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jeudi 19 janvier 2017

BlutchBlanche-Neige et Monsieur Bizzini

Pour les apprentis suisses, les cours professionnels ont lieu 1 jour par semaine. Pour les mécanos c’est 8 semestres. Donc, pour une classe, autant de fois à renouveler le cheptel des profs.

C’était en 64, la révolution de mai 68 n’était pas encore agendée, autant dire que j’ai vécu les dernières années de gloire de l’enseignement « Ronds de cuir et blouses blanches ».

Blanche Neige

De blouse blanche on en a précisément eu une et de belle facture. Mais non, ce n’était pas un vieux barbon à qui il faut pardonner cette marotte de se déguiser en infirmier. On avait 18 piges et il n’en avait pas dix de mieux. Je n’ai de lui que le souvenir d’un exposé sur le rayon laser. Enfin, « exposé » est peut-être un bien grand mot pour la lecture ânonnée d’un article y relatif auquel il n’avait visiblement rien compris Son nom ? Aucune idée, on l’appelait Blanche Neige. Et il n’avait bien évidemment aucune autorité sur 30 ados…. Il enseignait la technologie et la connaissance des matériaux. C’était un cas, mais ce n’est pas de lui dont je veux vous causer.

Comme tous Suisses normalement constitué, Blanche Neige s’absentait chaque année des cours pour cause de service militaire. 3 semaines de guignoleries qu’il se démerdait pour ne pas les faire durant ses maigres 12 semaines de vacances. Dans la Suisse d’alors, un prof absent se remplace et la direction avait, à sa disposition, un bataillon de remplaçants au pied levé.

Donc, si vous me suivez toujours, Blanche Neige avait troqué sa blouse immaculée (mais non, Conception, reste tranquille) pour une tenue de combat (mais non MAM, je ne parle pas de ta tenue de soirée) nettement moins salissante pour ramper dans la boue. Nous sommes donc chaque fois dotés d’un remplaçant pour que Blanche Neige puisse se faire foutre de sa gueule par une bande de troufions soudards.

Première absence, on tombe sur une peau de vache qui nous prend en traître. À la fin de la première heure il distribue des feuilles et annonce  qu’après la récré, il y aura interrogation écrite sur la connaissance des matériaux. On ne nous avait jamais fait ce coup là alors on décide de faire la grève du stylo. Il y eut juste deux dégonflés. Explication « tendue » avec le prof qui annonce que contrairement à son habitude, il nous averti que la prochaine fois il y aura travail écrit et qu’il prendra la moyenne des deux notes. Avec un 5 en première séance, on ne pouvait donc pas espérer mieux que faire un 3, correspondant à suffisant. Tout le monde a bûché, même les plus cancres. Ce qui fut un prodige, car il avait choisi 85 pages du livre sur les matériaux, là où il y a la liste des divers métaux avec leur index chimique, poids spécifique et atomique, composition ,degrés de fusion et particularités diverses. Bref, une peau de vache comme on n’osait déjà plus en exposer dans le musée des horreurs éducatives.

Au retour de blanche Neige, on va lui expliquer qu’il faut annuler les premières notes et ne tenir compte de la deuxième que pour ceux à qui ça améliore la moyenne. Il cède juste avant la fin de la première heure de cours… Peut-être pour ne pas compromettre sa pause café.

Lors de sa deuxième absence, pour le même stupide prétexte, on nous colle un élève ingénieur. Un gars qui pour être compétent n’était ni stupide, ni déréglé du système d’évacuation. Mais ce brave garçon arrive, pour lui, en période d’examens et jette l’éponge pour la 3e semaine. Pour ne mettre personne dans la panade, il fourni lui-même son remplaçant :

Monsieur Bizzini.

Lorsqu’on arrive en classe, il est déjà assis à son pupitre, conscient qu’être le remplaçant du remplaçant ne va pas être une sinécure. Faut dire que notre classe concentrait les pires troublions de tout le collège. Notre réputation était déjà bien établie... C’est dire s’il était difficile d’être un élève sérieux dans cette ambiance... A l’arrivée des 30 sauvages … des 30 élèves, le ton est donné : « Tiens, encore un nouveau, on va lui dresser le poil. » Dit à haute et intelligible voix par une des grandes gueules de la classe.

- Bonjour Messieurs, Je vais procéder à l’appel comme j’ai l’obligation de le faire. Nous avons deux heures à passer ensemble pour des matières assez semblables. Je vous propose de les faire ensemble la première heure et ensuite de vous parler de ma visite de l’usine anglaise de Ford et de Londres que je viens de visiter. Si ce programme ne vous plaît pas, vous pourrez quitter la classe après l’appel, sans risques d’absence injustifiée. En face de l’école, il y a un bar-à-café pour attendre l’heure de votre dernier cour de la matinée. Pour ceux qui restent, je tiens à vous dire que je n’admets aucun chahut qui empêche ceux qui le veulent de travailler. »

Personne ne quitte la classe, il fallait voir si c’est vrai un prof pareil….

