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mercredi 6 mai 2009

Saoul-FifreSur une idée de Margotte

Léonard Nadaud était le dernier d'une longue lignée d'épiciers de village. Vous savez, ces bienfaiteurs de l'humanité qui tenaient l'unique bar, la seule pompe à essence, le stock de bouteilles de gaz, qui étaient ouverts de l'aube au coucher du soleil, sept jours sur sept, et à qui vous pouviez demander ce que vous vouliez, ils l'avaient dans leur stock sans fond et sur leurs kilomètres de rayonnages.

Ils faisaient aussi dépôt de pain et sillonnaient les chemins vicinaux avec un vieux tube Citroën jusque dans les hameaux isolés pour dépanner les vieux et tous les petits paysans non motorisés.

L'unique téléphone de la commune, le téléphone public était chez eux. Ils faisaient le bonheur des enfants avec leurs bocaux de verre remplis de boules de gomme, de caramels à un franc et de bâtons de réglisse, et ils étaient toujours partants pour faire cuire une omelette à quatre heures de l'après-midi pour un pauvre citadin épuisé.

De vrais anges ruraux, je vous dis.

Et puis la modernité a fondu sur les campagnes avec ses doigts crochus. Tout le monde s'est équipé d'une automobile, s'est mis à comparer les prix avec ceux du supermarché tout proche et ce "brave Léonard" devint "Léo l'arnaqueur", du jour au lendemain. On le regardait avec suspicion, les bruits les plus fous coururent sur lui. La clochette de la porte d'entrée du magasin ne sonna plus qu'épisodiquement pour un jour, ne plus sonner du tout.

Léonard fut obligé de tout mettre en vente, même quelques terres proches du village qu'il achetait lors de sa période flamboyante, dès qu'il avait quelques économies de côté. Il ne conserverait qu'une mauvaise bicoque pour y habiter.

Les candidats ne se bousculèrent pas au portillon. Il y avait un gros stock, dont une partie périssable. Même s'il baissait son prix, les candidats secouaient la tête, désolés. Au bout de deux ans, une bande de chevelus-barbus se présenta, et après une ultime discussion, obtinrent un rabais supplémentaire et emportèrent le morceau.

Ils étaient jeunes, dynamiques, les inscriptions d'enfants permettraient de pérenniser une classe et la cour de l'école retentirait à nouveau de rires aigus. Le maire les aida à racheter un grand bâtiment de ferme ainsi qu'une quarantaine d'hectares. Leur "magasin général" redevint le centre de vie du village. Ils organisèrent des spectacles dans l'arrière salle du café et l'un d'eux s'occupa de redynamiser le Comité des Fêtes et d'en prendre la présidence. Ils s'impliquaient dans la vie communale, rendaient service. Ils se relayaient pour rendre visite aux personnes âgées, voir si elles avaient besoin de quelque chose. Le Mardi, une espèce de marché s'organisait dans la grande salle : les producteurs environnants amenaient ce que les habitants leur avaient commandé la semaine précédente et prenaient les commandes pour la suivante. Cela permettait d'avoir des produits frais, pas d'invendus, et de programmer par exemple l'abattage d'une grosse bête que chacun pourra mettre au congélateur ou s'associer pour la consommer de suite.

Et surtout, par leur gaieté, ils reinitiaient une vraie vie sociale. Le soir, des parties de boules s'organisaient derrière l'épicerie, le bar ne désemplissait pas et tous les âges délaissaient leur téléviseur pour venir se distraire in vivo autour de la grande cheminée monumentale. Les veillées intergénérations d'antan, où l'on draguait, où l'on perçait les abcès relationnels avant qu'ils ne s'enveniment, où l'on improvisait des contes, des chansons sur la base de ce qui nous était arrivé pendant la journée, retrouvaient leur vivacité authentique. On y jouait aux cartes, aux échecs, mais on y travaillait également : on y pelait les châtaignes, on y tricotait, ou bien on y réinventait une démocratie participative.

Un qui était furax du succès rencontré par les esstrangers, c'était Léo l'arnaqueur. Il avait beau grincer des dents, appeler au boycott contre les marginaux, ces mal-lavés, on lui rétorquait : "Mais avec leur système, ils sont encore moins chers que Géant Canivo ! Et en Bio, en plus ! Tu n'es qu'un jaloux !"

