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mercredi 22 janvier 2014

BlutchMes poètes de légende [1]

J’ai déjà eu l’occasion de vous faire découvrir un petit bout de ce grand poète vaudois qu’est Jean Villard Gilles (voir "Ma baie des Anges à moi").

Il est né au bords du Léman, à la toute fin du 19e siècle, ce qui lui a fait traverser la boucherie de 14-18, la crise de 29, l’entre-deux guerres, la folie nazie et les trente glorieuses.

De quoi alimenter sa fécondité littéraire, son âme de poète, sa tendresse, son goût pour les belles formules et son esprit anar. Bref, un Vaudois parfait. Parce que si le vaudois est débonnaire, plus prompt à lever son verre que prendre les armes, il ne faut pas lui en raconter tout de même…

Donc pour ce qui est de soigner les chaud-froid en politique, il faisait plutôt confiance à thermolactyl que dans les politocards de sévices.

Il aurait pu être révolté, rouspéteur, mauvais coucheur ou gueulard, voire même, qui sait, mauvaise tête ; mais il avait du génie, alors il est devenu poète, anticonformiste et libre penseur. Ses armes étaient son esprit, sa gentillesse et son humour.

Il a très vite développé le théorème que pour être reconnu chez soi, il vaut mieux décarrer ailleurs. Il a donc pris ses cliques, ses claques et son clic-clac pour s’expatrier dans l’arrière-banlieue de son Montreux natal : Paris.

Il y a ouvert un petit boui-boui du nom de "chez Gilles" (ben tiens, question pub, y a pas à se gêner non plus…). Entre les chansons dont il avait commis paroles et musique, qu’il interprétait avec son complice Julien (inaugurant ainsi un style nouveau qui fut abondamment repris depuis), il recevait quelques autres rimailleurs, dont l’Abbé Brel, avant qu’il ne vire sa cuti, sa guitare et sa soutane.

Ne voulant pas divertir les boches, il s’était tiré de Pantruche à leur arrivée pour s’établir à la capitale, la vraie, celle du Pays de Vaud : Lausanne.

Il y fonda (sans Jane) le Coup de Soleil. Nostalgie des petites femmes de Pigalle ou défection de Julien ? Le duo est devenu Edith et Gilles. Les cousins des Bourbines[1] évaporés de l'hexagone, il réinvesti Paname. Edith partie voir ailleurs si le bon Dieu y était, il s’associe avec Albert Urfer dans un nouveau tandem. Il quitte Paris en 1975, juste avant de raccrocher les gants à 81 ans et d’égrainer, depuis Saint-Saphorin, les quelques deux mille couchers de soleil sur le Léman qui le sépare alors de la grande envolée.

Je vous disais donc, sans le moindre chauvinisme, que les Vaudois sont de riches natures, pétris d’auto-dérision. Ne disent-ils pas : « Y en a point comme nous », ajoutant pour les sceptiques : « … s’il y en a, y en a pas beaucoup. »

Quelques étapes marquantes en chansons :



Dollars

1932 : La grande crise s’estompe à peine qu’il a déjà tout compris de la grande arnaque du dollar sur le monde. Son esprit anar se rebelle, il martèle sa musique pour mieux enfoncer ses paroles dans la tête des gens, mais il est trop en avance, hélas ! Le mythe de Crésus délocalisé en Amérique par les sirènes d’Hollywood était trop fort…

Trois ans après la grande crise, le texte était visionnaire, comme le sont les authentiques poètes.


De l´autre côté de l´Atlantique
Dans la fabuleuse Amérique
Brillait d´un éclat fantastique
Le dollar
Il f´sait rêver les gueux en loques
Les marchands d´soupe et les loufoques
Dont le cerveau bat la breloque
Le dollar
Et par milliers, d´la vieille Europe
Quittant sa ferme ou son échoppe
Ou les bas quartiers interlopes
On part, ayant vendu jusqu´à sa ch´mise
On met l´cap sur la terre promise
Pour voir le dieu dans son église
Le dieu Dollar !

Mais déjà dans la brume
Du matin blafard
Ce soleil qui s´allume
C´est un gros dollar !
Il éclaire le monde
De son feu criard
Et les hommes à la ronde
L´adorent sans retard

On ne perd pas l´nord, vous pensez,
Juste le temps de s´élancer
De s´installer, d´ensemencer
Ça part !
On joue, on gagne, on perd, on triche
Pétrole, chaussettes, terrains en friche
Tout s´achète, tout s´vend, on d´vient riche
Dollar !

On met des vieux pneus en conserve
Et même, afin que rien n´se perde,
On fait d´l´alcool avec d´la merde
Dollar !
Jusqu´au bon Dieu qu´on mobilise
Et qu´on débite dans chaque église
Aux enchères comme une marchandise
A coups d´dollars !

