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mardi 3 janvier 2012

Scout toujours14 Juillet 1790, la fête de la Fédération

La fête de la Fédération fut incontestablement le plus grand rassemblement populaire de toute notre Histoire. Cet évènement a tellement marqué les esprits, que lorsque en 1880, nos députés eurent à choisir une date pour notre fête nationale, ils optèrent pour le 14 juillet en mémoire de cette extraordinaire journée (1). En 1790, il fut décidé d'organiser une grande cérémonie pour fêter le premier anniversaire de la prise de La Bastille et par là-même clôturer notre Révolution. Des délégations avaient été invitées venant de tous les départements Français, on attendait pas moins de 500.000 personnes.

Le seul endroit assez spacieux pour un tel évènement était le Champ de Mars (2). Douze mille ouvriers furent employés pour transformer ce terrain vague en une gigantesque arène. Les travaux commencèrent en juin. Mais étant donnée l'ampleur du chantier, on vit rapidement qu'on ne pourrait l'achever avant 4 mois. Un appel fut alors lancé aux gardes nationales pour contribuer aux travaux... Paris y répondit avec un tel enthousiasme que non seulement les gardes s'y rendirent en masse tambour battant, mais la population tout entière voulut participer : des gens de tout rang, de tout âge, de tout sexe et de toute opinion affluèrent vers le Champ de Mars. On vit même des moines et les femmes les plus élégantes de Paris arriver en voitures et en calèches de toutes les avenues de la ville, chacun et chacune venant avec sa pelle et sa pioche. En peu de jours, tout le monde eut son costume de travail et son bonnet phrygien. Les dames issues de la noblesse s'en firent confectionner de très élégants qui leur seyaient à merveille (3). Jamais on ne vendit autant de ces étoffes, et jamais on ne confectionna plus de ces accoutrements. Sur le terrain, l'exaltation et l'euphorie étaient à leur comble. Les travaux allaient bon train et chacun rivalisait d'ardeur et de gaieté. Les marquises travaillaient et buvaient avec les ribaudes. Le Roi lui-même vint donner son coup de pioche, et on dit même que Saint Just poussant une brouette y croisa la Du Barry une pelle à la main (4). Le travail était rythmé par les rires et les chants, jamais on n'avait vu et on ne reverra en France un tel élan de bonnes volontés, tant et si bien que l'ouvrage fut terminé bien avant le 14 juillet.

Les 60 000 fédérés venus des quatre coins de France furent hébergés avec la plus grande hospitalité : chaque parisien s'empressait de soins pour eux et ils furent royalement accueillis.

Le jour venu, la cérémonie fut grandiose, Le cortège partit de La Bastille en longeant la Seine jusqu'au pont construit pour la circonstance et qu'on avait entièrement garni de fleurs (5). Un triple arc de triomphe avait été édifié et chacun se rangea à sa place sous les acclamations et les vivats. Plus de 600 000 personnes étaient là. De toute notre Histoire, on n'avait jamais vu un tel rassemblement. Un détail pittoresque agrémenta la journée : le temps ne cessait de changer, alternant entre soleil et averses ; et cette immense population, en apparaissant tout à coup ou en disparaissant sous cent mille parapluies de toutes couleurs, offrait les multiples tableaux d'immenses champs de fleurs multicolores tantôt s'épanouissant, tantôt se refermant suivant que les averses mouillaient l'une ou l'autre partie de l'esplanade. L'effet en était vraiment fantastique.

Chacun prêta serment de fidélité à la constitution avec une euphorie, un enthousiasme que nul ne peut imaginer. "Oui, nous le jurons !" s'écriait-on en chœur. La Fayette était là, magnifique, sur son cheval blanc, mais l'homme qui retint l'attention de tous fut le Roi : son serment et celui de la Reine déclenchèrent une ovation formidable qui se mêla aux nombreuses musiques des fanfares, aux roulements de mille tambours et au fracas de 100 canons. Le peuple était transporté de joie de voir Louis XVI accepter notre constitution (6). C'est que ce jour-là, chacun considérait que la révolution était bien terminée, on croyait enfin pouvoir vivre en paix.

Au sortir de la cérémonie, tous les gens se félicitaient, s'agrémentant de politesses et de signes confraternels, jamais la population parisienne ne se conduisit avec autant d'égard et de civilité, c'était à qui ferait place à ceux que l'on croisait. Si cet excès de politesse fut poussé à l'extrême, ce fut surtout par les gens de la dernière classe. Cet excès de dévouement était touchant chez eux, trop heureux qu'ils étaient que leur roi leur accorde un tel privilège, eux qui n'avaient connu jusqu'ici que les humiliations. Chacun d'entre eux se promenait avec délice, cherchant à procurer aux autres le charme qu'il goûtait. L'euphorie gagna toute la ville, on s'embrassait dans les rues, on se fût cru dans un monde irréel, et jamais le mot fraternité n'eut pu être aussi bien employé. Des montgolfières furent lâchées et un formidable feu d'artifice fut tiré de la place de l'Etoile. Les rues de Paris étaient ornées de millions de lampions multicolores qui scintillaient joyeusement dans la nuit. Les jardins et les bois étaient garnis d'orchestres, de spectacles et de salles de bal dont les flon-flons agrémentèrent les soirées, les réjouissances durèrent pendant plusieurs jours. Dieu que la France était belle en ces beaux jours de juillet, tous les cœurs n'étaient animés que d'un seul sentiment : l'amour du bien commun.

