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jeudi 6 novembre 2008

Tant-BourrinTu paieras

Les oreilles en l'air, ceci est un détournement !

Un détournement de paroles en fait, rien de plus, comme j'en ai déjà commis un certain nombre sur ce blog (et vu mes capacités vocales, "commis" est le mot exact).

Cette fois, c'est la crise qui m'a inspiré, et c'est Claude Nougaro qui a fait les frais de mon inspiration : mon texte est décalqué sur "Tu verras", dont vous pouvez lire les paroles originales ici.

Et ne vous inquiétez pas pour le bruit de fond : c'est le grand Claude qui fait la toupie dans sa tombe ! :~)



Tant-Bourrin - Tu paieras

Téléchargeable directement ici


Tu paieras
Musique : Chico Buarque
Paroles : Tant-Bourrin d'après Claude Nougaro


Ah, tu paieras, tu paieras
Ton compte y passera, tu paieras, tu paieras
Les pauvres, c'est fait pour ça, tu paieras, tu paieras
Tu seras le couillon, tu lâcheras tes biftons
Tu t'en mordras les doigts, tu paieras, tu paieras
T'y laisseras ta maison, quelle tuile mes aieux !
Les huissiers seront là avec leurs papiers bleus
Et l'hiver frissonnant bientôt rappliquera
Et tu t'endormiras, tu paieras, tu paieras
Le devoir accompli, couché sur le trottoir
Avec le sentiment d'avoir sauvé, ma foi
Toutes les banques du monde

Ah, tu paieras, tu paieras
Des milliers de milliards, tu paieras, tu paieras
La crise, c'est fait pour ça, tu paieras, tu paieras
Tu paieras pour ce trou qu'il faut que tu remblayes
Au prix de ta santé, de ton sang, de ta paye
De la peau de tes fesses, tu paieras, tu paieras
Pour ces belles promesses d'un P.I.B. qui croît
A jamais et sans cesse et de pouvoir d'achat
Tu te crèv'ras le cul, tu paieras, tu paieras
Tu crèv'ras dans la rue, tu paieras, tu paieras
Plein de topinambours au creux de l'estomac
Et d'autres trucs immondes

Ah, tu paieras, tu paieras
Pour ces foutus rapiats, tu paieras, tu paieras
Ces putains de malfrats, tu paieras, tu paieras
Ces voyous en costard, tu paieras, tu paieras
Pour ces financiers fous, leur morale de rat
Ces traders à la noix te foutront la nausée
Avec leur CAC 40 et leurs billevesées
Tu seras fou furieux, tu paieras, tu paieras
Le coeur plein de dégoût mêlé de désarroi
Face à ces affameurs si replets et si gras
Car avec leur marché sans contrainte et sans loi
Ils ont pourri le monde

Ah, tu paieras, tu paieras
Mais tout r'commencera, tu pourras, tu pourras
Redécouvrir la joie, tu pourras, tu pourras
Redevenir enfant et oublier la peur
T'endormir gentiment sans antidépresseur
Et retrouver en toi le parfum du bonheur
Tu verras mon ami que ton bel écran plat
Et tous tes beaux gadgets ne vont pas te manquer
Tu n'paieras plus de mine, mais t'auras la beauté
Blottie au fond des yeux et le coeur dorloté
Et tous enfin unis nous pourrons cette fois
Réinventer le monde

Ah, tu paieras, tu paieras...

mardi 4 novembre 2008

Saoul-FifrePas de nouvelles, bonnes nouvelles

Méfiez-vous du bigophone.

L'engin est retors, hypocrite et imprévisible. Sous une fausse réputation d'objet foncièrement utile dont l'opportunité de l'invention n'a plus à être argumentée, il vous décoche parfois de ces coups de pieds en vache dont la gravité est bien réelle, toute d'ordre affectif qu'elle soit.

Je lui susurre un banal :

"Comment vas-tu, vieille branche, depuis le temps ?".

