Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 20 novembre 2008

AndiamoLe couteau suisse

La semelle de ses "High Rock" fait rouler un caillou, un limbert effarouché se faufile sous un rocher bordant le chemin emprunté par Georges.

De temps en temps, l'homme s'essuie le visage avec le dos de la main, le soleil cogne déjà fort en ce début de juin, sur le plateau Ardêchois près de Saint Remèze, entre Vallon-Pont d'Arc et Bourg-Saint-Andéol, une région encore sauvage pour qui se donne la peine de quitter les bords de l'Ardêche, surpeuplés au moment des vacances.

Georges est parti tôt le matin, sans dire précisément où il comptait se rendre, son petit secret en somme.

Il s'est mis en tête d'explorer "le fond du diable", c'est ainsi que les vieux du crû nomment cet aven, situé en aval de "la grotte de la Madeleine", une grotte aux concrétions magnifiques, attirant chaque années des milliers de touristes.

Quelques téméraires ont bien tenté de l'explorer, ils ont dû renoncer : un goulet très étroit interdit toute nouvelle progression !

Toutefois, certains spéléos ont mentionné qu'il existait peut-être un autre accès, situé plus haut, un petit boyau creusé par la rivière en des temps reculés. Comme cela se produit fréquemment, le cours d'eau érode lentement le fond de son lit, ce dernier s'effondre, et la rivière se fraye un autre chemin en contrebas.

Qui sait si, en explorant cet ancien passage, Georges ne réussirait pas à "contourner" le goulet et peut-être découvrir une nouvelle grotte, une salle magnifique, lui donnant son nom : "la grotte Mignot" !

Comme il y a "la grotte Chauvet" ou "l'aven Armand", du nom de leurs inventeurs.

Georges s'arrête à l'ombre d'un micocoulier, après avoir mis bas son sac à dos, qui commence sérieusement à le faire transpirer ! En tire une gourde et s'octroie une rasade d'eau bien fraîche, quelques abricots secs, deux biscuits "de soldat".

Le temps d'admirer le paysage : une garrigue sèche comme un coup de trique sur un sol calcaire, le chant des cigales, le grand ciel bleu aux portes de la Provence, et un charme envoûtant pour qui aime ces espaces où la moindre flaque d'eau est une providence.

Un coup de reins, le voilà debout. D'un mouvement souple il réajuste son sac à dos, puis se remet en route.

Je ne dois plus être bien loin maintenant, songe-t-il. Une petite demi-heure après s'être reposé, il s'arrête, inspecte les lieux, se dirige sans hésiter vers un amas de rochers.

Voilà, c'est ici, dit-il à haute voix, d'un ton guilleret. Quatre cornières scellées dans le sol, un méchant grillage rongé par la rouille, censé prévenir les chutes éventuelles... Dérisoire !

Pas très prudent de s'aventurer seul dans un gouffre, surtout sans avoir prévenu quiconque.

La gloire, ça ne se partage pas ! Vingt-cinq ans que Georges fait de la spéléo, initié par son père. Son fils ne s'intéresse qu'au tennis, bah ! A chacun son "trip", comme dit le fiston !

Sac à terre, une goulée d'eau avant d'attaquer les hostilités, il est en pleine force de l'âge notre Casteret ardêchois, quarante ans aux vendanges, toutes ses dents, des muscles bien entraînés, un moral d'enfer !

Après s'être assuré de la solidité des cornières, Georges y fixe un mousqueton, attache solidement une corde, le fond n'est pas très loin, neuf ou dix mètres tout au plus, alors il installe son système "auto-bloquant", et néglige la cordelette comportant un noeud type "Machard". Ce noeud assure la sécurité en cas de défaillance du système auto-bloquant ou d'une maladresse de la part de l'utilisateur, il se bloque dès que la corde se tend.

