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lundi 8 février 2010

AndiamoAm stram gram

Petit, plutôt chétif, les cheveux en bataille, pas plus con que la moyenne, pas plus malin non plus, Lulu détestait les jeux brutaux tels que le foot, la balle au prisonnier ou les bagarres, même "pour rire"…

Lulu préférait raconter les films qu’il n’avait pas vus, quelques photos en noir et blanc placardées sur la façade de ses cinémas de quartier, bien à l’abri dans leurs cadres fermés par une vitre.

Il rêvait devant les Jane Russel, Joan Crawford et autres Maureen O’Hara, ou Cyd Charriss et ses jambes interminables.

Il n’était pas le souffre-douleur de ses copains, loin de là, mais on ne le choisissait jamais pour être l’équipier lorsque se disputait une partie de gendarmes et de voleurs.

Alors, dans la cour de récré, il se calait dans un coin du perron menant aux classes et racontait à un copain aussi freluquet que lui le dernier film avec Lana Turner. L’autre l’écoutait, les yeux écarquillés, la bouche béante, admiratif de celui qui chaque semaine allait au cinoche !

Mensonge, bien sûr ! Il y allait parfois, mais pas aussi souvent qu’il voulait bien le raconter.

Celui qui l’agaçait le plus dans cette petite cour d’école de banlieue, avec ses platanes bien rangés comme à la parade, c’était Riton, le fils du bijoutier : un crâneur, comme on disait à l’époque. Aujourd’hui, on dirait : un bouffon !

Toujours un beau tablier noir avec un petit liseré bleu marquant le col, un joli cartable en cuir, impeccable, il n’allait pas chaque fin d’année chez le bouif pour se faire raccommoder. Non, un neuf à chaque rentrée des classes, et puis des bonbecs plein les glaudes, ça agaçait profondément Lulu.

Un matin, à la récré de dix heures, il se retrouva dans le coin près du préau en compagnie de Riton. Tous deux avaient été attirés par un petit morceau de papier jeté à terre. En s’approchant, ils virent que c’était une image : elle représentait Buffalo Bill chassant les bisons. Cette image faisait partie d’une collection que l’on se procurait en achetant des tablettes de chocolat "Delespaul Havez", une marque aujourd’hui disparue…

- Je l’ai vu en prem', s’écria Lulu.

- Non, c’est moi, répliqua Riton.

- On va pas s’ bagarrer pour une image, on va la jouer à la comptine, proposa Lulu.

- Ouais, acquiesça Riton.

Mais au lieu de la sempiternelle :

Une vache qui pisse dans un tonneau
C’est rigolo
Mais c’est salaud !

... Lulu, en fin stratège, proposa l’am stram gram, en prenant soin de commencer par lui : il savait d’expérience que lorsqu’ on est deux, le GRAM final tombait sur l’adversaire.

- Le dernier touché est éliminé, avait-il pris la précaution d’annoncer.

- D’ac’, avait rétorqué le nanti.

- Am stram gram
Pic et pic et colégram
Bour et bour et ratatam
Am stram gram.

A peine le doigt posé sur Riton, le GRAM prononcé, ce dernier dans un petit nuage bleuté disparût ! Volatilisé, désintégré, ventilé…

Lulu était là, planté dans le coin du perron, interloqué, il connaissait des rapides à la course à pied... Mais là !

Alors il se baissa, ramassa l’image, l’enfouit dans sa poche au moment où Monsieur le directeur sifflait la fin de la récré.

On l’a cherché, le fils du bijoutier ! Au début, on a cru à une fugue, même à un enlèvement par des Bohémiens, les légendes avaient la peau dure à cette époque, mais rien. Les flics sont venus enquêter, jamais on a interrogé Lulu. Personne ne l’avait vu coincé entre le perron et le préau en compagnie de Riton. Et puis, avec son air candide, nul ne l’aurait imaginé perpétrant un mauvais coup. Pas comme ce Camille ou ce Bébert, des durs, les terreurs de la cour de récré, on les a cuisiné le rouquin et le tondu… En vain.

Les parents ont beaucoup pleuré, le temps a passé, mais Lulu gardait enfoui, au creux de son estomac, le petit nuage bleuté.

A douze ans, il était au cours complémentaire - on ne parlait pas de collège alors -, en cinquième, une scolarité normale, sans éclats, piano, piano…

Ma che va piano va sano… Comme le disait son Rital de Papa. Les profs étaient plutôt sympas, à l’exception de cet enfoiré de "Néron". C’est ainsi qu’ils surnommaient le prof de maths, à cause d’un pébron de la taille d’une grosse fraise, fruit d’une longue et patiente métamorphose due au Beaujolpif dont il était friand !

