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mercredi 18 février 2009

Tant-BourrinUn joli conte pour les petits enfants


Il était une fois, il y a fort longtemps, dans une contrée fort lointaine, une jeune Princesse, belle comme le jour, que son père avait fait enfermer au sommet d’une tour lugubre.

La chose avait fini par se savoir dans le pays et même dans les régions alentours, tant et si bien que nombreux étaient les chevaliers qui, armés de leur épée, s’en venaient fièrement, rêvant de délivrer enfin la belle damoiselle.

Hélas, l’accès à la tour lugubre était farouchement gardé par un immense et féroce dragon. Les valeureux chevaliers, malgré leur courage et leur vaillance au combat, ne pouvaient rien contre les flammes de l’Enfer crachées par le monstre et mourraient, les uns après les autres, calcinés, dans d’atroces souffrances.

Et ainsi, la jeune Princesse restait prisonnière au sommet de sa tour et soupirait de chagrin, désespérant d’être un jour libérée de sa geôle.

Mais, par une belle matinée, arriva dans le pays le plus beau jeune homme que l’on n’eut jamais vu à mil lieues à la ronde. Chevauchant son destrier blanc, une flamme inextinguible brûlait dans son regard.

Cette flamme était assurément celle de l’amour : on lui avait conté que la Princesse était encor plus belle que tout ce que l’on pouvait imaginer, que son père cruel la gardait prisonnière pour préserver sa vertu et que tout les gens alentours béniraient le jour où un preux chevalier saurait lui rendre la liberté et réjouir son cœur.

C’est pourquoi le jeune chevalier avançait son hésiter sur le chemin tortueux qui menait à la tour lugubre, sûr de la force de son bras et de son amour.

Toutefois, à l’orée de la forêt, il aperçut sur la ligne de crête l’immense bâtisse noirâtre et, surtout, le monstrueux dragon qui rôdait dans ses parages.

Le jeune chevalier réfléchit alors. On lui avait narré dans le détail la fin tragique de centaines de jeunes chevaliers, tout aussi forts et fougueux que lui, qui avaient cru pouvoir aller trancher la tête du dragon avant que celui-ci ne les fasse rôtir dans une gerbe de flammes.

Il essaya d’évaluer, à distance, la taille du dragon, puis la compara à celle, minuscule en comparaison, de son épée. Il se frotta pensivement le menton avant de décider de faire demi-tour et de retourner au premier village.

Les manants du coin, le voyant ainsi revenir, sourirent en douce. Tiens ? Un lâche ! se dirent-ils. Et les quolibets de fuser bientôt. Mais le jeune chevalier n’en avait cure. Il se livra à de bien curieux achats chez les boutiquiers du bourg, avant de reprendre le chemin tortueux qui menait vers la tour lugubre.

Arrivé à l’orée de la forêt, il continua, sans hésiter cette fois, à avancer vers l’immense bâtisse noirâtre qui se découpait sur la ligne de crête, tirant, par une corde accrochée à son destrier blanc, une carcasse de bœuf entier.

Arrivé à proximité de la tour, quand il vit que le dragon l’avait aperçu et se dirigeait vers lui, il trancha la corde et s’enfuit au galop.

Comme il l’avait prévu, le dragon s’arrêta près de la carcasse de bœuf, la huma, puis la dévora goulûment d’un coup de dent.

Il y eut alors une immense lueur dans un bruit de tonnerre : la tête du dragon n’était plus qu’une boule de feu hurlante.

Quelques secondes plus tard, le corps du dragon, ou tout du moins ce qu’il en restait de carbonisé, gisait sur le sol.

Le jeune chevalier sourit radieusement : son piège avait fonctionné ! Une bonbonne de butane camouflée dans une carcasse de bœuf avait eu raison du monstre, bien plus sûrement que ne l’eût fait son épée !

La voie était désormais libre. Il se précipita vers la tour, le cœur battant, monta les escaliers jusqu’au dernier étage et entra dans la pièce où l’attendait sa promise.

Celle-ci, alertée par l’explosion, avait vu de loin le jeune chevalier approcher de la tour et attendait son sauveur, le cœur tout aussi battant.

Quand ils se virent, ce fut comme un ravissement : ils étaient l’un et l’autre encor plus beaux que tout ce que l’un et l’autre avaient pu imaginer.

Ils s’aimèrent tout aussitôt de l’amour le plus pur et le plus puissant du monde.

