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jeudi 11 mai 2017

BofLady Laie...

Le 27 avril 2017 après la naissance de notre Seigneur, après un lever du jour gelé, il a neigé! Oh, bien sûr, je devrais dire neigeoté, mais putain, tu parles d'un printemps. Je me suis rappelé, la dernière fois qu'il a neigé un peu sérieusement.

Je descendais du Puy Peyradoux, doucement pour pas me planter dans le décor, certes très beau, mais à base de granit casseur de tôle et de chrétiens.

A ma gauche, loin en contrebas, les eaux glacées de l'étang n'osaient pas bouger, transies de froid.

A ma droite, la pente enneigée montait jusqu'à la forêt sombre des grands sapins.

Devant moi, des marcassins qui traversaient peinardement, pas du tout génés par la neige.

Coup de frein, et coup de bol, je réussis à m'arrêter sans en taper un et en restant sur le goudron couvert de neige. Je descendis de voiture pour vérifier qu'il n'y avait pas de blessés et morigéner les imprudents.

C'est à ce moment qu'elle me parla, la maman, sans doute inquiète du retard de ses petits. Oui, Andy, tu entends bien: elle me parla, moi qui étais à peine à deux grammes...

- Mais, Lady Laie, tu parles? Et cette voix aérienne, elle te vient d'où, hein Lady Laie, elle te vient d'où, cette douce musique?

- Elle me vient que, grâce à tes fabuleux réflexes, ma portée est intacte.

- Oui, Lady Laie, mais tu devrais quand même mieux les surveiller, tes petits, Lady Laie.

- Je fais comme je peux, tu comprends, mon Fernand, c'est pas un petit, alors il y en a beaucoup à chaque fois qu'il s'occupe de moi, le brigand!

- Il est balèze ton Fernand, dis donc, Lady Laie. Il faudrait qu'on se rencontre qu'on est presque voisins, hein, Lady Laie?

Je vis qu'elle s'agaçait ma nouvelle rencontre, mais je ne comprenais pas pourquoi. J'aidais un de ses petits à grimper le talus en rigolant de sa maladresse.

- Eh, Lady Laie, il est moins leste que ton Fernand, çui-ci, on dirait!

Ce fut d'une voix glaciale elle-aussi, maintenant, qu'elle me dit:

- Arrête de jouer ton Groscolas, ça suffit. Mais tu as laissé mes petits intacts, alors je vais te récompenser. Prends quelques uns de mes poils, ceux autour de ma troisième tétine à gauche en partant de la hure. Ils sont très doux et en plus, ils ont des pouvoirs terribles.

Je m'apprétais à m'exécuter, m'allongeai sur son dos, cherchant délicatement l'endroit. Sa voix était devenue moins glaciale, soudainement.

- Dépêche toi, imbécile, si mon Fernand arrive, il pourrait se demander...

- Mais, Lady Laie, je veux bien ma récompense, mais si je te fais mal, hein, Lady...heu, copine, si je te fais mal?

Je me décidai à arracher quelques poils, elle me dit de les mélanger à du tabac et de fumer le tout. Rentré à l'abri, je suivis ses instructions, trois jours d'un état comateux suivirent. Lady Laie? Lady Leurre, plutôt.

- Restez où vous êtes, toi, Fernand et tout le reste de la tribu.

Et voilà que je fredonne " Elise et moi ".

Tu trouves ça normal, toi, Andy?

.

samedi 6 mai 2017

BlutchPetit billet express de circonstance

Juste pour le plaisir...

lundi 1 mai 2017

BlutchUne vie de chien

Girobus : En voilà un qui n’a pas usurpé son blase…

C’était un clébard comme on ne peut plus en faire . Bâtard de souche Bouvier appenzellois, il n’acceptait aucune contrainte, aucune restriction à sa liberté de mouvement, et pourtant... ce n’était pas mon chien.

Déjà petit il se fit une belle réputation de mauvais coucheur lorsque sa maîtresse voulu le caser chez-elle pour faire sa virée en ville. Quelle ne fut pas sa surprise de voir Girobus rappliquer à la terrasse du troquet où elle s’appliquait à refaire le monde.

