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vendredi 16 avril 2010

AndiamoL'usine, ça n'est pas le bagne

J’ai travaillé quarante ans dans des usines : des très grandes, des moyennes, chez des artisans aussi. J’ai travaillé assez dur, cinquante ou soixante heures par semaine, parfois des dimanches quand la situation le réclamait, toujours sur la base du volontariat et fort bien rémunéré !

C’était l’époque où les professionnels n’avaient pas droit au port de l’épée, ni de pénétrer dans les ateliers à cheval certes, mais nous avions droit à un certain respect.

La loi de l’offre et de la demande… Toujours elle ! Des montagnes de boulot et pas assez de pros.

Généralement, l’embauche se faisait à sept heures. En conséquence, le lever s’établissait aux environs de cinq heures quarante-cinq. Très souvent, à l’époque, les gens n’habitaient pas très loin de leur lieu de travail.

Quand vous avez déjeûné à six plombes du mat’, le travail physique aidant, sur les coups de neuf heures, vous avez un petit creux ! C’est le sacro-saint moment du casse-croûte : pain frais, saucisson, pâté et rosé du matin… Entrain ! Et bien sûr la clope après tout ça, de la gauldo pure et dure, sans filtre, mais pas plus dangereuse que les LIGHTS ! Car, pour avoir sa dose, on doit aspirer comme un cachalot qui reprend son souffle. Tandis qu’avec la gauldo nature, une tite taf et t’as fait le plein de nicotine, au passage t’as respiré moins de goudrons !

A Paris et dans sa banlieue, j’ai croisé dans ces usines quelques phénomènes, des vrais titis, des comme on n'en fait plus !

Je vais changer les noms, bien sûr, mais je vous assure que ces individus ont réellement existé!

Commençons par Nénesse : un p’tit bonhomme, 1 mètre cinquante-cinq debout sur une brique, épais comme une tige de frein, la casquette années trente, droite derrière la nuque, la vraie fouillasse des Julots casse-croûte.

La première fois que je l’ai vu, c’était dans son « casino », c’est ainsi qu’il nommait le petit atelier qu’il tenait en dehors de ses heures de boulot. Il venait bosser là afin que sa « gerboise » et ses « rongeurs » lui lâchent la grappe ! Du taf au black, ça va de soi ! Il retapait des mobs et des pétoires. Justement, mon copain cherchait une 125, pas trop chère.

Je l’emmène chez Nénesse. On arrive : c’était l’hiver un soir de semaine, il faisait déjà nuit, présentations…

- Tu viens chercher ta pétoire, môme ?

- Ouais, rétorque mon copain.

- J’en ai une laga, mais j’te préviens, renouche bien l’article, j’te la vends pas dans un sac, faudra pas v’nir chialer : j’rends pas les pions, surtout que j’te la fourgue pas lerchem’ !

Eh bien la moto fonctionnait, mon pote est rentré avec, comme quoi !

Par le plus grand des hasards, je me suis retrouvé à travailler avec ce Nénesse dans une usine.

Il était soudeur et possédait un poste à arc, un engin énorme type rotatif, qui faisait un foin…

Il l’appelait : « mon carillon », belle image !

Un jour, il alpague le chef d’atelier, mon gigale, comme il le nommait.

- Eh ! M’sieur P… Venez voir, regardez-moi ça, mon carillon on dirait l’homme orchestre ! Vous entendez le raffut ? Comment voulez-vous que j’écoute Mozart dans de pareilles conditions ?

Le père P…. était plié en deux, mdr comme on écrit aujourd’hui. D’ailleurs, il nous avait avoué que les jours où il n’avait pas le moral, il venait le voir, l’écoutait, et repartait gonflé à bloc !

Atteint de la maladie de Dupuytren, il avait fallu l’amputer de deux doigts à la main droite, l’annulaire et l’auriculaire. Un jour, il me montre sa pogne et me déclare :

- Tu vois, môme, avec ma patte de poulet, j’peux même plus alpaguer un jacquot ! (un jacquot étant un litre de rouge). Et il est vrai qu’avec les trois doigts restant, sa pogne ressemblait à une patte de poulet !

Cerise sur le gâteau : la visite du cirque de Gavarnie, un poème, pas la chanson de Roland certes, mais plus folklo assurément !

Nénesse raconte (pour le suivre il fallait avoir fait argot en seconde langue) et encore vous n’avez pas l’accent !

On déboule, y’a l’gus qu’a voulu me louer un gail ! Tu me r’nouches sur une bique ? Déjà que sur ma meule j’ai la chopotte qui traîne dans l’caniveau, et pis sur ces bestiaux là y’a pas d’frein à main. Non j’vais vous attend’ au rade, c’est aussi un gastos, on cassera la dalle quand vous serez revenus !

La smala revient, je pense qu’il avait dû lichtronner un peu, en attendant le retour de la caravane.

Il raconte :

- Ah la la ! C’était l’gastos de la tab’ qui r’cule ! Le loufiat nous sert de la ragougnasse de tétons d’négresses en entrée, des rognures à l’échalote comme plat de résistance, j’ai pas attendu l’claquos, ni la tarte aux nouilles ! On s’est levés et on a renaudés vilain, en menaçant l’taulier d’aller porter l'pet chez les kébours !

