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lundi 18 janvier 2010

Saoul-FifreLes vieux papillons

Je n'ai pas eu d'Alphonse Bonnafé parmi mes profs. Bonnafé, prof de Français de Brassens au Lycée Paul Valéry de Sète, le poussa, l'encouragea à écrire, à monter à Paris. Il lui conseilla la rigueur - il fut écouté ! - et l'étude des poètes.

Mes rapports avec mes profs de français ou de philo furent neutres. Mes notes étaient correctes mais je ne supportais pas que l'on cherche ainsi des poux dans la tête des grands auteurs, qu'on leur décortique le processus de création au risque d'en déflorer la magie.

Je tenais à conserver ma relation d'admiration pure, pétrie du plaisir de la lecture, de la découverte ébahie des grands poètes, être en contact direct avec leur génie, sans passer par l'analyse académique.

Les auteurs qu'on me forçait d'apprendre, je les regardais avec suspicion. J'ai ainsi repoussé de plusieurs années ma découverte de Boris Vian car "il était au programme". Une fois dépassé ce blocage, je me suis avalé goulument et avec délectation son intégrale.

J'ai fait par contre de nombreuses découvertes grâce à Brassens. René Fallet, bien sûr, dont j'ai tout lu, jusqu'à la dernière note de bas de page. Et puis tous les poètes que Brassens a mis en musique, manière de nous dire : "Vous dites que mes petites chansons vous plaisent, mais écoutez-moi ça si c'est pas du lourd ?".

Et en vrai modeste, pour que l'hommage rendu soit imparable, il réservait ses plus belles mélodies à ses "invités". Ses mises en musiques de poèmes font partie des chansons de lui que je préfère : les petits bijoux de Paul Fort (La marine , Comme hier, Le petit cheval , Si le bon dieu l'avait voulu...), Victor Hugo (La légende de la nonne...), Lamartine (Pensée des morts), Villon (La ballade des dames du temps jadis), Antoine Pol et son sidérant Les passantes (j'ai mis la belle version de Cabrel, comme le pauvre Francis a été étrillé ici même pour son malencontreux "gare au gorille, gare"), si sensible, si prenant, et puis ... et puis ...

... Jean Richepin, avec ses "Philistins" qui m'ont fait jubiler, et, vers la fin, un peu comme une guigne sur un Forêt Noire, je crois que c'est dans le 12ième album, son incomparable Oiseaux de passage, plaidoyer enthousiaste pour l'anarchisme contre la bourgeoisie, pour la liberté contre la servitude, métaphore revigorante des sauvages planant au dessus des contingences quotidiennes et banales dans lesquelles se vautrent les "domestiques".

Appâté par un si bel extrait, j'ai acheté sa "Chanson des gueux", à Richepin, un chouette recueil qui nous chante les gueux de Paris itou les gueux des champs.

Et j'ai la faiblesse, moi nul en musique, de vouloir imiter le Maître et si un texte me plait, d'y plaquer dessus une poignée de notes de musique. Il faut absolument que je me corrige. Cette histoire de "vieux" papillons m'a fait sourire car leur vie est bien brève, seulement quelques heures, c'est pas bien de se moquer des papillons.

Allez, une chanson de plus pour la Calunette, de la part de son inconséquent parrain.

Poème de Jean Richepin

Musique de Saoulfifre

Un mois s'ensauve, un autre arrive.
Le temps court comme un lévrier.
Déjà le roux genévrier
A grisé la première grive.
Bon soleil, laissez-vous prier,
Faites l'aumône !
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l'aumône
A deux pauvres vieux papillons.

La poudre d'or qui nous décore
N'a pas perdu toutes couleurs,
Et malgré l'averse et ses pleurs
Nous aimerions à faire encore
Un petit tour parmi les fleurs.
Faites l'aumône !
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l'aumône
A deux pauvres vieux papillons.

Qu'un bout de soleil aiguillonne
Et chauffe notre corps tremblant,
On verra le papillon blanc
Baiser sa blanche papillonne,
Papillonner papillolant.
Faites l'aumône !
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l'aumône
A deux pauvres vieux papillons.

Mais, hélas ! les vents ironiques
Emportent notre aile en lambeaux.
Ah ! du moins, loin des escarbots,
Ô violettes véroniques,
Servez à nos coeurs de tombeaux.
Faites l'aumône !
Gardez-nous des vers, des grillons.
Faites l'aumône
A deux pauvres vieux papillons.

vendredi 15 janvier 2010

Tant-BourrinLa vaste plaisanterie de la vie

S’il est un qualificatif qui avait toujours fait peu d’usage à Bruno Tritan, c’était bien celui de « sérieux ». La vie n’était en effet à ses yeux qu’une vaste plaisanterie dont il fallait s’empresser de rire, faute de mieux.

Aussi, depuis sa prime enfance, avait-il développé un goût – et un talent – pour les blagues de toutes sortes et nul doute que le chiffre d’affaires du marchand de farces et attrapes de son quartier eut été divisé par deux sans lui.