Un beau matin, Néron, suite à un cours magistral sur les propriétés géométriques des parallélépipèdes rectangles, s’adressant à Lulu, lui demanda :

- Un quadrilatère qui a ses diagonales ayant le MÊME milieu est un…

- Euh… balbutia Lulu, la tête baissée sous le regard de Néron.

- C’est un parallélo… commença l’imposant prof, tandis que sa lourde main s’abaissait pour une pichenette sur le sommet du crâne ignorant de Lulu.

Dans un réflexe de protection, Lulu mis sa main sur sa tête tandis qu’il finissait le mot amorcé par Néron.

- GRAMME ! lâcha-t-il au moment où la lourde main touchait la sienne.

PFFTTT ! Un petit nuage bleuté et Néron disparut… Volatilisé, désintégré, ventilé…

Immédiatement, Lulu songea à Riton. Merde, ça recommençait ! Et là, toute la classe avait vu le prodige, le miracle.

Un immense fou rire agita la très sérieuse cinquième B, attirant "Bobosse", le prof de Français, qui donnait son cours dans la classe adjacente.

- Mais où est Monsieur Trouilland ? Vous avez Mathématiques à cette heure ?

- Ben, on sait pas, répondirent en chœur les angelots.

Une enquête fut menée et n’aboutit pas, bien sûr. De ce jour, les enfants regardèrent Lulu différemment : mi-crainte, mi-respect. Un mec capable de faire disparaître cent soixante-dix livres de barback bien fraîche, comme ça d’un coup, c’était louche… très louche.

Alors la vie a continué de couler tranquille pour Lulu, études arrêtées à la cinquième, puis une école de comptabilité. Un C.A.P. au bout de trois ans, pas glorieux, pas foireux non plus, le lot de beaucoup de jeunes de l’époque. Au boulot à dix-sept ans, juste assez d’argent pour une Vespa d’occasion, et quelques billets pour la gambille du samedi soir, et même parfois une soupe à l’oignon aux halles… La fête Elisabeth !

Ce bureau tristounet dans une boîte d’Aubervilliers, de grandes fenêtres grillagées, un chef de service qui fumaient des Boyards dégueulasses. Il rallumait ses clopes à longueur de journée et venait donner ses ordres sous le pif de Lulu. Il y a des matins où il lui aurait gerbé dans les bacchantes, tant le remugle lui soulevait le cœur.

Un lundi matin, encore fatigué par son week-end passé à gambiller, Lulu arrive au bureau. Le blaireau (c’est le surnom qu’il donnait à son chefaillon) se pointe, l’œil mauvais, le "boyard" humide à force d’être machouillé.

- Vous avez vu vot’boulot ? C’est quoi cette organisation ?

- Organigramme, rectifia Lulu en posant sa main sur l’avant-bras de son chef…

Petite fumée bleue et PFFFTTTT… plus de blaireau. Volatilisé, désintégré, ventilé…

Ils étaient seuls dans la pièce à ce moment-là, pas de témoins.

Encore une fois, une enquête qui se termina en eau de boudin. Il faut dire que se décarcasser pour retrouver un vieux garçon de cinquante-huit balais, fumant des boyards, n’avait rien d’excitant.

Lulu commençait sérieusement à croire en son super pouvoir, il s’en amusait même, car il avait testé sur une de ses petites amies, à l’occasion d’un jeu en dernière page d’un magazine : des mots étaient "emmêlés", il fallait en retrouver le bon sens.

- C’est quoi ce truc ? avait questionné Nicole.

- Une anaGRAMME, avait répondu Lulu en lui souriant, et en posant sa main sur son épaule.

Rien ne s’était produit, il en avait conclu que le phénomène ne se produisait qu’avec les gens qu’il détestait, cela le rassura.

Un dimanche matin, Lulu, la quarantaine, marié, deux enfants, garçon et fille, respectivement douze et huit ans, va faire son marché. Un mot aimable à son fruitier, un petit sourire à la crémière, et enfin la file d’attente devant l’étal du boucher. La mine renfrognée, Lulu attend.

Il observe son boucher, un gros rougeaud adipeux, qui lui coupe toujours des morceaux beaucoup plus gros que la quantité demandée.

- Alors, qu’est-ce que je lui sers au p’tit Monsieur ?

- Un rosbeef d’une livre, s’il vous plaît.

- Et ce sera TOUT ? interroge le louchébèm' avec un petit air de dédain.

- Ben oui…

La viande enveloppée dans son papier, le boucher la pose sans délicatesse sur la balance :

- Y’a six cent soixante-dix grammes… J’fais c’que j’peux hein ?

- Ouais, en attendant, c’est moi qui paye les GRAMMES supplémentaires, répond Lulu, en touchant la main qui lui tend le paquet…

Petite fumée bleue et PFFFTTT….Volatilisé, désintégré, ventilé…

La bouchère hurle, elle a tout vu, ses gros nichons ballottent tandis qu’elle se précipite là où était son boucher de mari trois secondes plus tôt.