J'ai soigneusement choisi ma formule afin qu'elle soit la plus neutre, la plus poncifiante possible. La conversation pouvait dès lors s'engager sous des auspices socialement conventionnels, conviviaux, chaleureux et consensuels. Je pouvais tenir pour acquit que les sujets abordés ne seraient qu'effleurés et que rien ne déborderait du cercle convenu du bavardage poli. En recherche de notre plus grand dénominateur commun, respectueux des tabous, j'éviterai les phonèmes potentiellement exacerbeurs de tensions rappelant, que sais-je, des différences de classe sociale, un ancien conflit oublié des mémoires ou bien l'évocation d'un héritier peu valorisant, voire ignominieux.

Je me contenterai de circonscrire mes questionnements curieux dans un cadre classique ne pouvant déranger aucune habitude prise, m'attachant à employer des termes d'une banalité rassurante, ce brouhaha de mots simples et gais fleurant, si ce n'est le bonheur, du moins l'absence de noirs nuages dans le ton de ma voix. Je m'appliquerai à camoufler mes doutes, à tenir bien caché le dégoût profond que je ressens pour tant de choses, chez les autres comme chez moi, surtout chez moi, à simuler un dynamisme intérieur que je sais disparu dans mes veines depuis que... Vous comprenez, la communication doit se soumettre à des codes validés par tous pour le bien de tous ? Vous imaginez le désastre si la Vérité prenait la parole, donc le Pouvoir ? Si les gens nous révélaient le fond de leurs pensées, à sec, sans précautions oratoires ?

Me retrouver brutalement confronté au désespoir d'un ami, d'un amour, d'un parent. Qui m'a toujours généreusement protégé de cet odieux spectacle par respect, par pudeur, par courage. Et qui exige de moi la solidarité, l'altruisme, le regard en face. Et qui m'extirpe de ma cuirasse, de ma coquille protectrice, isolante, à coups de vérité sur la tête. Et qui me répond d'une voix rauque, bizarre :

"Mal, très mal. Je souffre. Les docteurs me donnent trois mois."

dimanche 2 novembre 2008

AndiamoSailing

Quand j'ai posté la mer, au mois d'octobre, j'ai lu un commentaire rédigé par BOF (pour ne pas le nommer). Dans ce com. il me disait : "doyen (c'est ainsi qu'il me nomme), fais juste une illustration de "SAILING" du grand ROD.

Je lui avais répondu : why not ?...

Alors j'ai sorti l'encre de Chine, la plume à dessin, les pinceaux, des encres de couleur (très peu), et HOP au boulot !

Cliquons sur le bouton, et rêvons.... Si mes p'tits crobards sont capables de vous transporter !




I am sailing, I am sailing,
Home again' cross the sea
I am sailing, stormy waters,
To be near you, to be free



I am flying, I am flying,
Like a bird' cross the sky,
I am flying, passing high clouds,
To be with you, to be free.



Can you hear me, can you hear me,
Thro' the dark night, for away,
I am dying, forever trying,
To be with you, who can say.



Can you hear me, can you hear me, can you hear me,
Thro' the dark night, for away,
I am dying, forever trying,
To be with you, who can say.



We are sailing, we are sailing,
Home again' cross the sea,
We are sailing stormy weaters,
To be near you to be free.



Oh lord, to be near you, to be free,
Oh lord, to be near you, to be free,
Oh lord.


BON VENT MONSIEUR ERIC TABARLY !

vendredi 31 octobre 2008

CalunePas rassis, le Chelon !

Samedi 11 octobre 2008.

Une date marquée d'une pierre blanche. Que s'est-il donc passé le samedi 11 octobre 2008 ? Oui, c'est vrai que c'était la veille du millième de blogbo, mais bon, à part ça... je vous le dis tout de suite : un indice se cache dans le titre.