Bof ! Pour neuf mètres de descente, pas la peine, songe-t-il. Il installe son baudrier, accroche le mousqueton, s'assure une dernière fois de la solidité de l'ancrage, s'approche du trou, puis commence le descente, lente, sans à-coups, Georges est parfaitement décontracté, la lumière qui filtre à travers l'ouverture suffit amplement à sa progression, inutile d'allumer la lampe frontale (économiser les accus au maximum).

Tout se passe bien, cette descente en rappel n'est qu'une formalité, d'autant que le puits s'élargit au fur et à mesure de la descente.

Je ne dois plus être bien loin du fond, déclare-t-il à haute voix. Parler quand il est seul, il le fait souvent, surpris parfois par ses proches, il se fait gentiment charrier.

- Ouais ben au moins j'me réponds pas des conneries, leur rétorque-t-il !

Sous son pied gauche, il sent quelque chose : le fond, tout le monde descend ! Hurle-t-il, puis d'un geste sûr, il retire le mousqueton retenant le baudrier, sa main gauche s'enroule autour de la corde, dans un geste machinal, il tire sur la corde pour en éprouver la solidité.

Soudain, il sent le sol se dérober sous ses pieds, une douleur fulgurante dans l'épaule gauche, un craquement, l'humérus s'est déboîté, l'extrêmité supérieure est sortie de son logement, retenue à la scapula par les tendons, la corde enroulée à son poignet gauche s'est tendue, lui bloquant la circulation, en bas un bruit d'éboulis.

Georges a mis quelques minutes à récupérer, après le flash, il s'est évanoui, quand il émerge il ressent la douleur, horrible, lancinante, les tendons étirés au maximum, son front se couvre de sueur froide, il grimace, avec d'infinies précautions, chaque muscle de son corps semblant relié directement à son épaule, il lève le bras droit, lentement sa main se porte en direction de sa lampe frontale...

Clic ! la lumière a jailli de son casque, alors lentement il baisse la tête, le fond est là, un mètre cinquante ou deux mètres tout au plus, il comprend ce qui s'est passé : ce qu'il avait pris pour le fond, n'était qu'un surplomb ! Il a cédé sous son poids, et maintenant l'homme pend dans le vide comme une araignée au bout de son fil, mais une araignée de quatre-vingts kilos avec tout son barda.

A l'aide de son bras valide, il tente d'attraper la corde, pouvoir soulager son bras gauche, il lève l'épaule droite, tend la main, étire son bras en direction de la corde, le mouvement lui imprime une légère rotation, un hurlement lui arrache la poitrine, la douleur est si intense qu'il s'évanouit de nouveau.

Lentement Georges reprend conscience, sa main gauche est totalement engourdie, la corde enroulée autour de son poignet fait office de garot.

Si ça dure trop longtemps, ce sera la gangrène assurée songe-t-il, puis l'amputation. A cette seule évocation, il frissonne.

Une heure s'est écoulée depuis l'effondrement de la corniche... Un an, un siècle, il ne sent plus sa main gauche, comme anesthésiée par l'exsanguination.

Réfléchir, tenter d'oublier la douleur, se concentrer sur LA solution. Au prix d'un douloureux effort, Georges baisse la tête, le faisceau de la lampe s'étale à un mètre cinquante plus bas, il voit le sol de la grotte, proche, très proche, un saut pareil ça n'est pas un problème pour lui.

Trancher la corde : c'est LA solution, après je pourrai me débrouiller, la corde est là, j'ai du matos, un bras valide, ça va l' faire, ouais ça va l' faire !

Lentement il lève son bras valide, atteint le haut de son sac à dos, sent au bout de son doigt la pochette dans laquelle il glisse toujours son couteau Suisse, tire le zip en grimaçant de douleur, son pouce et son index explorent la pochette... RIEN ! Elle est vide !

Tout à coup un éclair ! Il revoit la scène : il est prêt à partir, son sac sur le dos, il est sept heures, il entend depuis l'entrée :

- Merde, de merde, putain d'lacet !

Georges a reconnu la voix de Raphaël, son fils.

- On se calme, on reste poli !

