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mardi 15 juin 2010

AndiamoAu poêle !

Par ce beau dimanche de juin de l’an de disgrâce 1915, la grande guerre fait rage depuis près d’un an.

Petit, grande barbe soigneusement entretenue, chapeau melon dissimulant une calvitie naissante, canne à pommeau d’argent, portant beau comme on disait à l’époque, monsieur Henri se promène dans les allées du marché aux puces.

Toutes les conversations ne traitent que de la guerre.

- Les nôtres ont repris une position aux boches.

- Oui, on les aura ! Notre canon de « 75 » est bien le meilleur, sans compter l’excellence des fusils « Lebel » ! Et ce Maréchal Joffre… Quelle poigne ! Un meneur d’hommes assurément !

- Ah ! Ça oui, pardi !

Monsieur Henri, âgé de quarante cinq ans, avait échappé à la conscription, de justesse ! Bah, soupirait-il, il y a suffisamment de jeunes, et puis tout sera terminé dans quelques semaines... Tout au plus !

Il aimait tout particulièrement flâner au marché Biron, délaissant un peu Vernaison, Malik ou bien le marché Paul Bert. Le doux parfum de la cire, dont les antiquaires faisaient un large usage en étalant consciencieusement la jolie pâte aux teintes de miel sur les meubles chargés d’histoire, provenant de ventes plus ou moins licites.

Cette odeur si caractéristique lui rappelait sa chère Maman, répondant au doux prénom de Flore. C'est elle qui entretenait amoureusement leur petit appartement parisien, quand ses travaux de couture à domicile lui en laissaient le temps.

Parfois, sa main se pose sur un bureau « dos d’âne » ou une jolie commode « Régence », il en caresse la marqueterie, s’imprégnant les doigts du doux parfum de la cire, puis, discrètement faisant semblant de lisser sa moustache, il hume alors ses doigts imprégnés de l’effluve, porteuse de doux souvenirs.

Alors qu’il vient de rouvrir les yeux après avoir respiré la merveilleuse fragrance, arrivant face à lui, une femme de belle allure. Grande, large chapeau noir avec voilette, la longue robe, de percale noire elle aussi, laisse juste apparaitre la pointe de ses bottines de chevreau, marque d’un bottier de qualité.

Feignant de regarder ailleurs, Monsieur Henri la bouscule légèrement. Sursautant, il se confond en excuses, retirant son melon, se pliant en courbettes, toutes plus obséquieuses les unes que les autres.

- Chère Madame, acceptez mes excuses, quel distrait je fais ! Je ne vous ai pas blessée au moins ?

- Non… Non Monsieur, tout va bien je vous assure…

- Permettez que je me présente : Henri Frémyet, agent de change.

- Thérèse Laborde-Line, veuve.

- Oh ! Je suis navré et sincèrement désolé, et croyez bien que je ne vous dis pas cela par pure convention, car je suis veuf également !

- Deux malheurs se sont croisés… Un peu brutalement, ajoute-t-elle en souriant.

- Permettez-moi, chère Madame, et ceci en tout bien tout honneur, de vous offrir un rafraîchissement.

- Je ne sais si je puis accepter.

- Acceptez, je vous en prie.

Ils sont là, attablés dans ce petit bistrot de la rue des rosiers, lui devant un bock, elle s’est fait servir un thé.

- Il faut boire une boisson chaude lorsqu’il fait chaud, j’ai appris cela de mes voyages en Afrique du nord. Mon mari m’y emmenait souvent lorsqu’il voyageait pour affaires.

- Que faisait-il ?

- De l’import-export… Une très grosse situation vous savez : à sa mort, il m’a laissé de quoi vivre très confortablement jusqu’à la fin de mes jours.

- Ah ! Le saint homme, ajoute Henri en hochant la tête.

- Oh ! Mon Dieu ! Dix-huit heures trente déjà, il faut que je rentre, le temps passe si vite…

- Permettez, Madame, que je vous raccompagne.

- J’habite avenue Henri Martin, à l’autre bout de Paris !

- Qu’à cela ne tienne, nous prendrons un fiacre, je ne vous laisse pas seule, d’autant qu’il faut tout de même emprunter une partie de la zone (1) avant d’entrer dans Paris, où nous trouverons aisément un « sapin » (2)

- Vous êtes très prévenant ,cher Monsieur, et c’est avec joie que j’accepte.

- Tout le plaisir est pour moi !