L'œil de Léonard Nadaud se mit à briller d'une méchante lueur en lisant la Une de "La montagne". Voilà l'idée de vengeance qu'il cherchait depuis un moment. Il enfila des gants, prit une feuille de papier vierge au milieu du paquet, un stylo-bille et commença à écrire :

"Messieurs,

je suis un honnête citoyen et c'est le sens du Devoir ainsi que le respect de nos Lois sans lesquelles il n'est pas de Société viable qui me poussent à vous faire part de graves agissements terroristes dont le hasard m'a rendu témoin.

J'accuse avec force la communauté d'activistes anarchistes dont la base de repli est l'épicerie de Tarnac, en Corrèze, d'être les auteurs des honteux sabotages effectués récemment contre les caténaires de la SNCF.

Et en particulier leur chef, le dangereux Julien Coupat.

Signé : Un ami de la République, qui désire rester anonyme par modestie"

Ce dessin génial est de Jean-François Batellier. Je ne saurai trop vous recommander d'aller sur son site . Une liberté de ton de ce tonneau là se fait de plus en plus rare. Pour pas cher, vous pourrez lui commander quelques-uns de ses bijoux tendres ou féroces, ou carrément un de ses albums. Il le mérite et vous ne le regretterez pas.

lundi 4 mai 2009

AndiamoLes aventuriers



Cet air m'est revenu en mémoire, chanté par Charles Aznavour. Je n'ai pas trouvé la version originale, mais par contre j'ai trouvé celle interprétée par LES COMPAGNONS DE LA CHANSON, et je souhaite aux jeunes générations de faire ne serait-ce que le quart de leur carrière, des millions de disques vendus, et la voix de Fred Mella, une pureté....

Cela m'a inspiré quelques crobards, pratiquement pas de texte, mais un peu d'encre de Chine, de l'eau pour les lavis, ça change un peu.



Ils s'en sont allés
Aussi loin que leur bateau pouvait les emporter
Pour savoir ce qu'on trouvait au bout de l'univers
Pour savoir où finissait la mer.



Ils se sont perdus
Entre le soleil et l'eau qui n'en finissait plus
Accrochés dans les haubans, les yeux vers l'horizon
A deux doigts d'en perdre la raison.

Ils étaient partis
Parce qu'ils trouvaient le monde trop petit
Dégoûtés par les amis, déçus par leurs amours
Fatigués de vivre au jour le jour.



Pour pouvoir tenir
Pour ne pas se laisser mourir
Ce qui leur a fallu subir
Nous ne le saurons jamais.

Et puis enfin pour vous Mesdames (et tous les autres) celui qui à mes yeux est le Prince des aventuriers : CORTO MALTESE.

Dessins : Andiamo 2009 pour Blogbo.

jeudi 30 avril 2009

Tant-BourrinA day in the life

La journée avait été parfaite, gorgée de soleil à souhait et paisible comme une émission de Michel Drucker. Une fin idéale de vacances, là-bas, dans la banlieue bordelaise, avant le retour prévu le lendemain matin dans les brumes parisiennes.

Nous avions emmené Tant-Bourriquet au parc, une vaste étendue de verdure boisée dans laquelle les bambins et les bambines peuvent déverser leur trop-plein d'énergie à loisir, avec le secret espoir parental qu'il en résulterait un sommeil plus profond et plus durable le lendemain matin. Tant-Bourriquet y avait fait sa énième conquête, une jolie petite blonde de cinq ans avec laquelle il avait galopé en riant tout l'après-midi.

De retour à la maison familiale qui a connu mes propres galopades d'enfant, je trouvai ma mère qui, dans la cuisine s'appliquait une poche de glace sur le menton. Elle marmonna entre ses dents quelque chose comme "heu huis hombée", remonta un peu sa jupe pour laisser apparaître un genou ensanglanté et, écartant la poche de glace, je découvris alors, une boule dans l'estomac, son visage quelque peu tuméfié.

Bon sang, elle était retombée ! L'âge avançant (80 ans), les pas se font moins sûrs, les réactions plus lentes, et ma mère avait déjà ces quelques dernières années chuté deux ou trois fois, sans trop de dégâts heureusement. Cette fois, son pied avait visiblement ripé sur le bord du trottoir et elle avait chu face la première. Et dans le combat trottoir contre menton, c'était le trottoir qui avait gagné.

