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dimanche 13 décembre 2009

AndiamoLa bergère

Ce qui est positif, quand t’es un môme qui a vécu son enfance après la guerre, c’est que tu t’amuses avec que dalle. Tu aurais aimé avoir un méccano ou les albums de Tintin. Seulement, Tintin, c’est toi qui le faisais, biscotte à la cambuse :

- Y’a autre chose à acheter que des conneries qui de toutes façons finiront dans l’fond du jardin, à pourrir avec un tas d’objets devenus inutiles (ma mère dixit).

Alors on récupérait tout, afin de se fabriquer des objets de première nécessité.

- Des lance-pierres : une fourche taillée dans une branche, des élastiques de bocaux de conserves, les rouges, tu vois ? La languette des galoches en guise de support pour les pierres.

- Des arcs avec leurs flèches.

- Des cerfs-volants : deux baguettes ligaturées en croix, un journal servait de revêtement, pour la queue une ficelle traînait derrière avec, tous les trois centimètres environ, une papillote en papier journal, et il n’y avait plus qu’à attendre le vent !

- Des traîneaux : deux planches maintenues entre elles par d’autres planches clouées en travers, on avait un pote dont le père, travailleur en usine, rapportait des roulements à billes usagés… Une aubaine !

Celui qui tirait les traîneaux, c’était toujours Coco, un pote dont les parents étaient Ritals. Ils avaient conservés de leur pays un accent à couper au couteau, et comme mon patronyme est Rital aussi, ils me parlaient en Italien, sauf que ma pomme il entravait lapuche !

Mais bon, dans mon quartier, il n’y avait pratiquement que des Ritals, tous maçons. A croire que là-bas les garçons naissaient avec une truelle à la main en guise de hochet ! Des Morcello, des Barbieri, Poletti, Gazzoli, et autre Ferrara. Je ne dis pas cela pour plagier Monsieur CAVANNA, mais dans ma banlieue, à l’époque, c’était comme ça.

Pour en revenir à notre cheval de trait, ce Coco-là était costaud, jamais il n’a rechigné à nous tracter à longueur d’après-midi, il poussait la conscience chevaline jusqu’à hennir pour notre plus grand plaisir.

Nous n’avions guère de jouets, par contre des décharges sauvages, que nous appelions des tas, fleurissaient à chaque coin de rue, sous le panneau bleu rectangulaire : Défense de déposer des ordures sous peine d’amende. Mais vu que les cognes ne passaient jamais dans mon quartier aux rues trop mal pavées, ça n’aurait pas arrangé leurs bécanes aux hirondelles… On était peinards !

Régulièrement, on fouillait ces îlots aux trésors et, un jeudi, là, sur le tas, une bécane, un clou, un spad, un biclo, en un mot : un vélo !

Dans un sale état, le spad : rouillé, déglingué, la moitié des rayons manquants, pas de pneus, plus de chaîne sur le pignon fixe, et pas de freins bien sûr. Quand je vois aujourd’hui les jours de ramassage des encombrants ce qui est jeté, des vélos quasiment neufs, mais oui, je ne peux m’empêcher de hocher la tête… Ô tempora, ô mores !

On ramène notre trésor à la maison, mes parents louaient un pavillon avec une CAVE ! C’était notre refuge, il y avait les outils du paternel, du fil de fer, des clous, des cordes, enfin : touçakifô !

Et au boulot : nettoyage du cadre, puis on se fait les poches afin d’acheter de la peinture aluminium. Les anciens ont connu ça, sur la boîte assez petite était écrit : chrome à froid ou chrome polonais, si, si, c’est vrai !

On passait généralement cette barbouille sur les tuyaux de poêle. Sur le coup, ça faisait un effet bœuf, puis, au bout de huit jours, la jolie peinture argentée s’était transformée en jaune pisseux du plus bel effet.

On barbouillait plus que l’on peignait, il y avait toujours un pote qui nous dégottait une chaîne à vélo et, pour les pneus, alors là… C’était la démerde.

D’abord, après guerre, on n’en trouvait pas ! Et puis c’était trop cher, tu penses ! Déjà, pour joindre les deux bouts, il fallait faire le grand écart, alors acheter des boudins pour un clou, pas question, et ça ne nous aurait même pas effleuré le caberlot : poser pareille demande, c’était l’engueulade assurée. Il y avait deux solutions...

