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dimanche 7 avril 2013

AndiamoRien que pour tes yeux

- Entrez, Madame Fontane, entrez !

Géraldine Fontane, jolie jeune femme, la quarantaine épanouie, entre dans le cabinet de consultations du Docteur Georges Nantais, le célèbre neurochirurgien.

A peine entrée, Georges se penche sur elle et l’embrasse fougueusement.

- Enfin toi, ma chérie… Enfin ! Comment vont tes yeux ?

- Ça empire, Georges ! D’ici un mois ou deux, ce sera la canne blanche…

- Ne dis pas de bêtises, ma chérie, je vais te soigner, tu vas guérir, aie confiance !

Géraldine est atteinte de dégénérescence maculaire aiguë, malgré son jeune âge. La rétine est très sérieusement atteinte, elle se nécrose sans que l’on puisse arrêter le processus. Georges en est conscient, n’est-il pas le meilleur chirurgien ophtalmologiste de Paris ? Il rassure sa patiente qui est également sa maîtresse.

Ils se sont connus il y a tout juste un an. Elle était venue consulter pour des troubles de la vision. Au début, Georges pensait qu’à la quarantaine, des petits problèmes de presbytie pouvaient en être la cause. Leur goût commun pour le cinéma ancien les avait rapproché. Ainsi, chaque fois qu’ils le pouvaient, ils se rendaient dans le quartier latin, rue Champollion. Là, dans les petits cinémas, ils revoyaient pour la énième fois les films de Luis Bunuel ou de Losey. De films en terrasses de cafés, l’amour était né, violent, passionné.

Pourtant, Georges avait dû se rendre à l’évidence, la vue de sa bien aimée baissait de façon inquiétante. Des examens plus approfondis avaient révélé l’affreuse vérité : Géraldine devenait aveugle !

- Tu sais, ma chérie, nous avons encore un recours : la transplantation.

- Tu veux dire une greffe à partie d’un donneur compatible ?

- Oui ! J’y travaille depuis de nombreuses années. J’ai réussi plusieurs fois avec des chimpanzés et, sans vouloir t’offenser, ça a parfaitement fonctionné. Serais-tu prête le cas échéant à tenter l’expérience ?

- Avec toi, mon amour, tout ce que tu voudras…



- Bonsoir Madeleine ! Comment se sent ma petite femme aujourd’hui ?

- Mal, très mal ! Ces migraines ophtalmiques qui ne cessent d’empirer, c’est à devenir folle, et malgré le traitement que tu me donnes ça ne cesse de s’aggraver. Tu sais, Georges, tu ne serais pas le meilleur spécialiste européen, il y a longtemps que j’aurais consulté quelqu’un d’autre !

- Allons, ne dis pas de sottises, tu es en bonnes mains, et je vais m’occuper encore longtemps de ces jolis yeux verts. Je vais t’instiller un nouveau produit, c’est nouveau, ça nous vient des États-Unis, ce produit n’est pas encore sur le marché en France, tu connais la lenteur des procédures. Il fait paraît-il des petits miracles sur des cas semblables au tien.

De gouttes en pommades, il a fallu se rendre à l’évidence, le glaucome diagnostiqué par Georges empirait… L’énucléation était inévitable.



Les semaines puis les mois ont passés. En ce beau jour de juin, Georges Nantais est debout dans la cour d’honneur de Élysée. Il va être fait « commandeur » de la légion d’honneur par Monsieur le président de la République en personne ! Georges est le premier chirurgien a avoir tenté et réussi une transplantation des deux yeux.

Géraldine, l’heureuse bénéficiaire de l’acte chirurgical sans précédent, est là, très fière et heureuse à la fois. C’est son amant qui va être décoré, et elle assistera à la cérémonie avec des yeux tout neufs ! De jolis yeux verts, comme toutes les femmes en rêvent.

Près de Georges, Madeleine son épouse, les paupières closes sur des orbites vides, cachées par de grosses lunettes noires, une jolie canne blanche finement travaillée à la main….

