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samedi 2 février 2013

celestineLe plus grand amour de ma vie

A quatorze ans, j’ai rencontré le plus grand amour de ma vie. Mon père, ce héros, venait de m’offrir mon premier vinyle de Georges Brassens. Un beau « trente-trois tours » ocre brun, avec un atelier de luthier en couverture.

Mon paternel, anar dans l’âme, avait dû penser que j’étais assez grande pour écouter des chansons sulfureuses ou considérées comme telles par les bigotes et les pisse-vinaigre… Ce fut un éblouissement. Si si, je vous assure ! Quelque chose de tellement impérieux, de tellement juste et évident que cet amour ne s’est jamais démenti depuis… un certain nombre d’années.

Je vais vous étonner sans doute, mais je crois qu’il ne se passe pas une seule journée sans que je pense à lui, soit que je le fredonne, soit que je cite un de ses bons mots. Brassens, comment vous dire ? C’est ma seconde nature. C’est ma référence, mon viatique, ma consolation par temps agité.

Brassens, c’est une écriture. Une éthique. Un regard. Une poésie. Et aussi une musique incroyablement universelle. Un peu jazz, un peu swing, un peu blues. Et pas si binaire que ça. A dix-sept ans, je me suis mise à la guitare, pour pouvoir jouer Brassens, me l’approprier. La tête de mon père la première fois que je lui ai chanté la mauvaise réputation ! Trois accords, la mineur, mi, fa… et toute la magie de l’univers de Brassens dans cet inénarrable façon de marquer le rythme en opposant le pouce aux quatre autres doigts : POUM PAPOUM PAPOUM… Après j’ai diversifié les accords et varié les arpèges… Tiens, rien que de vous en parler, là, j’ai des fourmis dans les doigts.

Brassens, quand j’étais encore pucelle, c’est lui qui m’a délurée en m’apprenant tout un tas de mots que je ne connaissais pas… Ne vous moquez pas, je suis allée chercher souvent dans le dictionnaire, à cette époque-là. Tout un florilège de vocables étranges qui éloignaient l’enfance que je perdais peu à peu comme un manteau trop petit. Les filles de joie, les proxénètes, les claques et les tapins, la bandaison (papa, ça ne se commande pas !), l’ultime érection de l’Ancêtre, faire la bête à deux dos, les pensées interlopes de Pénélope, et les trompes de Fallope de Mélanie, qui se faisait reluire la pastille avec un cierge consacré ; et bien avant de passer à la pratique, j’ai fait tranquillement mon éducation sexuelle de chanson en chanson, tandis que ma mère, cette sainte femme, me croyait sagement occupée à faire mes devoirs.

Son petit théâtre m’enchantait par ses personnages hauts en couleur. Je découvrais que son monde était rempli de voyous au grand cœur, de filles accortes et pas chiches de leurs charmes, de femmes mariées à la recherche du grand frisson, de cocus sympathiques et de flics débonnaires ou très cons. Je m’émerveillais de ces petites fables au décor si bien campé en quelques mots, l’Orage, la Fessée, le Mouton de Panurge…

Je pleurais sur les Passantes, et Jeanne, la taulière au grand cœur, qui n’a pas eu d’enfants, mais qui a tous les enfants de la terre de la mer et du ciel….

En arrivant à Paname, la première fois, quel ne fut pas mon émerveillement de découvrir les noms de rues mythiques (pour moi) qui avaient bercé mes jeunes années. La rue de Vanves, la Porte des lilas, la rue Froidevaux, la rue Didot, le Père Lachaise, Champerret, Charonne…

Comme je le disais récemment à Blutch, Brassens m’a aidée à apprivoiser la camarde, en semant des fleurs dans les trous de son nez… L’autodérision, l’humour noir, la tendresse, la liberté, l’irrévérence, la modestie, tellement de valeurs que ce père spirituel m’a apprises pour toujours.

Un été, à une terrasse de café, un chanteur de rue chantait Brassens. Voyant sur mes lèvres que je reprenais toutes les paroles, il s’approcha de moi à la fin du concert, et me dit qu’il avait apprécié que je sois « bon public ». Il ne pensait pas si bien dire. Il faut dire que nombre de spectateurs étaient hollandais ce soir-là, allez donc traduire « pour donner la gougoutte à son chat » dans la langue d’Erasme… Je lui répondis que je connaissais par cœur tous les textes de Brassens. Je vis à son air goguenard qu’il ne me croyait pas. S’asseyant alors à notre table, il dut vite se rendre à l’évidence : je les connaissais toutes, y compris les plus méconnues. Nous nous livrâmes à un bœuf mémorable.

