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lundi 20 février 2017

AndiamoJe sais.

Je sais... J'ai entendu ce monologue de Monsieur Jean Gabin, à Toul, où j'étais en déplacement; j'avais une trentaine d'années, une rose entre les dents (magnifiques mes dents, t'aurais vu ça !) Dans ce monologue il dit : "soixante coups ont sonnés à l'horloge"...

Ca me semblait bien loin soixante balais à l'époque, bien loin ! Aujourd'hui aussi ça me paraît bien loin, mais dans l'autre sens !! Et tant que nous vieillissons, c'est que nous sommes toujours en vit... Pardon en VIE.

Jean Gabin "t'as d'beaux yeux tu sais", et Michèle Morgan répondait : "embrassez moi"...

Réplique culte bien sûr, puis la guerre est arrivée, et celui qui avait tourné, Pépé le Moko, La belle équipe, La grande illusion, Gueule d'amour, La bête humaine, etc... Et ce avec les plus grands metteurs en scène : Marcel Carné, Julien Duvivier, Jean Renoir, Jean Grémillon... ETC.

Et bien malgré ce passé glorieux, et sa distinction au sein de la deuxième D.B commandée par le Général Leclerc, et bien Jean Gabin a traversé le désert... Et ce sans trouver un taxi pour j'te broute !

(

Il aura fallu attendre 1950 pour le revoir dans "La Marie du port" de Marcel Carné, et surtout "Touchez pas au grisbi" (1954) de Jacques Becker, le papa de Jean (l'été meurtrier). Dans ce film (touchez pas au grisbi) un petit nouveau qui allait se faire connaître par la suite, trapu, une "gueule" comme on dit dans le milieu cinématographique, un rital : Lino Ventura. Ils se retrouveront dans "Le clan des Siciliens".

Un film à voir ou revoir "Le Président" d'Henri Verneuil sorti en 1961, 55 ans plus tard il est TOUJOURS d'actualité ! Il y dénonçait la politique pourrie, celle des pots de vin, rien de bien nouveau dans l'hémicycle !

(ch'tiots crobards Andiamo)

mardi 14 février 2017

FrançoiseFascination du chercheur...

Il y a 5 ans, je rédigeais pour un laboratoire une brochure sur "les essais thérapeutiques en cancérologie". Avec des interviews de malades fabuleux et de chercheurs hyper compétents, mais souvent un fossé entre les deux: les premiers regrettaient de n'être que des "cas" intéressants, sans possibilité d’exprimer leurs doutes, leurs craintes et leurs espoirs, les seconds exaltaient le courage des patients, façon polie d'esquiver le reste...

On me demanda d'interviewer le directeur de recherche du laboratoire, également directeur d'un centre anti-cancer. J'avoue y être allée à reculons, craignant de rencontrer un de ces mandarins sûrs d'eux, qui proclament que « tous les voyants sont au vert » parce que les statistiques de survie ont notablement augmenté, sans souci de ce que vivent réellement les patients.

A ma première question, au lieu de répondre du tac au tac comme un qui sait tout, le professeur Erick Gamelin prit trente secondes de réflexion. Ces trente secondes là ont tout déclenché. Sous la tignasse « Einsteinienne » de ce médecin, je découvris un scientifique d'une compétence remarquable, mais surtout un homme pétri d’humanité, humble, touchant... Il montrait une telle passion à parler de ses recherches et des malades qu'il aimait visiblement que je lui posai la question qui me taraude depuis que mon père, un amour, ma meilleure amie et une dizaine de proches sont morts de cancers autour de moi :

– Comment supportez-vous de côtoyer cette maladie 24h sur 24 alors que pour ma part, si on pouvait éliminer le mot "cancer" de la planète, je le ferai tout de suite?

– Madame, j'ai deux passions dans la vie: ma femme et le cancer.

Scotchée par cette phrase, j'ai envoyé au Pr Erick Gamelin certains de mes textes, et comme il lui ont plu, je lui ai confié mon envie d'écrire une fiction à partir de sa vie et de mon expérience de journaliste scientifique. Il a accepté et nous avons eu des entretiens passionnants, prolongés par de longs courriels lorsqu'il est allé poursuivre ses recherches aux États-Unis, puis devenus une véritable amitié, dont je dis en riant que cet homme m'a séduite par son intelligence, ses doutes et une dimension romanesque dont il n'avait même pas conscience avant que je la lui fasse découvrir !

