Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 22 avril 2015

AndiamoCat Stevens

Une chanson... Un artiste...

En 1970, je venais tout juste d'avoir trente ans, mais non je ne dansais pas le "Charleston" à Cannes au Carlton, comme ce regretté Philippe Clay !

Dans les "transistors" des année 70, ça déménageait pas mal, et au milieu de ces décibels, la voix douce et câline de CAT STEVENS et sa Lady d'Arbanville, écrite en l'honneur de sa compagne du moment, Patti d'Arbanville.

Elle en a eu de la chance, cette Patti : son matou... pardon, son Cat, lui a écrit une chanson, et quelle chanson ! Personnellement, chaque fois que je l'entends : je monte le son (il n'y a pas de contrepèterie) !


(ch'tiot crobard Andiamo)


jeudi 16 avril 2015

AndiamoLe chant des sirènes

Je ne veux pas parler des blondes roulées comme un paquet de pétards, et dont le bas du dos se termine en queue de poisson ! Je veux parler des sirènes d'usines, celles qui de leurs mugissements appelaient les salopards en casquette, au turbin, au chagrin, à la mine, au charbon...

Ça commençait à six heures du matin et même cinq minutes avant, appelant les ouvriers qui bossaient en équipe, tu n'avais pas intérêt à te pointer à la bourre, car si tu pointais une ou deux minutes après l'heure, on te faisait sauter un quart d'heure ! Mais oui mon seigneur.

Ensuite, c'était sept heures pour "la normale" puis douze heures la pause déjeuner... Et ainsi de suite, parfois il me prend à imaginer cela aujourd'hui ! Car même le samedi les sirènes hurlaient ! Putain, on était loin des trente-cinq heures, on les faisait en trois jours les trente cinq heures !

Alors le dimanche pas de vélo ! Déjà pour aller au boulot tu prenais ton clou, un vieux tarare sans âge, un trajet d'une demi-heure en moyenne, autant le soir, dix heures ou dix heures et demi debout, le sport, le fitness, la muscu, c'était toute la semaine que tu les pratiquais !

Alors le dimanche, les laborieux faisaient un peu la grasse mat', ou bien bricolaient leur petit jardin pour ceux qui avaient la chance d'en posséder un. Mais je vous assure que je n'ai jamais au grand jamais vu un "ancien" pratiquer un sport après le régiment, ou très rarement, ils étaient nazes la semaine terminée, et un dimanche ça n'était pas de trop pour se retaper.

Les "Nenesse" les "Julot" les "Bèbert" et autres "Cécels", le dimanche, c'était le carton qu'ils allaient taper avec des "pue la sueur" comme eux ! Sous mon clavier, "pue la sueur" ou "salopard en casquette", ça n'est pas péjoratif : j'étais des leurs. Remuer la ferraille, tourner les manivelles des bécanes dans la poussière et le cambouis, je connais.

Les belles parties de rigolade aussi, le taf était dur, mais l'ambiance était bonne. Les gigales, qui étaient d'anciens ouvriers, comprenaient ce besoin de se défouler, nécessaire quand le boulot est dur.

Qui aujourd'hui supporterait d'entendre hurler des sirènes dix ou douze fois par jour ? Dans les années cinquante, ça ne gênait pas trop, les gens étaient levés de bonne heure, l'embauche dans les usines se faisait entre six heures et sept heures, une heure plus tard pour la misère en faux col ! (c'est ainsi que l'on nommait les bureaucrates) Par contre ils finissaient plus tard, tout le monde se tapant ses dix heures de travail journalier.

Ça ne gênait personne, nous étions habitués dès le plus jeune âge à nous lever tôt, l'apprentissage à quatorze ans, personnellement à cet âge-là j'allais à l'école à Paris, et je prenais l'autobus à Drancy à sept heures dix ! Une navette ponctuelle comme un métronome, ça me faisait lever vers six heures trente, c'est tôt à quatorze ans quand j'y pense.

Dure cette vie ? Je ne le pense pas, lorsque les mines ont fermées, les mineurs avaient déclaré avoir perdu leur dignité ! Mineur de fond, un métier très dur, pénible, mais qui leur conférait un statut, une fierté : gagner son pain.

vendredi 10 avril 2015

BlutchL'art nouveau de l'école de Nancy

ou l’origine de l’art nouveau (aussi appelé « Jugenstyl » en germanophie).

La perte de l’Alsace-Lorraine par la France en 1870 a été, pour Nancy, une aubaine. Des riches familles ont quitté les territoires occupés pour s’y établir . Il s’en est suivi une émulation de la vie nancéenne, de nouvelles fortunes et la volonté de la montrer.