- Qu’essse que vous lui avez fait à mon Maurice ? Hein ?

- Mais rien, je ne sais pas, il était là et puis PFFFTTT plus rien, vous avez vu n’est-ce pas ?

- Oui, j’ai vu et j’comprends pas.

Comme d’hab… L’enquête n’a pas aboutie.

Après avoir testé au cours des mois suivants, et toujours avec succès, les programmes, diagrammes, hologrammes et autres électrocardiogrammes, il s’était débarrassé d’un grand nombre de connards qui pourrissaient sa vie.

Un soir, un ultime audiogramme envoya ad patres une harangère qui l’avait vertement invectivé, à cause d’une bousculade dont il n’était pas responsable, et qui lui hurlait dans l’oreille des injures dignes d’une Madame Angot. Il lui avait saisi le bras en lui conseillant d’aller se soumettre à un audiogramme.

Petite fumée bleue et PFFFTTT… Volatilisée, désintégrée, ventilée…

Rentré chez lui, le sourire aux lèvres, heureux de son dernier "exploit", après avoir embrassé son épouse, il se rend dans la chambre de sa fillette, petit bisou, puis direction la chambre de Christian son fils.

Ce dernier, sagement installé devant son bureau, le "BLED" ouvert devant lui, peine laborieusement sur un exercice de grammaire.

- Alors garçon, ça va ?

- Ah non, pas du tout ! répond-il en posant sa main sur la main de son père. Fait ièch' le Deblè avec ses exercices de reGRAM' !

Petite fumée bleue et PFFFTTT…. Lulu : volatilisé, désintégré, ventilé…





Pour Françoise (et les autres), ce petit rajout suite à ton commentaire...

(ch'tiot crobard Andiamo pour blogbo)

vendredi 5 février 2010

Saoul-FifreRas l'blog

Vous me connaissez, je suis pas le genre à cracher dans la soupe, d'abord j'adore la soupe. Je suis pas comme mon second fils qui nous fait une crise de paranoïa aigüe chaque fois qu'il y en a sur la table, c'est à dire tous les soirs en hiver. Ce grand benêt (oui je trouve qu'on n'emploie pas assez le mot de "benêt") est persuadé qu'on le fait exprès pour l'embêter, c'est vous dire son niveau. Il croit qu'un régime à base de macaronis-rapé-beurre c'est équilibré si on fait glisser avec un cocktail de vitamines. Bon je vais arrêter de parler des maniaqueries gastronomiques de mes enfants sinon je vais encore mal digérer ma paella améliorée au restant de couscous.

Et le plus beau, c'est que, quand le sujet vient sur le tapis, toute la famille se retrouve pour dire que c'est de ma faute, que si quand ils étaient bébés je leur avais pas préparé amoureusement de tout mon cœur, des petits pots mixés "maison", à base de poivrons grillés, d'oignons revenus et d'aubergines à l'ail, hé ben ils seraient pas si dégoutés ???

Fouler ainsi au pied mes sentiments pas ternels du tout, qu'y disent, le perfectionnisme de mon projet éducatif, et je ne parlerai même pas de mes talents culinaires qui ont clafi des murs dans la France entière, jusqu'à ceux de notre soigneuse (et regrettée) Manou.

Je sais pas du tout pourquoi je vous parle de ces petits soucis domestiques, ce n'est pas du tout le sujet du jour.

Non je voulais vous dire que je vous aime bien, tous, non mais pas Pascal quand même, il m'angoisse trop avec ses histoires gore de mec qui court avec un pied fracturé, ça me rappelle "On achève bien les chevaux" et moi j'ai un auto-collant avec "Manger Crin-Blanc ou Tornado ... jamais !", ce qui n'a rien à voir, d'ailleurs.

Je vous aime tous, vous, les membres de la blogosphère, voilà mon sujet. J'aime cette grande idée de créer en public, en ayant des retours immédiats, j'aime ces aires de repos au bord des autoroutes de la communication, devant lesquelles des inconnus passent, et quelque fois s'arrêtent, jusqu'à y élire domicile, presque, quelquefois...

Les rencontres que le blog m'a permises, quand on passe de l'autre côté du miroir, quand le commentateur se fait chair, quand le pseudo bascule, fait un roulé-boulé et se relève en prénom, ont toutes un petit côté magique. Sans elles, dorénavant, je ne serais plus le même. Je ne citerai pas toutes les tronches croisées, découvertes, mais Manou, oui, la poète absolue. Je hais son job aux griffes possessives qui nous prive de ses fulgurances hilares et de son humanité rare.

