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lundi 3 janvier 2011

Saoul-FifreÀ consommer glacé

Ce matin les arbres agitaient dans le ciel, avec une violence pathétique, leurs bras nus, secs et décharnés.

Le mistral pendant la nuit avait de nouveau lancé ses hordes réfrigérantes et leur haleine glacée à l'assaut de notre pauvre Provence. Et ne discutaillez pas, nordistes incrédules ! J'entends d'ici votre sourde et jalouse rébellion. Du haut de vos grands chevaux à la crinière enneigée ou verglacée, vous vous croyez dépositaire du froid lui-même, sous l'hypocrite prétexte que votre villégiature se trouve au septentrion du parallèle passant par Égletons. Mais vous êtes donc des barbares ? Aucune curiosité d'ordre géographique n'a jamais obtenu de visa pour pénétrer votre esprit ? Le Mistral, vous le saurez dorénavant, ne s'imagine pas plus qu'il ne se théorise. Il se vit, il se souffre, il se subit sans échappatoire possible. Le Mistral se saisit de chaque frigorie disponible et ne se contente pas de vous mettre en présence, précautionneusement, comme le font vos sympathiques zéphirs intermittents. Il vous fouaille les viscères avec, profondément, avec sadisme. Il vous congèle le cœur, vous bloque la respiration, vous fige la moelle, vous transforme votre dernière engelure généralisée en un doux et poétique souvenir.

Oui le Mistral en hiver en Provence c'est la cryogénisation gratuite et obligatoire.

Mais au cours des différentes glaciations que cette plus ou moins riante contrée a connue, l'Homo Çapince a eu le temps de bien se geler les glaouis, d'envisager diverses parades et d'évoluer progressivement vers l'Homo Sapiens, sage humain tel que nous le sommes devenus aujourd'hui. Car l'humain et l'humaine ont avant toute chose une âme de chercheur. Ils sont observateurs, ils aiment faire des expériences. Ils ont par exemple très rapidement découvert le principe de la fermentation, bien avant la cuisson ou la position du missionnaire. Il leur a suffi de simplement goûter les fruits tombés à terre, à moitié pourris, et d'en arriver, par un processus cognitif itératif incluant les concepts de causalité séquentielle, à la constatation d'un effet euphorique induit proche du "Hébélà chsais pas c'que j'ai".

Les diverses recherches autour du "liquide qui fait rire", ainsi qu'on appela cette nouvelle molécule, se poursuivirent sans presque discontinuer. Les béta-testeurs du nouveau produit, que, soit dit entre nous l'on n'avait aucun mal à recruter, s'aperçurent au cours de leurs divers essais qu'il ne se solidifiait pas au froid, comme les autres liquides. C'est le chasseur de mamouths Boooff qui, le premier, retrouva gelé son pot de jus de pruneau fermenté, qu'il avait oublié dehors. Il jeta le glaçon en grognant de colère mais lécha le fond du pot avec un plaisir évident, tout en fourrageant dans ses parties sexuelles. L'anti-gel absolu à usage humain venait d'être inventé et révolutionna cette période de notre histoire où nos ancêtres ne connaissaient pas encore le régulateur de température avec sonde thermique extérieure. On prit l'habitude préventive, dans les périodes gélives, d'en mélanger à l'eau de boisson dans des proportions suffisantes et de s'en imbiber abondamment l'intérieur du corps, dans un but exclusivement sanitaire de résistance au froid. Le sang circulant plus vite, réchauffait les extrémités et, cerise sur l'auroch, la morsure du froid semblait de toute façon moins féroce sous ce léger anesthésique.

