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vendredi 11 janvier 2013

La PouleFlagrant délit

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mardi 8 janvier 2013

Saoul-FifreIls nous sucent l'os jusqu'à la moëlle

'tain, fait ièche ! J'étais tranquillement en train de déguster mon café stretto (la cuillère elle doit tenir droit au centre de la tasse, combien de fois il va falloir lui dire, merde ?) quand j'entendis un cri étranglé poussé par Margotte qui revenait d'aller chercher le courrier. "C'est les impôts sur le revenu qui nous réclament 36 € !! Saloperies !", qu'elle m'explique... "Les impôts sur le revenu ? T'es sûre ??", que je lui demande, vu que pour la taxe d'habitation ils nous avaient fait un rabais faut dire qu'on les faisait tellement chier au téléphone qu'ils avaient dû embaucher un intérimaire rien que pour nous répondre. Hé ? Depuis qu'on a l'ADSL gratuit vers les fixes, on se gène plus, hého on a pas marqué "contribuable" sur le front, non plus, alors du coup on avait demandé aussi un échéancier de paiement, pour ne pas attraper une hernie fiscale, ça les avait pas du tout fait rire, "hernie fiscale", bon c'était sûrement pas la première fois qu'ils l'entendaient sans doute mais merde, ils auraient pu faire semblant.

Ben non, c'étaient vraiment les impôts sur le revenu ! En principe dans la famille, ya que moi qu'ai le droit de gueuler mais là j'ai rien moufté parce que c'était vraiment un coup bas qu'on s'y attendait pas et Margotte a pas pu se retenir et je la comprends. Des impôts on en a jamais payé alors voyez c'est dur à nos âges de changer ses habitudes, ils pourraient avoir le doigté un peu plus précautionneux, y mettre un peu de vaseline administrative, on est pas des chiens ? Moi je travaille depuis l'âge de 18 ans mais comme je n'ai jamais gagné plus que le SMIC, moralement je voyais pas pourquoi l'Etat viendrait en plus me faire les poches alors j'ai jamais rempli de déclaration. Et comme j'ai beaucoup changé de régions et que tout leur système a l'air assez cloisonné, ben je n'ai pas été ratissé avec les autres glands. En plus à l'époque une bonne part de l'impôt allait au budget de l'armée et ça m'aurait vraiment fait mal au coût du truc d'aller leur subventionner leurs petites barettes, leurs étoiles et leurs médailles, à ces assassins légaux.

Et puis quand on s'est mis à la colle avec la Margotte, je lui ai, du haut de ma longue expérience, glissé le sage conseil de faire comme mézigue et comme avec les douaniers : "Rien à déclarer !"

Je me rappellerai toujours pourquoi, des années plus tard, on a été forcé de transgresser cette sacro-sainte règle pourtant bien sympathique. On voulait retaper une ruine ou bien se construire une maison bien à nous, on avait pas encore décidé mais, bien évidemment, on allait avoir besoin d'un prêt. Je me fais une douce violence, malgré mon aversion naturelle pour ces suceurs d'espèces et je prends rendez-vous avec le directeur de l'agence pour "tâter le terrain", dirons-nous. Je me rase, je me peigne avé la raie, je renfile avec un peu de mal le costume du mariage et je vais voir mon con de banquier. Vous le croyez si vous voulez mais l'entretien se passe on ne peut mieux, on se repasse la rhubarbe et le séné, je lui raconte des anecdotes de ploucs, on rigole, vous savez comme les bureaucrates s'ennuient ? Il suffit de leur faire miroiter des bribes de la vraie vie et leurs yeux brillent comme ceux des enfants. On est maintenant de vrais pôtes, on en est au stade où l'un des deux va incessamment proposer à l'autre "Alors, on se la montre ?" quand je repense à mes intérêts et juge que le moment est venu de poser la question de confiance "Et de quels papiers avez-vous besoin pour finaliser le dossier ?", et l'autre Paye-ta-frime qui me répond : "Ho pas grand chose, votre certificat d'imposition, bien sûr...". "Ah oui mais là on en a pas." que je lui sors avec un grand sourire...