Il dépassa toutefois bien vite le stade des dragées au poivre, coussins péteurs et autres verres baveurs pour laisser sa créativité donner sa pleine mesure. Et il n’en manquait pas, le bougre ! Ses anciens camarades de classe, plus de quarante ans après, se souvenaient encore avec émotion de ses meilleurs exploits, comme la fois où il avait réussi, à la faveur d’une récréation, à uriner dans la bouteille d’encre violette qu’avait préparé l’instituteur et qui emplirait, un peu plus tard, tous les encriers de la classe. Inutile de préciser que les devoirs ce jour-là dégagèrent un fumet bien particulier et que cela valut à Bruno, après qu’il eût été démasqué, une punition bien sentie.

D’aucuns considéraient plutôt que son acmé farceuse avait été atteinte le jour où, après que le maître eût invité la veille les élèves a emmener en classe quelques champignons trouvés dans les bois alentours pour une leçon de choses, Bruno Tritan avait fièrement sorti de son cartable un satyre puant, dont l’odeur avait aussitôt commencé à chatouiller douloureusement les narines présentes. Et quand le maître avait demandé à Bruno d’aller balancer dehors cette « saloperie-et-plus-vite-que-ça-nom-de-Dieu ! », celui-ci avait laissé le champignon échapper de ses mains et avait marché dessus par mégarde. Ou, du moins, c’est ce qu’il prétendit, car ses camarades de classe avaient bien noté le sourire en coin qui illuminait sa face ce faisant. Du coup, cela avait valu une récréation impromptue à tout le monde, le temps de nettoyer le sol et de laisser l’odeur pestilentielle se dissiper un peu.

Mais ses mauvais coups étaient aussi souvent le fruit d’une soudaine impulsion, comme la fois où, alors que le maître venait de passer près de lui entre les deux rangées de bureaux, il avait trempé son porte-plume dans l’encrier et avait fouetté l’air avec. Une salve de gouttes d’encre violette en avait jailli et était allé mitrailler, dans le dos, la blouse grise de l’instituteur qui ne s’était aperçu de rien. Inutile de dire que le délire fut complet ce jour-là et que ses camarades de classe firent un triomphe à Bruno lors de la récréation (triomphe qui prit fin le lendemain quand le maître, qui avait entre temps découvert les dégâts sur sa blouse, punit collectivement tout le monde).

Mais alors que nombre d’enfants farceurs s’assagissent à l’adolescence, Bruno, lui, conserva ce goût immodéré pour les plaisanteries, dont certaines lui valurent une côte de popularité proche de 100% parmi ses camarades de lycée.

Il réussit ainsi un jour à s’introduire discrètement en salle de classe avant le cours de biologie et à remplacer dans le rack quelques-unes des diapositives consacrées à l’étude du système nerveux par d’autres d’un genre… particulier ! La pauvre Mme Lapipette, professeur à l’ancienne à quelques années de la retraite et qui n’envisageait nullement de dispenser un cours d’éducation sexuelle à ses élèves, faillit en faire une crise d’apoplexie.

On aurait pu penser que la sagesse lui viendrait avec la maturité. Il n’en fut rien. Il s’en fallut même d’un cheveu pour qu’il remplace, le jour de son mariage, l’alliance de son épouse par un anneau de rideau, mais son ami et témoin, mis dans la confidence, réussit, non sans peine, à l’en dissuader au dernier moment, arguant que sa promise pourrait vraiment très mal le prendre. Il attendit donc quelque temps avant de se livrer à quelques petites plaisanteries ménagères anodines : colorant rouge sang dans le réservoir de la chasse d’eau, Vache qui rit enfoncé avec un crayon dans le tube de dentifrice, etc.

Mais c’est surtout au travail qu’il libéra pleinement sa créativité. Un de ses plus beaux faits d’armes fut de préparer un faux document confidentiel à propos d’une profonde restructuration de l’entreprise et de le laisser sur la vitre du photocopieur, comme si quelqu’un l’y avait oublié par inadvertance. L’ambiance fut ce jour-là particulièrement effervescente au bureau !

Bref, Bruno Tritan était arrivé à 47 ans en riant de la vie en toute occasion. C’est pourquoi ses collègues furent très surpris quand, au fil des jours, il se mit subitement à afficher une face morose. Tous imaginèrent de prime abord qu’il montait encore un canular, mais il apparut bien vite que ce n’était cette fois-ci pas une de ses innombrables plaisanteries.

Ses traits se creusaient, il perdait du poids. Bruno dut un jour lâcher le morceau : il avait une tumeur cancéreuse près de la colonne vertébrale. Une semaine plus tard, il dut se résoudre à partir en arrêt maladie et quitta définitivement son bureau.

Définitivement, car les choses tournaient mal : la chimiothérapie n’y avait pas suffi, les métastases étaient là, partout dans son corps. Et lui qui avait pourtant tant aimé la vie n’avait plus envie de se battre. Il voulait au contraire faire bon accueil à la mort : il décida de construire lui-même son cercueil.

Quand les livreurs furent venus livrer le bois, les accessoires, et après qu’il eut annoncé son projet à son épouse, celle-ci accusa le coup : elle avait vécu plus de vingt ans avec un boute-en-train, et voilà qu’elle se retrouvait à partager les derniers jours de celui-ci dans une ambiance qui promettait d’être de plus en plus morbide.

Bruno mit ses dernières forces dans la construction de sa dernière demeure et c’est peu dire qu’il en peaufina la finition : quelques jours plus tard, le cercueil était achevé et il était superbe, d’une belle couleur acajou, avec un rembourrage intérieur habillé d’un épais velours rouge, de lourdes poignées dorées. Bruno avait en outre serti le bois de complexes ornements, eux aussi dorés, sur tout le pourtour du cercueil.