Mais sur la ville ardente
Dans le ciel blafard
Cette figure démente
C´est le dieu Dollar !
Pas besoin de réclame
Pas besoin d´efforts
Il gagne toutes les âmes
Parce qu´il est en or

Autos, phonos, radios, machines,
Trucs chimiques pour faire la cuisine
Chaque maison est une usine
Standard
A l´aube dans une Ford de série
On va vendre son épicerie
Et l´soir on retrouve sa chérie
Standard
Alors on fait tourner des disques
On s´abrutit sans danger puisque
On est assuré contre tous risques
Veinard !
La vie qui tourne comme une roue
Vous éclabousse et vous secoue
Il aime vous rouler dans la boue
Le dieu Dollar

Quand la nuit sur la ville
Pose son manteau noir
Dans le ciel immobile
Veille le dieu Dollar
Il hante tous les rêves
Des fous d´ici-bas
Et quand le jour se lève
Il est encor là !

On d´vient marteau, dans leur folie
Les hommes n´ont plus qu´une seule envie
Un suprême désir dans la vie :
De l´or !
S´ils s´écoutaient, par tout le monde
On en sèmerait à la ronde
Au fond de la terre profonde
Encor !
On en nourrirait sans relâche
Les chèvres, les brebis, même les vaches
Afin qu´au lieu de lait elles crachent
De l´or !
De l´or partout, de l´or liquide
De l´or en gaz, de l´or solide
Plein les cerveaux et plein les bides
Encor ! Encor !

Mais sous un ciel de cendre
Vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre
Du haut d´son perchoir
Et devant ses machines
Sans comprendre encor
L´homme crever de famine
Sous des montagnes d´or !


Que le dollar se change en €uros selon les régions du monde n’y change fondamentalement rien à la conclusion.



Les trois cloches (1940)

Piaf s’empare de cette chanson et en fait un tube mondial, mais qui laissera son auteur dans une discrétion qui sied parfaitement à son caractère vaudois. Beaucoup encore croient que le texte est de Piaf.



Le bonheur (1948)

Toute la tendresse de Gilles est contenue dans cette hymne au bonheur. Ça s’écoute sans commentaires...



Nos colonels (1958)

Gilles le pamphlétaire pacifiste n’aimait pas beaucoup l’esprit militaire. Pour situer le contexte particulier, les Suisses d’alors étaient soldats jusqu’à 60 ans, temporairement délivrés de leurs obligations militaires. Pour rester imprégnés de leur mission, il devait faire chaque année une piqûre de rappel variant entre un et 21 jours. Les colonels dirigeaient alors une armée de un million d’hommes mobilisables en 24 heures…

La Suisse n’ayant pas de général en temps de paix, l’iconographie guerrière s’est tout naturellement portée sur ses colonels, fiers descendants de Guillaume Tell et plus emblématiques que les généraux français, puisqu’à eux seuls, ils ont maintenu en respect le 3ème Reich tout entier.

Comment ça que c’est douteux ? Que je déconne ? Que je ne suis pas objectif ? C’est rien que de la jalousie parce que la Suisse a résisté à l'envahisseur venu de Germanie. T'imagines pas à quel point Sardou a fait rigoler les Suisses avec ses Ricains à la noix... D'accord que la grosse majorité des Suisses parlent le schleu, mais c'est d'origine, le petit moustachu n'y est pour rien du tout !

T’as pas un colonel suisse qui te dira que c’est pas à cause de leurs bras noueux qu’Hitler n’a pas osé, pas un, alors c’est bien la preuve…

Michel Bühler et Sarcloret font revivre le duo d’origine, le fou-rire en plus…



Les bonnes (date inconnue et enregistrements inexistants sur la toile)

Un petit côté social et sarcastique aussi, ce vaudois débonnaire n’était pas moins provocateur… Mais si finement que la bourgeoisie ne lui en n’a jamais vraiment voulu. Était-elle seulement consciente de l’ironie de Gilles pour elle ?


Les bonnes
On n’en voit plus, c’est une espèce
Qui disparaît très rapidement
Même les Bretonnes, même les négresses
Certainement chère Madame Durand
Ces filles on les a toutes pourries
C’est elles maintenant qui font la loi
Pensez, la nôtre était nourrie
Et logée plus trente francs par mois
Aussi il n’ faut pas qu’on s’étonne
On a tout fait pour les gâter
On était trop bon pour les bonnes
Vraiment, c’est à vous dégoûter
Moi qui suis faite pour être patronne
Et déployer d’ l’autorité
Hé bien quand j’ sonne
Il n’ vient personne
Il n’y a plus d’ bonnes
Quelle société !!

Pensez, chez moi j’en ai eu seize
J’ leur faisais un petit nid douillet
Un lit, une table, une lampe, deux chaises
Ça donnait sur les cabinets
Évidemment ça manquait d’ vue
On n’y voyait jamais l’ soleil
Mais la nuit c’est chose superflue
Surtout avec un bon sommeil
Et quand le réveil carillonne
Au point du jour, joyeusement
Sachant que le soleil rayonne
Dedans dans tout l’appartement
On se lave et l’on se savonne
Avec plus d’ zèle, évidemment
Le soleil luit, le gaz ronronne
Mais y’a plus d’ bonnes
Sombre moment !!

Leur travail, laissez-moi rire
Vider les pots, ranger les lits
Faire la vaisselle, frotter et cuire
Passer les cuivres au trifoli
Trois fois par jour servir à table
Faire chaque matin une pièce à fond
Les courses, un travail agréable
Repasser le linge de maison
Trois fois rien, avec ça gloutonnes
Même qu’on s’ privait souvent ma foi
Pour qu’il reste du gigot breton
Ou la carcasse d’un poulet froid
Avec ça, on était trop bonne
Un jour de liberté par mois
Pour s’en aller faire les luronnes !
Ben, y’a plus d’ bonnes
Pourquoi, pourquoi ?