Je ne me souviens plus comment s’est terminée l’histoire, je pense que je pleurais de rire, et que j’étais incapable de suivre, car il fallait le voir gesticuler… Inénarrable !

Un autre tout aussi folklo, on va l’appeler le piaf.

Le piaf avait récupéré, après la débâcle des doryphores, un casque, il s’était fabriqué une paire de béquilles, puis coiffé de son casque allemand, une béquille sous chaque bras il arpentait l’allée centrale du grand atelier, en marmonnant : grooosss malheur la guerre ! Grooosss malheur ! Quel spectacle : à pleurer de rire !

Sur la porte de son vestiaire, il avait fixé de ces petites plaques métalliques que l’on apposait autrefois sur les pierres tombales. Elles étaient en aluminium, avec des inscriptions en relief, un peu le même système que les plaques minéralogiques.

On pouvait lire :

- A mon époux regretté.

- A notre chère Papa.

- De la part des voisins.

- Les anciens combattants.

Etc….

C’était autrefois, avant 1983, date à laquelle cette magnifique entreprise a fermée. Je n’ai jamais retrouvé une telle ambiance. C’est fini je crois et bien fini, hélas pour vous les jeunes, car lorsque je lis vos billets, je m'aperçois que l'ambiance dans les boîtes, ça n'est plus ça !

vendredi 9 avril 2010

Tant-BourrinBouché

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas stressé les oreilles en couinant une petite chanson de ma composition. Réparons donc illico cet oubli.

Voici, en exclusivité mondiale pour les lecteurs de Blogborygmes, "bouché", une chanson que j'ai écrite avec mes tripes. Spéciale dédicace aux durs de la feuille, aux seconds couteaux, aux pas francs du collier, à ceux qui ont plein de travers, mais aussi aux gens bons....




Bouché

Paroles (!) et musique (?) : Tant-Bourrin


Téléchargeable directement ici


J’étais puceau, sorti tout droit de ma Creuse.
Quand je t’ai vue, l’effet bœuf que tu m’as fait !
T’as juste dit en riant : « c’est moi, l’osseuse ! »
Comme un couillon, je t’ai offert un bouquet.

Moi, je faisais partie de ces gars loyaux
Qui manquent juste un petit peu de cervelle,
Mais toi, tu m’as pris pour un mignon dévot
Parce que j’avais entre mes mains deux missels.

Bouché, bouché, notre avenir est bouché.
Entre nous deux, ça ne fait plus que barder.
Nos sentiments auraient dû rester cachés
Car notre amour a fini par se viander.

On a taillé une bavette un moment.
Tu m’as dit que t’écoutais le groupe Abba,
Que tu lisais un pavé d’Chateaubriand,
Que tu créchais dans un vieux gîte à la noix.

Mais t’as pas dit que t’étais plus un tendron,
Que tu voulais juste vivre à mes crochets,
Que tu rêvais d’avoir cinq ou six lardons,
Sinon, c’est sûr, je n’aurais jamais flanché !

Bouché, bouché, notre avenir est bouché.
Entre nous deux, ça ne fait plus que barder.
Nos sentiments auraient dû rester cachés
Car notre amour a fini par se viander.

Pour te payer ces robes qui te boudinent,
Plus d’une fois, j’ai dû casser mon cochon.
Depuis que t’as voulu refaire ta poitrine,
Mon compte en banque est vide, j’ai pas le rond.

Mais aujourd’hui il faut que je te confie
Que je me bouge et que je me décarcasse.
Ça va changer, compte donc tes abattis !
Je vais bientôt mettre fin à cette farce !

Bouché, bouché, notre avenir est bouché.
Entre nous deux, ça ne fait plus que barder.
Nos sentiments auraient dû rester cachés
Car notre amour a fini par se viander.

Voilà, c’est fait, je n’ai pas fait de quartier
Et j’ai tranché dans le vif tout aussitôt.
En m’échinant, j’ai découvert, épaté,
Ta tendreté sous le fil de mon couteau.

Bouché, bouché, notre avenir est bouché.
Entre nous deux, ça ne fait plus que barder.
Nos sentiments auraient dû rester cachés
Car notre amour a fini par se viander.

mardi 6 avril 2010

AndiamoUn rat qui rit

Ah ! Le beau journal que c'était...

J'ai découvert Hara-Kiri en 1963 à Toulouse, vendu dans la rue, et j'ai été immédiatement séduit.

Quelle innovation ! Tout y passait, l'irrespect était leur maître mot.

J'ai voulu me défouler, il y avait bien longtemps, et le crayon me démangeait... J'ai dit LE CRAYON !! Faut pas rêver non plus !

Allez, le printemps se fait tirer l'oreille, alors un p'tit sourire, du moins je l'espère.



Vous pouvez toujours manger la bestiole !




Allons Messieurs ne fantasmez pas trop !



J'ai bien une petite idée...



J'hésite.



Ou alors en location au one two two ?



Ne le changez pas : il me fait trop marrer !



Il n'y a pas de petits profits.



J'ai l'âge requit pour un abonnement !