On vit aussi que cela brulait à la perfection. On en arrosa les plats pour les faire flamber. On découvrit ensuite que même Boooff, le gars le plus vilain de la tribu, devenait joli garçon aux yeux des filles qui avaient goûté à ces liqueurs, et l'espoir renaquit dans les cœurs esseulés. Parallèlement, la horde développa des techniques de chasse plus industrielles contre les palombes et les autres volatiles qui leur volaient les fruits avant complète maturité et teneur maximum en sucre. L'idée de l'agriculture s'instillait lentement mais sûrement dans les cerveaux embrumés au cours des longues soirées d'hiver bien arrosées. Le travail de la terre est difficile, éreintant mais les esprits et les corps s'y plient volontiers quand ils en connaissent à l'avance la finalité joyeuse. La viticulture, l'arboriculture fruitière mais également celle des céréales, du houblon, de la betterave à sucre, tous les produits procurant en fait ces sucres lents que le manant n'aura de cesse de transformer en sucres rapides, bien plus festifs.

Le monde de la glèbe se structurait, trouvait ses marques, son but : lutter contre les météores glaciaux comme ce fichu Mistral nous emmenant gerçures et gélivures, certes, lutter contre la froidure, oui, mais surtout contre la froideur des rapports humains.

Et quoi de mieux que se mettre une bonne murge pour que s'effondrent les tabous, se disloquent les résistances, se relativisent les conflits, tombent les inhibitions et s'annihilent les contraires ?

Et avec modération, bien entendu. Vous l'aviez deviné, c'était sous-entendu, cela va de soi même si personne n'y croit une seconde.

jeudi 30 décembre 2010

Tant-BourrinUne nouvelle année va commencer...



Bonne année mon cul !


dimanche 26 décembre 2010

AndiamoUn joli conte de Noël.


-

-Nono ?

-Nono ?

-NONO !

-Oui ma chérie, une seconde, tu vois bien que je prépare ma tournée…

-C’est ça, et à propos de tournée, j’espère que tu ne recommenceras pas ta DEBAUCHE de l’an passé. Enfin Nono tu penses qu’il était convenable de te murger comme un soudard, avec Père Fouettard et cette morue qui l’accompagne... Hein ?

-M’enfin Noëlla, mère Fouettard est une femme tout à fait convenable.

-Ah oui ! Convenable ? Une pouffe oui ! Bas résilles, body en cuir noir, piercing dans les narines, quant à ses cheveux… Rouge vermillon ! Les bottes cuissardes, les nibards à moitié sortis, on dirait deux gros pigeons dans un nid trop petit ! Ca t’excite oui, espèce de gros pervers !

-T’es injuste ma Noëlla d’amour, on a juste trinqué après ma tournée.

-A P R E S ta tournée ? Menteur ! Elle était à peine commencée oui ! Tous ces pauvres mômes qui n’ont eu que des cadeaux à la con !

-Ben, j’ai tout de même terminé la distribution non ?

-C’est ça gros malin : tu as distribué des bateaux radios commandés aux enfants du Sahel ! Des skis nautiques ou des surfs « longs boards » aux victimes du tsunami, des matelas de plage aux petits Inuits, sans compter les rubikub’s que tu as donné à une association pour l’aide aux aveugles !

Et cerise sur le gâteau : des rollers et des skate-boards dans une maison de retraite, des déambulateurs pour une crèche, sans compter les sex toys aux sœurs de la charité de la rue du Bac !

-T’es sûre ma Noëlla ?

-Parfaitement ! Les sœurs de Saint Vincent de Paul, rue du Bac dans le VIIème ! C’est moi qui ai dû répondre au courrier, calmer les esprits, me confondre en excuses, cirer les pompes : j’en passe et des meilleures !

-Oui, bon… Ben, j’vais aller faire chauffer les rennes avant de partir !...

La vache ! Y’a encore cette saloperie de « Nez rouge » qui est en train de jambonner !

-Laisse faire Nono : ça nous fera un renne tout neuf pour l’an prochain, d’autant que « Neunoeil » n’est plus très frais !

-AH ça ne risque pas ! Nez rouge est grimpé sur Mimile, c’est qu’il est pédé comme un phoque ce con ! Avec toutes ces pubs cochonnes qui passent à la télé, sans compter la vie des animaux, et toutes ces bestioles en rut, forcément ça détraque leur libido ! Ca déglingue leurs phéromones, ça booste la testostérone !