Et plein d'autres, devenus de vrais amis. Mais vous êtes trop nombreux ! Je ne crache pas dans le potage mais qu'est-ce que ce web est chronophage ! En plus, comme une volée de moineaux dans les blés juste germés, venant de Blogspot, ont atterri chez nous plein de nouveaux, pleins de talents et bien polis ! Quand Épamin' et ses copines commentent, on se croirait téléporté dans ce Forum 1926 que nous avait présenté Tant-Bourrin il y a trois ans. C'est rafraichissant.

Alors je sais pas comment vous faites (je parle aux "actifs", là), mais je ne suis pas encore à la retraite, surtout s'ils nous l'annoncent pour nos soixante et dix ans, et j'ai du mal à assurer mon quota de commentaires, de billets, tout ça... Et puis Lundi, on part en congés, je sais pas si je vais prévoir un petit quelque chose. On verra.

Mais même avec des yeux dans le bouillon, je penserai très fort à vous, esclaves, galériens enchainés à vos blogs.

mardi 2 février 2010

Tant-BourrinUne histoire assez space

Une histoire assez space
Un récit podcast de Tant-Bourrin



téléchargeable directement ici


Avec les voix de :

Commandant Somuchnag : Tant-Bourrin
Drunkfife : Tant-Bourrin
Letsgo : Tant-Bourrin
Base terrestre : Tant-Bourrin
Tant-Bourrin : Tant-Bourrin
Tant-Bourriquet : Tant-Bourriquet

... et le concours de :

Ingénieur du son : Tant-Bourrin
Prise de son : Tant-Bourrin
Mixage : Tant-Bourrin
Post-production : Tant-Bourrin
Bruitages : Tant-Bourrin
Production : Tant-Bourrin

samedi 30 janvier 2010

AndiamoNotre Edam est parti

Notre Edam est parti !

Je me Saoulfifrelise, sans toutefois égaler le maître, mais que voulez-vous ? C’est contagieux, bien plus que la grippe H-hein ?-n’a rien.

Je suis allé voir l’exxxxcellente comédie musicale de Luc Plamendon et Richard Cocciante : Notre Dame de Paris.

A cette époque, les comédiens la jouaient depuis un mois seulement, le spectacle était suffisamment rôdé et les comédiens avaient leur fraîcheur intacte.

Je… Nous nous sommes régalés ! Plus de deux heures assis sans sentir mon cul ! C’est un signe qui ne trompe pas : quand tu ne sens pas tes fesses au cours d’un spectacle, c’est qu’il est bon ! (le spectacle, pas ton cul !)… Quoique.


P.S. : par avance je décline toutes les offres qui me seront faites, tant les "music Awards" que les éventuelles propositions de Patricia Coquatrix en vue d’un passage à l’Olympia.

Idem en ce qui concerne la "Starac" : j’ai passé l’âge de prendre des douches en public !

Croyez bien, cher Monsieur Manouchian, que j'en suis profondément désolé.


Après Sarkmania, voici : Notre Edam est parti.



Le temps des p’tits casse-dalles



Pelle



Ouais, bien sûr, c’est une vieille voix, mais je serais curieux de vous entendre chanter, juste un peu, histoire de me rendre compte…

mercredi 27 janvier 2010

Saoul-FifreLe Monsieur

Le Monsieur, dans mon petit village du Périgord d'une centaine d'habitants, c'était le Maître, l'instituteur, enfin en aucun cas l'enseignant, et nous ses apprenants, selon le langage mammouth actuel ?

Dire le respect qu'il y avait derrière cette appellation est difficile. Le Monsieur, traduction approximative de Lou Moussu, c'était traditionnellement le seigneur ou le bourgeois du village, le seul qui savait lire et écrire dans la commune, le seul à être abonné à un journal, à posséder des livres, le seul qui pouvait défendre ses voisins paysans dans leurs affaires de justice ou d'impôts, celui qui leur lisait les lettres du fils au front, qui répondait aux pudiques, aux allusives lettres d'amour... Il expliquait, il conseillait, négociait, décortiquait les nouvelles lois.

Il était l'indispensable rouage de la communauté. Sans lui, les habitants auraient été des serfs, des animaux.

Alors bien sûr, fallait quand même pas exagérer non plus, l'ancien château ou gentilhommière construit en sentinelle en haut de la petite colline a été démoli, sans doute à la révolution, et fut érigée à sa place la mairie accolée à son école obligatoire, laïque et républicaine. Jules Ferry leur envoya un de ses hussards chargé d'unifier la France par l'apprentissage en force du français, et Lou Moussu devint Le Monsieur, objet de toutes les admirations, qui reprit le rôle.

Quand je vois les parents actuels demander RV aux "professeurs des écoles" pour rouspéter contre la faiblesse des notes de leur petit génie incompris ou contre la dureté des exercices, voire pour leur casser la gueule ou se plaindre à l'inspecteur d'Académie, je me dis que j'ai dû passer le mur du con sans m'en apercevoir et que je vis désormais dans un monde parallèle aux valeurs symétriquement inversées.