Les bouchons de liège récupérés sur les boutanches de rouquin et patiemment accumulés. Enfin, quand je dis patiemment, j’exagère un chouille, parce que j’avais des copains dont le dab éclusait un douze trous en moins de temps qu’il en faut à ton percepteur pour enfouiller un bifton de cinquante sacs ! Disposés un par un dans la gorge de la jante puis maintenus en place à l’aide d’un morceau de fil de fer enroulé puis torsadé, tu parles d’un boulot ! Mais bon, pendant qu’on faisait ça on ne faisait pas de conneries, tout était pour le mieux.

L’autre solution consistait à récupérer un tuyau d’arrosage usagé, ou plus gonflé : en prélever un morceau sur le tuyau familial, moi pour la roue avant, et un pote prélevait chez lui pour la roue arrière, ainsi on partageait la raclée en cas de découverte ! Le tuyau d’arrosage maintenu lui aussi avec du fil de fer, quel matériau ce fil là … Bon à tout !

Quand ton dab, le soir au moment du sacro saint arrosage, s’apercevait que le beau tuyau en caoutchouc rouge pisseux, atteignait à grand peine la rangée de haricots verts, alors que la veille il allait allègrement jusqu’aux petits pois. Il se rendait immédiatement compte qu’il y avait eu un prélèvement, une dîme, la taille ou la gabelle. Enfin bref, tu te ramassais le coup d’pied au derche vite fait bien fait !

Un beau jeudi, le spad était fin prêt. Chacun l’essaie. Pignon fixe : faut avoir l’habitude avec ce truc à la con, pas moyen de t’arrêter de pédaler. Etant donné que notre fusée ne possédait pas de freins non plus, pour arrêter l’engin, la semelle de tes pompes frottant sur la jante faisait office de ralentisseur. J’ai écrit ralentisseur, car pour freiner la bécane avec ce système, c’était râpé !

Vient mon tour. Je monte sur l’engin infernal, la selle vachement bien rafistolée, rembourrée avec des morceaux de sacs, car la moitié du cuir initialement présent s’était fait la paire.

Je démarre, tu parles d’une secouade : ma rue empierrée, pas un soupçon de bitume. Ils s’en sont occupés beaucoup plus tard, je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans ! Je roule jusqu’au bout de ma rue. Je mets le pied sur la jante afin de freiner la bête. Je n’étais déjà pas très habile avec mes mains, alors avec mes pieds ! Soudain, la galoche dérape, et v’là mon pied qui passe entre les rayons (ceux qui restaient) : putain la gamelle !

Encouragés par les essais de notre magnifique machine, on décide d’aller au cross le jeudi suivant.

Ce cross, qui s’appelait cross de la bergère, était situé le long du canal de l’Ourcq, près du pont de Bondy. En lieu et place aujourd’hui : la préfecture de Bobinchgrad (Bobigny), on l’appelait ainsi à cause de sa couleur politique ! C’était une succession de buttes plus ou moins escarpées, avec des trous remplis d’eau.

Nous voilà partis à trois ou quatre copains. Chacun notre tour, on descendait les buttes, rasant les flaques, puis de plus en plus fort : à deux sur la bécane. Claude pilotait, moi assis sur le cadre, on attaque la descente, mais à force de passer là, on avait quelque peu éclaboussé, le bord était devenu glissant.

On descend à fond : cris de joie, la roue avant dérape, et… SPLATCH ! On se vautre dans la mare boueuse. Putain, on était dans un état, moins gai le retour…

Raconter une salade à M’man :

- J’ai glissé dans la mare, celle qui est au bout d’la rue des cerisiers.

Car avouer que l’on était allé au bord du canal, c’était la volée grand large. Elle connaissait ses zèbres, et elle craignait toujours la baignade dans ce canal pas très ragoûtant.

Elle n’était pas dupe, mais elle faisait semblant de gober pour ne pas avoir à sévir, elles sont comme ça les mamans...

jeudi 10 décembre 2009

Saoul-FifreLe premier baiser II

Je fais tout comme vous, espèces de petits voyeurs nostalgiques, régulièrement, je clique sur nos rétroviseurs temporels, dans la colonne de droite, pour aller relire nos vieux billets. Et je suis tombé récemment sur le premier baiser d'Andiamo, remarquablement narré et sympathique en diable. Et bien entendu, comme il nous y invite en préalable à son propre retour vers le passé, mon esprit s'est mis à vagabonder dans mes souvenirs.

