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dimanche 13 juillet 2008

Mam'zelle KesskadieVive la différence

Vive les différences.

Surtout entre hommes et femmes, et là, je ne parle pas seulement au niveau physique.

Quand je réfléchis à un problème amoureux, par exemple, le mien, j’essaie de voir ce que répondrait un courrier du cœur dirigé par un homme.


Disons que j’écrirais :

Cher Eugène,

Je suis de nouveau célibataire à 48 ans. J’ai 5 enfants qui vivent avec moi une semaine sur deux et deux enfants chez leur papa.

Je suis loin d’être mince,

Est-ce qu’il y a des chances que je rencontre enfin l’âme sœur ?

Princesse au bois brûlant


Il me répondrait :

Oublie ça.

Eugène

Court. Ferme. Comme on aime un homme (dans un de ces qualificatifs du moins).


Bon, mettons que c’est une femme.

Chère Princesse,

Vous pensez qu’elle va me répondre tout de suite ? Naîfs comme ça à votre âge… comme elle ne peut pas voir comment je suis attriquée, elle va commenter mon nick.

Chère princesse,

Quelle pitié (un rien condescendant, elle se positionne) de voir qu’à votre âge (et v’lan dans les dents) vous rêvez encore au prince charmant. (c’est parce que je rêve au prince, mais à quelque chose d’autre que j’en veux un, prince).

Il va sans dire que vous avez droit au bonheur.(Ah! quand même...) Mais, le bonheur se mérite. (Ah, me semblait aussi) Avez-vous fait tout ce qui était en votre pouvoir pour attirer la chance ? (elle parle de trouver un trèfle à quatre feuilles ou de ne me nourrir que du trèfle, à trois feuilles, pour sauver la calorie de la quatrième ?).

Vous savez, on n’attire pas des mouches avec du vinaigre.(de la salade de trèfle, on passe aux conserves. Je crois qu’elle doit travailler avec Saoul-Fifre à la ferme).

Il faut savoir mettre ses charmes en valeur (dans mon cas, faudrait en cacher quelques-uns), mais aussi, il faut savoir mettre ses priorités à la bonne place. (je suis bien prête à passer de la cuisine à une autre pièce de la maison, aucun problème !).

Princesse, vos enfants ne seront pas un obstacle (ils seront chez leur père), mais votre cœur est-il accessible ? (je veux bien croire que j’ai de la poitrine, mais c’est pas une chirurgie dont il est question ici. D’autant plus que mon cœur et autre partie anatomique qui débute par « c » sont très accessibles.)

Amicalement (et péteusement), Marie-France de la Faceremontéejenailesmoyens

Voilà.


J’exagère ? Bien sûr. Pas un gars ne fait du courrier du cœur à part que s’il veut faire de la publicité pour ses conférences et sa maman lui dit quoi écrire.

Pas une fille qui a du bon sens écrit ou répond à ces trucs.

Tout ça pour vous dire, que ce matin, j’aimerais qu’une petite colombe vienne du ciel me porter une missive me prédisant un avenir heureux en amour.

Pour le moment, je suis avec mes deux chiennes qui, contrairement aux humaines de ce qualificatif, m’assurent que je suis la personne la plus aimable du monde pourvu que je sorte avec elles.

De vraies copines quoi.

Poilues comme j’aime un homme.

Décidément....

samedi 12 juillet 2008

Mam'zelle KesskadieMam'zelle Kesskadie

La France n'est décidément plus ce qu'elle était. Elle qui a entendu chanter Mireille Matthieu mais a invité un portaphone québécois de marque Céline, pire, elle l'a marquée d'une croix et voici qu'après Georges Sand, la Comtesse de Ségur et Nicole Buron, on invite une autre obscure québécoise à venir faire culture dans notre douce patrie.

Or, qui est-elle au juste ?

Elle aurait publié dans une maison d'éditions suite à un vulgaire concours amateur (Les Affolettes, Des nouvelles de 2002). Serait-ce assez pour lui donner la plume ? Nenni, elle aurait aussi proféré des propos sur un blog qu'elle a ensuite délaissé pour, Dieu merci, se taire momentanément.