(ch'tiot crobard Andiamo)

jeudi 28 mars 2013

AndiamoChatou



Il existe à Chatou tout près de mon village que l'on nomme Paris, il existe disais-je une île qui porte un joli nom : L'île des Impressionnistes. Sur cette île tendrement enlacée par la Seine, car vous l'aviez deviné la Seine baigne cet îlot de verdure et de calme, ...


... il est le long de la berge une auberge très ancienne nommée "La Maison Fournaise". Elle date du XIXème siècle. C'est là, mais oui Madame, que furent peints de jolis tableaux par ... mais oui, Renoir, Caillebotte et bien d'autres.


Et le plus curieux, Madame, c'est ce poème écrit de la main de Guy de Maupassant lui-même, que l’on peut lire dans le hall d’entrée.

Bien sûr, les murs ont été repeints moult fois depuis, mais on a toujours préservé l'œuvre... je vous en livre le contenu ci-dessous. Cette photo fut prise il y a trois ans déjà lors d'un déjeuner fort agréable offert par nos enfants, à l'occasion de l'anniversaire de leur Maman.


Dans cet établissement d'un autre temps, d'un autre siècle, qui n'a cédé en rien à la modernité hormis quelques lustres et suspensions électriques, on peut encore sentir le parfum de Mimi Pinson, le musc des pensionnaires de la maison Tellier.

On peut aussi louer des yoles, canots ou autres voiliers, construits à l'ancienne dans un petit atelier artisanal tout proche installé sur l’île également. Ces merveilles d’un autre temps sont en acajou vernis, et non ces horribles matériaux composites, sans âme et sans noblesse.


Alors coiffé d'un canotier, le torse couvert d'un "Marcel" les moustaches lissées, pointes dressées vers le ciel, vous emmènerez votre belle promise pour une descente du fleuve Amazone, du Nil, du Yang Tsé Kiang, ou du canal de l’Ourcq, selon vos talents de conteur...

Puis les bras ruisselants de sueur, vous reviendrez, aiderez la belle à prendre pied sur le ponton de bois. La frayeur aura rosi ses joues, accentuant son teint de porcelaine, sagement abrité des ardeurs du soleil grâce à son ombrelle de dentelle blanche.


Vous vous installerez sous la jolie tonnelle, le serveur la taille ceinte d'un grand tablier blanc, vous apportera des rafraîchissements : une citronnade pour la demoiselle, un bock pour vous.


Et dans la douceur printanière peut-être, je dis bien peut-être, oserez vous d'un peu plus près déclarer votre amour à la belle, lui arracher un serment, lui voler un baiser à la dérobée, la faisant rougir comme il se doit à une jeune fille bien élevée.


Avant la tombée de la nuit, vous la raccompagnerez jusque devant chez elle. Vous accordera-t-elle un rendez-vous ?

Oh ! Mais il se fait tard… Je vous laisse, Madame, car m'attend un "sapin" qui me conduira en mon logis de la place des Vosges.

(Daguerréotypes Andiamo)



Alors t’as vu ? On ne fait pas que dans la gaudriole chez Blogbo, nous aussi on a un cœur… D’artichaut ? Ben oui et alors ?...

samedi 23 mars 2013

Tant-BourrinLe Blogbodico (17)

C'est le printemps ! Tout dans la nature respire la joie de vivre et l'énergie !

L'énergie ? Tiens, une idée : et si j'en faisais la thématique d'une fournée du Blogbodico ? Car il y a bien longtemps que je n'ai point complété cette œuvre colossale destinée à être publiée en 200 tomes vers l'an 2098... Pour l'heure, contentez-vous des 16 livraisons précédentes : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 16.

Le Blogbodico, le beau dico qui vous redonne de l'énergie !




Chauvage électrique : (loc.) Perruque munie d'une résistance intégrée permettant aux personnes souffrant d'allopécie de conserver leur cuir chevelu au chaud en période hivernale. Aux beaux jours,.le chauve avisé délaissera son chauvage électrique au profit d'une élégante moumaoût (voir ce mot). Technologies alternatives : chauvière à condensation, poils à mazout (voir ces mots).