En même temps que nous échangions me revenaient des souvenirs de mes trente ans de journalisme, fascination devant les mystères de la biologie, indignations devant les impératifs économiques et la logique de profit de l'industrie pharmaceutique qui prévaut parfois sur l'intérêt des et pour les malades.

A partir de nos entretiens et de mes archives personnelles, j'ai donc écrit un roman avec un héros que j'ai appelé Vincent, synthèse de plusieurs cancérologues que j'ai côtoyés, et de multiples personnages qui sortent le cancer de l'hôpital pour le replacer dans la vie amoureuse, amicale, sociale et parfois même politique. Erick Gamelin a vérifié la rigueur scientifique de ce que j'y ai écrit pour que sur ce point là il n'y ait aucun biais romanesque, aucune piste douteuse.

Ce n'est pas un livre "plombant" sur une maladie qui fait peur, mais l'histoire d'un homme fasciné par l'intelligence de la cellule maligne, à qui des malades confient leur vie et leurs secrets pendant des mois ou des années. Aucune autre maladie ne crée une telle intimité entre médecin et malade, mais peu de médecins sont surdoués pour vivre ce lien à nul autre pareil.

Une éditrice connue, qui a défendu le livre jusqu'au dernier cercle de lecture de sa maison m'a expliqué le refus catégorique de son directeur : " Il a peur de cette maladie, et vous allez avoir du mal à publier à cause de ça, mais c'est un très beau texte qui doit être édité". Elle ne croyait pas si bien dire : alors que les cancers touchent plusieurs milliers de personnes, plus les médecins, le personnel soignant, les proches… j'ai mis deux ans avant de trouver un éditeur que le sujet ne rebute pas, qui ne me réponde pas « Quel public visez-vous ? »

C'est à présent chose faite grâce à Kawa Editions qui n'a pas craint de publier en un an trois livres qui parlent des cancers sous des angles totalement différents. Récit d'une malade (« les Tétons flingueurs »), information sur tout ce qui peut aider à vivre durant et après la maladie (« Cancer sans tabou ni trompette ») et enfin cette « Fascination du chercheur » où je m'aperçois qu'avec un sujet très différent de ceux que je traite d'ordinaire, je parle encore de ce qui me tient à cœur : être l'artisan de sa vie quelles qu'en soient les difficultés, relier entre eux des faits pour comprendre ce qui se joue et penser aux humains en priorité.

La majorité des livres sur le cancer parlent de médecine et de malades. Celui-ci parle de la vie et des rêves que la maladie rend soudain urgents à réaliser.

Un peu de PUB pour le bouquin de notre amie Françoise...

jeudi 9 février 2017

Saoul-FifreVisa pour la Papoésie

Très jeune, la poésie m'a kidnappé. J'apprenais avec beaucoup de plaisir et de facilité les poèmes que l'on devait savoir "par cœur", très belle expression dont on a oublié le sens premier, "par amour", pour la galvauder dans le sens "ânonner par cœur", sans essayer de comprendre, comme un âne...

Le vrai poète s'exprime effectivement "par cœur", ou bien "de toute son âme", comme chantait Charles Trénet. Les mots ne sont pas filtrés par le cerveau avant de gagner la bouche ou la main. La poésie est de l'écriture automatique non édulcorée par des contingences sociales, politiques, commerciales, raisonnables, elle est l'expression de la liberté de l'individu, mais aussi de sa soumission à une inspiration, un génie qui le dépasse. Qui transgresse ces deux conditions est un parolier, un pondeur de textes, un pisseur de copie.

La 1ère fois que mes parents m'ont demandé quel métier je voulais faire quand je serai grand, j'ai répondu : "poète". Ils ont tiré une drôle de tronche. La seconde fois, j'ai répondu "cantonnier". Ils ont pas eu l'air plus jouasse. C'était sous l'influence du sketch génial de Fernand Raynaud, "Heureux !". La troisième fois, j'ai répondu "designer". Un grand silence a envahi la pièce. Autant vous avouer tout de suite que je n'ai jamais réussi à faire grimper mes capacités sur la côte pentue de mes ambitions. Le poème que je vais vous recopier n'a aucune légitimité à sa sélection. Il est un peu nullos, c'est vrai, mais allez, faites péter les vôtres, ça sert à ça, les commentaires ?

Jeannot, le fin fond des promoteurs, à 120 mètres de hauteur, visitait le caca qu'il avait fait construire pour ceux qui savent LÀ où il faut investir...