- Ouais j'suis déjà à la bourre, cette saloperie de lacet qui fait des noeuds, j'ai un match de tennis dans une heure ! j' y s'rai pas merde !

Georges se dirige vers l'entrée, son fils est là, assis sur les marches menant aux chambres.

- Fais voir ça.

Il a pris la tennis.

- Un joli sac de noeuds, déclare-t-il, prends mon couteau Suisse dans la pochette tout en haut du sac. Dans le même temps, il s'est tourné, présentant "l'Eastpack" à son fiston, ce dernier ouvre la pochette, sort le couteau, bascule le poinçon, et entreprend de desserrer le noeud récalcitrant. Quelques "merde" plus tard, le noeud enfin desserré, il remet le couteau dans le sac.

Le con ! Merde de merde, où il l'a collé ce putain de couteau ?

Il a hurlé, de rage et de douleur à la fois, puis le calme est revenu, il a encore essayé d'atteindre d'autres pochettes... Trop éloignées, sa main droite dans d'ultimes efforts s'est portée vers la corde, l'atroce douleur l'a fait renoncer.

Les heures se sont écoulées, il a repensé à ce bouquin de Stephen King, "Jessica".

Une femme menottée aux montants d'un lit métallique, une fantaisie voulue par son mari, ce dernier gisant sur le parquet, terrassé par une crise cardiaque, survenue au moment de l'orgasme ! Bien sûr, cette charmante saynète se déroulait dans un lieu complètement isolé.

Un rire nerveux a agité Georges lorsqu'il a hurlé : "appelez-moi JESSICA ! JESSICA " !

Après des heures d'efforts, après mille douleurs, après s'être de nouveau évanoui, s'être pissé sur lui, il a renoncé.

Quand on l'a retrouvé quelques semaines plus tard, le bras était toujours accroché à la corde, le corps gisait plus bas, il s'était détaché, la putréfaction sans doute.

Quelques jours après l'enterrement, Raphaël a ouvert le joli "Eastpack" gris et rouge, il a trouvé, dans la pochette tout en bas sur le côté gauche, le couteau suisse. Il se souvenait parfaitement l'avoir rangé là, après l'épisode de la tennis et, curieusement, le bas du sac était tout griffé.

mardi 18 novembre 2008

Mam'zelle KesskadieJe file un mauvais coton

Pas nouveau, juste avant mes 49 ans, juste avant que j'entreprenne la cinquantième année de ma vie.

J'ai une stagiaire qui sait tout. Du moins, elle le pense. D'un côté je devrais me réjouir, ça ne sera pas de trouble de lui enseigner, vu qu'elle a déjà tout vu. Pourquoi me ronge-je le sang ?

Ça doit être la pré-ménopause.

Donc, je suis sur l'heure du midi au Winners et je veux une sacoche. C'est ça ou un hamburger de chez Wendys. Vous avez compris, il y avait urgence à la compensation. Et tant qu'à compulser, aussi bien dépenser qu'engraisser... han ?

Je rencontre une dame qui veut la même chose que moi. On compare. On discute. Sa fille vient de divorcer. Elle ne veut pas payer trop cher parce qu'elle veut amener sa fille se payer une bonne bouffe. J'ai pas osé lui dire qu'une sacoche c'est aussi bon pour la compulsion, elle aurait pensé que c'est ce que j'étais en train de faire, compulser.

Ben quoi...

Voici donc, les critères de la parfaite sacoche tels que cette dame et moi avons décrété après quinze minutes de discussion et l'essai de trente modèles chacune.

Le sac à main parfait est : un, léger, deux, une seule gance à l'épaule, parce que la deuxième est toujours débarquée, trois un bon fermoir, quatre, un intérieur clair pour pouvoir bien voir les petites choses que l'on met dedans, cinq, là ça dépend. Est-ce qu'on est classique et qu'on veut vieillir avec la sacoche ? Alors, faut payer le gros prix. Est-ce qu'on est plus volage et que le changement nous est nécessaire ? Alors, on modère dans le cherté et on vise l'originalité.