Chauvière à condensation : (loc.) Perruque munie d'une système performant de chauffage basé sur la combustion d'une énergie fossile, généralement du de gaz naturel, et la récupération de la chaleur latente de condensation de la vapeur d'eau émise. Moi, je suis un chauve respectueux de l'environnement : ce tuyau derrière moi permet d'alimenter directement ma chauvière à condensation avec mes flatulences. Technologies alternatives : chauvage électrique, poils à mazout (voir ces mots).

Gaz de shit : (loc.) Gaz issu de la combustion du haschich et dont le pouvoir calorifique peut être valorisé. Les opposants au gaz de shit mettent généralement en avant la nocivité des techniques de fracturation (de portes, de fenêtres, etc.) utilisées par les producteurs pour se procurer leur dose.

Hure-à-gnons : (n.f.) Visage antipathique donnant une irrépressible envie de le frapper violemment. Quand la réciproque est vraie, on est face à une situation iso-tape pouvant provoquer une réaction en chaîne. Tu vas voir, ta sale hure-à-gnons, je vais l'énucléer !

Ma-raie-motrice : (adj.) Qualifie une énergie basée sur la force de réaction des flatulences. Ça se sent quand un piéton décide d'avancer plus vite grâce à l'énergie ma-raie-motrice. Ça se sent vraiment !

Mégaouate : (n.f.) Unité de mesure de la puissance de sommeil. - J'ai bien dormi cette nuit, ma chérie, un sommeil d'au moins 20 mégaouates ! - Eh bien moi pas ! Car tes ronflements, eux, faisaient au moins 130 décibels, sans parler de tes flatulences de force 9 sur l'échelle de Beaufort !

Moumaoût : (n.f.) Coiffure de cheveux postiches légère et aérée, destinée à être portée pendant les mois de forte chaleur. En été, on porte généralement la moumaoût sans sous-tifs, afin de laisser le cuir chevelu respirer.

Panneaux salaires : (loc.) Panneaux d'affichage sur lesquels sont exposés, dans certaines entreprises, les salaires des employés pour les inciter à découpler leur énergie au travail. - Pfff, je suis crevé ! Je bosse comme un âne depuis un mois pour prouver que je mérite de gagner ce qu'il y a sur le panneau salaires. - Eh bien, moi, ce n'est plus le cas ! Je prépare mes cartons : mon nom figure sur le panneau radiant !

Poils à mazout : (loc.) Perruque muni d'un système de chauffage intégré basé sur la combustion de mazout. - Ouah ! Qu'est-ce que tu as bonne mine ! Tu es drôlement bronzé, dis donc ! Tu es parti en vacances sous les tropiques ? - Non, c'est juste de la suie : le brûleur de mes poils à mazout est encrassé. Technologies alternatives : chauvage électrique, chauvière à condensation (voir ces mots).

Pompes à chaleur : (loc.) Chaussures équipées d'un système de chauffage intégré, destinées à éviter les engelures en période hivernale. Grâce à un astucieux système de valorisation thermique des déjections canines, j'ai transformé mes pompes à merde en pompes à chaleur.

mardi 19 mars 2013

AndiamoTintin s'empâte !

Trente ans... trente ans déjà Hergé nous quittait, exactement le 3 mars 1983 !

Notre ami "GDBLOG" lui a rendu un bel hommage à cette triste occasion. Tous les amoureux de la belle B.D n'oublieront jamais Georges Rémy qui a tant fait rêver les générations d'enfants que nous étions.

Mes parents n'étaient pas assez riches pour nous offrir des albums de Tintin. Aussi mon petit voisin Daniel, un peu plus jeune que moi, et dont les parents étaient un peu plus aisés que nous, me prêtait les fabuleux albums. Je les ai lus et relus, je les connaissais par cœur !

Je me suis offert toute la collection quand j'ai eu une trentaine d'années... Hier en somme ! La magie était intacte : je crois bien qu'en les lisant de nouveau, j'avais huit ans !

La souris de l'abbé Jouvence en somme, HEU... La jouvence de l'abbé Souris plutôt.