Jobard, le pauvre garçon d'ascenseur, à 120 mètres de hauteur, faisait le métier le plus con. Et c'est dur, de savoir qu'on est perçu comme l'un des plus cons...

Jonas ! Ha, Jonas, le martin-pêcheur, à 120 mètres de hauteur, filait gaiement dans l'air d'azur, à la recherche d'une truite aux mœurs pures...

JBX23(*), le martien venu d'ailleurs, à 120 mètres de hauteur, décidait de s'amuser à atterrir pour foutre la trouille, les glandes et la quinte aux brav's gars d'Paris...

Une particule composée de cellules, d'atomes et d'électrons vengeurs, à 120 mètres de hauteur, comme elle était en chaleur, fit se liquéfier un peu d'vapeur...

Wouah, l'été pourri d'sa mère !?!?

samedi 4 février 2017

AndiamoNotreEdam est parti (rebelote)

Personne ne s'y colle ? C'est le Doyen qui doit tout faire ? Ca fait bientôt 20 balais que je suis à la retraite, et je dois ENCORE bosser !

Alors voilà : j'ai exhumé un vieux billet ( Janvier 2010) je chante mais oui ! Alors écoutez religieusement, j'ai dit religieusement.

Notre Edam est parti...

Je me Saoulfifrelise, sans toutefois égaler le maître, mais que voulez-vous ? C’est contagieux, bien plus que la grippe H-hein ?-n’a rien.

Je suis allé voir l’exxxxcellente comédie musicale de Luc Plamendon et Richard Cocciante : Notre Dame de Paris.

A cette époque, les comédiens la jouaient depuis un mois seulement, le spectacle était suffisamment rôdé et les comédiens avaient leur fraîcheur intacte.

Je… Nous nous sommes régalés ! Plus de deux heures assis sans sentir mon cul ! C’est un signe qui ne trompe pas : quand tu ne sens pas tes fesses au cours d’un spectacle, c’est qu’il est bon ! (le spectacle, pas ton cul !)… Quoique.


P.S. : par avance je décline toutes les offres qui me seront faites, tant les "music Awards" que les éventuelles propositions de Patricia Coquatrix en vue d’un passage à l’Olympia.

Idem en ce qui concerne la "Starac" : j’ai passé l’âge de prendre des douches en public !

Croyez bien, cher Monsieur Manouchian, que j'en suis profondément désolé.


Après Sarkmania, voici : Notre Edam est parti.



Le temps des p’tits casse-dalles



Pelle



Ouais, bien sûr, c’est une vieille voix, mais je serais curieux de vous entendre chanter, juste un peu, histoire de me rendre compte…

dimanche 29 janvier 2017

AndiamoUne bouffée d'air frais.

Marre du marigot de la politique, de ces bons à rien qui ne pensent qu'à se gaver ! Pas grave, mais ce qui me répugne, c'est que ces salopards qui font du préchi précha, nous demandent de faire des efforts !

Des efforts toujours pour les mêmes, certains emploient des membres de leur famille (on n'est jamais si bien servi que par soi même), rémunérés grassement, bien sûr ce sont nos impôts qui financent, d'autres planquent du fric dans des paradis fiscaux, condamnés, pris la main dans le sac cahuzac (je ne mets de majuscule qu'aux noms propres), , il fait "appel", ben tiens ! Il n'a pas chié la honte ! Il pourrait au moins avoir le courage d'accepter le verdict, pas honnête, et pas fier en plus...



Afin d'illustrer la fange dans laquelle patauge notre politique, ce joli dessin de Monsieur CAZA.

Alors une petite bouffée d'air frais, je vous emmène au large.

Bravo Monsieur Armel Le Cléac'h, un tour du monde en monocoque bouclé en 74 jours ! La préparation qu'il aura fallu, la haute technicité du bateau, la rigueur du marin, sa compétence, sa solitude, sa vigilance de tous les instants.

Le second Alex Thompson un Gallois, n'a pas démérité seulement 16 heures les séparent, après 74 jours de mer, et quelle mer ! A son arrivée il a déclaré : "je crois que je vais dormir une année entière" !

Viennent ensuite : Jérémie Beyou, Jean Pierre Dick, Yann Elies, et Jean Le Cam. Quatre Français dans les cinq premiers, la France compte les meilleurs marins du monde, on ne le dit pas assez.