Comme la douleur semblait forte et ne pas devoir passer, il n'y eut pas à tergiverser : j'amenai illico ma mère aux urgences qui, par chance, se trouvent à une portée de lance-pierre de là.

Une grande première pour moi : malgré un âge légèrement avancé, c'était la première fois de ma vie que je mettais les pieds dans un tel service. Et des pieds, il allait m'en falloir pour franchir la première étape : l'accueil administratif.

Après m'être assuré que ma mère était bien installée dans la salle d'attente, j'allai faire le piquet dans la file d'attente. Quatre personnes devant moi et, très rapidement, cinq ou six qui débarquèrent et prirent à leur tour leur place dans la queue.

Etrange, je m'imaginais trouver dans un service d'urgences des types avec une jambe à moitié arrachée, un couteau à viande planté dans la main ou avec un pitbull incrusté dans la chair de leurs fesses. Mais là, nib de chez nib : que des personnes sans la moindre gouttelette de sang, solidement campées sur leurs deux guiboles, patientant gentiment sans émettre un seul gémissement de douleur.

Heureusement, une ambulance s'arrêta bientôt dans le hall pour me confirmer que je n'étais pas en train de faire la queue devant un guichet SNCF. Deux brancardiers vinrent se planter devant l'accueil avec leur malade sur un lit roulant, faisant jouer leur priorité pour l'enregistrement. Je crus toutefois percevoir un petit soupir d'exaspération derrière moi, et je m'attendais presque à ce que quelqu'un s'écrie "à la queue, comme tout le monde !" Mais il faut croire que la dureté des couilles est inversement proportionnelle à celle de la connerie, et le cri ne vint pas.

Au bout d'un quart d'heure d'attente, un infirmier passa et demanda à chacun, dans la file d'attente, la raison de sa présence, peut-être pour essayer de désengorger ce qui pouvait l'être. Je pus alors constater que près de 80% des personnes présentes était venues pour une urgence dentaire.

Mon dieu ! L'époque était donc devenue bien chochotte pour rappliquer ainsi aux urgences au premier bobo quenottal venu ! Et je vous en parle en toute connaissance de cause, moi qui ai aujourd'hui plus de plomb que d'émail dans la bouche... Combien de fois ai-je passé des nuits légèrement inconfortables à me gaver d'aspirine, à me rincer régulièrement la bouche à l'eau froide pour évacuer un peu la douleur, à m'écraser la joue sur l'oreiller ? A l'époque, il n'était même pas envisageable d'aller encombrer les urgences pour un petit nerf endolori : on attendait tant bien que mal le lendemain pour chercher un dentiste à même de guérir le bobo. Mais autres temps, autres moeurs, je suppose...

Au bout de quarante minutes, enfin, l'enregistrement était fait. Je retournai m'asseoir auprès de ma pauvre mère qui se tenait toujours la mâchoire. Pourvu qu'elle ne soit pas fracturée...

Il était alors 19h30. Je me dis que l'attente ne serait peut-être pas trop longue, vu que c'étaient surtout les dentistes urgentistes qui devaient être débordés (oui, je sais, j'aurais pu dire "sur les dents", mais cela aurait été un peu trop facile). En effet, une demi-heure plus tard à peine, ma mère fut appelée. Je la laissai en bonnes mains et, plutôt que de poireauter dans la salle d'attente surchauffée, je décidai d'aller respirer la douceur de l'air extérieur : le hall étant vitré, je verrai bien quand ma mère ressortirait...

Devant l'entrée, une petite étendue de pelouse, fraîchement tondue, donnait au lieu un air bucolique. Je remarquai immédiatement, au milieu de celle-ci, des rectangle de terre retournée, visiblement en attente de plantations pour créer des massifs floraux : six rectangles parfaitement alignés, trois à gauche de l'entrée et trois à droite de celle-ci. Des rectangles de terre retournée d'environ deux mètres de long sur 80 cm de large.

Oui, vous avez compris la pensée qui me traversa alors fugacement l'esprit : il ne manquait plus qu'une croix plantée à la tête de chaque rectangle ! Un camouflage pour dégonfler les statistiques d'échec des urgences ? Tssssst... Je chassai bien vite cette image : je n'allai quand même pas faire du mauvais esprit en un moment pareil !

