Blogborygmes

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lundi 18 mai 2015

FrançoiseLes pauvres... c'est comme le sexe !

Je m'approvisionnais dans les manifs. Auprès de petits jeunes ou de barbus grisonnants et joyeux.

Entre le dessin de couverture, le format et la typo, j'avais l'impression d'acheter un cousin de Charlie-hebdo, genre rigolard et pas dupe. Avec une différence notable : Charlie s'attaque aux cons, ça a toujours été son cheval de bataille, FAKIR s'attaque à un système et le démonte sur le terrain avec des reportages bien écrits, donc agréables à lire, plus des analyses historiques d'autant plus intéressantes que les cours d'histoire officiels sont souvent orientés.

Quand j'étais gamine, on nous présentait Napoléon 1er comme un héros et il a fallu des années pour que je découvre derrière l’hagiographie le tyran sanguinaire et misogyne. A l'inverse, on ne nous parlait de Robespierre qu'en termes de Terreur, en oubliant de mentionner que cet homme était aussi partisan d'un impôt par tranches progressives (celui-là même qu'on a aujourd'hui), du vote des étrangers et de l'abolition de l'esclavage, et que sa probité l'avait fait surnommer "l'incorruptible".

De fil en aiguille, comme ce petit canard se faufilait partout où il se passe des choses qui me rassurent sur le fait que la France n'est pas peuplée que de cyniques crocodiles porteurs de montres hors de prix, j'ai cherché d'où il venait. De Picardie, d'Amiens pour être précis. Charmante station, plate comme la main, sans mer du nord pour arrêter les vagues, vu qu'il n'y a là-bas ni mer ni vagues. En pays Picard, faut pas faire de vagues... C'est ce qui a fini par énerver une poignée de jeunes du coin, à qui la feuille de chou locale donnait des boutons, le genre de gazette chantée par Gilbert Laffaille, vouée aux faits divers et aux chats écrasés.



Cette poignée de Picards nourris de pâté local et de chips a donc lancé en 1999 - à l'époque du franc, vous rendez-vous compte ? - un journal alternatif pour raconter ce qui se passe vraiment dans la région, et pour faire parler ceux qui n'apparaissent jamais dans les livres d'histoire ni les journaux. Les pauvres, c'est comme le sexe : on ne parle que des problèmes qu'ils posent, des maladies qu'ils transmettent, de la violence qu'ils suscitent.

C'est assez tue-l'amour comme démarche. Alors que dans Fakir, le reporter Pierre Souchon nous passionne avec ses aventures au milieu des punks, des ouvriers, des chômeurs ou des femmes de ménage. Qui cessent d'être "gréviste", "sinistré" ou "chômeur" pour prendre une dimension charnelle, rigolarde, révoltée, mélancolique, généreuse, bref : humaine.

Le reportage, c'est magique, c'est plein d'odeurs et de couleurs, de clins d’œil et de poignées de mains, de brutalité ou de douceur. Ça rend compte de la Vie, et pas de l'avis de quelques experts sur un plateau TV. Pour en avoir fait beaucoup à une époque où ma rédac chef me disait : "Va voir sur place s'il y a de quoi faire un papier" (contre : "Demande un dossier de presse et fais 50 lignes"), je sais qu'on en apprend davantage sur les problèmes de la viticulture en vivant trois jours avec des viticulteurs qu'en lisant des bouquins ou des rapports.

Pour revenir à Fakir, ils ont aussi une Fakir TV sur le net, ont initié une campagne "De l'air à France-Inter" pour que la chaîne publique fasse de nouveau du reportage au lieu de ces sempiternelles émissions blablabla sur plateau, lancent un film intitulé "Merci patron" qui raconte sous forme paraît-il drolatique, policière et politique la vie et l’œuvre de Bernard Arnault.

Mais comment font-ils pour faire tout ça quasiment sans argent autres que les ventes et abonnements du journal ? Certes, ils ont des potes et pas des moindres : le monde Diplo, Là-bas si j'y suis, la Décroissance, Reporterre, Les Liens qui Libèrent, et bien d'autres sont dans la même mouvance et tout ce monde se retrouve sur le terrain.

