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mercredi 20 mai 2009

Mam'zelle KesskadieLa froide réalité d'une fraîche divorcée

Chers vous autres,

Je finis ma journée du jeudi mieux que je ne l'ai commencée. J’ai des matins comme ça, où je suis complètement rapapla.

Je ne suis pas allée travailler, question de santé mentale. J’avais une urgence, la mienne.

Ce qui ne va pas ? Tout et rien, il faut un an pour faire son deuil normal. Bon, j’ai pris un appartement après mon divorce voilà trois mois, donc, faut pas pousser trop fort dans la joie de vivre pour le moment.

Vous voulez que je vous raconte la vie d’une fraîche divorcée qui n'a pas les enfants cette semaine ?

Préambule fallacieux, je vous raconte pareil.

Constatation n°1 : moi qui ne savais pas épeler le mot budget sans faire de fautes, je me suis souvenu d’une certaine signification. Bref, je suis sans-le-sous.

Constatation n°2 : j’ai découvert de petites joies. Exemple : je peux mettre en boucle mon disque préféré sans que ça emmerde personne et mon voisin. Ombre de la chose : je l’ai tellement écouté que j’en suis écœurée. Va falloir que je m’en trouve un autre. Le hic ? Voir constatation n°1.

Autre petite joie : je peux manger chaud. On sait que la mère de famille doit nourrir les petits avant de se sustenter elle-même ce qui arrive quand le plat est rendu froid. Ombre au tableau : seule, on mange plus rapidement, donc, je me brûle la langue régulièrement, moi qui ai l’habitude du tiède.

Autre petite joie : je cuisine ce que je veux. Ombre au tableau : après trois fois d’un même plat mijoté, on mijote de passer à autre chose et on découvre les vertus du congelé.

Petite joie : le matin, on ne s’occupe que de soi-même. Ombre : le matin, on ne dit bonjour qu’à soi-même. Mieux vaut être de bonne humeur parce que ça part mal la journée si on a une face de bœuf.

Petite joie : on a l’ordi pour soi toute seule. Ombre au tableau : aucune, té ben pour ça en ti péché !!!!.

Dans les joies de la fraîche divorcée, elle n'a plus à dire : qui c'est qui a pris mes ciseaux ? L'ombre, c'est de se dire : où c'est que j'ai bien pu les mettre ? Personne d'autre que soi à blâmer. À moins de croire aux extraterrestres venus voler la serpillère pour étudier le mode de vie des humains.

Ai-je la foi t'à ce point ?

Constatation n°3 : le sexe. Pour ce qui est de son sexe à soi, tout va, c’est l’autre sexe qui nous concerne de plus en plus (eh oui, il se peut que je sois encore plus préoccupée par la chose que par le passé). Donc, pour ce besoin essentiel et existentiel, il y a les clubs de rencontre. Pour ma part, voir constatation n°1. Allons donc à une solution plus gratuite, les listes de rencontre sur le web. Gratuites pour s'inscrire, mais si on veut parler à quelqu’un, il faut s'abonner (payer), voir constatation n°1. Tant pis, le crédit existe pour les besoins essentiels, vivement visa.

Voyons voir, étant donné que j'ai vieilli et grossi, je suis plus difficile pour le partenaire et moins désirable pour ledit homme. Ça promet.

Premier critère : Comment le futur candidat parle-t-il de son ex-femme ? Si le sire est potable, il ne la lapidera pas de ses postillons vengeurs et amers.

Donc, s’il parle en bien de son ex : la question qu’on se pose alors, pourquoi se sont-ils séparés ?? De deux choses l’une, elle l’a planqué là et vous ne voulez pas de restants, ou il est encore amoureux et vous avez une rivale avant même d'embrasser le prince. Vous sourcillez en regardant d’un air suspicieux le dit candidat.

S’il parle en mal de son ex, il n’a absolument aucune introspection. S’il choisit aussi mal ses partenaires, pourquoi donc vous choisit-il vous, ce qui vous met mal à l’aise et vous regardez d’un sourcil hautain et d’un air suspicieux le candidat.

Constatation n°4 : le vocabulaire utilisé dans ces lieux internet a des définitions aussi nouvelles qu'inattendues ; petit dictionnaire pour débutantes :

Poids santé : ne veut pas dire être en santé et avoir du poids, mais bien, ne pas avoir de poids.

Être ouverte d'esprit : comprenez : vous savez bien où les hommes situent l’esprit.

