Blogborygmes

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vendredi 2 octobre 2009

AndiamoJeux (presque) interdits

Avertissement : j'ai scribouillé cette histoire il y a une quinzaine de jours, je ne savais évidemment pas ce qui allait se passer aux îles Samoa. Prémonition ?


Daniel se réveille, il a nettement entendu le ressac. Elle est déjà là, songea-t-il en s’extirpant de son lit, le dos trempé de sueur.

Dans le noir, il se dirige vers la fenêtre. Elle est grande ouverte, seuls les volets sont rabattus afin d’éviter la lumière des quelques réverbères. Il écarte les légers vantaux fait de plastique.

Tout est calme, il a rêvé… Encore une fois, songe-t-il, ça n’est pas pour tout de suite, pas encore, mais cela viendra. De cela, il est sûr, toutes les simulations qu’il a effectuées corroborent ce qu’il pensait depuis longtemps : la mer gonfle, s’enfle, la calotte glacière de l’Arctique a complètement disparue, les glaciers de l’Antarctique ont déjà fondus de plus de la moitié !


- Salaud ! T’as envoyé ton onde calorifique, on avait dit qu’on s’en servirait pas !

- Fallait pas me flanquer un tsunami sur B 413 !


Il fait encore très chaud malgré l’heure avancée de la nuit, vingt-sept degrés au bas mot. En cette saison - nous sommes en hiver - et puis ici, à 48° 51’ 44’’ NORD - 2° 21’ 3’’ EST, il devrait faire froid.

Daniel se souvient des hivers d’autrefois, cet autrefois pas si lointain - il n’a que trente-cinq ans. La neige tombait en cette saison. Avec ses parents, Christian son père et Michèle sa mère, ils partaient skier dans les Alpes, aux sept Laux dans le massif de Belledonne.

Quelques années avaient suffi pour tout détériorer, et cela de façon exponentielle. Daniel est sceptique, les rejets ne sont pas la cause essentielle de l’accroissement aussi rapide de la température, toutes les simulations qu’il a faites en arrivent à la même conclusion : il y a autre chose… Autre chose, mais quoi ?


- Te plains pas, j’aurais pu faire chuter S 012 sur ta T 856 pourrie !

- Tu peux pas… Tu peux pas, t’es pas équipée du ralentisseur d’orbites… Na !


Certes les humains inconscients avaient rejeté dans l’atmosphère des millions de tonnes de gaz carbonique, favorisant l’effet de serre. L’énergie nucléaire maîtrisée un siècle plus tôt n’avait pas été sans danger non plus : nombre de centrales avaient explosées, à cause de la négligence de ces inconscients qui pensaient tout savoir, tout maîtriser. Les radiations mortelles avaient fait des millions de victimes et, dans certaines régions, provoqué des naissances monstrueuses.

Daniel songeait à tout cela en contemplant sa ville pratiquement plongée dans le noir. Des mesures drastiques avaient été prises depuis deux ans afin d’enrayer la montée fulgurante de la température terrestre. Un peu tard, beaucoup trop tard, le processus était enclenché, irréversible, il faudrait des milliers d’années pour que tout redevienne normal. L’espèce humaine y survivrait-elle ?

En retournant se coucher, il jette un regard sur la photo en 3D, un hologramme que lui a offert Mélodie, sa fiancée. Ces hologrammes sont interdits, car trop voraces en énergie. Daniel n’en a cure, depuis le temps qu’il a averti le centre des catastrophes naturelles sur l’inéluctabilité des bouleversements à venir, ils auraient dû en tenir compte. Il passait à juste titre pour une sommité en matière de simulations, et ce malgré son jeune âge.

Sa main passe à quelques millimètres de l’image comme pour une caresse, le léger frémissement de l’air fait trembloter l’icône, puis tout redevient normal, le joli sourire se fige à nouveau.


- N’importe quoi ! Papa m’achètera la nouvelle console pour mon anniversaire, y’aura le ralentisseur d’orbites, et même l’écroûteur de noyau central ! Nananère…

- L’écroûteur ? AH AH AH ! L’ ECLATEUR, pas l’écroûteur, nunuche !


Ils ne se marieraient jamais. A quoi bon fonder un foyer, avoir des enfants qui ne survivraient pas ? Bon nombre de villes et villages avaient été engloutis, la mer remontait chaque jour davantage au gré des marées dans les estuaires. Le grand fleuve, celui qui arrosait sa ville, avait failli déborder et tout engloutir, il avait fallu construire des digues, afin de le contenir.

Daniel s’allonge, sachant que le sommeil ne viendra pas. Il prend un "Calmax" dans le tiroir de sa table de chevet, ferme les yeux et attend le sommeil…


Illéa pousse la manette de sa Playstation…

- Et voilà vingt degrés supplémentaires ! T’as vu, Iban, elle va fondre littéralement ta T856 pourrave !

- Eh ben tiens : explosion des chaînes volcaniques en série sur ta B 413 ! Elle est nase, elle est nase, disloquée, éparpillée… Stop ! J’ai gagné.

- Un partout, la balle au centre ! J’ai fait bouillir tous les océans de ta planète pourrie… Elle fume maintenant, et fumer c’est pas bon pour la santé !

-Vous n’avez pas fini de hurler comme ça !

La créature qui vient d’entrer, mesure en dimensions terrestres trois mètres cinquante. Assis à même le sol, deux bambins de deux mètres environ jouent avec leurs consoles, leurs petits tentacules agiles légèrement rosâtres courent sur le clavier et activent rapidement des petits leviers. Devant eux : un écran relié à un télescope électronique, on y aperçoit une petite planète située dans un tout petit système solaire à des milliers d’années-lumière. Cette petite planète est la troisième à partir de son étoile. Autrefois, elle était bleue.

- Vous avez ENCORE massacré une planète ! Et si elle était habitée, hein ?

- Voyons M’man, qui pourrait survivre sur un gros caillou rempli d’eau avec de l’azote et de l’oxygène dans l’atmosphère ?

