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lundi 5 janvier 2009

Saoul-FifreAutorité recouvrée

Je venais de m'évanouir devant la beauté de mon épouse en robe de soirée, ou plutôt était-ce dû aux divers spiritueux que j'avais engloutis cul-sec comme cela se fait couramment au cours de moments conviviaux et bien entendu, particulièrement aux alentours du solstice d'hiver, fête païenne honteusement récupérée par les papistes sous le nom de "Noël".

Oui je pencherais plutôt vers la deuxième hypothèse vu que je me réveillai couché dans le jardin, refoulant une très nette odeur de bol alimentaire en phase de début de fermentation.

Non-assistance à personne en danger. Et ça se dit des amis à moi ! Ils le savent, on le répète partout, que l'alcool est déconseillé pour la santé ! Et tu crois qu'ils me préviendraient, me retiendraient, me feraient bénéficier de leurs sages conseils ?

Ouallou.

Je suis bel et bien tombé dans un piège. Moi si prudent de nature. Me méfiant des mélanges, des alcools forts se laissant tomber comme parpaings au fond d'estomacs à jeun. Un vrai bleubite. Ho qu'il est dur à entendre, le rire sans pitié de tous les amis de mes gosses, et difficile à supporter, leur trogne épanouie de ravis de la crèche se délectant de ma déchéance momentanée.

Cette tâche douloureuse à mon amour-propre devait retrouver sa délébilité au plus vite.

Le réveillon du Nouvel An ne me sembla avoir été créé que dans ce but, prendre ma revanche. Je réunis le gang aux langues ironiques et aux sourires en coin supérieurs puis leur lançai un défi. Nous allions croiser le verre et rira bien qui ruera le dernier.

Je faisais entièrement confiance dans la qualité sanitaire de mes produits naturels pour vaincre leurs saloperies chimiques de djeuns sans repères. Je les regardai interloqué attaquer la soirée en se préparant des horreurs genre vodka 1er prix/ fraises tagadas/boisson énergisante raides boules (authentique), ou bien "gaz-oil", pastis/coca-cola (authentique itou), tandis que je me contentais de sécher consciencieusement quelques valeurs sûres comme du Mumm cordon rouge, de la téquila frappée selon la recette mythique de 37,2 le matin ou bien ma sangria "améliorée", une boisson avec laquelle je me suis toujours senti en parfaite osmose fusionnelle et qui ne m'a jamais causé le moindre désagrément.

Héhé, quelles que soient les musiques, la moyenne d'âge sur la piste de danse grimpait inexorablement et, vers les abords de l'aube, nous eûmes le fin plaisir, vieux singes et guenons rescapés, de voir la bande d'oisillons rejoindre pesamment leurs chambres, les ailes et les pattes cassées.

La précipitation juvénile venait de mettre le genoux en terre devant l'expérience et le respect des traditions.

samedi 3 janvier 2009

Mam'zelle KesskadieLe droit acquis

Non seulement il tombe de plus en plus rarement, mais encore, faut-il qu’il tombe mal.

Ce soir, c’est la finale de Star Academy. Entre Jason et Mélinda, qui l’emportera ? Comment peut-il téléphoner pour dire qu’il passera ce soir, soirée sacrée entre toutes ?

Bon, il est vrai qu’il est tombé pile une fois ou deux depuis les derniers… mois ?

Il se fait fidèle à sa femme depuis le temps ou je me fais vieille, se dit-elle.

Ou il se fait susceptible. Les visites rarissimes étant de plus en plus rapides, merci à son diabète nouvellement acquis qui fait en sorte que les érections se raccourcissent sensiblement.

Suzanne a bien regretté la première fois que les symptômes érectiles se sont manifestés. Elle avait blagué après la courte performance : « Ah, un souvenir de jeunesse ? »

Il n’était pas revenu avant quelques semaines.

Et peut-être bien que même avoir voulu, il n’aurait pas pu.

Bon, alors, faisons contre mauvaise fortune bon cœur, il y a longtemps que je n’ai pas été baisée, se dit-elle, c’est probablement pour ça que j’ai le vague à l’âme en ce temps de Noël.

Alors, premièrement, faire le ménage. Dieu sait pourquoi, puisque le casting n’est pas d’être ménagère, les hommes aiment que le comptoir de cuisine soit quand même propre quand ils vont voir leur maîtresse. Surtout quand ils ont passé l’âge de faire grimper la dite dame sur le comptoir pour atteindre le septième ciel.

Tout en frottant énergiquement, la préoccupation vestimentaire se profila. L’homme avait défait au moins douze fois chaque dessous, et il en était au stade où il se rappelait de les avoir enlevés sans que le souvenir refasse surface là où il l’aurait fallu.