Il était épuisé. Ravi d’en avoir fini, mais à bout de forces. Il n’attendait plus qu’une chose : qu’on l’y couche dedans.

Ce fut le cas une quinzaine de jours plus tard. Son état s’était brutalement dégradé et, en l’espace d’une semaine, il perdit ses dernières forces. Il mourut à l’hôpital aux premiers jours de février et fut, comme il l’avait souhaité, enterré trois jours plus tard dans le cercueil qu’il avait mis tant de soin à construire.

L’histoire de Bruno Tritan aurait dû s’arrêter là. Mais elle connut un étrange épilogue quelques jours plus tard.

Alors qu’elle s’était rendue au cimetière pour arroser les fleurs sur la tombe de son mari, Lise Rouffa, 87 ans, entendit, malgré un début de surdité, des cris dans le cimetière. Elle chercha d’où ceux-ci pouvaient provenir. A mesure qu’elle approchait de leur source, elle distinguait peu à peu le sens des mots : « Au secours ! Sortez-moi de là ! Je ne suis pas mort ! J'ai été enterré vivant ! Au secours !… »

Lise Rouffa sentit son chignon se hérisser sur sa tête ! Aucun doute : les cris sortaient de cette tombe qui semblait bien récente. Elle déchiffra le nom sur le marbre, Bruno Tritan, ainsi que la date du décès : cela faisait moins de dix jours ! Il y avait quelqu’un encore vivant dans le caveau !!! Et les hurlements continuaient de plus belle !

Elle poussa un petit cri d’horreur et partit prévenir le gardien du cimetière.

Une heure plus tard, une petite foule se pressait autour de la tombe : il y avait là trois policiers, deux urgentistes, quelques curieux, deux employés du cimetière et l’épouse de Bruno Tritan, plus pâle qu’un linge. Car c’était bien la voix de son Bruno qu’elle entendait, elle en était certaine ! Son Bruno dont elle portait le deuil depuis une semaine !

Quand le caveau fut enfin descellé, plus aucun doute n’était permis : les cris résonnaient avec puissance, Bruno Tritan était revenu du royaume des morts !

Mais à l’ouverture du cercueil, ce fut un choc encore plus terrible, car le spectacle d’un corps en pleine décomposition s’offrit à leurs yeux alors que les appels à l’aide déchiraient toujours l’espace alentours.

Vous l’avez bien sûr deviné : Bruno Tritan avait voulu partir sur une dernière farce et avait bricolé un cercueil farceur. Celui-ci avait un léger double fond, masqué par le rembourrage, dans lequel il avait camouflé un magnétophone, un amplificateur et un programmateur. Le cercueil était percé de trous pour laisser passer le son et c’est pour les camoufler que Bruno Tritan avaient serti par dessus de complexes motifs ornementaux.

Son épouse partit alors d’un rire hystérique, étrange mélange de gloussements et de sanglots spasmodiques. Décidément, son Bruno ne changerait jamais, même dans la mort !

Ses chairs décomposées, sa peau déjà asséchée donnaient au visage inerte de celui-ci une sorte de rictus hilare, comme celui d’un farceur fier du bon tour qu’il vient de jouer. Un ultime rire à la face de la vaste plaisanterie qu’était la vie.

mardi 12 janvier 2010

AndiamoChippoferraillabôôô...

Jeudi matin, mes copains et moi jouons dans la rue. Les billes rebondissent sur le mur de la mère Titine. Pas pour longtemps car, dès qu’elle va entendre, elle sortira en gueulant, nous virant de notre magnifique espace billes, au prétexte qu’on va lui casser son mur !

Chippoferraillabôôô ! C’est le cri du marchand de peaux de lapins, un bonhomme un peu craspouille, un chapeau mou qui porte bien son nom sur le sommet de ses quat’ tifs grisonnants et graisseux, assis dans sa carriole tirée par un bourrin fatigué.

En fait, le vieux gueulait : chiffons, ferraille et peaux ! Mais nous, on ne comprenait pas bien ce qu’il aboyait, tu penses, pépère avait le gosier laminé par le treize degrés à la pression !

On arrête le jeu, ça m’arrange : je suis en train de perdre ! On se précipite au plus près de l’attelage.

De chaque coté de la charrette pendent des peaux de lapins retournées, le poil à l’intérieur, la peau bien gonflée car bourrée de paille, indispensable pour le séchage. Regroupées, les plus belles car les plus rares : les peaux blanches, celles ayant appartenu à des lapins albinos, les plus chères aussi.

Combien de fois ai-je vu ma mère ou une voisine trucider ces pôves bêtes ! Elles ligotaient les pattes arrières à l’aide d’une ficelle, puis suspendaient la bestiole à une branche basse du cerisier ou du pécher. Armées d’un gourdin elles assénaient un vilain coup derrière les oreilles : le coup du père François ! Ça fait mal ? Oui, si tu laisses traîner ta main derrière l’animal !

Puis, armées d’un couteau pointu et tranchant, elles énucléaient l’animal, en ayant soin de recueillir le sang additionné de gros sel afin qu’il ne coagule pas trop vite. Ce beau sang rouge vif servirait ensuite à élaborer la sauce du civet. Ceci terminé, elles incisaient la peau tout autour des pattes et, lentement, elle la tirait vers le bas. Une légère vapeur due à la condensation flottait au-dessus de la bestiole encore chaude, la peau se retournait laissant les poils à l’intérieur. Enfin, elles garnissaient ce manchon de paille afin qu’il séchât, remisé à la cave en attendant le marchand.