Un autre type faisait également les cent pas (ou plutôt les dix mille pas, vu le temps que cela allait durer) pour patienter. Celui-là semblait ne pas savoir quoi faire pour passer le temps, commençant à cramer une cigarette, puis bidouillant son téléphone portable, allant à gauche, à droite.

Puis il se dirigea vers le parking quelques mètres plus loin et ouvrit la portière de sa voiture. Je pensai alors qu'il cherchait simplement à s'asseoir, mais non : il déverrouilla son coffre, sortit une boîte d'outils, et commença à s'activer sur sa voiture. La chose était fascinante : je ne sais pas ce qu'il pouvait bien faire à son véhicule, mais voir ce type qui, visiblement, avait un de ses proches en train d'être soigné aux urgences, fignoler le tuning de sa caisse sur le parking de l'hosto touchait au surréalisme. Un hyperactif qui chassait son stress dans le travail manuel, peut-être ?

Peu après, un homme, accompagné de deux enfants, sortit à son tour. Leur mère, comme je l'avais entendu tout à l'heure, était là pour une urgence dentaire. Il était près de neuf heures moins le quart. Le petit garçon s'amusait à marcher sur des gros cailloux décoratifs coulés dans le ciment, près de la porte vitrée. La petite fille parlait avec son père. L'air était doux, la pénombre peu à peu envahissait le ciel. Les gamins garderaient sûrement un excellent souvenir de cette soirée pas comme les autres, hors du rythme habituel de la cellule familiale. Leur mère un peu moins, sûrement.

Celle-ci finit d'ailleurs par sortir une bonne demi-heure plus tard, l'air visiblement soulagée, sous les vivats de sa progéniture. La cohorte des faiseurs de cent pas s'en trouva donc fort réduite. Seul mon ami le bricoleur fou m'accompagnait encore.

Le temps n'en finissait plus de ne pas en finir. Pourquoi était-ce si long ? Etait-ce bon signe ? Mauvais signe ? Des gens entraient. D'autres sortaient. La pénombre peu à peu gagnait.

Et d'ailleurs, à propos de gens qui sortaient, je vis bientôt une dame, la quarantaine, qui quittait les lieux et partait vers le fond du parking, là-bas, à droite, suivie par une autre dame plus âgée (sa mère ?). Ce qui attira mon attention était ce mouchoir qu'elle tenait pressé sur sa bouche. Encore une urgence dentaire ? Elle n'avait pas eu droit à une anesthésie locale ? Ou bien...

Je les regardai s'éloigner jusqu'à ce qui devait être leur voiture. Celle-ci démarra et prit le chemin de la sortie. Elle allai donc passer près de moi. Je ne pus m'empêcher de jeter un rapide coup d'oeil au passage. L'image fut fugace mais se planta ongles en avant dans mon cerveau : elle conduisait, le visage tordu par le chagrin, en larmes. Je compris alors que ce n'était pas elle la malade, et que les nouvelles d'un proche avaient dû être mauvaises. Très mauvaises.

Il fit soudain plus froid alors que la voiture s'éloignait déjà.

THCHIMM BOOOOM THCHIMM BOOOOM THCHIMM BOOOOM...

Moins de dix secondes s'étaient écoulées qu'une puissante musique techno s'éleva, faisant exploser en éclat l'émotion de l'instant.

Je me tournai et vis mon bricoleur fou qui paraissait lui-même un peu surpris se jeter sur le bouton de son auto-radio pour éteindre celui-ci. Une fausse manip de sa part au cours des réparations : tout frappadingue qu'il soit, il n'était visiblement pas du genre à organiser une rave-party au pied d'un établissement de soin.

Ce n'est que vers dix heures du soir que je vis enfin ma mère apparaître, là-bas, dans le hall, accompagnée d'une infirmière. Ouf ! Tout allait bien. Pas de fracture de la mâchoire ni d'autre chose, et un analgésique avait fait partir la douleur. Ma mère pouvait de nouveau parler et se sentait visiblement soulagée. Elle en serait quitte pour de belles traces de contusion sur son visage, notamment son menton qui avait viré carrément au violacé.

Je soupirai de soulagement, dans la nuit maintenant noire, en quittant les lieux avec elle.

Sans mouchoir sur mon visage.

dimanche 26 avril 2009

AndiamoLa guerre du GULF

Il neige sans discontinuer depuis un mois ! Et nous sommes le seize juillet 2012, les manifestations de la prise de la Bastille ont été annulées !