AH Les belles doches... Que serions-nous sans elles ? La vôtre vient dîner ce soir ? Veinards !



La prochaine fois promis : je vous dessinerai les BAISAUNOURS !

(ch'tiots crobards Andiamo pour Blogbo 2010)

samedi 3 avril 2010

Saoul-FifreBonjour

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, car je vous parle d'un temps que seuls les plus anciens d'entre vous ont connu, mais j'ai écrit des billets sur ce blog, à une époque. C'était le bon temps, comme on dit, les idées fusaient, les mots jaillissaient joyeusement, facilement, comme par magie, c'était la fête perpétuelle du langage et du rire. Mais je vais arrêter d'en parler, je me fais du mal.

Aujourd'hui, bien sûr, rien n'est pareil, j'ai perdu la mémoire, mes phrases sont incohérentes pour la plupart et je ne sais plus où j'habite, si quelqu'un pouvait me ramener chez moi, il serait bien aimable et je lui en aurais beaucoup de reconnaissance. Mais de quoi étais-je en train de vous entretenir ? Ah oui, l'autre jour, Calune m'a envoyé un mail en me proposant d'écrire un pastiche sur "Une chanson douce" de Henri Salvador. Chouette, une idée sans être obligé de la chercher. Par contre, sa proposition de mettre "une chatte douce" était d'un vulgaire ? Décidément, cette Calune est définitivement infréquentable, ou alors il va falloir qu'elle s'amende.

Bon je suis quand même parti de son idée, pour ne pas qu'elle se vexe, mais je suis resté dans la tonalité élégante et classieuse qui m'est naturelle et dont je ne pourrais, le voudrais-je, même, me défaire.

Je me rappelle que j'avais une rubrique qui s'appelait "Comptines pour adultes". Bon, c'est une sorte de berceuse pour adultes, mais y'aura qu'à la placer là dedans.

Même si c'est plutôt une "perceuse" pour adultes.

Une chose douce

Une chose douce, où tu m'as glissé, Papa
Une ornière rousse, d'où tu m'as tiré, Maman
Cette chose douce, je veux bien y retourner
Y glisser mon pouce, le sucer d'un air gourmand.

Tes petites miches sont trempées
Chaque fois que bave le loup Hou hou hou hou
Puis ma langue cessant de lécher
Entre tes miches vint mon doigt Wa wa wa wa

Un coup dans tes miches
Ce sera quand tu le veux
Les autres on s'en fiche
Du moment que l'on est deux.

Une chose douce
Où m'abritait ma Maman
Une ornière rousse
J'y dormais, petit enfant.

Oh la jolie vallée que voilà
Je suis né dans cet endroit là La la la la
Et le petit que je suis resté
Sur tes tétés, il s'est jeté
Pour les croquer.

La raie de tes fesses
Cachée par tes longs cheveux
Sous une caresse
Ouvre un œil voluptueux.

Cette grotte douce
Je veux y rentrer aussi
Même si tu doutes
Qu'elle fut le seuil de ma vie.

mardi 30 mars 2010

Tant-BourrinConsultez les pages blanches !

Voilà.

Il faut bien que ça arrive de temps en temps. Trop de boulot la semaine, trop de flemme le week-end, pas d'inspiration. Résultat : queud. Nada. Pas le moindre début de commencement d'ébauche d'esquisse de billet.

Me volilà donc contraint de vous annoncer une page blanche.

Mais comme chez Blogbo nous sommes des pros, je ne vais pas vous l'annoncer tout platement et sans fioriture, non, je vais vous l'annoncer de moultes façons, genre les "exercices de styles" de Queneau.


La méthode faux-cul

Hein ? Quoi ? Pardon ? Un... billet ? Ah boooon ? Je devais faire un billet aujourd'hui ? Vous êtes sûr ? C'était pas le tour de Saoul-Fifre ? Ah bon ? C'est ballot, ça m'est complètement sorti de l'esprit ! Bon, bin, tant pis, hein ! Quand le tour est passé, il est passé ! Je ferai plus attention pour mon prochain billet !


La méthode agressive

Non, y'a pas de billet ! Et alors ? Ça te défrise, lecteur de mes deux ? Déjà que je supporte que tes yeux de bovin décérébré viennent salir ce blog en posant leur regard torve dessus, manquerait plus que tu viennes chialer en réclamant plus de billets ! Non mais ! Des chieurs comme toi, j'en bouffe dix au petit déjeûner ! D'ailleurs, j'ai les adresses IP de ceusses qui se croient tout permis dans les commentaires : s'ils continuent, je pense que je vais aller leur rendre une petite visite musclée, histoire de leur remettre les idées en place ! Capito ?


La méthode opportuniste

Cliquez ici !


La méthode marseillaise

Oh fatche ! Je vous avais concocté un billet de trois milliards de kilomètres de long, une vraie saga genre les "Rougeauds macache", mais y'a une météorite qui est tombée sur la maison, qui a traversé le toit et s'est écrasée pile sur mon ordi. Tu parles d'une tuile ! Bon, bin, tant pis, vous attendrez le prochain billet !