Ça ne nous traumatisait pas. Pas plus que lorsque on coupait la tête d’une poule trop vieille pour pondre : elle finissait en poule au pot et c’est tout ! C’était comme ça, les animaux qu’on élevaient étaient fait pour être bouffés, c’est tout... Simple comme la vie. Aujourd’hui, on ne s’émeut guère des gens qui meurent, mais il faut sauver Willy !

C’était aussi le moment de vendre les bouts de ferraille qui traînaient, parfois plus chanceux un bout de tube de plomb, une conduite remplacée, ou de vieilles fripes vendues au poids, pas bien cher tout ça. Cet argent-là, quelques thunes pas plus, c’était pour nous ! Aussitôt réinvesties dans des denrées de première nécessité : bonbecs, rouleaux de zan avec la petite perle, ou encore des couilles d’âne, tu sais ces grosses boules multicolores à la noix de coco.

Un cadre de bois sur le dos, dans ce cadre maintenu par des lanières de cuir des vitres de toutes dimensions : les grandes derrière, les plus petites devant. "VI…TRIIIIIIER !" qu’il gueulait en passant.

Putain la tentation : sortir mon lance-pierres, mon pigo comme nous l’appelions, choisir un beau barnum, tendre les élastiques à fond, des rouges, ceux des bocaux, viser lentement et... TZING les carreaux ! Mais je n’ai jamais osé, c’était vraiment trop gros, là j’aurais pris la volée du siècle !

A la crèèèème ! Sur son triporteur peint en vert voilà le marchand de cœur à la crème, petits suisses, et autres fromages blancs natures. Son "à la crème" était précédé d’un son de trompe, une espèce de corne en laiton, bien cabossée, dans laquelle il soufflait.

Immanquablement, il me faisait songer à Roland de Roncevaux se pétant les veines du cou (j’ai écrit COU) en soufflant dans son olifant. Il y avait dans mon bouquin d’histoire de France une image le représentant : Durandal plantée dans le rocher, et lui, en cotte de maille, soufflant dans le biniou comme un malade !

C’est curieux, le bonhomme se titillait la glotte en gueulant son "à la crèèèèème", ce qui le faisait chevroter comme une vieille bique ! Ma mère n’achetait jamais de ces fantaisies, c’est trop cher lâchait-elle laconiquement, et puis à la maison elle faisait cailler le reste de lait et en faisait un genre de fromage blanc, avec du sucre en poudre c’était vachement bon.

L’été, nous attendions le marchand de glace. Non, pas les glaces que l’on suce aujourd’hui : les pains de glace, qui servaient à refroidir les glacières, car point de réfrigérateurs, tu penses ! Ils sont arrivés beaucoup plus tard ! Le livreur s’arrêtait afin de laisser ses pains chez les deux épiciers du coin, qui faisaient également buvette.

C’est là que passait le rab des heures sup’ que les laborieux éclusaient le vendredi soir après la paye ! T’aurais vu la gueule des heures sups’ quand ils ressortaient de là !

Quand le glacier coupait ses pains, de longs parallélépipèdes de glace d’un mètre environ et de trente centimètres de coté, des petits éclats volaient. Lorsque armé de son poinçon il découpait des morceaux, nous récupérions ces éclats et les sucions, nos sorbets à nous, les mômes.

Des troquets, il y en avait... Disons presque un à chaque coin de rue, je n’exagère pas ! Oh, pas des BARS, ni des BRASSERIES, non, non, des bistrots, des buvettes, avec le p’tit bleu quasiment servi "à la pression", un truc bien râpeux qui t’flanquait la fièvre de Bercy plus sûrement que n’importe quelle autre bibine. Des vieux accrochés au bastingage sirotaient dans des verres à moutarde ce nectar sensé leur donner la jeunesse éternelle, car c’est bien connu : l’alcool conserve les fruits alors pourquoi pas un bonhomme !

C’étaient des troquets, qui faisaient épiceries. Enfin, quand je dis épiceries, ça n’était pas non plus Félix Potin ou Goulet Turpin (cherchez pas z’avez pas connu !) mais un petit comptoir, avec la balance Roberval et les poids en laiton sagement rangés dans leur boîte en bois, percée de trous de différents diamètres afin de les contenir. Le beurre à la motte, la machine à trancher le jambon, et sur les rayonnages quelques boîtes de conserves et des paquets de nouilles, café, sucre… Enfin l’indispensable pour le dépannage, car les vraies provisions étaient achetées au marché.

Un vieux boulanger passait aussi dans le quartier, un genre de fiacre vert pisseux, un bourrin bais tirait l’attelage. Un jour, il a pété un brancard, je vous ai déjà raconté cette anecdote. Après cet incident, on n’a jamais revu le bonhomme.

Pierrot, le livreur de journaux sur son vélo porteur. Nous, respectueux, nous l’appelions : M’sieur Pierrot. Une grande caisse de bois fixée à l’avant de son vélo, couverte d’une bâche de cuir et, sous cette bâche, les journaux, qu’il déposait chez les abonnés. On pouvait aussi le héler afin de lui acheter un canard. Sa femme tenait la librairie située sur la grande avenue. C’est là que j’achetais chaque semaine mon SPIROU. Je n’ai jamais aimé les abonnements, je préférais et préfère toujours entrer dans les librairies… L’odeur du papier fraîchement imprimé….

