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samedi 7 juin 2008

Saoul-FifreLettre à la dame sur le quai de la gare de Montlouis

Ou de Font-Romeu, ou de La tour de carol, ou la gérante, ou la chef de gare, ou la chef de ligne itinérante, je n'ai pas vraiment compris votre fonction, mais celle-ci est chargée d'affect. Vous travaillez sur la ligne du célèbre "train jaune" qui circule par tous temps sur ses rails à écartement métrique, dans une région à la beauté époustouflante, la Cerdagne.

Wagons mythiques depuis que Brigitte Fontaine y a oublié son gilet et a écrit sur cette anecdote banale une chanson puissante qui en a laissé plus d'un (dont moi) knocked out.

Vous que nous avons perçue si sérieuse, si avenante, si bonne camarade avec les collègues, vous avez la chance de vous mouvoir sur ce canari inscrit au patrimoine mondial par l'UNESCO. Un endroit qui détient le record de l'ensoleillement maximal français, et qui pour cette raison a accueilli le four d'Odeillo et la centrale solaire Thémis qui s'est reconvertie récemment dans la production photovoltaïque. L'ambiance chez vous est insolemment familiale, on sent que vous ne donneriez votre place pour rien au monde. Ha Ophise , tu peux toujours y demander ta mutation ! Encore faudrait-il que quelqu'un consente à quitter le paradis ? Un décès peut-être ? Il y a bien un ersatz de solution : il existe un camp de vacances SNCF au dessus de La tour de carol. Hasard mon œil.

Bon les lignards en hiver ne doivent pas être à la fête. C'est que la ligne grimpe jusqu'à 1592 m (Bolquère-Eyne, plus haute gare SNCF) ! J'espère qu'on les paye rubis sur l'onglée ! Il leur faut dégeler les aiguillages au chalumeau, installer le chasse-neige devant la motrice, prévoir les pelles ... Le train jaune passe toujours, comme la Wells Fargo !

Si un cheminot se fait voyageur, c'est gentiment qu'il joue le rôle de guide bénévole pour les touristes. La passion, c'est aimer transmettre son plaisir.

La tour de carol est une gare internationale. C'est la seule gare proposant 3 écartements de rails différents (les 1668 mm espagnols, les 1435 français et le mètre tout rond du Train Jaune). On y respire le transit de frontière, le contrebandier en sueur, le passage à l'acte délictueux. Il faut dire qu'à vol d'oiseau, nous ne pouvons nous éloigner davantage du Palais de l'Elysée sans tomber dans le camp ennemi. Ici la révolte gronde contre les diktats du centralisme parisien. La Cerdagne, magnifique plaine d'effondrement, véritable trouée permettant de traverser aisément les pics pyrénéens, a été de tout temps convoitée, conquise, reprise par les tenants des deux versants, jusqu'à ce que le traité des Pyrénées (1659) tente sans y réussir d'y mettre le Ôla et ne trouve rien de mieux que de la couper en deux tout en laissant espagnole llivia , une enclave de 13 km2.

Depuis, à part celui de la Catalogne, ses habitants se méfient des drapeaux.

Entre le train de midi qui nous amène et celui de 15 heures et quelques qui doit nous ramener, nous avons juste le temps de visiter un peu Enveigt et de marcher jusqu'à La tour de Carol (3 km) où nous avons un pot monstre, un gars du coin nous donne le conseil du siècle : manger chez Peypoch . Ho la bonne adresse ! Ho la proposition avisée ! Ho que nous ne regrettons pas de l'avoir suivie !

Peypoch est débordé. Il a un repas de fiançailles ou de mariage à honorer, il est déjà tard, mais il nous accepte de bon cœur avec le sourire. Nous nous installons dans une salle impressionnante au plafond perdu tout la haut, devant une cheminée monumentale. Sur le linteau, sont posées des reproductions à l'huile de caricatures de Sarkozy dans le style Charlie-Hebdo. Nous sommes dans l'antre d'un ogre anarchiste. Les murs sont couverts de tableaux de tous styles, mais choisis avec un goût très sûr.

Sa cuisine est à l'aune du sérieux et de l'authenticité des murs. Loin des essais autistes de cuisiniers brouillant le dialogue entre le plat et son gourmet, Peypoch a fait le choix humble et difficile de rechercher le produit de qualité et de le cuisiner en respectant son goût.