- T’as raison mon chéri, s’attendrit la Maman en inspirant une profonde bouffée de monoxyde de carbone, tandis qu’elle fourrage nerveusement son orifice nasal avec l’un de ses nombreux tentacules.




P-S : au fait 48° 51’ 44’’ NORD - 2° 21’ 3’’ EST, ce sont les coordonnées de la rue Lafayette à Paris dans le Xème arrondissement… Là où je suis né.

mardi 29 septembre 2009

Saoul-FifreFort homme

Le "faux rhum" de Blogborygmes . Encore une idée géniale de Tant-Bourrin . Venez causer à mon cul, ma tête est malade ! Ah ça avait bien démarré, on avait de sacrées locomotives, des pipelettes de compétition, calune, mamasha ? Et puis tchoufa , plus personne, le grand silence blanc !

Bon, il faut dire qu'un forum, si vous le mettez pas dans un agrégateur ou dans un truc à forums qui vous tient au courant de si ça bouge, vous allez vite vous lasser, d'y aller "par hasard" et de le trouver immobile ?

Et qu'on ne se méprenne pas, je ne critique personne, je ne suis pas trop "forum", ni tchat, ni rien qui ressemble à de la discute.

Mais je n'ai pas su résister à un jeu rigolo proposé par Claudius . Tant-Bourrin et moi suivons le blog de Claudius avec attention depuis très longtemps. Perso, son goût pour la poterie me ravit, ses conseils littéraires sont solides, ses reportages photos magnifiques et puis, cerise ironique sur le gâteau, nous avons le même look !

Toujours est-il qu'il a repéré notre forum désertique et qu'il y dépose avec une régularité métronomique une photo d'actualité assez riche de sens pour titiller l'imagination cynique de gonzes dans mon genre.

Et il fait de même sur d'autres forums dont il est le visiteur coutumier. Il propose une phrase illustrant la photo, un "chapeau", quoi, et tout le monde y va de sa blague. Puis Claudius publie tous les résultats sur son blogue, ça lui fait un billet très drôle à peu de frais, surtout qu'il ne cite pas ses sources, à part un vague "de la part de mes amis forumeurs".

Je me suis dit que c'était dommage pour vous, alors maintenant vous savez qu'il faut suivre du coin de l'œil le blog à Claudius, et puis aussi notre forum, moribond mais point encore tout à fait mort ! Ci dessous, vous n'avez que ma participation, mais vous pouvez aller chez Claudius prendre connaissance des autres saillies, mais vous pouvez aussi, soyons fous, on n'a qu'une jeunesse, participer vous-mêmes !!




Con Pagny raie pub lichen d'œufs secs urine-thé

Bon maintenant, vous remontez dans les camions, mais il est interdit de s'enfiler pour gagner un peu de place !

Votre mission d'aujourd'hui sera simple : vous tapez sur les pharmaciens pour qu'ils vous donnent des somnifères à mettre dans les grenades lacrymogènes.

Vous, les camions pare-buffle, vous empêchez les vaches folles de l'ultragauche de retarder les TGV

Scène de vide grenier : "Les fourgons dinkytoys à 1 €, je les prends, mais pas le paillasson kaki tout déchiré.




NS ne se déplace plus sans son cerveau artificiel portatif qui lui souffle des réponses polies et en français impeccable.

Après sa "faiblesse", il se lance dans le développement du râble en se goinfrant au Fouquet's.

Cette semaine, c'est le petit Nicolas qui donne les résultats de la grille infernale du Sudoku du Figaro.

Les photopiles, c'est pile-poil ce qu'il me fallait pour me changer des photos à poils !




Blanche-neige (hors-champ) apprend la propreté aux 7 nains.

Le meilleur des mondes c'est un bain à bonne température.

À l'école des bébés-nageurs, il y en a un seul qui écoute le prof.

Osez nos nouveaux yaourts à la tendresse, avec de vrais morceaux de bébés dedans.

Le clonage : une technique à affiner.

Quel est l'imbécile qui a mis les bébés dans les échantillons d'urine ?




Roselyne Bachelot l'a garanti : les stocks de masques anti-pandémie sont là. Eminence et Petit-Bateau ont répondu présents.

Je sais pas ce que j'ai ce matin, j'ai la tête dans le cul.

Ma gynéco et mon dentiste ont le même masque hygiénique. Un nouveau designer doit être en train de saturer le marché.

Le fantôme du Professeur Choron revient avec une fiche-bricolage : "Vous avez un slip, vous avez un masque anti-grippe !!"




N'envoyez plus de dons à la Banque du Sperme : les stocks débordent.

Comme les grands enfants qu'ils sont restés, les paysans jouent à "qui pissera le plus haut".

Les tonneaux sont en perce. Goûtons le beau chaud lait nouveau.

Les femmes doivent bien mesurer le rapport bénéfice/risque du vaccin H1N1 : des complications peuvent survenir sous forme de pertes blanches abondantes.

samedi 26 septembre 2009

Tant-BourrinEspèces de pauvres contes (2)

Vous en avez redemandé, tant pis pour vous ! Voici deux nouveaux contes dépoussiérés pour mieux coller à notre belle époque ! Plus la peine de chercher quoi lire ce soir à vos chères têtes blondes !

C'est parti ! Il était une fois...


La belle au bois dormant

Pour le baptême de la princesse, fille du Président de la République Nicolas Ier et de la reine Carla, une teuf d'enfer est organisée au Fouquet's à laquelle a été convié le gratin de la jet set : grands patrons d'industrie, affairistes, lêche-culs et fées ont été invités à grands frais sur le budget de l'Etat.

Les fées se succèdent devant le berceau de l'enfant pour lui offrir un don, sachant que se faire bien voir du Président de la République ne pourra qu'être profitable à leur business à venir : la fée Ségélanne lui confère la force tranquille, la fée Bolorette lui promet plein de thunes, la fée Clavière lui donne le don de préserver sa pelouse intacte, etc.

L'ambiance tombe brutalement quand la fée Vile-Pinte, qui n'a pas été invitée à la fête, surgit soudain et jette un sort sur la princesse : "Quand elle aura vingt ans, elle se piquera avec une seringue et mourra d'overdose".