- Tu vois mon Nono, tu devrais regarder la télé plus souvent…

-C’est quoi t’est-ce que ça veut dire cette fine allusion ?

-Rien, rien, mon Nono, c’était juste histoire de causer. Tiens mon barbu préféré, je t’ai tout de même préparé un sandwich jambon beurre, ainsi qu’un grand thermos de vin chaud à la cannelle, et sais-tu ce que j’ai ajouté dans le vin chaud ?

-Euh… Non !

-Du viagra mon Nono, du viagra ! Après tout : c’est Noël aussi pour moi !

La Mère Fouettard... Quelle horreur ! Mais quelle horreur !

(Ch'tiot crobard Andiamo)

mercredi 22 décembre 2010

Saoul-FifreCartes postales

Blogbo, ces jours-ci, est plus vivant que le crane d'Henri IV récemment retrouvé, mais juste-juste, hein ? Quelques com's dithyrambiques mais l'ensemble est mou. J'attribue le phénomène aux vacances de Noël. Bon, nous ne partons pas pour ces vacances, c'est à dire qu'on fait attention sinon Anne va encore dire qu'on fout rien. Je ne dis pas qu'elle ait tort mais si elle voulait, elle pourrait partir aussi quand elle veut, avec tous les RTT de Bof, alors pouet-pouet camembert sur les vacances, hein, d'ailleurs ils sont en Normandie en ce moment, si je ne vous le disais pas, personne ne vous tiendrait au courant.

Pour être franc, on est monté à Lyon voir les illuminations de la Fête des lumières. Superbe, faut dire ce qui est, sponsorisé par EDF tout comme il faut. Une bien belle ville, Lyon. Et puis des habitants bien honnêtes : Margotte a perdu son portefeuille avec 75 € dedans et ils lui ont renvoyé tel quel à l'adresse qu'ils ont trouvé dedans !

Et puis on ira peut-être réveillonner en Italie, si ya pas trop de neige. Tout ça pour vous prévenir que j'ai un peu envie de vous faire le service minimum, vu que vous aussi vous êtes absents, ou en train de faire la queue dans les magasins, ou en train de vous amuser avec le jeu que vous comptez offrir à votre môme.

On a qu'à dire que je ne suis pas là et que je vous envoie des cartes postales. Ya pas assez d'images sur ce blog, je trouve.

Brème. Les touristes tripotent une de ces trois statues, devinez laquelle ?

Maastricht. Un fabuleux carnaval, d'une inventivité et d'un dynamisme extrême. Sacrés Hollandais !

Munster. Des piliers de Carnaval. Pochetrons mais dignes.

Amsterdam. Un marchand de bouées avec beaucoup de stock !

Paris. Alors, on joue les crâneuses ?

Transhumance des vaches Aubrac. 20 kilomètres à pattes, ça use les sabots !

samedi 18 décembre 2010

Tant-BourrinLe Blogbodico (13)

Vous le savez bien, fidèles de ce blog que vous êtes : chez Blogbo, on gâte-pourrit nos lecteurs.

En voici une nouvelle illustration : avant même que ne résonnent les chants de Noël, voici, déposé avec amour dans vos petits souliers (les gros sabots en ce qui concerne Saoul-Fifre), le treizième tome du Blogbodico. Et, en prime, je vous donne même les liens des douze tomes précédents, histoire de compléter éventuellement votre collec' : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12.

Alors, qui a dit que le Père Noël n'existait pas ? Pas moi !... (heu, si finalement)


Cash-misère : (n.m.) Paye dérisoire ne permettant pas d'assurer un niveau de vie convenable. Après avoir touché son cash-misère, il fit rapidement ses comptes : une fois le loyer payé, il ne lui resterait même pas de quoi s'offrir un peu de cash-sexe avec des filles de joie.

Catchédrale : (n.f.) Église principale d'un diocèse, où se pratiquent des combats de catch. Au cours d'une soirée sportive mémorable dans la catchédrale, White Bishop est venu à bout de l'Ange du Mal grâce à une superbe clé de bras, qui fit pousser au vaincu un immense cri de douleur : "ouaille !".