Hélas, hélas, l'euphorie sera de courte durée. Pourtant le Roi était sincère, mais à l'image de son peuple, il était impressionnable et versatile (7).

Il oubliera ses beaux serments, et Mirabeau, l'agent double, n'aura aucun mal à le convaincre de fuir à l'étranger. Dès lors la France sera engagée malgré elle dans les guerres de la première coalition, et la spirale sanglante suivra : les massacres de Septembre, le "génocide" des chouans, la Terreur, Thermidor... Les guerres dureront jusqu'à l'effondrement de la France en 1815. Et pourtant, tout ce déferlement de sang eut pu être évité...


(1) Lorsque nous fêtons le 14 juillet, c'est bien la Fête de la Fédération que nous commémorons et non pas la prise de La Bastille, contrairement aux idées reçues. Certains députés refusèrent en effet de commémorer la prise de La Bastille en raison des scènes de lynchage et des victimes innocentes qu'elle avait occasionnées.
(2) Le Champ de Mars est dans le prolongement de l'emplacement de la Tour Eiffel.
(3) Beaucoup de nobles étaient désireux d'en finir avec l'ancien régime qui leur interdisait de mener une quelconque activité autre que la carrière militaire, et les empêchait donc de s'enrichir.
(4) Saint Just était un ami de Robespierre qui gouverna sous la Terreur, ils furent guillotinés tous les deux lors de la réaction de Thermidor. Mme Du Barry était l'ancienne maitresse de Louis XV, elle fut guillotinée sous la Terreur.
(5) Ce pont était à l'emplacement de l'actuel pont d'Iena.
(6) La constitution en question était une monarchie constitutionnelle.
(7) Louis XVI était très influençable : avec lui, c'était souvent le dernier conseiller qui parlait qui avait raison.

dimanche 1 janvier 2012

AndiamoAu gui l'an neuf !

Ils sont partis... Abandonnant la boutique... Pas un p'tit bifton posté... J'ai honte !!!

Alors je m'y suis mis, malgré mes vieilles douleurs : le doyen au taf ! "Ils" me la font payer cher ma retraite...

Toujours soucieux de "coller" au plus près à l'actualité, j'ai voulu marquer la nouvelle année en évoquant le scandale des prothèses à mèmère... Pardon mammaires, les fameuses "P.I.P".

Encore une fois c'est tout en finesse et sous-entendus !


A toutes et à tous je vous souhaite une BONNE ANNEE (à la manière du chat)

samedi 24 décembre 2011

AndiamoLa saga Chauguise

Mine de rien, ça fait tout de même neuf fois que je vous raconte des « Chauguiseries ». Fufutes comme vous l’êtes, vous avez deviné que celui-ci est le dixième, ben tiens !

Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’aucun de vous ne m’a fait une remarque sur le patronyme de notre commissaire !

CHAUGUISE ! En argot un peu ancien, un « guise », ou « guisot », était un sexe masculin, alors Chauguise… Vous devinez ?

J’ai voulu modestement, bien sûr, vous offrir la galerie de portraits de mes protagonistes.

A tout seigneur tout honneur :

Chauguise. Ah ! Vous trouvez qu’il a des faux-airs de… Tiens, tiens ?




Bien sûr, son adjoint (de culasse aurait ajouté Saoul-Fifre) Julien Crafougnard, son patron l’appelle « Dugland », il l’aime bien mais ne le lui montre pas, et puis surtout il va bientôt devenir son gendre !




Il vous plaît Mesdames ? Tant mieux, en tout cas il plaît beaucoup à « Juju » Elle n’aime pas beaucoup que son Papa l’appelle ainsi, mais vous savez comment sont les pères avec fifille, alors Juliette devra faire avec !




Vous la trouvez comment Messieurs ?

Bien sûr, il y a aussi Bourrieux dit « Couillette », et vous savez pourquoi on le nomme ainsi ?

Il raffole des pastilles « Valda », les p’tits bonbecs verts à la menthe, et il les appelle des couillettes de Martiens ! Alors le sobriquet lui est resté !

C’est l’homme à tout faire du quai des orfèvres : médecin légiste de formation, mais il peut aussi, à partir d’un poil de cul, reconstituer le menu de la veille ! Entièrement dévoué à son « patron », il est un élément indispensable.

Lui aussi ressemble à… Mais chuuuut !




Mais non, je ne l’ai pas oubliée, celle qui partage la vedette avec l’équipe du 36 !

La traction avant Citroën 15 chevaux six cylindres, avec suspension « Grégoire » (elle a réellement existé).




Il fallait un décor à mes petites histoires, je n’ai pas choisi le plus moche, Chauguise vit à l’ombre du « sactos » comme il le nomme familièrement.