Mais hors les actions spectaculaires, il y a le quotidien, les articles à mettre en pages, les journaux à emballer, les livres à expédier - car ils publient aussi des livres ! - la compta, le courrier des lecteurs, le site Internet à alimenter... Tout ça est réalisé par des bénévoles qui ont parfois un métier à côté, mais sont plus souvent des chômeurs, des gens au RSA, ou des retraités qui n'ont pas envie de rester chez eux à ne rien faire. Bref, les "assistés" sans qui le tissu associatif, le lien social, tout ce qui fait qu'une société garde un peu d'humanité n'existerait plus.



samedi 16 mai 2015

Saoul-FifreJ'ai 10 ans


Hé oui, déjà 10 ans, pour un blog c'est comme pour un dog, il faut multiplier par 7 pour avoir une équivalence avec la vie humaine ! Ce blog est à la retraite, quoi... Une retraite très active, pour certains des billetistes, mais mézigue il doit être en train de buller sous un conifère car ça embaume foutrement le sapin, moi je vous le dis ! Les aiguilles, l'infirmière va pas tarder à venir m'en enfoncer, d'ailleurs, et les pines... non je vais arrêter là la métaphore, c'est mieux.

10 ans c'est beaucoup. Et si je me laissais aller à oublier un moment mon alacrité naturelle, je dirais que c'est trop. J'ai été cliquer sur les blogs que nous suivions, mon bourrin et moi, avant de créer le notre, hé ben tous ne sont pas morts ! La veuve Tarquine se tape le marathon de Paris comme une jeune et ce con d'Embruns résiste encore aux giboulées.

"S'il n'en reste qu'un je serai celui-là" ! Plus facile à dire qu'à faire !!

samedi 9 mai 2015

Blutch438 serpillières pour tuer la liberté d’expression

J’ai beaucoup hésité à poster ce billet car Blogbo est axé sur des sujets moins polémiques. Mais là, en plus de pouvoir lutter contre des abus du pouvoir en place, il s’agit aussi de garder à Internet et aux blogs leur liberté d’expression (enfin, ce qu’il en reste) pour déconner, plaisanter, user d’un humour plus ou moins salace et foncièrement irrévérencieux…

(Si j'avais le talent d'Andiamo, juste à cet endroit je mettrais Marianne à quatre pattes, criant "je suis Charliiiiiie", en train de se faire prendre par un Sarkovalls...)

Si actuellement l’humour n’est pas encore totalement proscrit, ça fout le tournis de voir ce qu’il reste de permis depuis l’époque bénie de Coluche et Desproges. Comme il se prépare un nouveau tour de vis, autant en parler pendant que c’est possible.

Pour ouvrir le bal en parodiant Churchill : « Vous aviez le choix entre la liberté et la sécurité. En choisissant la sécurité, vous n’aurez ni l’une, ni l’autre. »

Parce que c’est pas pour dire, mais là, il me vient comme une grosse colère… Je ne voudrais pas me montrer tatillon sur les principes, mais on nous prendrait un tantinet pour des cons que ça ne m’étonnerait pas. Je ne vais pas refaire le monde (quoique), mais il y a des fois où ça dépasse les bornes.

Je passe sur le fait d’avoir sciemment créé des ghettos de misère, je passe sur l’inculturisation organisée des pauvres, je passe sur l’évasion organisée du travail hors de France, et tous les corollaires qui vont avec. Non parce que je m’en fiche, mais parce qu’il faudrait juste quelques milliers de pages pour expliquer, argumenter et prouver la duplicité des gouvernants.

Là, c’est juste qu’il y a une fois de plus et de trop où l’Ubu de sévices veut museler le populo.

Sarkozy en rêvait, Valls est en train de le réaliser :
On se rappellera de la fumeuse affaire Coupat où Sarko, Alliot-Marie, Hortefeux et Squarcini ont eut tout loisir de sombrer dans le ridicule en engageant 150 types du GIGN, avec avions et hélicoptères pour aller arrêter un épicier de village.
C’est qu’il y avait, dans les tuyaux de la raie publique un projet de Patriot Act à la française pour juguler la libre expression en France.

Rappel des faits, car la mémoire collective est courte.