Cela faisait bien 10 ans que je n'avais aussi bien mangé.

Une bouteille à deux et nous avons repris d'un pas guilleret la route qui serpente entre les vaches le long du riu Carol et qui mène à la gare.

jeudi 5 juin 2008

AndiamoLe parc

Le parc... C'est le nom que porte le centre de rééducation (médical, et non pas pour délinquants... Mauvais sujets !) dans lequel je séjourne actuellement.

Il est magnifique, tellement inattendu, si près de Paris, que j'ai eu l'audace (pardon Manou) de faire quelques photos.

Vous trouverez un cèdre qui, nous assure-t-on, est âgé de trois siècles, un érable, monstrueusement gigantesque, les hommes posant devant ces vénérables ancêtres, ne sont pas des gringalets : 1m81 pour l'un, 1m85 pour l'autre !

Un personnel hors-pair, des médecins, aux infirmiers (ières) et tous les autres.... Magnifique !



Un jardin extraordinaire,
Loin des noirs buildings, et des passages cloutés,
Y'avait un bal que donnaient les primevères,
Dans un coin de verdure, les petites grenouilles chantaient.

Charles Trenet          





Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière,
Baignant ses pieds, qui coule entre ses fleurs.

Gérard De Nerval          









Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé,
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux spectres ont évoqué le passé...

Paul Verlaine          





Des ombres, des hommes, des femmes,
Traînant derrière eux
Des petits caddies,
Avec, en guise de provisions,
Une bouteille d'oxygène,
C'est leur "respire-machine".
Et ils s'en vont...
CLOPE HEIN ? CLOPE... ANT !

mardi 3 juin 2008

BofLa genèse...

Anne et Marie étaient amies d'enfance, chaque soir après le boulot, elles avaient rendez-vous à la taverne d'Yvine, histoire de partager une petite liqueur et leurs affaires de cœur en cours.

- Alors, t'en est où avec Joseph ?

- Une catastrophe, je t'avais dit que bien que spécialiste du tenon et de la mortaise, il avait du mal à mettre ça en pratique le soir au fond du lit, hein ? J'ai pourtant la mortaise accueillante, mais son tenon à lui il est du genre mou du genou. Alors je me faisais pas trop de soucis. Ben, au final, il a dû avoir une illumination, et paf, je crois bien que j'ai l'ovocyte en pleine croissance.

- Oh la vache, ça c'est pas de bol !

- Ouais, comme tu dis, enfin bref, faudra bien faire avec. Et toi, le boulot ?

- Bof, tu sais, scribe pour l'édition de Bethléem soir, je suis pas sûre de garder le job, paraît que je fais pas rêver assez les gens, et la direction envisage de me licencier pour embaucher une pétasse. Ève qu'elle s'appelle, haute comme trois pommes, je suis sûre qu'Adam, mon boss, a dû lui faire le coup du serpent enchanté et qu'elle s'est laissé faire.

- Ma pauvre, on a bonne mine, hein, deux looseuses de première ! Et le pire c'est que je dois rentrer, y a mon Joseph à la triste bite qui va me encore me faire une crise de foie si je suis pas là pour lui faire sa popote.

- Warf, triste bite, t'es dure avec lui ! Mais tu sais quoi ? Ça me donne une idée pour mon billet de demain : "Marie, Joseph, et l'histoire de la verge marrie", bon ça changera pas le monde, mais avec un peu de chance, ça prolongera mon cdd....









PS : j'ai eu un doute, me suis demandé un moment si verge marrie n'était pas une réministruc de que j'aurais lu ailleurs, mais j'ai pas trouvé, alors si oui, vraiment désolé :))

dimanche 1 juin 2008

ManouMioule et Foutrix avant Mioulefritx (Jeu concours)






Foutrix habite au 10ème étage d’un petit appartement dans le 19ème arrondissement. Mioule est venue chez lui en parfaite connaissance de cause. Une évidente bonne cause.

Elle se penche par la fenêtre ouverte. Il fait lourd en cette fin de journée, Paris n’en fint pas de rendre la chaleur accumulée. Les mains de Foutrix se posent sur les épaules de Mioule. Le voisin écoute Miles Davis.