Et puis enfin, parfois, le dimanche matin : la fanfare, ou la clique, appelle cela comme tu veux. Cette fanfare passait dans notre quartier trois fois par an environ, c’était l’harmonie municipale. Celle d’Aubervilliers s’appelait : L’ETINCELANTE ! Ça ne s’invente pas un truc pareil. Au passage, tu remarqueras que je n’ai habité que des banlieues chics !

Tous les musiciens habillés de pantalons blancs et de vestes bleu marine, les cuivres étincelants. Devant le tambour major, qui rythmait la cadence avec son long bâton argenté, le porte étendard avec inscrit en lettres d’or : harmonie municipale DRANCY. Et, dessous, les armes de la ville (remplacées aujourd’hui par un logo à la con) : un mouton, sous lequel était écrit Derentacium. C’était la déformation de Terentius, le nom du propriétaire de ce territoire au temps de la Gaule Gallo-Romaine, et qui aurait donné son nom à Drancy. Je ne me souviens d’aucun logo car ils se ressemblent tous. Par contre, des armoiries à l’ancienne, je m’en souviens très bien. C’est con de vouloir être moderne à tout prix, on laisse faire n’importe quoi parfois au nom du progrès. Tu parles d’un progrès : une virgule rouge sur fond bleu, et il paraît qu’on paye ces merdes une fortune !

Nous suivions la clique durant quelques instants, sautant d’un pied sur l’autre, imitant les trompettistes ou les tambours, jusqu’au moment où, agacé, l’un des musiciens, s’arrêtant un instant de jouer, nous promette des coups de pied au cul si nous ne cessions pas nos singeries immédiatement.

D’ailleurs, on suivait tout ce qui passait dans notre pauvre rue, hors mis les corbillards qui ont été les derniers attelages que j'aie vus dans mon quartier. Ca nous flanquait un peu la pétoche, toutes ces tentures noires, ces femmes en grand deuil, chapeaux noirs, voilettes et tout l'attirail de la veuve éplorée.

Mais tous les autres y passaient, imitant à chaque fois le quidam qui venait proposer ses services. Ça n’était pas toujours à leur goût, mais ça n’était ni méchant ni irrévérencieux, juste un petit jeu, des petits plaisirs, des choses insignifiantes qui nous occupaient, et venaient rompre un instant le cours de nos jeux habituels.

samedi 9 janvier 2010

Saoul-FifreConte de Noël écrit à la plume d'oie

Förzrestala était une grande et belle oie des neiges qui habitait quelque part chez les Inuits, avec ses congénères, pas loin du cercle polaire. Elle était d'un naturel curieux et, à toujours observer autour d'elle, à se torturer le neurone, elle avait fini par se forger, si ce n'est une intelligence, le mot serait trop fort, disons : une espèce de philosophie palmipède doublée d'une mémoire tout à fait correcte.

Dès son premier automne, imitant en cela son troupeau soudain surexcité, elle mit les bouchées doubles, se jeta sur tout ce qu'elle trouvait de comestible, se gava littéralement. Un profond instinct la poussait mais elle ne savait pas que de ce baffrage goinfre dépendrait bientôt sa survie. Son corps était en train de stocker des réserves dans son foie, sous sa peau, pour pouvoir supporter la longue migration que son peuple entreprendrait dès la survenue des grands froids.

Ces provisions, ce chaud manteau, ces munitions, ai-je envie de dire, elle leur devrait sa capacité de résistance quand il s'agirait de lutter contre le froid et le manque d'oxygène à 6000 m d'altitude.

Par une belle journée ensoleillée, la troupe prit son envol, de la hauteur et mit le cap vers le sud avec une précision que certains oiseaulogues attribuent à un morceau de magnétite secrété par leur cerveau. Mais une chose est sûre, boussole ou pas, ce grand voyage de milliers de kilomètres n'est pas à la portée de toutes les ailes. C'est un véritable exploit sportif et nombreuses sont les oies mal préparées qui s'écraseront, mortes de froid ou de fatigue.

Förzrestala comptait anxieusement les dévissages en vrille de ses voisines, leurs arrêts cardiaques, leurs abandons et, claquant du bec et de froid, se lamentait :

- "L'oie est bornée, certes, le fait est connu mais tout de même ! Au lieu de rester sagement au sol, dans un coinstot bien protégé du vent, on se les gèle par - 20°C, à battre des ailes le bec face au blizzard, et sans paupières. Moi qui suis un peu frileuse des aisselles, en plus ? 'tain j'le crois pas : on vole vraiment sur le dos, là !"

Elle tint bon, pourtant, et fit partie des rescapées qui atterrirent sans casser du bois sur les rives du Saint Laurent. Il neigeait ici aussi. Et quand ça gelait, elles faisaient une drôle de gueule, "les zones marécageuses source d'approvisionnement" dont parlaient les écolos. Enfin bon, elle passa l'hiver au Canada et repartit au printemps dans sa "zone de nidification", chez les esquimaux, avec les autres blondes.