Le service d'ordre musclé évacue mili militari la gâcheuse de fête. La consternation est générale.

Heureusement, la fée Rachida commue ce mauvais charme en une peine incompressible de cent ans de sommeil.

Pour éviter le mauvais sort, le Président de la République Nicolas Ier fait paraître un édit condamnant à mort tous les dealers, les trafiquants de drogue, les fumeurs de joints et les animateurs de Canal+.

Malheureusement, tout ceci est en vain : un jour, alors qu'elle prépare un gâteau avec son ami Doqueginéquaut, elle laisse malencontreusement choir la seringue à crème sur son pied et tombe immédiatement dans un profond sommeil. Il faut préciser que la crème pâtissière en question était issue d'une recette de Doqueginécaut à base de peyotl et de mescaline.

Cent ans plus tard, sous le règne donc du Président de la République Nicolas IV, un prince charmant arrive sur son scooter blanc et se rend au chevet de la princesse qui ronfle toujours comme une bienheureuse, car elle souffre des végétations.

Là, il a des palpitations cardiaques devant la beauté qui s'offre à lui. Il se penche tendrement vers elle, lui arrache sauvagement toutes ses fringues empoussiérées et la baise fiévreusement par tous les trous avant de repartir, sans qu'elle n'ait cessé un instant de ronfler.

Le Prince charmant est tout guilleret : pour une fois, il n'avait même pas eu besoin de ses pilules de GHB pour baiser ce soir-là !



Les trois petits cochons

Trois frères cochons se construisent chacun leur maison.

Le premier, un junkie indécrottable, bâtit à la hâte la sienne avec une partie de ses récoltes : chanvre, cannabis, etc.

Le deuxième, un écolo convaincu, bien décidé à ce que son logement ait une trace environnementale minime, n'utilise que du bois issu de massifs forestiers locaux exploités de façon durable.

Le troisième, bien plus pragmatique, sentant que la bourse entre dans une période de tourmente, liquide son portefeuille d'actions et se fait construire, avec ses bonus de trader, une villa luxueuse avec piscine, jacuzzi, salle de billard et tout le toutim.

Sorti de sa cité craignos, un loup débarque dans la contrée qui, alléché par ses trois petits cochons, rêve d'en faire son frichti. Il faut préciser que les loups lisent relativement peu les gazettes et que celui-ci n'était donc pas au courant des ravages de la grippe porcine, sinon il aurait préféré aller se taper un mouton près du courant d'une onde pure.

Le loup se dirige vers la maison du junkie et s'en fait un tarpé géant, qu'il fume en deux-trois taffes, car il possède une sacrée capacité pulmonaire.

Le petit cochon junkie se croit - à juste titre - dans un bad trip et se précipite chez son frangin écolo.

Le loup revient le lendemain de sa cité, tout guilleret d'avoir fumé son joint géant la veille, et arrive devant la maison de bois. Il sort alors un jerrican d'essence, le répand sur les murs et craque une allumette pour en faire un brasier.

Le petit cochon écolo s'enfuit alors, horrifié par ce gaspillage énergétique d'une ressource rare et limitée. A tout hasard, son frangin junkie le suit. Ils se réfugient tous deux dans la villa de leur frère. Celui-ci y organise une soirée mondaine et ne veut pas qu'elle soit gâchée par la présence de ses deux frères qui lui font honte. Il leur propose donc, car il est quand même charitable, de s'installer dans la niche de 60 m² de son yorkshire.

Le lendemain, le loup, tout réjoui que son feu de joie de la veille ait fait les titres du 20h de TF1, arrive devant la villa. Mais les vigiles qui montent la garde près de la villa le repère et l'abattent alors qu'il essayait de franchir les grilles. Bin oui, on ne laisse quand même pas une villa à 300 millions d'euros sans surveillance.

Prévenu que le loup est mort, le petit cochon trader va en informer ses frères, histoire de les rassurer mais surtout pour qu'ils lèvent le camp fissa : il ne veut plus voir ses marginaux de frères chez lui.

Mais arrivé à la niche où ils logent, il s'aperçoit que son yorkshire les a dévorés pendant la nuit. Il en est donc définitivement débarrassé. Tout est bien qui finit bien !

mercredi 23 septembre 2009

AndiamoMoebius

Avril 1917 : la grande guerre s’enlise, les hommes, ceux que familièrement on appelle les poilus, sont à bout, le froid après ce terrible hiver, la vermine, la popote qui arrive froide, la boue qui vous pénètre partout, le courrier qui n’apporte même plus le réconfort.

Avril 1917, la vallée de l’Aisne, au lieu dit "le chemin des dames" où sera livrée l’une des plus sanglantes batailles de la grande guerre, l’armée Française sous les ordres d’un irresponsable, ne cherchant QUE sa gloire personnelle, au mépris de la vie de ses troupes : le général Nivelle, on lui devra cent quatre-vingt mille morts !

Le 16 avril à six heures du matin, les hommes montent à l’assaut, le but : pénétrer les lignes ennemies. En face, les mitrailleuses MG08 et Bergmann sont entrées en action, fauchant ces jeunes hommes, aux visages prématurément vieillis par l’horreur.

Parmi eux, Eugène Magnin, vingt-deux ans, après la bataille de la Marne dont il s’est miraculeusement sorti avec seulement, si l’on peut dire, une balle de Maüser qui lui a éraflé la cuisse, s’est retrouvé à nouveau dans l’enfer. Ses copains l’appellent "Quatre feuilles", en référence au trèfle du même nom censé porter chance.

Eugène avance sous le crépitement infernal et le pilonnage des obus de mortier. A côté de lui, il voit tomber des uniformes, impossible de distinguer et reconnaître les visages, c’est le carnage, la boucherie, des capotes en toile contre le feu nourrit d’une vingtaine de mitrailleuses... Une folie.

L’ordre de repli est donné par l’adjudant Champeau. Quatre feuilles ne se le fait pas dire deux fois, il rebrousse chemin et plonge littéralement dans la tranchée !