Au retour dans ses pénates, elle comprit la chose et sa douleur : Girobus avait bouffé le bas de la porte en chêne (SVP) pour se barrer par le trou. Forte de cette expérience, la patronne à Girobus choisit prudemment de le laisser libre de ses mouvements.

La vie de ce chien fut ainsi émaillée de petites aventures particulières. Puisqu’il fit deux fois l’objet d’un article dans les journaux locaux, je les reproduis ici :

Impartial, le 5 mai 1987

Girobus le chien de la marge

Il y a les petits roquets mondains, l’espèce canine de concours ou de performances. Les gardiens ou les cabots. Et puis, il y a Girobus, le chien barjo, cleptomane et clochard. Girobus fait du stop (mais il est prudent), il va à l’apéro et prend le bus tout seul. Tellement assimilé à l’humain qu’il l’a imité. Cessons tout mystère, Girobus est devenu le personnage de la vieille ville de N. Si vous le saluez, vous êtes du coin…

Girobus a tout d’abord été gagné comme lot dans une foire. Déposé à la SPA, il a été recueilli par celle qui partagea sa vie. D’emblée le chien fit des siennes.

« Tout petit, il piquait des crises d’épilepsie, raconte sa patronne, __et ne supportait pas de rester enfermé. Il a démoli plus d’une porte pour fuguer. Il hurlait. Combien de fois je l’ai retrouvé au poste de police, à la SPA. Amendes pour vagabondages, blâmes, regards inquisiteurs des voisins et des « amis des bêtes ». Girobus m’a fait passer pour une irresponsable. Mais je savais que c’était sa nature, et qu’il ne vivrait pas autrement que sans laisse. » __ Petit apparté : Routinier des arrestations gendarmistiques, Girobus apprit à feinter les gabelous et, dès lors, ne fut plus jamais trainé au poste de police…

Girobus donc entamé sa vie de chien sans laisse au vu et au su de tout le monde. On a commencé à le repérer dans les trams et les bus, où il faisait des courses incessantes pour dire bonjour aux patents de sa propriétaire. Mêmes navettes épisodiques de V. en ville quand il n’y descend pas à pied, par la route des gorges.

La vieille ville reste son lieu privilégié, son quartier-général. Pistée chez les commerçants et les restaurateurs, où le chien s’assure des repas de Mardi-Gras. Chapardeur aussi : croquant son butin sur un coin de verdure.

Autre habitude : l’apéro. Son ex-patron l’y emmenait chaque jour sur le coup de midi. Depuis, dès que les cloches sonnent, Girobus, où qu’il soit, devient fou. L’heure c’est l’heure et il galope au bistrot. Mais le chien n’a pas que des amis, parce qu’il lève la patte sur les robes exposées devant les boutiques, ou ne paie pas ses courses en bus. Habitant V., il a son pied à terre en ville, chez une de ses fans. Il exaspère au plus au point quelques agents de police, d’autant plus qu’il ne s’affiche jamais avec ses maîtres.

Que penser d’un tel personnage ? Quel rapports les habitués du quartier entretiennent avec ce chien ?

Chiens à visages humains

Chat et chien ont gagné depuis longtemps leur certificat d’humanité, commente M.O.Gonzeth, ethnologue, Ils ont leurs médecins, leur psychiatre, leur hôtel, leur cimetière, leurs bijoux pour les plus aisés d’entre eux. Chiens de luxe ou chiens aportifs, végétariens ou carnivores, ils sont ce que leurs maîtres désirent qu’ils soient. Girobus n’échappe pas à la règle : c’est le chien de la marge, le hors norme : il s’est singularisé tout petit déjà. C’est l’emblème d’une communauté qui se sent à part, qui cultive la différence.

Dans la vieille ville, on retrouve un esprit de village : on aime se reconnaître et se saluer. Connaître Girobus, c’est intégrer cet esprit. Girobus, c’est une manière d’humaniser la ville.