Mioule se retourne, pose ses lèvres sur celles de Foutrix. Le baiser commence lentement. Il devient plus appuyé, réclame d’autres contacts. Les moineaux piaillent sur le toit d’en face.

C’est Mioule qui emmène Foutrix au bord de lit. C’est elle qui se déshabille pour ne garder qu’un shorty noir. C’est elle encore qui déboutonne la chemise de Foutrix, lui dégrafe la ceinture, baisse son pantalon et enlève son caleçon. Charly Mingus remplace Miles Davis.

Le corps de Foutrix a un étonnant goût de vanille. Le carillon de la boulangerie résonne.

Ils s’allongent sur le lit. Foutrix ôte son dernier vêtement à Mioule et déguste lentement le pubis offert. Les bruits de la ville envahissent la pièce.

Mioule s’ouvre, les voitures stoppent au feu rouge. Mioule coule. Deux enfants se disputent un ballon. Mioule demande un répit à Foutrix.

Elle lèche, caresse à son tour. Ses joues sont en feu. Foutrix l’encourage. un avion strie le ciel.


Le concours : écrire une suite à ce début d'histoire ...

vendredi 30 mai 2008

Tant-BourrinIn memoriam la Trollette

Voici près d'un siècle qu'elle a quitté cette vallée de larmes, mais son souvenir reste vivace, tant elle aura marqué à jamais, durant les 183 ans de sa brève existence, l'histoire de l'art du sceau de son génie incommensurable.

Son humanisme, son universalité, son exigence infrangible de perfection resteront ad vitam aeternam un exemple incandescent pour nous tous ainsi que pour les générations à venir.

Hélas, son ancien monument funéraire menaçait de ruine, usé sous les assauts de dévotion des 15 millions de personnes qui viennent en moyenne chaque année s'y recueillir.

Il n'était donc que temps, en cette année 2248, de concevoir une nouvelle stèle pour redonner plus de force encore à l'hommage que l'humanité entière se doit de rendre à celle dont le nom résonne comme un hymne à l'harmonie intersidérale.

Je suis donc particulièrement fier de dévoiler aujourd'hui ce nouveau monument marmoréen qui perpétuera le souvenir et qui, fruit de la technologie la plus échevelée, est équipé d'un bouton permettant de changer d'épitaphe...

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mercredi 28 mai 2008

Saoul-FifreLe jimboura

Je ne me souviens pas de ma famille assassinant de cochon en Algérie. Je crois que de toute façon, la viande de cochon et la chaleur du soleil ne font pas bon ménage, elle tourne très vite et devient dangereuse à consommer, ce qui explique l'ostracisme de l'ancien testament à son encontre, repris sous forme d'interdiction rigoureuse par les religions juive et musulmane. Bon, ça aurait été peut-être un brin provocateur, aussi, encore qu'on arrive toujours à trouver des croyants respectueux des différences

En Périgord non plus, mon père n'a jamais élevé de porc, je ne l'ai d'ailleurs jamais vu tuer une bête pour la manger, il n'était pas chasseur non plus. C'est ma sœur et moi qui nous occupions de faire passer la volaille de vie à trépas. Mais nous étions invités tous les ans chez nos voisins, les parents paysans de nos camarades d'école, pour la "Saint-cochon", et j'en ai le souvenir comme d'une journée magique. En Dordogne, tout ce qui est transformation de viande, foie gras, confits de canard, chapons, pâtés, saucisses, gibiers divers est vraiment vécu comme une religion païenne, avec tout ce qui tourne autour, d'ailleurs : les cèpes, les girolles et autres oronges, le petit vin aigre, son marc, les châtaignes, toutes les glanes de fruits sauvages...

Le Périgord est le centre de la gastronomie s'il en est un. Ce patchwork de petites seigneuries, ces grands bois inextricables, cette multitude d'étangs naturels, de trous d'eau ont favorisé de tout temps le gibier, le braconnage et bien entendu, il a bien fallu mettre au point des techniques efficaces de conservation. Je vous parle d'un temps où le congélateur n'existait pas et où il fallait saler, sécher les jambons, lards, saucisses et saucissons, les fumer si l'on aimait ça, ou bien stériliser des bocaux et des bocaux de confits, de pâtés, de confitures, de haricots et de légumes divers. On tassait aussi les rillettes au fond de pots en terre et on les recouvrait d'une épaisse couche de saindoux.