On compte les morts : quarante-deux, rien que dans ce petit morceau de terre creusé dans le sol de l’Aisne… Quarante-deux. Au total avec les autres : ça en fait combien ?

Le soir tombe, Eugène est de garde. La nuit est presque noire, seul un mince quartier de lune apporte une faible lueur. Prudemment, il lève la tête au-dessus de la tranchée. Il balaie du regard la campagne ravagée par les trous d’obus quand il aperçoit, à trois cents mètres tout au plus, une lueur. Pas celle d’un campement, ça ressemble à celle d’une fenêtre éclairée par une lampe à pétrole. Il la reconnaît facilement cette lueur, il vivait à la campagne, en Auvergne, près d’ Issoire, et cette lueur il l’a maintes fois aperçue lors de ses virées nocturnes, à la braconne, ou bien en revenant d’un rendez-vous avec une fille de ferme peu farouche !

Oh ! Pouvoir retrouver ne serait-ce qu’un instant la chaleur d’une maison, boire qui sait, un vrai café ?

Sa garde vient de commencer, il est là pour deux heures, plus loin Anselme l’autre garde s’est assoupi, rien d’étonnant après une journée pareille, il connaît bien Anselme. "La Marmotte", c’est son sobriquet… C’est dire !

Alors lentement, tel un chat, Eugène escalade la tranchée et commence à ramper vers la lueur. Peu de chance qu’on l’aperçoive du côté des boches, la nuit n’est pas assez claire.

Puis il se redresse à moitié et marche le dos courbé vers la fermette, car maintenant il en est sûr, il s’agit bien d’une fermette.

Il frappe… Quelques secondes, la porte s’ouvre, une très jolie jeune femme apparaît, cheveux blonds serrés dans un chignon, une robe simplette, grise à col blanc, sagement boutonnée, un visage magnifique, de grands yeux verts, sans fard, et un sourire…

-Entrez, je vous en prie.

Il essuie ses croquenots boueux au décrottoir situé sur le coté de l’entrée puis s’avance. La pièce est propre, Eugène pénètre dans la grande cuisine, une table immense, huit chaises, une cheminée dans laquelle brûle deux ou trois bûches. La jeune femme tire une chaise et l’invite à s’asseoir.

- Je m’appelle Clotilde et vous ?

- Eu…Eugène balbutie-t-il.

- Je vous sers un café ?

- Avec plaisir !

Il n’en revient pas, elle ne semble même pas apeurée, il y a une minute elle ne l’avait jamais vu, et là, elle lui prépare un café, comme si elle le connaissait depuis toujours.

- Tous ces bruits, toute cette fureur, ça ne vous effraie pas ?

- Avec du sucre le café ?

- Non, merci.

Elle lui apporte le café fumant, la jeune femme semble dans un autre monde. Ça n’est pas possible, ce calme, ce détachement, cette quiétude au milieu de l’enfer, songe Magnin.

Eugène commence à boire son café, une merveille, songe-t-il. Face à lui, Clotilde dénoue son chignon, sans quitter le soldat des yeux, puis lentement elle déboutonne sa robe, Magnin est stupéfait, elle accomplit ces gestes naturellement, sans provocation, pas comme une catin songe-t-il. Puis, sans se départir de son merveilleux sourire, elle lui tourne les talons et se dirige vers le fond de la pièce, ouvre une porte et entre, laissant l’ouverture béante.

Lentement, Eugène se lève et se dirige également vers le fond de la salle, pénètre dans la pièce.

C’est une chambre, Clotilde est allongée à demi-nue sur le lit, à terre un édredon tendu de satin rouge. Mangin s’approche, pose un genou sur le lit puis dépose un baiser sur les lèvres de la jeune femme…

Une bonne heure s’est écoulée depuis son départ, Eugène se rhabille en hâte, dépose un dernier baiser sur le sourire de Clotilde, puis retourne vers l’enfer, il doit impérativement rentrer avant la relève.

Tel un renard, il se retrouve à son poste. Anselme roupille toujours, doucement Eugène le secoue.

- Eh, La Marmotte, réveille-toi, ça va être la relève ! Si l’adjupète te voit roupiller, ça va chier pour ton matricule !

- Hein ? Ah, c’est toi, Quat’feuilles, j’dormais pas, t’sais… Juste un peu rêveur.

- Ouais, laisse tomber !

Un quart d’heure plus tard, c’est la relève assurée par "Riflette", un Breton, et "Pantruche", le titi de Belleville.

Le lendemain, cet obstiné de Nivelle ordonne un nouvel assaut, malgré les réticences des officiers et sous-officiers placés sous ses ordres, mais il la VEUT son immortalité, sa postérité, qu’importe les pauvres gars qui vont mourir…

Au coup de sifflet, les hommes apeurés, la trouille au ventre, escaladent à nouveau les échelles de bois et vont servir de cibles pour les boches.

On comptera cinquante-sept morts dans la tranchée de Quatre feuilles, morts pour rien, une fois de plus, une fois de trop.

Le soir, Eugène scrute en direction de la fermette. Rien, aucune lueur, la lune éclaire davantage, le ciel n’est pas voilé, il n’aperçoit même pas la ferme en silhouette, pourtant elle devrait se détacher sur le ciel un peu plus clair.

Pas d’assaut pour la journée du lendemain. Triste jour : Riflette a été évacué à l’arrière, une balle dans l’abdomen. Si avec beaucoup de chance il s'en tire, le front ce sera sans doute terminé pour lui… Pas sûr !

La nuit est noire. Eugène a pris son tour de garde. Plus loin, La Marmotte somnole, comme d’hab'. Eugène a escaladé les premiers barreaux de l’échelle, il regarde en direction de la maison et aperçoit la lueur. Son cœur fait un bond !

Un dernier regard sur son compagnon qui dort comme un bébé et, comme la dernière fois, Quatre feuilles, au prix d’une extrême prudence, parvient à la porte de la fermette.

TOC ! TOC ! Quelques secondes. La porte s’ouvre, la jeune femme apparaît, même chignon serrant ses cheveux blonds, même robe grise à col blanc, même sourire, ni étonnée ni apeurée, elle ne semble pas le reconnaître.