Par contre, j'étais loin d'être déluré comme cézigue. Des sentiments, des désirs, ouais, je veux, et des mahousses, mais pour le passage à l'acte, j'avais comme qui dirait des freins émotionnels tellement bien réglés que la mécanique pilait à peine j'effleurais la pédale. Et j'étais si timide qu'il était hors de question qu'il se passe quoi que ce soit avec une fille si je n'éprouvais pas de sentiments forts pour elle. Donc pas d'entrainements avec de simples copines, ou de gentilles cousines, ou carrément sa propre sœur, sur laquelle on peaufinerait "le brouillon de ses baisers", comme j'ai entendu dire que ça se pratiquait parfois.

Non, il me fallait l'Amour comme levier indispensable, comme motivation assez forte pour que la peur de laisser filer cette fille dépasse la simple trouille de faire le premier pas.

Votre inhibition, James Band 007, si vous l'acceptez, sera de la surmonter.

Pas évident, pas évident du tout. Et pourtant, en y repensant, les filles dont je suis tombé amoureux m'ont lancé des tas de signes, de messages codés, de clins d'yeux, de regards par en dessous, de caresses sensées s'être fourvoyées, enfin tous ces petits riens si féminins, mais avec un lourdaud comme moi, les allusions ne suffisaient pas, il leur aurait fallu prendre directement les choses en main, mais à mon époque, cela ne se faisait pas, quand on était une jeune fille bien comme il faut et tenant à sa réputation.

Il y en eut pourtant une assez moderne, non pour faire le soi disant "premier pas", mais tous les autres avant, et il en a fallu, des pas, avant que je me décoince ! On peut dire qu'elle s'est farci tous les préliminaires, comme une grande.

C'était vraiment un super petit lot, sincèrement, quand je l'ai vue la première fois, je risquais pas de ne serait-ce qu'envisager qu'une fille aussi mignonne puisse s'intéresser à ma gueule. Elle venait de se séparer d'un de mes meilleurs amis, ce qui collaborait à me la rendre un tantinet "tabou", mais bon, elle habitait dans une grande maison, siège d'une communauté désertée pendant les vacances. Chance pour moi, car j'appris par la suite qu'elle était hyper-convoitée par pas mal des membres titulaires en congés, mais tant pis pour ces langues pendantes, baveuses et absentes : qui va à la chasse perd sa place !

Je passais donc la voir tout le temps et, tous les deux seuls, nous avons eu le temps de bien discuter, de nous connaitre, de nous faire de bons petits plats. Elle m'entourait d'attentions, nous allions nous promener dans les bois tout proches. Je pense qu'elle mettait son plan de chasse au point.

Une après-midi, elle sortit de la douche enroulée dans une grande serviette nouée en paréo. "Tu ne veux pas m'aider à me couper la frange ? J'ai un peu de mal toute seule." Penché sur elle, au dessus de son décolleté, j'aurais dû lui dire : "Mais tu veux me rendre complice d'un crime, tu es très jolie comme ça !", et lui voler d'autorité ce premier baiser qu'elle attendait visiblement, mais je suis lent de la comprenette et renacleur devant l'obstacle, je crois vous l'avoir déjà dit.

Nous ne nous quittions quasiment plus, elle me présenta à sa meilleure amie, à sa famille. Quand nous faisions des choses séparément, nous nous prévenions avec de petits mots sur la table. À la toute fin d'une soirée bien arrosée, tôt le matin, elle laissa reposer sa tête endormie sur mon épaule. Nous nous endormîmes ainsi, mais je ne me permis là non plus aucune privauté.

Je sais, je suis bizarroïde, comme gars.

J'imagine, mais je n'en ai jamais demandé confirmation, que, son impatience grandissant, elle battit le rappel autour d'elle et demanda de l'aide à sa famille. J'étais devenu très ami avec son frère et celui-ci nous proposa un jour d'aller écouter un groupe de jazz qui jouait dans un bar, au bord de l'océan. Nous disons banco et nous nous entassons dans la deudeuche du frère, lui, ses deux sœurs et moi, avec la tente dans le coffre pour passer la nuit sur la plage après le concert.