Le gars, je le reconnais plus, j'ai dû avoir un moment d'inattention et un autre employé a pris sa place, un vrai tour de prestidigitation ! Il grimace, il me regarde comme si j'étais le diable, il fait deux pas en arrière, il en bégaye "Mais depuis quand, maismais mais vous ne faites pas de déclaration, maismais vous n'avez même pas de certificat de non-imposition, mais monsieur, comment voulez-vous ?". Il m'a poussé jusqu'au sas en me dégoisant ses reproches d'un air mi-ahuri mi-dégoûté.

J'ai fini par saisir, par delà ses mots manquant de précision, que ma demande de prêt était repoussée sine die.

Bon ben nous avons plié devant la force publique liguée comme d'habitude contre le petit épargnant économe. J'ai été chercher un dossier de déclaration vierge à la mairie et je l'ai rempli bien proprement tout comme il faut. On l'a posté dans les temps et, c'est le cas de le dire, c'est passé comme une lettre à la poste. On nous a pas demandé de quelle planète on débarquait ni même de quelle ancienne Recette Publique nous dépendions et quelques mois plus tard, petit salaire, petit forfait agricole, 3 enfants à charge, nous recevions le sésame tant attendu : un magnifique certificat de non-imposition en bonnet haut-de-forme, tamponné, paraphé de frais, nous ouvrant un avenir immobilier radieux, l'accession au prêt à taux zéro et, renouvelées régulièrement depuis, aux bourses d'études de nos enfants. Plusse un chèque de crédit d'impôt, rapport à la Prime pour l'Emploi, non, sans dèc', ils ont été fair-play sur ce coup.

Mais 36 € ?? Où veulent-ils donc qu'on les prenne ? Et c'est la gauche qui nous fait ce coup-là ! Ho que j'ai mal à mon vote pour Hollande... Ah mais ça ne va pas se passer comme ça ! Je vais faire intervenir mes relations dans le milieu, Françoise , Oncle Dan , ça va aller très très haut !

Et s'il le faut, nous ferons comme Gérard Depardieu, nous claironnerons partout que les Pussy Riot ne sont que de grosses branleuses de tchétchènes, pour que Poutine nous accorde la nationalité russe !!

vendredi 4 janvier 2013

AndiamoUn détail qui change tout

Je suis OBLIGE de poster vu que le Souf' rame pas mal ! C'était à cécolle de gratter un peu, c'est facile de laisser les autres turbiner !

Un détail même infime peut tout changer….

Prenons un dessin par exemple : délicatesse, sensualité, érotisme bon chic bon genre, se dégagent de ce ch’tiot crobard.



Ajoutons un détail, et on bascule dans l’irrationnel…



Un chérubin, un adorable petit bonhomme, les mamans ont le regard attendri…. Quel homme délicat, Andiamo, c’est pas Maurice qui serait aussi délicat….





Ajoutons un détail…. Et je deviens IGNOBLE ! Tout ça à cause d’un tout petit chaudron !

Ca fait mal me direz-vous ? Non ! Portez des gants afin de ne pas vous brûler.

Ah ! Ça renaude vilain surtout chez les Mamans ! Vous ne voulez tout de même pas que je vous joue du violon à chaque fois ! J'ai une réputation à tenir tout de même...

vendredi 28 décembre 2012

AndiamoLes contes revus par Andiamo (II)

Les 3 petites cochonnes

Il était une fois, dans une cité bien craignos de la banlieue nord, la cité Lénine pour ne pas la nommer, il était une fois disais-je trois jolies filles qui répondaient au doux prénoms de : Pipeaute, Grougnotte et Culotte.

Ces trois jeunes filles aussi douces que belles occupaient des postes bien pénibles. Pipeaute était « ripeuse », c'est-à-dire qu’elle aidait au déchargement des camions à « Garonor », Grougnotte était « hôtesse de caisse » dans une grande enseigne « AUCHCLERCROISEMENT » pour ne pas la nommer, et enfin Culotte était apprentie coiffeuse chez Louis Jean VIDDA !

Il n’y a pas de honte à exercer de telles professions, mais enfin elles se rendaient bien compte qu’elles s’échinaient pour des clopinettes !