La méthode statistique

L'analyse exhaustive de l'échantillon de billets signés par Tant-Bourrin révèlait jusqu'à hier la présence de trois billets de type "page blanche" sur 440 billets au total, soit une probabilité d'occurrence de 0,682% pour ce type de billet défectueux. Ce quatrième rebut fait bondir cette probabilité à 4 sur sur 441, soit 0,907%, révélant par là-même une certaine usure chez le rédacteur susnommé.


La méthode versifiée

Hélas, point de billet, chers lecteurs et lectrices
L'encre de mon stylo ne voulait plus couler
Ma muse a mis les bouts, j'ai le cerveau qui crisse
J'ai failli, honte à moi, je suis un vrai boulet


La méthode publicitaire

Déjà mise en pratique ici


La méthode amnésique

Un billet ?... Qu'est-ce que vous appelez un billet ? Un truc écrit sur un... quoi ? Un blog ? C'est quoi, un blog ? Et qui est ce Tant-Bourrin dont vous me parlez ?... Et d'abord, qui êtes-vous ?


La méthode franche

Bin ouais, je n'ai pas fait de billet aujourd'hui. Bin, non, je n'ai pas honte. Bin, non, j'avais pas envie, c'est tout ! Bin, oui, je me fous des lecteurs, pourquoi ?


La méthode non discriminatoire

Déjà mise en pratique ici


La méthode Zen

Afin de lutter contre le fléau du stress et d'ouvrir votre esprit à la plénitude, j'ai décidé de vous initier au Zen. Première leçon : faites une méditation introspective d'une heure en contemplant la page blanche ci-dessous.


La méthode musicale

Déjà mise en pratique ici


La méthode fait divers

BOURRINVILLE - 30 mars 2010 - Un billet de grande valeur dérobé sur un blog.
Un billet de grande valeur, mis en ligne sur Blogborygmes, un des blogs les plus prestigieux du monde, a été dérobé dans la nuit du 29 au 30 mars 2010. Alors que son rédacteur, Tant-Bourrin, avait programmé sa mise en ligne automatique à 0h11. En fin d'après-midi, le billet a mystérieusement disparu peu avant que celle-ci soit effective. Les malfaiteurs ont tout emporté du billet, n'en laissant pas le moindre mot. Ce matin, Blogborygmes arborait une page blanche à l'emplacement où aurait dû figurer le précieux billet. Les policiers, rendus sur place, n'ont pour l'heure pas recueilli d'élément susceptible d'orienter l'enquête.


La méthode promotionnelle

Cliquez ici !


La méthode greenwashing

La consommation énergétique d'Internet explose, à la fois du fait des équipements informatiques des internautes mais également en raison de la croissance vertigineuse du nombre de data centers, de plus en plus énormes et énergivores. Ce billet, qui pourrait sembler de prime abord n'être qu'une vulgaire page blanche, relève en fait d'une démarche éco-citoyenne : en incitant le lecteur à passer moins de temps devant l'écran, en sollicitant moins les serveurs distants, c'est de l'énergie et du CO2 que nous économisons. Pour vous, pour nous, pour la planète !


La méthode viticole

La méthode préférée de notre ami Saoul-Fifre ! Cliquez ici !

samedi 27 mars 2010

AndiamoSquash

La petite balle rebondit. L’effet imprimé par la raquette rend son rebond imprévisible, des balles liftées presque à chaque fois.

Eric n’en peut plus : il transpire abondamment, son tee-shirt bleu commence à ressembler à une planisphère, la sueur y a imprimé des taches faisant penser à des continents !

Près de lui une femme : trente-cinq ans environ, épanouie comme l’on dit, grande, mince, vêtue d’un polo blanc. Dessous : ni soutien-trucs, ni redresse-machins, la sueur laisse apparaître les aréoles brunes de sa poitrine, qui bouge à peine malgré les déplacements rapides de la jolie rousse.

Epuisé, Eric s’arrête, lève le pouce en signe de renoncement. STOOOOP ! hurle-t-il, en accompagnant son cri d’un sourire à l’adresse de sa partenaire.

En arrivant vers dix-huit heures, comme à son habitude, pour sa partie de squash en compagnie de Joël, son ami et partenaire, on lui a appris que ce dernier avait été renversé, alors qu’il sortait de son bureau !

Ça n’était pas bien grave, mais le chauffard avait pris la fuite. Joël s’en était tiré avec quelques contusions et devait rester un jour ou deux en observation à l’hôpital Bichat.

Une jolie rousse est à l’accueil, discutant avec la réceptionniste.

- J’ai tout entendu, excusez-moi : vous êtes, il me semble, sans partenaire pour votre squash ?

- Oui, mais bon, ça n’est pas bien grave, je vais aller rendre visite à mon ami.

- A cette heure, les périfs sont à saturation ! Si un p’tit squash avec une femme ça ne vous fait pas peur, vous pourrez toujours rendre visite à votre ami un peu plus tard.

Même pas de périphs à prendre, du squash de Montmartre à Bichat, ça n’est vraiment pas la mer à boire ! Par la rue Vauvenargues, trajet direct : porte de Saint-Ouen.

Piqué au vif, Eric a accepté la proposition. Après coup, il se dit qu’il aurait eu mieux fait de refuser, car il s’est fait laminer.