Bref, elle a choisi un truc rouge, style plat, très in et moi, un truc noir, plutôt baluchon, mais vous devriez voir la doublure ! Ouah !

Tellement jolie que je l'ouvrirai pour les riches et les pauvres. Les riches pour qu'ils mettent un peu de sous dedans, les pauvres, pour leur montrer que je n'ai plus un sou, étant donné que je me suis payée une folie.

On s'étonne que le monde ne tourne pas plus rond étant donné le grand choix de sacs à main. si on occupait les belligérants à trouver le sac parfait, je vous jure, il y aurait moins de guerre.

Par contre, je ne jurerais rien sur les batailles de sacoches, mais là.... c'est une autre question hypothétique.

Vous dire que j'ai le neurone très solitaire et non connecté à rien en cette fin de jeudi serait inutile, ce dernier texte vous a sûrement mis la puce à l'oreille faute d'avoir mis de l'oseille dans le sac.

dimanche 16 novembre 2008

Tant-BourrinBrouillon de culture

Jugeant que le niveau intellectuel de ce blog était en train de s'affaisser mollement, j'ai décidé de reprendre les choses en main et de créer une rubrique culturelle sur ce blog, dans laquelle je vous distillerai quelques précieux conseils qui vous aiderons à rester à la pointe de l'excellence neuronale et de briller dans les salons où l'on cause. Non, Souf', je ne parle pas du Salon de l'agriculture !

Voici donc le premier billet de cette rubrique, consacré aujourd'hui à la littérature. Tous chez vos libraires !





Huit clopes - Jean-Paul Tartre

Trois personnages, un homme et deux femmes, se retrouvent à leur mort dans une même pièce. Hélas, l'homme, Cigarcin, est un fumeur invétéré alors que les deux femmes ne supportent pas du tout la fumée. L'une d'entre elles reproche vertement à Cigarcin d'en être déjà à sa huitième cigarette en moins d'une heure. La seconde lui fait remarquer qu'il a les dents plus jaunes qu'un gilet de sécurité et que son haleine devrait être interdite par la Convention de Genève. Les trois protagonistes finissent par se foutre sur la gueule et vivent l'enfer pour l'éternité, l'auteur faisant dire à un de ses personnages cette citation mythique : "l'enfer, c'est les goldos sans filtre".





Crie, mais gentiment ! - Fédor Dodoesky

Persuadé d'être un surhomme, un ancien étudiant de Saint-Pétersbourre nommé Raskolniquov s'efforce tous les soirs de faire mourir sa copine de plaisir au lit. Et de fait, celle-ci pousse de hauts cris. Mais, très vite, Raskolniquov est atteint de paranoïa et s'imagine que tous les voisins entendent les cris de sa copine à travers les cloisons de l'immeuble, ce qui le rend presque fou. Il finit par avouer à tout le monde que, oui, il nique comme une bête, puis il part en exil en Sibérie pour aller sodomiser des ours sans crainte du voisinage. A son retour, des années plus tard, sa copine lui révèle qu'elle simulait, ce qui le rend légèrement véner.





Maudit bic - Waterman Melville

Le capitaine Achab se fait un jour piquer le stylo Bic avec le lequel il était en train d'écrire ses mémoires. Le roman raconte alors un périple autour du monde à la recherche de son maudit Bic qu'il s'est juré de retrouver : "pour une fois que j'avais trouvé un stylo Bic qui marche à peu près, ça fait trop ièch' !"... Sa quête restant vaine, le capitaine Achab finit par sombrer dans la folie.





Légume des jours - Boris Viande

Cokin, jeune godelureau aisé, trouve un jour le grand amour en la personne de Chlouée et se marie avec elle. Mais, bien vite, Chlouée tombe malade : un chou-fleur pousse dans son orifice anal. Cokin tente tout pour la guérir et, au final, doit se résoudre à lui bouffer le cul jour après jour, ce qui va hélas lui donner de fortes flatulences.