Dans les années soixante, au simple évoqué de Monsieur Mesnard, tous les présents se mettaient à baver et leurs yeux à briller, extasiés. Le Monsieur, c'était le Bon Dieu descendu sur terre, c'était un fait acquis. Quand mes parents, ou ceux de mes copains, le rencontraient, ils le saoulaient de félicitations et la conversation finissait toujours par "Et n'ayez pas peur de le visser, il a tendance à se laisser aller".

C'était juste histoire de garder la corde tendue, car la moyenne de la classe tournait autour de 18/20. Nous nous battions comme des lions pour obtenir et conserver l'estime du Monsieur. C'était une classe unique, de la maternelle au certificat d'études dans la même pièce, avec le même Monsieur, alors il fallait respecter le travail des autres. On entendait les mouches voler et ronfler le poêle Godin. Nous étions suspendus aux lèvres du Monsieur, d'où sortait une voix calme et bien timbrée. Si nous voulions poser une question, nous levions le doigt et nous attendions d'être désignés par la longue règle. Seul le crissement de la craie troublait le silence lors du calcul mental : le Monsieur écrivait l'opération au tableau, nous nous jetions frénétiquement sur nos ardoises pour être le premier à la lever à bout de bras, revêtue du résultat exact, jamais faux. Notre but était bien de lever l'ardoise le premier. Nous recensions nous-mêmes nos points, le Monsieur nous faisait confiance. Pour pouvoir s'occuper des autres niveaux, il nous donnait des devoirs, ce qui fait que le soir, nous étions entièrement libres dès le portail de l'école franchi. Si nous avions fini avant les autres, nous pouvions aller silencieusement au fond de la classe emprunter un livre sur les rayonnages. Ou bien il nous embauchait pour faire lire des plus petits. Ou bien on aidait les moins rapides. En chuchotant, on avait le droit.

Un des rôles que la petite communauté villageoise attendait de lui était la préparation du spectacle de fin d'année. Nous faisions tout, décors, costumes, aidés par les mamans, il fallait apprendre des saynètes, des danses, des poèmes. Il fallait faire le tour des fermes pour recueillir des lots pour la tombola, c'était toute une histoire. Le jour dit, tout le village était là dans la salle des fêtes, payait son entrée, et à l'entracte buvait un coup en mangeant les gâteaux faits maison. Le bénéfice de la soirée payait à toute l'école un voyage touristique en car. Nous, petits ploucs sans même la télé, avons visité ainsi Banyuls, Carcassonne, l'île de Ré...

Je me souviens aussi que, tout pilier laïque et athée de la société que le Monsieur était, son attitude envers son "adversaire" le curé était neutre et respectueuse. Il laissait filer en avance ceux qui devaient aller au catéchisme ou aux "retraites", sans petit sourire ni la moindre remarque.

Un jour, Monsieur Mesnard tomba malade et l'on vit arriver un jeune remplaçant, frais émoulu de l'Ecole Normale, à qui il nous fallut tout expliquer les règles, bien comme il faut, comme les appliquait le Monsieur. L'apprenti instituteur fut très sage et nous obéit en tous points. Et nous n'eûmes pas la cruauté de relever ses évidentes lacunes en matière de pédagogie. À l'impossible, remplacer le Monsieur, nul ne peut être tenu.

Il ne s'agissait pas d'un de ces arrêts-maladie de complaisance puisque nous enterrâmes notre Monsieur peu après.

Monsieur Marsac, au caractère au moins aussi bien trempé, mais à la santé meilleure, réussit à se faire titulariser dans nos cœurs, à la satisfaction générale de toute la commune, qui l'adopta comme nouveau Monsieur.

Si le hasard fait que vous tombiez sur ces lignes, Monsieur Marsac, je serais ravi que vous vous manifestiez.

dimanche 24 janvier 2010

Tant-BourrinBrouillon de culture (7)

Les six premiers numéros de "Brouillon de culture" (que vous pouvez revoir sur BlogboReplay ici : 1, 2, 3, 4, 5 et 6) ayant méchamment cartonné au Bloguimat (62% de part de marché chez les ménagères de moins de 50 ans), nous ne pouvions rester longtemps sans vous dispenser un septième opus de l'émission qui rend les blogueurs (un tout petit peu) moins cons !

Je me suis donc de nouveau précipité vers ma bibliothèque pour en extraire quelques-uns des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale, que tout être humain digne de ce nom doit avoir lu au moins une fois dans sa vie.

Non, ne me remerciez pas, c'est naturel chez moi que de chercher à semer à tout vent !