- Ce fut un plaisir de me faire humilier par une jolie femme. Maintenant, la douche, puis direction Bichat.

Il tend la main en direction de la femme.

- Eric Molinas, se présente-t-il

- Sylvie, répond à son tour la femme, en serrant fermement la main tendue.

- A demain pour une autre partie ? J’ai droit à une revanche, si toutefois vous êtes libre…

- Libre comme une balle de squash ! A demain donc.

Elle tourne le dos, son short « a minima » laisse voir des rondeurs qui émeuvent Eric. Elle doit porter des strings… Ou alors que dalle, comme pour le soutif !

A l’étage du service trauma, Eric a retrouvé Joël. Ce dernier a le bras en écharpe, une petite luxation de l’épaule droite, a-t-il expliqué. Ça n’est pas bien grave, mais pour le squash, c’est râpé !

- Aucune importance, a ironisé Eric, je t’ai DEJA remplacé et, crois-moi, je n’y perds pas au change ! Tu verrais le canon….

- Raconte à un pauvre mourant, gémit Joël en prenant une voix chevrotante.

- Ferme les yeux… Ça y est ?

- Yes Monsieur !

- Un mètre soixante-dix, soixante kilos, 95-62-96

- 95 A,B,ou C… Voire D ? demande Joël.

- B, et arrête de fantasmer ! Et attends le meilleur : c’est une ROUSSE aux yeux verts !

- Son âge ?

- Trente-cinq, pas plus.

Le lendemain, Eric est au rendez-vous rue Achille Martinet, dans le XVIII ième. Sylvie est déjà là, vêtue d’un débardeur blanc à fines bretelles. Dessous, elle ne porte rien, cela se devine, cela se voit. Le même micro short d’un blanc immaculé moule son petit cul. Le regard d'Eric glisse sur les jolies jambes. Sylvie s’en aperçoit et lui renvoie un sourire amusé.

Comme la veille, la redoutable adversaire le trimballe littéralement. Au bout d’une demi-heure, Eric, en eau, souffle court, au bord de l’apoplexie, demande grâce.

- Mais où avez-vous appris à jouer ? Chapeau, Miss !

- J’ai vécu un moment à Montréal, c’est là-bas que j’ai appris. Il faut dire que j’avais un bon professeur.

Elle baisse un peu les yeux en prononçant cette phrase, ses lèvres ont légèrement tremblées.

Elle se ressaisit :

- Et votre ami, comment va-t-il ?

- Bien, très bien, merci ! Il sort demain, mais pour le squash, il est sur la touche pour un moment. A propos de squash, vous devez vous ennuyer avec un partenaire aussi médiocre que moi ?

- Pas du tout, lui répond elle en le regardant droit dans les yeux, vous me plaisez beaucoup !

Surpris Eric pique un fard, la soudaine déclaration l’a pris de court.

- Si on dînait ensemble ? propose-t-il histoire de reprendre la main. Je connais un petit restau à deux pas d’ici, rue Championnet : « chez Babette ». C’est un endroit très sympa, à la bonne franquette comme on dit !

- Ah oui ! J’en ai entendu parler : hors-d’œuvres et vin à volonté ! Avec plaisir mon Seigneur.

- Je passe vous prendre ?

- Non, j’y serai à vingt heures, ça ira ?

- Oui, bien sûr…

Vingt heures tapantes, Eric entre « chez Babette ». Ce petit restau de la rue Championnet est plein à craquer, comme tous les soirs. L’ambiance y est bon enfant, les tables à touche-touche facilitent les contacts. Soudain, il aperçoit au milieu de la salle un bras levé, c’est celui de Sylvie, elle a squatté une table.

Un large sourire accueille Eric.

- Je suis arrivée un peu en avance, ça m’a permis de bloquer une table.

- Je suis confus, c’était à moi de vous précéder.

- Mais non, vous êtes à l’heure, c’est moi qui suis en avance ! C’est une manie, j’ai horreur d’être en retard, et je n’aime pas attendre non plus !

Le dîner est plutôt sympa, la queue devant le buffet de hors-d’œuvre, chacun picore au petit bonheur dans les saladiers appétissants.

Le repas terminé, Eric et Sylvie se retrouvent rue Championnet, devant le restaurant.

- Je suppose que vous êtes venue en voiture ?

- Perdu ! A pied.

- Alors je vous raccompagne ?

- Si on allait plutôt chez toi ?

Le brutal tutoiement, puis la proposition, laissent Eric pantois. Sylvie a passé son bras autour du sien.

- Où est ta voiture ? questionne-t-elle.

Ils sont blottis l’un contre l’autre, nus, tendrement enlacés. Eric admire le corps superbe collé au sien. Elle a sacrifié à la mode : son corps est entièrement épilé. Eric aurait préféré… Etant donné qu’elle est rousse… Mais bon !

Chaque jour, ils se sont vus. Eric est raide dingue, Joël ne le reconnait plus. Avant Sylvie, qu’il trouve magnifique, a-t-il avoué à son ami, Eric n’avait eu que des passades, des maîtresses d’un soir, au plus quelques mois comme cette gentille brunette Cathy, une fille mignonne sans plus, gentille, sérieuse.