On verra après la douche décide-t-elle. Cherchant son rasoir, elle pensa avec mélancolie à sa douce jeunesse où le poil était encore permis à certains endroits. Les hommes jubilaient d’explorer la forêt alors que maintenant, ils ne visitent que les collines dénudées. Effet de l’exploitation industrielle des sites patrimoniaux ?

Évidement, les femmes mariées n’ont pas ce souci du détail. Un mari pouvant se compter chanceux si sa légitime épouse lui permet le devoir conjugal, il n’a cure du poil ni sur le tapis, ni sur le comptoir, ni sur l’épouse.

Ah! Le privilège du droit acquis, soupire Suzanne en appliquant un diachylon sur la coupure faite à l’arrière de la jambe droite. La souplesse n’est plus au rendez-vous ni de la préparation, ni de l’exécution.

Elle regarde sa montre, encore un peu de temps, mais elle fait vite pour programmer le vidéo qui enregistrera Star Academy.

Ah non ! Lui aussi se faisant vieux, refuse de démarrer sous commande. La machine refuse même d’avaler la cassette.

Écoute, maugréa-t-elle, recracher n’est pas un privilège quand on est occasionnelle, tu m’entends ?

Bon, v’là qu’en plus de faire des manières, elle est sourde. Peuh, pense Suzanne avec une certaine amertume, elle aussi pense qu’elle peut avoir mal à la tête quand elle le veut bien. Si les machines vidéo-cassettes se mettent à faire des manières de femme mariée, où s’en va-t-on ?

Et moi, han, si je faisais des manières de femme mariée, han ? Qu’est-ce qui m’arriverait, han ?

Assise sur le bord du sofa, la poitrine aussi basse que son moral, elle regarda tour à tour la télécommande, l’aspirateur, la vaisselle en train de sécher sur le comptoir, le diachylon sur sa jambe égratignée.

« Si la maîtresse clandestine avait des privilèges de la légale partie…. »

Son cerveau passa d’objet en amertume en soupir dans une ronde bien connue et déjà indifférente.

Suzanne tend lentement la main vers son téléphone.

« Allo, puis-je parler à monsieur Dupont ?

Ah, Bonjour madame Dupont. Pouvez-vous lui faire un message ? Vous seriez bien aimable.

Oui, dites-lui que la réunion est annulée pour ce soir.

Ah ? Il avait planifié rejoindre un vieux copain ? Eh ben, le vieux copain a mal à la tête, il n’ira pas le rejoindre.

Comment je le sais ?

Je vous rappelle pour vous expliquer, je dois raccrocher, Star Academy est sur le point de débuter.

Moi ? mais Jason ! Vous aussi, et bien, quelle coïncidence ! Nous avons probablement beaucoup en commun.

Au revoir madame, et merci pour tout. »

mercredi 31 décembre 2008

AndiamoAu gui l'an neuf

Je viens de lire le billet de T-B, quoi ajouter ou retirer ? Rien tout est dit... ITE MISSA EST !

Mais bon, même si c'est con, pourquoi ne pas "optimiser" (Oh ! Très peu), essayer une dernière fois d'y croire, j'ai assurément moins de jours devant moi que vous tous, et pourtant je voudrais ENCORE vous apporter un petit sourire, pas pour vous, blasés, découragés (il y a de quoi) que vous êtes, mais pour vos gamines et gamins, vos petits enfants (égoïstement, je pense aux miens) !

Au gui l’an neuf !

Au gui l'an neuf ! Les bises qui claquent sous les branches pendues au plafond de l’entrée.

Au gui l’an neuf !

Les bisous « chocolatés » des petits enfants, à l’haleine fleurant bon le miel, la pistache et la framboise, parfums des sucreries dont ils se goinfrent depuis le matin.

Au gui l'an neuf ! Les bisous claqués de bon coeur sur les joues de ceux que l'on aime vraiment (les autres je ne les invite pas !). 

Au gui l’an neuf ! Les bisous que l’on ne donnera plus à ceux que l’on aimait et que l’on ne reverra plus jamais.

Au gui l’an neuf ! Deux mille neuf ! La belle rime riche….

Alors peut-être, peut-être… Plus de bombes, seulement des bombages de guérite !

Plus d’attentats meurtriers, que des attentats à la pudeur : tout le monde à poil, DEDIEU ! (pas en ce moment : trop froid) !

Du boulot pour tous.

-Comment Doumé ?

-Pas trop pour les Corses ? OK !

Plus de bande de Gaza, des bandes de gazon, pour que jouent les enfants.

De la place dans les hôpitaux, car je vous souhaite une santé insolente !