Le fiacre les a déposés devant l’immeuble très cossu de style hausmannien. En galant homme, Henri a ouvert la porte le premier, et a obligeamment aidé la Dame à descendre. Levant un peu la jambe afin de poser le pied sur le trottoir, elle a laissé entrevoir sa cheville gainée du chevreau de ses bottines. La jolie courbe que forme la cambrure du pied menu trouble visiblement Henri, lui donnant toutes les audaces.

- Et si nous nous revoyions ? Nous promener de nouveau au marché Biron me ravirait.

- Est-ce bien raisonnable ?

- Sans doute !

- Bon, alors, disons dimanche prochain ici même : à quatorze heures.

- Merci, merci, très chère.

Ils se sont vus et revus. Tant par ses prévenances que par ses bonnes manières, Henri a réussi à devenir l’amant de la très belle, et bien en chair Thérèse Laborde-Line, veuve de son état.

En fin diplomate, Monsieur Henri a réussi à obtenir procuration de tous les comptes et obligations de l’accorte veuve du roi de l’import-export.

Un joli dimanche de septembre, l’arrière-saison étant particulièrement clémente en cette terrible année de combats, Monsieur Henri propose à Thérèse de passer une fin de semaine avec lui dans sa maison de campagne, une « villégiature » comme on les désignait alors, située près de Rambouillet.

- Ah ! Enfin, je vais connaître ce petit nid d’amour dont vous me rebattez les oreilles constamment, cher Henri !

- Oui, ma douce, vous verrez comme nous serons bien ! Vous, moi, et les petits oiseaux.

- J’ai l’impression que le beau merle, c’est vous, conclut-elle en riant de bon cœur.

Ce beau dimanche, Henri et Thérèse se retrouvèrent à neuf heures précises sous la grande horloge de la gare du mont Parnasse.

Les locomotives ayant été endommagées ou réquisitionnées pour l’effort de guerre, c’est une antique et poussive « Tigerli » qui emmènera le convoi très réduit, faible puissance oblige, jusqu’à Rambouillet.

Ces machines servant habituellement aux manœuvres, il ne faudra pas s’attendre à battre des records. Mais qu’importe : à la guerre, comme à la guerre, a dit si gentiment la jolie Thérèse.

Brinqueballés sur d’inconfortables banquettes de moleskine, nos deux amants arrivent enfin à Rambouillet. De là, on emprunte un fiacre jusqu’à Gambais, lieu où réside Monsieur Henri.

Une modeste demeure, un peu à l’écart, l’immense forêt à deux pas, un réveil au chant des oiseaux a promis l’aimable Monsieur Henri.

Près de toucher au but, Henri a un peu accéléré le pas, il précède largement Thérèse qui souffle un peu, n’étant pas habituée à pareils efforts.

- Attendez-moi, mon ami, vous courez littéralement !

- Mais c’est pour vous ouvrir le portail, très chère… Prenez votre temps !

Quand Thérèse arrive enfin, les joues rouges et le souffle court, Henri est planté devant la boîte à lettres, la masquant totalement. Et sur laquelle on pourrait lire sur un petit bristol format carte de visite, dans un petit espace protégé par une vitre le mettant à l’abri des intempéries :

Madame et Monsieur Henri Landru, en caractères gothiques du plus bel effet.




Pour les perdreaux de l’année :

(1) La zone était un genre de no man’s land situé entre les « barrières de Paris » et les faubourgs, un endroit où il ne faisait pas bon traîner ! Ça a donné "zoniard" : individu peu recommandable, et "zoner" : traîner à l'affût d'un mauvais coup.

(2) Sapin : nom familier donné aux fiacres.

J'ajoute : je m'absente du 16 juin au 17 juin, je répondrai à vos commentaires (si vous m'en laissez) la semaine prochaine... Merci.

samedi 12 juin 2010

Tant-BourrinChat - rat - deux (7)

Cela fait bien longtemps (trois ans) que je n'ai pas mis à l'épreuve vos neurones avec quelques petites charades de ma composition qui, par le passé, ont déchaîné les passions, surtout dans le lectorat féminin. Eh bien, réjouissez-vous, car je vous en ai concocté une nouvelle salve...

(Choeur du lectorat féminin) Aaaaaaaaaaaah !...

... consacrée, cette fois, au football !

(Choeur du lectorat féminin) Oooooooooooh !...