Duo des gnomes : (loc.) Chant à deux voix exécuté par un couple de personnes de petite taille et difformes. Le duo des gnomes a merdé, suite à des querelles intestines.

E-berné : (adj.) victime d'une fraude sur Internet. Comprenant qu'il ne recevrai jamais le congélateur commandé et qu'il avait été e-berné, il perdit son sang-froid et se mit à bouillir. Homonyme : ibere-né (voir ce mot).

Fuck simulé : (loc.) Simulacre de copulation. Le fuck simulé ne favorise pas la reproduction.

Gibiais : (n.m.) Personne dégageant un fort attrait, observée discrètement d'un regard en coin. Comme il était timide, il guettait le gibiais à défaut de le tirer.

Ibère nation : (loc.) Espagne. L'Ibère nation pâtit souvent de la canicule.

Ibère-né : (adj.) natif de Espagne. Homonyme : e-berné (voir ce mot).

Marabouse : (n.f.) Excrément sur lequel on vient de marcher et donnant à penser que l'on est victime d'un mauvais sort. Syn. : malchiance.

Masturbaniste : (n.m.) Technicien spécialisé dans l'ordonnancement des espaces urbains qui songe avant tout à se faire plaisir dans ses travaux. - Tas vu l'aménagement du nouveau quartier ? C'est tape-à-l'oeil mais je n'aimerais vraiment pas y vivre ! - Sûr ! Le côté pratique de leurs réalistions, les masturbanistes n'en ont rien à branler !

Noeud tatillon : (loc.) Membre viril particulièrement soigné, dont le propriétaire est extrêmement minutieux et attaché aux moindres détails. Elle écarta ses jambes pour lui offrir son utérus mais, découvrant l'aspect peu soigné du col ouvert, il refusa d'y mettre son noeud tatillon.

Pastagada : (n.m.) Boisson anisée agrémentée de friandises parfumées à la fraise. Un pastagada ? Et pourquoi pas un ricarambar tant que t'y es ? (voir ce mot)

Réglycémie : (n.f.) Présence physiologique du glucose dans le sang provoquée par un abus de friandises. Pastagada et Ricarambar peuvent engendrer une réglycémie (voir ces mots).

Ricarambar : (n.m.) Boisson anisée agrémentée de friandises au caramel. Un ricarambar ? Et pourquoi pas un pastagada tant que t'y es ? (voir ce mot)

mardi 14 décembre 2010

AndiamoComa

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

- Déjà ? Oh non ! Allez, encore une petite minute…. Merde, un quart d’heure ! Je me suis rendormie un quart d’heure !

Mireille est debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans ses petites mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !

Après le passage obligé aux toilettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre, Mireille est dans la cuisine, l’eau dans la cafetière, le café moulu dans le filtre, le bouton sur : « ON ». Elle sort deux bols, deux cuillers à café de « Nesquick », les petits pains au lait bien en évidence, le gros pot de Nutella, les biscottes pour elle.

Régis est déjà parti : aujourd’hui, il avait rendez-vous à Marseille. Un contrat très important pour sa société, un nouveau logiciel de gestion « ré-vo-lu-ti-on-nai-REU » lui a-t-il dit hier soir, en souriant. « Je devrais prendre le T.G.V à sept heures, gare de Lyon, je me lèverai de bonne heure ».

- Dors tranquillement, mets ton réveil, je partirai sur la pointe des pieds.

Mireille est sous la douche, tiède d’abord, puis… trois secondes d’eau glacée : c’est long trois secondes parfois…

Habillée à la hâte d’un pantalon gris clair et d’un col roulé en jersey bordeaux, elle entre doucement dans la chambre de Roselyne, se penche sur le lit de la fillette :

- Debout mon ange, il est l’heure !

- MMMHHH…

- Allons, debout Princesse, nous sommes déjà en retard !

- B’jour M’man.

- Bonjour mon cœur.

Un gros poutou qui claque, Roselyne est debout.