Il y a une chanson de Brassens pour chaque situation de la vie. Tiens, vous avez remarqué que lorsqu’on annonce la mort d’Untel dans les journaux, tout à coup le voilà paré de toutes les qualités… C’était un homme exceptionnel, et patati, et patata… Moi je fredonne automatiquement la chanson du Temps Passé « Les morts sont tous des braves types… » Vous étonnerai-je si je vous dis que j’ai donné à ma fille le doux prénom de Margot ?

Et pour ceux qui auraient encore des doutes sur cet amour ravageur et inconditionnel, je vous invite à aller lire (ou relire) mon texte marathon construit à partir de ses titres… http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2012/02/la-lettre-n.html

Après ce tour d’horizon des mille et une raisons que j’ai de l’aimer, je vais, en bonne maîtresse d’école, vous rouler un patin à chacun, (euh, les filles c’est seulement si vous y tenez absolument…je sais bien que c’est à la mode mais bon, moi, je serais plutôt une hétéroïne de roman). C’est pour moi une façon de lui rendre hommage en appliquant par là un de ses plus jolis conseils:


Des grands aux p'tits en allant jusqu'aux Lilliputiens, embrasse-les tous, Dieu reconnaîtra le sien

mercredi 30 janvier 2013

Tant-BourrinSortez couverts ! (ou les aventures de Sigismond la fourchette) (2)

La première série des aventures de Sigismond la fourchette vous a plu ? Eh bien réjouissez-vous (ou pleurez, si la réponse est "non") : voici une nouvelle salve !

A taaaable !




Fork-ast


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Que n'ai-je prévu ça ?


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Il reste un peu de rad ?


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Les dents de la mort


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A corps et à griffe


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Nous entrerons dans la carie hier


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Denture-lutte


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Faits liens pour l'autre


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samedi 26 janvier 2013

AndiamoLes fées

Ah la vache ! Y’en a qui racontent que les fées se sont penchées sur leur berceau quand ils ou elles sont nés… Elles sont arrivées avec plein de bons trucs :

- Une voix de miel, j’imagine les mouches autour….

- Quand tu parleras, des roses sortiront de ta bouche…Tu parles d’une saloperie, oui ! T’imagines dès que tu ouvres la gueule… Crac ! Interflora qui livre !

- Tes dents seront des perles.. pourvu qu’elle n’en lâche pas trop des perles !

- Tu auras des jambes de faon … Et des cornes de cerf ?

Moi aussi, elles sont venues, y’avait dans l’ordre : Pochtronnette, Lichtronnette, et Borracio, une vague parente Ritale qui aimait surtout se murger !

Avant même de venir me voir dans mon petit berceau bricolé à partir de la caisse du chat… Ben quoi ? On n’était pas bien riches chez moi, et quand il fallait retirer de la paye le paquet de gris du père, le douze trous de Préfontaine et les revues pornos qui traînaient un peu partout , il ne restait pas grand’chose !

Moi, j’étais comme qui dirait « l’accident de bidet » : ben oui, autrefois, point de pilule, alors les plus adroits sautaient en marche ! Les autres, ils se démerdaient, c’était les grandes ablutions… Ça vous laisse rêveurs ? Tas de nantis, tas de « baise à l’aise », la pilule ça a bien arrangé vos patins (les miens aussi au passage).

Et pis ça n’avait pas été une bonne idée de lui chourer sa caisse au furtif, biscotte il balançait ses pêches un peu partout... Après.

Alors on a dû s’en séparer, et comme on n’ était pas bien riches, j’vous l’ai déjà dit ? Ah bon ! Eh bien, on a bouffé du civet, vachement bon le civet, sauf que j’avais jamais vu un lapin avec une queue aussi longue ! Ma mère, elle nous a raconté que c’était un lapin de laboratoire, même qu’ils faisaient des expériences sur les pauvres bêtes afin qu’ils aient une queue plus longue ! Elle avait même ajouté, mais là j’avais pas bien compris, qu’elle allait peut-être y emmener Papa !

Les fées arrivent, la trogne enluminée comme un lampion au 14 juillet, y’avait surtout « Boracio » qui était bien allumée, elle avait emporté du « lacrima christi », c’est traître ce truc, ça vous fait l’coup du père François au troisième guindale, et pour la chanstiquer Rosa (c’est son prénom), il faut autre chose que trois godets ! Je la soupçonnais d’avoir fait une répétition générale avant, ça s’prépare ces trucs-là !