Mieux encore, on laisse faire à Girobus ce qu’on admettrait pas qu’un autre chien fasse sans réprimande. Son impertinence fait rire. Lever la patte sur un sac à commissions, renifler une chienne en laisse. Il casse le jeu de l’ordre. On le gâte de mille particularités. Tua F. qui loge souvent Girobus, repère fréquemment des gens en train de lui acheter des pâtés de viande, Girobue est reconnu comme le fétiche d’une manière d’être, d’un mode de vie de plus en plus difficile à maintenir.

Girobus a été mis sur un pied d’égalité, pour ne pas dire d’humanité. Humanité dont le privilège suprême sera de choisir sa mort, selon sa maîtresse. Girobus a maintenant 15 ans, il souffre d’asthme. Mais je suis sûre que quand ça n’ira vraiment plus, il se laissera probablement mourir. C.Ry

Le samedi 15 juin 1991, à 9h15, Girobus traversait le miroir.

5 jours après, L’Express titrait sur ses manchettes* :

  • Affichette en format A2 servant d’accroche pour le journal

Avec un aticle en pages intérieures.

V. / le plus indépendant des chiens du canton est mort.

Il est libre Girobus.

Ne le cherchez plus : il est mort. Finis les petits billets glissés dans son collier, finies les balades en bus ou en tram, finie la tournée des bistrots de la vieille ville de N. Girobus est mort. Le plus indépendant des chiens du canton a rendu son état civil de bâtard mâtiné d’appenzellois samedi : une attaque, une chute dans l’escalier pentu de son port d’attache de V, la piqûre. Ce malin aura mis 17 ans tout juste pour ronger le seul lien qu’il ait jamais eu, avec la vie, et trouver l’absolue liberté d’une interminable virée dans les souvenirs de ceux qui l’ont aimé.

Est ce d’avoir commencé sa vie comme lot dans une foire que Girobus a tiré son intarissable soif de liberté ? Quand sa maîtresse a fondu pour lui dans un refuge de la SPA, il avait trois mois et demi et, déjà, un seul rêve : sortir seul, fût-ce au prix de ronger une porte en chêne.

- Au début, il m’a vraiment fait passé pour une irresponsable, mais j’avais compris que c’était un chien qui voulait vivre libre, sans laisse ! J’ai du payer pas mal d’amendes pour vagabondage et puis la police locale a fini par le tolérer : il ne nuisait à rien, ni à personne.

Girobus habitait alors N. ses premières errances, anarchiques se muèrent très vite en un circuit gastronomique aux étapes multiples : le café du Cerf, son lieu de prédilection, le Marché, la droguerie où l’attendait un biscuit, la boucherie Margot et la chevaline, le café du Cardinal… il entrait, choisissait une chaise libre, s’y asseyait….

Tendre avec les autres animaux – n’avait-il pas une nuit réveillé sa patronne avec, entre les dents, un chaton qui réclamait son biberon ? - Intelligent – il a réussi, entre autres, à empêcher un bébé de dégringoler une rampe d’escalier – Girobus a rendu sa dernière visite en ville il y a trois ans.

- Il restait de plus en plus longtemps en ville et se reposait dans la cave d’un ami avant de remonter. Un jour, il a croisé un couple d’ami de V. et les a suivis jusqu’au parking. Le couple prit l’ascenseur et retrouva Girobus assis derrière leur voiture. Il n’est jamais redescendu.

Il avait un penchant pour les poubelles de V. et sa patronne faisait la tournée du village tous les mercredis matin pour réparer les dégâts.

- Girobus n’aura essuyé que deux plaintes au procureur dans toute sa vie de chien libre : les deux déposées coup sur coup par le gendarme du lieu qui pourtant le connaissait bien. (Deux PV annulés par le juge avec un grand sourire pour ce cabot exceptionnel.)

Mais Girobus n’en a cure, les hommes, que son mode de vie faisait rêver, l’on déjà érigé en mythe. Mi.M

N'allez surtout pas dire que je ne me suis pas foulé en recopiant ces articles de presse car c'est pluss ardu que de les écrire soi-même...