En conséquences, Depuis 1901 à Nancy un vent de folie a soufflé sur l’architecture et la décoration. Faut dire qu’un certain nombre de pointures se sont retrouvés autour de projets dont on peut dire qu’ils sortaient de l’ordinaire. Il fallait alors rivaliser d’audace dans l’originalité de ce que l’on peut appeler des œuvres d’art. Ca avait fait un peu comme maintenant avec le musée des Confluences et ses petits frère lyonnais,


Qui pourrait s’appeler aussi l’urinoir de lit.

Juste pour convaincre Célestoche que la comparaison n'est pas surfaite. Si tu demandes à Gogol des photos d'urinoir de lit, tu tombes sur ma photo du musée des Confluences, c'est bien la preuve...

mais ce qui change avec Nancy, c’est que c’est beau. C’est même magnifique de fantaisie et d’esthétisme. Faut dire aussi que ces constructions n’étaient pas sponsorisées par Arcelor-Mittal-Saint-Gobain. (quoi que… Il y a tout de même de belles oriels, vérandas et verrières en association verre-métal).

Que de la pierre taillée, des beaux bois, des pâtes de verre, des vitraux… et une folle inventivité. Parmi les pointures déjà évoquées, il y avait (sans autre ordre ou sélection que le fruit du hasard).

Les architectes : Jacques-René Hermant, Emile André, Charles-Désiré Bourgon, Lucien Weissenburger, Félicien et Fernand César, Paul Charbonnier, Alexandre Mienville, etc.

Les artistes : Bigot, Sauvage, Emile Gallé, Eugène Vallin, André... Jacques Gruber, Louis-Jean-Sylvestre Majorelle, Léopold Wolff 1863-1924, les ateliers des frères Daum, etc.

Quelques photos peut-être, juste histoire de rêver un brin… Ces photos ont été prises à la nuit déjà tombante, depuis la rue et sans recherche de références concernant les artistes et architectes. A déguster comme un promeneur nancéen.

Du « raisonnable » pour commencer ?


Peut-être les suites inattendues d’une pénurie d’équerres et de fil à plomb à Nancy ?


Du cossu classique.


Le toit semble avoir été déplacé par un vent trop violent, pourtant le Mistral ne passe pas par Nancy…


Vue de face


Et l’oriel du côté jardin.


L’architecte était-il un descendant de Numérobis ?
Quoi qu’il en soit, j’aurais bien voulu pouvoir visiter cette maison pour ressentir son énergie, car ça ne doit pas être anodin...


Vue latérale


Détail de la façade et des menuiseries


L’art nouveau transpirait aussi sur les maisons de ville


Un site qui en dit plus et mieux sur l’art nouveau de l’école de Nancy :

http://www.photos-alsace-lorraine.com/album/406/Art+nouveau

En bref, cet art nouveau là, j'aime...

Blutch

vendredi 3 avril 2015

AndiamoOn peut toujours faire mieux (billet d'humeur)

Le 9 mars deux hélicos se percutent en Argentine lors d'un tournage en vue d'une émission télévisée du style : "même pas peur" !

Il faut de l'adrénaline pour ces braves spectateurs, ces aventuriers de la ligne 13 : Saint Denis université - Châtillon Montrouge. Ou tout autre ligne du reste, ces capitaines Toy coincés dans les autobus comme le chantait Laurent Voulzy, ces aventuriers de l'arche de la défense, ces héros qui prennent les trottoirs roulants de l'aventure !

"On" a fait mieux, beaucoup mieux ! Sans hésitation on confie le manche d'un A320 à un dépressif, son état était connu, voire reconnu ! 150 morts !

Non mais les cons ça ose tout, disait Monsieur Audiard il y a cinquante balais déjà !

Ne me prenez pas pour un cynique ou un irrespectueux, les cyniques, les irrespectueux, ce sont ceux qui n'ont pas rayé des cadres ce copilote inapte psychiquement à se coller aux commandes d'un avion.

Ce n'est pas le copilote que je blâme, il a aussi payé de sa vie, mais ceux que je blâme, ce sont les inconscients qui l'ont jugé "apte" à piloter un avion de ligne, je pensais naïvement que les tests psychologiques étaient rigoureux, et qu'au moindre doute quant à l'état de santé mental d'un pilote, il est de fait suspendu illico. Je suis bien naïf et non cynique, comme bon nombre d'entre vous.

Quel aurait été le bilan d'une telle catastrophe, si l'appareil avait été un A380 pouvant emporter 500 passagers ?