Passé réglé : carte de crédit à zéro , ex-partenaire proche du décès. Enfants plus de quinze ans pouvant se garder seuls. Chien entraîné et castré. Toiture de maison changée et tablettes d’appartement posées.

Sportif : incroyable le nombre d’hommes sur ces listes qui sont actifs, sportifs ! Dire que Santé-Canada dépense des fortunes pour faire la publicité des joies de la gym… il devrait plutôt investir pour que les couples mariés puissent se payer des gardiennes, les hommes mariés doivent être les seuls hommes qui ne bougent pas, ils pourraient au moins sortir avec leurs femmes.

Couple ouvert : les deux n'ouvrent pas rien que leur porte, mais les jambes à n’importe quoi. Soyez prête à faire de même.

Ensuite, il faut trouver un surnom pour ce genre de correspondance. Vous comprendrez que nombre de Louises et de Sylvies ainsi qu’une armée de Michelines se présentent comme la candidate idéale au candidat idéal, faut se démarquer.

Le mien ? Kaféeine. Une trouvaille n’est-il pas ? Ça dit que j’aime le café et les fées. Tout moi. D’accord, il existe quelques petits à cotés de moi qui ne sont pas visibles dans ces quelques syllabes, mais pensons que Féedusexe ou Féedubourrelet seraient des surnoms qui rendraient la recherche incertaine pour repêcher le candidat idéal à présenter à mes nombreux enfants et à mes copines intellectuelles.

Voici le palmarès de mes succès internet.

Premier candidat en lice : Stratos heu non, Saltos. Moi pis ma mémoire des noms… en tout cas, Saltos est égyptien grec. Après deux mails, il me propose de devenir sa princesse puis sa reine égyptienne. Je veux bien moi, tiens, enfin le prince charmant !!! Je me doute que le baiser requis est un peu plus élaboré que celui de mes contes d’enfants, mais , enfin.. toujours est-il qu’il m’envoie la photo. Il a le même sourire que monseigneur Ébacher, valeureux évêque de mon diocèse, qui est un bon vivant, bon, c’est toujours ça de pris et de grandes oreilles me semble-t-il. Bof, nous avons certains princes ayant les mêmes caractéristiques, tout baigne. Il réclame une entrevue. Le hic, il est de Montréal. Là, ça se corse. S’il se pointe à Gatineau et qu’il espère consommer le même soir, faudrait qu’il me titille plus les hormones que Monseigneur Ébacher. Et s’il faillissait, je l’envoie dormir chez une copine en le présentant comme un ami de mon cousin qui a besoin d'un toit pour ce soir ?

Je pourrais toujours aller à Montréal, mais voir constatation n°1.

Cochonplus, ….. est deuxième en lice. Je ne lui ai pas répondu à la première missive, son nick ne m’inspirant pas confiance dans ses intentions profondes, j’ai quand même cédé à la deuxième tentative surtout qu’il avait utilisé un mail payant. Cochon, mais pas cheap. Du bon lard quoi. Mais quelque chose me dit que ça n’ira pas loin quand je lui ai dit que je n’étais pas intéressée par des aventures d’un soir. (Bien sûr que c’est pas vrai, mais vous n'allez pas lui dire, n’est-ce pas ?)

Autre candidat, pas de photos (au fait, il s’est passé quelque chose, j’ai été des mois sans messages, là, j’ai eu trois messages la même journée. Quelqu’un a du faire de la publicité pour moi dans un journal…), donc, voici TBIEN100. Hé oui. De la grande littérature. Voulait-il dire, TesBIEN sans moi ou très bien, 100 %? Je vous fais un suivi. Il veut correspondre, mais moi, méfiante, j’exige une photo. Ah ah!!! Ça me ferait de la peine de correspondre avec l’ex de ma voisine , qui plus est, avec l’ami de mon fils.

Constatation n°5 : je me demande quel saint est dévoué aux femmes divorcées, de bon poids et en santé, n’ayant pas l’esprit si ouvert que ça et un nick si bien trouvé.

Constatation n°6 : il parait que le sexe fait une peau resplendissante, pour le moment, ça me fait une belle jambe.

lundi 18 mai 2009

Tant-BourrinDe l'autre côté du temps

C'était en septembre ou bien en octobre, je ne sais plus, mais cela importe peu. J'avais été lui rendre visite, là-bas, à Gabarret, juste pour lui offrir un peu de mon temps, à elle à qui il en restait si peu.