(Ch'tiots crobards Andiamo)




Ce soir on réveillonne
Alors à toutes et à tous
JOYEUX NOËL !

mardi 20 décembre 2011

La PouleL'envers du décor

planche-poule-envers-du-decor

Cliquez sur l'image pour voir la planche dans un nouvel onglet
puis zoomez en cliquant dessus pour la voir en vraie grandeur.

jeudi 15 décembre 2011

Saoul-FifreBlanche

Saoul-Fifre

Blanche a passé l'âme à gauche ce 8 décembre 2011 et est redevenue poussière, selon sa demande, hier Mercredi.

Blanche, c'était notre Calune, commentatrice fidèle devenue billetiste puis amie. Nous lui devons, à elle et à son compagnon Billy, quelques billets et plein de chansons. Pour se rendre compte de son influence au sein de Blogbo, vous pouvez taper "Calune" dans notre fenêtre de recherche ou cliquer sur ce lien. Nous passions notre temps à la citer, à la prendre à partie, à la taquiner, à lui dédier des chansons, à elle ou à sa fille, la Calunette.

Et elle n'est plus là. Elle ne fera plus de recherches Google, elle n'écoutera plus Jean Ferrat, ne lira plus Aragon, ne crispera plus les poings en pensant à Sarko, ne regardera plus de films d'art et essai...

Elle s'appelait Blanche... Je me suis donc servi de cette mélodie pour lui faire un de ces pastiches où elle était passée maitresse. Même si Pierre Perret ne faisait pas du tout partie de son Panthéon personnel. Elle était plutôt Ferrat, Rezvani, Chelon, sans oublier les Poppies.


Blanche

(Téléchargeable directement ici)

Blanche, notre Blanche...
A peine es-tu venue
Que tu nous abandonnes
Sur un malentendu...

La confiance est de mise devant la jeunesse
Et nous comptions sur toi, question longévité
D'autant que tu n'avais rien d'une pècheresse
Ni en alcoolémie ni en trucs à fumer...
On dit : "les maladies aiment les malheureuses"
Mais là tu rayonnais, pouponnant ton bébé
Nageant dans le bonheur, tu étais amoureuse
Du papa du petit, qui lui aussi t'aimait.

Blanche, notre Blanche...
A peine es-tu venue
Que tu nous abandonnes
Sur un malentendu...

Tu m'as fait un sacré cadeau d'anniversaire
En m'annonçant, en Mars : "Le crabe m'a pincé
Les meilleurs professeurs savent pas trop quoi faire
Même l'ami Google, grimaçant, m'a glacé."
Quand la réalité devient inadmissible
On s'accroche, assommé, même au fil du hasard
Mais la flèche têtue n'a d'yeux que pour sa cible
Malgré les rémissions, la morphine et l'espoir.

Blanche, notre Blanche...
A peine es-tu venue
Que tu nous abandonnes
Sur un malentendu...

Tu as tenu le coup tant que ce fut possible
Ta fille et ton petiot, tu les a protégés
Difficile souvent de paraitre paisible
Mais tu nous régalais de ton humour léger
Un mot de toi, un rire, et puis c'était la fête
On savait, oui mais on préférait se leurrer
De nuit, tu as filé, un peu comme en cachette
Et nous restons ici, démunis, à pleurer.

Blanche, notre Blanche...
A peine es-tu venue
Que tu nous abandonnes
Va, Blanche... On te salue.


Tant-Bourrin

Il y a quelques jours, l'aube ne s'est pas levée. Ou plutôt, devrais-je dire, le simulateur d'aube, qui m'assure des réveils en douceur depuis bien des années sans jamais faillir, ne s'est pas déclenché, ce qui m'a valu un réveil tardif avec une heure de retard.

Etrange, me suis-je dit : après vérification, tout était bien réglé pour fonctionner et, d'ailleurs, le très infime grésillement de l'appareil indiquait bien qu'il était en phase de fonctionnement. Ampoule grillée ?

Toujours est-il que je partis ce jour-là bosser avec ce sombre pressentiment qui s'insinuait insidieusement en moi : Blanche n'était plus.

C'est presque sans surprise que j'en reçus la triste confirmation quelques heures plus tard via un mail de Saoul-Fifre.

Bien sûr on savait le dénouement inévitable, bien sûr ses chairs meurtries par le crabe la martyrisaient depuis des mois, bien sûr c'était sûrement mieux que cet océan de souffrance que les soins palliatifs peinaient à endiguer, bien sûr... Mais putain, qu'est-ce que ça a fait mal !

Blanche, c'est un vent d'énergie, de subtilité et d'humour qui s'est mis à souffler sur Blogbo en janvier 2007, lorsqu'elle a posé son premier commentaire sur ce billet. Quatre années ou presque d'une fidélité indéfectible, qui mit beaucoup d'essence dans le moteur poussif de notre créativité déclinante. Quatre années qui la virent se joindre à nous pour quelques billets que je ne peux aujourd'hui plus lire où écouter sans qu'un rideau mouillé ne tombe sur mes yeux...

Et puis vint cet été et le choc, quand je la revis au pique-nique Blogbo. Les ravages du mal étaient déjà visibles. Tout, d'un seul coup, se déchirait : les rires, les pensées, les cœurs...