Elle arrive en titubant comme on dit dans les mauvais roman, moi je dirai, qu’elle faisait des fautes de carre à chaque changement de pied… C’est un peu plus technique, non ?

Elle se ramène, bouscule Pochtronnette et Lichtronnette, et VLAN la gerbe au tanin ! J’étais minot, hein ? Eh bien, je m’en souviens encore ! Tu penses, brûlure de pinard au deuxième degré, ça pardonne pas ! Même qu’après, chez moi, on m’appelait « vitriole », rapport à ma tronche gaufrée comme un carton d’emballage.

Les deux autres un peu éméchées, il faut bien le dire, perdent l’équilibre : brassage de vent et moulinets.. J’t’en fou, elles s'étalent sur ma pomme, bien sûr ! Maintenant, je ressemble à un Boxer qu’aurait pété ses freins !

Et puis comme Boracio avait gueulé « Andiamo* » au moment de se viander, et bien le blase m’est resté !



*Allons… Allons-y !

mercredi 23 janvier 2013

Tant-BourrinSortez couverts ! (ou les aventures de Sigismond la fourchette)

Souris, chat, chien, cochon, canard, Ford T, et même concombre masqué : tout a déjà été imaginé en matière de héros de bande dessinée !

Tout ? Pas sûr ! Car voici, en exclusivité mondiale, les aventures de Sigismond la fourchette !




La langue a fourché


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Whirlpool à facettes


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Fumier pue


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Valeurs de droite


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Une blague de potage


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Menu contrariété


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Un cliché, c'est du déjà vu !


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Baguettes out of here !


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dimanche 20 janvier 2013

Saoul-FifreComptine pour adultes 15

A Noël, je crois bien vous l'avoir déjà dit, on a eu Billy à la maison avec ses enfants, les enfants de Blanche. La Calunette a dans les 10 ans et le Bilune, 2 ans et demi, rien à voir donc avec nos trois grands dadais de post-ados qui ne croient plus en rien, même pas en eux, ni en la magie de Noël, ni à l'arnaqueur au nez et au manteau rouge, ah si, je suis en train de médire, il y a Zoé qui croit encore dur comme fer à l'insondabilité des cartes bleues de ses parents.

Enfin, j'étais surtout parti pour vous dire qu'on s'était donc arraché les doigts du luc pour que ce soit un vrai Noël. D'ailleurs le Bilune a de suite été mis au parfum quand il m'a vu sur le quai de la gare avec ma tignasse pleine de givre, ma longue barbe poivre et sel et mon pull couleur bordeaux (trente ans de vomi). Après on lui a montré les rennes (les chèvres et puis le lama) et le traineau (une vieille carriole hippomobile). Je reconnais qu'il n'a pas neigé, et ça manquait à la perfection du décor mais vraiment, la location des canons à neige on a pas pu : ils étaient tous pris par les stations de ski au dessous de 2500 m d'altitude, réchauffement de la planète oblige.

Mais j'avais coupé une branche de cyprès qui gênait le passage du tracteur et la Calunette l'a décorée avec plein de trucs qui brillent et font pétiller les mirettes aux mômes. Et le lendemain, elle a aidé Zoé à faire la crèche, disons que Calunette était le directeur technique du chantier, du haut de ses deux ans de catéchisme. Et puis on a attendu le matin pour ouvrir les cadeaux sous le "sapin" alors que les "grands" n'attendent même pas le début de l'apéro du 24 au soir pour déchirer leurs beaux emballages, d'habitude. Et puis Calunette nous a appris des comptines modernes et puis on a chanté ensemble des plus anciennes.

La Mère Michel , par exemple...

Et tout en chantant, je me disais in peto, comme Tant-Bourrin : maimais c'est que je n'ai pas encore traduit "La Mère Michel" en comptine pour adultes et pourtant, à première vue, à la louche, a priori et en première approche, ça ne devrait pas être trop difficile à dénaturer, cette sombre histoire de fille perdue et de chat éploré, ah mais non, c'est l'inverse. Oui je suis un peu comme ce faux-frère de Charb de Charlie-Hebdo qui vient de perdre son procès en appel contre Siné qui a obtenu du journal 90 000 € d'indemnités pour licenciement abusif.

Je ne recule jamais devant l'occasion de commettre un bon vieux sacrilège mais je choisis soigneusement mes sujets pour ne pas me retrouver devant un tribunal .