Une jolie fillette de sept ans, longs cheveux châtains, un joli visage : copié-collé sa Maman, leur dit-on chaque fois qu’elles sont ensemble !

Mireille a laissé Roselyne s’habiller, puis elle est allée dans la chambre contiguë.

- Bonjour mon Pierre ! On se lève, on quitte son joli rêve : le chocolat t’attend !

Une tête frisée sort de la couette imprimée d’un énorme OUI-OUI.

- Bonzou Manman !

- Bonjour mon chéri, bien dodo ?

- Voui.

Le café est passé, Mireille porte dans ses bras le petit Pierre, âgé de trois ans, le pouce dans la bouche, sa main libre « tournicote » une boucle de ses jolis cheveux blonds.

Elle l’assied devant la table, puis verse le lait chaud dans les bols, « touille » afin de dissoudre le chocolat.

Elle reste debout, sa tasse de café dans une main, dans l’autre une biscotte qui craque sous la dent.

Son petit déjeuner avalé, elle houspille un peu les enfants : le déjeuner traîne trop, ils vont être en retard !

Le chemin de l’école : trois feux rouges, dix minutes, arrêt devant la porte, les klaxons des automobilistes bloqués derrière, la bise à Roselyne.

- A ce soir ma chérie !

- A ce soir M’man !

Le rouquin arrêté derrière la Twingo rouge, rouspète.

Mireille hausse les épaules, embraye, puis deuxième à droite, deux cents mètres, se gare : moitié rue moitié trottoir, descend, détache petit Pierre, le conduit jusque dans la cour de la maternelle.

- Bonjour Mademoiselle Caron, je vous laisse mon petit Pierre, je suis pressée ! A ce soir Mademoiselle !

- A ce soir Madame Fournier !

Rapide coup de volant, démarrage à cinq euros, les roues patinent, le train avant « cire » un peu. Combien de fois Régis a-t-il rouspété, quand elle démarrait de la sorte ?

- Ça ne sert à rien : tu bouffes du pneu, tu flingues l’embrayage, ainsi que les cardans ! Mais va faire un cours de mécanique à une bonne femme…

Mireille souriait, le regardait, clin d’œil prometteur… Régis fondait… Comment résister ?

La banque, une petite agence de la rue de Paradis, dans le Xème arrondissement, un parking privé pour les employés, une véritable aubaine !

« Bonjour ! », lance-t-elle à la cantonade en pénétrant dans « l’arrière-boutique », là où se trouvent les vestiaires. Trois employés plus le directeur, sympas, ils se connaissent depuis pas mal d’années et n’échangeraient leur place pour rien au monde, même un poste un peu plus rémunéré !

Une bonne entente entre collègues, ça vaut toutes les rallonges, se plaisent-ils à répéter… Et c’est vrai !

Dix heures trente. Dans le sas, une femme portant un enfant dans les bras, demande l’ouverture. Mireille lève la tête et appuie sur le bouton vert commandant la porte : cette dernière s’ouvre…

Alors, brusquement, un homme emboîte le pas de la jeune femme, il est armé d’un pistolet apparemment de gros calibre. La jeune femme jette à terre ce qui semblait être un bébé : ça n’est qu’un baigneur emmitouflé. A son tour, elle brandit une arme. « Les mains en l’air, connasses », hurle-t-elle !

Mireille et Liliane, sa collègue, ont lentement levé les mains. Toutes deux lisent la peur dans le regard de la femme qui les braquent.

L’homme s’est approché de Liliane et lui pose le canon de son révolver sur la tempe, puis hurle à l’adresse du directeur de la petite agence :

- Toi, le dirlo, ouvre le coffre ou j’ la bute !

Mains levées, Patrick s’est avancé :

- Mais nous ne contrôlons pas l’ouverture, elle se fait à distance, justement afin d’éviter les vols.

- Ta gueule, démerde-toi ! J’veux du fric ou je la bute !

Ce disant, il a appuyé un peu plus fort le canon de son arme conte la tempe de Liliane.