Le samedi 11 octobre 2008, le 4e festival de la cuvée de Parassy atteignait son (milieu et son) point culminant. Parassy-s/Beuvron est une charmante bourgade du Cher. Le mieux pour parler d'un endroit, c'est encore une petite vue g***maps :



Oui, alors, euh, google et ses avions ont entrepris de photographier toutes les rues des villes de France, mais visiblement ils n'ont pas commencé par ici, enfin Parassy - et c'est d'autant plus dommage que ç'aurait été vite fait.



Donc, à Parassy, ce soir-là à 20h, il y avait : sous le Grand Chapiteau, les Ogres de Barback (un peu surfait quand même, les Ogres de Barback) et sous le Petit Chapiteau... Georges Chelon (yeeepeeeeee !!!).

Chelon, pour vous la faire courte, j'avais découvert son existence (et son oeuvre, surtout) il y a quelques mois, grâce à des gens bien aimables (qui ont un coffre, une maie en fait, à trésor), de la famille éloignée par alliance de Choufifrounet ; et donc grâce à blogbo, et donc grâce à Rezvani (tous les chemins, ou presque, partent de Rezvani).

Forts de ces quelques éléments de base, je vous laisse prendre connaissance de la suite à travers une petite chanson. Le modèle de base est "Le petit chat m'aimait", un opus du maître qu'il chante à toutes les occasions, pour une raison... mystérieuse ; cette chanson, à part la substance du texte que je vous laisse apprécier par vous-mêmes, a ceci de remarquable qu'elle est à ma connaissance la seule à avoir fait l'objet d'un clip, oui oui, d'un clip que je vous enjoins d'aller voir tant il est... euh, drôle. Probable que si j'avais entamé ma découverte de Chelon par là, je n'aurais pas été beaucoup plus loin ! (bon, c'est vrai, il y a aussi des versions un peu moins ridicules...)

La doublure de Johnny s'étant désistée sous le vil prétexte que "faire du Chelon comme Chelon, c'est trop difficile" (promis Billy, la prochaine fois on fera du Graeme Allwright), c'est mézigue qui s'y suis collée. Je présente donc d'emblée mes excuses à l'artiste, sa famille, ses amis et ses fans. Bon, ça c'est fait. Allez, fini de rigoler maintenant, zouh.


      Je serais bien restée
      La musique était bonne
      Le chanteur s'enflammait
      Il avait accepté
      Ce festival paumé
      Au titre de cuvée
      Festival d'la cuvée d'Parassy
      Aux fins fonds du Berry
      Reculé loin des hommes

      Je serais bien restée
      La musique était bonne
      Le chanteur s'enflammait
      En plus c'était l'automne
      Et la lumière du soir
      Embrasait la forêt
      Le chemin était long et pendant le trajet
      Je pensais
      Que c'est beau la Sologne

      Ce concert ça faisait longtemps que j'le guettais
      Que j'espérais surtout qu'il s'rait pas annulé
      Je n'l'avais jamais vu, le pas si grand dadais
      Découvert par hasard, un disque dans la maie
      Et puis un peu plus tard, un à un, les CD
      J'm'étais mise à aimer

      Quand on y pense c'est drôle les hasards de la vie
      Arriver sur Chelon en partant d' Rezvani
      On croit avoir tout vu, et puis voilà qu'un jour
      On tombe incidemment sur un vrai troubadour
      Qui s'était fait discret qui continuait sans bruit
      Qui préparait peut-être, en secret, l'embellie

      Je serais bien restée
      La musique était bonne
      Le chanteur s'enflammait
      Ce soir-là il a fait
      Frémir le microphone
      S'allumer les briquets
      Il s'est planté parfois
      Mais avec cette voix
      Ce cachet
      C'est sûr on lui pardonne

      Le Petit Chapiteau d'la cuvée abritait
      Une scène deux baffles et quelques bancs tout usés
      On n'était pas nombreux mais pourtant à l'étroit
      Les pieds dans l'herbe verte indifférents au froid
      Ecoutant la guitare jouer sur l'écriture
      Chanson après chanson la voix et ses murmures