Si vous ne voulez pas de cette (toute) petite lueur d'espoir, faites sauter le bouchon d'une boutanche de rouille, torchez-vous, et bonne neuill' !

Un petit sourire, un petit crobard, un souhait, un voeu pieux pour l'AN NEUF : BONNE  BOURRE !!!

J'avais sollicité tous les BLOGBOTEURS afin qu'ils se joignent à ce petit billet (le premier de l'année), mais ils sont "en pointillé", seule Miss Keskadie, m'a fait parvenir ce petit texte, nous l'en remerçions (les autres aussi, pour leur persévérance). Plus de trois ans tout de même ! CHAPEAU...

Voici donc, un sourire depuis : LA BELLE PROVINCE

Les temps changent, je le sens dans l'eau.

Surtout l'eau de pluie, dans laquelle je barbote en plein janvier. 

Les temps changent, je le sens en moi, particulièrement dans les os, et dans la mollesse de mon anatomie. 

Les temps changent, Mussollini, aimait se montrer torse nu, Sarkosy a engagé Carla, pour la chose.

Avant, on gâtait l'oeil des femmes, maintenant, on fait jaillir l'enthousiasme des voteurs masculins. 

Les temps changent, 2008 se retire en ayant engrossé 2009 d'une crise économique.

La crise des années trente, les richissimes devenaient pauvres, en 2008, les richissimes demeurent riches, parce que les pauvres payent pour eux. 

Les temps changent.

Oh ! Pis merde qu'ils changent ou pas, je redeviens optimiste, pareil pour la nouvelle année !

C'est pas un climat politique pourri, la pollution, et autres gentillesse de l'humanité, qui me  feront oublier que l'amour existe encore, et pas seulement parce que Céline le chante.  

Mais aussi parce que vous êtes là, et que si deux ou trois sont réunis au nom de textes percutants, alors, c'est qu'il y a espoir contre l'imbécilité dans le monde.  

Bonne année! Santé, bonheur, propérité! Humour, vin et bonne chère , en tout cas : amusez-vous bien ! 

Mamzelle Kesskadie

Je venais de terminer la mise en place du billet de Miss Keskadie, quand j'ai reçu ceci :

Je n'ai pas résisté à l'envie de partager cet énième message d'espoir...

C'est un peu (beaucoup) con con, mais il faut bien meubler.

lundi 29 décembre 2008

Tant-BourrinA voeux et à chiant

Je me suis laissé dire que la période actuelle serait vaguement propice à une coutume que d'aucuns qualifieraient de charmante (mais je connais d'aucun depuis longtemps : ce n'est qu'un gros con), à une tradition si passéiste et poussiéreuse qu'elle ferait passer Giscard pour un ovule à peine fécondé, à un fatras de niaiseries nimbé de superstitions mal dégrossies, à savoir les vœux de bonne année.

Eh oui, inutile de barguigner, il ne sert à rien de se tordre les mains et de se couvrir la tête de cendres : l’heure approche, les soldes annuels de la plus vile faux-culterie vont commencer.

Car, en vérité, quoi de plus chiant, au sens premier du terme, après avoir passé plusieurs semaines à éviter les contacts douteux et à se laver très méticuleusement les mains une dizaine de fois par jour, que de devoir subir aux premiers jours de janvier les miasmes répugnants de dizaines de cousins, tantes, grands-oncles et collègues de bureau empressés de répandre sur vos joues des traînées baveuses ainsi que l’assurance d’une belle gastro-entérite à venir ? Sans compter que les dits épanchements salivaires s’accompagnent invariablement de vœux convenus et plein d’inanité dont l’effet laxatif n’est plus à démontrer.

Hélas, la pression sociale (terme élégant désignant l’esprit grégaire du troupeau de bœufs) est telle qu’il est difficile d’y couper sauf à passer pour un rustre asocial doublé d’un goujat semi-psychopathe.

Certes, ne le nions pas, il peut parfois y avoir quelque intérêt supérieur à suivre le chemin boueux des conventions.

En effet, quel espoir pourrait avoir le jeune adolescent acnéique d’aller soutirer un ultime billet de cinquante euros à sa vieille mère-grand arthritique, à laquelle il n’a pas une seule fois rendu visite de toute l’année écoulée alors qu’elle habite à deux cents mètres de chez lui, s’il ne se pliait, le moment venu, c’est-à-dire le 1er janvier, à l’exercice des vœux, à savoir un « bOnané mémÉ » essèmessisé, car faut quand même pas déconner, il va pas se pourrir deux heures chez la vioque, elle peut se fendre d’un timbre pour lui envoyer le fric, hein ?