- Lui faite pas d’mal, hurle Mireille !

Alors la femme qui tient l’arme se tourne brusquement vers elle :

- Ta gueule la meuf !

PAN ! Le coup est parti… La détente trop sensible ou la nervosité de la femme ? Mireille s’écroule, un filet de sang coule de son temporal gauche.

- T’es conne ! hurle l’homme, qu’est-ce que t’as fait ?

Hébétée, la femme articule : je… je….

- Allez, on s’casse ! Les keufs vont rappliquer… Dégage, nom de Dieu ! Dégage !

Le Samu, l’hôpital Saint Louis, tout proche, les urgences.

On a prévenu Régis, il a tout abandonné puis est rentré par le premier T.G.V, sa sœur est allée chercher les enfants.

Il est là, il attend dans la salle près du bloc, des heures… Enfin le chirurgien apparaît, l’air fatigué, plus de cinq heures d’intervention.

- Votre femme est vivante, mais je vous dois la vérité : le cerveau a été touché, il y aura au mieux de graves séquelles. Au pire, elle restera dans le coma !


Six mois ont passés, au début Régis venait chaque jour, puis tous les deux jours. Depuis un mois, il ne vient qu’une fois par semaine.

Ce dimanche, il regarde « sa » Mireille : mon pauvre cœur, tu ne m’entends pas, je te vois, mais où es-tu ?...

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

Déjà ? Oh non ! Allez, encore une petite minute…

Merde, un quart d’heure ! Je me suis rendormie un quart d’heure !

Je suis debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans mes petites mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !

Après……………..toilettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre ! Je suis dans la cui………………………………….. filtre, bouton sur : « ON », je sors deux bols, deux cuillers à café de Nesquick, les petits pains au lait………………….. pot de Nutella, les biscottes pour moi…

………………………..

- Debout mon ange, il est l’heure !

……………………………………

- Ta gueule la meuf ! PAN !

Tu ne m’entends pas Mireille… Tu ne penses plus à rien, ton pauvre cerveau en bouillie est mort… Que faire ? Mon Dieu que faire ?

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

Déjà, oh non ! Allez enc………………………..ite minute….

Merde, un quart d’heure ! Je me s……………………………..rt d’heure !

Je suis debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans mes peti……….ules bordeaux, un peu usées mais telle………..ortables !

Après le passage obligé aux toil…………………………….. d’un pied sur l’autre ! Je suis dans la cuisine, l’ea…………………………….oulu dans le filtre, bouton sur : « ON », je sors deux bols, deux cuill……………………………………… au lait bien en évidence, le gros pot de Nutella, les bis……….. moi…

………………………..

- Debout mon ange, il est l’heure !

……………………………………

- Ta gueule la meuf ! PAN !

- Monsieur Fournier…. Voilà, je… Nous voulions mon équipe et moi vous suggérer de mettre fin à cet état. Son cerveau est mort, nous la maintenons en vie artificiellement depuis dix jours… C’est sans espoir, sa tête est vide, Monsieur Fournier. L’encéphalogramme est plat : elle est morte !

Morte ? Je suis morte ?

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

Déjà ? Oh non ! Allez……………e petite minute….

Merde, un quart d’heure ! Je m………….ormie un quart d’heure !

Je suis debout, bien réveillée cette fois, l………………………. mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !

Après le pass……………………lettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre !

Je suis ………., l’eau dans la caf..re, le café moulu dans le filtre, bouton sur : « ON », je……….s, deux cuillers à café de Nesq………………ins au lait bien en évidence, le gros pot de Nut…………………..our moi… '' ………………………..

- Debout mon ange, il est l’heure !

……………………………………

- Ta gueule la meuf ! PAN !

- Débranchez-la, Docteur !

- NON, Régis ! NOOOON !

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

Déjà, oh non ! Allez encore un………. minute….

Merde, un quart d’he… ! Je me suis rendo…..uart d’heure !