Tous ces bons produits vous formaient le goût, milladiou de milladiou !

Mais le truc qui m'est vraiment resté incrusté dans les narines et les papilles, c'est le jimboura. Alors pour partir sur les traces de ce souvenir d'enfance, je me suis associé avec 2 voisins (à moi la direction des opérations, à eux la main-d'œuvre et le financement ;-), nous avons acheté un grand congélateur-bahut de 2 mètres de long, trouvé le cochon a l'œil malicieux adéquat, le charcutier de luxe capable de nous supporter, et un vendredi soir, celui-ci plongea une longue lame dans la jugulaire de Porcinet le pôte à Winnie l'ourson, tandis qu'un aide tendait avidement la bassine pour recueillir l'ingrédient indispensable à la confection du plat convoité : du sang frais.

Sang qu'il convient de remuer aussitôt avec les mains pour en retirer la fibranne coagulée. Il restera alors liquide jusqu'au lendemain.

Nous avons bien sûr aidé notre charcutier à nous préparer rôtis, escalopes, côtes, rouelles, filet mignon, pâtés de tête, rillettes, saucisses, andouillettes, mais j'ai plus particulièrement supervisé la fabrication de l'incontournable boudin. Il a fallu éplucher puis hacher 8 kilos d'oignons mouillés de larmes puis les faire revenir longuement avec quelques rogatons gras, hachés eux aussi, dans une grande gamatte en aluminium massif. Et y verser presque tout un pot de quatre épices et puis bien du sel et du poivre, aussi. Goûter. Et remuer, remuer pour pas que ça attrape.

Au bout de 2 heures, la couleur de l'ensemble paru sympathique à notre maître-queux et il nous autorisa à faire couler le sang dans le plat après l'avoir une dernière fois filtré dans un grand chinois. Après un bon remue-mélange, le truc obtint une consistance semi-liquide qui permettait de le verser dans une bouteille d'eau minérale découpée en forme d'entonnoir, et embouchée sur un boyau d'intestin grêle préparé et nettoyé à l'avance.

Le boudin proprement dit et comme l'apprécie La poule commence à prendre sa forme de spirale d'Archimède. Nous le plongerons avec précaution dans son eau maintenue à peine frémissante pour ne pas que sa peau se fende. Le piquer régulièrement avec une épingle pour contrôler son niveau de cuisson.



Bon, d'un autre côté, si le boudin explose, le jimboura sera meilleur.

Égoutter et mettre à refroidir les chapelets de boudins.

Faire réduire l'eau de cuisson du boudin, y jeter des os cassés, de la couenne, et une heure avant de servir, les légumes et des boudins ouverts que vous aurez rajouté si ils n'ont pas explosé tout seuls.

Vous aurez pelé et découpé en morceaux quelques patates, navets, carottes, oignons, aulx, un chou et les aurez fait revenir dans de la graisse d'oie ou de canard. Chaque cuisinière avait sa recette perso. Je me souviens que notre plus proche voisine profitait de la cuisson des boudins pour y faire cuire des fayots blancs secs. Ça donne de l'ampleur.

Voilà. Vous mélangez, vous faites cuire une heure ou plus, ce n'est pas grave : cette soupe cuisait et recuisait dans un coin de la cheminée. Vous goûtez pour corriger un peu une petite imperfection d'assaisonnement. Et vous servez sous les hourras de l'assemblée excitée.

Le jimboura, c'était la récompense des travailleurs après un jour ou deux d'efforts tendus vers la perfection.

C'était le symbole de l'entraide et de l'amitié entre voisins, alliés, membres de la famille.

C'était une ode poivrée au génie de la cuisine périgourdine.

C'était une bulle de chaleur humaine au cœur de l'hiver.

Mais c'était surtout du bon liquide brûlant pour diluer toute cette gnole et ce pinard qui avaient coulés à flots dans ces dizaines de gosiers assoiffés.