De même, comment l’homme attentionné pourrait-il se tenir informé de l’état de santé de sa chère grand-tante s’il n’allait une fois l’an lui souhaiter une bonne santé, avec une sincérité d’autant plus remarquable qu’il espère lors de chaque visite annuelle détecter les petits signes annonciateurs d’une maladie qui emporterait enfin cette vieille peau qui ne sait plus quoi faire de son fric et dont il est l’unique héritier ?

Citons enfin l’homme politique dont le destin présidentiel s’est accompli et qui, une fois l’an, ne saurait déroger, sous peine de sévère correction dans les sondages d’opinion, à la plaisante coutume des vœux télévisés, au cours de laquelle un accessoiriste doit lui chatouiller, hors cadre, les orteils pour qu’il puisse arborer une ébauche de sourire patelin en lieu et place du rictus chargé de morgue qui lui vient naturellement au visage dès qu’il s’agit de s’adresser à la populace.

Mais pour ces quelques exemples où les mièvreries mielleuses proférées trouvent une justification dont on ne saurait contester la robustesse, combien de vœux niaiseux bramés sur les douze coups de minuit, juste pour se fondre dans le tiède moule de la médiocrité, avec autant d’empathie pour leurs destinataires que pour les canards dont les foies cirrhotiques parfument encore les haleines entre deux relents de mauvais vin mousseux ?

Oui, ne nous leurrons pas : les souhaiteurs de bonne année sont une engeance dont la nocuité n’est plus à démontrer. Essayez simplement de dénombrer les personnes à qui vous avez un jour adressé vos vœux de bonne santé et qui sont mortes au cours de l’année qui a suivi dans d’atroces souffrances !

Alors, pas nuisibles, les vœux ? Généralisons : si l’on considère qu'environ 0,9% de la population meurt chaque année et que, dans l’immense majorité des cas, les défunts s’étaient vu souhaiter une bonne année le 1er janvier, on peut conclure sans hésiter que les vœux pas frais tuent bien plus que les listeria et les salmonelles réunies.

Considérons maintenant le contexte actuel. C’est la crise. Attention, pas la petite crisounette de rien du tout que l’on soigne en deux temps, trois mouvements avec une bonne dose de libéralisme et deux de vaseline ! Non, la crise, la grosse crise, celle que les têtes à CAC du Palais Brognard seront les derniers à vous annoncer, vu qu’il leur faut vite refourguer toute la merde aux petits porteurs avant que ça ne plonge pour de bon. Oui, LA crise, die grosse Krise mit un K majuscule, comme dans Kaputt ! Du genre de celles qu’on ne voit qu’une fois par siècle et dont on n’émerge difficilement qu’au bout d’une vingtaine d’années et de quelques millions de morts.

Bref, si vous espérez vous en tirer en réduisant légèrement votre train de vie (remplacer le beurre par de la margarine, échanger votre portable contre deux pots de yaourts reliés par une ficelle, aller en vacances à la Petite Moule plutôt qu’à la Grande Motte, etc.), vous êtes bien loin du compte ! Commencez donc plutôt par vous constituer des stocks de graines de topinambours et, si vous désirez apporter quelques protéines animales à votre alimentation, pensez également à vous équiper de pièges à rats.

Toute cette longue introduction (alors, heureuse ?) pour bien vous faire comprendre la situation dans laquelle je me trouve embourbé :

1°) les vœux niaiseux et consensuels, ce n’est pas vraiment ma tasse de Darjeeling avec une feuille de menthe et un nuage de lait, merci ;

2°) oui mais les impératifs de la bonne tenue de blog m’imposent de ménager les neuneus décérébrés qui me lisent en les caressant dans le sens du poil et en leur souhaitant la bonne année (les doigts croisés derrière mon dos, je vous rassure) ;

3°) re-oui mais, ce faisant, je m’identifierais trop au quidam agitant son mouchoir sur les quais de Southampton en 1912 et criant bon voyage à ses cousins embarqués pour une croisière de rêve à bord du Titanic.

Car, sachez-le, l’hypocrisie et le souci de préserver l’audience de ce blog ont des limites : celle de ma déontologie (mot élégant servant généralement à exprimer l’idée qu’il faut allonger quelques biftons supplémentaires). Faux-cul peut-être, mais avec un vrai fond !

Ne pouvant par ailleurs me résoudre, par souci d’originalité, à recourir au même subterfuge que l’an dernier, à savoir laisser à un algorithme le soin de faire à ma place le sale boulot des vœux, je vais donc me livrer avec quelques jours d'avance, quand bien même cela me laissera un goût de rance dans la bouche, à ce labeur que je honnis tant… Allez, je me concentre, je prends ma respiration, et c'est parti...


Bonne chance pour 2009, tous mes vœux de survie !