Hélice ou la vraie vis - Claire Ecce-Lhélice

A l'époque de la guerre d'Algérie, Hélice, jeune fille éprise de technique, rêve de concevoir une vis autrement plus solide et facile d'utilisation que celles du commerce. Pour cela, elle monte à Paris et trouve un travail dans une usine qui produit des articles de quincaillerie. Hélice se prend d'amitié pour Areski, un Algérien en butte à des manifestations de racisme de la part des contremaîtres. Ledit Areski s'intéresse lui-même soudainement beaucoup à Hélice quand celle-ci lui avoue que, le soir, seule dans son lit, elle ne rêve que de vis. Malheureusement, leur amour naissant prend brutalement fin quand Areski est pris dans une rafle et est mis sous écrou.





L'effrangé - Amer Calbut

"Hier, ma frange est morte". C'est ainsi que commence ce roman, narré par un dénommé Morsault. Celui-ci est en effet allé récemment chez le coiffeur, mais ce dernier n'a pas tenu compte des indications de Morsault : il lui a coupé les cheveux beaucoup trop courts et a notamment complètement rasé sa belle frange qui lui donnait un air si délicieusement eighties. Morsault en est tout perturbé et ne sait plus quelle attitude adopter, il en perd sa libido. Plus tard, alors que Morsault marche seul sur la plage, accablé par la chaleur et le soleil, il aperçoit son coiffeur, couché à l'ombre d'une source, qui à sa vue montre ses ciseaux et son peigne. Morsault sort alors de sa poche un revolver et, comme dans un mauvais rêve, il tire et tue le coiffeur. Dans la seconde moitié du roman, Morsault est en prison, puis est condamné à la guillotine. Il espère juste que cette fois-ci, la coupe sera de meilleure qualité.





L'eau pissée - Homerde

Cette grande fresque homerdique est ancrée profondément dans la mémoire de l'humanité. Elle conte les aventures d'Upysse qui, après avoir guerroyé contre les Troyens, cherche à revenir chez lui, en Ithaque. Hélas, Upysse réalise que le GPS n'a pas encore été inventé dans l'Antiquité et son voyage de retour prend un peu plus de temps que prévu. Ayant picolé pas mal de nectar chez la nymphe Calypso, Upysse est bientôt pris d'une violente envie de soulager sa vessie.

Malheureusement pour lui, les Dieux de l'Olympe semblent en avoir décidé autrement. Il passe chez Polyphème le cyclope pour lui demander s'il peut utiliser ses WC. Hélas, ceux-ci sont bouchés et Upysse, de dépit, crève l'oeil de son hôte imprévoyant.

Upysse arrive ensuite chez Éole, qui lui donne une outre dans laquelle il a enfermé tous les vents défavorables. Hélas, au moment où Upysse déboutonne sa braguette, ses compagnons ouvrent l'outre et déclenchent une tempête. Upysse doit renoncer à uriner, car il connaît le danger de le faire par vents contraires.

Arrivée dans l'ile de Circée, les compagnons d'Upysse, qui avaient eux-même une forte envie de miction, se soulagent sur la plage. Circée, furieuse de voir que l'on prend son île pour une porcherie, les transforme immédiatement en cochons. Voyant cela, Upysse se retient encore, bien que sa vessie soit terriblement douloureuse. Upysse réussit à les sauver avec l'aide d'Hermès qui lui donne un de ses célèbres sacs pour qu'il en fasse cadeau à Circée pour l'attendrir.

Repartis sur les flots, les Sirènes tentent de les envoûter par leur chant. Mais vessie enflammée n'ayant pas d'oreilles, ça ne fait ni chaud ni froid à Upysse qui ne rêve que d'une chose : trouver enfin des toilettes pour se délester des trois hectolitres d'urine qui compriment sa vessie.

Bref, après bien des péripéties, Upysse finit par accoster seul sur les côtes d'Ithaque. Il se précipite chez lui, hilare à l'idée de pouvoir enfin pisser après s'être retenu pendant vingt ans. Hélas, son logement - et ses propres toilettes ! - sont squattés par une flopée de prétendants qui veulent se taper sa femme Pénélope.

Sous le coup de l'émotion, Upysse en oublie de se contenir et un gigantesque jet d'urine sous haute pression jaillit de son entrejambe, karchérisant en un instant tous les prétendants.

Upysse a ainsi réalisé sa vengeance, soulagé sa vessie et rétabli son autorité. La paix peut de nouveau régner sur Ithaque.

jeudi 21 janvier 2010

AndiamoChez Nine

Octobre 1952, dans le petit cimetière qui surplombe un méandre de la Marne, la pluie fine et glacée tombe sur les visages tristes de la plupart des habitants de ce petit village de Seine-et-Marne, perdu au milieu des champs de betteraves, entre Meaux et la Ferté-sous-Jouarre.

Nine a regardé Sophie descendre dans le trou creusé.

- "Bien comme il faut", a déclaré Julien, le fossoyeur.