Je la revois, le visage si émacié, si menue et si frêle que le moindre souffle de vent l'eût emporté au loin tel un fétu de paille. Enfoncée dans un fauteuil, enfoncée tout aussi profondément dans son corps usé par la vie, elle laissait les secondes ruisseler sur sa peau pour s'écouler en cascade d'heures à ses pieds.

Tu sais, la voir ainsi, clouée sur ce siège comme un insecte sur une planche, si loin de chez elle, m'arrachait le coeur. Mais il avait bien fallu s'y résoudre. Le fluide vital semblait s'être asséché dans ses veines en l'espace de quelques années. Une toupie manquant d'énergie et qui vacille, voilà ce qu'elle m'évoquait alors. Ses bras manquaient de force, ses jambes ne suffisaient plus à la porter, les mots sortaient de sa bouche avec une peine croissante. Une braise incandescente dans un foyer presque éteint, c'était tout ce qu'il restait d'elle.

Et puis, tu t'en souviens peut-être, sa dernière chute avait été terrible. Dans le choc, la cage thoracique avait souffert, de l'eau s'était infiltrée dans les poumons, et le jour est venu où nous avons su que Tantine n'aurait plus ni le temps ni la force de s'occuper d'elle et qu'il fallait la mettre dans un centre, là-bas, à Gabarret.

Oh, n'imagine pas que ça a été facile, ni pour nous, ni pour elle ! Sa petite voix, le mince filet ténu qu'elle gardait encore au fond de sa gorge, un murmure plutôt, implorait qu'on la laisse à Resgaille, la vieille ferme familiale, elle y avait toujours vécu et voulait y mourir.

Mais tu sais, de nos jours, on ne laisse plus les vieux mourir en paix, et nous, lâchement, nous voulions qu'on la soigne, qu'elle continue à vivre, fut-ce au prix de son malheur. Alors elle a dû quitter Resgaille, ses vieux murs de torchis tout lézardés, son verger, la vieille mare, la grange de bois qu'avait construite le Papé.

Le Papé. Son Pierre. Qui était parti près de vingt ans plus tôt. Un accident, bête comme le sont tous les accidents, pendant les moissons. Moi qui ne l'avais jamais connue que souriante, je l'ai vu pleurer des années durant par la suite.

En l'arrachant à ses souvenirs, à ce lieu où avait vécu et était mort le Papé, c'était toute sa vie qu'on éviscérait. Nous le sentions bien, mais voilà, elle était impotente et avait besoin de soins, nous pensions faire le seul choix possible.

Mais je me suis égaré. J'en reviens à cette journée - je pense finalement que c'était en octobre - où je l'avais revue pour la première fois, plusieurs mois après qu'elle eût été essouchée de Resgaille ; il faut dire que j'habitais à des centaines de kilomètres de Gabarret et ne pouvais venir à loisir.

Elle était là, présente et absente à la fois, seule une légère lueur dans son regard m'indiquait de temps à autres que son corps était de nouveau habité. Le temps fut ce jour-là essentiellement charpenté de silence et d'immobilité, dans cette chambre propre, moderne, mais triste à en mourir.

Et puis sa voix, son infime chuchotement, s'éleva.

- Hier, je suis allée au Lugnon et j'ai passé la journée avec Elise Téchené.
- Ah... Ah bon ? Tu... tu es sortie ?
- ...
- Avec Elise Téchené, c'est ça ?
- ...
- Mamée ?
- ...

La lueur était repartie. Seule restait sa carapace, ce corps si fatigué, si épuisé par une vie de labeur constant. Un peu plus tard, je l'embrassai et repartis.

De même qu'elle avait dû savoir, en quittant Resgaille, qu'elle n'y reviendrait jamais, je sentais bien que c'était un baiser d'adieu que j'avais déposé sur ses joues creusées.

Pourquoi te parlé-je de ça aujourd'hui ? Je ne sais pas. Tout cela est si ancien déjà. Vois-tu, même si je n'en avais rien montré devant elle, ses mots m'avaient fait sursauter. Tu es trop jeune pour l'avoir connue et tu l'ignores donc : Elise Téchené était une lointaine cousine à nous mais, à l'époque, cela faisait déjà près de trente ans qu'elle était morte.