Météorologiste de mes deux, réchauffement de la planète… Mon cul, il fait froid, de plus en plus froid, le thermomètre flirte avec les moins vingt, plus bas je ne le saurai pas, le mien ne descend pas en dessous.

A jouer au con, avec nos p’tites autos, nos centrales électriques, au fuel, charbon, etc…

Voilà, ce qui devait arriver est arrivé, conséquence inattendue, le GULF STREAM s’est arrêté de circuler, comme ça net.

Les savantasses nous ont expliqué, ils savent tout sur tout, on nous esssplique bien, mais APRES !

Il fonctionnait comme un tapis roulant ce brave courant chaud, partant des Caraïbes, et plongeant dans l’océan arctique, et ce grâce à des mécanismes complexes.

Ce mécanisme s'appelle la circulation thermohaline, l'augmentation de la température a affecté cette circulation, en modifiant la température et la salinité de l'eau, affectant la zone de "plongée" du Gulf Stream.

Ces zones où le courant plonge sont la mer du Labrador ainsi que les mers nordiques en Atlantique nord.

En hiver, les eaux salées et chaudes provenant de l'Atlantique tropical, refroidissent, ce qui a pour effet de réchauffer l'atmosphère, mais aussi d'augmenter la densité de l'eau, lorsqu'elles sont suffisamment refroidies, elles deviennent assez lourdes pour plonger au fond de l'océan, cette "chute" entraîne par effet dynamique le courant, créant ainsi une sorte de tapis roulant liquide.

Mais si la température augmente, le refroidissement des eaux nordiques sera moindre, de même que la fonte de la calotte glacière (composée d'eau douce gelée) fera varier la salinité des eaux, la plongée dans les eaux profondes sera ralentie, voire stoppée.

Et voilà c'est arrivé, certains tels Cassandre nous avaient avertis, mais les voies du dollar et de l'euro son impénétrables.

Donc, d’un coup, le beau tapis roulant s’est arrêté NET ! Il ne "plonge" plus le beau tapis…

Plus de bouillotte pour réchauffer notre vieux continent, alors forcément ça caille ! Notre belle, notre vieille Europe, grelotte. J’ai un mal de chien à taper sur les touches. Si ça continue, tout va s’arrêter, les câbles qui alimentent la capitale sont givrés à mort, ils ne tiendront pas longtemps, déjà plusieurs régions sont touchées, les morts se comptent par milliers, impossible de les enterrer, trop froid, le sol est dur comme du béton.

On les aligne dans des hangars. Remarquez, le froid les conserve, ça me rappelle le bouquin de Barjavel : "ravage", les centrales électriques cessent de fonctionner, phénomène électromagnétique brutal et soudain ! Une poignée d’hommes et de femmes tentent de survivre.

Deux jours se sont écoulés depuis mes dernières lignes, je pen

vendredi 24 avril 2009

Saoul-FifreCe si doux brin de fille

Les chansons sont comme des enfants. Elles naissent, on s'extasie, le moindre de leurs gazouillis tient du génie, et puis elles grandissent, bien sûr, on est pas des brutes, on les aime toujours, mais on voit mieux leurs défauts, on s'en lasse, et puis personne ne les chante plus, ne les fait plus vivre, on les oublie dans un coin de l'ordi ou au fond d'une cassette poussiéreuse.

Et puis un jour, on reçoit un mail.

C'est mon pote musicos qui me dit : "Va voir là-bas et dis-moi ce que tu en penses ?"

Tiens, la chanson a grandi, elle a mûri, trouvé son rythme, un public, elle a l'air heureuse, ses fans aussi.

Ça fait plaisir de la savoir vivante.

J'ai prononcé la cédille
Brin de laine, brin d'osier
De ce si doux brin d’ fille
J'ai le cœur dans un brasier

Et le seuil des décibels
Brin de laine, brin d'osier
Je l'ai passé avec elle
Tous deux extasiés

Et j'ai manié la litote
Brin de laine, brin d'osier
Au travers de sa culotte
La main sous le chemisier .

De son ventre à ses épaules
Brin de laine, brin d'osier
Ma bouche est devenue folle
Comme un désert, mon gosier .

Sa jeune poitrine en fièvre
Brin de laine, brin d'osier
S’embrasait contre mes lèvres
Et mes dents de carnassier

J'ai su l'odeur de l'azur
Brin de laine, brin d'osier
Mes ongles dans sa frisure
Son caviar m'a rassasié .