Mais ça lui triturait la comprenette, cette vie de fous, toujours entre deux valises. Elle avait parfaitement remarqué que la banquise n'était plus aussi étendue qu'avant. Et que quand la glace fond, c'est qu'elle chauffe. Elle était aux toutes premières loges pour pouvoir vraiment prendre conscience du mythique "réchauffement de la planète" et elle n'y manqua point.

Förzrestala se trouva un beau mâle qui lui plut malgré sa démarche "en dedans", mais faut bien avouer qu'elle avait la même. Il lui fit la poussière dans la spermathèque, une giclée de please, on frotte et on fait reluire ; elle leur pondit six œufs à la pureté de forme épatante et elle les couva si bien, tandis que son Jules débarrassait les alentours des gêneurs et mettait une option sur une aire à nourriture, que six beaux petits en sortirent et se mirent à se bourrer la panse, à bouffer comme des étazuniens. Il ne fallait pas trainer : dans deux mois, le gel et la froidure séviraient à nouveau sévèrement.

Quand la grande tribu à laquelle ils appartenaient se réunit pour le grand pow-wow de départ, Förzrestala attira sa famille à l'écart et quand il furent hors de vue des autres emplumés, elle s'envola et se percha devant une anfractuosité de la falaise. La petite smala suivit et elle leur expliqua qu'avec le dérèglement du climat, les hausses de températures, les réserves de graisse corporelle qu'ils s'étaient préparées, l'hivernage sur place devenait jouable et leur éviterait beaucoup de risques, de souffrance, et peut-être la mort.

- "Tu te rappelles, Jules, comme on s'est gelé les miches, pendant leur fucking migration ?"

- "Tu as raison, ma chérie, comme toujours..." répondit Jules, et les six enfants caquetèrent aussi leur approbation, en saluant l'intelligence "hors-norme" de leur reum. Ce départ vers l'inconnu ne leur disait rien qui vaille, alors que rester tranquilous là où ils étaient nés, oui, ils étaient "partants", si j'ose dire. Ils coururent visiter leur nouveau logis d'hiver et le trouvèrent cossu, avec des prestations haut de gamme. Dès que les grands froids s'invitèrent, un peu avant le solstice d'hiver, ils tombèrent tous les huit dans une espèce de coma cataleptique, comme les ours, mais la tête sous l'aile.

Sommeil dont ils se réveillèrent un couteau sur la gorge, car la vraie raison pour laquelle les oies des neiges se barraient de l'Arctique avant la Noël, c'est qu'elles savaient très bien que leurs voisins Inuits étaient friands à la folie de foies gras d'oie et qu'il valait mieux ne pas lambiner dans les parages. Les canadiens, eux, leur aménageaient des parcs ornithologiques où elles étaient en sécurité.

Il n'y avait que cette débile profonde de Förzrestala qui n'avait pas pigé ça.

On se serait d'ailleurs bien entendus, elle et moi.

J'ai toujours préféré le foie gras mi-Q.I.

mercredi 6 janvier 2010

Tant-BourrinJuste un petit signe

Quand l’heure fut venue pour Radegonde Laverrue de rendre son dernier soupir, son âme était en paix et emplie de sérénité : Gédéon, son cher époux, était là, à son chevet, qui lui tenait la main et l’assurait de son amour éternel. Elle était en outre tellement convaincue de l’existence d’une vie après la mort que mourir ne l’affolait nullement : ce n’était juste qu'un passage obligé vers autre chose, voilà tout !

Certes, elle regrettait de quitter cette vie si prématurément, à 48 ans à peine, et de ne pouvoir vieillir aux côtés de son Gédéon, mais elle saurait l’attendre de l’autre côté : leur séparation de serait que provisoire.

- Gédéon ?
- Oui, ma douce ?
- Tu sais, je reviendrai te faire un signe…
- Un signe ? Mais quand ça ?
- Quand je serai morte. Je…
- Ne parle pas de malheur ! Tu ne vas pas mourir, le docteur a dit que…
- Ne prends pas cette peine, Gédéon, je sais très bien de quoi il retourne. Je sens le mal qui gagne en moi et je sens bien que c’est pour très bientôt. Mais sois-en sûr : je reviendrai te faire un signe, pour te dire que ça continue au-delà de la mort, pour te dire que je t’aime et que je t’attends…
- Ne parle pas, ma chérie, repose-toi plutôt.

Le soir-même, Radegonde Laverrue passait de vie à trépas.

Et elle fut très émue de voir son Gédéon pleurer sur son corps sans vie.

Oui, car elle avait bien eu raison d’y croire : son essence n’avait pas disparu avec son dernier souffle. Si elle n’avait plus d’enveloppe charnelle, elle avait encore une conscience qui lui permettait de voir, ou plutôt de sentir les choses du monde matériel qu’elle avait quitté. « Sentir » n’était d’ailleurs pas le mot exact et elle se dit qu’il eût fallu en créer de nouveaux pour exprimer cette étrange faculté. Percevoir ? Ressentir ? Bah ! Peu lui importait ! Elle savait que Gédéon avait de la peine et cela la renforça dans son intention de lui faire un signe.

Elle voulut lui caresser les cheveux. Mais très vite, elle réalisa que la chose était tout sauf évidente lorsque l’on n’est plus que pur esprit. Elle se concentra, tenta de réunir toute son énergie, mais sans le moindre effet.