Bin, oui, quoi, la Coupe du Monde a commencé, il faut se mettre au diapason de l'actualité, non ? :~)

Petit rappel préalable : tous les coups sont non seulement permis mais même conseillés, tout particulièrement les à-peu-près infâmes qui sous-tendent ces charades ! Ils vous suffit, pour vous en convaincre, d'aller vérifier la chose dans les séries précédentes , , , , et itou. Inutile en revanche de vous ruer sur Gogol pour chercher les solutions, ces charades sont sorties tout droit de la calebasse qui me tient lieu de crâne !

Comme je ne vais pas passer des journées entières devant mon écran à surveiller ma boîte mail, je vous invite à proposer vos réponses directement dans les commentaires et à vous entraider. Si vous n'arrivez à bout de cette série-là, les éventuelles réponses non trouvées seront dispensées à une date non fixée, selon mon bon vouloir.

Voilà, maintenant, c'est à vous de jouer !



Charade n°1

Mon premier est l'ancienne championne de natation Manaudou le jour de son mariage
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°2

Mon premier est l'exhortation, adressée à un perroquet, à fatiguer l'écrivaine Gavalda par son verbiage incessant
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°3

Mon premier est l'ordre d'endommager un enregistrement vinyle de Thelonious Monk tout en conservant une démarche martiale
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°4

Mon premier est le cri de ralliement, net et sans entraves, des Berruyers à leur région
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°5

Mon premier est ce que l'on dit en rappelant que la Sainte-Vierge à accouché d'un si adorable et si précieux enfant
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°6

Mon premier est la constatation que sans un minimum de rangement, c'est le bordel
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°7

Mon premier est une exclamation pleine de jubilation émise par un détective privé qui réalise la chance qu'il a de faire une filature du fils Delon
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°8

Mon premier est ce que l'on répond à quelqu'un qui affirme que la mauvaise bibine ne tord pas les boyaux alors que l'on est convaincu du contraire
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°9

Mon premier est le premier tube d'un chanteur ibérique, interprété tristement par un chanteur dépressif
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°10

Mon premier est ce que dit un Pied-Noir pour exprimer le fait que, quand on est d'un naturel hilare, il faut se laisser aller à l'hilarité
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°11

Mon premier est la constatation qu'il ne peut y avoir d'érection quand rien ne dépasse
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui



Charade n°12

Mon premier est l'affirmation selon laquelle il était écrit que le Directeur de France Inter se mettrait en ménage avec un con
Mon tout est un footballeur français célèbre, d'hier ou d'aujourd'hui

mercredi 9 juin 2010

Saoul-FifreLaham Éric

Vous connaissez le jeu des faire-parts ? Monsieur et Madame Laham ont la joie de vous faire part de la naissance de leur dernier né Éric... Légèrement américanophiles sur les bords, les parents, vous ne trouvez pas ? Ou bien des fans de Jo Dassin ? Andiamo m'a appris que Francis Blanche aurait bien prénommé sa fille "Berthe"mais que sa femme était nettement moins favorable à ce choix. Parait-il que ce sont Sagan et Gréco qui ont remis ce jeu au goût du jour en 65 avec Gérard Menvu, Mélusine Enfaillite, André Sanfrappé etc... mais elles n'en sont pas les inventrices. Le Marquis de Bièvre, qui eut la bonne idée de mourir en 1789, nous offrit La comtesse Tation et l'abbé Quille. Christophe, dans sa "Famille Fenouillard", nous présente un Max Hilaire et un Guy Mauve.

C'est Alphonse Allais, encore lui ! qui découvre les perles les plus fines et les plus chargées d'Hillary T. : Jean Rougy de Ontt, Élie Coïdal, Tony Truand, Cham Loth, Sarah Vigott, Azutat Laure ou l'abbé Tumaine.

Bon, en voici quelques uns que je vous propose de trouver. Je vous demande à l'avance la plus grande indulgence : tant de monde s'y sont essayés qu'il est normal de trouver des redites. J'ai pris une liste de prénoms et j'ai cherché, jusqu'à la lettre H incluse, pour ceux que ça intéresse.

Bon courage et vous pouvez proposer les vôtres, bien entendu.

Mr et Mme Imatou-Chéléfez ont une fille ?

Mr et Mme Chénoudanl ont un fils ?

Mr et Mme Honneur ont un fils ?

Mr et Mme Oli ont une fille ?

Mr et Mme Sonfroque ont un fils ?

Mr et Mme Ellve ont un fils ?

Mr et Mme Lela ont un fils ?

Mr et Mme Talatou ont un fils ?

Mr et Mme Ilétant ont un fils ?

Mr et Mme Tong-Rog ont une fille ?

Mr et Mme Dajun ont un fils ?