Bien sûr, son esprit, prisonnier qu'il était d'un corps impotent, avait dû divaguer, revivre des souvenirs, ressusciter des cadavres depuis longtemps décomposés au fond de la terre. Tantine et Maman rapportèrent également de telles résurgences lors d'autres visites : elle leur avait affirmé avoir revu Marie Daliès, Jeanne Danglade, les frères Garoste, Luce Briscadieu, et d'autres encore qui, tous, reposaient en paix dans les cimetières environnants de longue date. Son esprit s'embrumait, voilà tout. A son âge et dans son état, cela était bien normal, au fond, c'est ce que nous nous sommes dit alors.

Mais tu sais, je connaissais bien ma grand-mère pour avoir, gamin, passé l'essentiel de mes vacances scolaires et de mes étés là-bas, à Resgaille. Et, crois-moi, quand elle m'a parlé de sa sortie au Lugnon, de sa visite à Elise Téchené, j'ai vu la vie brûler au fond de ses yeux. Elle était là, terriblement là, et il y avait trop de vérité dans ce regard et dans ces mots.

Je sais, tout cela te paraîtra ridicule, mais je suis convaincu qu'elle était vraiment allée au Lugnon la veille et qu'elle y avait passé l'après-midi avec Elise Téchené. Qui peut savoir la force de l'esprit quand le corps est déjà mort, ou presque ? Je suis sûr qu'elle a franchi la barrière de sa propre peau et parcouru les ans à rebours pour retrouver sa cousine, la couvrir de baisers, papoter et jouer avec elle comme il y a si longtemps. Oui, quand nous la voyions absente, l'oeil éteint, comme momifiée, je sais qu'elle était juste allé retrouver le goût d'éternité des années et des visages disparus, rire en pleine innocence, courir dans les prés, faire l'amour avec son Pierre, loin, si loin de la carcasse ridée vissée dans le fauteuil, là-bas, à Gabarret.

Tu vois, le jour où l'infirmière l'a retrouvée morte dans son lit quelques semaines plus tard, je suis persuadé qu'elle était juste de nouveau partie leur rendre une petite visite et que son Pierre, Elise Téchené, Marie Daliès, Jeanne Danglade, les frères Garoste, Luce Briscadieu et tous les autres l'ont convaincue de rester définitivement avec eux, que cela ne servait plus à rien de revenir de temps à autre habiter ce corps flétri qui ne lui obéissait plus et la faisait souffrir.

Alors, tu sais, même si tant d'années se sont écoulées depuis, même s'il ne reste d'elle aujourd'hui sûrement plus que quelques os dans sa tombe, je sais qu'elle est toujours bien en vie et heureuse là-bas, au pays de la jeunesse éternelle, de l'autre côté du temps.

Non, s'il te plaît, ne souris pas, ne te moque pas, fais au moins semblant d'y croire un peu !

J'ai tellement besoin d'y croire moi-même.

samedi 16 mai 2009

Saoul-FifreLa petite Julie, quatre ans

Oui la petite Julie a quatre ans. Oui je sais, elle est habillée comme une pute, à son age je n'en vois pas l'intérêt, mais il faut demander à notre doyen Andiamo pourquoi il nous l'a dessinée ainsi. Je ne suis pas dans son cerveau de Pervers Pépère ou de Pépé Malin et c'est lui l'auteur de ce dessin allusif, les autres blogbomembers en seraient bien incapables.

Bon je vais quand même un peu le défendre, c'est notre ancêtre à nous et on y tient très fort. Après, l'ambiance du blog se dégrade, faudrait que j'essaye de déconner un peu moins et de faire gaffe à mes propos.

En fait, quatre ans, pour une cochonne, c'est un bel age ; elle a largement dépassé celui de sa majorité et elle peut donc s'habiller comme elle veut, non mais ?

Et faire ce qu'elle veut de son cul, oui Madame.

On a dit "petite" car Julie est un cochon nain chinois. Je rappelle, pour ceux qui prennent l'arrière-train en marche, que Julie est la mascotte du blog

C'est elle qui est nonchalamment alanguie sur le divan de Juliette Récamier, dans le bandeau Blogborygmes, oui, en haut de la fenêtre, levez les yeux !

Pourquoi une cochonne comme mascotte ? Ah ça !? Je laisse aux exégètes, aux chercheurs universitaires, aux psychanalistes de l'Histoire, dans quelques décennies, le soin de mener cette enquête et d'en tirer des conclusions trop hâtives, comme à leur habitude. Nous ne serons plus là pour nous défendre et ils s'en donneront à cœur joie, ces charognards !