Dans les semaines qui ont suivi, malgré la douleur, malgré ses secondes qui devenaient si précieuses, elle a tenu à continuer à échanger par mails, jusqu'au bout.

Elle m'y a conté la douleur, la nausée, l'horreur de la chimiothérapie et son refus final de poursuivre le traitement pour profiter du peu de temps qu'il lui restait.

Quand elle me parlait de Blogbo et que je lui confiais en retour que, pour le coup, je n'avais plus aucune envie d'écrire, elle me répondit :

Mais j'espère que ce que tu m'écris là, c'est seulement sous le coup de l'émotion. Quand je serai partie, ce sera pareil qu'avant, hein. Il y aura toujours des lecteurs, des gens qui seront heureux de passer sur blogbo et de s'y marrer, le matin au début de leur journée de boulot plus ou moins tristounette, enfin quoi, la vie continuera - comme dit Saoul-Fifre (et sûrement d'autres avant lui ;-)) : "la mort, c'est la vie !" C'est si vrai... Je fais tous les efforts possibles pour convaincre Billy de tout faire pour conserver sa bonne humeur, sa joie de vivre, et être heureux, même "après", pour que les enfants puissent grandir en ayant ce droit, pour que mon absence ne les empêche surtout pas de rigoler et de croquer la vie à belles dents ! Je sais bien que ce ne sera pas facile, mais j'ai besoin de penser qu'ils pourront continuer à vivre heureux, et le reste du monde avec - blogbo par exemple.
J'espère donc que, ne serait-ce que pour me faire plaisir, tu continueras à bloguer dans la légèreté, l'insouciance et la bonne humeur qui font le sel de Blogbo - sans déconner, si tu savais ce que mon arrivée par hasard sur votre blog m'a apporté... des amis comme une vraie famille, plein de belles choses, de chansons, de rires, de ce qui fait la vie belle ! Toutes ces journées de boulot pénibles que j'ai supportées grâce au billet du matin..."
[nb : j'ai remplacé les vrais prénoms par leur pseudo sur Blogbo]

Puis elle enchaînait sur des choses plus légères, demandait des nouvelles de la famille, du prochain billet, plaisantait sur tout (pour ne pas pleurer, je le crains).

Et puis vinrent ses tous derniers messages :

Un petit coup de mou qui s'accélère (non, s'il te plaît, ne me demande pas ce que c'est que du mou qui s'accélère... :-§)

Après avoir finement détecté que mon dernier billet lui était dédié ("Dis donc tu m'as gâtée, pour ce tour de billet ! On le croirait tricoté pour moi, sans blague..."), elle me conta l'arrivée prochaine du poêle dans la maison :

Je me demande si Gisèle ne pourrait pas faire un petit feu avec son ustensile, là, vu qu'il commence à faire frisquet ? Concours de circonstances, le gars mandaté par Leroy-Merlin pour nous installer un poêle arrive tout droit ici dans l'heure... quand je disais que je rêvais de le voir installé de mon vivant, misère, je ne pensais pas rater d'un cheveu, ce serait quand même dommage ! :-\

Et ce tout dernier message se concluait par ses quelques mots :

Allez, on croise les métacarpes et on y croit ! :-)

C'est toute Blanche qui est résumée dans cet ultime smiley final.

Aujourd'hui, je la pleure comme la pleurent tous ceux qui ont eu la chance de la connaître, et je pense très fort à Billy, à la Calunette et au petit Bilune...

Mais je ne peux m'empêcher d'imaginer, après avoir constaté, à mon retour, le soir, que l'ampoule n'était pas grillée et que le simulateur d'aube fonctionnait parfaitement, que Blanche a voulu m'adresser un ultime clin d’œil en mettant à mal mon esprit scientifique et qu'elle rirait bien de me voir aujourd'hui verser dans ces croyances, elle dont le rationalisme était à toute épreuve : "voyons, gros nigaud, tu savais que j'étais depuis peu dans le coma, que la fin était imminente, tu guettais juste le moindre incident pour y voir un signe, alors qu'en temps ordinaires tu n'y aurais même pas prêté attention !"

Oui, je sais, Blanche, c'est con. Mais punaise, qu'est-ce que j'ai envie d'y croire quand même !


Manou

Il m'a fallu lire plusieurs fois ton mail du 8 décembre, pour comprendre ton départ.

Plus tard, Saoul-Fifre m'a précisé que tu étais depuis un moment déjà en prise avec le crabe.


Il y a justement une dizaine de jours, je pensais à toi. Je me disais qu'il fallait que je t'écrive. Et tu vois, ce geste fut remis à plus tard, comme le sont tant de gestes destinés à ceux qui nous importent. Tu vois, c'est même toi qui as écrit la première...


La première image qui me vient, quand je pense à toi, est un ciel de nuit étoilé.

La seconde image, celle de ton visage au soleil, dans la cour d'une maison, chez Saoul-Fifre, à Saint Léo.

Je me souviens parfaitement de ce week-end que le Souf et Anne ont permis. Nous avons parlé photos et choses de la vie. Je me rappelle d'une jeune femme entière, naturelle, exigeante et curieuse.