Même les enfants que nous étions avaient la permission de "faire chabrol", c'est à dire de verser un peu de vin dans l'assiette où il ne reste qu'un peu de soupe, de remuer en tournant pour rincer, et de boire le tout cul sec.

lundi 26 mai 2008

AndiamoMon frère

Quand tu es minot et que tu as la chance d'avoir un grand frère, c'est fabuleux. Le mien, âgé de trois ans de plus que moi, et entre nous deux la frangine, joli tir groupé : bravo Maman, bravo Papa !

Fabuleux le frangin, trois idées fumantes par jeudi... Des putains d'inventions. Quand je raconte ça à mes mômes, ils hochent la tête, et déclarent : "ben dis donc, on en aurait fait le quart, qu'est-ce-qu'on aurait entendu !"

Un jeudi, en rentrant du ciné de quartier le "Moulin Rouge", dont je vous ai déjà parlé, et après avoir vu un "Charlot" ou un "Harold Lloyd", dans lequel le héros saute depuis une fenêtre, tenant dans la main un parapluie largement ouvert (Mary Poppins n' a rien inventé !), mon frère a voulu mettre illico en application les lois de l'attraction universelle.

Etant donné qu'un corps dont la chute, freinée par un parachute, atterrit moins vite qu'un corps non ralenti par tout moyen artificiel... D'autor, il a désigné ma soeur, testeuse en chef de sa théorie du ralentissement des corps en milieu atmosphérique, situé pratiquement au niveau de la mer !

La frangine, debout, après avoir enjambé la rampe du perron, deux mètres environ au-dessus du sol, parapluie maternel grand ouvert, se lance dans le vide, encouragée par les deux mâles, qui l'avaient copieusement traitée de froussarde, foireuse, chiasseuse, déballonnée, j'en passe et des meilleures, puis atterrit un peu brutalement, le genou percute le menton... CLAC !

Aussitôt le résiné jaillit, la frangine se passe la main sous le menton, constate les dégâts et se met à brailler. La voisine - tu sais l'harengère, décrite dans un billet précédent - se met à nous engueuler copieusement, disposant pour la circonstance d'un vocabulaire n'ayant rien à envier à celui des vendeuses de quat' saisons : ah mon fumier d'lapin ! Tu l'as bien arrangée, ta pôv soeur ! Saloperie, brigand, j'vas t'couper ta bézette en rondelles, si j't'harponne ! Gad' donc, elle saigne comme un goret !

Et la voilà qui se met à appeler ma mère. Imagine la scène : ma soeur qui pisse le sang, son tablier qui commence à rougir, mon frère qui éponge avec son mouchoir, et la mère gueule-fort, vociférant, et gesticulant, autant que pouvaient le lui permettre ses deux cents livres !

Un peu affolée, ma mère descend les marches du perron et examine la blessée, comment est-ce arrivé ? Entre deux sanglots, ma soeur explique, appuyée par la gravosse... Et PAN, une mornifle sur le museau du frangin, dans la foulée j'en ramasse une aussi, un partout... La balle au centre ! Puis, pansement compressif, Tricostéril, petit câlin,... La moribonde est guérie.

Un autre magnifique jeudi, mon idole a encore eu une idée prodigieuse : on va faire un campement de Bédouins ! Il faut dire que ma mère s'était absentée pour l'après-midi. Branle-bas de combat, on sort un tapis, le plus grand, celui du salon, des piquets assez longs, ceux des haricots à rames : magnifiques. Et puis on ne se déballonne pas, les draps de notre lit pour dresser la tente !

On remettra tout en place, avant que M'man rentre, bien sûr.... Le caïd c'était lui, le fils du Cheik, et tout l'bazar, nous, nous étions les esclaves, les porteurs d'eau, fallait lui apporter du chocolat, de la confiture, tous les potes du quartier étaient là, on s'marrait tellement, qu'on en oubliait l'heure !

Soudain un "kès cé ksa" ? Bien indigné... Merdum, le temps passe si vite quand on s'amuse, ma mère qui rentre, elle constate les dégâts, le Cheik assis en tailleur, sur le tapis posé à même la terre, les draps du lit érigés en tente, cinq ou six copains piétinant à qui mieux mieux les Gobelins.