Comme tout cela est prévisible, mesquin, et si loin de nos idéaux inspirés en priorité par la lecture inlassable de Madame de Lafayette ou de Mademoiselle de Scudery.

Ceci précisé, à fins de postérité, comme le billet sur Julie est un de nos premiers billets, si Julie a quatre ans, notre blog aussi.

Vouivoui, vous pouvez vérifier, notre billet de présentation , notre programme plein de promesses alléchantes et tenues, jusqu'à présent, date du 16 mai 2005.

JOYEUX ANNIVERSAIRE, BLOGBORYGMES !

Quatre ans, dis donc ! ? Tu sais que tu es un grand garçon, maintenant ! Pour un blog, c'est limite grabataire, même !

D'ailleurs, je me sens un peu faible et, puisque personne n'offre à boire, je vais aller m'allonger un poil...

mercredi 13 mai 2009

Saoul-FifrePierre Dac, le pire des cas ?

J'ai 8 ans, je vis dans un pays qui n'était pas le mien il y a encore 2 ans, j'ai les oreilles dépliées comme des paraboles, je suis curieux jusqu'à l'avidité mais mon monde se résume à ma petite école à classe unique et à la ferme de mes parents, perdue au milieu des grands bois périgourdins.

Le soir je rentre à bicyclette du village distant de 6 kilomètres. Je n'ai pas de devoirs à faire. Il y a un seul maître, donc nous travaillons seuls pendant qu'il enseigne aux autres niveaux. Je ne sais pas comment fait la jeune génération actuelle, mais nous, nous avions un trou au fond des oreilles et les mots du maître se déversaient par là directement dans nos cerveaux.

Rentré à la maison, je crapahute, je me bricole des trucs, n'importe quoi m'est jouet, je me raconte des histoires, je parle tout seul. Je lis. Beaucoup. Nous n'avons pas la télé mais une grosse radio PO GO FM OC trône dans un coin, assez souvent allumée. À cette époque, le présentateur annonce le nom du chanteur et même souvent l'auteur des paroles et de la musique. On a droit à une bonne part de sketches aussi. Il y a des feuilletons, et puis du théâtre, dans l'après-midi.

Et puis en début de soirée, à 18 h 45, à l'heure où selon les saisons je regagne mes pénates, mais l'important n'est pas là puisqu'en été j'abandonne tout, rien ne peut m'empêcher de rentrer écouter ce truc extraordinaire, ce feuilleton atypique qui ne ressemble à aucun autre : "Bons baisers de partout".

Le titre, déjà ? Ouvert, chaleureux, non-restrictif, et bien sûr sans aucun rapport avec le contenu car je viens de mettre un pied, non, une oreille chez les loufoques et chez le plus doux-dingue d'entre eux : Pierre Dac.

Ma mère me voit rentrer en courant dans la cuisine à l'heure dite. Son petit sourire est un peu d'ironie à me voir si mordu mais aussi de plaisir attendu car Dac l'enthousiasme également. Quand les allusions dépassent ma petite culture, elle est là pour m'expliquer les jeux de mots. Car il faut savoir qu'il existe un film nommé "Zorba le grec" pour apprécier le nom du méchant espion "Zorbec le gras", dont Roger Carel faisait la voix. Leroidec, le représentant en enclumes, c'est bon, je comprends tout seul. Fermtag aussi. Giorgio Loffismodi aussi, on a un disque d'Aznavour à la maison, avec "La mamma" dedans. Et est-il besoin d'une grande analyse sémantique pour se laisser gagner par le comique de sonorités quand intervient la "Comtesse Wanda Vodkamilkévitch veuve du général comte Alexis Vodkamilkévitch, née Catherine Legrumeau"?

Nicolas Leroidec, alias SGDG 06 1/2, puis alias inter 18 29 (la fréquence de France Inter sur les grandes ondes), joué par Paul Préboist est un magnifique anti-espion, hilarant dans son contre-emploi. Impossible de prévoir à l'avance ce qui va lui arriver, c'est du grand n'importe quoi. Pour se débarrasser de poursuivants, il jette par la fenêtre de sa voiture une boite de lacets car c'est bien connu, "les lacets sont dangereux dans les routes de montagne" !

L'opération "Tupeutla", ce sont les gesticulations de la France pour garder en sa possession l'irremplaçable invention du Professeur Slalom Jérémie Ménerlache, j'ai nommé le Biglotron , qui n'est en fait qu'un schmilblick à bidule. Oui oui, C'est Pierre Dac qui a inventé le Schmilblick aussi, bande d'incultes, ce n'est ni Guy Lux, ni Coluche !