Je vous le dis : "on peut toujours faire mieux" !

Ah oui, j'ai écrit ce billet il y a quelques jours déjà, depuis nous avons tous appris qu'en plus de ses problèmes psychologiques, il avait de gros problèmes de vue ! La totale en somme.

J'avais publié le dessin ci-dessous il y a près d'un an, dans un billet intitulé : "Dessins de très mauvais goût" ! Zazard ou prémonition ? Jugez vous-mêmes.


(ch'tiot crobard Andiamo)

lundi 30 mars 2015

FrançoiseUne île bijou, pour les choux et les genoux

Dans l'archipel du Cap Vert, Santo Antao recèle peu d'animaux, pas de serpents et assez peu d'insectes, mais une diversité végétale époustouflante. Les habitants y cultivent de tout, des oranges aux pommes en passant par le maïs, le café, les choux et les salades, le manioc et la canne à sucre, les haricots, patates douces, tomates, pommes de terre, et j'en oublie. Ajoutons y des chèvres et des poules pour la viande et les œufs, quelques vaches- rares car ça manque de pâturages- pour le lait, les poissons abondants en plein Atlantique à 500km des côtes africaines, et on obtient une autosuffisance alimentaire rare sous les Tropiques. Car contrairement à d'autres pays d'Afrique, les producteurs d'ici consomment avant d'exporter, ce qui est plus sage que de cultiver des fraises et des haricots verts à l'intention exclusive des européens, comme au Burkina Faso, et de ne même pas en connaître le goût.


Lire la suite

jeudi 26 mars 2015

BlutchLe Gor de Vauseyon

Je vous ai présenté naguère Gilles et ce qui est l’emblème du Pays de Vaud, la Venoge, ici.

C’est maintenant au tour du Seyon, la force motrice de toute une vallée du canton de Neuchâtel. Rivière au nom masculin car elle se conduit comme un torrent.



Petit cours d’eau sympathique d’ordinaire, il est capable de décupler de débit en un rien de temps au gré d’une averse un peu prononcée dans le Val de Ruz. Il devient alors conquérant et destructeur. Envahisseur des jardins qui le bordent, partant à l’assaut des caves des maisons du bourg. Il s’est même fait Terminator par un mauvais jour de 1579 où une crue sévère provoqua un barrage et une retenue d’eau en haut des Gorges qui traversent une cluse avant de déboucher sur les coteaux de Neuchâtel.
La pression de l’eau fit céder ce barrage improvisé qui ne devait rien à l’habileté des castors et une vague énorme dévala les Gorges, emportant nombre d’arbres avec elle, détruisant au passage les moulins construits pour utiliser sa puissance, détruisant aussi les ponts qui reliaient les deux parties de la ville et tuant les citadins qui n’avaient pas eu le temps de se sauver. Dans la ville, la vague atteignait le premier étage des maisons. (http://www.photos-neuch.net/Textes/inondation.pdf)

Sur son parcours, au débotté des Gorges et avant d’entrer dans la Neuchâtel historique, le Seyon passe par le Gor* de Vauseyon**. Une dépression du terrain qui en a fait une oasis de verdure, insalubre alors pour quiconque n’avait pas un besoin impérieux d’être en ce lieu.


* Un Gor est une retenue d’eau avant un moulin.
** Vauseyon (ou Vaulx Seyon en vieux français) c’est la vallée du Seyon.

Ce site a eu une vie très laborieuse depuis le Moyen Âge. Au début de l’usage de l’eau comme force mécanique, il a été équipé de plusieurs roues et moulins.
Le plus spectaculaire d’entre eux et seul survivant (au moins pour sa partie basse) est le moulin « de Chambrier, à droite sur la photo, avant la destruction en 1936 de ses parties hors sol. En arrière-plan, la Maison du Prussien.



La partie basse du moulin Chambrier, qui fut construit en 1614 dans la tranchée aux parois verticales.



En 1985, le lieu est racheté par un couple qui réhabilite la maison principale, dite Maison du Prussien et finance les recherches historiques sur l’ensemble du site, remettant à jour les vestiges des maisons détruites.

Des roues sont remises en place dans ce lieu sauvage, très loin de l’agitation de la ville.

L’actuelle roue du moulin chambrier :



... et son amenée d'eau. En arrière-plan, une roue à palettes posée sur le bief, donc sans chute d'eau.



A ce jour, il reste du moulin sa partie basse et la voute qui enjambe la gorge. Sur cette voute, les paliers des mécanismes du moulin n'attendent que de nouveaux engrenages...