Depuis trente ans, c'est à dire depuis qu'il ne fout plus rien, il s'est empâté le garnement. "GDBLOG" l'a représenté fort bien d'ailleurs, bedonnant et avachi dans un fauteuil ! Quelle déchéance pour le roi des globe-trotters.

Au lieu et place du sirop "Typhon", je propose à notre cher TINTIN une escorte-girl bien gironde, qui grâce à ses talents et son sens du devoir, saura rendre à notre intrépide voyageur toute sa superbe.

PS : J'ai gribouillé ce semblant de bifton biscotte mes collègues ont la rame !!!

(ch'tiot crobard Andiamo)

mercredi 13 mars 2013

AndiamoAch gross Paris !

Tant-Bourrin nous a bombardé les "Catchers", chacun ses idoles... Moi, c'est la MISS !


Une petite balade dans mon village, ça vous dit ? Pour les plus grincheux, collez-vous à votre fenêtre, respirez la bouse plutôt que le CO2, les particules… ta mère, et le monoxyde de carbone. Collez-vous-en plein les mirettes.

Début mars, il faisait un temps splendide, j’ai pris mon appareil photo, celui que mes petits enfants m’ont offert, entièrement fabriqué avec de la pâte à modeler, des nouilles et du papier crépon… Mais oui !

J’ai débarqué place Saint-Michel, sur le boulevard du même nom, en métro bien sûr ! Moi, j’aime bien le métro : on n’y attrape pas de coups de soleil, il y fait sombre, ça ne sent pas l’iode, ni les foins A..A… A.. TCHOUM ! Il n’y pleut pas, température constante, c’est i-dé-al ! Et puis que des gens souriants…


C’est beau une bouche de métro tout de même ! Derrière, on aperçoit l’un des dragons de la fontaine Saint-Michel.


Juste à côté : la place Saint-André-des-Arts, et la rue du même nom. Euh… Que vois-je ? Un pub Irlandais ! Super ! Je rentre. Sympa l’ambiance ! Les loufiats : des Australiens à peine dégrossis en français. Qu’à cela ne tienne, je jacte trois mots de British quand je suis bourré et quatre sous la torture : ça en fait sept tout de même ! Assez pour commander « una cervesa » ! Il me sert un jus de tomates. Ne voulant pas refaire Waterloo, je bois, je paie et je ferme ma gueule.


J’emmanche (en tout bien tout honneur) le quai Conti. Nous sommes rive gauche, je dis ça pour les ceusses de Boue-sur-Vase, ou de Bourre-la-Petite. Des bouquinistes sympas, des chalands qui ne le sont pas moins. Pas farouches les Parigots : tu dis bonjour, un sourire et t’attaques une jactance sur les bandes dessinées années cinquante, et hop, t’as passé vingt broquilles à discutailler… Au loin le Pont neuf (au passage, c’est le plus vieux pont de Paris).

Chouffe en face… Oui, là, j’ai vu un mec en gabardine et une quinze six cylindres… Non, c’est pas possible, il avait un vieux bada et il fumait des papiers maïs ! Putain, c’est bien le 36 quai des Orfèvres, alors ce serait... ?


J’ai bien marché depuis la dernière photo ! Dans le fond : le pont des Arts…


Si par hasard
Sur l'pont des Arts
Tu croises le vent
Le vent fripon
Prudenc' prends garde
A ton jupon



Je suis sur le pont des Arts… Et regardez tous ces cadenas, les amoureux y scellent leur amour… Bande de cocus ! L’amour doit être libre, ce ne sont pas des chaînes, s’il s’en va c’est que tu n’as pas su le garder, mais s’il reste, alors…


Je suis maintenant sur la rive droite, un quai au nom de Tonton… le quai François Mitterrand. L’a-t-il mérité ? Le pont des Arts en contre-jour, au fond l’Institut, là où se réunissent nos académie-chiens !


Quand les vieux barbus de l'Institut
Quittent leurs besicles
Pour entendre au loin
Le piano moulin
Qui leur fait l'article.
(Léo Ferré, le piano du pauvre)



En toile de fond, le Pont neuf et la Conciergerie. Pour les amoureux de la nature, j’ai pris un platane en premier plan.