En tout cas, ça marque à vie, ce genre d'expérience auditive. Que peut-on prendre au sérieux ensuite ? La politique ? Ben non, on s'est inscrit d'office au Parti d'en rire qui tient toujours ses promesses puisqu'il ne nous en fait aucune. Les disputes ? Au sujet de qui de quoi ? Il suffit de se remémorer sa Tyrolienne haîîîîîneuse pour en saisir toute l'inanité.

Je me suis fait traiter de vieux tromblon par Mademoiselle Dusk récemment, en citant mon Maître "63" (elle a disparu, quelqu'un a des nouvelles ?) mais il me semble qu'il y a de l'éternité, de l'intemporalité chez Dac. Quand on pense qu'il est né en 1893 et qu'il a été poilu de la grande guerre ? Quelle jeunesse !

Pour notre mariage, nous avons eu droit à son célèbre discours passe partout valable pour toutes les circonstances, bien pratique, ceci dit. Faut dire que mon cousin Jean-Baptiste Plait était de son vivant le meilleur interprète de Dac (et d'Alphonse Allais aussi, soyons honnêtes).

Je n'en sors pas.

Allez, une dernière de ses "petites annonces", pour la route :

Monsieur à qui on ne la fait pas cherche dame à qui on ne l'a pas fait

dimanche 10 mai 2009

AndiamoLe beau voyage, suivi de : Terra incognita.


Ça y est, cette fois ça y est : je suis parti !

Un grand éclair lumineux quand les "boosters" se sont allumés, et puis le décollage en douceur. C’est curieux, je m’attendais à un horrible plaquage, collé à mon siège, eh bien non !

La cabine est un peu étroite mais très confortable, je n’ai ni chaud ni froid, je suis juste bien, c’est curieux, les ingénieurs ont tout prévu sauf… que c’est tout de même un peu sombre.

Putain, j’ai beau tâtonner je ne trouve pas l’interrupteur ! Dehors aussi, il fait bien sombre…

Mais oui, suis-je bête, j’ai compris ! Au moment du décollage, il faisait froid, très froid même (maintenant ça va mieux), de la condensation a dû se former sur le hublot, mais à l’extérieur, et avec le froid de l’espace (- 273 degrés tout de même) la condensation s'est transformée en glace, interdisant toute visibilité… Voilà !

Nom de Dieu, il est long ce voyage, je ne sais pas au juste, mais ça commence à me sembler long ! Je devais rejoindre la station spatiale, disons… Deux heures, deux heures et demie, ils m’avaient promis que ce serait court : ils se sont plantés, voilà tout !

Enfin, patience, d’autant qu’une fois arrivé, je devrais rencontrer des visages connus, c’est ce qu’on m’avait promis toujours.

C’est tout de même curieux, des visages connus : je ne connais personne de mon entourage qui se soit offert un voyage spatial !

J’en aurais entendu parler : soit au J-T, soit dans mon quotidien "La Montagne". Bien sûr, ça n’est pas un journal de Parigot (tête de GNA GNA GNA ), voilà que je me marre de mes propres conneries. Ah ! Si on me voyait !

Mais bon, c’est un honnête canard, qui ne signale pas uniquement les fluctuations des marchés de l’avoine ou du beurre !

Comme c’est curieux, depuis le temps que je suis parti, je devrais avoir faim, soif, envie de pipi, et même … Ben oui comme tout le monde !

Rien, aucune envie, je ne suis relié à aucune machine, point de cordon, j’ai balayé l’espace de ma cabine avec mon bras (je n’ai toujours pas trouvé l’interrupteur), le vide entre les parois de la capsule et moi, bizarre , rien, pas de tableau de bord, ni d'écrans de contrôle.

Il me semble, je dis bien il me semble, que ça fait des mois que je suis là, j’ai tâté autour de moi, la cabine est matelassée, j’ai même un petit coussin derrière ma tête, et ça commence à sentir mauvais...

C'est ça l’éternité ?

J'AI PEUR TOUT A COUP...

Dessins : Andiamo pour Blogbo 2009






Ça vous a plombé un peu la journée ?

Bon je vais me faire pardonner en vous racontant une autre petite histoire, un peu plus "optimiste" !