Mr et Mme Suss ont un fils ?

Mr et Mme Arett ont une fille ?

Mr et Mme De Vaux ont des jumeaux, un garçon et une fille ?

Mr et Mme Fermta ont une fille ?

Mlle Hic et Monsieur Hure ne sont pas mariés. Ils hésitent sur le nom de famille à donner à leur fils.

Et Mr et Mme Dequil attendent des jumeaux, fille et garçon. Comment vont-ils bien pouvoir les appeler ?

samedi 5 juin 2010

AndiamoLes sept îles




C’était un îlot de verdure, situé en banlieue parisienne, à Montfermeil. Bien après Cosette et les Ténardier, et bien avant les cités HLM qui ont défiguré nos banlieues.

Gamins, on s’y rendait à vélo, il fallait une heure environ pour y parvenir et, juste avant, la belle récompense : la côte de Montfermeil, un raidillon escarpé tout droit, mais vachement pentu… DEDIEU !

J’avais les muscles en long ! Un peu comme les araignées... Souvent, j’ai terminé l’ascension en poussant le vélo. Après tant d’efforts, on arrivait aux sept îles : un étang avec, disséminés sur toute sa surface, sept îlots plantés d’arbres et envahis par les herbes folles.

On pouvait louer une barque pour pas bien cher. En se cotisant, on arrivait à trouver assez de monnaie pour s’offrir une heure de location. Une heure au cours de laquelle nous étions tour à tour le pirate des sept mers ou Robinson Crusoë, selon l’humeur et l’idée du moment.

Parfois et par chance, on arrivait à attraper une grenouille. Au bout d’un certain temps, on la remettait à l’eau : imaginez la tronche du bestiau qui était passé de main en main pendant plusieurs minutes ! Même sa mère ne l’aurait pas reconnue !

La notre de mère devait sans doute avoir beaucoup de mal à nous identifier également quand, en fin d’après-midi, on rentrait au bercail, crottés, mouillés, en sueur, avec un appétit d’ogre.

Près de cet endroit, il y avait trois guinguettes (et oui, autre temps...) : le Tivoli, le Coq hardi et surtout le "BALAJAN". Un peu plus vieux, nous n'y allions plus à vélo bien sûr, mais à Vespa ou à moto.

Généralement, on s’y rendait le dimanche après-midi. On ne payait pas pour entrer, seulement aux inter-danses : entre une série de tangos, de rumbas, ou autres slows, il fallait s’asseoir autour des tables (vissées au sol ainsi que les bancs, car certains jours ils avaient une fâcheuse propension à voler !) Alors le loufiat passait entre les tables, prenait la commande et faisait casquer, un peu cher pour mes pauvres finances, mais ça payait le ticket d’entrée.

Afin de ne pas raquer, dès la dernière mesure achevée, on s’éclipsait, traversait la rue, et l’on se retrouvait au Tivoli ou au Coq hardi. Rares les fois ou les inter-danses correspondaient, ainsi on gambillait à l’œil tout l’après midi.

Bien, mais toutefois ça n’est pas évident d’emballer dans de telles conditions !

Quand, par chance, on arrivait à "lever" une jolie fiancée, nous l’emmenions faire un tour de barque aux sept îles, toutes proches… A nous les mimis humides à l’ombre des grands saules ! On rentrait le soir avec la vague promesse d’un rencard pour le samedi suivant, et la tête pleine de joyeux souvenirs pour la semaine en usine.

C’était un peu- et ça ne vous a pas échappé - "les enfants du marais", l’excellent film de Bertrand Tavernier. Autrefois, dans nos banlieues, il subsistait des îlots de verdure, des endroits où il faisait bon passer les dimanches.

Quand j'étais encore "consommable", il subsistait encore pas mal de ces "guinguettes". A Nanteuil-lez-Meaux, Gournay, Nogent-sur-Marne, et sans oublier la butte Pinson à Pierrefitte.

C'était le dimanche après-midi que j'y allais : le samedi soir, je préférais les "dancings" de la capitale, à l'ambiance plus feutrée, aux slows à la guimauve, propices à la "roucoule" !

Des petits guinches, ces guinguettes, dans lesquels le billet d’entrée était à un prix raisonnable, les filles seules ne payaient pas. Malins les tauliers, elles servaient "d’appât", en tout bien tout honneur, aux requins qui, eux, casquaient !

J’y suis repassé récemment… En lieu et place : des grandes enseignes, avec leur cortège de parkings, et de sacs roulant sous la brise légère, qui autrefois ridait la surface de l’étang aux sept merveilles.