Et ils vécurent heureux et n’eurent jamais d’enfants.



Enfin, pour être plus précis, ils vécurent heureux quelques heures, le temps d’une folle nuit d’amour.

Et s’ils n’eurent jamais d’enfants, c’est parce que l’on retrouva le corps sans vie du jeune chevalier le lendemain, au pied de la tour lugubre. Le corps sans vie du jeune chevalier, défenestré après avoir été sauvagement lardé dans son sommeil de centaines de coups de couteaux à la poitrine et au visage par la belle Princesse.

Car, voyez-vous, contrairement à ce que prétendaient les gens alentours, le père de la Princesse ne la maintenait pas prisonnière pour garder sa vertu.

Non, il l’avait fait enfermer simplement parce que c’était une psychopathe au dernier degré, totalement irrécupérable.

Comme quoi, il ne faut pas toujours prêter foi aux ragots et il est préférable d'enquêter un minimum avant de se mêler des oignons des autres.


Sur ce, il est l'heure de faire dodo. Bonne nuit, les enfants !

lundi 16 février 2009

Saoul-FifreFredo

Fredo (le froid, en italien) c'est mon pôte. On se connait depuis tant de temps. Faut dire que je suis né en 1956, l'année "où les oliviers ont craqué" et que, même en Algérie, on m'a confirmé qu'il avait gelé cette année là.

Non je ne m'en souviens pas moi-même.

Et puis on a débarqué en Périgord, en fin de période de petite glaciation. Je déconne pas, ça caillait sec à l'époque, on avait de la neige tous les ans, et les étangs gelaient, et je me farcissais mes douze bornes quotidiennes à vélo, les bouts de mon nez et de mes oreilles et de mes doigts (de pieds et de mains) s'en souviennent encore. Quand il neigeait, ben j'y allais quand même, à pieds. Comme j'étais "le plus loin", au bout de quelques kilomètres, je rencontrais le ramassage scolaire municipal de l'extrême : un tracteur avec une remorque-traineau, dont le V à l'avant faisait chasse-neige. Moi et mes copains, on faisait "poids" et le paysan nous emmenait à l'école tout en dégageant les voies communales.

Le Maître, lui, il habitait DANS l'école, il ne pouvait donc pas nous raconter que sa voiture avait pas pu démarrer ou que son petiot avait attrapé la grippe. On ne peut nier une efficacité certaine à ce système. Ho hé, silence dans les rangs syndicaux ! Il ne cotisait pas "aux intempéries", que je sache ?

Je vous vois venir, certains, qui pensez : "mais il cherche à nous faire pleurer ou quoi, moi, en Alsace, avec une simple petite machine à laver à chargement frontal pour me chauffer, oui, moi j'ai souffert..."

Non mais c'est pas pareil. Nous on aurait été nominés pour le César de la chaumière à trous-trous, pour le prix Coeff-G (plus il est élevé, moins votre isolation est bonne), pour le concours des miches fraiches, patronnées par Madame de Gouttonay...

On avait une cuisinière bois-charbon dans la cuisine, avec un bouilleur couplé à 3 radiateurs. Comme la maison était de plain-pied, qu'il n'y avait pas de circulateur et que le tuyau de retour d'eau froide passait lui aussi en haut de la pièce (petites précisions techniques pour les ingénieurs thermiciens), vous imaginez le rendement du thermo-syphon.

Ma mère, femme au foyer, alimentait en bois pendant la journée, et, le soir venu, m'envoyait à 100 m de la maison chercher un seau de charbon dans un silo humide sans lumière, la dose pour la nuit.

Oui-oui, tout comme Cosette. Je reperdais en quelques secondes les quelques calories que j'avais gagnées en claquant des dents pendant une heure, collé contre la cuisinière.

Positivons : la cuisinière, en posant une cocotte en fonte en bout de plaque, éloignée du foyer, permet de mijoter des plats d'un autre monde, que vous pouvez toujours essayer d'imiter avec votre micro-onde, fut-il perfectionné.

Mon lit était judicieusement positionné au Nord, contre un mur en torchis dont je pouvais vérifier l'humidité à ma guise, en posant la main dessus. Mais il faut reconnaitre que ma mère ne lésinait pas sur la couverture. J'ai un peu l'impression d'avoir passé mon enfance à détricoter de vieux pulls qu'elle récupérait par le biais de sombres réseaux sous la coupe de la diaspora vaticane, d'après certaines rumeurs. Je me revois les deux avant-bras parallèles faisant des moulinets pour suivre le fil de son détricotage. Ensuite la laine était reprise en pelotes rondes très serrées, pour qu'elle perde sa forme en zig-zag préjudiciable à son bon retricotage.