- Entrez, lui dit-elle

- Clotilde, tu ne me reconnais pas ? C’est moi Eugène… Enfin, il y a deux nuits, tous les deux, tu ne te souviens pas ?

Clotilde s’est approchée de la table, a tiré une chaise, la lui présente.

- Un café ? Interroge-t-elle.

Quatre feuilles est éberlué, tout se déroule de la même façon que précédemment.

- Avec du sucre le café ?

- Non, non, balbutie-t-il.

Elle lui apporte sa tasse, puis lentement défait son chignon impeccable, ses longs cheveux se déroulent…. Superbes, lentement elle commence à déboutonner sa robe, puis se dirige vers la chambre.

C’est surréaliste, pense Magnin. Comme un automate, il la suit, le désir est le plus fort, il l’aime, encore et encore, puis tout à coup, il se lève se rhabille à la hâte et regagne sa tranchée cinq minutes seulement avant la relève. Juste le temps de réveiller La Marmotte, la relève arrive.

Les deux jours suivant, rien. Chaque soir, Eugène est allé regarder par-dessus la tranchée. La journée, il s’abstient, se retient, lever la tête par-dessus les sacs de sable c’est trop risqué, il y a toujours un "Fritz" prêt à vous dégommer. Il n’a vu ni la maison, ni la lueur. Le troisième jour, encore un assaut, cinquante et un morts dans son secteur et on n’a pas avancé d’un pas, les Chleus sur leurs positions, les Françouses sur les leurs.

Enfin, le quatrième soir, Quatre feuilles aperçoit la lueur. Comme un fou, et au risque de se faire voir, il franchit rapidement la distance le séparant de son amour, il ne pense plus qu’à elle, il en est fou.

Il frappe. Clotilde lui ouvre. Comme la dernière fois, elle ne semble pas le reconnaître et le même scénario recommence.

La première étreinte passée, Eugène lui demande si elle le reconnaît, les grands yeux verts le regardent étonnés.

- Pourquoi, je devrais ?

Magnin est sidéré, elle ne le reconnait pas, alors il cesse de la questionner et ils refont l’amour.

De retour dans sa tranchée, Eugène se pose mille questions.

D’abord, le doublement du temps entre chaque apparition : un jour, deux jours, puis quatre jours,

Cette femme merveilleuse qui ne me reconnaît pas.

Et enfin toujours les mêmes gestes, le café, le chignon, puis les boutons de la robe.

Il lui revient en mémoire ce jour où, sur le foirail à Issoire, il avait vu un gramophone, une bien étrange machine munie d'un énorme pavillon en laiton, un rouleau fait de bakélite sur lequel reposait une aiguille, le tout actionné par un moteur à ressort, un peu comme une horloge.

L'homme qui présentait l'appareil avait longuement tourné la manivelle afin de bander le ressort, puis, après avoir posé délicatement l'aiguille sur le cylindre, il s'était légèrement reculé afin de s'amuser du regard ébahi des spectateurs. La chanson qui coulait du haut-parleur, c'était "la Madelon". Les paroles étaient inaudibles par moment, mais qu'importe !

Soudain se répétèrent les mêmes mots : vient nous serv... vient nous serv...vient nous serv....

Alors l'homme souleva légèrement l'aiguille puis la replaça un peu plus loin. Le rouleau est un peu rayé, formula-t-il en guise d'excuse.

Exactement comme le cylindre rayé, songea Eugène. Il repensa alors à la leçon que Monsieur Dambart son instituteur leur avait fait un jour :

- Prenez une feuille de papier, découpez deux bandes, collez les deux extrémités de l’une d’entre elles, puis prenez vos ciseaux et découpez cette bande par le milieu. Vous obtenez deux anneaux, n’est-ce-pas ?

- Oui M’sieur, avaient répondu le chœur des enfants.

- Maintenant, prenez l’autre bande de papier, faites lui faire un demi-tour, puis collez les deux extrémités, prenez vos ciseaux et découpez l’anneau en deux. Qu’obtenez-vous ?

- Un grand anneau, M’sieur !

- Voilà, vous avez réalisé une bande de MOEBIUS ! Vous pouvez à nouveau couper cet anneau, vous obtiendrez encore un nouvel anneau deux fois plus grand, et ainsi de suite jusqu’à l’infini !

Eugène n’attendit pas huit jours pour retrouver Clotilde : au sixième jour, lors d’un nouvel assaut, il fut touché par un éclat de schrapnel, son bras droit emporté, envoyé à l’arrière pour être soigné, les soins furent très longs et, bien sûr, il ne retourna jamais en enfer. Le 11 novembre 1918 mit fin à l’un des plus grands carnages de l’histoire.

Des années plus tard, il se rendit près du lieu où se trouvait la fermette. Il n’y avait plus que des ruines et, quand il demanda aux gens du village le plus proche quand la ferme en question avait été touchée, on lui répondit :

- Ah, la ferme du Barthélémy et de la Clotilde ? Elle a brulé en 1912, la Clotilde a brûlée vive, surprise dans son sommeil, et le Barthélémy, on l’a retrouvé pendu… Le désespoir, M’sieur, le désespoir !

dimanche 20 septembre 2009

Saoul-FifreJeune témoin du christ

Je sais pas d'où sortait ce truc chelou qui sonne un peu comme "témoin de jéhova", je ne me souviens pas de qui m'avait recruté, ni de pourquoi j'avais dit oui, toujours est-il qu'une fois par semaine, entre midi et deux, je me rendais derrière la rue judaïque, dans un monastère bordelais, pour m'occuper un tant soit peu de mon âme.

Le rapprochement parait zarbi, mais cela se passait à une époque parallèle à mon dernier billet

Renseignements pris , il semble que ce soient les fuckings jésuites qui lancèrent ce mouvement, ce qui ressemble assez au souvenir que j'en garde. Nulle sensation d'embrigadement, d'apprendre par cœur un catéchisme étriqué. Les jésuites sont bien plus fins, ils insistaient énormément sur ce que l'individu peut apporter au groupe, sur les idées personnelles, les actes forts qui seuls, peuvent nourrir le grand œuvre. Nous travaillions sur des thèmes, en se demandant comment les faire vivre, les incarner. J'aimais bien la bonne sœur qui nous drivait.