Je serai absent au moment de la parution de ce ch'tiot billet. Si vous me faîtes le plaisir de laisser des commentaires, j'y répondrai dès mon retour. A moins que je trouve un ordi. à ma disposition...

mercredi 2 juin 2010

Tant-BourrinBoîtes (nouvel enregistrement)


Boîtes

Paroles : Tant-Bourrin - Musique : Erik Satie


Téléchargeable directement ici




Oui, je sais, ce n'est pas vraiment un nouveau billet puisque je vous avais déjà proposé ce morceau il y a fort longtemps, les plus croulants anciens s'en souviennent peut-être. Mais voilà : en ce moment, je me tire une grosse flemme d'écrire et, comme l'a justement fait remarquer Françoise dans un commentaire précédent (que j'ai également la flemme de rechercher), écrire sans envie c'est comme pratiquer le sexe sans amour.

En revanche, il y avait quelque chose dont j'avais depuis longtemps envie, c'était de réenregistrer correctement mon "boîtes" de juin 2006. A l'époque, Saoul-Fifre, Manou et moi tenions un rythme de folie : un billet par jour sur le blog, un billet à écrire pour chacun tous les trois jours donc. A l'époque pas le temps de peaufiner, c'était du flux tendu ! Et pour le coup, j'avais écrit et enregistré à l'arrache ce texte (particulièrement guilleret, vous l'aurez noté !) sans avoir le temps de résoudre mes problèmes de prise de son (résolus depuis), d'où une voix métallique et nasillarde dans la première version, ce qui m'avait un peu chagriné.

Comme bloguer doit rester un plaisir, j'ai décidé de m'offrir le temps de faire ce dont j'avais envie depuis quatre ans : réenregistrer le morceau, calmement, posément, en faisant plusieurs prises (et non pas une seule comme à l'époque), jusqu'à être à peu près satisfait du résultat, que vous pouvez écouter ci-dessus.

Voilà. Rendez-vous dans une dizaine de jours pour un "vrai" billet de ma part. Ou pas.

dimanche 30 mai 2010

Saoul-FifreCouscous zarbi, comme la Badi

Marrant de vous avoir donné la recette des migas et jamais celle du couscous ?

Je me souviens : je travaillais dans le téléphone à l'époque, ou plus exactement pour une petite boite qui se faisait exploiter par les encore PTT (Petits Travaux Tranquilles). Ben oui, la privatisation est un concept déjà ancien. En 76, un fonctionnaire coûtait déjà passablement cher, alors le vrai travail productif était sous-traité à un "privé", externalisé, délocalisé, appelez ça comme vous voulez mais le principe est le même. Aux PTT les relations avec les clients, les contrôles, les soumissions de marchés (abonnés, dépannage, tirage de lignes aériennes, souterraines...). Le système est basé sur les "enveloppes" ; emportera le marché celui qui fera l'offre la mieux disante ou, le plus souvent, la moins élevée. Classiquement, l'année suivante, fort de sa réputation et de la qualité du travail fourni, l'entreprise privée qui a eu le marché sur le secteur essaye de proposer cette fois-ci un prix un peu plus élevé. Et hop, c'est un concurrent nouveau qui débarque, qui casse les prix, travaille souvent à la limite de la perte en mettant ses ouvriers sous pression. La première boite fait faillite, et la deuxième rembauche en principe les ouvriers licenciés économiques de la première boite, qui connaissent bien leur secteur. J'ai été licencié 3 fois avec ce système. Bonjour la sécurité de l'emploi ! Évidemment, les syndicats étaient contre ce choix décidé au plus haut niveau des administrations pour des raisons strictement économiques. Les quelques ouvriers fonctionnaires PTT, EDF ou SNCF s'occupant de chantiers résiduels, regardent les privés d'un œil noir et les détestent, disons le mot. Nous étions des briseurs de grève, nous baclions notre boulot (ce qui était faux, vu les contrôles très sévères où leurs tendances sadiques donnaient leur pleine mesure), nous empêchions les postes supplémentaires que les syndicats réclamaient à grands cris. Nous, de notre côté, ricanions peu charitablement de leur rythme de travail ridicule (4 fois inférieur à nos stakhanovistes résultats) et du célèbre glandeur restant au pied de l'échelle "pour la sécurité" tandis que son collègue y montait.