Une touffe de bruyères
Brin de laine, brin d'osier
Cachait la source d’eau claire
Où je venais m’abreuver

Puis j'ai glissé sans ambages
Brin de laine, brin d'osier
Le feuillet entre les pages
De son livre de chevet .

Son corps prend toutes les formes
Brin de laine, brin d'osier
J'y mord comm’ dans une pomme
Je croque tout le panier…

J'ai prononcé la cédille
Brin de laine, brin d'osier
De ce si doux brin d’ fille
J'ai le cœur dans un brasier

mercredi 22 avril 2009

Tant-BourrinAllô, Tant-Bourrin ?

lundi 20 avril 2009

Mam'zelle KesskadieL'envolée

Dans le petit matin du nord, la fille du nord était assise sur le bord de la 101.

À un mille de distance, on ne voyait pas d’autos ni à gauche, ni à droite.

Dans le petit matin frisquet de novembre, la fille du nord donnait du pain à un corbeau gros comme un chat noir devant elle.

Il n’y avait pas encore de bruits, l’air était sec et les champs alentours avaient cette barbe blanche des petits matins avant la neige.

L’asphalte était zébrée de noir. La ligne jaune s’écaillait à l’infini devant .

Les fourmis dormaient pour l’hiver dans le sol déjà gelé. Rien d’autre que des engins à quatre roues ne pouvaient arriver dans l’histoire qu’écrivaient ses mains livides et le corbeau sombre.

Rien d’autre, pensait-elle. Rien.

De ses doigts blancs de froid rougis de sang, elle tendait morceau après morceau la chair tiède à l’oiseau.

Bientôt, il lui faudrait choisir. Ce côté ci de la route pour le nord, l’autre côté pour le sud. Un côté pour ses racines, l’autre pour la cime de ses ambitions.

Et ses tripes au milieu du chemin.

Emmenées dans un truc à quatre roues, quelque part loin d’un côté ou de l’autre.

Et du bord du fossé fumait à peine le cadavre de l’entremetteur entre le ciel et son destin.

La blessure avait tranché dans le cou, à la bonne place , un trait avait suffit malgré son inexpérience.

Il avait bien gigoté un peu pour la forme, écroulé dans le fossé.

C’était son destin à lui de lui donner son avenir à elle.

Le corbeau s’irrita d’un moment d’hésitation quand elle avait regardé de nouveau le corps mort. La vie criait sa faim.

Et elle, quand serait-elle rassasiée? Les maigres racines du nord ne pouvaient plus suffire. Les cieux enfumés de par là-bas obstruait la vue des jardins d’Éden.

Ce côté ci, de l’autre bord?

Ronronnait au loin une machine en crescendo indécent vers l’indécise. Quand elle passa dans le fortissimo de son intrusion, le chauffeur aperçut la fille et dans le rétroviseur le cadavre.

Il recula.

C’était un policier.

Il regarda dans le fond du fossé. Ausculta l’arme en connaisseur. Un peu incrédule à la vue d’une femme qui s’en serait servi.

« Ouain.. » dit-il. « Qu’est-ce que tu vas en faire? »

« Sais pas. Je sais pas quoi faire ». Répondit-elle.

« C’est sûr qu’un orignal pour toi toute seule, c’est du gaspille. Tu as une famille pas loin qui pourrait venir le chercher? »

Le corbeau s’était envolé sur un poteau téléphonique qui bordait la route. Elle le regarda comme s’il pouvait avoir une réponse.

Venir chercher la viande… son corps vivant, le corps allongé. Si elle était un buck femelle morte, ou corbeau volant, saurait-elle plus où sa vie mène à la satiété?

« Je vais à Montréal. Faites-en ce que vous voulez. Il est frais tué de cette nuit. »

« Ton arc, tu fais quoi avec… »

Elle prit l’arme, ajusta la flèche qui avait transpercé la bête encore maculée de sang. Elle visa le corbeau qu’elle venait de nourrir.

Le policier ricana, un peu niaisement.

Elle le tua.

Et partit avec son auto, loin, en laissant le corbeau manger les tripes de l’orignal.

Ou le policier.

Elle ne se tourna pas pour savoir la faim d’autrui , elle cherchait sa fin propre.

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