Acte 1 : La SNCF doit faire face à un important mouvement de grève et Sud Rail se fait un peu tirer l’oreille pour ne pas vouloir comprendre qu’à partir d’un certain moment, il vaut mieux fermer sa gueule et rentrer dans le rang.

Acte 2 : Peppi la trouve saumâtre de voir ses TGV à l’arrêt. Et puisqu’il faut faire quelque chose, il confie la tâche aux spécialistes.

Acte 3 : Une série de caténaires sont détruites sur les lignes TGV, sans qu’il puisse y avoir le moindre risque pour le public, puisque chaque journée de trafic commence par la course à vide d’une locomotive pour vérifier la sécurité de la voie. C’est cette loco qui, à plusieurs reprises, s’est accrochée aux sabotages de caténaires, les détruisant sur plusieurs centaines de mètres à chaque fois.

Acte 4 : Un peu influencé par le pouvoir en place, Sud Rail avait cru à des débordements de sa base et avait pris peur. Peppi lâche des picaillons et Sud Rail emboîte dans la foulée un retour au turbin.

Acte 5 : Pour ne pas perdre le bénéfice des sabotages, le pouvoir trouve alors dans l’ultra-gauche, mouvance anarco-autonome un coupable idéal en Julien Coupat. C’est pour faire de l’audience, qu’ils envoient l’artillerie lourde et les TV pour aller l’arrêter.

Acte 6 : Pour faire bon poids, les SR organisent de pseudos attentats du genre : pose de pains de dynamite dans les chiottes d’un grand magasin, mais sans y mettre de détonateurs, donc autant dire de la pâte à modeler ; et autres foutaises aussi abracadabrantesques.

Acte 7 : Les paysans de Tarnac ne croient pas une miette des élucubrations du quarteron d’imbéciles et le disent haut et fort. Les journaleux accrochent et vérifient. Ils vérifient tout, y compris les rapports de police. De son côté, Coupat ridiculise Alliot-Marie qui, une connerie plus tard, y perdra son portefeuille de ministre.

Acte 8 : Sarko remballe son Patriot Act jusqu’à la prochaine.

Acte 9 : Dans l’affaire de l’école juive de Toulouse, Sarko se vautre si lamentablement dans la prévention et l’intervention policière qu’on peut supposer que ça arrangeait bien du monde que le type ait pu tuer et qu’il soit mort… Après les deux attentats contre des militaires musulmans, Squarcini (encore lui) privilégiait des actes de l’extrême droite (juste avant des élections, ça la foutait mal pour les le Pen…). C’était tellement tout de suite après la tuerie de l’école juive que Mérah avait été identifié que la faute à pas de chance de ne pas avoir pu intervenir plus tôt ressemble à autre chose…

Dans la foulée de son mandat pestilentiel, Sarko avait acheté un système d’écoutes automatiques qu’il avait confié au ministère de la justice afin de s’affranchir de l’obligation d’avoir l’autorisation d’un juge pour lancer une écoute.
Chose marrante s’il en est dans ce panier de crabes :
C’est ce système d’écoutes automatiques qui a permis de découvrir qu’il est l’énigmatique Paul Bismuth qui tentait de corrompre un haut fonctionnaire et de l’inculper dans plusieurs casseroles qu’il se traîne aux fesses. Une sorte de justice immanente en quelque sorte.

Pour en revenir à Valls…
Parce que là encore c’est du lourd, du lourdingue même. Encore qu’il faudrait l’écrire en deux mots.
Le rêve de Big-Brothers reste encore à parachever. Sarko avait acheté le matériel, les commanditaires du pouvoir veulent maintenant une loi pour légaliser son abus d'utilisation. Parce que tout y passera, l'économie, les luttes politiques et syndicales, la liberté de critiquer, l'indépendance d'esprit, tout.

Pour ça, il faut pouvoir contrôler les conversations téléphoniques et l’internénette (comme dirait un obsédé de ma connaissance).
Les bases légales n’existent pas et fort du principe qu’il faut qu’un pit-bull tue un gosse pour légiférer sur l’existence de ces chiens potentiellement dangereux, il faut un événement hors du commun pour marquer les esprits et rendre possible l’adoption d’une loi liberticide.