Le frère, solidaire de sa sœur dans ce doux traquenard, avait prévu l'arme fatale : une bouteille d'un litre de whisky. Les boissons au bar étant hors de prix à cause du concert, il s'éclipsa pour nous chercher du remontant. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais la loi obligeait à avoir en permanence dans sa voiture une boite avec toutes les ampoules de rechange. C'était un genre de tupperware assez vaste. Il le remplit à ras-bord et me le ramena. Le sens profond du cadeau était clair : saoule-toi, tu seras moins con.

Effectivement, après quelques longues goulées désinhibitrices bues en cachette des garçons de café, mon esprit s'ouvrit à l'Amour, ma vue s'éclaircit et je vis que, de l'autre côté de la table, mon amie était belle, qu'elle m'aimait aussi et qu'elle me souriait d'un air malicieux. Je me levai d'un air que je voulais décidé, me cognai dans plusieurs chaises sans m'excuser auprès de leurs locataires, je lui saisis la main en lui disant un simple "Viens..." et je l'entrainai vers l'océan.

Là, devant la lune se reflétant sur la houle en mille fragments changeants, devant cette écume luminescente toujours renouvelée, les oreilles remplies de ce bruit de vagues primordial, de ce brouhaha nous remontant des grands fonds un vieux rythme aléatoire et lancinant, nous échangeâmes notre premier baiser et nos mains partirent à la découverte de la chaleur de l'autre.

lundi 7 décembre 2009

Tant-BourrinExercices de style audio

Vous avez sûrement déjà lu "Exercices de style", livre génial de l'inégalable Raymond Queneau, dans lequel celui-ci raconte 99 fois la même histoire banale (et sans intérêt) de 99 façons différentes. Si ce n'est pas le cas, je vous conseille de piquer un fard, de vous faire discret, d'aller vite suivre un cours de rattrapage et de revenir quand ça sera fait.

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vendredi 4 décembre 2009

AndiamoLes moulins à eau



Après les moulins à vent, j'ai voulu parler des moulins à eau... logique non ?


Qui n’a jamais rencontré, au détour d’un chemin, en longeant une rivière, ou un torrent, un moulin à eau ?

Peu de chance aujourd’hui de les voir fonctionner, comme leurs frères les moulins à vent : il y a belle lurette qu’ils se sont arrêtés de tourner, de moudre ou d’actionner des lames pour les petites scieries ainsi que des martinets, dont le martèlement rythmait la vie des petits hameaux de montagne.

Il subsiste dans le Haut Bréda, en Isère, une vallée qui au XIXème siècle abritait des gisements de minerai de fer, d’une très haute qualité. Ce minerai est encore exploité en petite quantité, il sert à l’élaboration des aimants de haute technologie.

Les moulins à eau actionnaient des martinets, qui ne sont autres que des marteaux pilons, servant à former l’acier, quand celui-ci a été porté au rouge. Ainsi trouve-t-on dans cette vallée, des villages, des hameaux aux noms évocateurs : La Ferrière, petit village proche d’Allevard ; Chinfert, un hameau ; et enfin La Martinière, un autre hameau qui devait héberger, en des temps lointains, un martinet. Et combien de lieux-dits du genre "La Martinette", croisés lors de randonnées dans ces magnifiques régions alpines.

Et pourtant, quel charme ! Ne sont-ils pas mignons et bucoliques à souhait ?

J’ai cherché des photos… Et j’en ai trouvé, je me suis amusé à dessiner ces jolis moulins, notamment ceux qui actionnaient des scieries, et des martinets.

Allez, un petit avant-goût de vacances montagnardes ! Personnellement, c’est à la montagne que je me sens le mieux, loin de la foule et de la "grouillerie".

Quand je pouvais encore pratiquer le ski, je m’offrais deux semaines de sports d’hiver, et l’été c’était les séjours dans le massif de Belledonne, les randonnées sur les sentiers, les cascades, et les lacs d’altitude, les cimes éternellement blanches.

J’aime bien aussi l’Ardèche, un joli compromis entre montagne et Provence, un climat propice aux longues baignades, dont je raffole, et aux descentes en canoë, dans des gorges vertigineuses.



Moulin de Vanneau (Yonne).

C'est un moulin de type "terrier" construit directement sur le cours d'eau. Si le site ne se prêtait pas à la construction, on établissait un canal de dérivation.



moulin de Saint Félix (Haute-Savoie)

Ce moulin actionnait un martinet.