Le ciel internet pur s'obsurcit quand lorent, lui, dit le fainéant, eut cette idée digne d'un provençal nonchalant, invitons-la ! De un, chacun aura plus de temps pour cogiter une prose patriotique balzacienne, tandis que l'écriture terreuse d'une colonisée fera par contraste, luire la grandeur aristocratique des dignes compatriotes de René (De chateaubriand, pas Angélil, cela va de soi).

Levons donc un sourcil gauche (un rien socialiste, c'est de bon aloi) aristocratique (c'est de bon ton dans un salon) à la lecture des délires de cette intruse.

D'après une enquête fouillée et documentée tel un Paris-Match sur l'acide, il a été établi que :

Elle a sept enfants.

Elle a accouché mais son poids corporel n'a pas redescendu d'aucun de ses accouchements, ce qui fait qu'elle est du genre dondon.

Elle aime Gaston, le Lagaffe. Ainsi, peu imaginative, elle trouve le patronyme de Mamzelle Jeanne. Et puis, dans un moment, court il va de soi, de conscience, elle se rappela comment elle était interpellée lors de son unique et peu documenté voyage à Paris : Kesskelledit. Donc, elle se nommera : Mam'zelle Kesskadie. Laissons les commentaires impénitents qui remarqueraient qu'une femme de 48 ans, c'est plus une dame, les illusions sont à la femme ce que Carla est à Sarkozy : un galant paravent devant la vanité.

C'est une bien pauvre femme. Sa lutte contre le déficit est aussi glorieuse que celle contre son excès graisseux, mais hélas, le tout glisse constamment dans les bas-fonds, tel la roche sysiphienne du dit sieur de même nom.

Il faut bien qu'elle gagne sa croûte (vous devriez lui voir le pain !) et celle de ses nombreux enfants puisque malgré qu'elle se targue d'un catholicisme américain, elle est divorcée. On l'a engagé dans un asile dont le nom politically correct n'abuse personne : un centre hospitalier dédié à la santé mentale, dans un poste qu'on a titré d'ergothérapeute, faute de pire.

Deux chiens bâtards complètent une ménagerie (avec les araignées, les fourmis, les moutons de dessous du buffet).

C'est du Québec, c'te femme bleue et blanche (pour paraphraser le gars (Claudel ??? j'ai la culture, mais pas toute la confiture) qui avait dit le la Chine, c'te femme jaune, non, mais le faut faire !) que parviendra donc des intermèdes féminins du quotidien et de tout et de rien.

jeudi 10 juillet 2008

ManouA bientôt






Une image prise à Marseille pour vous souhaiter à tous un bon été. Je ne pense pas écrire de nouveau billet avant la fin du mois du mois d'aout. Mais d'autres blogbos seront peut-être plus présents que moi.


lundi 7 juillet 2008

Tant-BourrinFaire ceinture

A l'heure où vous lirez ce billet, je serai déjà en goguette, parti goûter un repos bien mérité sous d'autres cieux, loin de Bourrinville et de ce blog.

Mais rassurez-vous, en détournant légèrement les paroles de "la ceinture" d'Elodie Frégé, je vous ai concocté à l'avance un petit message qui vous est tout spécialement dédicacé, amis lecteurs ! :~)



Tant-Bourrin - Faire ceinture


(Téléchargeable directement ici)


Faire ceinture
(musique : Benjamin Biolay - paroles détournées : Tant-Bourrin)


Non pas de billet
Car c'est juillet
Et moi je glande
Je me fous bien des lecteurs
Et des lectrices en pleurs

Non, plus de Blogbo
Putain, c'est beau
Plus d'compte à rendre
Tout soudain paraît plus net
Oublié, internet

Les billets en abondance
Pendant les vacances
Vont laisser place à l'absence
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non, plus d'bourrinades
Plus de gags crades
Un peu scatos
Car j'en ai vraiment ma claque
Je préfère le hamac