Alors la question qui tue et qui me hante est la suivante :
Dans quelle mesure Matignon et Beauveau pouvaient-ils ignorer la dangerosité des frères Kouachi sachant qu’ils devaient être sous contrôle strict depuis leur retour de Syrie ?

Avec en question subsidiaire :
Quel bénéfice pour le pouvoir et ses commanditaires d’avoir fermé leurs gueules à ces emmerdeurs de Charb et consort… ?
Mais surtout devrais-je dire celui qui est passé presque inaperçu : Bernard Maris cet économiste brillant qui a démontré toutes les insanités des solutions rabâchées par des crétins au service des banquiers (Genre Attila… heu Attali, mais pas que.)

Hollande en a fait trop, beaucoup trop après cet attentat. Dans le bilan comptable des divers terrorismes, ce ne sont, finalement que douze morts sur des milliers d’autres… Pas de quoi fouetter un Imam.

Et maintenant, Valls revient avec un Patriot Act destiné à une surveillance indifférenciée de tous les habitants de la France. Vouloir dire que c’est la tuerie de Charlie qui a provoqué cette loi tient du foutage de gueule intégral. On ne fabrique pas une loi en deux mois à peine. La loi était prête avant et il fallait un événement pour la sortir.
Charlie est ce catalyseur et il arrive trop bien à propos et avec des effets de manches Flambysiens bien trop appuyés pour être honnêtes et pour que ça tienne du pur hasard.
Créer de l’insécurité permet au pouvoir en place de faire taire ses opposants. Ce n’est tellement pas nouveau que je m’étonne que ça puisse encore fonctionner.

Gens de l’actuelle opposition, méfiez-vous, vous pourriez en pâtir plus encore que Sarko. Et vous gens du pouvoir actuel, n’oubliez pas qu’en 2017, vous passerez dans l’opposition et que cette loi vous reviendra dans la gueule. Mais finalement, j’ai comme un doute…. N’est-on pas dans un simple numéro de duettistes neuilléens bien rôdé ?

Le but de la loi Valls, c’est de pouvoir espionner des conversations grâce à des algorithmes automatiques.

Mais bon sang mais c’est bien sûr ! aurait dit le commissaire Bourrel….. Voilà pourquoi l’Enorme Nullité a pour mission de déculturiser les mômes et leur donner un vocabulaire proche de la néantitude…. Il faut que les terroristes en herbe passent par un vocabulaire compréhensible pour ces algorithmes…

Bon allez Manu, avoue : tu n’imagines pas tout de même que des terroristes vont parler en clair au bigophone ou dans des courriels. Rassure-moi, tu n’es tout de même pas aussi con… Et si l’épicier arabe commande des tomates et des radis, comment pourrais-tu savoir qu’il peut s’agir d’explosifs et de détonateurs ?
Elle va être sévère la liste des algorithmes qu’il faudra générer pour cibler les terroristes. Et ça va être coton pour expliquer aux potes que hier soir on a fait une bombe à tout casser sans se retrouver en garde à vue pour 96 heures… Bon tu pourras me dire que c’est pratique pour dessouler.…

Cette loi va juste servir à deux choses :

1° protéger le pouvoir actuel en espionnant les autres partis.

2° pouvoir juguler toutes manifestations de masses.

En quelque sorte, c’est le marchepied pour l’article 16 qui permet au roi de suspendre toutes les instances politiques et de gouverner par édits. François TER se prendrait-il aussi pour Louis XIV sur d'autres plans que la baise… ?

Un spécialiste de la sécurité intérieure se lamente de ne pas pouvoir cibler à temps les types qui partent se faire éclater la gueule en Syrie ou en Irak… Il m’est avis que ce serait plus productif de les surveiller sérieusement au retour car à ce jour, le pedigree djihadiste des auteurs d’attentats était parfaitement connu des services de police.
Pour ma part, je n’en ai rien a foutre que des petits cons aient se faire péter la tronche en Syrie. Il n’en va pas de même si c’est pour exploser la tête des autres, une fois rentré au bercail. Ils sont entraînés et fanatisés. A leur retour, ils deviennent des « dormants ». Ils attendent un ordre de mission, la cellule terroriste se réveille et ils agissent. Ça existe depuis la nuit des temps et la maison poulaga n’aurait pas encore le mode d’emploi ?