Gagner une telle course, relever un tel challenge ça n'est pas permis à tout le monde. Seuls les politiciens, et les avocats ne sont pas tenus à résultats !

Honneur aussi à Francis Joyon, qui a bouclé le tour du monde à la voile en équipage sur un multi coques en 40 jours ! Le fameux trophée Jules Verne, détenu auparavant par Loïc Peyron en 45 jours, d'autres tels que Olivier de Kersauson, ou Peter Blake avaient battu le record en leur temps.

Une belle anecdote : Quand Olivier de Kersauson a battu le record du trophée Jules Verne en 2004, après une course démente, c'est Peter Blake l'ancien détenteur de ce trophée qui l'attendait à Brest, et qui lui a remis sans un mot, le trophée qu'il avait gagné auparavant.

Et toutes ces femmes courageuses, qui ont également gagné des course en solitaire, Florence Arthaud, Isabelle Autissier, Catherine Chabaud. Bien sûr je n'oublie pas leur maître à toutes et tous Eric Tabarly.

Rien à voir avec la mer, mais un grand merci à l'équipe de hand ball Française, à l'heure ou j'écris cette équipe vient de se qualifier pour la finale après avoir battu les Slovènes.

Je viens de lire un article dans lequel un journaliste trouve que la victoire Française a été un peu trop "facile" ! Merde quand arrêterons nous de nous auto flageller ? Ils ont gagné et c'est là l'essentiel, et contre la Suède il a été facile le match ? Connard de pisse copie, c'est facile la critique devant son écran, sur le terrain c'est une autre paire de manches.

( ça y est les Français champions du monde en hand ball, pour la sixième fois face à la Norvège ! Je viens de voir le match)

Enfin merci à toutes ces femmes, et tous ces hommes qui nous font vibrer, bien au chaud dans nos charentaises !



Le magnifique monocoque d' ARMEL LE CLEAC'H.



ça n'a pas dû être facile tous les jours !

(1 ère photo un dessin de CAZA; seconde photo, image prise sur le net, et... Ch'tiot crobard Andiamo)

mardi 24 janvier 2017

FrançoiseMais il est où, mon copain blanc ?

C'était il y a quelques années, dans un café à Poitiers où j'étais allée faire une conférence. Je discutais avec un journaliste noir ( je dis noir à dessein, car en Afrique où je suis née, on parlait des noirs et les noirs nous appelaient les blancs sans qu'il y ait dans ces appellations autre chose que la constatation d'une couleur de peau). Donc, disais-je, je racontais à ce journaliste noir mon enfance en Afrique, notamment au Sénégal dont je garde un souvenir ému car c'est là que j'ai appris à lire.

Dans ma classe, nous étions une quarantaine, 38 noires et 2 blanches, dont moi qui suis légèrement jaune et dois l'être pas mal puisqu'une fois rentrée en France on me traitait parfois de chinoise ou de citron pourri. Classe de 12ème, ça doit correspondre au CP. L'âge des élèves variait de 5 ans et demi pour moi à 14 ans pour la plus âgée des élèves qui avait dû s'occuper de ses frères et soeurs et accoucher de son premier né avant de songer à l'école. Autant dire que j'étais cajolée comme le bébé de la classe. Certains, depuis, m'ont asséné que me faire cajoler était un signe évident de colonialisme. Ben non, voyez-vous... Ma géopolitique de gamine ne mettait aucun rapport de domination dans mes amitiés avec ces copines. Elles me chouchoutaient parce que j'étais petite, je les admirais parce qu'elles étaient grandes, couraient très vite, avaient une peau magnifique et surtout, surtout, j'étais fascinée par la corne sous leurs talons due à la marche pieds nus qu'elle préférait nettement aux chaussures. De temps à autre, elles me montraient comment elles élaguaient le surplus de corne à l'aide d'une lame de rasoir, ce qui me remplissait d'admiration et d'horreur mêlées.

La dernière année d'Afrique, c'était au Niger où j'avais une très bonne copine noire, la fille d'un greffier de mon père si mes souvenirs sont bons. Nous jouions sous les fenêtres du tribunal en chantant "S'il vous plaît, des chewing-gum, s'il vous plaît" dans l'espoir qu'un adulte compatissant nous lancerait quelques tablettes de ces friandises rares qui avaient à l'époque une couleur grisâtre et un goût de carton bouilli sucré.

Et puis, fin juin 62, nous sommes rentrés en France. Indépendance des pays africains oblige.