Et puis nous nous mettions, mes sœurs et moi, à confectionner de petits carrés de quinze sur quinze, au point-mousse, qui, assemblés, deviendraient de grands damiers à cases multicolores qui nous sauveraient la vie par les grands froids. Oui-oui, moi aussi je tricotais : le but était clair, louable et suffisamment motivant.

Dans la seule pièce chauffée, soyons francs, le thermomètre accroché à la droite de la porte d'entrée marquait 16, et 13/14, voire moins, en fin de nuit. Dans les chambres, il n'y avait pas de thermomètre et cela valait mieux pour tout le monde : ce qu'on ne connait pas ne peut pas nuire. Un hiver d'onglée particulièrement féroce, ma mère s'était faite prêter, toujours par sa catholic-connection, des couvertures électriques. Nous apprîmes plus tard par les journaux le point commun que celles-ci pouvaient avoir avec la chaise du même nom, mais comme il y a un bon dieu pour la racaille, nous en réchappâmes.

Syndrome d'Edmond Dantès, quand on a connu le pire, la vie devient un tapis de roses, on l'apprécie comme nul autre, tout a la saveur du "mieux".

Je passerai mes jours jusqu'au dernier à remercier mes parents d'avoir été pauvres (et travailleurs), à m'avoir appris à me contenter de peu, à ne pas me plaindre et aussi à chercher sans relâche dans la botte de paille de la détresse l'indispensable petite aiguille de l'humour.

Quand une envie me prend de me griller la cervelle, je le fais à feu vif en saupoudrant d'ail et de persil.

vendredi 13 février 2009

Mam'zelle KesskadieS'agit de voir le bon côté des choses

Toute médaille a un revers, me disait ma mère.

Elle me disait aussi de regarder des deux côtés de la rue.

Et bien, je peux vous annoncer que j'ai retenu 50% de son éducation, j'ai regardé au moins d'un côté de la rue ! Hélas, c'est de l'autre côté qu'arrivait l'auto qui a frappé mon Echo de plein fouet en pleine aile causant un plein d'émois.

Bilan de l'éducation de ma mère : une femme à moité éduquée et une auto avec une aile défoncée, la roue qui fait pitié et l'essieu je veux même pas y penser.

Petite note de la rédaction : la dite auto n'est pas encore finie de payer.

Petite remarque insidieuse : c'est de valeur , han ?

Bon, voyons le bon côté de la chose, toute médaille ayant un revers, l'autre aile de mon auto est en parfait état.

Tiens donc, aucune émotion significative à cette pensée.

Essayons plutôt ceci.

J'ai des assurances qui me payent un auto de location. Comme l'entreprise qui me loue un auto n'avait pas d'économiques, elle m'a refilé un VUS.

Attention, comme dirait François Pérusse, un VUS n'est pas un véhicule juste pour être vus, c'est aussi un videur USA siphonneur de gaz.

Par contre, avez-vous vu les roues qu'ils ont mis après ça ? GIGANTESQUE.

Ça tombe bien parce qu'il tombe des clous et les rues sont transformées en piscines municipales. Les congères (tas de neige) bloquant la plupart des trous d'égout, l'eau ne s'écoule pas.

Or, mon Echo, nonobstant ses qualités économes, a de toutes petits petons (roues), et que fait une auto dans une piscine municipale si elle est mal équipée ? Elle se noie.

Et bien, sachez que je traverserai la ville de Gatineau en fière amazone et en arrosant quelques piétons (ça me fera plaisir vu que ce n'est pas ma plaque minéralogique héhéhéhé) sans prendre l'eau.

Tout ça, pour noyer le requin de la finance qui me montre les dents quand je regarde la mer à boire, c'est à dire, comment je vais bien faire si je dois acheter un autre auto.

Mais en attendant, tout baigne.

mercredi 11 février 2009

AndiamoLe cauchemar

- Allons Madame Cauchois, remettez-vous, calmez-vous, ici vous n’avez rien à craindre.

Irène Cauchois, soixante ans, vient de raconter pour la énième fois, son cauchemar récurrent au Docteur Mouchaud.