Cinq semaines, emballons ! - Nulle Verge

Un guide pédagogique illustré de nombreux exemples et exercices pratiques pour devenir en cinq semaines un expert de la drague et goûter enfin au plaisir de la traversée de la trique.





Il chômera, mon amour - Marguerite Duraille

Un employé de bureau devient l'amant d'une femme superbe, une véritable bombe atomique. Dans les confidences qu'ils échangent, il raconte ses souvenirs d'un amour impossible avec une machine à composter le courrier : surpris au bureau en pleine relation sexuelle avec celle-ci, il a été viré sur-le-champ et pointe désormais à l'ANPE. Un livre essentiel sur le travail de mémoire.





La muette - Check-Off

La jeune héroïne de la pièce, Mima, est persuadée d'être née pour devenir star de la chanson. Son boyfriend DJ Konstant1 lui écrit un rap de la mort qui déchire sa race. Malgré cela, cette teupu de Mima se tire avec un autre keum, qui lui a promis de la produire et de lui faire gagner le concours de l'Eurovision. Mais une fois en studio d'enregistrement, Mima découvre qu'elle est muette de naissance, ce dont elle ne s'était jamais aperçue. Sa carrière de chanteuse s'en trouve donc légèrement compromise. Deux ans plus tard, elle rend visite à son ex-boyfriend DJ Konstant1. Celui-ci comprend alors l'inanité de sa vie et se suicide en écoutant l'intégrale de Michelle Torr.

vendredi 14 novembre 2008

Saoul-FifreLe compliment toujours aux lèvres

Tiens, la madré est descendue me voir. Ça c'est du rare, c'est du lourd, ya un temps fou qu'on s'était pas vus, elle habite loin, je bouge peu et la transhumance d'une tribu foncièrement sédentaire demande de longs leviers, des points d'appui granitiques et des palans de compétitions.

Alors bien sûr, je téléphone régulièrement. L'amour maternel se nourrit de ces petites attentions. Il se passe rarement plus de 2 mois sans qu'elle reçoive mon appel empreint de ponctualité affectueuse. C'est un point sur lequel je ne fais pas d'économies : ce serait un comble avec mon forfait ADSL illimité vers les fixes.

Mais comme elle est très bavarde, je suis néanmoins obligé, la conversation s'éternisant, de lui rappeler : "Maman, c'est moi qui t'appelle !". Un vieux réflexe atavique de politesse innée mêlée de parcimonie chevillée au corps la fait alors bégayer un "Je raccroche, je raccroche, merci d'avoir appelé, Saoulfifre, je pense beaucoup à vous même si je ne téléphone pas souvent...".

Elle va attraper dans quelques jours ses 83 ans, aux olives, elle est en pleine forme grâce à une hygiène de vie gandhienne, elle entretient son neurone avec la méthode tantbourrine basée sur la résolution de mots-croisés de Max Favalelli, elle marche dans les dunes et le bon air iodé en gueulant J'aime les ports de l'Atlantique , elle prie, elle gâte ses treize petits-enfants et ses 2 arrières-petits-enfants, elle donne, elle distribue le peu qu'elle a, elle œuvre pour les autres, faisant cadeau de son temps, dilapidant cet amour qu'elle a surnuméraire, qui déborde, qui fait boule de neige, dont la spirale inspirée arrache tout sur son passage.

C'est une grenouille généreuse dans son bénitier des Danaïdes.

Elle nous enterrera tous, moi en tout cas, c'est sûr. Ce n'est pas que je le lui souhaite, non j'ai pas dit ça, c'est la hantise absolue de perdre un enfant, c'est l'horreur anxiogène, mais il faut bien reconnaître qu'elle n'y met pas du sien. On lui donne couramment 15 ans de moins. Et moi 10 de plus. Alors le calcul est vite fait, surtout si on tient compte des corrections automnales de vinification/distillation et des excès, dépassements de quotas, rajouts, régimes inversés, rabs de sauce, relevages nocturnes, léchages de plats et finissages de toutes les assiettes de la tablée par dégoût du gaspillage, dont je suis coutumier. Des finissages, pas du gaspillage.