Dans un des liens, résultat de la recherche google que j'ai lancée pour pouvoir écrire ce billet, on parle des JTC comme d'un lieu privilégié d'éclosion de vocations sacerdotales et religieuses . Disons que je l'ai échappé belle et n'en parlons plus. Je m'en suis d'ailleurs échappé assez vite, pour pouvoir aller à la rencontre des autres barges, surtout ne pas afficher de préférences, ne pas faire montre d'injustice. Les mormons, les missionnaires, les charismatiques, les militants de tous bords et autres parleurs en langues, tous ceux qui sont persuadés dur comme fer de détenir la vérité et se trouvent bien altruistes de prendre sur leurs loisirs pour passer le message aux voisins.

Les imbéciles heureux qui croient en quelque chose.

Reste que je me demande encore ce que j'allais fiche dans de pareils coinstots car indubitablement, c'était moi, et c'étaient eux ! Il est probable que toute tentation d'explicative me ramène encore et toujours à mes premières années, c'est à dire à la guerre, à la violence, mais aussi à l'amour, à la passion de la découverte, en vertu du classique "tout se passe avant...".

J'éprouve un sentiment de fascination / répulsion pour l'être humain ; et si je me laisse aller sans me débattre, avec délectation, même, à la première tendance, je refuse catégoriquement la seconde.

Il y a sûrement une solution. L'homme est-il mauvais, définitivement imbuvable, même avec une sauce morilles-échalottes ? Cette idée de condamnation divine à rester vautrés dans la fange séculaire, me choque, me révolte. La perfection réservée à un hypothétique espace post-mortem me fait ricaner ; et s'il suffisait de vider cul sec un ciboire de sang du christ avec des morceaux de la vraie foi dedans, pour être absaoul, cela se saurait et les églises ne seraient pas désertes.

Pourquoi les vrais croyants, les exégètes en Code Céleste, ceux qui ont l'oreille, le portable perso de la divinité, sont-ils largement aussi et même pire ? Abus sexuels sur mineurs par personne ayant autorité, proxénétisme, viols, attentats terroristes sur civils innocents, justifications de la guerre "juste"...

Le péché originel, comme ils disent, et la malédiction du dieu vengeur qui s'ensuivit, est là, et bien là !

Mais de tous temps, connus, inconnus, femmes, hommes, laïques ou religieux, des gens se sont levés pour refuser le mal comme normal, comme inéluctable.

Pour moi, le premier de ceux-ci est le christ. Son message est clair, fondamentalement non-violent, et en totale rupture avec l'ancien testament, la torah des juifs, remplie de conflits, d'assassinats, de destructions et de conquêtes. Message de paix complètement incompris par les catholiques, repreneurs officiels de la marque "jésus", au point de terroriser plusieurs siècles avec leur Inquisition, d'exterminer toute tendance chrétienne ayant une lecture des évangiles légèrement différente et d'ailleurs d'en interdire carrément la lecture libre, sans parler de leur frénésie, courante à l'époque il est vrai, d'aller croiser le fer avec des hérétismes éloignés.

Dans son sillage humaniste, on peut relever l'ultramoderne De la servitude volontaire, d'Etienne de la Boëtie, puis Léon Tolstoï, La désobéissance civile, de Henri-David Thoreau, Joseph Proudhon, Gandhi, bien entendu, celui qui a eu le plus l'occasion de mettre la non-violence en pratique en mettant à genoux, à la seule force de son rouet, Churchill lui-même, et tout son commonwealth, avec le minimum de casse. Lanza del Vasto, à sa suite, avec son efficace Technique de la non-violence, qui a fait merveille pour obtenir un statut aux objecteurs de conscience et pour libérer le Larzac de ses militaires, sans oublier l'immense Martin Luther King.

Toutes lectures que je vous recommande chaudement, et que je vous recommande de recommander autour de vous, si vous n'avez pas perdu tout espoir de paix dans le monde.

Ah tiens, je me souviens de comment j'ai quitté les "Jeunes témoins du christ" !

Une de mes coreligionnaires, une fille, donc, car c'était mixte, voui-voui, se lança au cours d'une de nos réunions dans un panégyrique enthousiaste et passionné de son personnage historique préféré : Napoléon !

Mon sang ne fit pas 3 tours ni même 2, il ne fit qu'un seul tour, c'est mon dernier prix, j'te jure j'y perds, et je ne crois pas m'être mis en colère aussi fort depuis. Je lui ai sorti de tout, que si pour elle, c'était chrétien d'envoyer de la chair à canon mourir par millions pour assouvir son égo complexé de nain, ben elle avait pas tout compris au message du christ, que son nabotléon n'était qu'un voleur de terres aux peuples souverains, qu'un voleur de fils à leurs mères, qu'un assassin, qu'un lâche, qu'un démago mégalo, qu'un impuissant qui se vengeait comme il pouvait de ses lacunes, qu'un cynique égoïste qui avait fait de la france un hochet dans les griffes de nos voisins pour de longues années...

La bonne sœur m'écoutait hurler d'un air effaré, avec cependant dans l'œil me semblait-il, un rien de connivence.

Ce qui ne m'empêcha pas de partir en claquant la porte pour ne plus jamais y revenir.

La non-violence s'accommode fort bien, de temps à autres, d'une touche d'agressivité verbale.

jeudi 17 septembre 2009

Tant-BourrinEspèces de pauvres contes

Afin de préparer nos jeunes têtes blondes à la vraie vie qui les attend, j'ai décidé de retoucher légèrement les contes classiques en leur donnant un cachet plus... heu... contemporain !

Voici une première fournée qui sera peut-être suivi d'autres si vous en redemandez... et surtout si j'en ai envie ! :~)

C'est parti ! Il était une fois...