      D'une ballade à l'autre le chanteur en violet
      Cabotinait un peu, brodait sur ses couplets
      Il jouait de tous les temps, les gens étaient ravis
      Balayait tous les genres, ça donnait le tournis
      Il a chanté à part trois de ses bagatelles
      Et on ne comptait plus, à la fin, les rappels

      Je serais bien restée
      La musique était bonne
      Le chanteur s'enflammait
      Dans la nuit berrichonne
      Le bouillant auditoire
      Ardemment l'acclamait
      Je serais bien restée
      Mais y'avait plus personne
      Saint-Georges en avait terminé



Notes :

  • Autant le savoir, Chelon porte la même chemise - violette - à tous ses concerts (et à la tivi). Soyez sympas, achetez ses disques.
  • "Grand dadais" est le titre d'une chanson... que je n'ai encore jamais entendue, une musique de film.
  • "Chansons à part" est le titre d'un CD (de 2002) à part, essentiellement constitué de chansons un peu, disons, décalées - excellent disque au demeurant.
  • en bonus track, une image de l'après-concert, quand l'essentiel du public enthousiaste s'est pressé à la sortie du chapiteau, disons en fait à l'entrée, qui était aussi l'issue de secours... enfin bref - pour acheter des disques et surtout les faire dédicacer ; vu de derrière, c'était beaucoup plus doux, plus calme... :


mercredi 29 octobre 2008

Tant-BourrinMonsieur Bouseux


Monsieur Bouseux habitait dans une jolie ferme, près de Purinville.

Tous les jours, il grattait la glaise pour faire pousser de jolies céréales et de jolis légumes. Il élevait également quelques chèvres qui lui donnaient le meilleur lait de toute la région. Mmm, un vrai délice dont Monsieur Fromgom, le crémier, tirait le crottin de chèvre le plus savoureux de tout Purinville.

Et à propos de crottin, Monsieur Bouseux avait depuis plusieurs jours un léger souci : Chevrotine, sa plus belle biquette, était très constipée. Plus la moindre crottounette ! C'était comme si un barrage avait été construit sur la rivière à caca de la pauvre bête !

La chose était fort ennuyeuse car les matières fécales continuaient néanmoins de s'accumuler dans le ventre de Chevrotine. Celui-ci était tout gonflé, et la pauvrette en bêlait sans fin de douleur : "bêêêh ! bêêêh !"

Monsieur Bouseux décida donc de prendre les choses en main et de soigner Chevrotine. Comme il se méfiait plutôt des vétérinaires du coin, des charlatans tout juste bons à mettre son cheptel sous antibiotique à la moindre occasion, il décida de mettre en pratique une vieille recette familiale qu'il tenait de sa grand-mère qui elle-même la tenait de sa grand-mère qui elle-même... bref, une recette qui remontait sûrement à la nuit des temps quand les ancêtres de Monsieur Bouseux soignaient la constipation des mammouths !

Il prépara donc une mixture laxative en pilant du ricin, de la bourdaine, du lin, de la rhubarbe et des figues, la malaxa avec un peu de graisse d'oie rance et la modela au creux de sa main pour lui donner une vague forme de suppositoire.

"Et voilà, dit Monsieur Bouseux, avec ça, ça m'étonnerait que ta constipation fasse long feu, ma biquette !"

Et, alors que Chevrotine lui tournait le dos, il enfourna le suppositoire artisanal dans le trou de balle de la petite chèvre et l'enfonça profondément avec son doigt pour être sûr qu'il ne ressortirait pas.

"Mêêêêêêêh !" fit Chevrotine.
"Il n'y a pas de mêêh", répondit Monsieur Bouseux, faisant sienne une plaisanterie éculée.

Il retira son doigt et le mit dans sa bouche pour le nettoyer de sa salive. Puis il fit demi-tour pour retourner vaquer à ses activités, qui consistaient ce matin-là à épandre du fumier dans le potager.

