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dimanche 20 mai 2007

Saoul-FifreElle chantait avec une voix...

Valérie a débarqué ce matin avec ses bras pleins de mains, ses jambes pleines de pieds et sa bouche pleine d'exclamations, dans notre univers. Il y avait bien 2 ans que sa voix tonitruante n'avait pas secoué nos murs. Ma relation avec Valérie s'est toujours jouée sur ce tempo cyclothymique. Elle fonçait beaucoup trop vite pour moi, alors elle prenait de l'avance, se lançait à corps perdu dans des projets baroques, et puis, au détour d'une de mes pérégrinations lentes et philosophes, je la rattrapais : elle s'était arrêtée un moment pour reprendre son souffle, arrondir un peu sa bourse ou rechercher le Graal : un homme capable d'apprivoiser la jument sauvage qu'elle était, qu'elle reste et restera.

Personnellement, je ne m'y suis jamais risqué. Son hyper activité m'impressionnait trop, mais, à petites doses, aléatoirement, j'adorais la laisser secouer ma timidité, faire les choix à ma place et me laisser porter par cette vague puissante venue des grands fonds, à qui peu de choses résistaient.

Nous nous sommes donc rencontrés en 4 ième. Contact uniquement auditif la 1ère fois, où elle administrait à sa classe (contiguë à la mienne), sans y avoir été invitée par son professeur, la preuve a capella qu'elle prenait des cours de chant lyrique et que ceux-ci étaient efficaces. Mes camarades se poussaient du coude en gloussant : "C'est Valérie M., c'est Valérie M..." pour répondre à mon regard questionneur et ébahi. Cette fille était le culot personnifié et faisait le désespoir des profs dont elle rendait inopérante la moindre velléité de reprise en main autoritaire d'une classe. Il fallait faire avec, d'autant plus qu'au delà de son extravagance, c'était une excellente élève. L'année suivante nous vit côte à côte, en cours de latin, en totale complicité, à nous bidonner pour un rien. La pauvre prof, une vieille fille, noble de surcroît, était persuadée qu'elle était l'unique cause de nos fous rires incontrôlables, ce qui était péché d'orgueil de sa part. Elle convoqua ma mère pour la mettre en garde contre "mes mauvaises fréquentations".

Valérie me prit sous son aile de pasionaria de l'indépendance, et me fit partager ses vadrouilles fantasques. Ses parents et elle habitaient dans un sous-sol sombre, une véritable caverne d'Ali Baba, un magasin d'antiquités, un monde qui m'était extraordinaire, à moi qui débarquais de mon modeste Plouc-sur-Lidoire. Son père, un journaliste d'origine gitane qui avait fréquenté à Paris les milieux intellectuels, et sa mère, un petit bout de femme hindoue magnifique, de caste brahmane, m'accueillirent avec affection. Je crois même qu'ils caressaient le secret espoir que je "calme" leur boucan de fille, ce qui n'était pas vraiment mon but, fasciné que j'étais par sa liberté lancée au grand galop.

Plus que délurée pour son âge, elle employait un langage rien moins que châtié, cherchant peut-être à me choquer, tester les limites de mes défenses. Elle "sortait" avec des garçons plus âgés qu'elle, draguait les pions, mais quand elle avait besoin d'un accompagnant sécurisant pour ses plans délires, c'est vers moi qu'elle se tournait, sachant que j'étais toujours partant. Elle s'était acoquinée avec un couple d'éleveur de chèvres pour "apprendre le métier" (elle fut effectivement productrice de fromages quelques années plus tard), mais comme le mari "voulait la sauter", comme elle me disait, elle me proposa de venir avec elle. En effet le mec tordit le nez en voyant débarquer cet empêcheur de coucher en rond, cherchant à savoir quels étaient nos rapports.

Je lui aurais dit qu'ils étaient pétris d'admiration, de connivence, d'anarchie partagée, d'ouverture à tous les possibles, qu'il n'en aurait pas été plus renseigné pour autant. Non, entre Valérie et moi, ce ne fut jamais sexuel, sans doute parce que j'avais besoin qu'un projet global, d'un but à atteindre, d'une stabilité affective... Un sentiment amical, si fort soit-il, était insuffisant. Valérie était trop instinctive, trop fonceuse, trop envahissante, trop théâtrale... Nos 2 libertés se seraient entrechoquées.

Nous sommes d'ailleurs tombés d'accord d'avoir fait le bon choix, le choix de l'Amitié éternelle.