Et maintenant, veuillez me laisser seul, s’il vous plaît, je vais me retirer dans mes appartements pour récupérer, je me sens si las…

samedi 27 décembre 2008

Saoul-FifreCe qui brille, brûle

J'ai passé la 6ième, la 5ième et la 4ième dans la même classe que Lionel et puis nous nous sommes perdus de vue. C'était un garçon sympathique, pas agressif ni faiseur d'embarras. Il était sombre et plutôt taciturne. Nous savions que sa mère était seule pour l'élever et le fait qu'il n'avait jamais précisé qu'elle était veuve nous faisait envisager une histoire d'abandon ou de divorce. Son perpétuel air de chien battu permettait de fantasmer à son sujet les histoires les plus tristes.

Je l'avais raccompagné chez lui pour une histoire de devoir manquant mais il m'avait laissé sur le trottoir, le temps de rentrer le chercher. La maison était correcte, dans un beau quartier, mais peut-être n'en louaient-ils qu'une pièce ? C'est bien simple, Lionel ne répondait jamais aux questions. Son éducation avait été visiblement très stricte, il ne traînait jamais dehors, était toujours poli. Il faisait partie des rares qui venaient au lycée en costume cravate, comme Guy, le fils du notaire, mais c'était toujours le même, un peu élimé. On sentait la famille pauvre mais fière, qui refuse de déchoir, malgré des vents contraires.

Scolairement, il n'était ni mauvais, ni bon, on sentait juste qu'il était "poussé", que réussir dans la vie était un concept qu'on essayait de lui inculquer. Je ne connais rien de son histoire, c'était un garçon secret et nous n'avons jamais su les raisons de ce silence. J'ai juste compris plus tard qu'il devait avoir une revanche à prendre sur la vie.

Mais il la prenait avec simplicité et convivialité.

Je réentendis parler de Lionel Cassan en 1981. J'habitais en Ariège et le transistor était bloqué en permanence sur Sud Radio, dont l'émetteur était en Andorre. Il y animait la matinale, et en particulier une émission qui s'appelait "Parlez-nous de vous". J'appelai au numéro que l'on nous donnait à l'antenne et je tombai directement sur lui, en lui proposant, s'il était d'accord, de témoigner sur nos années-lycée.

- Heu, Saoul-fifre, ne va pas raconter n'importe quoi sur moi, hein ? dit-il un tantinet inquiet.

- Mais non, pas du tout que vas-tu imaginer là, tu me connais, d'ailleurs, tu sais, je ne tiens pas plus que ça à passer à l'antenne si ça doit te gêner, par contre, si je passe en Andorre, j'aimerais bien te revoir.

- OK, quand tu veux, mais je bosse beaucoup, je n'aurai pas trop de temps.

Je n'ai jamais trouvé l'occasion de monter en Andorre. Il continua sa belle carrière, qu'il avait d'ailleurs initiée à Radio-Andorre, puis monta à la capitale, attiré par les reflets hypnotiques de la petite lucarne. Antenne 2 lui confia l'animation de "Matin Bonheur", une émission qu'il tint à bout de bras pendant 5 ans avec succès. On disait de lui que c'était le futur Drucker , il en avait la gentillesse, le sérieux, mais Jean-Pierre Elkabach en décida autrement. Malgré une audience excellente, il le vira et le remplaça par Olivier Minne. Cet extrait , tourné peu avant son départ, est révélateur de l'ambiance.

Il s'accrocha, anima de nombreuses émissions, présenta l'Eurovision, fut un des "speakerins", retourna à la radio, puis s'échoua sur Canal Téléachat. Dans sa longue "traversée du désert", Michou fut un des seuls à lui tendre la main, en l'embauchant comme animateur dans son cabaret.

Mais quand on s'est approché du soleil, enfin, des lumières clinquantes des animateurs vedettes, on renâcle à ne plus faire partie des happy fews.

Alors tu es reparti à l'assaut des gros spots à incandescence, des lumières de la rampe.

Et, tel un Icare moderne, à défaut de t'y fondre les ailes, Lionel, tu t'y es brûlé la cervelle.

jeudi 25 décembre 2008

AndiamoLes solutions d'onc' Andiamo

AH ! Que n’ai-je entendu souvent des jérémiades sur des sujets aussi variés que divers … Ou inversement !

Par exemple : le prix prohibitif des produits médicamenteux.

-Les enfants qui grandissent trop vite.

-La belle-mère envahissante.

-Les coûteux repas de famille, etc, etc...

Heureusement, doté de supers pouvoirs, BLOGBORYGMES a la solution parfaitement adaptée à tous vos soucis du quotidien.

Ne me remerciez pas (pas immédiatement en tout cas) l’altruisme est ma seconde nature.