Un soir, alors qu’elles regardaient un programme insipide à la téloche du genre : « Navarro j’écoute », Pipeaute, la plus jeune, eût une idée…

- Putain, qu’est-ce que j’en ai marre de m’user les gants à décharger les bahuts ! Tant qu’à décharger quelque chose, autant que ça me rapporte !

- D’accord avec toi sœurette, déclarèrent en cœur ses deux frangines, puis elles croisèrent leurs mains en guise de pacte.

Dès le lendemain, Pipeaute alla au marché aux puces de Saint-Ouen et s’acheta une tenue « de combat » : micro-jupe en vinyle de huit centimètres, bas résilles, bottes cuissardes en vrai faux cuir à talons de douze centimètres, et perruque « afro » rousse.

Puis elle alla pratiquer des furtifs de portes cochères, dans le quartier du Sentier, rue d’Aboukir, dans le très populaire IIème arrondissement. Mais les habituées du coin ne la virent pas d’un bon œil, et vu qu’elle leur chourait tous leurs michetons, rapport à son panorama pas dégueu, elles se mirent à trois ou quatre pour lui flanquer une rouste !

Un peu en loques, elle se réfugia chez Grougnotte la sœur cadette. Celle-ci un peu plus avisée s’était acheté un camion-caravane (camping-car pour les Français) et officiait sur les boulevards des Maréchaux à la porte Dorée (pour les puristes, c’est aussi la porte Picpus, à l’angle du Boulevard Soult et de l’Avenue Daumesnil).

Elles se relayaient gentiment, un coup (si j’ose dire) pour toi, un coup pour moi. Jusqu’au jour ou une bande de malfaisants, des Yougos, leur tombèrent sur le râble et leur flanquèrent une avoinée auprès de laquelle les sévices de la rue d’Aboukir faisaient figure de gourmandises.

Abandonnant leur camion-caravane, elles se réfugièrent chez leur sœur aînée Culotte. Cette dernière, un peu plus au parfum des techniques de marketing modernes, officiait à domicile.

Pour ce faire, elle avait mis en place un site en ligne : « www.mignardises.com ». Elle s’était bien aperçue, qu’un petit « CLIC » pouvait largement valoir un grand CLAQUE !

Bien sûr les michetons faisaient quasiment la queue (si j’ose dire) afin de partager les faveurs ô combien avisées de la belle. Son site était au bord de la saturation et elle ne pouvait pratiquement plus fournir. D’ailleurs le potard du coin lui faisait des prix de gros sur les capotes ! C’est dire… Si j’étais un tant soit peu vulgaire, je dirais qu’elle fumait du centre d’accueil !

Alors elle eût une idée géniale.

- Dites voir sœurettes, si on s’associaient ?

- Excellente idée, répondirent en cœur Pipeaute et Grougnotte, mais il faudrait que l’on change de raison sociale et que nous trouvions un nom plus convenable à notre officine.

Après bien des consultations et hésitations, le choix fût porté sur : Madame Claude

Pourquoi me direz-vous ? Et bien ceci en l’honneur de la capitale mondiale de la pipe : Saint-Claude !

lundi 24 décembre 2012

Tant-BourrinDe beaux cadeaux pour les fêtes malgré la crise

La crise est là, sournoise, tapie dans l'ombre, tel un tigre que l'on tient par la queue et qui, d'un coup de griffes, fait tomber les têtes de ceux qui par malheur passent à proximité.

Non, je ne parle pas de la crise de foie mais d'un sujet autrement plus grave : la crise économique. Oui, la crise qui grignotte insidieusement le pouvoir d'achat et transforme les carosses en citrouille, les princes charmants en chômeurs longue durée alcooliques et les châteaux luxueux en HLM sordides.

Or voilà, les fêtes de fin d'année arrivent et avec elles la cohorte de cadeaux à prévoir pour toute la famille. L'an dernier, cela vous avait coûté un bras et, ce coup-ci, c'est l'autre bras, les jambes, les yeux et la peau des fesse qui risquent d'y passer, vu que la crise ne vous a pas épargné.

Dans ces conditions, comment préserver l'esprit de Noël et offrir de beaux cadeaux sans pour autant plonger vos comptes dans le rouge cramoisi ? Blogborygmes est là pour vous aider... Suivez le guide !