Elle assuma avec beaucoup de courage et de détermination son destin de montagnes russes, plein à craquer de drames, de rebondissements, d'accidents, de voyages, de déménagements en catastrophe... Elle accumule, son énergie vorace avale, assimile tout sur son passage. Elle fugua, fut rattrapée par ses parents, connut un mariage blanc arrangé qui dura 3 mois, telle une gentille mante religieuse, elle choisissait ses amours pour les jeter dès qu'ils "la faisaient chier", elle fut éleveuse de chèvres, potière, danseuse chez Béjart, prof de toutes les matières du monde, travailleuse sociale, artiste de cirque et j'en oublie, en Allemagne, en Italie, toujours avec générosité, montrant l'exemple de l'entraide partout où elle passait.

On ne s'est jamais perdu de vue. Certaines fois, l'enquête pour retrouver la bonne adresse, avec ces déménagements incessants, était longue. Mais une lettre arrivait, un coup de fil, et l'un ou l'autre traversait la France pour renouer le lien, redonner un coup de manivelle à l'Amitié.

Elle est toujours aussi allumée, elle ne sait toujours pas après quoi elle court, mais je la trouve apaisée, elle est avec le même homme depuis 16 ans (un gars sacrément valeureux, çui-ci q:^) !), s'entend bien avec sa fille...

Le temps et le courage ont rattrapé le bonheur. Je vous embrasse très fort.

samedi 19 mai 2007

Manou3 petits tours et puis s'en vont



(pour Epi)



1) Bonne fête Yves


2) Soline, 4 ans : « Une énergie vitale teste toutes les combinaisons, construit toutes les complexités. Notre cerveau résulte de cette force de vie. Notre but inconscient n'est-il pas l'épanouissement des potentialités humaines ? »


3 ) Elections législatives en Algérie :35% de participation

vendredi 18 mai 2007

Tant-BourrinIrrésolue

Un étrange malaise, voilà ce qu'elle éprouvait depuis son réveil, quelques minutes plus tôt. Une sensation diffuse, furtive, indicible, qu'elle n'aurait su définir. Quelque chose qui lui glissait entre les doigts et l'envahissait sournoisement en même temps.

Vêtue d'un peignoir, les cheveux en bataille, fixant son reflet dans le miroir de la salle de bain, elle passa un doigt sur la ride, encore discrète mais néanmoins bien présente, qui lui barrait le front, comme pour s'assurer de sa réalité. La ride ? Non, les rides : d'autres sillons se creusaient peu à peu, dans son cou, à la commissure de ses lèvres, entre ses sourcils.

Ses doigts cheminèrent plus avant jusqu'à la racine de ses cheveux, où la grisaille ressurgissait. Il lui faudrait bientôt faire un shampooing colorant pour rhabiller sa chevelure d'une jeunesse factice.

Ses doigts redescendirent ensuite le long de sa tempe, suivirent le contour de sa joue et en mesurèrent l'affaissement. Puis se firent ballants au bout d'une main qui s'affaissa pour ne plus continuer à mesurer les ravages du temps.

Les yeux noyés dans son image fanée, il lui semblait qu'elle frappait aux portes d'un mauvais rêve dont elle n'arrivait pas à s'extraire. Quarante-sept ans, déjà.

Elle frémit : oui, quarante-sept ans, mais le premier chiffre qui lui était venu spontanément en tête était dix-sept. Dans sa tête, au plus profond de ses cellules, elle avait toujours dix-sept ans. L'âge des possibles, l'âge des "pourquoi pas ?", l'âge de sa vie, à jamais.

Et pourtant, elle avait glissé sans s'en rendre compte de l'âge des possibles à celui des impossibles, elle avait laissé des milliers de chemins en route pour ne plus quitter celui, boueux et monotone, qu'elle suivait sans gaîté et sans émoi depuis des années, celui des amours éteintes, du divorce, d'un travail usant et ennuyeux au possible, un chemin où chaque jour semblait photocopié sur la veille et passait sans laisser la moindre trace.

Pour remettre des couleurs à ses yeux, il lui fallait parcourir à rebours dans sa mémoire ce triste chemin, jusqu'à retrouver ses dix-sept ans. Autant les trente années qui venaient de s'écouler lui paraissaient inodores et inconsistantes, autant ses vieux souvenirs semblaient pétris d'éternité. Le temps lui était alors une notion étrangère : il n'existait pas et s'étendait à l'infini à la fois, modelant chaque souvenir de cette époque dans la lave brûlante de ses émotions.