Ceci représentant la relation de base, certains rapports humains préférentiels pouvaient interférer. Un de mes homologues de chez France Télécom, me voyant quillé en haut de mon échelle 3 brins, en plein virage dans une rue très passante en automobilistes pressés, le pied de l'échelle sur la chaussée car le trottoir était inexistant à ce endroit, a installé pour me protéger, son véhicule de service, ses warnings et son panneau "Travaux" réglementaire. Sympa car le patron ne nous fournissait bien entendu aucun matériel de sécurité et de toute façon, nous étions tellement sous pression qu'aller chercher la voiture à 100 mètres était inenvisageable en termes de temps perdu. Un autre "camarade du service public", me voyant englué dans une "façade" d'au moins 50 mètres, déplia son échelle et se mit à planter ses cavaliers à mes côtés. La solidarité ouvrière existe et peut ensoleiller une journée pluvieuse.

Mais à propos de soleil, j'étais parti il me semble pour vous parler de couscous. Oui, j'avais donc les clefs des centraux téléphoniques et communiquer ne me coutait pas cher. Je téléphonais durant des heures à mes potes et à ma moman en particulier pour lui extorquer ses recettes savoureuses. Si je suis plutôt du genre à innover en cuisine, je pense que mon couscous ressemble beaucoup à celui de ma mère. C'est trop important pour que je me laisse aller à faire le malin, il s'agit quand même du plat national d'Afrique du Nord, à ne pas confondre avec le Maghreb de canard.

Bon écartons d'emblée les hérésies tunisiennes (pour chochottes) ou les variations marocaines touristiques (pour fillettes only). On vient d'Algérie, comme Chimène, et par tous les couscoussiers, on y revient. On oubliera cependant d'utiliser du beurre rance. Ce serait certes un retour aux fondamentaux, mais la mise en œuvre, en nos heures javellisées, en serait complexe. Point de raisins secs, non plus, de pruneaux, encore moins de tomates, pas de lait. Des légumes, de la viande, de l'huile d'olive, du ras-el-hanout et de la harissa. Et c'est tout ! Allez, un peu de sel, vaï.

Pas n'importe quels légumes, hein ? Hier soir, cerise sur le mokhrout, un des invités avait des allergies. Mais pas qu'une, plein, et des spéciales. Un cas d'école : ses parents sont maraichers dans le coin et son terrain de jeux étant gosse, c'était les serres, j'imagine ? Les serres de légumes et leurs 40 traitements chimiques annuels. Pour peu que le gosse ait eu la détestable habitude de se sucer le pouce ou de se ronger les ongles, il ne doit pas falloir chercher ailleurs l'origine de ses maux. Je lui ai donc concocté un couscous spécial "traumatisé du progrès agronomique" avec de la courgette, de l'aubergine et du poivron. Tous les autres léguminacées l'auraient envoyé aux urgences et l'ambiance de notre petite fête en eut été dépréciée. Ouf il a conservé sa tronche de cachet d'aspirine du début à la fin du repas et nous avons échappé aux pustules explosant dans des tons verts et bleus qui auraient juré avec les couleurs chaudes de notre intérieur.

Nous autres avons eu droit à la panoplie complète et riche des légumes autorisés par ma mère pour la confection du couscous. Aaaargh, non, mon fournisseur n'avait pas le céleri-branche, alors ça, c'était la cata catastrophique, si vous me permettez cette redondance. Je considère le céleri-branche comme un des légumes incontournable ! Et ben j'ai été obligé, l'âme aux portes de la mort, de m'en passer. Dure épreuve que je ne souhaite à aucun bédouin, ni à sa fille.

Mais je m'aperçois que si je ne commence pas par le début, vous n'allez rien comprendre. Oui, on commence pas faire revenir la viande, c'est logique vu que c'est ce qui met le plus de temps à cuire. On va prendre l'exemple basique du couscous-mouton (coscos-moto en version originale). Si vous êtes riche, vous prenez un gigot ou une épaule ou les deux. Ma mère mettait des hauts-de-côtes et du collier. C'était divin. Enfin bon, j'arrête, je me fais du mal. Vous désossez sommairement (vous n'êtes pas professionnel et moi non plus) votre gigot et vous mettez les os à bouillir dans un fond d'eau (non, pas dans un fondouk). La viande récupérée, vous la découpez en "parts", selon combien vous êtes et vous les faites revenir à l'huile d'olive dans un faitout en tôle, à feu vif : faut qu'elle soit saisie, voire qu'elle "attrape" un peu. Certaines viandes rejettent de l'eau. Videz cette eau jusqu'à ce que la viande soit sèche, grillée et qu'elle attrape au fond du récipient (pour que le message s'imprime bien dans les mémoires, n'hésitez pas à vous répéter).