Elle se couche tous les soirs vers vingt-deux heures trente, vingt-trois heures, selon la durée du film passant à la télé.

Avec son mari Claude, ils se sont abonnés à un bouquet satellite, étant tous deux à la retraite, histoire de combler le temps libre, avaient-ils déclaré en guise de justification.

Cet abonnement leur dispense des films à profusion, ils adorent cela, les films, surtout les productions Américaines. Bruce Willis, Harrison Ford, Julia Roberts ou Richard Gere les comblent d’aise.

Le mot FIN à peine apparu sur l’écran, ils vont se coucher, pipi-room, un baiser du bout des lèvres, le bonn’ nuit rituel, elle s’endort facilement, Madame Cauchois.

Au beau milieu de la nuit commence le cauchemar, toujours de la même façon.

Une horrible sensation de froid intense au niveau du cou, puis elle ressent la glaciale reptation d’un serpent glissant lentement d’une oreille à l’autre. Malgré le froid du reptile, elle transpire abondamment, son pouls s’accélère, le cœur s’affole, bat la chamade, une douleur atroce lui cloue la poitrine.

Cette douleur est due à son angine de poitrine, laquelle est traitée par son médecin, le bon Docteur Mouchaud.

Puis la reptation reprend, cette fois dans l’autre sens. Elle se débat, suffoque, hoquète, jusqu’au moment où, harassée, tremblante, clouée au matelas par l’horrible douleur, elle se réveille. Claude est là, heureusement, il lui tient affectueusement la main, la rassure :  

- Réveille-toi, Irène, c’est encore ton horrible cauchemar ! Voilà, c’est fini, ma chérie, apaise-toi !

- Alors, Docteur, je me calme, la douleur s’apaise lentement, quel soulagement ! Heureusement, mon Claude est là !

Affectueusement, Monsieur Cauchois a pris la main de son épouse.

Claude Cauchois, soixante et un ans, bel homme, grand, bien conservé, les tempes argentées, l’œil vif, sportif, ses quatre-vingts kilomètres hebdomadaires à vélo ne lui font pas peur, sans compter ses mille mètres crawl, quarante bassins tout de même, en moins d’une demi-heure, accomplis chaque vendredi à la piscine municipale.

Irène est plus mémère : après ses deux enfants, elle a conservé tout l’excédent de poids pris au cours de ses grossesses, ensuite, le quotidien, un travail sédentaire, peu de goût pour l’effort, préférant la tapisserie au vélo ou à la natation.

Et puis cet infarctus, survenu trois ans plus tôt, les urgences à Bichat, depuis un régime strict.

- Bien contrariants, ces cauchemars, déclare le Docteur Mouchaud. Vous savez, Madame Cauchois, votre cœur est bien fatigué et ces  crises qui font augmenter de manière alarmante votre rythme cardiaque au point de provoquer des malaises vous menant au bord de l’infarctus m’inquiètent beaucoup… Vraiment beaucoup, je vais vous prescrire un petit tranquillisant. Oh !  Pas quelque chose de violent, dans votre état, avec votre angor, plus votre arythmie chronique, il est évident que ce serait absolument contraire, par contre un petit décontractant pris une heure avant le coucher, devrait vous aider à vous débarrasser de cet horrible cauchemar.

Rassérénés, Madame et Monsieur Cauchois regagnent leur petit pavillon de banlieue situé dans une rue tranquille de Chaville.

La journée s’écoule, quiète et monotone.

Le soir, quel bonheur ! Le quatrième volet des aventures d’Indiana Jones : le royaume du crâne de cristal ! Tout un programme…

Après le générique de fin, Irène et Claude vont se coucher, Madame s’endort quasiment instantanément, sans doute le  décontractant pris une heure auparavant, Claude ne tarde pas à la rejoindre.

Deux heures dix-sept, Claude a ouvert un œil, toutes les nuits aux environs de deux heures, il se réveille, et cela depuis de nombreuses années.

Précautionneusement, il écarte la couverture, se lève, remet la couverture en place, s’éloigne sur la pointe des pieds, ramasse au passage sa robe de chambre, posée sur le pied du lit.

Il n’allume pas : sa maison, il la connaît par cœur. Capable de la parcourir en pleine nuit sans rien heurter, il se dirige vers la cuisine.

