté, c’t’affaire…

En attendant, je vous ferai dire que j’ai vraiment pas envie de faire les frais de votre inconséquence et de votre gâtisme avancé. Parce que moi, je fais partie d’un groupe à part, qui n’a jamais eu très bonne presse (si j’ose dire en ce moment). Celui des ceusses qui n’ont pas besoin de vous. Non, c'est vrai, sans façon, on se débrouille, allez. Les athées, on nous appelle.

Les plus frileux se disent agnostiques, ils ne veulent pas se mouiller. Des fois que quand même, au final, il y aurait une infime portion de (mal)chance que vous existiez. Moi je me dis athée, et fière de l’être. Ça ne m’empêche pas d’aimer mon semblable et de respecter mon différent. On a de la moralité, quand même, faut pas croire qu’en croyant pas à vous, on croie à rien.

On croit au pinard, à la musique, aux étoiles, à l’amour, longtemps, souvent et même tout le temps. On croit aux fleurs et aux oiseaux. On croit à nos livres sulfureux et nos chansons subversives. On croit au plaisir d’être ensemble. A la Liberté, surtout. A la Vie. Aux amis.

Au bonheur, tout de suite et sur terre, et pas dans deux mille ans au jugement dernier. On n'est pas méchant. On veut juste avoir la paix.

Bref, contrairement à vous, qui nous avez soi-disant créés à votre image pour ensuite vous contre-foutre de ce que nous sommes devenus, nous croyons à Nous.

A la vie à la mort.



A Charlie et à quelques autres…

jeudi 8 janvier 2015

AndiamoNon Charlie n'est pas mort : car il bande encore !

J'ai toujours pensé qu'un ch'tiot crobard valait (beaucoup) mieux qu'un long discours...

(ch'tiot crobard Andiamo)





(ch'tiot crobard Célestine)





Un discours, Saoul-Fifre ! Un discours !! (Non mais ?)

En ces heures sombres où le spirituel a été remplacé par le consumérisme, où la foi aveugle, les convictions fortes, l'abnégation devant sa propre mort sont remisées dans le placard aux vieilles lunes, je vous propose de relever la tête et d'entonner avec moi ce cantique païen et laïque :

Je suis Charlie
Voilà ma gloire
Mon espérance
Et mon soutien !
Je suis Charlie !!
Je suis Charlie !!!

Oui je suis Charlie depuis mon plus jeune âge, qu'est-ce qu'elle était belle la fille du proviseur ? C'est sûr qu'elle était pas voilée et je vous parle même pas de "Catherine saute au paf" non mais ce Cabu, à toujours provoquer comme ça les fondamentalistes, tu crois qu'il va avoir droit à son paquetage de houris vierges en arrivant là où ils l'ont envoyé, toi ?

Mes rayonnages plient sous les vieux Pilote, les Charlie-Hebdo, les Charlie Mensuel, les Hara-Kiri, les Echo des savanes, les albums indispensables de tous ces génies, je les ai tous lus dans les bibliothèques et, de temps en temps je cassais ma tirelire pour m'en offrir un, pour rigoler un peu car, comme chantait Mano Solo, fils de Cabu : La vie c'est pas du gâteau.

Ceci dit, mes parents m'ont appris à ne pas croire mordicus tout ce qu'il y a dans les journaux.

Mais là, ya des analphabètes paumés de la vie, sans espoir, crédules... Ils ont rencontré un séducteur causant bien, qui leur a parlé du LIVRE (un vieux grimoire écrit au moyen-âge) avec des yeux énamourés et qui a réussi à les convaincre que le LIVRE disait que la mort de dessinateurs de petits mickeys c'était chouette et que la leur en fait ne valait guère mieux.

Et ils sont partis, la fleur à la Kalachnikov.

Je suis effondré.





Putain les mecs faut vous envoyer la cavalerie pour que vous vous décidiez à rappliquer ! Bordel, vous foutiez quoi ! C’est bien beau ici, mais ça manquait d’animation de ce côté du miroir et ça fait bonbon qu’on s’emmerde avec Choron et Reiser. Ici, il n’y a rien, pas un poivrot, pas de gonzesses pas un con, rien… Enfin rien, c’est pas tout à fait juste, on s’est fait trois potes sympas, de Dieu s’ils renaudent après les escrocs qui se réclament d’eux. Allez, grouillez-vous d’arriver que je vous présente Jésus, Mahomet et Karl.