Vous aurez bien sûr préparé auparavant tous les légumes, lavé, épluché, découpé en lanières (choux, poivrons...) ou en morceaux les légumes, selon les disponibilités. Si vous les mettez tous ce sera meilleur, bien sûr.

Les indispensables sont les légumes "avec un goût prononcé" : les navets, le céleri-branche, les cœurs d'artichauts "maison" (le coup de main est assez simple à attraper, ne faites pas l'idiotie ignominieuse d'acheter de fades cœurs d'artichauts en boite), les poivrons, les aubergines...

On y ajoute des plus classiques comme les carottes, le chou, les courgettes et bien sûr aulx et oignons...

Donc vous avez fait revenir dans votre faitout espagnol (une tôle peu épaisse qui transmet très bien la chaleur) ou dans votre wok, ça marche très bien aussi, vos morceaux de viande, à feu vif. La viande a attrapé. Vous enlevez la viande, que vous videz là où les os sont en train de bouillir. Ce deuxième récipient est en principe le couscoussier et doit pouvoir contenir l'ensemble du bouillon à la fin. Mais il peut être une grosse cocotte.

Vous allez maintenant faire revenir tous vos légumes, espèce par espèce, dans le faitout/wok qui a servi à faire revenir la viande. Entre chaque espèce, versez un peu d'huile d'olive et faites revenir à feu vif, très vif. Le nez est important : le légume doit exprimer sa personnalité sans que ça sente le charbon. Au fur et à mesure, on verse chaque légume dans le "pot commun", qui est sur un autre feu à côté, où ils continuent à cuire avec la viande, et le ras-el-.hanout, et la harissa, selon goûts.

Il y a un ordre (les légumes les plus longs à cuire en premier) mais je ne me souviens jamais lequel. Je crois que les carottes et les navets, pleins de fibres, sont assez "durs à cuire", surtout s'ils n'ont pas été découpés dans le sens de la longueur ! Le chou doit être bien cuit aussi, pour des histoires de digestion. Il y aura peut-être des spécialistes dans les commentaires, qui pourront préciser ce point de doctrine ?

Voilà. Il faut bien 1 heure ou 1 heure et 1/2 de cuisson, à feu doux, voire plus. À surveiller. Il y a belle lurette que je ne fais plus la graine au couscoussier, au dessus du bouillon. Les graines modernes sont toutes pré-cuites, même si ce n'est pas marqué sur la boite et deviennent toutes molles, cuites à la vapeur. Non, je suis passé à la cuisine du 3ième millénaire : je fais gonfler ma graine avec un peu d'eau froide, il en faut très peu (2 verres de cantine pour 1 kg). J'attends que ça gonfle, ça se prend en masse, je l'émiette et je la mets dans un plat en terre qui va au micro-ondes et je fais cuire 20 minutes, faut qu'elle soit très chaude.

Hier soir (c'est pour ça que j'ai reculé mon jour de billet) nous étions 27 attablés et j'ai utilisé pour la première fois le faitout espagnol de 60 centimètres de diamètre que nous avions acheté à Port-Bou en nous doutant bien que nous en aurions un jour l'usage. Je dois reconnaitre que l'arrivée sur la table d'une telle gamelle a le chic pour instiller dans les esprits l'idée qu'il ne sera pas nécessaire de se battre pour assurer sa subsistance. Le plus inquiet des convives se sent aussi sec libéré de toute angoisse abstinentielle.

La faim n'est rien, mais la soif ? Les mille et une pierres amenés par l'ami Philippe, en bio absolue, culture et vinification, se sont laissés siroter sans se débattre.

Le phénoménal calva de tonneau (1997) de notre rare et regretté Lorent a eu bien plus qu'un succès d'estime, dans le service de verres à liqueur à nous légué par la hoirie S... grâce au codicille proposé par Françoise .

Certains invités en auraient-ils abusé ? Toujours est-il que seulement quelques minutes après leur départ, ils retoquent à notre porte et nous demandent un café, celui-ci afin de rédiger dans le calme et la convivialité un Constat Amiable d'Accident, le pare-choc de l'un ayant embouti la portière de l'autre, qui, de l'avis unanime des témoins, ne lui avait strictement rien fait.