Peau d'âne

Sur son lit de mort, une reine fait promettre à son roi d'époux de ne prendre une nouvelle épouse qu'à la condition que celle-ci soit plus belle qu'elle.

Le roi promet, se disant in petto que ça ne sera pas trop dur, vu que sa reine d'épouse est en train d'agoniser des suites d'une ruade d'un cheval qui l'a complètement défigurée.

Une fois débarrassé de son épouse, le roi, Emile-Louis Ier, se dit qu'il ferait bien son affaire à sa propre fille, mais il la demande préalablement en mariage, il y a quand même des convenances à respecter.

Sur les conseils de sa marraine, pour ne pas avoir à se taper un vieux vicieux qui sent la pisse froide, fût-il son père, la princesse exige des robes de ouf de chez les plus grands couturiers, que seuls des émirs du pétrole ont les moyens de s'offrir.

Hélas pour elle, le roi paye cash. Il faut dire qu'il n'a aucun mérite, disposant d'un âne qui défèque de l'or en barre.

La princesse a alors l'idée de demander à son père la peau de l'âne en question. Celui-ci n'hésite pas et fait abattre et dépecer l'âne, ce qui prouve que c'est vraiment un gros pervers (le roi, pas l'âne), vu qu'il renonce par là-même à des tonnes d'or qui auraient pu lui permettre de s'offrir toutes les plus belles cover-girls du monde, et ce juste pour faire zig-zig avec fifille.

Sentant que papa ne va pas tarder à la faire sauter sur ses genoux, la princesse s'enfuit alors du château, revêtue de la peau de l'âne. Malheureusement, elle tombe sur une manifestation de PETA (People for Ethical Treatment of Animals) contre la commercialisation de fourrures animales et se fait écharper.



Le petit Pousset

Victimes d'un plan social, un OS et sa femme n'ont plus de quoi nourrir leur sept garçons, malgré le montant des allocations familiales. Ne pouvant, par hautes convictions morales, se résoudre à les trucider à coups de clé à molette, ils décident de les perdre en forêt, histoire qu'ils se fassent bouffer vifs par les loups, ce qui est en effet nettement plus moral.

Malheureusement pour eux, le plus jeune des enfants, le petit Pousset, surnommé ainsi en raison de sa constipation chronique, s'était caché dans un coin de la chambre parentale dans l'espoir de mater les ébats de ses parents. Pour le coup, il a tout entendu de leur discussion.

Le lendemain, pendant que le père mène ses fils faire une balade en forêt, le petit Pousset, qui a pris soin d'emmener sa bombe de peinture, fait discrètement des tags sur les arbres, afin que lui et ses frères puissent retrouver leur chemin.

C'est ainsi que les frangins regagnent le domicile familial le soir. Comme entre-temps la mère a gagné cinquante ducats en grattant un ticket de Tac-o-tac, les parents sont heureux de les revoir.

Malheureusement, vu la flambée des prix alimentaires liée au passage à l'écu, la gêne finit vite par se faire sentir de nouveau, et les parents décident de recommencer, mais cette fois-ci le père prend soin de confisquer sa bombe de peinture au petit Pousset.

Celui-ci ne manque pas de ressources : il sème derrière lui des joints qu'il avait initialement prévu de dealer le soir-même. Malheureusement, à l'heure de retrouver leur chemin, les frères s'aperçoivent que des putains de corbeaux ont bouffé tous les joints et chantent bizarrement dans les arbres en riant bêtement.

Perdus dans la forêt, les sept frères trouvent refuge dans une chaumière, dont l'habitante les prévient pourtant que son mari est un ogre pédophile qui se tape tous les petits enfants qui passent à sa portée. Les frères insistent, préférant se faire défoncer la rondelle que dévorer tout crus par une horde de loups sanguinaires. La femme les cache dans un lit mais l'ogre les découvre. Elle convainc toutefois son pédophile de mari d'attendre la nuit pour se faire son plan cul, histoire qu'un voisin ne passe pas à proximité, entende des choses et aille colporter des rumeurs : on a beau être épouse d'ogre pédophile, on n'en a pas moins sa fierté.

La nuit venue, le petit Pousset a l'idée d'échanger les casquettes de la fratrie contre les couronnes des sept filles de l'ogre. Pour le coup, celui-ci se tape sa propre progéniture.

Sentant que cela ne va pas suffire à calmer son rut prodigieux, les sept frères s'enfuient, bientôt poursuivis par le pédophile ogresque.

Fatigué néanmoins par ses prouesses sexuelles, celui-ci finit par s'endormir au pied d'un arbre. Le petit Pousset, qui n'en loupe décidément pas une, en profite pour lui piquer ses pilules magiques de Viagra, qui pèsent un demi-kilo pièce (posologie commune pour les ogres).

Le petit Pousset en avale péniblement une. Immédiatement, il se trouve flanqué d'une bite de sept lieues, grâce à laquelle il peut revenir en très peu de temps à la ville par bonds successifs, en utilisant la technique des perchistes et en criant à tout vent "houba houba hop !"

Ses frères, quant à eux, finissent bouffés par les loups : à chacun sa merde ! Ils n'avaient qu'à se prendre les choses en main !

Arrivé donc en ville, le petit Pousset s'empresse d'aller dénoncer ses parents à la DDASS. Avec un peu de chance, il ira en orphelinat et sera adopté par Madonna.



Le vilain petit canard

A sa naissance, un petit canard ne ressemble pas du tout à ses frères et soeurs : il est tout moche et subit leurs railleries. Celles-ci prennent toutefois rapidement fin lorsque toute la couvée est décimée par la grippe aviaire.

lundi 14 septembre 2009

AndiamoLe rêve américain




Pour commencer cette très jolie chanson de : Philippe Labro pour les paroles, de J. halliday et de E. Bouad pour la musique.