Elle était tombée amoureuse du beau sportif qu’Eric était à l’époque. Puis un soir, alors qu’ils étaient réunis tous les trois, pour un petit dîner du samedi soir, Eric était entré dans une rage folle à propos d’une salade un peu trop assaisonnée…

- T’es bonne à lape ! T’es trop conne, voilà, je traîne un boulet ! Même pas fichue d’assaisonner une salade correctement, tu n’es qu’une tache. Tu te rends compte Joël ? Elle voulait que je lui fasse un gosse ! Non mais, douée comme elle est, j’imagine la tronche de ce qu’elle aurait fait !

- Arrête Eric, tu deviens odieux, avait dit Joël en se levant.

- Attends, j’ai essayé de lui en faire un, j’suis trop gentil… Même ça elle ne sait pas le faire ! Tu veux que je te dise Cathy : ça n’est pas un ventre que tu as, mais un cimetière !

Cathy avait éclaté en sanglots, ramassé ses quelques affaires, puis sans un mot avait jeté le trousseau de clés sur la table… Etait partie.

Plus jamais ils n’en avaient entendu parler.

Deux jours sans Sylvie, Eric tourne en rond. Que m’arrive-t-il ? Jamais il n’a ressenti cela. Sylvie ne lui a donné ni adresse ni téléphone, d’ailleurs elle n’a pas de portable.

- Les balles de squash non plus, lui a-t-elle rétorqué alors qu’il la questionnait à ce sujet, et pourtant elles vont là où elles le veulent ! N’est-ce pas, mon grand sportif ?

Et pan ! Une allusion aux « torchées » qu’il prenait régulièrement.

Le troisième jour, calé dans son canapé, alors qu’il se repasse pour la énième fois l’excellent film de Stanley Kubrick "2001 odyssée de l’espace", le carillon de la porte d’entrée le tire du vaisseau spatial ! Sylvie est là, debout sur le palier.

- Entre, je t’en prie.

D’un pas hésitant, la femme est entrée, elle reste là.

- Je ne peux pas rester, je suis venue te prévenir… Des ennuis, comprends-tu ? Je ne peux pas t’expliquer.

- Sylvie, dis-moi, je t’en prie… Ne me laisse pas comme ça… Je peux t’aider.

- Non, je ne veux pas te mêler à ça, c’est mon histoire, je t’aim ... je tiens trop à toi, je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose.

- Tu m’aimes, Sylvie, ça t’a échappé, j’ai bien entendu. Je t’aime aussi.

- Oui, je t’aime, Eric, lui répond-elle en se blottissant dans ses bras.

Doucement, tendrement, il l’entraîne. Tous deux s’assoient sur le canapé.

Ils sont nus, Sylvie est tout contre Eric, absente. Pourtant, quelques minutes plus tôt, elle était déchaînée et hurlait des « je t’aime ».

- Dis-moi, Sylvie, je t’en prie, raconte, je VEUX t’aider.

- Je t’avais dit que j’avais vécu à Montréal. Là-bas, j’ai connu un professeur de squash…

- AH ! C’est donc cela, ironise Eric.

Sans relever, Sylvie poursuit.

- Nous avons vécu un bon moment ensemble. Au début, tout allait bien, mais sa profonde nature a repris le dessus, il m’a trompée, humiliée, alors je l’ai quitté…

- Mais…

- Laisse-moi terminer, Eric. Loïc, c’est son nom, il m’a retrouvé voici cinq jours, sans doute par l’intermédiaire du club de squash. Depuis il me harcèle, il est très violent, c’est la première fois qu’il se fait larguer, cet horrible macho ne l’encaisse pas ! J’ai peur, alors j’ai pris mes précautions.

Ce disant, elle saisit son sac à main, l’ouvre.

Eric aperçoit un pistolet, plonge la main dans le sac et sort l’arme.

- T’es folle, que vas-tu faire avec ça ?

- T’inquiète, amour, il n’est pas chargé, c’est seulement pour lui faire peur ! Allez, remets-le en place.

Eric a reposé le pistolet dans le sac, ils ont refait l’amour. Au petit matin, alors qu’il dormait encore, elle est partie.

C’est la sonnerie du téléphone qui l’a réveillé.

- Eric, viens vite… J’ai peur, j’ai fait une bêtise.

- Calme-toi, amour, où habites-tu ? Je ne connais toujours pas ton adresse !

- Rue Darwin, au numéro trois, deuxième étage, porte face.

- Nous sommes presque voisins, j’arrive !

- Eriiiic… Il y a un code : 357 M.

- Noté.

Ce dimanche matin, la circulation est fluide, quasiment inexistante. De Jules Joffrin, où est situé l’appartement d’Eric, à la rue Darwin, il ne lui faut que quelques minutes. Il gare sa pompe sur un bateau, puis trouve rapidement l’immeuble. Le temps de composer le code, il monte les deux étages, délaissant l’ascenseur.

Au second, la porte palière de l’appartement du milieu est ouverte. Eric entre.

- Sylvie, t’es là ?