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vendredi 21 décembre 2012

Saoul-FifreLa corvée des faire-part

Branle-bas de combat, on va avoir un gosse en bas age dans la maison pour Noël ! Et pas n'importe quel age, un peu plus de 2 ans, l'age où ils touchent à tout, où ils expérimentent, où ils savent exploiter votre moindre baisse de garde pour s'échapper là où ils ont bien compris que vous ne voulez pas qu'ils aillent. Planquez tout ce qui est à moins de 1 m de hauteur ! Mettez les produits dangereux et les outils coupants en haut des armoires, sous clefs ! Barricadez les escaliers !

Enfin, toujours est-il que ça nous fait gamberger à l'époque où nos 3 gosses n'étaient pas des grands dadais rebelles à tout et propres à rien. Ça devrait jamais grandir et nous, on devrait pas vieillir, je sors pas de là, n'insistez pas, c'est mon dernier mot. Donc, minute-nostalgie, je me suis souvenu du premier faire-part concocté pour la naissance de Gaston, notre premier fils. Je m'étais fendu d'un poème, dis donc, dans le but de rendre joli youkaïdi le fait qu'il soit sorti avec un peu d'avance sur la date prévue. Il avait pas plu à tout le monde, le poème, une naissance, c'est sérieux, nom de dju !

Alors, voilà la bête (Anne va encore râler qu'on lui a pas envoyé) :

Superbébé est né
Il sait déjà roter :
Un petit bien poli
Du moins en Algérie...

Le cul bien sec sur son alèze
Content de lui et des jurés
Il vient de se gagner à l'aise
Le concours des bébés balèzes
Catégorie "Prématurés".

Superbébé est né
Il sait déjà parler :
Un exemple, en latin,
Il sait décliner "Oinnnn".

Quand son bib' sort du frigidaire
Ou qu'on s'amuse à lui fair' "Bouuuh !"
Faut subir son vocabulaire
D'où sort-il ces mauvais's manières
Avec des parents aussi doux ?

Superbébé est né
Il sait déjà jouer
A la machine à traire
Ou bien au bib-poker.

Qu'on utilise un pèse-lettres
Pour Monsieur, par économie
Ou qu'on lui glisse un thermomètre
Comme il se refuse à en être
Monsieur est vexé pour la nuit.

Superbébé est né
Il sait déjà chanter
Aussi fort que Johnny
Et pendant tout' la nuit.''

Et puis ensuite il convenait d'envoyer les faire-part avec un petit mot personnel à ses "contacts", ni les mails ni Facebook n'existaient encore, époque de merde :

Bon ben je vais m'y mettre. Oui ! Je sens que maintenant je ne devrais plus tarder. Il me semble que l'inspiration me sort, ça va venir. Le gosse a 5 mois bien tassés, Saoul-Fifre, tu te dois d'envoyer ce paquet de faire-part, on ne les a pas photocopiés pour rien ? C'est ton lot, c'est la loi sociale qui veut ça, tu n'y échapperas pas ! Il fallait réfléchir avant. Bon d'accord mais lentement, alors...

Mes très chers cousins dont un par alliance,

Nous sommes très heureux de vous annoncer la très venue au monde de notre très fils Gaston survenue il y a maintenant un peu plus de 5 mois en la maternité du Gué Tautroux. Il est petit, il est très beau, il sent bon le pipi chaud...

Non ça va pas, ils vont me classer dans la branche psychotique de la famille, il faut que je me recentre sur une tonalité concrète :

Rrrraaaahhhh.... Qu'il est mognon le Gaston ? Il a fait caca dans sa coucouche ! Bravo ! Bravobravobravo ! Ouh mais c'est que y avait longtemps ! Ça fait quinze jours au moins ? Bravo ! Un beau caca il a fait notre Gaston ! Bien dur ! Mais il faut le faire plus souvent le caca ! Sinon papa et maman ils sont inquiets ! Hein Gaston ? Où ça passe tout ce qu'on te donne ?? Si ça ressort pas, le petit ventre il va faire "boum" ? Boumboumboumboum le petit ventre ! Et ça fait mal quand ça fait "boum" ! Bravo ! Mais il faut nous en faire beaucoup des beaux cacas comme ça ! Beaucoupbeaucoup !