Une légère odeur de nourriture flotte encore dans la pièce. Il se dirige, toujours dans le noir, vers le grand réfrigérateur-congélateur, ouvre la porte de ce dernier, fait glisser la ceinture de sa robe de chambre, la roule en  spirale , puis la pose sur l’une des étagères du congélo, il referme doucement la porte.

Avec d’infinies précautions, Claude tire l’un des tabourets rangés sous la table, allume le petit néon situé au-dessus du plan de travail, puis il ouvre tranquillement la pochette contenant son portefeuille.

Il a sorti une photographie : elle représente une jeune femme, mince, jolie, un sourire angélique découvre ses dents magnifiques, elle semble lui dire "je t'attends".

Claude caresse amoureusement la photographie, un sourire sur les lèvres, puis la remet en place.

Une vingtaine de minutes plus tard, il se lève, remise le tabouret sous la table, ouvre le congélateur, saisi sa ceinture, et se dirige vers la chambre, tel un chat.

Le voici debout, près de sa femme. Lentement, il déroule la ceinture glacée, applique l’une des extrémités près de l’oreille d’Irène, puis lentement, très lentement, il déplace le ruban de tissu gelé sur le cou de Madame qui commence à s’agiter.


Dessin Andiamo 2009

lundi 9 février 2009

Tant-BourrinLes Blogbobandes dessinées (2)

Je vous avais proposé, il y a quelque temps, une petite série de comic strips mettant en scène vos héros favoris, c'est-à-dire nous, la bande à Blogbo.

Je n'avais pas à l'époque prévu d'en faire un thème récurrent de billets mais, encouragé par une cohorte de lecteurs enthousiastes qui m'ont supplié de faire une seconde série, j'ai changé mon fusible des pôles et suis reparti sur pour y faire dorer une nouvelle fournée (car, je le rappelle, je ne sais pas dessiner et ai besoin d'une légère assistance informatique).

Voilà le résultat !

Et rendez-vous pour l'épisode 3... peut-être un jour ! :~)




Tant-Bourrin : bon chiant ne saurait mentir


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Saoul-Fifre : on n'est pas sec-terre !


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Andiamo : mets de l'huile de coude !


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Mam'zelle Kesskadie : le bar des cinquante ans


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Tant-Bourrin : une histoire de ouie-ouie


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Saoul-Fifre : on s'en végète une petite ?


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Andiamo : remembers only


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Mam'zelle Kesskadie : la lettre à ellipse


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samedi 7 février 2009

Saoul-FifreBaptême si vil

Je dois avoir une tête à être parrain, c'est pas possible autrement.

Ils n'ont même pas eu la décence d'attendre ma majorité, à quatorze ans, ils me tombaient dessus et me mettaient un bébé braillard dans les bras, me faire ça à moi qui ai les oreilles si sensibles. Et puis évidemment, la totale, le riz à la sortie de l'église, les rubans, les dragées, le costard obligatoire, et ça m'est une vraie souffrance, la cravate, les souliers qui craquent, le col trop raide, m'enfin que voulez vous y faire, faut reconnaitre que ça dure pas des mois. Un petit effort, merde, ça va pas te tuer ?

D'autant que dans le cortège, il y avait une amie de la famille, de mon âge, belle, si belle que l'on n'aurait pas dû le lui permettre, rapport aux dégâts sentimentaux collatéraux possibles. Glups, pur et dur désir que le notre, pourquoi n'y a t-il pas un bouton "pause" dans la vie, pour savourer ces instants, ou même, "rewind", et pourquoi pas, grands dieux, qui qui l'est pas d'accord ?

Quelques années plus tard, rebelote. Après le filleul, la filleule. Ceux-là m'avaient subtilement acoquinés avec une marraine d'un tout autre monde, la femme d'un banquier de haut-vol. Si je n'ai fait tâche qu'un seul jour, c'est lors de ce baptême, mais rassurez-vous, j'eus d'autres maintes occasions de passer pour un pèquenal mal débourré. Les parrains-marraines devant s'occuper du cadeau principal, une croix en or massif, genre, avec chaîne de forçat, j'ai donc pu me ridiculiser aussi grâce à mon impécuniosité chronique. La famille venant à ma rescousse essentiellement pour éviter son propre déshonneur.