Non, plus d'historiettes
Méchantes et bêtes
Pleines de pathos
J'ai préféré me tirer
Plutôt que de gratter

Vous donner de la lecture
C'est d'la confiture
Mise à portée de vos hures
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non, plus d'Hippobert
Plus de haubert
Plus de hachoir
C'est fini le Moyen-Âge
Je préfère le Bronze-Âge

Non, plus de chansons
Fini l'doux son
De ma belle voix
J'ai choisi avec bonheur
L'aphonie des glandeurs

Faut vous rendre à l'évidence
Ma flemme est immense
Et tant pis pour notre audience
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

Non pas de billet
Car c'est juillet
Je n'suis plus là
Je me fous que les lectrices
Et les lecteurs gémissent

Non, plus de Blogbo
Putain, c'est beau
J'en pisse de joie
Oubliés, les commentaires
Qui si souvent m'atterrent

Je n'vais pas m'casser le cul
Pour quelques schmoldus
Et bye-bye les pots de glu
Rien ne dure
Va falloir faire ceinture

dimanche 6 juillet 2008

AndiamoLa dilettante

C'est l'été, le climatiseur ronronne doucement, il fait bon dans la maison, ça n'est pas écolo ? Et tous les ceusses qui vont se faire bronzer l'endive aux Seychelles, assis dans un fauteuil de BO-INGE, qui va brûler en gros 400 tonnes de kérosène (aller-retour) c'est écolo ça HEIN ? dis-voir ?

Bon, on s'en fout, faut bien que les économies locales prospèrent (yop la boum) ouais c'est l'été, y'en a des qui VACANCENT à tout va, alors je Vermote un peu...

Mardi 29 juillet c'était mon anniversaire, merci de me l'avoir souhaité, y'en a des, qui ont eu l'outrecuidance de me demander mon âge.

Non mais chu pô né de la dernière canicule qui a sévit sur Ouagadougou, chu pas chochote non plus, je vais vous l'avouer m'n'âge, mais il faudra vous creuser un peu les méninges, incliner fortement la tête, afin que vos deux pauvres neurones entrent ENFIN en contact !

Rassembler vos souvenirs des cours de trigo, ah oui ! On tripotait les genoux de la voisine, au lieu de suivre attentivement les cours de Monsieur Racin'carrée De Quatre, et bien planchez maintenant !

samedi 5 juillet 2008

Saoul-FifreParasites de l'automobile

Je vous ai déjà parlé de Valérie .

Un jour elle me téléphone. Je ne me souviens pas exactement de l'époque, mais elle avait déjà son métier de potière au bout des doigts et elle cherchait à rentabiliser un peu ses connaissances. En fouillant dans les nombreuses revues bio-écolo-politico-je-veux-un-monde-plus-beau des seventies (Actuel, La gueule ouverte, Utovie, Rebrousse-poil, Ecologie et Politique, Le Sauvage...) elle était tombée sur une petite annonce qu'elle a subodoré apte à réamorcer la pompe à phynance.

Le Domaine de la Thomassine, à Manosque, cherchait une animatrice en poterie. Elle avait essayé de savoir ce qu'il en retournait par téléphone, mais il fallait se présenter. Sans doute le genre d'arnaque très répandu à cette époque : en échange d'être nourri (bio et végétarien), logé (dans un cadre idyllique) et blanchi (au ruisseau à 100 m en contrebas), le proprio se trouvait bien bon de ne pas vous faire raquer des sommes folles car nombreux étaient les candidats qui auraient bien aimé être à votre place, à s'essayer au retour aux sources de la plus pure des natures.

Connaissant le caractère de Valérie, j'imaginais d'ici la scène. Elle cherchait un poste de prof de poterie. Les pigeons, c'étaient les élèves, peut-être, mais sûrement pas elle ! Si les clients acceptaient de payer, c'était pour rémunérer son boulot à elle, et donc elle voulait sa part du gâteau, sinon elle allait se mettre à chanter et faire fuir les oiseaux à 3 kms à la ronde.