Bon c'est mieux, c'est nettement plus réaliste, ça sent le vécu et je vous rassure tout de suite comme je sais que vous avez la compassion facile : tout s'est normalisé et même, comme c'est surtout moi qui le changeais, je trouvais qu'il en rajoutait un peu.

Il est trop gros le caca de Gaston ? Et trop mou ? Et trop jaune ? Il faut en faire beaucoup moins du caca, Gaston... Ça coûte bonbon en couches à papa ... etc ...

mardi 18 décembre 2012

AndiamoLe violon sur le pré

Ils étaient trois, trois petits enfants, ils n’allaient pas glaner aux champs comme dans la chanson.

Il y avait une fille et deux garçons. Le plus jeune avait neuf ans, l’aîné douze ans et, entre deux, juste au milieu, leur sœur.

Ils passaient leurs vacances en Auvergne, leur Maman les accompagnait. L’après-midi se passait en pêche aux vairons, en tentative d’attraper une pauvre grenouille et, quand ils y parvenaient, ils la relâchaient bien vite : courageux les Parigots, mais pas téméraires, des fois que ça morde ?

En baignades aussi dans ce qu’ils rebaptisaient le fleuve Amazone (deux mètres de large à tout casser, le fleuve Amazone de leur enfance) rempli de piranhas, de crocodiles et surtout d’anacondas énooooormes et extrêmement voraces.

L’heure du goûter arrivait, la Maman sortait d’un grand panier d’osier pain de campagne en tranches, carrés de chocolat ou confitures, un peu de beurre conservé dans un pot de grès, mais non pas celui du petit chaperon rouge, je vous vois venir !

Ils avaient faim, les minots, après une journée pareille. Alors commençait la cérémonie. La Dame, très jeune elle n’avait pas trente-trois ans et déjà trois grands enfants ! Elle s’asseyait dans l’herbe, les jambes sagement repliées sous elle, sa robe disposée en corolle afin qu’elle ne se froissât pas. Puis elle saisissait un grand écrin en bois verni, l’ouvrait précautionneusement, il était garni de feutrine rouge, je m’en souviens encore, elle en sortait un violon, puis délicatement saisissait l’archer, enduisait les crins de ce dernier de colophane afin qu’il glissât mieux sur les cordes.

Pendant un moment, elle accordait l’instrument, tournant les petites clefs prévues à cet usage, elle réclamait le silence, car il faut une oreille exercée pour mener à bien l’opération, et elle avait « de l’oreille » comme on dit.

Puis elle commençait à jouer, les enfants oubliaient les tartines, les yeux rivés sur les doigts qui vibraient sur les cordes, elle fermait les yeux pour mieux s’imprégner de la musique, elle commençait toujours par ceci : La méditation de Thaïs de Jules Massenet.


Immanquablement, les trois durs avaient de grosses larmes qui coulaient sur leurs joues… Durs les Parigots, mais pas trop !

Alors, afin de leur redonner le sourire, elle enchaînait : Le concerto pour violon en ré majeur de Brahms, c’est enlevé et le sourire revenait.


Puis, le goûter avalé, ils retournaient à leurs jeux. Au retour, c’était la dispute à celui qui porterait l’instrument merveilleux.

Elle a joué de moins en moins, la Dame, ses doigts devenaient plus gourds, « moins déliés » comme elle disait.

La dernière fois que je l’ai entendue jouer, elle avait environ quatre-vingts ans. Puis, petit à petit, la Dame s’est recroquevillée, elle s’est voûtée. A la fin, on aurait dit qu’elle se mangeait elle-même, il n’en restait plus comme on dit, mais, toujours l’œil vif à plus de quatre-vingt-dix ans, elle lisait sans lunettes, l’esprit affûté comme un rasoir coupe-chou ! Et puis à quatre-vingt-douze ans, elle s’est envolée légère comme un arpège, sans faire de bruit…

Elle s’appelait comme moi, plutôt c’est moi qui m’appelait comme elle, c’est normal dans la même famille.

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