Quelques vues du site qui, sur environ 300 mètres de longueur nous offre un sous-bois bucolique parsemé de roues à eau et de vestiges de l'ère pré-industrielle.

Le Seyon a été exploité à chacune de ses nombreuses chutes ou dénivellations importantes. Entre le moulin de Bayerel construit dans le haut Val de Ruz sur le premier saut du Seyon et le quartier de l'Ecluse à l'entrée de la Neuchâtel historique, il y avait 22 moulins sur son parcours. Il ne reste à ce jour que le moulin Bayerel et les vestiges du moulin Chambrier.





Il n’en demeure pas moins un lieu de calme et de détente, avec un resto plutôt bien coté.



La terrasse du resto...



... et le mur d'escalade qui la sépare de la civilisation.



Ce lieu, autrefois sauvage, est maintenant quelque peu cerné par la civilisation. Vu du ciel grâce à Gogol :



Blutch

samedi 21 mars 2015

FrançoiseVous faites quoi de votre vie ?

En 2012, j'avais passé quelques heures avec Patrick Viveret lors de la sortie de son livre « La cause humaine : du bon usage de la fin d'un monde. » Ce philosophe et énarque ne défend pas tel ou tel modèle de développement, mais pense plus important de prendre dans chaque modèle ce qu'il peut apporter de bonheur aux humains. Il sait dire aussi quelques vérités comme le fait qu'il n'y a pas de chômage parce qu'on est en crise, mais tout simplement parce qu'on n'a plus besoin de travailler autant et que c'est une bonne nouvelle !

Deux ans et demi après, cet entretien est rigoureusement actuel, alors je le réutilise, consciente que beaucoup ne l'avaient certainement pas lu. D'ailleurs, chaque fois que je vais faire un tour sur mon ancien blog Jouer au monde, je me dis que je n'ai plus rien à écrire : tout y est, et presque rien n'a changé dans le sens que j'espérais, hélas.



(Patrick Viveret) Imagine : entre 1960 et 2010, la productivité en France a quintuplé. Cinq fois moins de personnes suffisent pour créer autant de richesses qu'en 1960, où on ne vivait pas dans le dénuement, loin de là. Alors certes, en 2010 on a produit davantage qu'à cette époque, mais pas cinq fois plus. Conclusion : il est logique que les emplois disparaissent, parce qu'on a besoin de moins de gens pour produire.  Ça a permis de réduire le temps de travail, ce qui, jusqu'à ces dernières années, était considéré comme un réel progrès. En revanche, il y a plus de richesses qu'il n'y en a jamais eu sur terre, d'autant plus que la spéculation multiplie les sommes en circulation. Or 97% des échanges sur terre sont financiers et 3% seulement concernent ce qu'on appelle l'économie réelle. On croule sous l'argent ! 


On ne cesse pourtant de nous répéter que les caisses sont vides. Alors, comme dirait Mafalda : « il est où l'argent que les gens et les États n'ont plus ? »

Dans les paradis fiscaux, dans la fraude fiscale (évaluée à 35 à 40 milliards d'euros par an) dans la faillite des banques en 2008 : 800 milliards d'euros ont été déboursés en Europe pour « sauver les banques » qui avaient trop spéculé, moyennant quoi elles sont aujourd'hui florissantes et les États, donc les contribuables, qui se sont endettés pour les sauver ont la tête sous l'eau. Plus prosaïquement, en France, les exonérations de cotisations sociales, réductions d'impôts et niches fiscales ont coûté 100 milliards en dix ans. En dix ans également, 10% du PIB a été transféré des salaires vers les revenus du capital. Il y a des choses simples à faire pour remettre ce monde fou à l'endroit, avec des propositions concrètes, immédiates et supportables, déjà en vigueur dans d'autres pays. Il suffit de revenir à un peu de morale, de cesser de prendre l'économie pour un casino royal et d'appliquer les lois existantes.


On pourrait donc assurer à tous les citoyens du monde un revenu de base sans qu'ils travaillent ?

Pas tout à fait. Ne pas avoir d'emploi ne signifie pas être oisifs. Beaucoup de besoins humains essentiels sont satisfaits hors de l'emploi salarié. L'exemple ancestral est celui de la mère au foyer : sans contrat de travail ni salaire, elle assure mille fonctions sans lesquelles la société ne survivrait pas. Il serait normal qu'elle ait un revenu de base qui lui donne l'indépendance indispensable pour maîtriser sa vie.