On les menait en promenade
Le dimanche ; on en prenait soin
Allant si elles tombaient malades
Jusqu’à quérir le médecin
Mais quand la moustache en bataille
Nos maris les serraient d’ trop près
Alors on surveillait leur taille
Ça n’ ratait pas, quelqu’s mois après
On renvoyait la jeune personne
En la tançant sévèrement
C’était notre devoir de patronne
Nos maris n’ pouvaient décemment
Être les pères des enfants d’ nos bonnes
C’est tout d’ même un vrai soulagement
D’ ne plus voir ces ventres qui ballonnent
Comme y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’enfant !

Ça devait finir dans la débauche
Selon la loi du moindre effort
Tout ça c’est la faute à la gauche
Aux soviets, à Blum et consorts
J’en ai reçu une cet automne
Qui m’a dit d’un air insolent
Bonne à tout faire, moi j’ suis pas bonne
Elle est partie en m’engueulant
La morale, je vous l’abandonne
La base du régime bourgeois
Son piédestal, c’était la bonne
Sans elle, tout s’effondre à la fois
L’office, le salon, la couronne
L’ordre, l’autorité, la loi
Y’a plus de Bon Dieu,
Y’a plus personne
Quand y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’ bourgeois !



Les Vaudois

Le Vaudois est à l’image de la Venoge :

« Tranquille et pas bien décidé.
Il tient le juste milieu, il dit :
«Qui ne peut ne peut !»
Mais il n’en fait qu’à son idée… »

L'autodérision est l’art de se foutre gentiment de soi pour éviter de devoir casser la gueule à ceux qui le feraient sans saveur. Cyrano ne me donnera pas tort…

Dans cet art, Gilles était un maître.

Variétés - 31.12.1962 - Réalisateur: Paul Siegriest - 03'45''
Ce document a été sauvegardé grâce au soutien de Memoriav




Il a écrit tant de perles dans sa vie que le choix était difficile. En fait, c’est la disponibilité des archives qui en a décidé ainsi. Il a célébré le Front populaire, chanté le 14 juillet, les noms de chez-nous, les chorales, les Suisses allemands, les Tessinois, l’exotisme vaudois en se mettant à la place d’une senhora brésilienne amoureuse d’un paysan vaudois, etc.

Toutes les choses sérieuses n’étaient que dérision et les choses « dérisoires » avaient toute sa tendresse.

Comme blogbo ne rime pas avec buveurs d’eau, je vous… je nous offre une tournée générale avec la Gonflée et la complicité de Bühler et Sarcloret…

Santé et conservation !

Notes

[1] Suisses allemands

samedi 18 janvier 2014

Andiamo"Elle" va mieux !

Un billet fin et délicat, un mets de choix comme seul Blogbo en a le secret ... à déguster à la petite cuiller (ouais moi j'écris cuiller à l'ancienne NA)

.

(ch'tiot crobard Andiamo)

dimanche 12 janvier 2014

AndiamoLa vie passionnée et passionnante de Jésus

Nous sommes toujours au théatre Amar Higni.
Les décors de Roger Hardt et les djellabas sont signées Donald Cardwell.

Un squate pauvrement meublé dans la banlieue de Nazareth.
Le Père se prénomme Joseph et la mère Marie.
Le fils Jésus est au chomdu, pour subsister et rapporter quelques sesterces à la cambuse, il accomplit des miracles.


- Jésus !... Jésus !... JE-SUS ! Nom de Dieu !

- Oui M'man, qu'est-ce que tu veux ?

- C'est quoi ce doigt qui traîne par terre ?

- T'inquiètes, c'est le doigt de Samir le lépreux, je lui ai serré la pogne tout à l'heure, et y'a un doigt qui a dû se faire les adjas, il sera tombé dans ma glaude et en sortant mon tire-mœlle, il est tombé... Voilà !

- Pourquoi tu serres la main d'un lépreux ?

- Pour le guérir, M'man ! Il m'a dit : "rends-moi pur", je l'ai touché et hop ! guéri le vilain qui partait en sucette, ma Môman toujours vierge.

- Toi, t'es bien un Juif, mon fils ! A ton âge, croire encore que ta mère est vierge... Enfin !

- Tiens, pendant que tu es là, qu'est-ce que tu es allé foutre chez Pierrot hier ?

- Sa belle-doche était malade, elle avait chopé le "gobu" !

- Le gobu ?

- Ben oui, c'est une dent qui pousse au cul !

- Rhôôô, tout d'même !

- Qu'est-ce que tu lui as fait ?

- Je lui juste rapporté une brosse et du dentifrice, afin qu'elle ne chope pas une carie !

- Tu es revenu de Galilée la semaine dernière, Jésus ? (grosse voix de Joseph qui apparaît côté jardin)

- Oui P'pa, pourquoi ?

- C'est ça, fait ENCORE le malin ! Et faire le malin quand on est le fils de Dieu, hein ?