Le dernier message que j'ai de toi, avant celui du 8 décembre, date de septembre 2011. Depuis nous n'avons plus échangé ni mots, ni photos.

Tu écrivais ceci : "J'espère qu'on aura l'occasion de se revoir un jour ! : ) ".

A bientôt, Blanche.


La Poule



Françoise

Pendant deux ans, je ne savais pas qui était Blanche, mais je lisais les commentaires de Calune sur Blogborygmes, comme un souffle de vie et d’humour. De tendresse aussi, transparaissant à travers les lignes. Pudique. Et puis il y a eu ce superbe billet , racontant comment, de Rezvani à Bilune, une série d’événements irrésistibles avaient conduit Calune vers Billy, et donné vie à leur magnifique petit garçon. Ce jour-là, sans l’avoir jamais vue, elle est devenue pour moi une fille réelle, débordant d’un tel bonheur que j’en avais été très émue, comme tous ceux qui ont lu ce billet, je crois.

L’été dernier à Meudon, lors du pique-nique Blogbo, Blanche était déjà malade, mais ni elle ni personne n’en a parlé. J’avoue m’être sentie tiraillée entre l’envie de la serrer dans mes bras et la discrétion qu’imposait son silence. J’ai admiré qu’elle ose affronter seule le cancer, à mains nues, en sachant qu’il finirait par gagner, tout en me demandant si j’avais bien fait de ne rien dire…

J’ai très souvent pensé à elle ces derniers mois. En lisant les commentaires qu’elle laissait sur tel ou tel billet, j’espérais un mieux, un répit dans la maladie. Ce n’était pas le cas, hélas… mais l’humour et l’énergie de ses derniers commentaires sont les mêmes que ceux qu’elle manifestait avant d’être malade. Le cancer a emporté Blanche trop tôt, bien trop tôt. Mais comme le sourire du chat de Cheshire, l’humour et la tendresse de Calune flotteront toujours dans l’air et dans nos cœurs.


Andiamo

Je viens de lire dans « l’interface » les jolis mots de : Françoise, Manou, La Poule, Saoul-Fifre, et Tant-Bourrin

Je ne voulais pas écrire, je ne sais pas bien faire ça, trop de pudeur sous des allures « d’affranchi ».

Je ne sais pas pleurer non plus, tant mieux ou tant pis, je ne sais. Mais, lorsque au cours du pique-nique « Blogbo », je t’ai vu, Blanche - Blanche la bien nommée hélas !

Pour la première fois depuis bien longtemps j’ai eu du mal à déglutir, la grosse boule au fond de ma gorge sans doute.

Et puis j’ai vu Billy et votre « Bilune », le premier bébé Blogbo, quel enfant magnifique ! Allons Blanche, tu laisses à ceux que tu aimes ce dernier et magnifique cadeau. Un petit garçon débordant d’énergie, que j’ai eu le plaisir de tenir par les mains pour lui faire faire quelques pas. Tu laisses aussi à ce petit garçon une "Calunette", sa grande sœur, et à ces deux enfants un Papa attentionné.

Blanche aimait la mer et les bateaux, elle me l’avait écrit dans un de ses commentaires en 2009.


Le lundi 4 mai 2009 à 09:30, par calune
Ah, tes bateaux ! Et cette façon que tu as de tracer les flots...
M'enfin c'est pas sympa de me redonner envie de vacances là tout de suite. :-s


Pour toi Blanche ces deux dessins :

- Le premier la mer que tu aimais tant !



- Le second, ce Clipper, le "CUTTY SARK", magnifique voilier. Qu'il t'accompagne au cours de ton long voyage...


(ch'tiots crobards Andiamo)

vendredi 9 décembre 2011

Scout toujours17 juin 1815, la journée qui fit changer le monde

17 juin 1815, les cent jours : Napoléon vient de remonter sur le trône et doit affronter une nouvelle coalition (1) financée par les Anglais : les "Tories" (2) ont juré notre perte. L’Angleterre a payé aux autres puissances vingt guinées par homme mobilisé contre la France.

Le plan de l'empereur est de s'attaquer d'abord à ses ennemis les plus décidés, à savoir les Anglais et les Prussiens stationnés en Belgique. Son but est de séparer ses deux adversaires et de les battre l'un après l'autre : d'abord les Prussiens, et les Anglais ensuite. L'armée Prussienne, il vient de la battre le 16 juin, la première partie du plan est donc réalisée. Sur notre gauche, à 12 kilomètres de distance, les Anglais font face à Ney qui a reçu l'ordre de les attaquer ce matin-même, si toutefois Wellington (3) commet l'erreur de rester face à lui. L'armée Anglaise sera alors immanquablement écrasée, prise entre celle de Ney et celle de Napoléon.