Autre exemple : les retraités passent-ils leur temps assis dans un rocking-chair à contempler tristement la rue ? Pas du tout ! 50% des bénévoles des associations sont des retraités, sans compter ceux qui gardent leurs petits-enfants, s'occupent de leurs très vieux parents, écrivent et partagent leur expérience, voient leurs amis... Ils n'ont pas d'emploi, mais ils sont indispensables à la société, qui ne fonctionnerait pas sans eux, et ils peuvent le faire parce que leur retraite les délivre de l'angoisse matérielle. Il a été calculé qu'un homme de 76 ans travaillant 8h par jour, soit 1/3 de sa journée, n'a consacré en fait que 12 à 15% de sa vie à son emploi si l'on déduit les vacances, les jours fériés et quelques périodes de maladie ou de chômage. Devons-nous fonder toute notre existence sur 15% de notre vie ?



Tu prêches une convaincue, mais je connais des cadres chômeurs bien indemnisés ou des retraités aisés qui ont le sentiment de ne plus exister parce qu'ils n'ont plus de statut social.

C'est bien pourquoi, même s'il est important d'agir au niveau politique, il faut soi-même changer son regard sur le monde et découvrir que la gratuité et l'affectif apportent plus de bonheur qu'un statut prestigieux, dès lors que la survie matérielle est assurée.


Dans le magazine où je bossais, j'avais fait un article où je demandais aux gens ce qui les rendait heureux ou malheureux. Heureux : « j'ai promené mon chien au parc et respiré l'odeur d'herbe coupée », « une fille m'a souri, on a échangé quelques mots», « il faisait chaud, je suis allée me baigner à l'heure du déjeuner » « En cours de maths, j'ai vu une lueur de compréhension s'allumer dans l’œil d'un cancre». Les malheurs étaient tous liés à la vie de fous qu'on mène, genre : « je conduisais sur le périph, mon mobile a sonné, j'ai répondu, la voiture devant moi a pilé, paf ! Je lui suis rentré dedans... Résultat : tôle froissée, en retard au boulot et PV pour avoir téléphoné en voiture, vie de merde ! »
J'avais rédigé un encadré soulignant que le bonheur réside très souvent dans des sensations gratuites et des rencontres humaines, qu'aucun interviewé ne m'avait dit qu'acheter le dernier Iphone l'avait rendu heureux, alors que les (petits) malheurs découlaient d'une vie où on se laisse déborder par le temps et les objets. L'encadré et les exemples de malheurs ont  été supprimés, le papier réduit à quelques interviews mineures titrées : « Vos petits plaisirs ». Je me suis dit que pour être ainsi censurée, j'avais dû toucher quelque chose d'essentiel qu'il ne fallait pas dire...

Effectivement, dans une société basée sur le matériel, c'est carrément sacrilège ! Pourtant, tu as raison : il y a 12 millions de bénévoles en France qui, lorsqu'on les interroge, racontent le bonheur de rendre service, de se sentir utiles aux autres. Ils font un boulot essentiel, qui n'est pas un emploi. Comme beaucoup d'artistes, sans qui la vie serait si terne, et qui devraient pouvoir créer sans l'angoisse du lendemain, d'autant plus que la culture est une des meilleures réponses à la violence.


La musique adoucit les mœurs... et la fréquentation énorme des musées montre que l'art est un vrai besoin.

Et un plaisir ! Je prône le changement de société via le désir et le plaisir. L'écologie, si importante pourtant, a le tort de parler de façon restrictive : moins de ceci, moins de cela... en culpabilisant toute personne qui ne suit pas le dogme. Il faut insister sur le fait que jusque dans les années 70, on avait un mode de vie écologiquement soutenable et qu'on était plus heureux qu'aujourd'hui. Donner du sens à sa vie à travers des amis, des amours, des actions politiques ludiques, des jeux, une alimentation savoureuse et saine, des éclats de rire et des caresses, c'est faisable tout de suite.


Un lecteur de 63 ans m'avait écrit: « Je n'ai su aimer qu'à deux périodes de ma vie. Quand j'étais étudiant, disposais de temps libre et ne pensais qu'aux filles, et depuis que je suis en retraite avec ma troisième compagne. Dans l'intervalle, j'ai bossé comme un malade, divorcé deux fois et rendu deux femmes malheureuses, sans parler de mes enfants que j'ai à peine vu grandir. Alors je propose une première mesure : quand on va dans une soirée, les gens vous demandent toujours « que faites-vous dans la vie ? » et attendent en réponse une profession. C'est mal vu de dire « rien » ou « chômeur ». Désormais, je leur demanderai : « Que faites-vous de votre vie ? »


< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 >