L’Amérique ? Elle m’a fait rêver quand j’étais gamin. Ouais, j’vous entends : "c’était il y a fort longtemps". Il n’empêche que je rêvais de ce pays fabuleux. Pour un gamin, les cow-boys, les gratte-ciels, les G.I. qui étaient venus nous délivrer, avec dans leurs musettes des chewing-gums, du chocolat, et pour les adultes des Lucky Strike, c’était quelque chose, car après cette saloperie d’occupation il n'y avait que dalle, le moindre morceau de tissu était une aubaine, force était aux ménagères de savoir coudre et tricoter, faire bouillir la marmite avec pas grand-chose, ils me font marrer avec leurs conseils : "dépensez moins, consommez plus".

Elles étaient bien obligées ces femmes de dépenser moins, vu que leurs époux pour la plupart, du moins dans mon quartier, gagnaient une poignée de fifrelins après des semaines de soixante heures !

Alors, le rêve américain, on allait le cueillir au cinoche, avec en fond sonore les musiques des grands orchestres américains : Count Basie, Glen Miller, ou encore Duke Ellington… The Duke !

J'ai toujours aimé les B.D., étant gamin. C'était Tarzan et les beaux dessins de Burne Hogarth, Mandrake le magicien dessiné par Phil Davis, la fantôme du Bengale et le serment du crâne, sous la plume et le pinceau de Lee Falk.

C'est sans doute pour cela que j'ai toujours aimé dessiner, bien plus modestement que ces maîtres bien sûr !

BUICK 1948 "convertible"

Mon Amérique à moi ce sont ces belles tires, avec des chromes partout, des voitures qui donnaient envie de les posséder, Cadillac, Buick, Pontiac, Chrysler… avec des pédales larges comme des couvercles de lessiveuses ! Avouons que ça a de la gueule. Ça me fait doucement marrer, la taxe carbone, quand je pense que ces endoffés de donneurs de leçons se déplacent en jets privés, le moindre trajet et ce sont cinq ou six mille litres de pétrole qui sont brulés, et moi on va me culpabiliser avec mes cinq litres au cent ? Eh bien non : rien à foutre, ils veulent du fric, un impôt déguisé, mais le doyen, il n’est pas né de la dernière hausse des carburants.

Harley-Davidson Sporster 1961.

Mon Amérique à moi, c’étaient ces belles motos, chevauchées par les HELL’S ANGELS, c’était aussi "l’équipée sauvage", le beau film en noir et blanc de Lazlo Benedek avec Marlon Brando.

Du haut de nos chevaux, nous regardions les fumées (Yves Simon)

Les beaux Westerns de Henry Hattaway ou de John Ford, les cow-boys justiciers sous les traits de Gary Cooper, de John Wayne, les "méchants" Jack Palance ou Edward G. Robinson, que n’avons-nous hurlé dans nos p’tits cinoches ? Assis sur les banquettes de bois, applaudissant à l’arrivée de la cavalerie qui venait délivrer les courageux pionniers, chariots en cercle, cernés par les farouches Apaches ou autres Cherokees !

Si tu veux de moi
Pour t’accompagner au bout des jours
Laisse-moi venir près de toi
Sur le grand chariot de bois et de toile.

Une jolie chanson interprétée par Pétula Clark dans les années soixante, ces bringuebalants chariots qui emportaient les courageux pionniers, plus à l’ouest comme aurait dit le professeur Tournesol ! Ils affrontaient mille dangers et sortaient toujours victorieux des épreuves, le "happy end était de rigueur" !

Et les cruels indiens ? Longtemps j’ai cru que c’étaient des sauvages sanguinaires ! Il faut dire que les films de l’époque ne leur faisaient pas de cadeaux ! Ils massacraient les femmes et les enfants, scalpaient à coups d’Opinel ravageur, fourbes et menteurs, voilà comme on nous les présentaient.

Jusqu’au jour où j’ai vu "la flèche brisée", avec Jeff Chandler, enfin un indien au grand cœur.

CUTTY SARK

L'évasion, c'était également ces grands voiliers, les Clippers, ces navires fins comme des lévriers, rapides, plus de neuf noeuds à l’heure (mieux que la Marie du port) et qui reliaient l’Europe à la côte ouest des Etats-Unis en doublant le cap Horn, certains reliaient l’Australie à la Californie, également la côte ouest des Etats-Unis, à la côte est, avant la mise en place du grand cheval de fer. D’origine britannique, ils furent copiés par les Américains.

Ils faisaient rêver ces magnifiques trois mâts, non ? Je vous ai dessiné l’un des plus fameux : le CUTTY SARK.

Hollywood ! L’antre de Merlin, la magie du cinoche, les blondes langoureuses, les rousses incendiaires, la belle Ava Gardner : le plus bel animal du monde, l’avait-on surnommée, qui l’a vue dans la "Comtesse aux pieds nus" ou dans "Mogambo" ne l’oubliera jamais, c’est mon cas ! Il y avait d’quoi titiller l’imaginaire ! Elles étaient intouchables, pas de presse PIPEULE, on ne savait rien de leur vie privée, auréolée de mystère, elles passaient sur nos pauvres écrans carrés, telles les fées de mes contes d’enfant.

Allez je n’ai pas résisté un ch’tiot crobard de la belle brune

A Drancy, se dressaient cinq tours : les quatorze étages, ce furent les premiers "gratte-ciels" construits en France, ils jouxtaient les bâtiments où les Juifs furent emprisonnés avant leur déportation durant l'occupation, la cité de la muette, qui abrita après guerre, un régiment de gardes mobiles.

Nous qui habitions dans des quartiers dits pavillonnaires, nous les enviions, tu penses crêcher tout en haut… Quelle chance ! Nous ne savions pas que, quelques années plus tard, ces mêmes cités deviendraient des enfers ! Mais minots, New-York nous émerveillait, tu penses.

Pour terminer, le mont Rushmore, un hommage grandiose des U.S.A, à ses grands présidents, Georges Washington, Thomas Jefferson, Théodore Roosevelt, Abraham Lincoln, qui ont fait ce que l’Amérique aurait dû rester : une machine à rêves.

Ch'tiots crobards : Andiamo pour Blogbo.

Après autant de boulot, je pars en vacances en pays Bigouden, je l'ai bien mérité n'est-ce pas ?

Si vous commentez, je vous répondrai dès mon retour.

Merci à toutes et tous.

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