Blutch, témoin d'une vie de chien

mercredi 26 avril 2017

FrançoiseVieux communiste

Lorsque les gens n'ont plus d'arguments, ils passent aux insultes ou à ce qu'ils croient en être. "Communiste", par exemple, lancé comme une insulte envers JLM, qui n'a jamais été communiste mais que le Figaro, jamais en veine de comparaison qui donnent le frisson à ses lecteurs, qualifie de "Chavez français", bouh! Fais-moi peur! Il est vrai que Georges Pompidou, en son temps avait promis au peuple français une dictature communiste et "le drapeau rouge flottant sur toutes les mairies de France" si Mitterrand était élu. :)

Lorsque je vois l'affolement de certains et leurs prévisions d'apocalypse à l'idée de, simplement, voir réduire qq inégalités, atténuer la misère, je pense à l'aphorisme de cet auteur anglais dont le nom m'échappe présentement: "Il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux". J'ai tout pour être heureuse, comme on dit, mais comme l'a dit Meluche lors d'un mee-ting, “je n'arrive pas à être totalement heureuse dans un océan de misère”.

Le jeune Macron, lui, traite JLM de "vieux révolutionnaire", ce qui n'est pas oxymorique, après tout lui est bien un "jeune conservateur", mais je trouve savoureux qu'il utilise le mot "révolutionnaire" comme une insulte après avoir titré son livre "Révolution!" Lui-même affirme dans "le Parisien": "Je suis un guerrier", ce qui me fait autrement peur...

Reste l'épithète vieux, et là aussi je m'étonne que les gens qui n'ont aucun argument sérieux à opposer fassent du racisme anti-vieux: sur Facebook, un commentateur me traitait récemment de "vioc" (ça s'écrit vioque mais il l'ignorait...) et il y a quelque années sur mon blog, un autre m'appela "vieille peau", sans m'avoir jamais vue ni pu apprécier mon corps de déesse et ma frimousse juvénile :). Une amie, belle quinquagénaire, a été traitée par une lectrice de son blog de "vieille institutrice ridée aux paupières en casquette", parce que ladite lectrice n'apprécie pas ses écrits, ou, à mon avis, les jalouse fortement!!! A ces jeunes à courts d'arguments, je réponds volontiers "sache, jeune homme (ou jeune femme) que j'ai eu ton âge, mais que tu n'es aucunement garanti(e) d'avoir un jour le mien, surtout si tu persistes à me brouiller l'écoute. De toutes façon, comme dit Brassens, le temps ne fait rien à l'affaire...

vendredi 21 avril 2017

AndiamoKiksè ?

Sur une idée de Françoise, et la bonne volonté de tous les "BLOGBOS", nous mettons en place un petit quizz...

QUI EST QUI ? Voilà nos tronches quand nous étions minots, et minotes ! à vous de trouver qui est qui...

Pour certaines et certains c'est fastoche, pour d'autres...

Au gagnant ou à la gagnante, Blogbo dans sa grande générosité offrira un couple d'hippopotames (adultes) à retirer chez Célestine.

J'ajoute les DEUX BOSS sont présents ! Saoul-Fifre et Tambourin, le duo infernal, les pères fondateurs, je ne suis qu'un incruste, les papas ce sont eux !



Bébé numéro 1.



Bébé numéro 2.



Bébé numéro 3.



Bébé numéro 4.



Bébé numéro 5.



Bébé numéro 6.



Bébé numéro 7.



Bébé numéro 8.

Et bien voilà vous pouvez nous adopter ! Bon ouais nous avons (un peu) changé, mais nous sommes toujours, mignons, câlins, affectueux...

vendredi 14 avril 2017

BofNicole et Wolgang (et inversement).

Ses parents étaient fans de Joe Dassin. Elle connaissait presque toutes ses chansons, mais elle avait une tendresse affirmée pour une d'entre elles qu'elle trouvait drôle mais aussi touchante.

Dans sa banlieue très classiquement et efficacement bétonnée, Nicole fredonnait souvent ' la luzerne '. Et Nicole rêvait. Elle grandissait, aussi.