Cela la contraria au plus haut point. Mais elle se dit que, le temps aidant, elle apprivoiserait mieux sa nouvelle condition et qu’elle finirait bien par développer une forme de force psychique qui lui permettrait de tenir sa promesse.

Radegonde avait pu, deux jours plus tard, assister à son propre enterrement, sonder les cœurs de ceux qui pleuraient ou prenaient des poses contrites autour du cercueil. Elle pardonnait les larmes feintes et l’hypocrisie des cousins éloignés : ce n’étaient après tout que des êtres de chair, de douleur et de veulerie, qui ignoraient tout de la vie immatérielle qui les attendait après la mort. Et Gédéon l'ignorait également. Cette pensée fit souffrir Radegonde : il fallait qu’elle le prévienne, qu’elle lui fasse ce petit signe promis.

Elle essaya de diriger toute sa force psychique vers ce but, tenta de pénétrer dans le corps d’un petit moineau perché sur une pierre tombale, à deux pas de là. « Si un moineau se pose sur son épaule pendant mon enterrement, Gédéon comprendra que c’est moi », se disait-elle. Mais hélas, il y avait comme un mur infranchissable qui barrait la route de la matérialité à son être éthéré. Ce fut un nouvel échec.

Et les jours passèrent.

L’esprit de Radegonde avait suivi Gédéon jusque dans leur pavillon de banlieue. Elle pu ainsi voir (ou plutôt ressentir) son cher époux au prise avec la vie de célibataire. Elle eût même souri, si elle avait eut une bouche, de le voir accumuler catastrophe sur catastrophe devant les fourneaux, véritable terra incognita pour lui. Et aux plats calcinés répondaient les chemises brûlées lors de séances de repassage tout aussi épiques.

« Pauvre Gédéon, se disait-elle, il faut vraiment que j’arrive à lui faire un signe pour le réconforter ». Mais toutes ses nouvelles tentatives se révélèrent vaines : il y avait un océan entre la matière et son incorporalité que sa puissance psychique ne pouvait traverser.

Quelques mois s’écoulèrent ainsi pour Radegonde, partagée entre la joie d’accompagner son Gédéon et la frustration de ne pouvoir communiquer avec lui.

Et puis il y eut ce jour funeste où Gédéon rentra du travail, comme tous les jours de la semaine.

A part qu’il n’était pas seul cette fois-ci.

Une accorte jeune femme l’accompagnait, qui gloussait beaucoup, d’un rire de crécelle qui eût vrillé les nerfs de Radegonde si elle en avait encore disposé.

Ce fut un cataclysme pour elle : son Gédéon avec une greluche ? Son Gédéon qu’elle attendait patiemment pour une vie éthérée et heureuse à deux ? Elle fulminait.

Car le Gédéon en question, lui, paraissait bien plus enclin à savourer une vie on ne peut plus matérielle : après un savoureux dîner aux chandelles (le traître avait fait appel à un traiteur !) suivi de quelques coupes de Champagne (lui qui n’achetait que du mousseux, même pour le nouvel an !), il entraîna sa cocotte vers la chambre à coucher. Vers LEUR chambre à coucher !

Radegonde était hors d'elle. Les deux tourtereaux s’étaient allongés dans le grand lit et commençaient leur effeuillage dégoûtant entremêlé de caresses obscènes. Il fallait que cela cesse ! Il fallait ABSOLUMENT que cela cesse tout de suite !

Un maelström de fureur emportait le pur esprit de Radegonde, sa rage enflait, vibrait, résonnait, grondait jusqu’à emplir toute la chambre à coucher. Et puis soudain, ce fut comme si elle explosait brutalement. Radegonde sentit comme un flux d’ondes sortir de son être immatériel. Le bouddha de bronze, qu’elle avait installé, dans sa vie antérieure, sur une étagère au-dessus du lit, se mit à avancer imperceptiblement tout seul, jusqu’à atteindre le bord et basculer.

Le crâne de Gédéon explosa sous l’impact de la lourde statuette. La femme, éclaboussée par le sang de son amant affalé sur son corps, passa des gémissements de plaisirs aux hurlements d’horreur.

Radegonde était ravie : elle avait enfin tenu sa promesse et pouvait attendre sereinement que son Gédéon agonisant la rejoigne, ce qui ne serait plus long. Dieu que la mort était belle !

dimanche 3 janvier 2010

AndiamoSarkmania

J’ai fait un grand retour en arrière, il y en a des talents sur ce BLOG, des chanteurs (euses) incroyables !

Bien sûr, les membres fondateurs :

- SAOUL-FIFRE

- TANT-BOURRIN

... et les guest-stars :

- CALUNE et même CALUNETTE à l’occasion de l’anniversaire de Choufifrounet !

- BILLY et ses talents d’imitateur !

- LA POULE et son café du pauvre….

Il y en a peut-être eu d’autres, manifestez-vous. (j'ajoute : Tant-Bourrin me l'a affirmé... Il n'y en a pas d'autres)


Alors je me suis dit (à mon âge on parle souvent seul) : "pourquoi pas ?"

J’ai voulu pasticher à ma manière STARMANIA l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamendon.

Vous rendez vous compte ? Il a trente-deux ans, cet opéra-rock ! On dirait un nouveau-né… Un peu comme moi !

Bien sûr, ma voix n’est pas terrible, mais c’est une vieille voix, alors un peu d’indulgence et on ne ricane pas !