- Et raconte-moi, tu as fait quoi à ce pauvre Kader ?

- Ben... Il voyait clair comme un tas d'sable, alors je lui ai rendu la vue !

- Alors tu vas à Bethsaïde en Galilée, tu rencontres ce pauvre Kader, tu glaviotes sur ses gobilles en capote de fiacre, et hop ! il recouvre la vue !

- C'est plutôt chouette, mon Papa, non ?

- Comment ça, c'est chouette ? Il divorce maintenant !

- Ben j'vois pas (si j'ose dire !), pourquoi ?

- Comment ? T'as vu la tronche de sa romblère Yasminah ? Elle est écarlate à force de taper dans le pinard ! Elle lui avait fait croire qu'elle avait un teint de rose .. Remarque, y'a des roses rouges, enfin bref, elle l'avait épousé biscotte il est pété de sesterces, et maintenant qu'il a vu sa tronche, il la jette comme un vieux Papi Russe .. Pardon "papyrus". Et tu lui as pris combien à ce vieux grigou pour lui décapsuler les calots ?

- Deux cents sesterces !

- Ah tout de même !... Bon, si tu croises un autre atigé des châsses, tu peux œuvrer mon fils ! Après tout, tu vas pas "miraculer" à l'œil ... Si j'ose dire !

lundi 6 janvier 2014

celestineLa vie n'est qu'un jeu

Avis à la population ! Ce billet est interdit aux pisse-froid, aux troglodytes et aux bachibouzouks mâles ou femelles qui se prennent au sérieux, étranglés par des cravates grand teint et des idées reçues, ou serrées dans des tailleurs stricts et des principes à la con. (Vous connaissez la règle du zeugme ?)

Avant de lire ce billet, trois épreuves préliminaires vous seront imposées, dont la réussite dépendra de votre faculté à faire jaillir de vous l'enfant que vous étiez. Du moins je l’espère.

Tout d'abord, il vous faudra être capable d'attraper une corde et de sauter à cloche-pied en comptant jusqu'à cent. C'est l'épreuve numéro un. Certains auront sans doute besoin de se donner une contenance en se disant que les boxeurs le font bien, eux, et que personne ne les trouve ridicule. (En même temps, qui s'amuserait à dire à un boxeur qu'il est ridicule ? Mais bref, passons)

Puis vous devrez prouver que vous savez toujours faire une bulle avec un malabar, une bulle énorme, bien tendue, à la limite de l'éclatement. D'ailleurs, si vous vous la faites exploser dans la tronche et que vous vous retrouvez plein de filaments de gomme collante du nez au menton, vous marquerez un point supplémentaire.

Enfin, vous attraperez le susdit menton de votre partenaire le (ou la) plus proche, le tiendrez solidement par la barbichette et le premier de vous deux qui rira aura une tapette. On ne rit pas !

Bien, ceci étant posé, et les trois épreuves réussies devant un jury impartial composé exclusivement de moi-même, vous pouvez démarrer la lecture de ma démonstration imparable.

Oui, la vie n'est qu'un jeu, je ne le suppute pas, je l'affirme.

Dès notre arrivée dans cette « vallée de larmes » (si c’est pas fait pour plomber l'ambiance, cette expression…)  une sage-femme nous fait faire le cochon pendu. Tout de suite après, nous faisons connaissance avec nos premiers ballons, énormes, doux, et ronds, et gorgés d'amour nourricier... de quoi vouer au basket une passion sans borne et garder une nostalgie secrète pour ces girondes capsules.

Ensuite ? C’est l'enfance : la dînette, le docteur, ou les gendarmes et les voleurs, puis, lassés du solitaire on découvre, émerveillés, les dames et la pelote, mais aussi  les échecs.

Puis certains jouent beaucoup à cache-cache, surtout avec leur contrôleur fiscal. D'autres se font un Monopoly géant, misent tout sur un coup de dés et considèrent qu'ils ont réussi leur vie uniquement s'ils sont parvenus à s'acheter la rue de la Paix et ses boutiques de Rolex.

Certains restent des pions toute leur vie. Mais chacun espère  la douceur d'une rencontre et quand cela arrive enfin, on s'invente alors toutes sortes de divertissements avec sa moitié pour passer le temps. Qu'il est bon de jouer à chat perché, au barbu, à saute-mouton, ou au cochon qui rit avec une personne du sexe qu'on n'a pas... mais gare au morpion !

Quand la carte chance est bien en vue sur le plateau de jeu, tout va bien.

Mais soudain Jacques a dit : stop ! Coup de poker, mauvaise pioche, on se retrouve l’Écarté... on devient le Black Jack, le Pouilleux, à mille bornes du bonheur perdu. Notre moral joue à l'élastique, il nous faut rebondir, choisir le bon petit cheval, se remettre en selle... éviter de tomber dans le puits, ou d'aller en prison, revenir à la case départ, sans toucher vingt mille francs... le jeu de l'oie est dur mais c'est là l'oie !

Heureusement, après la pluie qui joue des claquettes sur l'écran noir de nos nuits blanches, hop, un deux trois soleil ! Belote !