Dans le populo, il y a des cons par paquet, bien sûr, mais ne pas considérer les exceptions, ça dépasse la mesure et ça me gonfle sévère que l’on puisse me prendre pour une tarte qui avale n’importe quoi sans rouscailler.

Il faut toujours une cause pour induire un effet. Je ne connais aucun politicien qui renoncerait à provoquer une cause pour produire l’effet escompté. En l’occurrence, l’effet est cette loi liberticide et on ne m’enlèvera pas de la tronche que la cause était évitable puisque les assassins étaient connus. Ça ressemblerait plutôt à un coup double.

Eh bien tu vois, parce qu’il y a cette putain de loi Valls, j’ai comme un nœud au fond de la gorge avec l’affaire Charlie Hebdo. Tu imagines la honte pour les Charlie de voir leurs morts orchestrées, planifiées afin de fermer la gueule au populo ?

Cavanna, tu as bien fait de décarrer plus tôt, tu as au moins évité ça.

Dans cette affaire comme partout, trop de coïncidences, c’est trop de connivences.

Et comme disait Audiard : un barbu, c’est un barbu, trois barbus, c’est des barbouzes…

Blutch

lundi 4 mai 2015

AndiamoHologramme

- Chérie ?

- Oui namour ?

- Ça y est, je l'ai enfin !

- L'holo... L'hologramme de Papa ?

- Oui ma chérie, regarde...

Bertrand extirpe de son petit sac en cuir marron une boîte de dimensions assez réduites, ouvre délicatement l'une des extrémités et en sort une clé U.S.B, les deux faces sont en nacre.

- Oh ! Comme elle est jolie, s'exclame Lucienne, vite, essayons-la !

Depuis une dizaine d'années, la "life and death consort limited" avait mis au point une technique permettant de restituer une image en 3D, un hologramme pour être plus précis, permettant à partir de photographies, de film vidéos, de restituer une image en relief d'une personne décédée.

On pouvait ainsi asseoir à la table familiale, et ce autant de fois qu'on le désirait, un être disparu et, comble de la technique, on pouvait à l'aide de l'écran tactile de l'émetteur recevant la clé, modifier ses attitudes.

Assis à une table, il faisait mine de manger, assis dans le canapé face à la télé, on pouvait le faire bâiller et même dormir ! Décidément, en 2050, on savait en faire des choses !

Pourquoi Lucienne avait-elle choisi de faire "holographier" son cher Papa plutôt que sa mère ? Cette dernière s'était tirée du domicile conjugal alors que Lucienne n'avait que deux ans pour suivre un mec qui avait participé à une émission de "télé réalité" du genre : "plus con que moi, tu meurs". Il avait gagné, mais n'était pas mort pour autant.

Alors c'était Georges son père qui l'avait élevée, fort bien du reste, se sacrifiant afin qu'elle ne manquât de rien. Elle se sentait un peu redevable, et c'est pourquoi, malgré le prix exorbitant du boîtier de téléchargement et de la petite clé nacrée, elle avait tenu à lui prolonger un peu la vie par le truchement de la technique.

Adeline et François, les enfants de Lucienne et Bertrand, s'amusaient parfois avec l'hologramme de l'ancêtre, ils lui collaient les doigts dans l'œil, faisaient mine de tirer sur sa moustache. Bien sûr, l'image étant virtuelle, les mains des enfants passaient au travers !

Un jour pourtant, François crut voir Papi Georges froncer les sourcils et lever la main comme pour frapper ! Et ce, sans que personne ne manipule l'écran ! Le gamin prit peur et ne recommença jamais ses facéties.

En ce matin de mai, un dimanche, le temps était superbe. Dans leur petit pavillon de la banlieue nord, Lucienne et Bertrand se reposent sur la terrasse face au jardinet très bien entretenu grâce aux soins de Madame. C'est pas trop son truc à Bertrand le jardin, il préfère construire des avions, des modèles réduits qu'il fait voler ensuite.

Pour l'heure, il prend l'apéro avec sa femme, un petit jaune pour lui, un Martini on the rock pour elle. Alors Lucienne se lève soudain :

- Je vais aller chercher Papa !