"Tu as fait tes adieux à ta copine?" m'a demandé le journaliste.

- Ben non, on s'est juste dit "au revoir, bonnes vacances" parce que je n'avais pas réalisé que nous ne reviendrions jamais." En ce temps là, les histoires d'adultes n'étaient pas racontées aux enfants, et bien évidemment la fin des colonies était une histoire d'adulte.

Alors le journaliste- un Ivoirien- m'a raconté que son père, qui devait avoir quelques années de plus que moi mais pas beaucoup, avait été surpris, voire traumatisé à la rentrée scolaire suivante: "Mais il est où, mon copain blanc? Ils sont passés où, les blancs?" Laconiques, ses parents lui avaient dit: "Ils sont repartis dans leur pays" sans expliquer le pourquoi du comment, les indépendances africaines étaient évidemment une histoire d'adultes. Sauf que l'enfant noir s'est senti lâché, abandonné par ses copains blancs, et les copains blancs- en tout cas ça s'est passé comme ça pour moi- ont été refroidis par le mauvais accueil que leur réservaient les élèves français et longtem

nostalgiques de cette période d'enfance où ils allaient se balader en brousse avec ce seul conseil des parents: "Attention aux serpents et aux chiens enragés" et allaient goûter au village africain les ragoûts mijotés par des mammas chaleureuses qui leur offraient des arachides crues- un délice- pesées, calibrées, dans des boites de concentré de tomate vides.

Après cette conversation, je mourais d'envie de retourner à Zinguinchor et à Maradi pour essayer de retrouver des copines d'antan, et j'aurais aimé faire un documentaire qui se serait appelé "Mais il est où, mon copain blanc?" J'ai proposé le sujet, on m'a répondu "Qui veux-tu que cela intéresse? C'est vieux tout ça". Sans doute, mais à ces gamins noirs et ces gamins blancs, les histoires d'adultes ont gommé une part de leur enfance, et chacun sait qu'on ne guérit jamais totalement de son enfance.

jeudi 19 janvier 2017

BlutchBlanche-Neige et Monsieur Bizzini

Pour les apprentis suisses, les cours professionnels ont lieu 1 jour par semaine. Pour les mécanos c’est 8 semestres. Donc, pour une classe, autant de fois à renouveler le cheptel des profs.

C’était en 64, la révolution de mai 68 n’était pas encore agendée, autant dire que j’ai vécu les dernières années de gloire de l’enseignement « Ronds de cuir et blouses blanches ».

Blanche Neige

De blouse blanche on en a précisément eu une et de belle facture. Mais non, ce n’était pas un vieux barbon à qui il faut pardonner cette marotte de se déguiser en infirmier. On avait 18 piges et il n’en avait pas dix de mieux. Je n’ai de lui que le souvenir d’un exposé sur le rayon laser. Enfin, « exposé » est peut-être un bien grand mot pour la lecture ânonnée d’un article y relatif auquel il n’avait visiblement rien compris Son nom ? Aucune idée, on l’appelait Blanche Neige. Et il n’avait bien évidemment aucune autorité sur 30 ados…. Il enseignait la technologie et la connaissance des matériaux. C’était un cas, mais ce n’est pas de lui dont je veux vous causer.

Comme tous Suisses normalement constitué, Blanche Neige s’absentait chaque année des cours pour cause de service militaire. 3 semaines de guignoleries qu’il se démerdait pour ne pas les faire durant ses maigres 12 semaines de vacances. Dans la Suisse d’alors, un prof absent se remplace et la direction avait, à sa disposition, un bataillon de remplaçants au pied levé.

Donc, si vous me suivez toujours, Blanche Neige avait troqué sa blouse immaculée (mais non, Conception, reste tranquille) pour une tenue de combat (mais non MAM, je ne parle pas de ta tenue de soirée) nettement moins salissante pour ramper dans la boue. Nous sommes donc chaque fois dotés d’un remplaçant pour que Blanche Neige puisse se faire foutre de sa gueule par une bande de troufions soudards.