Aucune réponse, Eric s’avance, pénètre dans le salon. Un homme est allongé, sa tête repose dans une flaque de sang. A un mètre de lui environ, un pistolet… LE pistolet que Sylvie lui a montré cette nuit, Eric le reconnaît, alors il se penche, puis tâte la carotide de l’homme à terre. Rien. Visiblement, il est mort, le trou béant au milieu du front ne lui laissait aucun doute, cela se confirme. Alors qu’il se relève, un cri derrière lui.

C’est une femme, tablier bleu, cheveux gris, pantoufles fatiguées aux pieds. C’est la bignole, elle recule visiblement effrayée.

- Attendez, Madame, ça n’est pas ce que vous croyez !

La sentence est tombée : crime avec préméditation.

Sylvie a joué la fiancée éplorée, arguant que Eric et elle, ça n’était qu’une passade, mais que lui était viscéralement jaloux. Ses empreintes retrouvées sur le pistolet l’accusaient formellement.

Vingt ans… S’il se tenait bien d’ici onze à douze ans il pourrait sortir.

- Molinas, t’as un parloir !

- Moi ?

- Ben oui, y’a pas d’autre Molinas dans la cellule, répond Georges le maton.

Dans le couloir, où visiteurs et détenus sont séparés par un plexiglass percés de trous, genre hygiaphone, Eric aperçoit Sylvie.

- Toi t’es gonflée, ma salope, après m’avoir enfoncé au procès, tu ne manques pas d’air !

- Appelle-moi Cathy, Eric. Cathy Rinval : c’est mon nom !

- Qu…Quoi ? C’est toi, Cathy ?

- La vraie Cathy est morte, je l’ai tuée, à coups de botox et de chirurgie esthétique : à sa place Sylvie Talloires, c’est fou ce que quelques milliers d’euros peuvent faire !

J’en ai chié, pour devenir ce que je suis, pas moins de dix interventions, réductions du volume de mes seins, d’un bonnet « C » je suis passé au « B », abrasion du maxillaire inférieur, afin de réduire le menton, tu m’as assez reproché mon menton « en galoche » ! Le nez aussi, bien sûr, raccourci et moins « épaté ». Les pommettes ? Un peu de botox pour les rendre plus saillantes. Je te passe les liposuccions, et surtout les heures de musculation, afin d’obtenir le corps de rêve qui t’a tant fait fantasmer !

Ce que tu as pu me faire marrer avec tes : je t’aimeeeeeu !

Le meilleur ? Les trois centimètres que j’ai gagnés grâce à une méthode Néerlandaise qui consiste à pédaler des heures et des heures la jambe tendue au maximum, lorsqu’elle est au bas de sa course… C’est douloureux, très douloureux.

Quant aux jolis yeux verts, avec les lentilles de contact, ça a été un jeu d’enfant. Joignant le geste à la parole, elle retire les prothèses oculaires et le regarde de ses jolis yeux noisette, qu’il n’avait jamais su admirer.

Quant à ton ami, il ne croira jamais que c’est moi qui l’ai un peu « bousculé » avec une voiture de location, afin de te rencontrer. Je ne suis pas trop maladroite, les cours de conduite sportive sans doute !

Mon ventre est un cimetière Eric ? Pas pour tout le monde : j’attends un enfant de Joël...

mercredi 24 mars 2010

Saoul-FifreVéhicules auto et musculomobiles

Avec mes trois sœurs comme ainées directes, autant dire que j'étais seul au monde, dans notre ferme isolée. Bon, nous faisions des choses ensemble, c'est vrai, j'ai raconté ailleurs comment nous tricotions de concert, faisions du tricotin, et j'ai même appris la sténo avec elles.

Mais ça allait un moment, les filles. Sans parler de nos différences d'âge, nos centres d'intérêts n'étaient pas les mêmes, il faut se remettre dans le contexte de l'époque, les activités étaient très sexuées. Non, Françoise , je n'ai pas dit "sexuelles". Donc je filochais aussi souvent et aussi loin d'elles que je pouvais. À pied d'abord, puis en vélo, quand j'en eus un, ce qui ne tarda pas, car m'en offrir un pour mon anniversaire permit à mes parents de ne plus avoir à me mener à l'école primaire, à 6 kilomètres.

N'empêche que ça devait coûter bonbon, une bicyclette, car je me souviens d'une effervescence inaccoutumée, ce jour là, l'importance était palpable, la passion présente. Je peux aujourd'hui confirmer n'avoir pas déçu les attentes familiales. Le vélo a effectivement eu une importance envahissante dans ma vie. Le premier n'avait qu'une seule vitesse et pourtant, miladiou, que mon Périgo est vallonné !

Toujours est-il que le plaisir que je prenais quotidiennement à appuyer sur mes pédales me fit prendre en grippe les moteurs à explosions, ces machines dangereuses, bruyantes, coûteuses et malodorantes. Un jour mon oncle, qui devait démonter un moteur de tracteur, me proposa de le faire avec moi. À une offre qui aurait dû faire sauter de joie au plafond n'importe quel ado, je répondis "Niet" et je repense encore avec remords à son air triste et déçu, lui qui pensait me voir saisir cette occasion unique.