- Si tu veux ma chérie...

Deux minutes plus tard, elle installe le boîtier de lecture sur la table, introduit la jolie petite clé nacrée et effleure l'écran tactile. Georges, moustache lissée, apparaît dans le fauteuil de Bertrand.

- Ah non, pas MON fauteuil ! Allez coller vot'fion ailleurs !

Lucienne manipule l'écran, et Georges se retrouve assis un peu plus loin dans un fauteuil de jardin garanti "grofilex", et là Bertrand croit le voir bougonner...

Les enfants se balancent et rient, un portique avec différents accessoires avait été installé par le grand-père justement, et Bertrand le surprit encore regardant dans cette direction, sourire béat sur les lèvres.

Il se frotte les yeux, incrédule.

- Lu... Lucienne, t'as pas touché l'écran ?

- Ben non pourquoi ?

- J'ai vu ton père sourire, Lucienne, en regardant les enfants jouer !

- Bertrand arrête le jaune.

Les yeux mi-clos Bertrand somnole, la matinée est si douce, du coin de l'œil il observe son beau-père... Enfin ce qu'il en reste. Et là, très nettement, il voit le regard de Georges se tourner vers la bouteille de pastis, puis revenir vers lui, un clin d'œil, et un petit coup de menton signifiant : "je m'en jetterais bien un" !

Bertrand se lève d'un bond, à croire qu'un ressort lui a poussé au cul !

- Lucienne ton père a bougé, je suis formel, il m'a fait un clin d'œil après avoir lorgné sur la bouteille de pastis, j'ai pas rêvé, et je n'ai bu qu'UN jaune nom de Dieu !

- En plus tu blasphèmes, mon pauv' Bertrand...

Bertrand a allumé le barbecue et fait griller quelques merguez, des steaks hachés pour les gamins, des tomates cuites sur la grille. Tout à l'heure, il fera chauffer des petits morceaux de camembert, étalés sur du pain frais, un régal !

La bouteille de rosé de Provence, au frais depuis le matin, accompagne bien les merguez.

Le chien "Titus" un corniaud bon teint garanti multi races plus une, rôde. Il s'approche de grand-père, renifle l'hologramme qui ne sent rien, juste une légère odeur d'ozone, lève la patte, et pisse sur ce qui devrait être la jambe de pantalon de Georges.

A ce moment-là, Lucienne et Bertrand entendent le chien pousser un gémissement et le voient projeté violemment en avant. Très nettement, ils aperçoivent le pied de Papi Georges revenir posément sous la chaise...

Ils se regardent incrédules, ni l'un ni l'autre ne mouftent, par crainte de passer pour fous.

Lucienne a essuyé la pisse du chien en maugréant, on a laissé Papi sur la terrasse, il prendra des couleurs a t-elle plaisanté. Bertrand est parti faire voler son "Space Walker", un avion de deux mètres vingt d'envergure, un 18 cc 2 temps pour la motorisation, cet avion il l'a construit cet hiver, bien au chaud dans le sous-sol.

- L'hiver, je construis, l'été, je casse, dit-il en plaisantant. Au terrain de modélisme, il retrouve une bande de copains, ils aiment bien les avions, mais encore plus la camaraderie.

Quand Bertrand rentre le soir à l'heure de l'apéro, il range son avion ainsi que tout le matériel au sous-sol, il est soigneux Bertrand, et puis les petits z'avions c'est fragile, balsa et film plastique pour le revêtement, ça ne supporte pas la maltraitance !

Lucienne est assise dans le grand canapé face à l'écran haute résolution de deux mètres de diagonale, les enfants jouent dans leur chambre, avec des consoles dernier cri, 3D.

Alors Bertrand regarde machinalement en direction de la terrasse.

- Merde t'as pas rentré ton père ! Il va s'enrhumer, ajoute t-il manière de plaisanter.

A cette seconde précise, venant de la terrasse, Lucienne et Bertrand entendent très distinctement :

AAAA...TCHOUM !



Ils aiment bien les avions, mais davantage la camaraderie.,

(Daguerréotype Andiamo)

Je rajoute ce poème de : Ugo Foscolo, que l'on m'a fait parvenir après publication. Je le trouve très beau et je vous en fait profiter, de plus il "colle" assez bien au texte.