Là, vous la voyez mieux, la Conciergerie ? Ce fut tout de même la première demeure des rois de France dans la capitale et … prison sous la révolution.


Et là, sous mes yeux étonnés, que vois-je ? De la barbaque qu’on livre chez « FINDUS » !


Et ça ? Hein ? Mais non, les mecs du sud, ce ne sont pas des poteaux de rugby ! La plus belle cathédrale du monde… Chauvin, moi ? Pas qu’un peu, mais j’assume totalement !


Insolite, ce petit établissement sur le quai Montebello, juste à côté de la place Saint-Michel, un vrai p’tit coin de village !

Et voilà, la visite est terminée, je vous ai baladé dans mon village, qui est le plus beau du monde !

vendredi 8 mars 2013

Tant-BourrinMes disques de légende [1] : Catchers - "Mute"

L'exercice est périlleux, je le sais, qui consiste à faire du prosélytisme musical, à vouloir partager ses coups de coeur. Mes co-blogueurs vont bâiller d'ennui, la plupart des lecteurs zapperont, n'ayant pas plus d'une minute à consacrer à la lecture d'un billet; Mais tant pis, dussé-je bloguer dans le vide, j'ai décidé de présenter, de-ci de-là quelques-uns des albums qui me sont le plus chers, ceux qui brillent au firmament de mon Panthéon personnel, à tout jamais...

1994. La Britpop déverse son écume sur la plage de nos oreilles, avec son lot de perles (les Boo Radleys, PJ Harvey, Martin Newell...) et d'huîtres frelatées (Oasis). De l'autre côté de l'Atlantique, le catterpillar du grunge, qui dévastait tout sur son passage, voit son moteur caler avec la mort au parfum de plomb de Kurt Cobain.

Et puis, soudain, surgis de nulle part, il y eut les Catchers.

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lundi 4 mars 2013

AndiamoLe pont

Elle était accoudée à la rambarde du pont des Arts, comme un matelot à son bastingage, une gribelle « Gavroche » posée sur sa tête. Cigarette à la bouche, elle fumait comme un homme, je parle des mecs qui bossaient en usine, la clope toujours collée à la lippe. Car prendre une cibiche dans ses pognes quand elles sont pleines de cambouis, ça gâche le cambouis justement !

Les cadenas bloqués par tous les locdus qui tenaient pour éternel leur amour ainsi verrouillé, alors qu’ils ignorent ces pauvres cons que l’amour a besoin de souffle, d’air, de liberté, d’une paire d’ailes comme une jolie colombe… S’il s’envole ? C’est que tu n’auras pas su le captiver, le nourrir suffisamment et c’est tant pis pour ta tronche, faut savoir leur parler… les étonner… les aimer.

Je m’approchais. Elle était belle, une belle chevelure blonde, et quand elle a tourné son visage vers moi je n’ai vu que ses yeux … verts, et là le choc ! Cette gisquette... Mais ça n’était pas possible, je l’avais rencontrée cinquante balais auparavant ! Du coup j’ai fait tomber la mienne de tige, une gauldo années cinquante sans filtre, la camarde au bout du perlot ? Peut-être, mais alors plus vite !

Elle s’est baissée et m’a tendu ma clope…

- Tiens, on fume les mêmes ! Des cibiches d’homme aurait dit Audiard ! Aujourd’hui, on n’en trouve pas facilement, ainsi je me les procure…

- Au bar-tabac qui fait l’angle de la route de Flandre et de la rue Mathis continuai-je. Le Balto, tu ne changes pas tes habitudes Sylviane. Malgré les longues années, tu ne changes rien, pas même toi !

Elle me regarda avec insistance, fronçant légèrement les sourcils.

- Rémy !… Tu es Rémy, ça y est, je te reconnais ! Putain, ça fait un bail !

- Près de cinquante balais, ma belle amazone !

- Ah oui, tu m’appelais ainsi, je m’en souviens, à l’époque je montais dans un haras du côté de Chantilly.

- A la Chapelle-en-Serval exactement.