Nous revoilà derechef à choisir, à coup de " pierre feuille ciseau", à grimper les échelles en évitant les serpents... que de pièges ! A tout hasard, on consulte les tarots pour juger de notre fortune. Mais on tente surtout d'éviter d'être le maillon faible.

Plus  on avance, plus sur le plateau, les pions s'affolent : rebelote ! Plus rien ne nous arrête. On vise le ciel de la marelle, le mille de la cible, la lucarne de la cage... plus haut, plus fort, plus loin, comme le veut la devise des J.O.

C’est la dernière bataille, perdue d’avance. A la vie, à la mort, à qui perd gagne, les annonces sont claires. Peu importe, la vie est un jeu, une roulette russe, un mah-jong, un perpétuel jeu de rôles...

Alors, vous voyez bien que rien n'est sérieux sur ce minuscule caillou où nous sommes, perdu dans l’univers glacé...

Et dix de der ! Un jour…    TILT !     Game over... Oui la vie est un jeu, captivant mais cruel, alors, allez-y, profitez-en, bande de cercopithèques à poils ras.

Pfffff...Si vous croyez que j'ai hâte d'y être...Quand j'y pense, qu’est-ce qu’il nous reste pour passer l’éternité ?  Juste un jeu d’osselets…

Je dis ça, je dis rien, comme dit le poète.

mardi 31 décembre 2013

AndiamoNos vœux

Ben voui ! Traditionnellement, on vient bisouter les Demoiselles et serrer la paluche des mecs (y'en a des qui font le contraire, pas moi) !

Un peu sec pour les textes, j' ai commis deux ch'tiot crobards, un pour les Demoiselles, l'autre pour les Messieurs, enfin chacun choisira !

Galanterie oblige : pour vous Mesdemoiselles d'abord ! Un petit Corto et comme disait un Manouche : "si tu n'en veux pas, j'le r'mets dans ma roulotte".



Pas chiens les Blogbos, nous avons aussi pensé aux mecs !


BONNE ANNÉE À TOUS ET BONNE BOURRE !

Je reviens,nan mais z'avez vu le commentaire du BOSS Tant-Bourrin ? Tiens un copié-collé :

T'aurais pu ajouter un crobard de Rintintin pour les zoophiles !... Enfin, bon, j'dis ça, j'dis rien... :~)

Voilà ! Un mec qui PARAÎT bien, propre sur lui et tout... Et un penchant pervers ! Il voulait Rintintin, il ne me restait qu'un Rantanplan, ben... On f'ra avec hein ?

(ch'tiots crobards Andiamo pour Blogbo)

lundi 23 décembre 2013

AndiamoLa vieille.

Voilà un texte que j'avais commis en juillet 2008, ça ne nous rajeunit pas ma bonne Dame ! Beaucoup d'entre vous étaient trop petits et ne savaient pas encore lire...

Etant donné que mes acolytes roupillent toujours, j'ai exhumé ce texte et je vous le présente à nouveau aujourd'hui :

.

LA VIEILLE

Octobre 1956, une journée grise, le crachin mouille les vitres du bistrot de Plogoff "chez Fanche". Assis à une table, Le Gwen et Kerjean finissent leur bolée de cidre.

-Bon, j'y vais, ne les faisons pas attendre ! Le Gwen se lève, serre la main de son beau-frère, relève le col de son ciré puis sort. Une deux-chevaux l'attend, bâche défraîchie, rouillée. Elle hoquète un peu. Au volant, un type, casquette de marin sur sa tignasse noire. Ils roulent en direction de la pointe du Raz.

-Ca ira ?

-Faut bien !

-T'as l'pot, l'vent s'est calmé, l'accostage sera plus facile.

-Ouais !

Aujourd'hui c'est la "Velléda", la vedette qui l'emmènera au phare de la Vieille.

La Vieille, les employés des phares et balises l'appellent "l'enfer". Dans la mer d'Iroise, face à la baie des trépassés, le rocher de Gorlebella (la roche la plus éloignée en Breton), haute de ses 27 mètres, la tour carrée surveille le passage du Raz de Sein. Un dicton local dit : "Nul n'a jamais passé le Raz qu'il n'encourut crainte ou trépas" !

Et puis un autre, tout aussi encourageant : "Il ne vient jamais, en douze mois, moins de cadavres qu'il y a de dimanches dans l'année" !

Le Gwen monte à bord, va saluer le capitaine Le Bihan. Le phare n'est pas bien loin, on le voit depuis la côte. A quelques miles, on aperçoit Ar Men, puis celui de l'île de Sein. Aujourd'hui, la mer est plutôt calme, un répit en cette saison, "ça ne va pas durer" pense Le Gwen.

La vedette stoppe à quelques mètres du rocher déchiqueté, puis Coatmeur, l'équipier que Le Gwen va remplacer, lance le filin, le "cartahu" comme on l'appelle ici. Alors la manoeuvre peut commencer : le remplaçant s'amarre à l'aide d'un harnais, puis il est hissé jusqu'à la plate-forme, ensuite ce sera le tour du "remplacé" d'être descendu à bord de la vedette. Ainsi, en cas de pépin, on est assuré qu'il y aura au moins deux hommes, en garde du phare.