Des émotions qui sourdaient de nouveau à la surface de sa mémoire. Les copines, les premiers flirts, les sorties, le bahut... Le jour où la prof d'histoire l'avait virée du cours parce qu'elle avait un fou rire qu'elle n'arrivait pas à maîtriser (depuis combien de temps n'avait-elle plus ri ?). Et celui où elle avait joué le rôle de Roxane avec ses amis du cours de théâtre (devenir actrice, un autre rêve évanoui). Et la fois où, pour faire rire les copines, elle s'était foutu de la gueule d'un vieux poivrot dans la rue...

L'étrange sensation de malaise se réveilla. Mais pourquoi revoyait-elle avec autant d'acuité la face rubiconde et parcheminée de ce type courbé, usé, titubant ? Elle se souvenait : après qu'il fut passé devant le groupe d'adolescentes, elle avait fait quelques pas dans son sillage, courbant le dos et imitant sa démarche hésitante, en pouffant intérieurement.

Etait-ce l'éclat de rire des copines ? Ou l'homme avait-il un sixième sens ? Toujours est-il qu'il s'était soudain retourné avec une vivacité dont elle ne l'aurait pas cru capable et l'avait surprise dans son numéro d'imitation.

"Petite idiote, tu trouves donc ça amusant de se moquer ainsi des gens ?"

La moindre des intonations de sa voix résonnait encore dans son cerveau, si longtemps après, comme si le vieux poivrot avait été là, dans la salle de bain. Et malgré son ton menaçant, elle avait joué la bravache, le traitant de "vieux croûton" pour ne pas perdre la face devant ses copines.

L'homme s'était empourpré.

"Que sais-tu de mon âge ? Que sais-tu de l'existence ? C'est facile de rire ainsi alors que la vie n'a pas encore eu le temps de te flanquer des claques dans la gueule. Mais rassure-toi, ton tour va venir, et plus vite que tu ne le crois. On en reparlera dans trente ans, tiens. Tu ne vas même pas les voir passer et tu te retrouveras avec les débris de tes rêves entre les mains. A demain."

Il avait ponctué ses paroles menaçantes d'un point final, sous la forme d'un énorme crachat écoeurant sur le trottoir, avant de reprendre sa marche titubante et de s'éloigner. Elle avait été ébranlée par cette diatribe inattendue et plus encore, elle s'en souvenait parfaitement, par ce "à demain" plutôt effrayant.

Mais, malgré ses craintes, l'homme n'avait jamais réapparu dans sa vie, pas plus le lendemain que les autres jours.

Et les années avaient passé depuis, à voir se défaire les fils de ses joies adolescentes pour n'en plus rien garder.

Pourquoi se rappelait-elle donc de cet événement sans importance des décennies plus tard, et avec autant de force ? Comme si cela s'était passé la veille ? La veille... Elle sourit amèrement : le vieux poivrot avait raison, elle n'avait pas vu passer les années, cela lui semblait hier alors que cela faisait... Voyons, c'était l'année où elle passait le bac de français... Cela faisait donc bien trente ans tout rond. Et il faisait beau, ses copines et elles traînaient dans la rue, c'étaient les dernières semaines avant l'examen... Ce devait donc être en mai, à peu près vers la même époque qu'aujourd'hui... Ah, tiens ? Cela semblait donc faire trente ans quasiment jour pour jour...

Une sensation nauséeuse l'envahit alors : le malaise reprenait vigueur, elle sentait qu'elle touchait presque au mystère qui lui échappait depuis son réveil. Hier... Trente ans... Le vieux poivrot...

Et d'un seul coup, tout lui revint. Elle savait. Son rêve de la nuit lui revenait subitement en mémoire : le vieux poivrot lui était apparu dans son sommeil, la face toujours aussi rubiconde et ravagée, un rictus au coin des lèvres.

"Tu vois ? Me revoilà ! Hier, tu avais dix-sept ans et maintenant, tu en as quarante-sept. Et tu n'as plus rien à quoi te raccrocher. Alors, toujours envie de rire ?"

Oui, c'était bien cela qui tourmentait son subconscient depuis l'aube.

Elle fut prise d'un vertige qui l'obligea à s'asseoir à même le sol, tremblante de toutes ses terminaisons nerveuses, taraudée par une question qui ne cesserait plus de la hanter jusqu'à sa mort.

Avait-elle réellement vécu les trente années qui venaient de s'écouler ?

Ou bien le vieux poivrot, par quelque sorcellerie de son secret, l'avait-il projeté dans le futur en implantant dans son cerveau trois décennies de souvenirs factices emplis de lassitude ?

Elle ne le saurait jamais. Une vie irrésolue.

jeudi 17 mai 2007

Saoul-FifreCher blog

Au quatrième top il sera exactement
Deux ans à l'horloge de ta vie
Deux ans c'est peu, mais en y réfléchissant
Ça fait quand même beaucoup d'aujourd'huis.