Quand elle quitta ses parents qui n'apprécièrent pas du tout le gars avec qui elle prétendit vouloir faire sa vie, gars qu'elle leur présenta un dimanche après-midi au dessert, elle décida de pratiquer un petit métier de rue comme il y en a encore beaucoup dans nos fières cités. Pas moche, vaillante et honnête, elle se fit vite une excellente réputation, mais prit cette vilaine habitude de la cigarette.

Le jour où elle rencontra Jean Wolfgang, à la piscine du quartier, il se passa une chose inconnue en elle et la température de l'eau de la piscine autour d'elle augmenta subitement de quelques dixièmes de degrés centigrades. Le coquin s'en rendit compte. Un sentiment nouveau habitait Nicole.

Jean Wolfgang - qui était devenu Jeanvo pour Nicole - lui fit un gosse, gosse qu'elle promenait en poussette en fumant une cigarette de temps en temps. Un jour, elle se rendit compte que la poussette ètait à la hauteur des pots d'échappement et que les gens fumaient aussi. Ce fut une révélation: son gosse, qu'elle aimait par dessus tout, ne devait plus subir ce traitement. Et elle se remit à chanter ' la luzerne '.

Seulement, que faire. Son Jeanvo était herboriste de cité et il travaillait tard le soir. Il ne pouvait pas aisément travailler en dehors de ces cités. Et puis, Nicole ne voulait pas lui faire de mal: il avait tant de coeur, son Jeanvo.

Un grand cœur, si grand qu'il ne refusa pas d'héberger trois balles de kalach qui cherchaient un peu de chaleur humaine.

Le concurrent taquin de Jeanvo fit comprendre à Nicole qu'elle serait très bien accueuillie chez ses grands parents maternels, et que ceux-ci seraient ègalement ravis de faire la connaissance de leur arrière-petit fils.

Nicole approuva et partit revoir la verte campagne.

Dans le train, elle fredonnait ' la luzerne ' , décida d'arrêter la fumée, et puis la vapote aussi, car ce mot, à une lettre près, lui rappelait son premier boulot.

Et maintenant, heureuse, Nicole chique dans les prés.

lundi 3 avril 2017

AndiamoLe fécaloscope.

J’ai ressorti la première enquête de CHAUGUISE, biscotte personne (à part BLUTCH) ne veut en jouer sur ce $£)§%µ* de blog !

- Où ça ?

- ………….

- 12 rue du ruisseau ?

- ........

- Oui, je sais que c’est dans le XVIIIème, j’suis pas né à la cambrousse Bérinelle, on y va !

- Crafougnard ! Prends ta fouillasse, on sort !

- Oui patron, j’arrive…

Julien Crafougnard a emboîté le pas de son patron le commissaire Chauguise.

Chauguise : la cinquantaine, un vieux bada délavé sur son crâne, le sommet du bloum est percé de part en part, une balle de 9 millimètres "parabellum" tirée par Lulu l’enfouraillé, un Julot casse-croûte qui s’était pris pour un caïd et avait failli tuer Chauguise après un casse qui avait mal tourné. Chauguise, alors jeune inspecteur, ne l’avait pas raté, lui : un pélot entre les deux gobilles, le troisième œil. Il avait conservé ce bada en guise de porte-bonheur.

Julien Crafougnard : jeune inspecteur fraîchement sorti de l’école nationale de police. Julien vient d’être mis sur sa première enquête, une chance. Nous sommes au mois d’août, 1953 pour être précis. Pratiquement tous les inspecteurs sont en vacances, ceux qui devaient rentrer sont bloqués dans les gares à cause d’une grève aussi brutale qu’inattendue des agents conducteurs de la S.N.C.F. Le gouvernement Laniel voudrait modifier de façon désavantageuse pour les salariés les régimes de retraite (déjà). Les vacanciers fauchés sont obligés de camper dans les gares… Un bordel !

Voilà donc Crafougnard assis au volant de la traction avant Citroën quinze chevaux six cylindres à suspension "Grégoire".