Sans préjudice d'autres réactions épidermiques, corrections méritées et dégradations de toutes sortes.

Enfin, ça c'était le résultat de nos deux imaginations conjuguées, mais qui s'avérèrent pas si loin que ça de la réalité. Il fallait y aller, de toutes façons.

Bordeaux-Manosque, sans un rond, le stop s'imposait, mais elle toute seule, jeune proie difficile, certes, mais ne tentons pas le diable, si j'acceptais de l'accompagner, elle se sentirait plus en sécurité. Non que je sois taillé comme un garde du corps, à cette époque, j'étais un gringalet maigrichon à tête d'intello, mais l'effet est surtout symbolique chez le dragueur potentiel. Ça fait "couple", le garçon peut monter devant et faire la conversation, si c'est un routier sympa, il y a 3 places à l'avant, il peut faire "tampon" au milieu, etc...

Le fait est, et ça ne date pas d'hier, qu'un mec qui prend une fille seule en stop considère comme tout à fait honnête qu'en échange du service rendu (vous connaissez le prix d'un taxi ?) la petite s'acquitte de son droit de passage en nature. Bien sûr, il ne va pas lui présenter ce deal tel quel avant de la faire monter dans son véhicule, car dans sa tête tout ceci est très flou : il est persuadé que, beau gosse comme il est, il représente une chance inouïe dans la vie sexuelle de cette jeune autostoppeuse. Et de plus, c'est plus fort que lui, sa générosité naturelle le pousse à rendre service à sa prochaine, qui ne pourra mieux faire que de lui témoigner en retour un peu de reconnaissance. L'esprit a priori auto-amnistié de toute culpabilité, il s'attache à interpréter le moindre mot sympa ou sourire comme autant d'appels au viol lancés par cette allumeuse de vraies bell's verges.

L'inverse est possible, bien sûr, mais plus rare. C'est la jolie histoire qui a inspiré "Pour une amourette" à Leny Escudéro. Elle est au milieu du clip mais toute l'interview est adorable.

Très tôt ce matin là, nous prenons la pose sur la bretelle d'accès à l'autoroute A62, sans faire la grossière erreur d'afficher Valérie telle un pub aguicheuse tandis que je ferais semblant de n'être aucunement concerné, un peu plus loin. Non ! Personne n'aime être pris pour un con et il faut que la demande soit claire. Donc, nous avons prévu un gros feutre pour nous faire des cartons indicateurs de direction, au fur et à mesure, et nous ferons le signe magique ensemble, ou à tour de rôle, pour nous reposer, si l'attente se trouve un poil longuette.

Et bien, la première voiture s'arrête assez vite et nous embarque. Très bon pour le moral, la première voiture. Ça veut dire que la chance est là, que nous pouvons adopter comme prénom du jour "Amadeus". Ça veut dire surtout que nous n'avons pas de gueules de tueurs, que nous avons su sourire, que nous étions bien placés, bien visibles à un endroit où les voitures n'allaient pas trop vite, où les conducteurs pouvaient nous dévisager avant de faire leur choix, où ils avaient de la place pour s'arrêter sans déranger personne... Que l'ampleur de nos bagages ne faisait pas trop peur, que notre saleté n'était pas trop repoussante... Ah c'est un métier, stoppeur. Ça va, je devrais pouvoir passer mon permis de stopper haut la main, j'ai dû faire autant de kilomètres en stop qu'en vélo, ce qui fait beaucoup .