La dernière pelletée de terre lourde, jetée sur le petit cercueil blanc, la dernière rose blanche recouverte de mottes ruisselantes. Nine, que la pluie inonde maintenant, n’a même pas songé à ouvrir son parapluie.

Elle s’appuie sur le manche si fin qu’il se courbe sous le poids de la jeune femme. Aucune larme ne mouille ses yeux, seule la pluie ruisselle sur ses joues creusées, un léger tremblement agite sa lèvre inférieure.

Un peu à l’écart, le commissaire Dangard, flanqué de l’inspecteur Marcheuille, observe la scène.

C’est la procédure lors des obsèques de la victime d’un crime. Et ce crime-là a été particulièrement odieux.

La petite Sophie a été retrouvée dans le bois situé derrière le café "chez Nine", tenu par sa maman, après deux jours de recherches. Le corps grossièrement recouvert de feuilles et de branchages.

Après autopsie, les conclusions sont effroyables : Sophie violée, puis étouffée sans doute à l’aide d’un chiffon ou, plus vraisemblablement, contre la poitrine de son assassin. En témoignent les contusions relevées sur le visage de la fillette.

Dans ces années-là, on ne savait pas extraire l’A.D.N. La seule chose dont on était sûr, c’est que le groupe sanguin de l’assassin était : O+. Autrement dit, le plus courant des groupes sanguins !

Le curé a tout fait pour convaincre Nine de faire au moins bénir le corps de Sophie, alors elle s’est emportée comme jamais elle n’en se serait crûe capable :

- Ton bon Dieu, curé, tu sais où tu peux te le mettre ?

- Mais… Mais enfin, Janine, tu déraisonnes, la douleur t’emporte, on se connaît depuis l’école primaire, tu as toujours fait tout comme il faut.

- Ah oui ? Et Dieu, il a tout fait comme il faut ? Hein, curé ? Mon Pierre tué en 40, il n’aura même pas connu sa fille, les balles des boches lui ont fermé les yeux avant qu’il ne la voit ! L’an dernier ma Sophie elle avait fait tout comme il faut : une jolie première communion, comme elle était jolie… AVE, AVE, AVE MARIA… Elle a hurlé plus que chanté. Et Marie elle s’est vengée parce qu’on lui a tué son fils ?

- Arrête Janine, tu blasphèmes !

- Rien à foutre, Michel, casse-toi… Casse-toi !

La dernière phrase, Nine l’a hurlée, les rares buveurs sont partis, laissant sur le comptoir le prix de leur verre de rouge.

Nine est rentrée seule, elle n’a pas voulue qu’on la raccompagne. Seule avec ces griffes qui lui rongent le ventre, seule avec cette grosse boule dans le fond de la gorge, seule avec ces mains qui ne caresseront plus les longs cheveux bouclés, seule avec l’image d’un immonde entraînant Sophie à la sortie de l’école. Un familier sans doute, ont dit les policiers, venus de Meaux. La pauvre petite l’aura suivit sans se méfier.

Elle a tourné la clé dans la serrure du petit café gris, à l’enseigne écrite en lettres rouges, "CHEZ NINE", baissé le bec de cane et elle est entrée dans la salle aux rideaux à carreaux vichy. L’odeur du tabac froid flotte dans la pièce. Il fait un peu frisquet, ce matin, elle n’a pas allumé le Godin en fonte trônant au milieu de la grande salle. Elle a tiré une chaise au bois lustré à force d’accueillir les corps fatigués par les rudes journées aux champs.

Beaucoup de Polonais venus en France, le pays de l’égalité. Venus s’user les mains et se casser le dos à "démarier" les betteraves !

Et tout à coup, elle s’est effondrée, loin des regards, seule dans son horreur, seule dans ce deuil qui ne finira jamais.

Elle est là, le dos agité de soubresauts, quand elle entend la porte s’ouvrir.

- C’est FERMÉ ! hurle-t-elle.

Je suis le commissaire, Madame, mon adjoint et moi sommes venus vous présenter nos condoléances. Vous savez, ça n’est pas une simple politesse, je suis… Nous sommes très sincèrement affectés par ce qui est arrivé. Les meurtres d’enfants, ça ne passera jamais, Madame, jamais.

- Asseyez-vous. Je vous sers quelque chose ? Je vous l’offre.

- Non merci.

Marcheuille allait l’ouvrir, un seul regard du commissaire… Et il admire ses pompes.

- Voilà, Madame Langlois, il y a une petite chose qui nous gêne : vous nous avez signalé que votre fillette portait un petit appareil dentaire destiné à contraindre les incisives à s’aligner avec les autres dents ?

- Oui commissaire….

- C’était un genre de petit appareil en fil d’inox ?

- Oui.

- Voyez-vous, ce qui me gêne, Madame Langlois, c’est qu’on ne l’a pas retrouvé. Cependant nous avons fouillé minutieusement l’endroit où on a retrouvé votre fillette.