Il est 6 heures du matin, l'empereur anxieux, a beau prêter l'oreille, aucun bruit de canon ne s'entend sur sa gauche. Pour lui, si Ney n'attaque pas, c'est signe que Wellington s'est déjà replié : l'anglais est trop prudent pour rester dans une position aussi périlleuse ; il aura probablement évacué le champ de bataille dans la nuit. Une reconnaissance est envoyée du côté de Ney afin d'en avoir le cœur net. Pour le moment, tout indique que nos ennemis fuient vers deux directions opposées : les Prussiens vers l'est et les Anglais vers le nord, ils semblent définitivement séparés et ne pourront plus se rejoindre, le plan marche mieux que prévu. Croyant avoir tout son temps, Napoléon donne des ordres pour passer son armée en revue. Une violente crise d'hémorroïdes l'ayant terrassé pendant toute la nuit, il choisit de visiter le champ de bataille en voiture et déambule de poste en poste, réprimandant les uns, félicitant les autres. Le champ de bataille est couvert de morts : le combat de la veille a été une abominable boucherie, les hommes se sont entre-égorgés comme s'ils avaient nourri une véritable haine personnelle les uns vis à vis des autres (4) et la voiture impériale a du mal à se frayer un chemin entre les cadavres.

Soudain, vers 10 heures 30, coup de théâtre ! La reconnaissance envoyée du côté de Ney est de retour : "L'armée Anglaise est restée sur place, face à Ney, et cet imbécile ne les a pas attaqués !" L'empereur réalise soudain l'occasion qu'il a perdue : si notre armée était partie dès l'aurore, elle serait déjà sur place en train d'écraser Wellington saisi entre nos deux armées. A présent, plus question de passer l'armée en revue, "Sus aux Anglais !" Il n'est peut être pas trop tard, avec un peu de chance, si Ney exécute ses ordres et attaque l'arrière-garde Anglaise, Wellington devra se retourner pour faire face, et on arrivera juste à temps pour le battre !

Napoléon laisse Grouchy (5) s'occuper des Prussiens et s'élance à la tête du reste de son armée en direction des Anglais. Il faut faire vite, Wellington est peut-être encore là ! On n'entend toujours pas le canon de Ney, mais bon sang, que fait-il ? L'ordre d'attaque a dû lui parvenir au plus tard à 10 Heures...

On se presse sur la route, la cavalerie galope en tête. Vers midi, Napoléon réitère à Ney l'ordre d'attaquer et fonce vers les anglais avec ses hussards, mais arrivé sur place, seule la cavalerie Anglaise est encore là. Tout le reste de l'armée Anglaise a déjà fui vers le nord. La retraite a commencé vers 10H30. Au diable les hémorroïdes, l'empereur quitte sa voiture, enfourche sa jument et galope à la tête de ses escadrons de service, vite, vite, on a peut être encore le temps de les coincer. Ney arrive enfin et se fait vivement réprimander de n'avoir pas attaqué : par sa faute, l'armée Anglaise est en train de nous échapper. Un violent orage éclate. Galopant dans la boue, les cavaliers Français poursuivent leurs adversaires l'épée dans les reins : ils sont si proches des Anglais que ces derniers peuvent entendre leurs rires et leurs insultes. La poursuite se prolonge jusqu'à la position de Mont Saint-Jean où l'armée anglaise s'est retranchée. Il est déjà 18 heures. A présent il est bien trop tard pour attaquer : il ne reste que trois petites heures de jour, ce qui n'est même pas suffisant pour rassembler nos troupes. L'armée Anglaise vient de nous échapper. La mort dans l'âme, l'empereur replie sa longue-vue et se résigne à remettre son attaque au lendemain. Notre dernière chance de vaincre la coalition vient de s'envoler.

Demain, ça sera Waterloo : les héros de la Révolution et leurs fils succomberont sous les coups répétés des deux armées alliées réunies. La France, terre d'agriculteurs et pays des Lumières, perdra à jamais sa première place et sera définitivement reléguée au rang de puissance secondaire. L’Angleterre de son côté accèdera au premier rang mondial et y restera près d'un siècle et demi. Son Empire colonial s'étendra et le capitalisme anglo-saxon (6) s'établira sans limite sur les 3/4 de la planète, une page de l'Histoire est tournée...

(1) : Cette septième coalition qui masquait mal ses intentions allait bientôt devenir la "Sainte Alliance", ligue des rois contre les peuples (il y était prévu une assistance mutuelle entre les monarques, visant à maintenir l'ordre établi et à mater toute velléité révolutionnaire en Europe, sous prétexte de paix, elle incarnait la Réaction).

(2) : Le Parlement Anglais comprenait deux partis : les Whigh qui étaient pro-Français et qui considéraient que cette guerre engagée contre la France était la plus injuste qui puisse être menée contre un pays, et les Tories qui méprisaient le peuple et qui avaient en horreur notre révolution et ses idées, ainsi que Bonaparte dont le plus grand tort était en fait de n'être pas monarque de sang.

(3) : Wellington était le général en chef Anglais (il était Tory bien évidemment).

(4) : Le peuple Allemand était le seul à approuver cette guerre car il nourrissait une véritable rage vengeresse contre la France qui l'avait humilié huit ans auparavant. Tous les autres pays belligérants n'aspiraient qu'à la paix, mais comme on le sait,en matière de guerre, il n'a jamais été de tradition de consulter le peuple, des évènements plus récents nous l'ont tristement confirmé...