Contre le vieillissement prématuré de votre progéniture :

-Ah la la ! Les enfants grandissent trop vite, elle (ou il) était si adorable étant petit, regardez moi cet (te) adoléchiant (e) boutonneux (se) une vraie chienlit !

La solution, onc’ Andiamo possède LA solution : Congelez vos enfants !

Ainsi quand la tante Simone qui habite le fin fond de l’Aveyron, viendra vous rendre visite (comme chaque année pour se goinfrer de chocolats), elle demandera à voir les enfants : sortez les du congélateur et là, bouche bée elle déclarera :

-Ah ça mais ! Ils n’ont pas changés, toujours aussi adorables, et calmes avec ça !

Une belle-mère qui déboule à tout moments ?

De manière aussi inattendue qu’importune ? Une fouineuse qui colle son pif partout ? Plus envahissante qu’ Attila, qui en comparaison ferait figure d’invité recommandable ?

Encore une fois LA solution :

Nul besoin de l’inviter pour Noël, de toutes façons elle sera là ! Avec son lot de cadeaux à la con : les cubes en bois avec en imprimé l’alphabet pour votre gamin de dix ans, une dinette en plastique recyclé pour l’aînée de douze ans, qui a lu et relu le Kama-Soutra depuis belle Burette !

Les sempiternels boutons de manchettes pour vous, alors que vous ne portez QUE des sweet-shirts ou des polos.

Et enfin LE parfum à 4,95 pour votre chère et tendre qui finira dans les gogues comme les précédents !

Alors voilà : tendez une corde (assez solide) dans l’escalier de la cave, dévissez l’ampoule du dit escalier, quand jolie maman sera là, au moment de passer à table, déclarez lui d’un air sournois :

-Jolie maman, si vous choisissiez le vin devant accompagner la dinde ? Je connais votre goût exquis, pour le choix des crus. (il n’y a pas de contrepèterie)

-Flattée la belle-doche ! Tu penses, elle en mouille sa culotte !

-C’est trop d’honneur mon gendre ! Rétorquera-t-elle d’un air faussement modeste.

Ouvrez lui alors la porte de la cave, appuyez sur l’interrupteur, prenez votre air le plus con (ça ne devrait pas poser de problèmes, j’y arrive parfaitement).

-AH ! L’ampoule est grillée …

Puis effacez vous, en déclarant de votre timbre le plus suave :

-Après vous chère MÂÂÂME !

Jolie maman descend… Et BADABOUM, un joli " roulé-boulé " avec sac de plâtre à l’arrivée !

Dispensez-vous tout de même du :

-Et voilà jolie maman : c’était votre bûche de Noël ! Ce serait tout à fait déplacé.

Les médicaments trop chers ?

Le cataplasme à la bouse de vache… C’est gratos !

Prenez un vieux sac, mettez vous au cul d’une vache, attendez qu’elle défèque (généralement l’attente n’est pas bien longue, surtout si vous avez glissé de l’hellébore dans le fourrage).

Ensuite lorsque l’animal consent à se soulager, plaquez-lui votre sac au cul, et sans attendre, appliquez le cataplasme bien chaud sur la poitrine de votre progéniture toussotante.

Si l’enfant se plaint de l’odeur, rétorquez lui : " c’est le double effet kiss cool " :

-1) Un enveloppement chaud.

-2) Une inhalation de vapeurs bienfaisantes, autrefois appelées : fumications.

Et puis le soir avant vingt heures, obligez votre enfant à regarder : la météo présentée par Evelyne Dhéliat, en tant que purge il n’y a pas mieux ! Chiasse assurée.

Evelyne Dhéliat : la dragée Fuca du pauvre.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais finauds comme vous l’êtes sans aucun doute : OUI, cette Evelyne là nous planque toujours la Bretagne avec ses nichons, les pauvres BRESTOIS : niqués, ils ne savent JAMAIS le temps qu’il fera sur leur belle région.

Remarquez nous non plus, étant donné qu’elle se plante régulièrement !

Et puis vous connaissez le dicton : qui écoute la météo... Reste au bistrot !

Jambe cassée ? Pas de panique ! Nul besoin de radio, pliez la jambe à l’endroit qui vous paraît suspect, si au beau milieu du tibia le mollet se plie à l’équerre, et que la personne concernée pousse un hurlement, aucun doute : c’est une fracture !

Rendez-vous dans votre grande surface de bricolage préférée, achetez un tube d’évacuation en P.V.C de 200 mm. de diamètre, coupez une longueur d’1 mètre environ (selon la taille de la guibole à immobiliser) glisser la jambe endommagée à l’intérieur du tube, puis coulez du plâtre à modeler, à l’intérieur, en ayant pris soin de boucher l’extrémité avec des vieux journaux, pourquoi vieux ? Pour ne point gaspiller….