La journée se passe assez bien. D'accord, il arrive que la prise en charge tarde un peu et que l'angoisse commence à monter, mais les voitures et les camions s'arrêtent assez volontiers en général, et puis nous sommes deux, on discute, le temps passe quand même plus vite. Tiens je me rappelle d'un routier particulièrement sympa qui, nous ayant à la bonne, nous a expliqué comment les routiers faisaient eux-mêmes du stop pour rejoindre leur camion tombé en panne ou le siège de leur entreprise. Au lieu de lever le pouce, ils levaient le disque en papier de la boite noire qui enregistre leur vitesse et qu'ils doivent montrer aux keufs. Il nous en a donné une poignée, et ce truc m'a servi plein de fois par la suite. Comme je lui faisais remarquer que j'y connaissais rien en camions et que je me ferais piéger à la 1ère question-piège, il m'a donné un petit cours sur un vieux modèle de camion que personne ne connaîtrait, d'après lui...

La nuit tombe, mais Valérie est pressée et nous continuons à lever le pouce. À partir d'Aix en provence, nous attaquons la cambrousse, avec des conducteurs de plus en plus bizarres mais souvent, conscients de notre position inconfortable, ils n'hésitent pas à faire des détours pour nous mettre dans la bonne direction. Des invitations à dormir commencent à arriver, mais nous tenons notre cap et les refusons. Le jour se lève prudemment. Un vieux pépé en 4L me fait une grosse peur : en bas d'une descente, il y a un stop qu'il n'a visiblement pas vu et il trace, imperturbable, à travers une route nationale qui semble assez importante, mais heureusement peu fréquentée à cette heure matinale. Ce sont les risques du métier. Je l'engueule un peu, pour le principe, mais pas trop, car ce sera lui qui nous laissera au centre de Manosque, entre chiens et loups, à l'heure des journaux gratuits que le livreur jette sans vergogne sur les marches des librairies, bien avant que le patron n'ouvre sa boutique pour les récupérer.

Cocagne, il n'y a pas de voleurs, dans la ville de Giono et de Magnan...

Ces 24 heures de stop non-stop sont derrière nous et nous terminerons les derniers kilomètres jusqu'à la Thomassine à pieds.

jeudi 3 juillet 2008

AndiamoLa Vieille

Octobre 1956, une journée grise, le crachin mouille les vitres du bistro de Plogoff "chez Fanche". Assis à une table, Le Gwen et Kerjean finissent leur bolée de cidre.

Bon, j'y vais, ne les faisons pas attendre ! Le Gwen se lève, serre la main de son beau-frère, relève le col de son ciré puis sort. Une deux-chevaux l'attend, bâche défraîchie, rouillée. Elle hoquète un peu. Au volant, un type, casquette de marin sur sa tignasse noire. Ils roulent en direction de la pointe du Raz.

Ca ira ?

Faut bien !

T'as l'pot, l'vent s'est calmé, l'accostage sera plus facile.

Ouais !

Aujourd'hui c'est la "Velléda", la vedette qui l'emmènera au phare de la Vieille.

La Vieille, les employés des phares et balises l'appellent "l'enfer". Dans la mer d'Iroise, face à la baie des trépassés, le rocher de Gorlebella (la roche la plus éloignée en Breton), haute de ses 27 mètres, la tour carrée surveille le passage du Raz de Sein. Un dicton local dit : "Nul n'a jamais passé le Raz qu'il n'encourut crainte ou trépas" !

Et puis un autre, tout aussi encourageant : "Il ne vient jamais, en douze mois, moins de cadavres qu'il y a de dimanches dans l'année" !

Le Gwen monte à bord, va saluer le capitaine Le Bihan. Le phare n'est pas bien loin, on le voit depuis la côte. A quelques miles, on aperçoit Ar Men, puis celui de l'île de Sein. Aujourd'hui, la mer est plutôt calme, un répit en cette saison, "ça ne va pas durer" pense Le Gwen.

La vedette stoppe à quelques mètres du rocher déchiqueté, puis Coatmeur, l'équipier que Le Gwen va remplacer, lance le filin, le "cartahu" comme on l'appelle ici. Alors la manoeuvre peut commencer : le remplaçant s'amarre à l'aide d'un harnais, puis il est hissé jusqu'à la plate-forme, ensuite ce sera le tour du "remplacé" d'être descendu à bord de la vedette. Ainsi, en cas de pépin, on est assuré qu'il y aura au moins deux hommes, en garde du phare.