Les potes, faux-derches, qui se cassent en bredouillant des "au r' voir, M' Dame". Et nous qui restons tous trois les bras ballants, ceux de ma mère ne le sont pas restés longtemps ballants, eux ! PIF, PAF, chacun la sienne, pas de jaloux, mais bon, c'était mérité non ?

Une autre fois, il faisait beau, et soudain l'idée du siècle ! On va construire un barrage, rien de moins.

Il y avait chez nous, une allée cimentée, une petite évacuation, au bout, pour les eaux de pluie, alors nous bouchons cet orifice, érigeons un "mur" en terre, deux mètres plus loin, tuyau d'arrosage branché, mise en eau de l'ouvrage... Pas mal de litres de flotte avant d'atteindre un niveau acceptable.

Enfin, on se bricole des bateaux en bois, à coups de scie et de clous en guise de mâts. Mon petit voisin, fils unique, généreux au possible, à qui je dois d'avoir lu tous les "Tintin" - merci Daniel ! - nous regardait au travers du grillage. Il n'avait pas le droit de venir déconner avec nous, car nous n'étions pas des modèles d'obéissance, ni de sagesse ! Bien plus tard, il m'a avoué qu'il aurait bien aimé être à notre place. Pourtant, il était couvert de jouets et de beaux albums, qu'il partageait volontiers d'ailleurs.

Donc, nous voilà passant l'après-midi à barboter dans notre lac magnifique, qui devenait de plus en plus gadouilleux, quand soudain, la digue se rompt !

Voilà la flotte bien crade qui s'échappe et s'engouffre dans l'escalier de la cave, en passant sous la porte (cette porte était située sous le perron). Trop tard ! Il ne nous restait plus qu'à nettoyer la cour, à grands renforts de jet d'eau, les escaliers menant à la cave itou, mais la flotte stagnait en bas, sur la terre battue, elle épongeait lentement, mais se ramollissait rapidement... Waouh, la gadoue dans cette pauvre cave...

Mais vous ne faîtes que des bêtises, regardez-moi cette cave, dans quel état vous l'avez mise ! Attendez, quand Papa va rentrer....

Le soir : dis M'man, tu l'diras pas, hein ? On recommencera plus, hein, dis ? Super gentille, elle ne l'a pas dit, alors on se tenait peinards un moment, un court moment.

Jusqu'au jour où mon frère eut ENCORE une idée formidable ! On va faire des parachutes ! Des parachutes... Quelle idée magnifique ! Pour le tissu, pas de problême, armé d'une paire de ciseaux, le voilà qui attaque le bas des rideaux du salon, notre pièce favorite décidément, on y allait peu, elle servait de chambre pour ma soeur.

Un parachute, dans le rideau gauche et, pour la symétrie, un autre dans celui de droite, hein, tant qu'à faire ? Du fil de couturière pour les suspentes, un vieux soldat de plomb unijambiste, le nouveau John Steele de Sainte-Mère-Eglise ! Et nous voici à l'étage, dans la piaule des garçons, testant encore une fois les lois de l'attraction universelle freinée par un moyen artificiel, en milieu... etc., etc.

Notre brave Maman ne s'est pas aperçue immédiatement de la dîme prélevée sur ses voilages, mais lorsqu'elle a voulu laver les rideaux... AÏE, AÏE, AÏE, putain de Manon ! L'engueulade, et là nous n'y avons pas coupé : rapport au Paternel, le cul m'a chauffé un bon moment, pas de gifles, mais la fessée, oui ! Je pense avec le recul que nous ne l'avions pas volée !

Et puis, je dois à mon frère, ma passion pour les avions, les modèles réduits, ça l'a pris alors qu'il avait une douzaine d'années et ne l'a plus lâché, je lui ai emboîté le pas, bien sûr, la poussière de balsa étant une drogue très puissante, j'y suis toujours accro !

Bernard et Monique, mon frère et ma soeur, m'ont quitté. J'ai ressorti ces petits souvenirs, qui, je tiens à le préciser sont authentiques, enjolivés bien sûr, car l'important ça n'est pas l'histoire, mais ce sont les petites dentelles que nous tentons d'accrocher autour, enfin je l'espère.

Il y a eu bien d'autres aventures du même acabit, mais elles feront l'objet d'un autre billet.

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