............Ne vit il aussi sous la terre

Et alors que lui sera muette l'harmonie du jour

s'il peut la réveiller, objet de tendres soucis,

Dans la pensée des siens ?

Il est céleste

Ce commerce amoureux des sentiments,

Don céleste aux humains,

Et bien souvent il nous fait vivre avec l'ami défunt et le défunt avec nous...

Ugo Foscolo , I Sepolcri...

mercredi 29 avril 2015

BlutchJuste histoire de vous secouer les méninges 2

Bravo à Mamascha
J'espérais vous retenir quelques jours avec cette énigme, mais bon... Je suis passé en mode urgence et je vous passe directos à la suite du billet.

Ce Sidi, je ne pensais pas que cette photo si caractéristique de Thiers puisse échapper à l’Auvergnate blogborienne, et pourtant….

Que je vous explique le pourquoi du comment que la chose s'est faite :

Je suis un laborieux du clavier. Je ne torche pas un billet en deux coups de cuillère à pot. Le calembour improvisé, ça se prépare, ça se fignole, ça s’aiguise et se poli comme la lame d’un couteau thiernois. Donc nous y voilà en plein dans le cœur du sujet, mais en laissant l’opinel au vestiaire. Il me fallait donc du temps pour élaborer le billet, d’où cet énigme en préambule. Avis à tous les ceusses qui considéraient que je l’ai joué faignasse, je ne voudrais pas être un vilain rapporteur, mais juste rappeler qu’un jour Saoul-Fifre s’est fendu d’un billet de quatre lignes à propos d’Epictète. NA !

Pour couper court :
Thiers est la capitale française de la coutellerie depuis six siècles. Je vais laisser de côté la fabrication automatisée des usines modernes pour vous parler des prémisses de la période industrielle. Ce temps où l’homme s’est associé à la force hydraulique pour s’épargner, pensait-il, des efforts, alors qu’il s’agissait juste de pouvoir produire plus. C’est pas d’hier qu’on se fait baiser par les patrons…

Si maintenant on découpe au laser la lame dans une tôle d’acier INOX, il fut un temps où le bas-fourneau nous sortait une crotte d’un amalgame ferreux qu’il fallait purifier en le martelant pour éliminer les scories. Le fer ainsi obtenu était trop tendre. Il s’agissait alors de lui incorporer du carbone. Disons qu’au départ, les forgerons ne savaient pas qu’ils incorporaient du carbone dans le fer. Ils avaient juste remarqué que lorsqu’ils chauffaient le fer sur un feu de charbon, le fer devenait plus dur qu’avec un feu de bois. Donc, tel Monsieur Jourdain, les forgerons d’alors fabriquaient de l’acier sans le savoir.


Le XVème siècle découvre la force hydraulique et la roue à aubes. Le premier moteur est né et rapidement, il est associé à un système de marteau à came pour remplacer les biceps. Le travail de l’acier devient moins difficile et surtout plus rapide. Pour l’affinage des lames de faux, les martinets tapaient à la cadence infernale de plusieurs coups à la seconde… impossible à réaliser a la main. Donc, nous sommes passé de la crotte en amalgame ferreux au lingot d’acier. Il faut encore amincir ce lingot et lui donner la bonne forme. Tout ça sur les martinets hydrauliques. En alternant les périodes de chauffe dans le foyer avec le passage au martinet, on poursuit la frappe en amincissant un bord de la future lame. La section forme maintenant un triangle. Si le forgeron a bien travaillé, la teneur en carbone de cette lame d’acier est bien dosée. Assez pour que la lame soit dure et pas trop pour qu’elle ne casse pas à la moindre torsion. Passe alors l’opération d’aiguisage sur une meule à eau afin que la lame ne chauffe pas.



Dans une usine équipée de la force hydraulique, la manivelle de la meule est remplacée par une poulie et une courroie. La cuve sous la pierre est remplie d’eau. Ces meules tournent à très basse vitesse, la lame ne chauffe jamais. Ce type de meule existe toujours chez les rémouleurs.