Vient enfin le tour du "baluchon", c'est à dire la nourriture pour les jours à venir. La relève se fait tous les six jours (quand la météo le permet), on remplace un équipier sur deux, ce qui fait que chaque homme passe au minimum douze jours dans le phare.

Celui qui est resté, c'est Kerrien, un grand rouquin, il rit tout le temps pour rien, c'est un peu agaçant parfois, mais Le Gwen l'apprécie tout de même : ce grand costaud n'est pas froussard, ni fainéant. Isolés comme ils le sont, ce sont des qualités indispensables.

Pour leur tenir compagnie, un "transistor". Ces petites radios en sont à leur début, alimentées grâce à deux piles de 4,5 volts. Surtout ne pas oublier d'en rapporter, lors de la relève !

En ce moment, il n'est question que de la crise de Suez, Nasser va-t-il oser tenir tête aux Anglais et aux Français ? Plus de 150 navires de guerre sont engagés ! Anthony Eden, et Guy Mollet, vont-ils perdre la face ? La France, empétrée dans la guerre d'Algérie, y voit déjà une façon d'affirmer son autorité.

Le Gwen a apporté du courrier, Kerrien rit à l'avance en ouvrant la lettre écrite par sa femme. "Tout va bien", dit-il après avoir lu chaque phrase. Puis, ayant terminé sa lecture, il replie soigneusement le papier, le glisse dans l'enveloppe.

-J'crois bien que j'vais être papa !

-Ben merde, ça t'en fera quatre !

-Non cinq, t'oublies les jumeaux, et il éclate de rire !

-T'as un sacré coup d'fusil tout de même !

Le Gwen est parti se coucher, Kerrien assure le premier quart, le vent s'est levé. En cette saison, rien d'étonnant, les tempêtes de la mer d'Iroise se déchaînent, des vagues dont les embruns passent parfois par dessus le phare, des coups de boutoir, qui font trembler les assises de la respectable vieille Dame.

Minuit, la mer est déchaînée, les vagues heurtent violemment le rocher. Tout à l'heure, si le vent forcit, des paquets de mer passeront par-dessus la bâtisse.

Kerrien secoue son équipier :

-Hé ! La belle au bois dormant, c'est ton tour ! Toujours la même phrase. Depuis le temps, elle ne fait plus rire que lui.

Le Gwen se lève, se frotte les yeux, se dirige vers la cuisine, après avoir fermé la porte. "J'vais m'faire un p'tit kawa", songe-t-il.

"Dans le poste", il n'est question que de Nasser. "Font chier !" dit-il à haute voix. D'un geste rageur, il coupe le sifflet du journaliste !

Attablé, les deux coudes sur la table, Le Gwen déguste son jus, soudain il perçoit un grand fracas, pas le bruit de la mer se brisant contre le granit, non, autre chose. Il pose sa tasse, enfile un ciré, puis descend la volée de marches conduisant à la porte d'entrée, il sort.

Le vent violent lui coupe un instant la respiration, il inspecte les alentours, promenant le pinceau lumineux de la lampe torche. Soudain, il aperçoit les restes d'un canot, échoué sur le rocher, avec d'infinies précautions, il s'approche, dans ce qui reste de l'embarcation, une forme allongée, une femme, évanouie, l'homme se baisse, délicatement la soulève, puis retourne vers la porte, assurant chacun de ses pas.

Le Gwen est costaud, la femme menue, c'est sans peine qu'il parvient à leur logement, avec douceur, il la dépose sur la table, puis va secouer son compagnon :

-Oh, Kerrien, lève-toi !

-Quoi ? Déjà ?

-Grouille-toi, suis-moi !

Dans la cuisine, incrédule, le rouquin se frotte les yeux.

-C'est quoi ça ?

-Ca ? C'est une femme, ça s'voit pas ?

-Allez, aide-moi, on va la coucher...

-Faudrait p'têt' lui mettre des vêtements secs ?

-Ben oui, répond Le Gwen gêné.

En détournant les yeux au maximum, Le Gwen retire les vêtements mouillés de la jeune femme, elle respire faiblement, son corps est glacé, il faut la réchauffer !

A l'aide d'une serviette, tour à tour, ils lui frottent vigoureusement le corps, puis après lui avoir passé un pyjama, ils la couchent délicatement, rajoutent deux couvertures, s'éloignent sur la pointe des pieds. Toutes les heures, il faut contrôler le brûleur à vapeur de pétrole de type "Alladin", la puissante lentille de Fresnel, permet une portée de 18 miles ! Par des nuits comme celle-çi, il vaut mieux que tout fonctionne "au p'tit poil" !

Le Gwen a laissé son compagnon se rendormir, il est trop énervé, le sommeil ne serait pas venu, il en est certain, alors...

De temps en temps, il entre dans la chambre dans laquelle dort la jeune femme, sa respiration est calme, puis, posant la main sur sa joue, il sent une douce chaleur. "Tout va bien", murmure-t-il.

Au petit matin, Kerrien déboule dans la cuisine.

-Tu m'as laissé roupiller, fallait pas !

-Tiens, j'ai fait du café, sers-toi.