C'est au moment où il allait se saisir de sa fourche...

PAN !

...qu'il entendit une détonation, suivie d'un bruit de verre brisé.

Il se retourna. Rien, sinon Chevrotine, qui lui tournait toujours le dos.

Heureuseument pour lui, les sens aux aguets de Monsieur Bouseux lui permirent de déceler in extremis le très léger raidissement des muscles fessiers de sa biquette. En une fraction de seconde, il comprit ce qui se passait, juste avant que ne claque la seconde détonation...

PAN !

Il plongea juste à temps dans le tas de fumier pour éviter d'être atteint par la seconde crotte de bique que venait d'expulser bruyamment Chevrotine, avec une violence telle qu'une seconde vitre avait explosé.

Monsieur Bouseux se laissa rouler derrière le tas de fumier. Ça crépitait de partout. Les gaz intestinaux comprimés de sa chèvre, aidés par le pouvoir hautement laxatif de son suppositoire, projetaient en rafale les petites crottes, comme une mitraillette : tacatacatacata !...

"Bigre, aurais-je un chouia trop forcé sur la bourdaine ?", se demanda Monsieur Bouseux.

Quand, une dizaine de minutes plus tard, les tirs cessèrent enfin définitivement, Monsieur Bouseux, maculé de fumier, émergea de son abri, songeur.

Il contempla sa biquette, dont le ventre était enfin dégonflé et dont le derrière, rougeoyant, fumait encore. Il regarda ensuite la façade de sa ferme, les traces d'impact sur les vieux murs. Puis il réfléchit. Il sentait qu'il y avait une bonne idée à tirer de tout ça.

Tout à coup, une petite ampoule s'alluma au-dessus de sa tête : il avait trouvé.

Trouvé quoi ? Mystère ! Toujours est-il que, dès le lendemain, il partit avec une brouette pleine de tablettes de chocolat dans le champ derrière sa ferme où paissaient le troupeau de vaches de son voisin, Monsieur Glaiseux. Il en fit de même le lendemain, et le surlendemain, et les jours d'après.

Jusqu'à ce jour où, jugeant que le ventre des dites vaches lui paraissait suffisamment sous pression (car, vous l'avez deviné, il avait donné le chocolat à manger aux vaches pour les constiper), il guida l'une d'entre elles hors du pré, jusqu'à sa ferme et orienta le fion de celle-ci vers les vieux murs décrépis.

Car l'idée de Monsieur Bouseux était simple et géniale à la fois : les crottes de biques sont petites et dures, mais les bouses de vaches sont bien volumineuses et molles. Projetées sous pression sur les murs de sa ferme, elle referaient à peu de frais un joli crépi bien peu coûteux !

Monsieur Bouseux procéda donc d'une façon similaire à celle qu'il avait employée avec Chevrotine : il prépara un suppositoire laxatif et l'enfourna dans la vache, sauf que cette fois il l'enfonça carrément tout son avant-bras dans le trou de balle du bovin.

Puis, ayant cette fois-ci pris le soin de ne pas rester dans l'axe de tir, il attendit que son remède fasse effet.

Et, apparemment, cela n'allait pas tarder à être le cas : la vache gesticulait, en proie à d'apparente douleurs abdominales insoutenables, en meuglant à fendre l'âme : "meuuuuuuuuuuh" !

Et tout à coup...

BOUM !!!

... comme un immense coup de canon, suivi d'un bruit de gravats qui s'effondraient. Monsieur Bouseux sursauta, puis regarda, interdit, le mur de sa ferme : il y avait un gros trou en plein milieu !

BOUM !!!

Le canon bovin venait de tonner de nouveau, créant de nouveaux dégâts sur le mur.

"Sacrebleu, se dit Monsieur Bouseux, cette fois, c'est peut-être sur le chocolat que j'ai trop forcé ! Les bouses semblent aussi dures que des obus !"