Ancienne scierie Angon sur Talloires (Haute-Savoie)



Moulin des Germenais (Savoie)



Inconnu : I'm very sorry beaucoup ! Mais je l'ai trouvé tellement beau que je n'ai pas résisté à l'envie de le dessiner !



Moulin à La Thuile (Entrenant), Haute-Savoie.



Nettement moins bucoliques, mais redoutablement efficaces : les turbines à eau alimentées par des "conduites forcées". Ces longs tubes d'acier de gros diamètre qui captent l'eau dans des lacs d'altitude, artificiels ou naturels. L'eau ainsi captée arrive à grande vitesse et sous haute pression dans la turbine, la faisant tourner à grande vitesse.

La turbine est elle-même couplée à une génératrice qui fournira l'électricité. Voilà une énergie propre : ça c'est vrai, ça !

P-S : Pour tous ceux qui pensent que les éoliennes sont disgracieuses et bruyantes une solution : ENTERRONS-LES ! comme le dit Laurent Gerra.

(Cht'iots crobards Andiamo pour Blogbo. 2009)

mardi 1 décembre 2009

Saoul-FifrePlus c'est gros, mieux ça passe

Chirac citait cette phrase souvent, et avec un grand sourire, lui-même payé grassement pour savoir sa vérité profonde, mais il l'empruntait à ce bon docteur Goebbels, le ministre de la propagande de Hitler. Chirac ne se vantait guère de cette redoutable filiation, d'ailleurs.

La phrase a un énorme succès chez nos amis politiques. Ils s'en servent d'alibi, de justification, voire d'absolution pour leurs pires forfaits. Le cynisme nazi méprisant a été relooké aux couleurs de la bonne blague des familles. Pourquoi se priver ? Plus c'est gros, mieux ça passe, on vous dit.

Oui mais des fois, ça bloque. Et l'histoire récente du Prince Jean Sarkozy, qui a appris à la France d'en bas la signification du mot "népotisme", en est un bel exemple. D'accord, ils nous la mettent bien profond depuis un moment, c'est vrai, nous nous laissions faire, certains d'entre nous pouvaient même donner l'impression d'aimer ça, mais il arrive un diamètre, un volume au-delà duquel nous crions "Halte au feu, ça brûle, stop, machine arrière toute, n'en faut pus, Maman, c'est du XXL et je taille du deux ans, sans oublier que j'ai toujours été très douillet..."

Le moment est peut-être venu de lancer la nouvelle lapalissade pleine de vérité "Plus c'est gros, plus ça coince". On ne peut pas à la fois se faire élire avec un gros discours démago sur la méritocratie et l'égalité des chances... et pistonner à donf le fissou, cancre authentique qui est en train de tripler sa deuxième année de Droit ! Et que, si cette combinazione avait marché, nous retrouvions président de l'EPAD et du département des Hauts de Seine à 24 ans.

Comme le Prince Jean, le vrai, a trahi son père Henri II d'Angleterre (dont il était le préféré), je vous ai écrit cette comptine, sur l'air hyper connu de l'Empereur, sa femme et le p'tit Prince

Marché d'Neuilly
Nico, Carla et le p'tit Prince
Sont là pour sourire
Et pour serrer des pinces.

Comme c'est un beau quartier
Le prince Jean a fait :
Je suis d'l'UMP
Pour moi, il faut voter !

Au Département
Nico, Carla et le p'tit Prince
Sont là pour sourire
Et pour serrer des pinces.

Comme il est pistonné
Le Princ' Jean a crié :
Je f'rais un parfait
Chef de groupe UMP !

Quartier d'la Défense
Nico, Carla et le p'tit Prince
Sont là pour sourire
Et pour serrer des pinces.

Comme y avait à gratter
Le prince Jean a fait :
Élisez-moi là
Sinon P'pa vous tuera !

Palais d'l'Elysée
Sur le perron, ya le p'tit prince
Il a son grand sourire
Et il serre des pinces.

Le fiston a gagné
Papa, pris sa raclée
Bon sang ne saurait
Mentir dans ce foyer !

samedi 28 novembre 2009

Tant-BourrinBrouillon de culture (5)

Allez, on ne lâche pas l'affaire : voici un nouveau quart d'heure culturel destiné à élever intellectuellement les lecteurs de ce blog. Les petits nouveaux peuvent s'offrir des cours de rattrapage , , et itou...

Voici donc quelques chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale, sélectionnés par votre serviteur dans sa bibliothèque, dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture...