T'as gagné au loto de gentils parents
Mais sans ta Manou, que deviendrais-tu ?
Elle t'envoie des billets si souvent
Elle te rend visite en voilà en veux-tu...

Hola hola, ça va pas la tête, faut pas déc... oups, voilà un mot qu'il m'est désormais impossible d'employer, Calune, la gardienne des double-sens, rodant la chandelle à la main et ne laissant rien passer, enfin : je vais pas faire des blogborimes, quand même, même pour un anniversaire de blog ?

Non, j'ai écrit ce texte pour Delphine, ma nièce et filleule, une fille formidable que j'aimerais voir plus souvent, mais faut dire que je ne fais ni zèle ni assaut de convivialité. Je n'ai pas répondu à sa dernière carte, je suis au dessous de tout, Delphine, si tu me lis, dis-moi que tu me pardonnes mes absences, ma distance, mes silences...

Allez, on reprend le vrai texte depuis le début

À Delphine

Au quatrième top il sera exactement
Deux ans à l'horloge de ta vie
Deux ans c'est peu, mais en y réfléchissant
Ça fait quand même beaucoup d'aujourd'huis.

T'as gagné au loto de gentils parents
Mais sans ton parrain, que deviendrais-tu ?
Il t'envoie des cadeaux si souvent...
Il te rend visite en voilà en veux-tu ?

J'admets qu'il est facile de plaisanter
Et je plaide coupable à cent pour cent,
Tu es grande et il est temps de t'avouer
Que le Père Noël n'a pas la tête à tonton.

Delphine, les parrain et marraine à ta maman
Se sont toujours moqué de leur filleule "adorée".
Ton parrain à toi ne sera pas si méchant :
Je l'jure, un jour, il te fera rigoler.

Je laisse à d'autres le soin de te donner
Les leçons de morale et celles d'élégance,
Mais je connais la terre, certains de ses secrets,
L'humour et son œil noir, le ciel et ses influences...

Je ne t'ai vue que le jour de ton baptême,
Mais il n'est jamais trop tard pour rencontrer quelqu'un
Lui parler, lui glisser dans l'oreille qu'on l'aime,
Lui sourire et apprécier son parfum...

mercredi 16 mai 2007

ManouQuel jour sommes-nous ?




Le 16 mai 1975, une nouvelle machine à laver arrive chez mes parents avec un jour de retard. Elle trouve porte close.

Le 16 mai 2001 naît ma première petite nièce, qu'elle est belle comme un cœur.

Le 16 mai 2012 Pascal devient président de la république à la suite d'une erreur de casting pour la nouvelle star.

Le 16 mai 3678, mon descendant de la soixantième génération participe au second sommet intergalactique « La voie lactée n'est pas une poubelle ».


Et surtout, surtout, surtout :

Le 16 mai 2005, sur un yacht abandonné par les rejetons d'une classe sociale méritante de père en fils, Tant Bourrin et Saoul Fifre accouchent de BLOGBORYGMES. Tee Bee pousse sur Dotclear. Fifrounet, délicate pom-pom girl, virevolte autour de son compagnon en susurrant « what's new Pussycat??? wou ou-ou-ou-ou ou-ou ! ». La carcasse a résisté aux premiers essais nucléaires de Sierra Leone mais succombe devant cette paire de....d'.... d'énergumènes. Le bateau coule. (Si quelqu'un me trafique "le radeau de la méduse" avec TB et SF, il/elle gagne le gros lot).

Qu'importe. Blogbo sévit désormais sur le net.

Nos deux compères enfilent leurs bouées ventrales roses pour rejoindre de nuit le port de La Valette. Accueillis en héros par une bande de mouettes rieuses survoltées qui exigent de les voir complètement nus, ils sont amenés à méditer quelques secondes sur l'insoutenable légèreté de l'être. Tee Bee se retrouve dépouillé de sa bouée et de ses haillons trempés en un tour de bec tandis que Fifrounet, n'écoutant que son courage, retourne vers la mer au pas de course. (Celui/celle qui me trafique la video de "Birds" avec TB et SF gagne la video de "9 semaines et demi" avec moi).

La suite appartient au 17 mai 2005.

mardi 15 mai 2007

Tant-BourrinLe générateur automatique de ragots

La nature humaine est ainsi faite : nous aimons tous briller en société en étalant un savoir que les autres n'ont pas. Et, en particulier, nous aimons bien faire béer les bouches des collègues de travail, le matin, devant la machine à café, en leur délivrant la dernière rumeur qui court sur telle ou telle star à la mode.