Mais il était trop tard pour arrêter le processus. Les explosions se succédaient comme en un immense feu d'artifice, soumettant la ferme de Monsieur Bouseux à un bombardement en règle.

Quand celui-ci prit fin, il ne restait plus rien ou presque de la ferme de Monsieur Bouseux, qui en fut fort marri.

Il contempla la vache, dont le ventre était enfin dégonflé et dont le derrière, réduit à l'état de cratère sanguinolent, fumait encore. Il regarda ensuite la ruines de sa ferme, les murs transformés en gravier. Puis il réfléchit. Il sentait qu'il y avait une bonne idée à tirer de tout ça.

Tout à coup, une petite ampoule s'alluma au-dessus de sa tête : il avait trouvé.

Trouvé quoi ? Aucun mystère : le lendemain, il signait un contrat d'exclusivité sur son procédé de fabrication de canon bovin avec un gros fabricant d'armement, contrat qui allait lui assurer de substantiels revenus jusqu'à la fin de ses jours.

Il s'acheta alors une gigantesque villa luxueuse sur la Côte d'Azur et s'y installa avec sa biquette Chevrotine. Et ils vécurent heureux, mais n'eurent jamais d'enfants car ils n'avaient que des rapports protégés.


Voilà, l'histoire est finie, il est temps de faire dodo, les enfants. Faites de beaux rêves !

lundi 27 octobre 2008

Saoul-FifreVieux tromblons

Mon sommeil bouillant de rêves me souffle la forme d'une histoire dont l'introduction serait la rentrée dans un rond-point, le développement, quelques tours autour, et la chute, la sortie du rond-point.

Merde : le génial Raymond Devos l'a déjà écrite ! Dur d'être original. Bon il suffirait de ne pas avoir ce genre de mémoire et ça passerait comme une lettre à la poste, je suis sûr. Qui connaît encore ce vieux sketch ?

Ah bon, tout le monde ? Mais alors on fait comment pour avoir des vraiment nouvelles idées ? J'ai effectivement remarqué que la nouvelle génération, quand elle voulait faire du fric, se contentait de copier les vieux succès qui avaient fait leurs preuves. Et que je te filme des Astérix avec de gros moyens (et il en faut des figurants pour construire des pyramides à la main !). Des Superman (plus ringard, tu meurs), des King-kong (ça ne nous rajeunit pas).

Les créateurs qui arrivent sur le marché sont-ils à court d'idées ? On propose aux mômes de s'enthousiasmer aux "aventures" de Heidi (pincez-moi, je rêve), on ressort de la naphtaline Nicolas et Pimprenelle, pour renflouer Bouygues, le Marchand de sable et de béton, on exhume Pollux, Tom Sawyer, Sans famille, non vraiment, les jeunes, faudrait voir à vous secouer le neurone, vous n'avez vraiment rien de neuf à proposer ?

Oui bon, et à part Titeuf ?

Mais ne me faites pas dire que je n'aime pas les vieilleries. Simplement ils ne reprennent jamais celles qui me plaisent. Pour de mauvaises raisons d'enfant-roi et de valeurs de jeunesse éternelle et triomphante en vogue actuellement, j'attends sans vraie conviction qu'ils m'époussettent et re-propulsent sous les feux de la rampe mon héroïne préférée, âgée de 103 ans et toujours prête à traverser les murs :

__TARTINE MARIOL__

vendredi 24 octobre 2008

AndiamoLa fête à Pigalle

J'avais quinze ans quand, pour la première fois, je suis allé à la fête foraine de Pigalle.

Elle s'installait en automne et restait un bon moment, elle s'étirait de Pigalle à la place Clichy, en passant par Blanche (ligne 2, n'est-ce-pas Pousse-Manette) ?

Pour nous y rendre le dimanche, on empruntait le bus et le métro. Afin de ne pas payer les transports, on collectait auprès des voisins les cartes hebdomadaires.