- La vache, quelle mémoire ! C’étaient des années bénies, je les ai appelées : « les années baise à l’aise », la pilule, pas encore le sida, alors on s’en est donné à cœur joie, ce qui est pris n’est plus à prendre : CARPE DIEM ! Combien de temps sommes-nous restés ensemble ?

- Quatre mois, douze jours et sept heures…

- La vache, t’avais tenu une comptabilité ?

- Non, mais y’en a qui auraient bien voulu que le carpe vive un peu plus qu’un diem ! Mais toi, Sylviane, tu n’as pas vieillie, c’est quoi ce truc ? Tu débarques d’où ?

- Je suis venu dans mon OVNI, me dit-elle en me montrant un vieux gréement amarré quai Conti, là il est camouflé en barlu, biscotte ça attirerait les curieux. S’en suivit un formidable éclat de rire.

- Je me souviens que tu redoutais septembre à cause de cet hiver dont tu ressentais les prémices, aux premiers vents aigres et aux feuilles qui tombaient. Tu avais horreur des arbres dépouillés, on dirait des squelettes disais-tu… BEURK ! Tu vis où maintenant ?

- En Guadeloupe, je suis venue passer quelques jours à Paris, un coup de nostalgie. On va boire un kawa ? Je crèche à deux pas, un copain qui est en visite à Saint-François chez ses parents m’a prêté sa piaule, il savait que j’avais un peu le blues de Paris.

D’autor elle a passé son bras autour du mien, je suis revenu près de cinquante ans en arrière, sauf que maintenant c’est moi qui ai du mal à la suivre…

- J’habite rue de l’Echaudé…

- Sais-tu où on le met, l’index, dans la rue de l’Echaudé ?

- Dégueulis, dégueulis, voilà l’Evèque qui vomit ! Et nous éclatons de rire en nous remémorant ce poème de Prévert.

C’est à quelques pas, une chambre de bonne au sixième sans ascenseur, elle a grimpé ou plutôt avalé les six étages d’un trait, moi derrière je souffre un peu et souffle beaucoup !

- Mais comment tu as fait ? Près de cinquante balais et tu n’as pas pris une ride ni un gramme d’ailleurs ! Tu vis seule apparemment, pas de mec, pas de mômes ?

- Pas pris un gramme ? En disant cela, elle a retiré son pull, elle est nue dessous. Libertad ! ni mec, ni chiares, pas un mec mais des mecs… Je ne suis pas une nonne !

J’ai tout oublié, le lieu, le temps, mes rides, et tout le reste…

Puis elle s’est levée a allumé une clope, me l’a collée entre les lèvres.

- C’est bon après l’amour, a-t-elle dit en allumant la sienne avec un vieux « Zippo » à essence bien puant !

Toujours nue, sans complexes - et il y avait de quoi ! -, elle se baladait dans cette pièces en tirant sur sa sèche, l’œil droit fermé à cause de la fumée, elle préparait un kawa, après tout on était venus pour ça non ?

Elle ouvrit un petit placard, en sortit un grand pot de verre dans lequel se trouvait une sorte de gelée verdâtre, elle y plongea une cuiller à café et la porta à sa bouche en faisant une grimace.

- Ça a l’air dégueulasse ce que tu bouffes ? lui dis-je.

- Si il mio caro, ma quando drovebbe essere ! *

C’est vrai qu’elle avait des origines Ritales, elle s’appelait Marcelli ou Morcelli… Un truc comme ça.

Je me levais, elle avait posé le bocal sur le coin de la minuscule table qui lui servait aussi bien pour taper sur son P.C. que pour manger, dans 14 mètres carrés, c’est difficile de se loger.

Je plongeais la main dans le bocal en retirait une belle quantité de ce truc verdâtre, que j’engloutissais d’un coup ! L’amour que nous venions de faire m’avait donné une faim de loup.

- NON CHE ! hurla-t-elle à s’en péter les carotides !

Depuis, elle s’occupe de moi, je dois avoir 10 ou 11 ans, je ne l’épouserai jamais… Nous ne vieillissons pas !

* quand il faut, il faut.

(chtiot crobard Andiamo 2013)

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