François.

Retransmis à Blogbo par télégraphe visuel via Blutch.

dimanche 4 janvier 2015

BlutchGrand-père Emile

Je ne dénoncerai personne, mais j’en connais des qui me regardent d’un œil bizarre.

Il paraîtrait que Blutch n’est pas comme tout le monde et que lorsqu’il rouscaille, ce n’est pas seulement à l’apéro au bistrot du Père Tranquille. Ou que s’il joue les Saints-Bernard, c’est avec un tonneau de rhum comako ! Moi, j’sais pas, je me trouve normal.

Tiens, ça me rappelle une réflexion de Mouss Diouf (le flic noir de Julie Lescaut) :
- « Vous vous imaginez que les noirs en ont une grosse, mais ce n’est pas vrai…. Ce sont les blancs qui en ont une petite. »
Tout ça pour dire que la normalitude est toujours du côté de chez Swan… de chez soi.

Dans la Famille Blutch, en commençant par l’ancêtre, il y a le grand-père Emile. Il ne l’a pas fait exprès, mais il n’a pas eu le temps de s’emmerder dans sa vie.

Il débarque sur Terre vers la fin du 19ème avec un passeport qui n’est même pas du coin. Faut dire que son père avait refusé d’être bourgeois d’honneur (en raison des services rendus à la commune) dans le patelin valaisan où il habitait. « Je suis né rital, je mourrai rital. » qu’il avait dit ce loustic avant de laisser tomber la première tranche de sa descendance.
Manque de pot, Emile était dans cette première volée. Du coup il a dû se débrouiller très tôt pour ramener un peu de blé à la casa. Alors pour les diplômes et les certificats, il n’y avait même pas de quoi se rouler une clope avec.

Jeune arpète, il se fait écraser un pied dans un accident du travail. A l’époque, la chirurgie réparatrice consistait alors à greffer un sabot de bois après l’amputation du pied. Pas de chance, la gangrène s’en mêle et il y perd son tibia dans la 2ème opération. Re-gangrène et la coupe se fait à mi-cuisse au 3ème voyage sur le billard.
Emilio chope les foies, se barre de l’hosto, il noie son moignon dans de la graisse mécanique (à l’époque, du suif) et va se terrer comme un animal blessé. Il ré-apparaît guéri et commence sa vie d’indépendant, puisque personne n’engage un infirme et qu’il a eu cet accident 50 ans trop tôt pour bénéficier d’une assurance et d’une rente invalidité.
Dans la foulée de sa réinsertion individuelle, il s’accroche à une Louise fort avenante et lui fait cinq marmots.
Cordonnier dans le très catholique canton du Valais, il réparait, un dimanche, des souliers devant sa boutique lorsqu’une soutane se pointe. Pour ne pas choquer, il glisse le soulier sous son tablier et le curé lui dit : « Ne vous cachez pas Monsieur Emile, le travail est aussi une prière. » En 1920, ce n’était pas la norme dans la tolérance vaticane…
Il a tout fait grand-père au cours de ses pérégrinations : chiffonnier-ferrailleur, vendeur de glace ou de marrons chauds selon la saison (mettant en service sa progéniture pour tenir les étals au coin des rues), brocanteur, puis antiquaire.
C’est mon père qui se retrouve être son bras droit et accessoirement sa jambe manquante pour conduire le camion ou la bagnole lorsque dans les années de guerre, il se fait piquer trois fois dans la même journée pour excès de vitesse (plus de 35 km/heure…). Faut dire qu’avant les radars, la vitesse était calculée au pifochronomètre. Ce qui laisse une large place à la subjectivité du flic.
Trois amendes énormes pour l’époque. Grand-père pique la boule, il va chez le boulanger du coin acheter, au marché noir, trois pains frais de 2 kg (pendant la guerre, le pain devait avoir deux jours pour être mis en vente) . Il va au poste du quartier, pose les pains sur la banque avec les trois PV et dit au flic en poste que si la police crève de faim, il veut bien la nourrir, mais qu’il ne payera pas ces amendes. Les pains et les PV disparurent et mon père ne fut plus dénoncé pour excès de vitesse. Faut dire aussi que les colères du père Emile étaient… remarquables et il fallait d'autant moins lui marcher sur les pieds qu'il n'en avait plus qu'un.
La vie était si simple alors lorsqu'il fallait régler un différent.