Ces cartes étaient vendues pour la semaine, six jours (samedi inclus), une carte pour le bus, une autre pour le métro. Généralement, les gens ne travaillant pas le samedi avaient le droit (ou plutôt la tolérance) d'utiliser le jour vacant le dimanche.

Quelle aubaine ! Nous demandions - bien poliment, t'imagines ! - aux voisins que nous connaissions de nous donner leurs cartes, ce qu'ils faisaient volontiers. Ce coupon était en principe nominatif, mais personne ne le signait ! Et puis les contrôleurs n'étaient pas regardant, après tout, la carte avait été payée, non ?

Pour mécolle, pas de problème, j'allais à l'école dans Paris, donc j'étais pourvu.

On descendait à Pigalle, c'est là qu'elle commençait vraiment.

Magnifique, fabuleuse, époustouflante, pour un p'tit gars de banlieue qui n'avait vu jusque-là qu'un manège d'autos-tamponneuses, une chenille poussive et deux stands de tir miteux !

Et tout à coup ça "clinquait" (pas Français, m'en fiche), ça hurlait, vociférait, interpellait le chaland...

ROULEZ, ROULEZ, ROULEZ, de la vitesse, encore de la vitesse : en voiture la jeunesse !

Les loteries aux couleurs vives, une grande roue, avec les lots inscrits dans chaque secteur, le cliquetis de la lame de ressort qui tressaute à chaque passage de chacune des petites tiges métalliques, TRRRRRR... Encore un heureux, encore un veinard, il a gagné "un canard" !

La musique des manèges, tonitruante, elle vrille les tympans, il faut hurler pour s'entendre, tant pis pour le voisinage !

C'était Piaf, Ray Ventura, Luis Mariano, Bécaud ou Sydney Bechet, le rock n'était pas né... Pas encore.

La guimauve, rose, blanche, jaune, qui dégouline. D'un geste appliqué, la belle foraine, à l'aide d'une spatule en bois, remonte la pâte collante et la suspend au crochet chromé.

Les odeurs de caramel brûlé, près du chaudron à barbe à papa, la baguette agile récupère le sucre qui s'effiloche.

Je n'ai jamais su résister à la barbe à papa, c'est léger, "volatile", comme un gamin de quinze ans.

La mère exaspérée distribuant une torniole au gamin trépignant, gesticulant, hurlant, chandelle sous le pif, réclamant un tour supplémentaire du manège fabuleux, avec ses chevaux en carton pâte, harnachés comme pour la parade, montant et descendant au rythme effréné d'un accordéon musette.

Tout à coup, un attroupement... Approchez, doucement... Au milieu du cercle des badauds, un petit bonhomme, aussi haut que large, casquette crade, pull col roulé délavé en fin jersey, les muscles énormes qui saillent... Un gorille !

C'est Yves Laboulange, un des derniers bateleurs que j'aie connu, il était passé il y a fort longtemps, dans une émission que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître : 36 chandelles, présentée par Monsieur Jean Nohain.

Il est là Yves, il arpente calmement les trois mètres carrés de son tapis crasseux, posé à même le sol, il attend que la recette soit assez conséquente avant de "commencer l'travail", comme il dit.

Yves se tourne alternativement vers les quatre points cardinaux : au Nord, des radins... Au Sud, pas mieux... A l'Est, des pingres, du bout du pied, il repousse négligemment les tunes et les laranqués (pièces en alu de 5 et 2 francs, des anciens francs, que dalle quoi) ! Il ne garde que les pièces jaunes, 10 et 20 francs anciens, pas un seul bifton, tu penses !

Puis, pivotant encore d'un quart de tour, il déclare regardant les badauds un à un : "à l'Ouest, rien de nouveau" !