Première absence, on tombe sur une peau de vache qui nous prend en traître. À la fin de la première heure il distribue des feuilles et annonce  qu’après la récré, il y aura interrogation écrite sur la connaissance des matériaux. On ne nous avait jamais fait ce coup là alors on décide de faire la grève du stylo. Il y eut juste deux dégonflés. Explication « tendue » avec le prof qui annonce que contrairement à son habitude, il nous averti que la prochaine fois il y aura travail écrit et qu’il prendra la moyenne des deux notes. Avec un 5 en première séance, on ne pouvait donc pas espérer mieux que faire un 3, correspondant à suffisant. Tout le monde a bûché, même les plus cancres. Ce qui fut un prodige, car il avait choisi 85 pages du livre sur les matériaux, là où il y a la liste des divers métaux avec leur index chimique, poids spécifique et atomique, composition ,degrés de fusion et particularités diverses. Bref, une peau de vache comme on n’osait déjà plus en exposer dans le musée des horreurs éducatives.

Au retour de blanche Neige, on va lui expliquer qu’il faut annuler les premières notes et ne tenir compte de la deuxième que pour ceux à qui ça améliore la moyenne. Il cède juste avant la fin de la première heure de cours… Peut-être pour ne pas compromettre sa pause café.

Lors de sa deuxième absence, pour le même stupide prétexte, on nous colle un élève ingénieur. Un gars qui pour être compétent n’était ni stupide, ni déréglé du système d’évacuation. Mais ce brave garçon arrive, pour lui, en période d’examens et jette l’éponge pour la 3e semaine. Pour ne mettre personne dans la panade, il fourni lui-même son remplaçant :

Monsieur Bizzini.

Lorsqu’on arrive en classe, il est déjà assis à son pupitre, conscient qu’être le remplaçant du remplaçant ne va pas être une sinécure. Faut dire que notre classe concentrait les pires troublions de tout le collège. Notre réputation était déjà bien établie... C’est dire s’il était difficile d’être un élève sérieux dans cette ambiance... A l’arrivée des 30 sauvages … des 30 élèves, le ton est donné : « Tiens, encore un nouveau, on va lui dresser le poil. » Dit à haute et intelligible voix par une des grandes gueules de la classe.

- Bonjour Messieurs, Je vais procéder à l’appel comme j’ai l’obligation de le faire. Nous avons deux heures à passer ensemble pour des matières assez semblables. Je vous propose de les faire ensemble la première heure et ensuite de vous parler de ma visite de l’usine anglaise de Ford et de Londres que je viens de visiter. Si ce programme ne vous plaît pas, vous pourrez quitter la classe après l’appel, sans risques d’absence injustifiée. En face de l’école, il y a un bar-à-café pour attendre l’heure de votre dernier cour de la matinée. Pour ceux qui restent, je tiens à vous dire que je n’admets aucun chahut qui empêche ceux qui le veulent de travailler. »

Personne ne quitte la classe, il fallait voir si c’est vrai un prof pareil….

Les deux heures se passent comme annoncées et sans indisciplines, sauf qu’au fil des questions, on avait oublié sa visite de l’usine. La vie londonienne et les petites anglaises nous semblant plus importantes.

Fin de la leçon, le prof Bizzini se lève : « Le cours est terminé, je pense que vous y avez trouvé plaisir, puisque personne n’est parti et qu’il n’y a pas eu de chahut. Une dernière question avant de partir…. C’est qui qui voulait me dresser le poil ? » Dit en dévisageant l’élève, qui rougit mais n’assume pas. Toute la superbe qu’il a perdu auprès de ses con-disciples est passée au crédit du prof.

Le semestre suivant on a la surprise de voir que Blanche Neige crétinise d’autres classes et qu’on nous a attribué Monsieur Bizzini comme titulaire. Pour tous, c’est un semestre de rêve. En 6 mois, il a relevé la moyenne générale de la classe de 1,5 point, sur la vieille échelle de 5 (nul) à 1 (excellent) ; sans avoir eu besoin de lever le ton, de menacer ou de punir. Dans les travaux écrits qu’il faisait, il n’y avait aucune anti-sèche qui circulait et pour cause : Les livres de cours étaient autorisés sur la table, comme les règles à calculs et, pour les rares qui en avaient, les calculettes. Pour lui, il n’était pas nécessaire de mémoriser des tas de trucs et de formules, l’important était de savoir OÙ les trouver rapidement.

Je crois bien que c’est à dater de là que j’ai aimé apprendre. Sans forfanterie, avant j’étais bon élève par accident , après, j’ai VOULU savoir. Je crois bien que c’est une contamination inguérissable…

C’était en 1964. Grand Merci à ce prof d’exception qui m’a évité d’avoir l’impression de tout savoir parce que j’ai eu mon certificat et de stagner dans une ignorance à peu près complète...

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