- Allez, emmanche, nom de Dieu, on n’a pas qu’ça à foutre, c’est pas un enterrement de première classe !

En 1953, et de plus au mois d’août, pas un chat dans les strass. Julien attrape le boulevard du Palais, l’avenue Victoria, le pont au change, le Sébasto, qui devient boulevard de Strasbourg, puis c’est le boulevard Magenta, suivi du boulevard Barbès, la rue Ordener, après, un à gauche sur les chapeaux de roues, et enfin la rue du ruisseau, le tout en dix-sept minutes ! Des lardus en kébourre sont déjà là, petit salut militaire à l’arrivée du commissaire.

- C’est au sixième, Commissaire !

- Et y’a pas d’ascenseur, j’suppose… Comme d’hab.

- Ben non, Commissaire.

Flanqué de Crafougnard, Chauguise monte lentement les six étages. Sur le palier, une porte grise crasseuse ouverte. Sur le pas de la porte, un autre cogne à képi est là, il monte la garde interdisant tout accès.

Salut militaire, claquement de talons.

- C’est la bignole qui nous a prévenus, Commissaire, on n’a touché à rien.

- Manquerait plus qu’ça, rétorque aimablement Chauguise.

Dans la piaule craspouille, un lit douteux défait. Gisant en travers du pieu, une blondasse, jambes et bras en croix et, autour du cou, bien visible, la marque d’une strangulation. Julien s’approche et scrute méticuleusement la marque laissée par l’étrangleur.

- Cherche pas d’empreintes, y’en a pas, le salopard qui a fait ça portait des gants…

- Comment vous savez ça, Commissaire ? balbutie Crafougnard.

- C’est le cinquième du genre, toujours le même scénar, Dugland : il attire ses victimes dans un hôtel de troisième zone, enfile des gants, avant d’enfiler la donzelle. Et là, il se marre de sa propre boutade. Puis il se "coiffe" d’une capote, bourre la donzelle comme un malade et, une fois terminée sa petite affaire, il l’étrangle ! Ni vu ni connu, pas d’empreintes, pas de sperme, ainsi il n'est pas identifiable.

Mais la bignole de l’hôtel, elle l’a vu, Commissaire…

- Ben non Dugland, il est malin le fumelard. La veille, il laisse une belle enveloppe avec un bifton d’un sac, accompagné d’un petit mot : "laissez une des piaules du sixième ouverte, voici le prix de la chambre". Alors tu penses, un sacotin pour une carrée à trois cents balles, la pipelette en mouille son caldé, elle lui en laisserait même deux de piaules à ce prix-là !

Faisant preuve d'une grande bonté, BLOGBO vous a dégotté une photo d'un bifton d'un sac de l'époque.

Le soir, il se démerde pour emmener la grognace qu’il vient de lever à l’heure du feuilleton. Tu penses ! Toutes les bignoles de Pantruche ne rateraient pour rien au monde leur rencard avec la famille Duraton*!

Chauguise se penche sur le lit, en scrute chaque centimètre carré… Soudain, un sourire éclaire sa face rougie par les côtes du Rhône à la pression.

- Il est fait, le garenne, exulte-t-il... Il est fait ! Au bout de sa pince à épiler en "Nogent" véritable, il tient un poil de cul harmonieusement roulé sur lui-même, et roux de surcroît.

- Il a enfin laissé un indice ! Tu vois, Crafougnard, on va l’analyser ce poil de fouindé, on va le passer au FECALOSCOPE !

- Au quoi, patron ?

- Fé-ca-lo-sco-pe, c’est un appareil scientifique que l’on vient de nous livrer, ignare ! On vous apprend quoi à l’école de police ? Je vais tout de même t’expliquer : tu places un poil de cul sur une plaquette de verre, tu passes la dite plaquette dans l’appareil et, en moins de temps qu’il en faut à un manouche pour te faire les glaudes, l’appareil t’a livré tout ce que le proprio du poil a bouffé. Car, comprends-tu Dugland, lorsque tu vas aux cagoinsses, tu t’essuies ? Mais il reste toujours des traces, et si tu n’as pas pu te savonner le derche, biscotte t’étais au restau par exemple, eh bien l’appareil sera capable de te restituer le menu !