Hélas, à l'époque d'internet et des journaux people foisonnants, il est bien difficile de trouver un ragot à colporter que les collègues ne connaissent pas déjà. Le scoop fait flop, vos collègues vous répondent que ça fait trois mois qu'on sait déjà ça, et voilà votre journée foutue.

Foutue ? Non, car Blogborygmes vient à votre secours en vous offrant, en exclusivité mondiale, un générateur automatique de ragots !

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lundi 14 mai 2007

Saoul-FifreOverdose

J'ai perdu mon père assez jeune, vers 13 ans. Je n'en ai pas fait une maladie car la situation présentait des avantages, dont je ne ne me suis pas rendu compte tout de suite d'ailleurs, et des inconvénients aussi, certainement, dont je n'ai pas plus pris conscience. J'en ai juste profité pour redoubler ma 4 ième, sautant sur cette opportunité et ce mot d'excuses tout trouvés. J'avais 1 an d'avance , ça ne prêtait pas à conséquence.

L'aspect positif d'une longue et cruelle maladie émerge surtout quand elle prend fin. Tout le monde pousse, ou ne pousse pas, se retient, un grand ouf de soulagement. Ha ben si, je regrette : la phase terminale d'un cancer généralisé n'est agréable pour personne. Surtout à l'époque, où l'espoir de guérison était strictement égal à zéro. Je dis bien zéro car les miracles, je sais pas si vous avez remarqué, les cancers généralisés n'y ont jamais droit.

D'ailleurs, mon père n'avait droit à pas grand chose : la thérapeuthique, en 69, c'était la morphine, et on attendait qu'il meure. L'hôpital l'avait renvoyé dans ses foyers, et c'est ma mère qui lui faisait les piqures. Bon, le malade, à moins de beaucoup aimer la morphine, et adorer souffrir énormément, j'imagine qu'il est pressé que tout ça s'arrête ? Les docteurs, au téléphone, je suppute qu'ils avaient légèrement honte, eux dont le boulot est de guérir, et qui ne pouvaient que soulager, et si mal ? Augmentez les doses, si vous voyez qu'il ne peut plus supporter la douleur.

Euphémisme.

Les râles, les plaintes, comment peut-on les supporter, alors que les docteurs ne laissent pas le plus petit espoir ? Quand ? Jusqu'à quand cette vie va t-elle s'accrocher, qui se résume à des sursauts de lucidité de plus en plus courts, à des tensions dans un corps pantelant ? Peut-on appeler ça une vie ?

Hypocrisie.

Lâcheté de l'Homme face à sa mort et à celle des autres. Le débat actuel sur l'euthanasie ne ressemble à rien. Le comité éthique est bourré de religieux, évidemment, ils gagnent leur paradis avec la souffrance des autres, le martyre, ils en reprennent 2 fois au dessert, c'est leur pêché mignon.

Ce serait notre klebs qui se répandrait sous lui sur une serpillière, incapable de bouger, abandonné par le véto, avec son regard fiévreux, suppliant du fond de son enfer, le premier visiteur venu nous crierait :

- " Mais vous n'avez pas honte de lui laisser vivre ce calvaire, achevez-le, faites quelque chose, faites-le piquer, c'est atroce, vous n'avez pas une once d'humanité ?"

Mais si c'est un être humain, niet. Même s'il supplie, s'il demande la mort, s'il écrit un livre pour exiger la mort, le rappel à la loi tombe, sans subtilité, comme une lettre circulaire :

- "Votre mort ne vous appartient pas, en fait vous n'avez pas vraiment, profondément, envie de mourir. Vous souffrez juste d'un déficit momentané d'envie de vivre que notre spécialiste en bonheur va vous combler en 2 temps, 3 mouvements."

Ma mémoire me ramène à la surface des images, des visages, depuis très loin en arrière, jusqu'à mes 2 ans. Mais j'ai complètement occulté cette période où mon père était grabataire, mourant, chez nous, avec nous. J'imagine que c'était une situation un peu too much pour mon jeune âge. Il m'en revient des bribes : Maman l'avait installé dans ma chambre, mais je ne peux dire où on m'avait mis. Dans la leur ? Il ne fallait pas faire de bruit, "pour qu'il se repose".

Avec le recul, et me rappelant son intransigeance et son perfectionnisme, son esprit de famille et ses exigences morales, plus que la douleur qui progressait dans ses os, c'était de nous abandonner derrière lui, d'abdiquer ainsi ses responsabilités de chef de famille, qui lui devait être atroce.

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