Laissez sécher, puis attendre 6 à 7 semaines, au bout de ce laps de temps, tapoter avec un marteau tout autour du tube de P.V.C, afin de décoller le plâtre.

Tirez d’un coup sec, et surprise… Une épilation gratuite !

Pas de dinde à Noël ? Trop chère une dinde, comme je vous comprends, pas de panique, tonton Andiamo est là !

Confisquez à votre enfant le gros canard en peluche offert par la tante Simone l’année passée, retirez lui le ridicule costume marin façon " Donald " dont il est affublé, arrachez également les yeux de porcelaine, l'un d'eux "monté" sur un anneau de rideau, fera une bague fort acceptable, le jour de votre anniversaire de mariage.

Bourrez le faux canard avec du canigou, royal canin, ou César, enfin tous ces aliments pour animaux qui ne font pas forcément le bonheur de vos compagnons, mais remplissent copieusement les poches des revendeurs.

Passez le tout au four, en ayant pris soin d’arroser copieusement la peluche de jus de sardines à l’huile, mettez les sardines de coté, elles feront une EXCELLENTE entrée !

Et ce vingt minutes avant l’arrivée des convives. Quand ceux-çi arriveront, immanquablement ils vont s’écrier :

-Mais tu as préparé des harengs ?

-Bah nan rétorquerez vous :

- J’ai mis une dinde au four !

-Comment ? Pourtant ta belle-mère est toujours là ! (non je déconne).

-Ah Les salauds ! Ils m’ont refilé une volaille élevée à la poudre de poisson, les fumelards, les endoffés !

Alors, précipitez vous dans la cuisine, retirez la peluche du four (n’ayez crainte, l’odeur découragera les plus téméraires de vous accompagner), videz là, et récupérez la nourriture pour animaux.

Ensuite servez cette « farce » à vos invités en vous confondant en excuses, et promettant moults sévices à l’encontre de l’odieux volailler.

On vous félicitera de votre présence d’esprit, et d’avoir pu sauver un réveillon voué à la catastrophe.

Pour les jouets et cadeaux ? Dispensez-vous de cet odieux échange de conneries à trois francs six sous, qui finiront au mieux dans une brocante, au pire dans la poubelle.

Quant aux jouets pour les mômes ne vous emmerdez pas, déclarez à vos enfants que chez vous le Père Noël ne passe QUE le 25 au matin.

Le 25 au matin, levez-vous de bonne heure, et arpentez la rue dans laquelle vous habitez, récupérez tous les cartons et emballages qui traînent, disposez les devant la cheminée, en ayant pris soin de les envelopper dans du : "papier cadeau ", mais si vous savez tous ces papiers à la con avec des sapins, bonshommes de neige, et autres boules multicolores.

Disposez au pied du sapin (en plastique recyclé) tous ces magnifiques paquets.

Huit heures : les chères têtes blondes déboulent au pied du sapin, ouvrent fébrilement les paquets… Vides, ils sont vides !

Alors jouez leur la grande scène de l’indignation, traitez le père Noël de salopiot, d’encaldossé, même de : fumier de lapin (vous pouvez exceptionnellement) oser faire ça à des enfants !

Au bout de cinq minutes, vos enfants joueront avec leurs jolies boîtes toutes neuves, comme tous les mômes d’ailleurs, délaissant leurs joujoux, clinquants et rutilants pour se traîner dans l’immense carton ayant contenu la maison de poupées.

Allez bonne journée à toutes et à tous, on dit MERCI QUI ?

Tout de même un p'tit crobard pour faire passer la pilule, (ou la dragée FUCA), on n'est pas (trop) des pères fouettards...

Dessin Andiamo 2008.

En cette nuit de Décembre, jaillissant du sol.

Une chose visqueuse, noirâtre, et molle.

Que pour servir leur ambition, plus tard les hommes.

Raffinèrent, filtrèrent, nommèrent : pétra oléum.

Suivant l'étoile, vinrent les rois voisins d'Israël.

Ils se nommaient je crois : MOBIL, CALTEX, et SHELL.

Ecrit en vers de douze pieds, c'est bien.

On m'a soufflé à l'oreille : c'est un Alexandrin !

Ouais je sais, ce sont des vers de mirliton, mais ça m'amuse ! Alors pourquoi bouder son plaisir en ces jours de liesse....

JOYEUX NOËL A TOUS !

mardi 23 décembre 2008

Mam'zelle KesskadieLes funérailles de mon voisin d'en face

Je travaille dans la même boîte que sa fille, sa femme et moi échangeons nos vivaces l’été venu, j’ai tenu à être présente.