A l’énoncé du mot fillette, Nine a éclaté en sanglots. Paternellement, Dangard a posé sa main sur l’épaule de la femme, la berçant calmement.

- Pleurez, Madame, ça soulage… un peu. Vous connaissez le nom et l’adresse du dentiste, Madame Langlois ?

- Oui, bien sûr, hoquète Nine : le Docteur Lannet à Meaux.

Marcheuille a noté, les deux hommes ont pris congé, tentant de réconforter la femme une dernière fois.

Le docteur Lannet a confirmé, il s’agissait bien d’un petit appareil en métal, un genre de fil d’inox, prenant appui sur les canines, et contraignant les incisives à s’aligner. On ne collait pas des plots à l’époque, un simple fil d’acier, revu régulièrement afin d’être resserré un peu plus à chaque visite.

Le café a ouvert de nouveau. Petit à petit, les clients sont revenus, un peu retenus au début par pudeur. Les semaines passant, on a moins "causé" de l’affaire.

Parfois appuyés contre le zinc, Georges et Maurice en reparlent volontiers, surtout après une ou deux chopines.

- Si je l’tenais c’t’ordure, lâche Maurice…

- Moi, j’y f’rais bouffer ses couilles à c’t’enculé ! renchérit Georges.

- Oh ! Pardon, Nine, ça m’a échappé, j’voulais pas êt’ grossier, x’cuse-moi !

- C’est rien, Georges, c’est rien, répond Nine dans un murmure.

Le premier Noël sans Sophie, le petit sapin dressé dans la salle à manger du premier, aucune guirlandes, aucune boules. Au pied du petit "Nordmann", une photo de la fillette, dans un cadre de bois tout simple, les yeux écarquillés, tirant la langue à sa photographe de mère.

Nine se souvient de cette journée : elles étaient parties toutes les deux pour quelques jours de vacances au Crotoy, sur la côte Picarde. Une petite chambre d’hôtel face à la mer, les petits bateaux qui le soir remontent la Somme à marée haute, avec à leur bord la pêche de la journée.

Parfois, elles achetaient aux marins des crevettes, qu’elles faisaient bouillir ensuite sur un petit réchaud "Butagaz" dans leur chambre à l’insu du patron ! Deux cornets de frites achetés sur le port, une baguette toute chaude, et une pêche en guise de dessert, elles s’ étaient beaucoup amusées de ces pique-niques improvisés.

La photo avait été prise le soir à la rentrée des bateaux.

- Tiens, regarde : je ressemble à Martine Carol, avait dit la fillette en écarquillant les yeux, tout en tirant la langue. Ce qui les avait fait rire toutes les deux.

Les semaines, et les mois qui s’étirent sans fin et, ce jour d’octobre, l’anniversaire de la mort de sa petite Sophie.

L’enquête pourtant méticuleuse menée par les policiers de Meaux n’a pas aboutie.

- Nous ne désespérons pas, Madame, a assuré le commissaire Dangard, nous le coincerons, je vous le promets.

Pour toute réponse, Nine a soupiré, une grosse larme a coulée sur sa joue. Dangard a fait rouler son chapeau dans ses mains, puis a bredouillé un au revoir.

Nine a disposé dans un vase un bouquet de roses blanches, bien en évidence sur le comptoir. Ces roses, elle veut les offrir à ses clients en souvenir de sa petite.

Les premiers clients reçoivent la fleur, avec un merci confus et gêné.

- Bien sûr qu’on a rien oublié, M’Dame Nine, une si jolie fillette vous pensez… Quel malheur !

Puis, le soir, Georges et Maurice font leur entrée. On les appelle Laurel et Hardy, car Georges est grand et plutôt sec, tandis que Maurice est bien grassouillet.

- Salut la compagnie !

- Deux chopines, la patronne ! commande Georges.

- Voilà, mais d’abord acceptez ceci en mémoire de Sophie.

Nine a tendu une rose blanche à chacun des hommes. Le sourire jovial qui illuminait encore leurs trognes vermillon a disparu, un voile de tristesse est passé dans leur regard.

Chacun a saisi une fleur, cherchant un endroit où l’accrocher, Maurice en forçant un peu a réussi à la ficher dans la boutonnière de sa grosse veste en velours côtelé.

Georges lui porte une canadienne, point de boutonnière, mais dans le haut de cette canadienne une petite poche, Georges y glisse la fleur… Et pousse un cri, il ressort vivement la main, un curieux appareil en fil de fer est planté dans son pouce.

- C’est quoi c’machin ? gueule-t-il en le retirant de l’extrémité de son pouce, d’où une goutte de sang commence à perler.

- Ce machin, articule lentement Nine, dont le visage est devenu soudain tout pâle. Ce machin, Georges, c’est l’appareil dentaire de Sophie.



(ch'tiot crobard Andiamo )

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