C'est la mère Belles-miches qui se caresse la chatte
Elle crie par la fenêtre à qui la lui mettra
C'est le père Suce-tout-cru qui lui a répondu :
"Tes cris, la mère Belles-miches, l'immeuble en a plein le cul !"

Sur l'air du dard qui se dilate
Sur l'air du drap qui devient moite
Sur l'air de la dame qui se doigte
et qui demande du rab' !

C'est la mère Belles-miches qui lui a rétorqué :
"Prenez donc vos deux pieds et grimpez l'escalier !
Montez-moi le matou qui est dans votre pantalon
Car ma chatte l'attend, elle veut votre étalon !

Sur l'air du dard qui se dilate
Sur l'air du drap qui devient moite
Sur l'air de la dame qui se doigte
et qui demande du rab' !

Mais le père Suce-tout-cru ne tient même plus debout
Faut dire que son matou n'a plus de jus du tout
Rien ne repousse derrière la mère Suce-tout-cru
C'est la reine du quartier pour la turlutte Hutue !

Sur l'air du dard qui débande
Sur l'air du drap qui en redemande
Sur l'air de la dame qui se doigte
mais qui n'aura pas de rab' !

jeudi 17 janvier 2013

AndiamoJacquot

Tu sais, dans mon quartier, quand j’avais huit ou neuf ans, t’étais vachement peinard… Pas une tire, pas de biniou, pas de téloche, mais la rue et les copains, ça oui ! Les Mamans nous foutaient une paix royale, on jouait dehors toute la journée. Je ne sais pas pour vous, mais nous, on n’avait jamais entendu parler d’enlèvements à part le fils Lindbergh, mais bon, c’était chez les Ricains et c’était vachement loin l’Amérique, là où j’irai quand je serai grand.

J’étais pas bien épais, des cannes de flamant rose, même mes chaussettes tricotées main ne restaient pas en place, elles tirebouchonnaient vachement bien. Pas gros certes, mais pour les conneries je ne donnais pas ma part aux matous.

J’les aimais pas trop, les greffiers, surtout celui d’la mère Maheu, avec son œil chassieux et son poil rouquemoute : une teigne, c’t’endoffé, toujours à cracher quand j’passais, un coup d’saton il l’aurait pas volé, tiens !

Et puis y’avait not’pote Jacquot, le dernier d’une belle famille. Il avait un frelot, déjà grand, j’l’avais jamais vu aller au chagrin ! Alors, un jour, j’lui ai demandé pourquoi son frelot y grattait pas ?

- C’est passqu’il est malade !

- Ben il a quoi ?

- J’ai un peu honte de l’dire, qui m’a répondu, en r’nouchant ses galoches.

Moi j’me suis dit : ça y est, son frangin, il a une maladie honteuse ! J’en avais entendu jacter des maladies honteuses, mais à 8 ou 9 ans , tu vois pas bien c’que c’est. T’as beau être né à Pantruche et habiter des banlieues populaires, t’es pas plus malin qu’un autre…

Alors Jacquot il a laché l’morceau :

- Mon frangin, il a une cirrhose « sympathique » !

Moi j’trouvais ça rigolo, une cirrhose j’avais entendu parler : c’était en somme le disciple du vieux à Ti’Pote, qui en avait une de cirrhose, c’est dingue ce que ça fleurissait bien dans mon quartier, c’truc là ! Mais puisqu’elle était sympathique, celle du frangin à Jacquot, ça ne devait pas être si grave !

J’avais un oncle, il était louchébem’ à la Villette, les abattoirs (z’avez pas connu vous êtes trop petits), j’ lui avais demandé à Tonton :

- C’est quoi une cirrhose ?

- C’est quand l’ loific d’un mec y s’ratatine, biscotte il a trop lichtronné. Tu vois, môme, faut y’aller molo sur l’pif ! Et si tu tiens pas le treize degrés, tu restes au Guigoz !

Il expliquait bien mon Tonton, fallait avoir fait argot première langue pour le comprendre, mais il expliquait bien. D’ailleurs, tous les gus qui entravaient que dalle, il les appelait des « oies d’cour » et ça n’était pas un compliment. Il était gentil et souvent il ramenait de la barback comme il disait à sa frangine (ma mère), des fois des cervelles d’agneau ou des amourettes… Vous n’en trouverez plus, cherchez pas, depuis la vache frappadingue y’en a plus : c’était de la moelle épinière. De toutes façons, les mômes, corn flakes, coca cola et burger de mes deux, ils n’en voudraient pas !