Et elle le sait la bougresse, que mes analyses de sang ressemblent plus à des recettes de sorcières, des cocktails de poisons ou des listes de composants iningérables, indigestes, non-comestibles et fortement déconseillés voire interdits à la consommation. Alors, ironie ou cynisme, elle me parle de son cholestérol, sans jamais citer de chiffres, bien sûr, ni m'avouer que s'il y a pléthore, c'est de son bon cholestérol, comme de bien entendu.

Et elle ne rechigne pas à en remettre une louche : "Ton père n'avait pas de ventre, lui. Comme j'étais de 14 ans sa cadette, il considérait comme un devoir de faire attention à lui, de se tenir toujours droit... Il faisait du yoga, lui." Ben on a vu le résultat : ça fait quand même 40 ans qu'elle est veuve, il a peut-être abusé du yoga, papa. Et puis c'est pas ma faute si Margotte est à peu de choses près, de la classe avec moi ?

Son regard s'attardant sur ma silhouette est lourd de reproches mais elle cherche comment exprimer son ressentiment sans se faire envoyer sur les roses. Elle me glisse : "Voilà, je sais. Tu tiens de ton grand-père paternel, que tu n'as pas connu. Il est mort sur la table d'opération, à 54 ans, à cause de son diabète. Tu devrais faire attention".

Bigre. J'en ai 52, je l'ai bientôt battu. Tiens bon la vague et tiens bon le vent, hisse et ho !

Les meilleures choses ayant une fin, ma mère finit par partir et je reçus par la poste de sa part quelques jours plus tard un cadeau qui me fit bien plaisir, accompagné de ces mots :

Bonjour Saoulfifre

voici comme je t'ai promis, la caricature de ton grand-père. Un bon vivant apparemment. Et qui te ressemble.

Bises à tous Maman

Ben merde !

lundi 10 novembre 2008

AndiamoLes personnages de Bédés ont-ils une vie sexuelle ? IV les revoilà !

Y'a eu de la demande ! Tant mieux, on est là pour ça, satisfaire vos bas instincts, être le bouc émissaire, me charger de vos plus vils fantasmes, en accepter l'horreur (avec une certaine jubilation), dessiner pour vous ce que vous n'oseriez même pas rêver !

Alors je balance, bien que vous ayez lu tout ce qui va suivre dans "les personnages de Bédés ont-ils une vie sexuelle III (le re-retour)".

Mais auparavant, je dois mettre une restriction, pudeur oblige, éloignez les mineurs de votre écran, je ne veux pas avoir maille à partir avec les moeurs, ah ça non !


Lire la suite

samedi 8 novembre 2008

Mam'zelle KesskadieDe salle, d'autonomie et de fierté maternelle

J’ai décidément plus de succès quand j’écris des niaiseries que lorsque je suis spirituelle. Est-ce à dire que le monde est superficiel ou que mon talent l’est?

Question existentielle dont la cote d’écoute du débat ne battra sûrement pas celle de Charest et de Pauline Marois .

J’attends présentement dans une salle d’attente. Nulle part il n’est dit qu’une qualité essentielle des parents est de savoir gérer la salle d’attente. On connait le taxi, on connait la vaccination, mais que sait-on des salles d’attente?

Ici, c’est celle de la Société d’Assurance Automobile du Québec. J’ai l’air intellectuel avec mon lap-top. C’est très chic. À défaut d’avoir un bon genre, j’ai le chic.

Et pourquoi donc, attends-je dans la salle d’attente de la SAAQ ? Mais parce que Jérémie, 16 ans, des catastrophes et l’adolescence en bouton faute d’être en fleur, est à son examen pour avoir son permis de conduire temporaire. Ce matin, il me dit : tu es formidable maman, le sais-tu?