Et cette violence gratuite, sous nos fenêtres. Les médias n'évoquent donc pas sans de bonnes raisons les méfaits dus à la consommation excessive d'alcool ?

mercredi 26 mai 2010

AndiamoLes chronocorolles

Linda mit sa main en visière, afin de masquer l’énorme soleil orange déjà haut sur l’horizon, le disque bleuté de Gératran disparaissait derrière les collines ocres et mauves de la chaîne des Morages.

Elle ne s’était pas trompée : un nuage orangé fait de cette fine poussière, présente sur Héliobulis, cette lointaine planète de la nébuleuse d’Andromède, barrait l’horizon.

Elle porta les jumelles prismatiques à ses yeux : c’étaient bien les hordes de Gummorh, qui bientôt allaient déferler sur ce havre de paix que Julien et elle avaient bâti.

Ainsi il avait perdu la bataille ! Les barbares étaient trop loin, Linda ne voyait pas ce que Gummorh tenait au bout de sa lance mais elle savait ce que c’était… Sanglant trophée.

Lentement, elle laissa retomber les jumelles sur sa poitrine, une larme roula sur sa joue.

Quelques années plus tôt, ils avaient débarqués sur cette planète, ils étaient des pionniers, tels des Christobal Colombo. Une poignée d’aventuriers, Julien et elle, étaient tombés amoureux au cours du long voyage, cette planète leur avait plu, très peu peuplée, des espaces infinis, le paradis en regard des vingt-six milliards d’humains qui peuplaient la Terre !

Elle tourna son regard en direction du grand char à voiles. Voiles était un terme impropre, puisque c’étaient plutôt des ailes verticales orientables en carbone kevlar, dont il était muni.

Elle aimait parcourir durant de longues heures ces vastes étendues rougeâtres, fonds de mers en grande partie asséchés, sur lesquelles son engin poussé par les vents atteignait des vitesses vertigineuses.

- Tu finiras par te tuer ! ne cessait de lui répéter Julien

Elle lui répondait par un grand sourire désarmant.

Que s’était-il passé ? Les autochtones s’étaient montrés accueillants au début, tolérant bien les Terriens. Puis une maladie, un virus jusqu’alors inconnu avaient décimé une grande partie de la population.

Des rumeurs avaient courues, les « Terriens » voulaient les exterminer afin de prendre possession de leur planète !

Les raids contre les colons s’étaient multipliés, Julien et le reste des hommes avaient alors livré bataille.

Linda comprit que malgré la supériorité des armes, le nombre était venu à bout des hommes de la Terre.

Linda tourna les talons. En passant devant la fontaine, elle caressa le jet d’eau qui s’élevait au dessus des plantes aquatiques, fort semblables à nos nénuphars. Un oiseau papillon butinait l’une des fleurs. Sa trompe pourpre se gonflait au rythme des aspirations. Son corps, couvert de plumes comme celui des oiseaux. Ses ailes, celles d’un papillon, mélange de bleu et de jaune.

En pénétrant dans la pièce à vivre, elle se dirigea vers un petit meuble en bois du pays que « son » Julien lui avait fabriqué pour Noël ! Un bien joli cadeau, s’était-elle esclaffée !

Délicatement, elle fait glisser le tiroir supérieur, en tire une paire de ciseaux d’argent, souvenir de petite fille… Un cadeau de sa grand-mère. Une autre larme roule sur sa joue.

Elle est revenue dans le patio, la fontaine émet son doux murmure. Au bord du bassin, pousse une étrange plante, c’est une chronocorolle, aux fleurs possédant un étrange pouvoir…

Linda choisit la plus belle, ses longs pétales pourpres et mauves, changent constamment de tons, tantôt foncés, tantôt très clairs… Pratiquement translucides.

D’un coup bien assuré, les petits ciseaux ont tranché la tige au ras de la branche qui la supportait, la sève bleue a taché la main de Linda, elle sait par expérience qu’il lui faudra plusieurs jours avant que celle-ci disparaisse, mais qu’importe !

La fleur tenue verticalement, Linda de sa main libre a porté les jumelles à ses yeux. L’horizon est à nouveau clair, les hordes ont disparues, aspirées par la spirale du temps.

Le temps a reculé, ça n’est que passager, cela durera l’espace de vie de la fleur coupée. Quand elle sera fanée, tout reprendra sa place, le nuage, les hordes de Gummorh…

Il lui faudra alors couper à nouveau une chronocorolle, l’arbuste est jeune, la nouvelle fleur qui se prépare derrière celle que Linda a cueillie, sera bien menue, elle retardera l’échéance d’une journée tout au plus… Tout au plus.


(ch'tiot crobard Andiamo )

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