Je suis debout, bien réve………tte fois, les pieds dans mes petites mu……..eaux, un peu us. …

CLIC !... BIIIIIIIIPPP… BIIIIIIIIIPPP… BIIIIIIIIIIPP…

vendredi 10 décembre 2010

Saoul-FifreChagrin de folie

Ce ne sont pas les métaphores qui ont manqué pour décrire ces moments d'exaltation humaine relevant plus des urgences psychiatriques que des académismes de poètes !

Il était pourtant bien mignon, cet Esprit-Saint descendant sous forme de blanche colombe ou de flammèche (ou de pigeon grillé quand les deux se croisaient ?), sur la tête hallucinée des apôtres ? Ça en jetait un max, sur les tableaux censés représenter la scène, de la poudre aux yeux des gogos ! Et cet incendie accidentel de quelques buissons, un jour d'été caniculaire où le vent soufflait si fort, par ce maladroit de Moïse ? Le processus de culpabilisation qui s'ensuivit fut si hystérique qu'on en parle encore :

Mon dieu bordel, qu'est-ce que je suis débile !
Tu ne feras jamais plus de barbecue à moins de 200m d'un espace boisé, même le dimanche
Tu aurais pu tuer quelqu'un, pauv' con
Tu ne mettras plus la honte au front de tes parents
Tu vas rembourser le proprio du terrain comme tu aimerais qu'il le fasse dans un cas semblable
Tu ne diras plus de gros mots non-politiquement corrects comme "Je te jute à la raie" ou "Enculé de dieu par son fils"
Tu vas vider ton compte à la banque et tu rembourseras tes dettes
Comme pénitence, tu n'iras plus aux putes pendant deux mois
Tu éviteras d'accuser le voisin que personne ne peut piffer, comme la dernière fois
Et vu que c'est la crise, tu vas baisser ta marge, sinon tu n'auras plus aucun client !

Quand on étudie la vie des saints, on se sent souvent pris dans le tourbillon d'un vent de folie. Avec les stigmates qui n'arrêtent pas de couler, les lévitations de Thérèse d'Avila, les cadavres qui sentent la rose, les "parlers en langues", etc., on peut dire que la somatisation précède la canonisation.

Pour d'autres raisons, bien sûr, mais j'ai vécu de ces moments où la folie débarque dans son quotidien sans avoir reçu de carton d'invitation. Cette fois-ci ce fut suite à une séparation. Lorsque l'on n'est pas une bûche, que l'on est un minimum sentimental, la séparation est un arrachement, les pensées tournent à l'hiver, le cœur gèle à pierre fendre. Rien n'est plus, tout est inconstance, les définitions explosent, le prévisionnel se télescope contre les flash-backs dans un décor déprimant. Son p'tit bonheur est parti tournoyer une valse macabre, pressurisé dans l'œil d'un typhon cyclothymique.

Et il reste juste assez de raison pour savoir que les torts sont toujours partagés, que cette horreur effroyable, insurmontable est la banalité de tout le monde et que la seule attitude courageuse qui s'impose est de se rouler en fœtus au fond de la baignoire et de pleurer jusqu'à la noyade.

Un bruit de bulles venant crever en surface me tira de ma rêverie souffreteuse, je me redressai, saisis un stylo dont la plume se mit à glisser sur un papier qui trainait par là, formant des lignes d'arabesques absconses. Merci, ô Génie de la cartouche ! On est bien peu de chose, quand même. Le point final posé, je pus découvrir ceci :

Un tronc se conjugue à pas lents
Un arbre a son ombre à l'abri
Du doute et des mélancolies
Mais... et la folie ?

L'oiseau prend son vol au Printemps.
Chercher femme et faire des petits,
Les nourrir, ô vulgaires soucis
Mais... et la folie ?

La pierre ignore le goût du sang
Ou le plaisir pris dans un cri
Qu'on la caresse ou qu'on l'oublie
Mais... et la folie ?

Lui l'humain se met dans le rang
Des petits destins, petits nids
Il est normal, il obéit
Il serre les dents
Bras ballants
Devant la lueur de l'aurore
Devant l'amour, l'humour, la mort
Et la folie...

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