- Ben merde alors... C’est le cas de le dire.

Retour au trente-six par le chemin inverse, point de sens interdits, ou si peu, en ces années bénies. Fébrilement, Chauguise se rend au sous-sol, toujours flanqué de Julien. Ils sont accueillis par Bourrieux, dit "Couillette".

- Salut Couillette ! Tiens, passe-moi ça vite fait dans ton fécaloscope.

Précautionneusement, Bourrieux dépose le poil sur une plaquette de verre stérile, pousse le tout sous la lentille en verre dépoli de l’engin trônant au milieu de la pièce, maintenue à température par un système de climatisation très en avance pour son époque.

Un très léger bourdonnement se fait entendre, puis le cliquetis d’une machine à écrire a remplacé le bourdonnement, enfin une feuille au format A4 sort d’une fente latérale.

- Putain, on n’arrête pas l’progrès, s’exclame Chauguise, puis il saisit la feuille.

- Nom de Dieu, écoutez ça : mouton ; poivrons verts ; piment d’espelette ; olives vertes ; et tomates marinées dans l’huile d’olive, et le tout arrosé au lacryma christi ! Il s’emmerde pas le tringlo ! Et c’est exactement la recette de quoi ? HEIN ? J’vous d’mande ?

- On sait pas répondent en chœur les duettistes de la rousse, Dugland et Couillette.

- Bande de miaules (la miaule étant comme chacun le sait la buse en Occitan…) ! C’est exactement la recette du "schtronzo", une spécialité Austro-Lombarde, que l’on vous sert dans UN SEUL restaurant Parisien : le "Casso duro".

- Allez, en route, Dugland, on va aller le serrer, ce maniaque !

Le Casso duro : un p’tit gastos situé rue des Italiens, une petite rue à droite sur le boulevard du même nom, peu après la rue Taitbout, en remontant vers la Madeleine, elle abrite encore à cette époque l’immeuble du journal "le Monde".

Crafougnard gare la pompe en plein travers du trottoir, manquant écraser deux piétons. En guise d’excuses, il leur brandit sa carte rayée bleu, blanc, rouge. Puis il pénètre dans le restaurant, précédé de son patron. Bien qu’il ne soit que dix-neuf heures, quelques dîneurs sont déjà installés.

- Buona sera signore, una tavola per lei ? s’enquiert le taulier, arrivé presto à la rencontre du duo infernal.

- Casse-toi, Mario, ou j’te fais avaler ta marmite de spaghettis, répond laconiquement Chauguise.

- Là, patron !

Julien vient d’indiquer à son commissaire de chef une table un peu en retrait, leur tournant le dos un homme roux, mange tranquillement.

- Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! (Bourrel n’existait pas en 1953, il a dû pomper assurément) J’le reconnais c’t’endoffé, c’est "Pogne d’acier" ! Dans l’mitan, on l’appelle ainsi car un jour il a étranglé un clebs qui lui jappait dans les mocassins, et ce d’une seule main !

Lentement, nos deux flics s’approchent, chacun se plaçant à coté du rouquin, Crafougnard à gauche, Chauguise à droite.

- T’es fait, Ducon ! Suis-nous sans faire de schcroum, sinon j’te plombe comme un scaphandrier, lâche le commissaire, en lui braquant son très règlementaire sept soixante-cinq P.A HSC sur la nuque.

- Laissez-moi au moins finir mon "schtronzo", Commissaire, balbutie Pogne d’acier.

Chauguise soi même et z'en personne.

(ch'tiot crobard Andiamo)

* La famille Duraton, était un feuilleton radiophonique qui passait le soir sur : radio Luxembourg (devenue RTL) aux environs de 20H 30. Et qui avait pour interprètes principaux : Ded Rysel, Jeanne Sourza, Jean Jacques Vital (auquel on devait beaucoup d’émissions radiophoniques) et enfin dans le rôle du pique-assiette ami de la famille : Jean Carmet… Eh oui !

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