Quand sa tirelire est suffisamment remplie, il commence "le travail", d'abord un poids de vingt kilos soulevé "à la coiffe", c'est à dire qu'il prend le poids en forme de tronc de pyramide, le coiffant de sa large pogne, la paume posée sur le sommet, et le soulève ! Essayez, vous verrez, la partie la plus étroite étant vers le haut, ça ne demande qu'à glisser.

Ensuite, il soulève le même "à la pince", c'est à dire qu'ayant saisi le petit rebord situé dans le haut du poids, entre le pouce et l'index, d'un mouvement de bascule vers son avant-bras, il lève les vingt kilos. La prise n'est qu'un bord de fonte de 8 millimètres de large par 5 ou 6 millimètres de profondeur. Essayez là aussi, mais écartez vos pieds d'abord ! Ses pognes ? Des machines à broyer !

Yves Laboulange, ça n'est pas le grand Zampano de "la strada", mais ça lui ressemble !

Les stands des "curiosités" : Zouzou, la femme la plus grosse du monde, quatre cents livres au bas mot !

Jacky : l'enfant-singe de Bornéo (vous avez remarqué : tous ces êtres, étaient toujours originaires de contrées exotiques, pas de Hénin-Liétard, ou de Boue-sur-Vase, non, non des régions sub-tropicales UNIQUEMENT) !

Ça n'est pas un homme, ça n'est pas une bête, c'est Jacky, l'enfant-singe de Bornéo, recueilli alors qu'il n'avait que sept ans environ... etc.

Plus loin, c'est Odette, la femme à deux têtes ! Ou encore Madame Suzy, qui présente des pinces en lieu de mains !

Nous n'allions pas voir ce genre d'attraction, ça m'aurait mis mal à l'aise, ces pauvres gens exposés à une curiosité malsaine.

Après le train-fantôme, les chenilles, cages à écureuils, autos-tamponneuses rutilantes, chromes éblouissants sous les projecteurs, ça me changeait des bagnoles plutôt minables de mes fêtes drancéennes ! Au détour d'un stand de tir, repérable à distance grâce ou à cause de l'odeur de poudre, voici...

Voici : le ring JACKSON !

Sur l'estrade, dominant la foule, alignés en rang d'oignons, un lutteur, un boxeur, un catcheur, et un judoka.

Le père Jackson, mégaphone en main, invective la foule, cherchant un "audacieux" qui osera relever le gant, qui défiera ses champions !

Il y a toujours dans la foule rassemblée devant le stand, un type ou deux qui lèvent la main.

Bravo Monsieur, c'est courageux, de combattre le champion de Belgique et des environs.

Bien sûr, c'est un "baron", un comparse, mais il n'empêche que pour une somme raisonnable, on assiste à un véritable combat de catch ou autre, qui dure un quart d'heure au bas mot.

J'ai connu il y a... fort longtemps, dans une petite boîte de Bagnolet (ne la cherchez pas, rasée, laminée, la boîte, la rue avec, en lieu et place, l'échangeur de Bagnolet) un garçon qui avait travaillé pour le ring Jackson, ce copain avait été catcheur.

Il nous racontait qu'il effectuait six à sept combats journaliers et, bien que ce soit un comparse contre lequel il combattait, c'était épuisant.

Quand nos poches étaient vides, ce qui était assez vite fait étant donné qu'au départ elles n'étaient pas bien pleines, on flânait encore, nous saturant les mirettes de ces néons multicolores, du vermillon des pommes d'amour et du rose bonbon de la guimauve.

On tardait à rentrer, les effluves de vanille, noix de coco, gaufres, nougats et caramels, nous retenaient encore un moment dans ce lieu magique.

Enfin on reprenait le métro, faisant le chemin en sens inverse, les musiques des manèges tournaient dans nos têtes : la belle de Cadix, la vie en rose, Davy Crockett.

C'étaient nos musiques, le cha cha cha venait d'éclore, les Beatles jouaient aux billes dans la banlieue de Liverpool, Bill Haley n'était pas encore une comète, Paul Anka chantait pour ses copains et le King répétait ses déhanchements.

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