Il doit être content ou nerveux Je ne vois rien d’autre qui motiverait cette déclaration.

Ici, c’est la première étape. C’est aussi dans cette même salle que j’ai compris à quel point grandir est une ambivalence. C’est-à-dire que je serai très heureuse qu’il sache conduire, mais il y a le difficile passage qui est d’apprendre à conduire. C’est comme être adulte, je serais très heureuse qu’il soit adulte, c’est le difficile et délicat passage de l’adolescence qui me turlupine un peu.

Hier, en rentrant de travailler, la vaisselle n’était pas faite, mais la table était déblayée. J’ai rien dit. Pas que je sois magnanime, mais deux charmantes jeunes filles aidaient Jérémie et son chum dans leurs devoirs d’anglais. Je suis très pro-culture et devoirs. Évidemment, j’ai ignoré la conversation pour faire semblant comme il faut que je pensais qu’ils étaient en train de goûter les fruits de la culture et non pas dans la planification de goûter le fruit défendu.

Comme disait ma meilleure chumme : pose pas de questions si tu ne veux pas de menteries.

Et comme disait ma mère, il y a un temps pour chaque chose. Ainsi, quand Jérémie est entré à deux heures du matin pour aller chercher un petit quelque chose pour le lendemain, que les chiennes ont jappé comme si un voleur voulait s’emparer de la vaisselle sale, qu’il m’a fait la bise avec une odeur puissamment alcoolisé, j’ai rien dit.

Je ne sais pas ce qu’il a ingurgité, mais juste de lui avoir fait la bise, l’alcool qui me fut transmis fut suffisant pour que je me rendorme profondément.

Le lendemain, il m’a dit qu’il était heureux que je ne l’attende pas avec une batte de baseball.

J’ai souri.

Je n’aurais pas osé frappé quelqu’un d’aussi imbibé, me semble que ça aurait fait un méchant dégât sur le plancher. Mieux vaut prévenir qu’éponger les dégâts.

À part les aventures des salles d’attente et des taxis, il ne se passe pas grand-chose dans ma vie. Ah oui, j’ai acheté une drille pour réparer la rouille des portes de mon auto. Il fait beau, je travaille. La drille n’est pas encore sortie de sa boîte. La rouille est encore dans les portes. C’est comme le ménage et les enfants. L’auto-régulation et l’auto-nettoyage, l’auto-réparation, est encore dans des utopies. Tiens, je me demande si quelqu’un travaille au vaccin pour prévenir les traîneries? Si je continue à faire autant de salles d’attente (cet automne, je me suis tapé tous les rendez-vous pour le dentiste de mes nombreux enfants) je vais songer à la chose. Je suis certaine que je ferai fortune. Ce qui sera dommage, c’est que je vais avoir enfin les moyens de me payer une femme de ménage, mais que je n’en aurai plus besoin, le vaccin fera faire l’ouvrage.

Où est le monde idéal, je vous le demande? En tout cas, pas dans la salle d’attente de la SAAQ.

J’ai lu quelque part qu’un homme a eu cette idée de vendre des bagues bleues. Porteraient le bijou, tous les célibataires qui désirent rencontrer l’âme sœur.

Ainsi, moi qui tape sur mon clavier, je me déplacerais régulièrement, question de montrer mon doigt bleuté à la ronde voir si des candidats possibles pourraient remarquer mon doigté et ma disponibilité. Mais pour le moment, dans cette même salle, je l’enlèverais. Il n’y a que des ados boutonneux avec leur maman qui cache mal un sourire de fierté à amener fiston aux portes de l’autonomie. Ça doit être des femmes qui ne travaillent pas et dont l’auto est payée ET appartient au mari.

Tiens voilà mon fils qui revient de son test. Il a un grand sourire, il a réussi son examen !

Voulez-vous me dire pourquoi j’ai un grand sourire de fierté d’avoir amené fiston aux portes de l’autonomie, tant pis pour mes assurances ?