Le désir de tartare - Dîno Buzzattend

Un roman magistral sur le thème de la fuite du temps. Le héros, Giovanni Drogo, décide un soir d'aller manger au restaurant "chez Bastiani", car il rêve de déguster un steak tartare.

Mais après avoir passé sa commande débute une longue, une très longue attente. Les heures, puis les jours passent. Giovanni Drogo essaie bien de temps à autre de héler un des serveurs. Ceux-ci lui affirment invariablement que ça ne va pas tarder. Alors Giovanni s'enferme peu à peu dans la routine. Avec les autres clients du restaurant, il rêve du jour où son tartare apparaîtra aux confins de la salle du restaurant.

Bien longtemps après, allant un jour aux toilettes, il réalise en voyant le reflet dans la glace qu'il est un vieillard et qu'il n'a rien fait de sa vie, sinon attendre son steak tartare.

Vient enfin le jour où un serveur sans âge sort péniblement, appuyé sur un déambulateur, des cuisines du restaurant en tenant le steak tartare de Giovanni. Il est hélas trop tard pour ce dernier : les médecins urgentistes sont venus le chercher et l'évacuent sur un brancard. A défaut de manger son steak tartare, il bouffera bientôt des pissenlits par la racine.





Adipeux roi - Sophoque

Cette tragédie est un des chefs-d'oeuvre de la graisse antique.

Un oracle prédit un jour au jeune Adipeux qu'il tuerait son père et épouserait sa mère, ce qui lui en touche une sans faire bouger l'autre, vu qu'Adipeux sait bien que tous les oracles sont des charlatans et des escrocs. Des années plus tard, après avoir attiré l'attention des médias en inventant une recette de sphinx aillé aux petits lardons grillé à la broche, Adipeux est sollicité pour animer l'émission culinaire "pour qui chauffe le gras ?", en remplacement de Laïos, le présentateur précédent, jugé trop maigre pour séduire les ménagères de moins de cinquante ans.

Il tombe aussitôt amoureux de Jocaste, la fille de Maïté, qui coanime l'émission tout en rondeurs. A eux deux, ils font vite péter l'audimat et le taux de cholestérol des téléspectateurs.

Ils décident un jour de se marier et vendent l'exclusivité des photos de la cérémonie à Voiça. Un journaliste de Gali, déçu, lui révèle alors que Laïos vient de décéder après avoir préparé chez lui et mangé un "délice de gras de porc à la graisse d'oie", une recette imaginée et présentée par Adipeux lors de l'émission précédente. Le journaliste prend en outre un malin plaisir à lui révéler que le vieux Laïos était son père et que Jocaste était sa mère.

Adipeux tombe des nues : il n'avait pas vu sa mère depuis vingt ans, et il n'avait pas reconnu la frêle jeune femme qu'elle était alors dans la sphère graisseuse quasi-parfaite qu'elle est devenue. Face à la menace du scandale de ces révélations dans Gali, Jocaste se suicide en s'enfermant dans son four et en se faisant cuire pendant 45 min à thermostat 7. Désespéré, Adipeux quitte tout et part en exil sur Arte pour y animer une version existentialiste de la "roue de la fortune".





Don Quichochotte - Miguel de Chercontès

Immense chef-d'oeuvre de la littérature médiévale, ce livre conte les aventures d'un pauvre hidalgo de la Manche, obsédé par les livres de broderie et qui finit lui-même par se prendre pour un grand artiste des travaux d'aiguille.

Aidé par Sancho Pincette, un bouseux stupide du coin auquel il fait miroiter la promesse de 10% sur les ventes de broderies et de canevas, il parcourt toutes les merceries d'Espagne. L'essentiel du livre narre ensuite par le détail les travaux de broderie de Don Quichochotte.

Dans l'un des passages les plus homériques du récit, celui-ci réalise un canevas représentant des moulins à vent. Mais ceux-ci sont peu ressemblants, tant et si bien que Don Quichochotte s'exclame qu'on jurerait des géants.

En résumé, un livre qui tiendra le lecteur en haleine, recommandé par la Faculté de médecine pour le traitement des insomnies.





Buvard et PQ cher - Gustave Flots-verts

Deux hommes font connaissance, un jour d'été, dans les rues de Paris, et découvrent qu'ils exercent le même métier de copiste et ont des centres d'intérêts communs.