Lorsqu’on affûte une lame, il se forme toujours un fil devant le tranchant. C’est une opération délicate de casser ce fil. Aujourd’hui, c’est avec une pierre (corindon) huilée. A l’époque, c’était sur une pierre arrosée en permanence d’eau claire. (il fallait éliminer au fur et à mesure les particules de métal qui se détachaient de la lame.)

Je n'ai pas retrouvé une mention de cette opération. C'est une amoureuse de Thiers et de son passé qui m'a relaté les détails des conditions de travail pour cette dernière opération, avant de monter le manche sur la lame. Au moins pour un temps, cette opération était de loin la plus inhumaine. L’eau coulait dans un caniveau, au sol, noyant les pierres d’ébarbage. Les ouvriers travaillaient couchés sur le ventre, les mains continuellement dans la flotte. Mais le plus difficile c’était pour les jambes, totalement inactives, elles se refroidissaient très vite. Pour remédier à ça, ces ouvriers venaient au turbin avec leur chien qui se couchait sur les jambes du maître pour les réchauffer et pour faire contrepoids. Françoise m'a trouvé un document pour illustrer cette opération.


Je vous invite à visiter le site proposé par Françoise.

C’était comme souvent, le travail le plus délicat et le plus difficile. Ce sont ces ouvriers qui faisaient la renommée de la coutellerie. Car si le fil est mal enlevé et la lame s’émousse très rapidement.

Pour toutes ses opérations, il fallait être près de l’eau, d’une eau vive, violente même. C’est pourquoi les coutelleries de Thiers se sont établies dans les Gorges de la Durolle, en limite de la ville ancienne. Cet endroit est appelé le Creux de l’Enfer et je crois bien que c’est à cause des conditions de travail et non pour sa vision parfois apocalyptique…

Quelques photos du Creux de l’Enfer :

Victimes de la guerre ou de la guerre des prix ?


Une friche a été réhabilitée en musée de l'art moderne. On peut douter du bon goût d'avoir mis pour enseigne un cage en fer dans un lieu et pour un musée qui s'appellent "le Creux de l'Enfer"


Autres friches réhabilitées :


La ville ancienne dont la beauté s’est quelque peu émoussée, comme le tranchant d’une lame trop vieille. Thiers est bâtie sur une colline abrupte. Les dénivelés sont impressionnants et les jours de verglas doivent être épiques. Il n'y a pratiquement pas de rues qui ne montent pas (à part celles qui descendent)

Maisons médiévales


Le palace de Dieu


Et l’officine du banquier


Le logement du personnel... de direction, j'me disais aussi !


Petite usine post-hydraulique ou un artisan qui a su tirer son épingle du jeu ? Quoi qu'il en soit, un logement aussi grand que les ateliers, c'est rare....


Blutch

mardi 28 avril 2015

BlutchJuste histoire de vous secouer les méninges

Allez hop ! Un coup ne fait pas pute comme dirait Célestoche, je vous fais un billet à rebondissement…

Attends, là, je crois que je déconne…. Je vous fais un billet court (j’me disais aussi qu’il y avait un os parce que je crois avoir déjà commis cette chose dans le passé).

Le rebondissement, c’est pour après, enfin peut-être, ça dépend en fait de quelle manière vous aller trouver dans quel Enfer je vous emmène avec cette photo parce que je ne voudrais pas risquer de vous perdre en un lieu qui vous est totalement inconnu, surtout avec un nom pareil:

mercredi 22 avril 2015

AndiamoCat Stevens

Une chanson... Un artiste...

En 1970, je venais tout juste d'avoir trente ans, mais non je ne dansais pas le "Charleston" à Cannes au Carlton, comme ce regretté Philippe Clay !

Dans les "transistors" des année 70, ça déménageait pas mal, et au milieu de ces décibels, la voix douce et câline de CAT STEVENS et sa Lady d'Arbanville, écrite en l'honneur de sa compagne du moment, Patti d'Arbanville.

Elle en a eu de la chance, cette Patti : son matou... pardon, son Cat, lui a écrit une chanson, et quelle chanson ! Personnellement, chaque fois que je l'entends : je monte le son (il n'y a pas de contrepèterie) !


(ch'tiot crobard Andiamo)


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