Il est midi, je suis dans la salle du gymnase avec 15 autres collègues à me tortionner (je ne vois vraiment pas d’autre mot pour décrire mes exploits athlétiques) au son d’une musique entraînante à regarder le sourire aussi entraînant de l’entraîneuse.

Ai-je écrit quelque chose contre les salles d’attente ? Quel lieu agréable, pensais-je en espérant ne pas m’évanouir avant la fin du cours.

Moralité : Salle qui le dit, c’est salle qui l’est.

Scusez la salle là, c’est la joie de l’autonomie automobile espérée après une soirée de taxi.

jeudi 6 novembre 2008

Tant-BourrinTu paieras

Les oreilles en l'air, ceci est un détournement !

Un détournement de paroles en fait, rien de plus, comme j'en ai déjà commis un certain nombre sur ce blog (et vu mes capacités vocales, "commis" est le mot exact).

Cette fois, c'est la crise qui m'a inspiré, et c'est Claude Nougaro qui a fait les frais de mon inspiration : mon texte est décalqué sur "Tu verras", dont vous pouvez lire les paroles originales ici.

Et ne vous inquiétez pas pour le bruit de fond : c'est le grand Claude qui fait la toupie dans sa tombe ! :~)



Tant-Bourrin - Tu paieras

Téléchargeable directement ici


Tu paieras
Musique : Chico Buarque
Paroles : Tant-Bourrin d'après Claude Nougaro


Ah, tu paieras, tu paieras
Ton compte y passera, tu paieras, tu paieras
Les pauvres, c'est fait pour ça, tu paieras, tu paieras
Tu seras le couillon, tu lâcheras tes biftons
Tu t'en mordras les doigts, tu paieras, tu paieras
T'y laisseras ta maison, quelle tuile mes aieux !
Les huissiers seront là avec leurs papiers bleus
Et l'hiver frissonnant bientôt rappliquera
Et tu t'endormiras, tu paieras, tu paieras
Le devoir accompli, couché sur le trottoir
Avec le sentiment d'avoir sauvé, ma foi
Toutes les banques du monde

Ah, tu paieras, tu paieras
Des milliers de milliards, tu paieras, tu paieras
La crise, c'est fait pour ça, tu paieras, tu paieras
Tu paieras pour ce trou qu'il faut que tu remblayes
Au prix de ta santé, de ton sang, de ta paye
De la peau de tes fesses, tu paieras, tu paieras
Pour ces belles promesses d'un P.I.B. qui croît
A jamais et sans cesse et de pouvoir d'achat
Tu te crèv'ras le cul, tu paieras, tu paieras
Tu crèv'ras dans la rue, tu paieras, tu paieras
Plein de topinambours au creux de l'estomac
Et d'autres trucs immondes

Ah, tu paieras, tu paieras
Pour ces foutus rapiats, tu paieras, tu paieras
Ces putains de malfrats, tu paieras, tu paieras
Ces voyous en costard, tu paieras, tu paieras
Pour ces financiers fous, leur morale de rat
Ces traders à la noix te foutront la nausée
Avec leur CAC 40 et leurs billevesées
Tu seras fou furieux, tu paieras, tu paieras
Le coeur plein de dégoût mêlé de désarroi
Face à ces affameurs si replets et si gras
Car avec leur marché sans contrainte et sans loi
Ils ont pourri le monde

Ah, tu paieras, tu paieras
Mais tout r'commencera, tu pourras, tu pourras
Redécouvrir la joie, tu pourras, tu pourras
Redevenir enfant et oublier la peur
T'endormir gentiment sans antidépresseur
Et retrouver en toi le parfum du bonheur
Tu verras mon ami que ton bel écran plat
Et tous tes beaux gadgets ne vont pas te manquer
Tu n'paieras plus de mine, mais t'auras la beauté
Blottie au fond des yeux et le coeur dorloté
Et tous enfin unis nous pourrons cette fois
Réinventer le monde

Ah, tu paieras, tu paieras...

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 >