(5) : Grouchy, nouvellement nommé maréchal de France, commandait environ le tiers de notre armée, Ney commandait un autre tiers, et le reste était sous les ordres direct de Napoléon.

(6) : Le capitalisme est bien né en Angleterre et non pas aux États-Unis, contrairement aux idées reçues.

dimanche 4 décembre 2011

AndiamoChauguise et le NEANT

Alors là ! Je vous cloque au parfum tout d’suite : bien entendu que les personnages sont bidons, la grand’ mère du taulier du « Néant » n’avait pas couché avec les boches !




En arrivant au 36 ce matin-là, Chauguise est d’humeur maussade : une journée de novembre pourrie, un peu frisquette, une petite bruine collante qui, malgré le col relevé de son imperméable « mastic » et son doulos fétiche, a réussi a lui mouiller la nuque.

Bonjour patron ! Bonjour patron ! Chacun des poulagas de la maison Royco y va de son « bonjour patron » et Chauguise toujours aimable et enjoué leur répond par un : « mouais » !

Julien s’approche :

- Patron, on a reçu un appel juste avant que vous arriviez, y’a un truc pas banal au cabaret du "NEANT" !

- Au "NEANT", la boîte boulevard de Clichy ?

- Ben oui, j’crois, patron… On y a trouvé un cadavre...

- Tu crois, tu crois... Ouais, bon, j’en vois qu’un de cabaret « le Néant » dans Pantruche ! Allez Dugland, ramasse ta pelure, on y va !

Chauguise a à peine le temps de s’asseoir dans la quinze que Julien démarre sur les chapeaux de roues !

- Doucement Dugland, le macchab’ ne va pas s’tirer !

La quinze Citroën emmanche le boulevard du Palais, franchit sans problèmes le pont au change. Dans les années cinquante, la circulation n’était qu’une simple formalité ! Descente à fond du Sébasto, au passage coup d’œil nostalgique sur la devanture du « Fantasio » un dancing dans lequel Chauguise aimait bien traîner quand il était jeune homme ! A la suite, c’est le boulevard de Strasbourg, un à gauche spectaculaire à hauteur de Saint Laurent, puis c’est le boulevard Magenta jusqu’à Barbès, encore à gauche, une mèmère à chien chien invective copieusement la pauvre traction avant, qui n’y est pour rien !

Enfin après parcouru le boulevard de Clichy la voiture stoppe devant le 38.

Le cabaret « Le Néant » Ne le cherchez plus : lui aussi rasé, laminé, et l’immeuble avec !


Le taulier est là devant la lourde, dansant d’un pied sur l’autre afin de se réchauffer.

- Bonjour commissaire, je suis…

- Je sais qui tu es Alfred, tes affaires sont aussi claires que la Seine en période de crues ! Et puis on t’a à l’œil depuis la libération, t’es quand même fortement soupçonné d’avoir collaboré, enflure !

- Oh, Commissaire !

- MONSIEUR le commissaire, pour toi… Lopette ! Et moi je n’oublie jamais, Verstehen ?

- Je passe devant pour vous montrer…

Alfred précède Chauguise et Julien. Une salle éclairée par des bougies plantées dans des crânes, et des cercueils en guise de tables (1)

Ben dis donc, il fait vachement chaud dans ta cambuse…

- Oui Monsieur le commissaire, le chauffage est déréglé, on attend un technicien. Vous savez, ça fait deux jours qu’on sentait une vilaine odeur, Monsieur le commissaire. Au début, on a pensé à un rat crevé dans un coin. Puis, après inspection minutieuse, Robert le loufiat a décelé que l’odeur provenait de l’un des cercueils servant de table ! Alors on l’a ouvert, et voilà ce qu’on a trouvé.

Bien allongé dans la boîte à dominos, le corps d’une femme apparemment jeune, et complètement dénudé.

- Ben dis donc, elle voyage léger la donzelle, pas même un bénuquet sur le fion !

- Bon allez, Alfred, couvre-la ! Elle ne risque pas de s’enrhumer, note… Mais tout de même ! Mène-moi dans ton burlingue, je vais bigophoner à Couillette afin qu’il pratique une autopsie et procède à l’identification de la donzelle. Quant à toi Alfred, tu décanilles pas, j’te garde sous l’coude, understand ?

- Oui Monsieur le Commissaire !

Chauguise et Julien sont remontés dans la quinze.

- Va tout droit, je connais un p’tit rade près de la place Clichy, on va écluser un "Clacquesin", on l’a bien mérité, et ça nous réchauffera !

En passant devant le "Gaumont palace" (2) Julien regarde l’énorme calicot ornant la façade. Le film à l’affiche est : « l’appât » de Anthony Mann avec James Stewart et Janet Leigh.

Je suis sympa, je vous ai dégotté l’affiche !


- Ça m’a pas l’air mal, j’emmènerai Juliette dimanche… Si vous voulez venir…

- Pour tenir la calbombe ? Merci !

Le corps a été emporté à l’ institut médico-légal quai de la Rapée. Bourrieux dit « Couillette », le légiste et homme à tout faire du 36, examine minutieusement le corps de la jeune femme. Quand il a terminé il appelle Chauguise.