On l’charriait un peu, le môme Jacquot, on lui disait que ça aurait dû être son frelot qui s’appelle Jacquot, biscotte en argot un « jacquot » c’est un litre de rouge. Tu sais, pas les boutanches de maintenant, on s’est fait entuber une fois de plus : t’as plus que 75 centilitres de bibine à lichtronner, alors qu’ avec un « jacquot » t’avais 1 litre certifié 5 étoiles sur la boutanche, consignée la boutanche en plus !

Et pis à force de le mettre en boîte, un jour, on l’a suivie, la boîte, jusqu’au cimetière de Drancy. C’est là que j’ai gambergé que son frangin à Jacquot, il avait dévissé à cause d’une cyrrhose hépatique.

Il avait un cousin Jacquot, il s’appelait Julot, oh la vache ! Qu’est-ce qu’il s’est fait charrier avec son blase ! C’était plus du tout à la mode un truc pareil, aujourd’hui c’est revenu, comme quoi ce Julot-là il était soit à la bourre, soit en avance… Mais pas dans l’bon créneau, c’est sûr !

En plus, il avait un œil qui cuisait l’poisson et l’autre qui surveillait l’ chat ! Il était plus vieux que nous et plus grand. Des fois, il venait nous chourrer nos billes, on la fermait biscotte il avoinait bien, ce con. J’ l’aimais pas biglousse, mais on l’appelait pas biglousse devant lui : courageux mais pas téméraires ! Y’en a qu’un qu’il a jamais emmerdé, c’est Ti’pote, parce que tout grand qu’il était, Ti’Pote, il lui aurait volé dans les plumes à ce con, hardi comme un chat maigre, Ti’Pote !

Plus tard, je le croisais des fois : en fait, il n’était pas grand, il s’était arrêté de pousser un peu trop tôt ! On se serrait la louche, c’est marrant d’avoir vécu notre enfance ensemble, ça nous avait rapprochés et les vieilles querelles devenaient des bons souvenirs.

Y’avait aussi Lulu, un bon pote, ce Lulu. Ils créchaient à six dans un deux pièces cuisine. Un grand frangin que mon frère dérouillait souvent, il pouvait pas l’encadrer suite à une histoire de boule de neige dans la tronche, de lait renversé (au moment des restrictions après la guerre), de lunettes fracassées. Tout ça avait valu une trempe à mon frangin, alors, depuis, dès que l’occase se présentait, le frangin il lui faisait une courette !

Donc Lulu par contre il était sympa, et puis un jour il nous annonce que sa mère, elle attendait encore un gnare ! Il avait treize ans environ, et nous kif-kif, putain ton vieux il a un lance-flammes mortel ! qu’on lui dit au Lulu…

Lui, un peu gêné, il nous répond qu’en fait chez les femmes arrivé à un certain âge, ça peut arriver comme ça ! Moi j’crois que sa mère avait dû expliquer à mots couverts qu’ils s’étaient fait baiser, ils se croyaient à l’abri biscotte la ménopause à Manman, et j’t’en fous y’avait encore un ovule bien vicelard planqué, comme qui dirait en embuscade, qui n’attendait que sa p’tite ration de têtards bien gesticulants !

Moi, j’en avais connu une à qui s’était arrivé comme ça, par l’opération du pigeon saint, mais c’était arrivé il y a deux mille ans ! Sa mère à Lulu, elle s’appelait pas Marie et son vieux c’était pas Joseph. Alors on lui a dit que son père avait dû avoir un retour de manivelle, et que sa mère elle avait pas le carburateur bouché. Y f’sait la gueule, Lulu, mais y’a des moments ou il faut esssspliquer sinon on crève idiot !

Il avait une frangine, Lulu : Marie. Jeune, elle était un peu comme moi : les muscles en long comme les araignées ! Mais quand ça a commencé à s’arrondir sous le pull et que la jupe, au lieu de tomber bien droit dans le prolongement du dos, a commencé à faire une jolie bosse, je l’ai regardée différemment ! Elle était devenue jolie, Marie. Tu peux me dire pourquoi on va toujours chercher bien loin ce qu’on a à notre porte ?

Nous sommes sortis une fois ou deux ensemble, je ne l’ai même pas embrassée, trop de souvenirs de gamins ensemble sans doute, on ne seraient pas pris au sérieux… C’est con !

lundi 14 janvier 2013

Tant-Bourrin...



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