J'ai pris depuis, bien obligé, des cours de mécanique, mais je n'ai jamais ressenti bruler en moi cette étincelle que je voyais briller dans les yeux de mes camarades garçons quand on parlait voiture. J'ai continué à pédalouiller à mon rythme ou bien à prendre le train , ou bien à faire du stop . Puis j'ai rejoint la cohorte des pauvres mais travailleurs, tenaillé par la faim. J'allais au boulot en vélo, ou bien on faisait du co-voiturage. Quand je suis devenu monteur en téléphone, il fallait bien un véhicule de fonction, mais bon, on travaillait toujours à deux, alors il suffisait que mon collègue ait le permis, et ça roulait comme ça.

Mais un jour, le patron en eut marre. Ce n'était pas pratique. Si le collègue était malade, je bloquais tout, et puis il y avait des chantiers qui ne nécessitaient qu'un ouvrier... Ya pas d'bon dieu, faut qu'tu passes ton permis ou qu'tu prennes la porte !

Et merde. Je me suis inscrit aux cours, ça n'a pas trop mal marché et j'ai eu mon permis tout neuf à l'âge de 22 ans. Pour obéir aux statistiques des assurances (qui se méfient des jeunes conducteurs), j'ai eu mes deux seuls accidents la première année, un à cause de la neige, l'autre à cause du whisky, ou à cause des glaçons, je me souviens plus. Mais je l'jure, dès que j'ai su à peu près le mode d'emploi de ces jerricanes sur roues, j'ai toujours été sage au volant : le pied toujours au plancher, on oublie jusqu'à l'existence des freins et on terrorise tellement la voiture de devant qu'elle ralentit pour vous laisser passer. Y en a même qui s'arrêtent.

Non je déconne. Mais c'est vrai que je me suis un peu laissé embobiner par la voiture. Je suis passé de la position d'adversaire résolu à celle de compagnon de route complice. Par contre, les tendances de l'industrie automobile actuelle me dépassent complètement. Tous les gadgets, les trucs électroniques, ça me bloque. La clef qui refuse de démarrer le moteur car tu as tapé le code une fois de trop, je supporterais pas.

J'ai toujours conduit de vraies voitures. Des voitures mythiques, que l'on reconnait à 500 mètres sans lunettes. Avant, les voitures avaient des formes et chacune sa personnalité. Aujourd'hui, soi-disant pour des raisons d'aérodynamisme et de consommation, elles se ressemblent toutes. L'argument de la consommation est d'une hypocrisie rare puisqu'elles sont trop puissantes au vu des limitations de vitesse, de toute façon. Sans parler des mégalomanes complexés par leur petit zizi, accros aux 4 X 4.

Une des premières voitures que j'ai apprécié, c'était la R 12 break de mon frère. Sympa. Bon petit moteur qui nous a tracté une caravane dans des routes de montagne sans broncher. Élégante, simple, bien équilibrée, rien à dire. Ensuite, j'ai eu une 4 L, c'est solide, carré, volume intérieur optimisé, les PTT roulaient en 4 L, c'est vous dire le sérieux. Et puis j'ai conduit une deux-chevaux. Là c'est le top du fun : à 110 km/h grâce à une légère descente, on prend les virages à la corde, à deux doigts du tonneau. Si vous avez un équipier, enfin, un passager, vous le faites se pencher à l'extérieur en rappel, comme sur un dériveur au près. Waw, on est passé en frôlant la bouée ! Citroën était vraiment le roi des amortisseurs, mécaniques ou hydrauliques, avec les DS, ID, etc... .

Margotte aussi, fait dans les modèles à succès, vendus à beaucoup d'exemplaires. Hé, garantie de qualité ? Quand je l'ai rencontrée, son garagiste lui avait bricolé une Coccinelle bleu, jaune et orange, à partir de 3 carcasses. Ça roulait bien mais ce n'était pas destiné à passer inaperçus. Elle avait aussi une Traction Avant, une belle Onze légère noire de 1957, dans laquelle nous nous sommes mariés, snobs comme nous sommes.

Comme à la campagne, il faut des utilitaires, nous avons opté pour des Fiorinos de chez Fiat. Ouais Andiamo, crie avec moi : "Forza Italia !". Sincèrement, j'ai entendu des critiques, mais je ne les abonde pas : no souçaille, tellement que nous avons repiqué au même modèle quand elle fut trop vieille. Pas une option, tout mécanique, ça nous va impec. Puis le hasard nous a mis en présence d'un magnifique Volvo 240 break. Là aussi, comme avec la Coxx, on a vraiment l'impression d'être à l'abri dans ce genre de voiture. Que c'est celui qui va vous rentrer dedans qui va avoir mal. C'est sécurisant. Quand je vois les pare-chocs en fibre de verre des voitures modernes, je prends peur. Le 240, c'est un propulsion arrière, c'est la voiture préférée des norvégiens ou des suédois pour aller faire du gymkhana et des dérapages contrôlés sur les canaux ou les rivières gelées. Moi je contrôle rien. Sur une autoroute suisse enneigée, je me suis retrouvé coup sur coup à faire deux tête-à-queues avec réception dans les congères, depuis je fais gaffe.

Une chose me parait ici, certaine et évidente, c'est que sur l'échelle de la mort la plus nulle, celle dans un accident de la route tient le haut du pavé.

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