La tasse à la main, Kerrien jette un coup d'oeil au dehors, la double fenêtre les protège des montagnes d'écume montant à l'assaut de "la Vieille"

-Sac'h kaoc'h, ça ne s'arrange pas, m'étonnerait qu'la relève puisse venir dans cinq jours, c'te saloperie d'temps va bien durer deux s'maines, GAST ! GAST !

-Bon, calme-toi, ça sert à rien.

La phrase à peine terminée, la porte de la chambre s'ouvre, la jeune femme est là, hésitante : "Bon... Bonjour", leur dit-elle d'une toute petite voix.

-Entrez, entrez, Madame, répond Le Gwen en se levant précipitamment, il se dirige vers elle, lui prend gentiment l'avant-bras et l'aide à s'installer.

Le pyjama trop grand flotte un peu, ses cheveux noirs lui couvrent le visage. D'un revers de la main, elle rejette les mêches rebelles, dévoilant ses grands yeux bleus.

-Tenez, un grand bol de café, ça va finir de vous réchauffer.

-Merci, je m'appelle Françoise, c'est tout ce dont je me souviens.

-Moi, c'est Le Gwen, Armel Le Gwen.

-Et moi, c'est Maryvon, déclare Kerrien, pur Breton, tête de cochon, et il se marre, la jeune femme aussi. C'est de bon appétit qu'elle termine la deuxième tranche de gros pain de campagne, tartinée au beurre salé.

Le Gwen lui a expliqué où elle était, son sauvetage, il a un peu rougi quand il a fallu expliquer le pyjama, en remplacement des vêtements mouillés, elle a souri...

Ils l'ont affublée d'un pantalon en velours côtelé bien défraîchi, un pull marin kaki. Elle a dû retrousser les manches du pull ainsi que les jambes du pantalon, pour les mettre à sa taille.

En la voyant ainsi, Kerrien l'appelle "spontailh". A nouveau, il se marre, Françoise lui demande :

-C'est quoi pontaille ?

-Mais non, spontailh, ça signifie...

-"Epouvantail !", répond Le Gwen. Ah ! T'es malin toi !

-Mais si, je trouve cela très drôle, et voilà la jeune femme prise d'un fou rire, qui lui arrache des larmes. En écho, Kerrien se tient les côtes.

Ils ne lui posent pas de questions, l'isolement fait que chacun se confie un peu, ainsi Françoise apprend que Armel est veuf, et que son beau-frère, viendra bientôt prendre la relève de Kerrien, si toutefois la météo le permet.

Quant à Maryvon, il lui montre la lettre de son épouse, après avoir insisté afin qu'elle la lise, ainsi apprend-elle qu'il va être à nouveau papa !

-Bravo, jolie famille ! Le cinquième, dites-vous ? Son regard s'assombrit, moi je ne sais même pas si je suis mariée, si j'ai des enfants, rien, je ne sais plus rien...

Les jours suivants, Kerrien lui montre le brûleur, la façon de l'entretenir, bien faire attention au gicleur, nettoyer le filtre, bien laver la lentille de Fresnel, si elle est couverte de suie explique-t-il, elle renverra moins bien la lumière.

Françoise écoute, lui sourit. Alors il lui raconte des histoires, la fait rire, elle ne le quitte pratiquement pas, préférant sa compagnie à celle de Le Gwen, le taciturne, le timide. Parfois, il observe la jeune femme à la dérobée. A peine les yeux de cette dernière croisent-ils les siens qu'il détourne la tête.

La tempête fait toujours rage, il semble même que le vent ait encore forci, des montagnes de mer submergent le vieux phare, la Vieille résiste... L'enfer, c'est véritablement L'ENFER. Il faut crier pour se faire entendre, tant le fracas des vagues couvre tout.

Dans la tête et dans le cœur de Le Gwen, c'est aussi la tempête. Il ne veut pas se l'avouer, mais il est tombé amoureux de "sa" naufragée, tous ces regards, ces frôlements, cette promiscuité, ce huis-clos...

Et ce gros abruti de Kerrien qui lui fait des ronds de jambe, et elle, si délicate, qui ne cesse de glousser à chacune de ses blagues vaseuses ! Et puis, cette putain de tempête... Quand va-t-elle cesser ?

Huitième soir, Kerrien a prit le premier quart, lui et Françoise sont restés attablés, ils jouent aux dominos, et se marrent comme deux mômes.

Le Gwen ne trouve pas le sommeil, les hurlements de la tempête, le fracas des vagues, les coups de boutoir titanesques, de l'océan déchaîné, l'enfer... Françoise qui tourne dans sa tête... Il se lève, entre brusquement dans la cuisine, Françoise est dans les bras de Maryvon, ils s'embrassent.

Armel voit rouge, il sépare brutalement les amoureux :

-Dégueulasse, lâche-t-il, et Maelann, hein ? Tu as pensé à Maelann ? Et tes mômes ? Cinq gosses bientôt, qu'est-ce-que tu vas en faire ?

-Ça t'regarde pas, gronde Kerrien, c'est pas tes oignons, j'fais c'que j'veux, tu peux tout raconter en rentrant à terre, j'en ai rien à foutre !

Le poing de Le Gwen est parti. Malgré sa forte corpulence, Kerrien a basculé en arrière, il perd l'équilibre, chute lourdement, sa tête heurte le coin du bahut, dans lequel les hommes rangent la vaisselle, et les provisions, il reste là, allongé, inerte, un filet de sang coule de sa tempe...