Vient enfin le tour du "baluchon", c'est à dire la nourriture pour les jours à venir. La relève se fait tous les six jours (quand la météo le permet), on remplace un équipier sur deux, ce qui fait que chaque homme passe au minimum douze jours dans le phare.

Celui qui est resté, c'est Kerrien, un grand rouquin, il rit tout le temps pour rien, c'est un peu agaçant parfois, mais Le Gwen l'apprécie tout de même : ce grand costaud n'est pas froussard, ni fainéant. Isolés comme ils le sont, ce sont des qualités indispensables.

Pour leur tenir compagnie, un "transistor". Ces petites radios en sont à leur début, alimentées grâce à deux piles de 4,5 volts. Surtout ne pas oublier d'en rapporter, lors de la relève !

En ce moment, il n'est question que de la crise de Suez, Nasser va-t-il oser tenir tête aux Anglais et aux Français ?

Plus de 150 navires de guerre sont engagés ! Anthony Eden, et Guy Mollet, vont-ils perdre la face ? La France, empétrée dans la guerre d'Algérie, y voit déjà une façon d'affirmer son autorité.

Le Gwen a apporté du courrier, Kerrien rit à l'avance en ouvrant la lettre écrite par sa femme. "Tout va bien", dit-il après avoir lu chaque phrase. Puis, ayant terminé sa lecture, il replie soigneusement le papier, le glisse dans l'enveloppe.

J'crois bien que j'vais être papa !

Ben merde, ça t'en fera quatre !

Non cinq, t'oublies les jumeaux, et il éclate de rire !

T'as un sacré coup d'fusil tout de même !

Le Gwen est parti se coucher, Kerrien assure le premier quart, le vent s'est levé. En cette saison, rien d'étonnant, les tempêtes de l'Atlantique se déchaînent, des vagues dont les embruns passent parfois par dessus le phare, des coups de boutoir, qui font trembler les assises de la respectable vieille Dame.

Minuit, la mer est déchaînée, les vagues heurtent violemment le rocher. Tout à l'heure, si le vent forcit, des paquets de mer passeront par-dessus la bâtisse.

Kerrien secoue son équipier : "eh ! La belle au bois dormant, c'est ton tour" ! Toujours la même phrase. Depuis le temps, elle ne fait plus rire que lui.

Le Gwen se lève, se frotte les yeux, se dirige vers la cuisine, après avoir fermé la porte. "J'vais m'faire un p'tit kawa", songe-t-il.

"Dans le poste", il n'est question que de Nasser. "Font chier !" dit-il à haute voix. D'un geste rageur, il coupe le sifflet du journaliste !

Attablé, les deux coudes sur la table, Le Gwen déguste son jus, soudain il perçoit un grand fracas, pas le bruit de la mer se brisant contre le granit, non, autre chose. Il pose sa tasse, enfile un ciré, puis descend la volée de marches conduisant à la porte d'entrée. Il sort, le vent violent lui coupe un instant la respiration, il inspecte les alentours, promenant le pinceau lumineux de la lampe torche.

Soudain, il aperçoit les restes d'un canot, échoué sur le rocher, avec d'infinies précautions, il s'approche, dans ce qui reste de l'embarcation, une forme allongée, une femme, évanouie, l'homme se baisse, délicatement la soulève, puis retourne vers la porte, assurant chacun de ses pas.

Le Gwen est costaud, la femme menue, c'est sans peine qu'il parvient à leur logement, avec douceur, il la dépose sur la table, puis va secouer son compagnon : "oh, Kerrien, lève-toi !"

Quoi déjà ?

Grouille-toi, suis-moi !

Dans la cuisine, incrédule, le rouquin se frotte les yeux.

C'est quoi ça ?

Ca ? C'est une femme, ça s'voit pas ?

Allez, aide-moi, on va la coucher...

Faudrait p'têt' lui mettre des vêtements secs ?

Ben oui, répond Le Gwen gêné.