Toutefois je vais être honnête (une fois n'est pas costume, comme le disait ma bignole lorsque j'habitais à Aubervilliers) l'idée n'est pas de moi, j'avais lu une B.D il y a.... fort longtemps (j'en ai oublié l'auteur, qu'il me pardonne) et je m'en suis inspiré.

Z'avez remarqué, je cite mes sources, et quand je "pompe" (ne vous méprenez pas sur le sens de la pompe) je le dis.

Assez "bavassé", on clique sur une musique un peu plus guillerette, on met ses lunettes, et... AVANTI !


TERRA INCOGNITA

Je viens d’atterrir, j’ai vraiment eu beaucoup de mal à m’extraire de cette capsule.

Le voyage a été relativement long ! Mais les ingénieurs avaient vraiment tout prévu, semi-hibernation, tuyau d’alimentation, relié directement à mon appareil digestif, pareil pour les évacuations !

Ce monde dans lequel je viens d’atterrir est étrange, tout semble noyé dans le brouillard. Je dors beaucoup, sans doute le voyage et surtout cette extraction de la capsule, vraiment très éprouvante !

Il faudra que je commence à travailler, je ne sais pas vraiment quelle est ma mission, les instructions sont assez vagues.

J’ai trouvé de la nourriture, une espèce de gros fruit, tout doux et tiède, d’une agréable odeur, je le porte à ma bouche, un liquide onctueux et très nourrissant en sort.

Je mange trop, il faudra que je fasse attention, car après chacun de mes repas, j’éprouve l’irrésistible besoin de dormir.

Je ne sais ce qui m’attend, ni quand je pourrai repartir, d’abord retrouver la capsule, mon vaisseau spatial !

Plusieurs fois par jour, une entité, toujours la même, se penche sur moi, une sorte de gazouillis est émis d’une ouverture, très rouge, avec des rangées de choses très blanches, situées en haut et en bas de cette ouverture, cette entité me change, cela me gêne, mais comment faire ? Le flexible qui se chargeait de mon alimentation et des évacuations a été coupé !

Mes yeux commencent à s’habituer à mon environnement, il semble assez restreint !

Tout à l’heure l’entité m’a murmuré quelque chose comme BBBBBBé.. béééé je crois.

Plusieurs jours que je suis ici. Hier, mon univers a basculé, l’entité a ouvert une sorte de hublot, et j’ai vu au-delà de ce petit univers que je croyais fini, ce monde semble beaucoup plus vaste que je le pensais !

Aujourd’hui l’entité a tentée de communiquer avec moi, elle m’a saisit avec ses deux grands bras terminés chacun par cinq tentacules, l’ouverture rouge s’est approchée de mon oreille et a murmuré : MA…MAN !

Je crois que je ne retournerai jamais d’où je suis venu.

vendredi 8 mai 2009

Tant-BourrinComic blog

Allez, une petite chanson pour vous mettre du coeur à l'ouvrage. Un petit vent de gaîté discret et léger, je l'espère, pour la journée...

Et mille pardon au grand Serge Gainsbourg dont j'ai détourné la chanson "Comic strip" ! D'aucuns diront que c'est un sacrilège, mais je préfère y voir un hommage croisé à celui-ci et à son Evgeni Sokolov...



Comic blog

Paroles : Tant-Bourrin (d'après Serge Gainsbourg)
Musique : Serge Gainsbourg


Téléchargeable directement ici

mercredi 6 mai 2009

Saoul-FifreSur une idée de Margotte

Léonard Nadaud était le dernier d'une longue lignée d'épiciers de village. Vous savez, ces bienfaiteurs de l'humanité qui tenaient l'unique bar, la seule pompe à essence, le stock de bouteilles de gaz, qui étaient ouverts de l'aube au coucher du soleil, sept jours sur sept, et à qui vous pouviez demander ce que vous vouliez, ils l'avaient dans leur stock sans fond et sur leurs kilomètres de rayonnages.

Ils faisaient aussi dépôt de pain et sillonnaient les chemins vicinaux avec un vieux tube Citroën jusque dans les hameaux isolés pour dépanner les vieux et tous les petits paysans non motorisés.

L'unique téléphone de la commune, le téléphone public était chez eux. Ils faisaient le bonheur des enfants avec leurs bocaux de verre remplis de boules de gomme, de caramels à un franc et de bâtons de réglisse, et ils étaient toujours partants pour faire cuire une omelette à quatre heures de l'après-midi pour un pauvre citadin épuisé.

De vrais anges ruraux, je vous dis.