Françoise se penche:

-Maryvon ! Maryvon !

Les bras ballants, Le Gwen regarde la scène, il ne comprend pas, lui si calme d'ordinaire, qu'est-ce-qu'il lui a pris ?

Au douzième jour, le calme est à peu près revenu, la Velléda a pu enfin prendre la mer. A son bord, le capitaine Le Bihan, un mousse, et Kerjean, le beau-frère de Le Gwen, il remplacera Kerrien.

Le ciel est dégagé, la mer encore houleuse, mais plus rien à voir avec le sale temps des jours derniers, la vedette approche du Gorlebella, l'œil perçant de Kerjean, distingue une forme se balançant le long du mur de granit de "la Vieille". Au fur et à mesure que la vedette avance, l'angoisse s'installe.

Quand la Velléda n'est plus qu'à une encablure de la vénérable gardienne, le doute n'est plus permis, c'est bien un corps, qui se balance au bout d'une corde !

Il faudra plusieurs heures aux hommes de la vedette, avant de pouvoir accoster, quand ils pénètreront dans le phare, ils trouveront une jeune femme inconnue, hébétée, couchée en travers du corps de Kerrien. Tout ce qu'ils purent savoir de cette femme tenait en deux mots : Maryvon, Françoise.

Le phare de "LA VIEILLE" ,Finistère (ch'tiot crobard Andiamo)

jeudi 19 décembre 2013

AndiamoLa cigogne


Généralement, ce sont les cigognes qui apportent les bébés... Généralement, car pour certains la cigogne s'appelle Airbus ou Boeing...

Ils sont là depuis le matin. Oh ! Ils sont arrivés bien avant l'heure, ils tournent en rond dans le hall des arrivées de Roissy, de Orly ou d'ailleurs.

Sans arrêt, ils lèvent la tête vers l'horloge, la grosse horloge, celle de l'immense hall, puis tout de suite ils consultent leur montre, des fois que...

Ils sont là depuis matines, bien avant l'heure, oui bien avant.. Ils serrent contre eux leur petit dossier, quelques feuilles de papier léger comme une feuille à cigarettes, couvertes de signes bizarres, impossibles à déchiffrer, et en dessous, juste en dessous, une traduction dans un anglais ou plutôt un américain approximatif.

Et puis, dans ce petit et mince dossier, quelques photos en noir et blanc, ça n'est pas le noir et blanc des studios Harcourt ! Loin s'en faut ! Petit bonhomme ou petite bonne femme au visage triste, avec sur la poitrine, une affichette épinglée, portant une lettre, le "K" puisqu'il ou elle vient de Corée, suivi d'un numéro...

Il ou elle porte un nom bien étrange, tous ou presque s'appellent KIM, comme Martin chez nous, suivi du prénom de leur génération et enfin leur prénom propre.

Tous ces gens se regardent, puis osent un sourire, enfin ils se parlent. Vingt mois ou plus qu'ils attendent cigogne Boeing ou cigogne Airbus, vingt mois d'un parcours du combattant et enfin ça y est : "il" ou "elle" va arriver !

Ils ont sorti les photos, ils se montrent leur enfant. Il ou elle est déjà grand, pensez, ce sont ceux là qui ont le plus besoin, 3, 4, 5 ans ou plus, qu'importe ! Pour tous ces gens c'est le premier jour, celui qui les marquera à tout jamais.

Les hauts-parleurs crachotent : "le vol XYZ en provenance de Séoul est annoncé avec du retard à cause du brouillard, l'avion a dû faire une escale à Bruxelles et reprendra son vol dès que l'atterrissage sera de nouveau possible à Roissy Charles de Gaulle"

"Fly XYZ..." L'un des hommes présent propose à un autre d'aller à Bruxelles afin de ramener les enfants...

- N'y pensez même pas, lui dit ce dernier, on ne vous la donnera pas votre fillette ! Et comment passerez-vous la frontière avec un enfant sans papiers ?

Raisonnable, et de sang-froid, le Monsieur !

Enfin la grosse cigogne s'est posée. Non, pas comme l'albatros dans "Bernard et Bianca" ! Encore une attente, puis ils les voient enfin sur la passerelle, petites bonnes femmes, petits bonhommes dans des habits un peu longs ou un peu courts.

Enfin on leur présente leur enfant, petit être apeuré, on l'embrasse. Ô cette odeur d'épices, dont ils mettront des mois à se défaire, la nourriture sans aucun doute.

Chacun remet le cadeau de bienvenue, ils sont un peu hébétés, la fatigue du long voyage, cette langue inconnue et savez-vous ce qui les frappe le plus ces petits Asiatiques ?

Non, non, pas nos yeux ! Non, non, nos tarbouifs ! Mais oui, eux ont un tout petit nez et nous Européens sommes plutôt gâtés de ce côté !

Et puis viendra le long apprentissage, apprendre à se connaître, à s'aimer, mais surtout ne pas oublier que l'on ne donne pas un enfant à une famille, mais une famille à un enfant.

(ch'tiot crobard Andiamo)

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