Maintenant, avec le recul, je dois reconnaitre que j'ai un bon feeling avec mes filleuls. Lui me ressemble beaucoup, en moins bien, faut pas exagérer, et nous nous comprenons, il peut parler avec moi de sujets qu'il évitera d'aborder avec ses parents, plus pénétrés de l'importance de l'apparence et de la réputation. Description euphémistique, hé hé. Bon, on habite pas la porte à côté et je ne suis pas trop donneur de nouvelles, mais la relation est bonne.

Ma filleule, elle, ha, elle, j'ai une grosse admiration pour elle, toujours du côté du vivant : lycée agricole, puis fac de Bio, jusqu'à la thèse, et puis marre du milieu insécurisant et sans doute gonflant de la Recherche, elle veut revenir au concret, à la terre, elle étudie la possibilité de cultures rares, de niches pointues. Se créer son emploi, quoi, En période de financements en chute libre, c'est pas con...

Et puis hier soir, ya calune qui me maile comme quoi elle veut me passer la troisième couche. Elle veut organiser pour la calunette, avec son accord, un baptême républicain !

Avec un maire à la place du curé, de la sangria à la place du sang du christ, de l'eau de vie qui remplacera l'eau bénite, pas de signes de croix, mais d'ébriété, des rondelles de saucisson faute d'hosties et des discours de politique générale plutôt que des lectures d'évangiles.

Je ne voudrais pas paraitre rabat-joie, enfin, je veux dire, pas plus que d'habitude, quoi ? mais je n'accepterai d'être à nouveau parrain que si ce baptême est célébré dans une église catholique, apostolique et romaine, au dessus de fonts baptismaux dûment consacrés à cet usage, avec le curé décoré de toutes ses fucking fanfreluches baptismales, non mais c'est vrai, quoi, sinon c'est la porte ouverte à toutes les hérésies barbares et une cérémonie qui a largement fait ses preuves de sérieux dans le respect de la tradition a vite fait de se retrouver caricaturée en finale de jeux olympiques de tee-shirts mouillés.

Mais non, calune, je déconne, allez respire un bon coup, mais z'oui : j'accepte avec joie d'être un des parrains de la calunette, sans conditions, tu peux même choisir un maire UMP, si tu préfères !

Vive la république ! Vive la france !

jeudi 5 février 2009

Mam'zelle KesskadieLe plus pathétique

Je sais que vous allez avoir envie de rire.

Pour ma part, je suis partagée entre le fou rire et les larmes de désespoir.

Voici mon compte-rendu, mes chummes chéries.

Le prince d'Égypte a continué sa cour avec insistance. Au téléphone, il est très gentil, sauf qu'il a un accent libanais et parle anglais et bégaie parfois ce qui rend la conversation difficile.

Il veut venir me voir. Pas de problèmes, mais je demande à le voir sur la webcam avant.

Bon, j'ai une connexion téléphonique, donc la webcam saute. Il me dit qu'il boite, mais bon, j'ai pas vraiment noté étant donné la pauvre qualité des images que je reçois.

Il a l'air assez bien, un peu grassouillet, mais moi, je lui trouve un air respectable qui ne me déplaît pas.

Donc, on prend rendez-vous.

Ah oui, j'oublie, il me dit qu'il fait cinq pieds cinq.

Il prend l'autobus parce que son auto est en réparation, il est de Montréal.

Pas de problèmes, je vais aller le chercher.

Seigneur, Dieu du Ciel, je le vois descendre de l'autobus.

Il me va au menton, non, soyons généreuse, au nez. il marche comme un vrai canard, la légère boiterie fait que je dois marcher super lentement pour qu'il me suive jusqu'à l'auto. Il sent le patchouli.

il m'a apporté un souvenir qu'il me remet derechef : une porte-carte en simili cuir marqué Montréal avec une feuille d'érable et une feuille d'érable en simili-brass trois couleurs marqué Montréal.

J'en avais les bobettes mouillées... d'avoir envie de rire !!!!

Et comme je lui ai promis qu'il pourrait au moins m'embrasser, il l'a fait en arrivant sur la bouche... yéârk !!!!!!! Une sainte chance que je lui ai jamais promis un french kiss, câlisse, ça m'aurait guéri la libido pour le restant de mes jours...

Bon, je me dis, il a peut-être des qualités cachées... va falloir que je lui en trouve vite, il est onze heures et je suis pognée avec lui jusqu'à huit heures à soir...

Aussitôt embarquée dans l'auto, je sais que je pourrai pas tenir. je me mords les lèvres constamment pour ne pas rire.