Et puis la modernité a fondu sur les campagnes avec ses doigts crochus. Tout le monde s'est équipé d'une automobile, s'est mis à comparer les prix avec ceux du supermarché tout proche et ce "brave Léonard" devint "Léo l'arnaqueur", du jour au lendemain. On le regardait avec suspicion, les bruits les plus fous coururent sur lui. La clochette de la porte d'entrée du magasin ne sonna plus qu'épisodiquement pour un jour, ne plus sonner du tout.

Léonard fut obligé de tout mettre en vente, même quelques terres proches du village qu'il achetait lors de sa période flamboyante, dès qu'il avait quelques économies de côté. Il ne conserverait qu'une mauvaise bicoque pour y habiter.

Les candidats ne se bousculèrent pas au portillon. Il y avait un gros stock, dont une partie périssable. Même s'il baissait son prix, les candidats secouaient la tête, désolés. Au bout de deux ans, une bande de chevelus-barbus se présenta, et après une ultime discussion, obtinrent un rabais supplémentaire et emportèrent le morceau.

Ils étaient jeunes, dynamiques, les inscriptions d'enfants permettraient de pérenniser une classe et la cour de l'école retentirait à nouveau de rires aigus. Le maire les aida à racheter un grand bâtiment de ferme ainsi qu'une quarantaine d'hectares. Leur "magasin général" redevint le centre de vie du village. Ils organisèrent des spectacles dans l'arrière salle du café et l'un d'eux s'occupa de redynamiser le Comité des Fêtes et d'en prendre la présidence. Ils s'impliquaient dans la vie communale, rendaient service. Ils se relayaient pour rendre visite aux personnes âgées, voir si elles avaient besoin de quelque chose. Le Mardi, une espèce de marché s'organisait dans la grande salle : les producteurs environnants amenaient ce que les habitants leur avaient commandé la semaine précédente et prenaient les commandes pour la suivante. Cela permettait d'avoir des produits frais, pas d'invendus, et de programmer par exemple l'abattage d'une grosse bête que chacun pourra mettre au congélateur ou s'associer pour la consommer de suite.

Et surtout, par leur gaieté, ils reinitiaient une vraie vie sociale. Le soir, des parties de boules s'organisaient derrière l'épicerie, le bar ne désemplissait pas et tous les âges délaissaient leur téléviseur pour venir se distraire in vivo autour de la grande cheminée monumentale. Les veillées intergénérations d'antan, où l'on draguait, où l'on perçait les abcès relationnels avant qu'ils ne s'enveniment, où l'on improvisait des contes, des chansons sur la base de ce qui nous était arrivé pendant la journée, retrouvaient leur vivacité authentique. On y jouait aux cartes, aux échecs, mais on y travaillait également : on y pelait les châtaignes, on y tricotait, ou bien on y réinventait une démocratie participative.

Un qui était furax du succès rencontré par les esstrangers, c'était Léo l'arnaqueur. Il avait beau grincer des dents, appeler au boycott contre les marginaux, ces mal-lavés, on lui rétorquait : "Mais avec leur système, ils sont encore moins chers que Géant Canivo ! Et en Bio, en plus ! Tu n'es qu'un jaloux !"

L'œil de Léonard Nadaud se mit à briller d'une méchante lueur en lisant la Une de "La montagne". Voilà l'idée de vengeance qu'il cherchait depuis un moment. Il enfila des gants, prit une feuille de papier vierge au milieu du paquet, un stylo-bille et commença à écrire :

"Messieurs,

je suis un honnête citoyen et c'est le sens du Devoir ainsi que le respect de nos Lois sans lesquelles il n'est pas de Société viable qui me poussent à vous faire part de graves agissements terroristes dont le hasard m'a rendu témoin.

J'accuse avec force la communauté d'activistes anarchistes dont la base de repli est l'épicerie de Tarnac, en Corrèze, d'être les auteurs des honteux sabotages effectués récemment contre les caténaires de la SNCF.

Et en particulier leur chef, le dangereux Julien Coupat.

Signé : Un ami de la République, qui désire rester anonyme par modestie"

Ce dessin génial est de Jean-François Batellier. Je ne saurai trop vous recommander d'aller sur son site . Une liberté de ton de ce tonneau là se fait de plus en plus rare. Pour pas cher, vous pourrez lui commander quelques-uns de ses bijoux tendres ou féroces, ou carrément un de ses albums. Il le mérite et vous ne le regretterez pas.

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