Un grand merci à TANT-BOURRIN que j'ai mis une fois de plus à contribution afin de "nettoyer" les enregistrements, souffle, parasites, etc.


Tout d’abord :

La blouse du prolo’s man




Après ce chef-d’œuvre (y’en a qui ricanent), voici :

Bonne



Voulez-vous une suite ? Si oui : envoyez une enveloppe "garnie" (pas moins de cent euros) à Blogbo qui transmettra (peut-être) !

... Ou alors des oranges à la Santé !

jeudi 31 décembre 2009

Saoul-FifreLa trêve des confiseurs

Pas la grève, imbécile : la trêve des confiseurs ! T'imagine des confiseurs faire grève à la période de Noël ? Faudrait quand même être con !

Fiseur.

Elle a pris la suite de la trêve de Noël, habitude qui vient aux militaires vers la fin décembre, de se montrer moins belliqueux. Lors de la grande guerre, en Noël 1914, des allemands, des anglais et des français sont sortis de leurs tranchées pour chanter des chants religieux ensemble, jouer au foot etc. Cette anecdote authentique est racontée par le film Joyeux Noël de Christian Carion. Une idée de cadeau originale à glisser à l'oreille du père Noël.

Mais il doit être à l'agonie, à l'heure qu'il est. Avec son gros ventre, ses problèmes de triglycérides dus aux sucreries, aux 'tits remontants qui réchauffent, ses poumons encrassés par la suie des cheminées, il a fait un arrêt cardiaque chez des amis à nous, sur les coups de 5 heures du matin, ce 25 décembre. Là, il est entre les mains de 4 bouchers dont un chevalin. Quadruple pontage. Ses artères partent en charpie à peine ils y touchent. Moi si j'étais vous, je compterais plus sur lui pour l'année prochaine. Ni pour le service après-vente.

Mais je voulais parler de paix.

L'homme en habit rouge, ça ne le concernait pas, lui. Il embrigadait les gosses dès le berceau avec ses GI Joes, ses armes automatiques, ses panoplies de flics et autres tueurs d'indiens. Il voulait "faire le bonheur des enfants". Mais pas de tous, visiblement. Ho, en une seule nuit, bien sûr qu'il n'a pas le temps d'aller partout. Ya des petits malins qui proposent d'alterner, dans ce cas. Fais tourner le ouetj' qu'ils disent. Ils ont jamais conduit un traineau, ceux-là. Va faire descendre des rennes dans les pays chauds ? Ça va renauder, ruer un max et tu te payes un beau plongeon dans la méditerranée et jamais un gosse te commande une bouée pour Noël alors ne compte pas en trouver une dans la hotte. Sans moi, l'Afrique.

Saint Louis, lui, il avait instauré la trêve de dieu. On ne pouvoit guerroyer sans cesse ni repos. Ah oui, une vraie grasse matinée sans risquer d'entendre le tocsin ? La paix, nom de dieu !! Tout le monde en rêve, mais il faut bien vivre, alors on travaille chez EADS, on engraisse un marchand d'armes en achetant son journal, on vote pour le plus belliciste, ça fait plus sérieux, sans doute, on prend sa carte, on choisit son camp, on dit "nous", on serre les rangs pour avoir moins froid, moins peur.

Le germe de la guerre est dans notre cœur.

Dès que l'on porte son appartenance en bandoulière. À un groupe, à une couleur, à un dieu, à un trust, à une classe sociale, à un pays, à un sexe, au lieu d'être tout simplement citoyen du monde.

Dès qu'il y a sentiment de supériorité, dès qu'il y a mépris, il y a une guerre en germe.

On vient de m'offrir Le grand mémento encyclopédique Larousse en deux volumes reliés de rouge, publiés en 1936. Ces deux lourds volumes, richement illustrés, se voulaient la quintessence des connaissances de l'époque. Époque coloniale, je le rappelle. Voici un extrait de la table des matières, concernant les religions :

Allez je vous recopie car je ne suis pas sûr que ce soit lisible :

Les religions des non-civilisés, par V. Larock
La religion Juive, par le rabbin M. Liber
La religion catholique, par le chanoine Gustave Bardy
Religion des Eglises protestantes, par le pasteur Ch. Bost
La religion orthodoxe, par l'archiprêtre S. Boulgakov

Jusque là, on est dans la bonne logique des familles : on s'est adressé à un membre éminent de chaque confession pour le faire parler de l'Eglise à laquelle il appartient.

Mais quand il s'agit des niaqwés, des nègres et autres basanés, ce n'est plus le même son de cloche :

La religion musulmane, par Gaston Wiet
Les religions de l'Inde, par L. de La Vallée Poussin
La religion et la pensée chinoise, par Nicole Vandier
Les religions du Japon, par Jean Ray

Bien sûr, on ne parlera pas des "religions de la France", ni de la "pensée française", et surtout, on ne proposera pas à un membre de ces religions bizarres et primitives de nous les présenter.

D'abord, ils ne sauraient pas, et puis ils ne seraient pas assez clairs, et ils n'ont sûrement pas le recul nécessaire à une bonne analyse, engoncés dans leurs croyances totemiques.

Gandhi nous aurait pourtant écrit une superbe synthèse de la religion Hindouiste, j'en suis persuadé.

Oui mais vous imaginez la Maison Larousse signer un chèque en roupies à un fakir aux 3/4 à poils ?

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