- Salut Chauguise ! C’est Bourrieux, je viens de terminer avec la petite du « Néant », tu veux des tuyaux ?

- Ouais, bien sûr ! Accouche, Couillette !

- Voilà, la donzelle avait 27 ou 28 ans environ, morte par strangulation, elle porte sur son avant-bras gauche une cicatrice, du genre : tatouage qu’on aurait tenté d’effacer !

- Tu veux dire comme ceux que les boches avaient tatoué sur les déportés Juifs ?

- Oui, c’est ça !

- Et tu penses pouvoir déchiffrer ce numéro ?

- Oui, sans doute avec des lumières rasantes … Enfin j’vais pas t’raser avec mes explications techniques ! J’te rappelle quand ce sera fait.

Une heure plus tard, Bourrieux rappelle.

- Voilà, c’est fait, j’ai pu déchiffrer ce putain de numéro !

- Bravo Couillette, avec ce numéro on devrait retrouver l’identité de la jeune femme !

- Je m’en suis occupé, j’ai demandé que l’on fasse des recherches…

- Décidément, Couillette, t’es un marle !

Le lendemain Chauguise reçoit un appel : l’identité de la jeune femme a été éclaircie, il s’agit d’une certaine Rachel Cohen.

- Rachel, Rachel, ça me dit quelque chose, marmonne Chauguise, en se pressant le citron, signe d’une réflexion intense chez lui. Ça y est : « Rachel la liane » en référence à sa minceur et à sa grâce, elle était danseuse… En fin plutôt « effeuilleuse » et se produisait souvent à « la boule noire » un cabaret pas très loin du « Néant »(1) !

- Radoche, Dugland ! Fais chauffer la limousine, on retourne à Pigalle !

Chauguise, suivi de Julien, se pointe devant le cabaret « La boule noire ». L’aboyeur de faction, leur barre le passage, Chauguise exhibe son « sésame » et, miracle, le colosse s’efface !

En entrant le taulier se présente.

- Je suis Mario, Monsieur le commissaire, déclare-t-il avec un accent italien, vous désirez ?

- Laisse tomber ton accent Rital, Maurice, t’es né à Belleville comme mécolle ! Tu connais une certaine Rachel Cohen ?

- La liane ? Bien sûr, ça fait quatre jours qu’on ne l’a pas vue, elle est sous contrat vous savez ?

- Ben ton contrat, tu peux le foutre aux cagoinsses et en faire bon usage, vu que la petite elle a cessé de consommer de l’oxygène ! Et maintenant tu vas me dire tout ce que tu sais sur elle.

- C’était une fille sérieuse, travailleuse et tout, Monsieur le Commissaire, mais depuis quelques temps elle était un peu triste si vous voulez mon avis. Il paraît qu’elle sortait avec Alfred, le gérant du « Néant » le cabaret juste à coté.

- Putain l’enflure ! s’écrie Chauguise, je vais le faire glavioter au bassinet !

Mi-marchant, mi-courant Chauguise et Julien se rendent au « Néant », au passage ils bousculent un peu le petit personnel, puis font irruption dans le bureau d’Alfred, ce dernier fait réviser ses cours de comptabilité à l’une de ses employées assise sur ses genoux, le corsage largement ouvert sur son panorama.

- Allez la schneck, dégage ! Quant à toi, Alfred, tu vas nous suivre au 36, et pas de schkroum, ou j’te fume ! Dugland, appelle des renforts et demande au proc’ une commission rogatoire, on va perquisitionner.

Une heure plus tard, une escouade de flics débarque et inspecte les lieux. C’est alors que l’on découvre dans un autre cercueil servant de table, des lingots d’or frappés de l’aigle reposant sur une croix gammée, l'emblème du troisième reich !

Alfred passera aux aveux rapidement, vu que les beignes façon Chauguise, il n’apprécie pas du tout !

La joncaille, il l’avait chourrée aux chleus au moment de la débâcle en août 44, il s’était retrouvé rue Loriston au moment où ils emballaient leurs lingots.

Alfred avait buté les deux soldats et embarqué quelques uns des précieux lingots, dans sa Peugeot 202 !

Un certain nombre de ces lingots pour acheter le cabaret, et à lui la vie de pacha !

Quelques années plus tard, il avait rencontré Rachel et en était tombé raide dingue. Il n’avait jamais remarqué la cicatrice qu’elle portait à l’avant-bras, et avait eu l’imprudence de lui montrer les lingots. Rachel avait tout de suite compris que la rumeur qui courait à son sujet était fondée. Elle avait voulu le dénoncer à la police.

La suite banale en somme. Alfred étrangle Rachel, la met dans l’un des cercueils, en attendant de s’en débarrasser… Le grain de sable ? Le chauffage qui se met à déconner hâtant la décomposition du corps !



(1) Authentique.

(2) Le cinéma "Gaumont palace" place Clichy, était le plus grand cinéma d’Europe avec ses 5000 places. Rasé en 1972 '' ! ''J'y ai vu "les Vikings" en 1959, avec Kirk Douglas, Tony Curtiss et... Janet Leigh, c'était hier !

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