Emile avait un problème. Il ne pouvait pas acheter une seule chaussure car personne n’acceptait de dépareiller une paire. Il avait eu connaissance d’un amputé, pauvre de son état qui vivait dans un asile de charité. Lors de chaque achat de godasses, il remettait dans le carton le soulier inutile et l’envoyait à cet asile tenu par des sœurs. Un jour, la mère supérieur lui écrit pour lui dire qu’il ne faut plus envoyer de souliers, car le monsieur est mort. Elle lui fait alors une confidence que le monsieur n’avait jamais osé dire : Il était amputé de la même jambe que grand-père…

Je vous ai parlé des colères d’Emile, en voici une belle.
Il avait son magasin à la limite du quartier des laborieuses du sexe (ce qui lui évitait parfois de grands déplacements).
Dans la brocante, on scelle une affaire devant un verre, enfin à l’époque d'avant les éthylotests. Sur les quatre bistrots qui cernaient son magasin, trois étaient plus ou moins dévolus au commerce de la chair. Ça resserre les liens et ça oblige aussi à des cohabitations pas toujours souhaitées. Pas que ces dames manquaient de savoir vivre, mais le travail à son compte n'était pas la règle dans ce turbin et grand-père avait une saine aversion pour les employeurs de ces dames...
Ainsi il assiste un jour à la correction d’une gagneuse par son mac, en plein bistrot.
Il interpelle le type pour lui dire d’arrêter.
Imprudemment, le mac rétorque :
- Oh toi l’infirme, ferme ta gueule.
Grand-père se lève, empoigne sa béquille comme une cognée, saute sur un pied vers le type et il lui plie sa béquille (en tube métallique SVP) sur la tête. Ben oui, faudrait voir à pas insulter les bons types, non mais des fois. L’enflure connaissait peut-être Raoul, mais pas suffisamment Mimile…
Ambulance, flics et tout le tralala
Au bilan :
- Coté marlou : deux jours de coma, une série de points de suture et des séquelles irréversibles pour son égo.
- Côté Emile : le retour dans sa boutique à cloche-pied et les félicitations du jury flicardier pour avoir donné une bonne leçon à ce salaud. C’était un temps où la poulaille savait vivre…

Emile a vécu ainsi 77 ans rythmés par son commerce six jours sur sept, et le dimanche sur son balcon à regarder sa devanture avec le gigantesque chaudron qui lui servait d’enseigne.
Puis un jour des toubibs l’entreprennent pour lui dire que sa Louise a un cancer du sein et que les pronostiques sont de l’ordre de six mois.
Ça lui a tourné la tête à Emile, il s’est fait un tel sang d’encre qu’il s’est fait péter des vaisseaux cérébraux. Ça ne s’appelait pas encore un AVC, mais c’était du même bois, sauf que les toubibs n’avaient pas encore le mode d’emploi.
C’était la première fois qu’il était malade à ne pas aller bosser. Il n’en avait pas l’habitude alors il en est mort en s’éteignant à petit feu. Perdant peu à peu ses facultés et sa mémoire. Ne reconnaissant plus personne, sauf sa belle-fille (ma mère) qu’il appelait toujours affectueusement « ma grosse toque ».

Mais Emile avait aussi des moments avec de meilleures connexions. Dans le personnel soignant, il y avait une jeune et jolie religieuse qui s’occupait de lui. Il lui faisait du rentre-dedans de première bourre.
- Vous et moi, on ferait de beaux enfants.
Elle n'a pas eu le temps de lui dire oui.
Il a finalement décaroché dix ans avant sa femme, dont le cœur avait juste un peu oublié de battre, puisque le cancer avait oublié de la tuer.
Quels cons ces toubibs, grand-père était bâti pour être centenaire…

Emile, somme toute, c’était un type... normal.

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