Moi, les funérailles, c’est comme les cimetières, ça me fascine en même temps qu’il y a un quelque chose d’ennuyant. Une atmosphère de ça serait bien d’être ailleurs sans être dans l’au-delà.

V’là le cortège. Celui des mariages est intéressant, la mariée est toujours belle, le marié a l’air imbécile. Ici, les six petits-fils de mon voisin qui portent le cercueil feraient de bons maris je crois. Difficile de croire que ce sont les mêmes qui fument du pot dans l’arrière cour du grand-père, ils ont tous le cou rouge de la coupe au rasoir. J’entends les mères : Tu dois bien ça à ton grand-père! Et ils ont tous des souliers. Pas que ces va-nu-pieds ne portent chaussettes et pompes, mais ici, pas d’espadrilles. Les mères n’y sont pas allées de main morte.

La veuve de mon voisin se nomme Marie. Marie a les yeux rougis, le visage blanc, la robe noire de circonstance. C’est gothique. Marie ne parle pas, elle nasille. Qui plus est, elle nasille longuement et lentement. Gééééérrrrrrrrrrrrarrrrrrdddd, téééééééééééllllééééééééééphone. Une gothique par accident, mais aussi par goût. Elle aime son Gérard édenté et bedonnant avec un amour tendre.

Ce qui fait que je suis quand même tristounette. Ma collègue sanglote, la dame qui partage mon banc aussi, je vous jure, les larmes c’est pire que les oignons pour vous faire pleurer les yeux.

J’allais laisser la mélancolie des choses d’ici-bas qui trépassent me gagner lorsque la chorale a entamé son premier chant.

Doux Jésus, je me suis réjouie ! Je ne croyais pas qu’une harmonie pouvait contenir toutes les tonalités y compris les diatoniques, dans la même partie de la mesure. Ça ressemblait vaguement aux ongles qui griffent un tableau noir. Ou au matou qui flirte la chatte de ma voisine d’en face, sauf que ça chantait des mots français.

Me mordant sévèrement les joues, j’ai regardé autour de moi. Personne n’arborait le même air étonné et timidement ricaneur que moi.

Long moment de solitude qu’une hilarité funéraire, je vous l’assure.

C’est alors que je fis l’erreur ultime. En plus d’écouter la chorale (comment faire autrement), j’ai regardé le directeur.

Je doute que cet exotisme se propage en dehors de ma paroisse.

Le vieux monsieur avait une vieille perruque.

Pourquoi je savais qu’il avait une vieille perruque? Parce qu’elle lui flottait sur le crâne comme seules les rescapées de plusieurs marées (lavages) peuvent le faire. Parce que ce blanc jaunâtre , c’est du millésime 90. Parce que le cheveu rare qui persiste à pousser en bas de la perruque témoigne qu’il y a déjà une nuque chevelue pour justifier une telle pilosité crânienne.

Et il y avait la longueur des oreilles. Vous savez que les oreilles ne cessent jamais de croître ? Et bien, maintenant, vous savez pourquoi les vieux ont et que vous aurez des oreilles surdimensionnées. On se demande pourquoi mère nature nous joue ce tour, le vieux n’entendant pas plus les harmonies qu’il ne les corrige.

Fascinée, j’étais. Le sens de la finalité de la vie prenant la dimension auriculaire du directeur de la chorale, manifestait la fatuité de la grandiloquence des choses humaines.

Ciel, un solo. J’encourage mentalement l’exécutant à monter jusqu’à la note finale. Allez mon vieux, tu es capable. Zut, ratée de peu. On ne s’en aperçoit même pas, ou t’à peine.

Oh non. Ma voisine, sa fille et son autre fille, et une inconnue viennent au micro pour les prières. C’est pathétique de tristesse, de sanglots, de mouchoirs. Être cynique, j’applaudirais, y a pas à dire, c’est du vrai vécu.

Mais je connais ces gens. Ils sont vraiment tristes. Ils ont vraiment beaucoup de peine. Ils n’entendent même pas que la chorale chante. (ça, je les envie).

Le patriarche n’est plus. Plus besoin de se cacher pour fumer du pot dans la cour arrière. Marie ne sortira plus en criant à son Gérard : Géraaard, fais attention.

Gérard étant aussi sourd que le directeur de la chorale, ne faisait ni plus ni moins attention. Il n’aura plus à ne pas écouter Marie.

Pour un peu, j’aimerais cette chorale, cette église décorée avec du vrai plâtre, cette Marie Gothique.

Pour un peu, je crois, que j’aime la vie quand elle est vraie comme la peine de Marie pour son Gérard.

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