Comme toute bonne femme affreuse dans ces situations-là, j'imagine ma gang de chummes sur le siège arrière en train de se bidonner et je suis pas capable, mais pas capable...

Dieu Merci, il doit aller à la pharmacie parce qu'il a oublié ses médicaments, pour le cœur, pour la haute tension, pour le diabète. J'ai pas osé écouter la fin, j'avais peur d'entendre le mot viagra.

Une demie-heure de négoce avec le pharmacien pour qu'il reçoive de la médication...

Je me sentais séduite... par l'idée horrible de le laisser là...

Pendant ce temps, je dis que je dois aller à la toilette.

Là, j'ai fait le bottin complet de toutes mes connaissances de bitches sur mon cellulaire pour trouver une disponible, merci Carole, elle l'était. Je lui dis : tu me rappelles dans une demie-heure, mon père est mourant, pis il faut que j'aille à l'hôpital...

Pis là, je raccroche, soulagée.

De retour avec mon nabot, tout le temps qu'il me parle, je me dis qu'il va falloir que je fasse cet appel-là l'air catastrophée, pis si Carole niaise, je serai juste pas capable de pas pouffer de rire.....

J'ai mal aux joues de me retenir.

Là bon, on va déjeuner. Je trouve une terrasse. Ô horreur, qui vient s'assoir juste à côté de moi ?

La pire langue sale de tout l'hôpital où je travaille !!!!!!!

Heureusement, je le soupçonne de ne pas parler anglais. J'ai juste peur qu'il veuille me prendre la main...

Ce qu'il fait quand nous sortons du restaurant.

On avait l'air de Blanche-neige avec le huitième nain... j'enlève ma main au plus sacrant en lui disant qu'ici, tout le monde me connaît et qu'on pourrait penser qu'il est mon boyfriend.

I am not your boyfriend ?

Stie, ça fait pas une heure qu'on se voit, non !!!!!!

Bon, Carole me téléphone et m'aide en gardant un ton catastrophé (vive les cellulaires, mon Dieu, il m'a sauvé la vie) et là, les filles, je suis assez désespérée que j'ai réussi à pleurer pour de vrai !!!!! De vraies larmes sortaient de mes yeux !!!!!! Je devais aller le reconduire à l'hôpital pour aller au chevet de mon père qui est aux soins intensifs...

Je me serais battue d'être aussi vile, mais je me demande ce qui était mieux, de le laisser partir en lui disant qu'il est une horreur ou que mon père est entre la vie et la mort ?

Bref, j'étais pas capable, j'ai choisi le mensonge.

Alors, là, il me reste une heure à passer avec lui.

Il veut m'acheter plein de trucs la prochaine fois qu'il vient à Ottawa. On s'assoit dans un café, et il fait quoi ?

Non, il a pas regardé les autres femmes, nous étions seuls.

Non, il a pas pris ma main (je la gardais précieusement sur mes cuisses).

Non, il a pas essayé de me pogner les cuisses.

Il a pogné le journal et s'est mis à lire !!!!!!

Je n'en pouvais plus d'être séduite par son besoin d'érudition !!! Cliss, on vient de se voir, et il lit devant ma face le journal d'Ottawa !!!!!!

Enfin, l'heure fut venue de le remettre à l'autobus.

Il m'a demandé si on allait se revoir. J'ai dit non. Qu'un gars qui lit son journal devant moi, chu pas capable. Et que plein d'autres petits détails (dont les petits mensonges qu'il m'a dit sur lui...) font que je ne pense pas que nous ayons une relation.

Il était triste et a dit qu'il n'aurait pas dû venir.

Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas savoir que mon père serait à l'hôpital (moi non plus d'ailleurs) et qu'il fallait se voir pour savoir si nous étions compatibles.

Il m'a donné un bec sur la joue en partant.

Les filles, je trouve ça pathétique d'être looser de même. Pas beau, bégayant, boiteux, petit et comptable (scusez pour les CA ET CGA et autres comptabilités...).

Je suis triste et en même temps, j'ai envie de rire à m'en faire mal aux côtes.

Je vais prier pour lui, qu'il rencontre une femme qui va l'aimer, il est généreux à sa façon.

Et je vais prier pour que ça m'arrive pu...

Mam'zelle Keskadie encore en état de choc, toute seule, un dimanche pm, mais contente de l'être !

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