Ils décident de s'associer et vont reprendre une ferme dans le Calvados. Mais leur bêtise crasse et leurs choix désastreux vont les amener à la faillite. Ils vont ensuite tenter leur chance dans la médecine, la chimie, la géologie, la politique, mais avec autant d'échec.

Finalement, c'est le renchérissement des matières premières, notamment du papier, qui leur donne l'idée géniale qui va faire leur fortune : ils vendent à prix d'or sur le marché tous les buvards usagés de leur administration en guise de papier-toilette. Mais leur succes-story prends brutalement fin quand certains de leurs clients les traînent devant les tribunaux après s'être aperçu qu'ils avaient des bilans comptables imprimés sur les fesses.

mercredi 25 novembre 2009

AndiamoQuand on chantait

Avant l’arrivée des baladeurs et autres MP3, je me souviens que les gens chantaient. Bien sûr, pas de musique dans nos spartiates autos, et encore moins de télévision ! Ne vous marrez pas : il y en a de plus en plus, paraît-il, et pas seulement à la place des passagers arrières !

Alors nous chantions ! Parfois à tue-tête, il m’arrivait de me prendre pour un ténor quand, en partant le matin sur ma moto, j’entonnais une chanson de Sacha Distel ou de Gilbert Bécaud. Pareil même chose (wouarf) lorsque je me rendais de Villefranche-de-Lauragais à Toulouse pour aller bosser chez l’avionneur Bréguet, le matin de bonne heure, 35 à 40 minutes de trajet. En 1962, pas de radio dans ma deudeuch ! Alors je chantais rien que pour moi des chansons de Léo Ferré ou de Georges Brassens, j’en connaissais beaucoup "par cœur".

Il n’y a pas si longtemps, lors d’une soirée, une amie et moi avons chanté en chœur "comme à Ostende" de ce vieux Léo ! Elle connaît mine de... pas mal de chansons, bien rangées dans sa tête bien faite !

J’entendais, sur une station radio, Jean-Marc Thibault qui déclarait connaître plus de 1000 chansons. Je ne sais si c’est vrai, mais assurément il en connaît beaucoup.

Force était de les apprendre, car il n’y avait rien d’autre pour écouter ce que l’on aimait en dehors de chez soi, rien qui puisse vous faire écouter de la musique hormis les 45 tours, assez chers tout de même. On les écoutait sur nos électrophones munis d’un haut-parleur, on était loin de la stéréo-fifi !

Et puis aussi une tradition disparue HELAS ! J’écris hélas car, bien que n’étant pas (trop) nostalgique du passé, je trouvais charmante cette coutume qu’après les repas de famille, de première communion ou de mariage, chacun "pousse" la sienne comme on disait à l’époque.

Chacun avait avait "sa" chanson : ma grand’mère chantait "l’ange rouge", une goualante réaliste, l’ange rouge étant la guerre, celle de 14-18, la grande, la seule, la vraie, comme elle nous le rappelait, elle y avait perdu ses deux frères de 20 et 21 ans, son mari plus tard, mon grand-père mort des suites de cette horrible carnage.

Je me souviens encore des paroles du début :

Regardez-le chevaucher dans l’espace.
Regardez-le : c’est l’ange rouge qui passe.

C’est primesautier, n’est-ce-pas ?

Un oncle nous chantait "les baisers quand ils sont bien donnés"... Quand il attaquait ça, la tante lui jetait un regard courroucé, c’était le signe que tonton en avait un coup dans la huche. S’il peut lire par-dessus mon épaule depuis là-haut, il doit bien se marrer, ce petit bonhomme jovial… Sacré Félix !

A la fin des repas de famille, certains racontaient des histoires à ne pas mettre dans toutes les oreilles. Les "grands" attendaient que les enfants soient partis jouer dans la cour ou dans une autre pièce, alors ils en profitaient pour raconter la dernière... parfois entendue un an auparavant, mais on faisait semblant de la découvrir et on riait, ça mange pas d’pain et puis ça faisait plaisir au conteur.

Lors des mariages (plus que pour les premières communions), les chansons de corps de garde étaient à l’honneur : depuis le "plaisir des Dieux" jusqu’à la "petite Charlotte", en passant par les "trois orfèvres", tout y passait ! Les dames (un peu hypocrites) poussaient des "OH !" d’indignation, tandis que les messieurs jouaient les fiers-à-bras, les "affranchis", les "j’en ai vu d’autres" !