En détournant les yeux au maximum, Le Gwen retire les vêtements mouillés de la jeune femme, elle respire faiblement, son corps est glacé : faut la réchauffer !

A l'aide d'une serviette, tour à tour, ils lui frottent vigoureusement le corps, puis après lui avoir passé un pyjama, ils la couchent délicatement, rajoutent deux couvertures, s'éloignent sur la pointe des pieds.

Toutes les heures, il faut contrôler le brûleur à vapeur de pétrole de type "Alladin", la puissante lentille de Fresnel, permet une portée de 18 miles ! Par des nuits comme celle-çi, il vaut mieux que tout fonctionne "au p'tit poil" !

Le Gwen a laissé son compagnon se rendormir, il est trop énervé, le sommeil ne serait pas venu, il en est certain, alors...

De temps en temps, il entre dans la chambre dans laquelle dort la jeune femme, sa respiration est calme, puis, posant la main sur sa joue, il sent une douce chaleur. "Tout va bien", murmure-t-il.

Au petit matin, Kerrien déboule dans la cuisine.

Tu m'as laissé roupiller, fallait pas !

Tiens, j'ai fait du café, sers-toi.

La tasse à la main, Kerrien jette un coup d'oeil au dehors, la double fenêtre les protège des montagnes d'écume montant à l'assaut de "la Vieille"

Sac'h kaoc'h, ça ne s'arrange pas, m'étonnerait qu'la relève puisse venir dans cinq jours, c'te saloperie d'temps va bien durer deux s'maines, GAST ! GAST !

Bon, calme-toi, ça sert à rien.

La phrase à peine terminée, la porte de la chambre s'ouvre, la jeune femme est là, hésitante : "Bon... Bonjour", leur dit-elle d'une toute petite voix.

Entrez, entrez, Madame, répond Le Gwen en se levant précipitamment, il se dirige vers elle, lui prend gentiment l'avant-bras et l'aide à s'installer.

Le pyjama trop grand flotte un peu, ses cheveux noirs lui couvrent le visage. D'un revers de la main, elle rejette les mêches rebelles, dévoilant ses grands yeux bleus.

Tenez, un grand bol de café, ça va finir de vous réchauffer.

Merci, je m'appelle Françoise, c'est tout ce dont je me souviens. Moi, c'est Le Gwen, Armel Le Gwen. Et moi, c'est Maryvon, déclare Kerrien, pur Breton, tête de cochon, et il se marre, la jeune femme aussi. C'est de bon appétit qu'elle termine sa deuxième tranche de gros pain de campagne, tartinée au beurre salé.

Le Gwen lui a expliqué où elle était, son sauvetage, il a un peu rougi quand il a fallu expliquer le pyjama, en remplacement des vêtements mouillés, elle a souri...

Ils l'ont affublé d'un pantalon en velours côtelé, bien défraîchi, un pull marin kaki. Elle a dû retrousser les manches du pull ainsi que les jambes du pantalon, pour les mettre à sa taille.

En la voyant ainsi, Kerrien l'appelle "spontailh". A nouveau, il se marre, Françoise lui demande : "c'est quoi pontaille" ?

Mais non, spontailh, ça signifie...

"Epouvantail !", répond Le Gwen. Ah ! T'es malin toi !

Mais si, je trouve cela très drôle, et voilà la jeune femme prise d'un fou rire, qui lui arrache des larmes. En écho, Kerrien se tient les côtes.

Ils ne lui posent pas de questions, l'isolement fait que chacun se confie un peu, ainsi Françoise apprend que Armel est veuf, et que son beau-frère, viendra bientôt prendre la relève de Kerrien, si toutefois la météo le permet.

Quant à Maryvon, il lui montre la lettre de son épouse, après avoir insisté afin qu'elle la lise, ainsi apprend-elle qu'il va être à nouveau papa !

Bravo, jolie famille ! Le cinquième, dites-vous ? Son regard s'assombrit, moi je ne sais même pas si je suis mariée, si j'ai des enfants, rien, je ne sais plus rien...