Dans les ateliers de couture, de mécanique, dans les manufactures, les ouvrières, les ouvriers chantaient ou sifflotaient en travaillant. J’ai travaillé un moment chez Bourjois, le parfumeur. A l’époque, l’entreprise était située à Pantin. Sept cents femmes y travaillaient. Je réglais les machines de conditionnement, j’étais célibataire, elles m’en ont parfois fait voir de toutes les couleurs, ça allait de "mécano de mes deux" quand elles n’étaient pas contentes à "viens mon chéri, je vais t’offrir un bonbec" ! Tout ça dépendait de leur humeur, mais bon, ça n’était pas bien méchant et en tout cas sans rancune.

Toutes ces femmes chantaient, souvent très bien. Avec leur star’ac à la con, ils peuvent aller se faire foutre ! J’entendais parfois des voix magnifiques. Avec des cours de chant, je pense sincèrement que certaines auraient pu faire une carrière, mais ça n’était pas bien la mode, et puis elles n’avaient pas l’aplomb nécessaire, venant comme moi de milieux modestes où on ne connaissait pas toutes ces choses. Alors elles chantaient pour leurs collègues, pour leur mettre le cœur à l’ouvrage, emballer des flacons de parfum à longueur de journée, le dos courbé, toujours le même boulot ou presque, il fallait avoir un sacré moral !

Dans d’autres entreprises, j’ai connu d’autres "laborieuses" penchées sur des tours à décolleter, la même pièce à longueur d’année, derrière elles les tonneaux métalliques remplis de pièces en ferraille, tournant pendant des heures pour ébavurer les dites pièces.

Le vacarme : INFERNAL ! Elles ne bronchaient pas, elles chantonnaient même, pour elles bien sûr, car dans ce brouhaha il fallait hurler pour se faire entendre. Je restais le minimum de temps dans ces lieux, le réglage de la machine terminé, je me réfugiais dans des lieux plus calmes… Beaucoup plus calmes !

J’admirais et j’admire toujours ces femmes, bosseuses, appliquées, toujours souriantes… Eh oui ! Elles ont fait les trente glorieuses… Glorieuses pour qui ?

Quand elles sortaient le soir de leur usine ou de leur manufacture, ça n’étaient plus les mêmes : envolés les fichus, disparus les longs tabliers blancs, les chaussures informes et graisseuses remplacées par de jolis escarpins ! Ouvrières mais coquettes, seules les trahissaient leurs mains aux coupures multiples dues aux copeaux de métal ou, pour les petites ouvrières de chez Bourjois, l’entêtant - car en trop forte quantité - N°5 de Chanel (mis en flacons et élaboré à Pantin à l’époque).

Dans le bus qui les ramenait chez elles, c’étaient des plaisanteries avec le receveur (disparus aujourd’hui, les receveurs). J’en ai vu chanter et danser - mais oui ! - avec le préposé au compostage des billets sur la plate-forme des antiques Renault TN 4F. Elles bossaient dur, ces jeunes filles, ces jeunes femmes, ces jeunes mères et ces grand-mères, mais je n'ai jamais entendu l’une d’elles se plaindre du boulot ni de l’ambiance !

J’ai bossé dur parfois, mais bon c’était comme ça, j’ai connu bien sûr des chefaillons à la con comme tout le monde, mais je ne me suis jamais plaint de l’ambiance avec mes collègues. Il y en avait qu’on laissait un peu de côté car ils n’étaient pas "faciles", mais ce qui est sûr c’est que l’ambiance était excellente, les copains chantaient dans les ateliers ! Aujourd’hui encore, nous sommes pas mal à nous fréquenter, à nous retrouver pour une bonne bouffe.

Incroyable mais vrai, j’ai interrompu un moment l’écriture car un copain de boulot, que je n’ai pas revu en "vrai" depuis longtemps, mais que grâce au net j’ai retrouvé, est venu bavarder et m’offrir son sourire par caméra interposée, au moment où je parlais de mes anciens collègues… Coïncidence ?

Plus tard, vers 1985, quand j’ai dû changer de boîte biscotte le chomdu, j’ai travaillé dans pas mal d’entreprises, et il est vrai que si le boulot me plaisait beaucoup, car très intéressant, l’ambiance n’y était pas, ou plutôt n’y était plus, et je crois bien que j’étais le seul à chanter en travaillant.

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