Les jours suivants, Kerrien lui montre le brûleur, la façon de l'entretenir, bien faire attention au gicleur, nettoyer le filtre, bien laver la lentille de Fresnel, si elle est couverte de suie explique-t-il, elle renverra moins bien la lumière.

Françoise écoute, lui sourit. Alors il lui raconte des histoires, la fait rire, elle ne le quitte pratiquement pas, préférant sa compagnie à celle de Le Gwen, le taciturne, le timide. Parfois, il observe la jeune femme à la dérobée. A peine les yeux de cette dernière croisent-ils les siens qu'il détourne la tête.

La tempête fait toujours rage, il semble même que le vent ait encore forci, des montagnes de mer submergent le vieux phare, la Vieille résiste... L'enfer, c'est véritablement L'ENFER. Il faut crier pour se faire entendre, tant le fracas des vagues couvre tout.

Dans la tête et dans le coeur de Le Gwen, c'est aussi la tempête. Il ne veut pas se l'avouer, mais il est tombé amoureux de "sa" naufragée, tous ces regards, ces frôlements, cette promiscuité, ce huis-clos...

Et ce gros abruti de Kerrien qui lui fait des ronds de jambe, et elle, si délicate, qui ne cesse de glousser à chacune de ses blagues vaseuses ! Et puis, cette putain de tempête... Quand va-t-elle cesser ?

Huitième soir, Kerrien a prit le premier quart, lui et Françoise sont restés attablés, ils jouent aux dominos, et se marrent comme deux mômes.

Le Gwen ne trouve pas le sommeil, les hurlements de la tempête, le fracas des vagues, les coups de boutoir titanesques, de l'océan déchaîné, l'enfer... Françoise qui tourne dans sa tête... Il se lève, entre brusquement dans la cuisine, Françoise est dans les bras de Maryvon, ils s'embrassent.

Armel voit rouge, il sépare brutalement les amoureux : dégueulasse, lâche-t-il, et Maelann, hein ? Tu as pensé à Maelann ? Et tes mômes ? Cinq gosses bientôt, qu'est-ce-que tu vas en faire ?

Ça t'regarde pas, gronde Kerrien, c'est pas tes oignons, j'fais c'que j'veux, tu peux tout raconter en rentrant à terre, j'en ai rien à foutre !

Le poing de Le Gwen est parti. Malgré sa forte corpulence, Kerrien a basculé en arrière, il perd l'équilibre, chute lourdement, sa tête heurte le coin du bahut, dans lequel les hommes rangent la vaisselle, et les provisions, il reste là, allongé, inerte, un filet de sang coule de sa tempe...

Françoise se penche. Maryvon ! Maryvon ! Les bras ballants, Le Gwen regarde la scène, il ne comprend pas, lui si calme d'ordinaire, qu'est-ce-qu'il lui a pris ?

Au douzième jour, le calme est à peu près revenu, la Velléda a pu enfin prendre la mer. A son bord, le capitaine Le Bihan, un mousse, et Kerjean, le beau-frère de Le Gwen, il remplacera Kerrien.

Le ciel est dégagé, la mer encore houleuse, mais plus rien à voir avec le sale temps des jours derniers, la vedette approche du Gorlebella, l'oeil perçant de Kerjean, distingue une forme se balançant le long du mur de granit de "la Vieille". Au fur et à mesure que la vedette avance, l'angoisse s'installe.

Quand la Velléda n'est plus qu'à une encablure de la vénérable gardienne, le doute n'est plus permis, c'est bien un corps, qui se balance au bout d'une corde !

Il faudra plusieurs heures aux hommes de la vedette, avant de pouvoir accoster, quand ils pénètreront dans le phare, ils trouveront une jeune femme inconnue, hébétée, couchée en travers du corps de Kerrien. Tout ce qu'ils purent savoir de cette femme tenait en deux mots : Maryvon, Françoise.



Le phare de "LA VIEILLE" (FINISTERE)

Dessin mine grasse : Andiamo 2008

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