Les deux heures se passent comme annoncées et sans indisciplines, sauf qu’au fil des questions, on avait oublié sa visite de l’usine. La vie londonienne et les petites anglaises nous semblant plus importantes.

Fin de la leçon, le prof Bizzini se lève : « Le cours est terminé, je pense que vous y avez trouvé plaisir, puisque personne n’est parti et qu’il n’y a pas eu de chahut. Une dernière question avant de partir…. C’est qui qui voulait me dresser le poil ? » Dit en dévisageant l’élève, qui rougit mais n’assume pas. Toute la superbe qu’il a perdu auprès de ses con-disciples est passée au crédit du prof.

Le semestre suivant on a la surprise de voir que Blanche Neige crétinise d’autres classes et qu’on nous a attribué Monsieur Bizzini comme titulaire. Pour tous, c’est un semestre de rêve. En 6 mois, il a relevé la moyenne générale de la classe de 1,5 point, sur la vieille échelle de 5 (nul) à 1 (excellent) ; sans avoir eu besoin de lever le ton, de menacer ou de punir. Dans les travaux écrits qu’il faisait, il n’y avait aucune anti-sèche qui circulait et pour cause : Les livres de cours étaient autorisés sur la table, comme les règles à calculs et, pour les rares qui en avaient, les calculettes. Pour lui, il n’était pas nécessaire de mémoriser des tas de trucs et de formules, l’important était de savoir OÙ les trouver rapidement.

Je crois bien que c’est à dater de là que j’ai aimé apprendre. Sans forfanterie, avant j’étais bon élève par accident , après, j’ai VOULU savoir. Je crois bien que c’est une contamination inguérissable…

C’était en 1964. Grand Merci à ce prof d’exception qui m’a évité d’avoir l’impression de tout savoir parce que j’ai eu mon certificat et de stagner dans une ignorance à peu près complète...

samedi 14 janvier 2017

AndiamoA l'ombre du figuier

Avant propos : Ce billet je l'ai écrit il y a quelques jours pour les impromptus littéraires Le thème imposé était :"à l'ombre du figuier". Du boulot pour Chauguise en perspective !''

TSSSS TSSSS TSSSS, dans l'air brûlant de ce mois d'Août, seulement troublé par les stridulations lancinantes des cigales, Pascal sommeille à l'ombre du figuier. Ce figuier planté une trentaine d'années plus tôt par Papet Emile.

Papet Emile, dans le village il ne parlait que de son figuier, si bien que les habitants pour se moquer un peu, mais davatange par galéjade le surnommait "Escartefigue" comme le personnage dans la pièce de Pagnol.

Elle est belle la bastide de Papet Emile, située dans l'arrière pays niçois. Depuis la fenêtre du second étage, on aperçoit la mer, sur la droite une sorte de grangette, et entre deux LE figuier. Chaque année il donne d'excellents fruits, que Mamée Célestine cuisait, sucrait afin de confectionner d'excellentes confitures, qui régalaient son "pitchou" comme elle l'appelait.

Papet est parti le premier, non pas le premier du mois ! Mais un treize Décembre, une mauvaise grippe, et Mamée n'avait que cinquante cinq ans au décès de son époux. Une gaillarde Mamée Célestine, qui aurait pu vivre cent ans, disent encore les gens du village.

Mais qu'est ce qui lui a pris à cette vieille folle, de partir avec ce saisonnier de malheur ? On les a vus bras dessus bras dessous, prendre le car de 6 heures, ce matin de Printemps, il y a tout juste 10 ans, lui portait un grand manteau marron, et un large feutre à la "Frédéric Mistral" ont certifié le peu de témoins qui les ont vus ce matin là, elle une robe à fleurs, et un caban bleu marine. Et depuis aucune nouvelles.

Pascal se réveille, s'étire, baîlle bruyamment, il jette un regard vers la grangette, dans laquelle en fouinant un peu on pourrait trouver une cantine en fer, contenant un vieux pardessus marron, et un feutre à larges bords.



Une figue encore verte tombe sur le sol...

- Tiens Mamée c'est pour toi, articule Pascal en tapotant la terre amoureusement.

lundi 9 janvier 2017

FrançoiseMon dernier coup de cœur.

MON DERNIER COUP DE COEUR Je me souviens d'un temps encore proche: les trains arrivaient à l'heure et desservaient la moindre contrée rurale à un prix abordable, on trouvait un travail salarié en quelques jours, on voyageait vers l'Inde en passant par la Turquie, l'Irak, la Syrie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan sans risque de sauter sur une mine ou de se faire kidnapper, au contraire: l'hospitalité locale laissait un souvenir ému aux routards. Les salaires augmentaient doucement mais régulièrement et l'impôt sur les sociétés était à 50% sans que celles-ci hurlent à la mort. Bref, l'avenir de ce passé devait forcément être radieux, puisqu'on produisait de plus en plus et de mieux en mieux, en travaillant de moins en moins. La diminution du temps de travail grâce aux gains de productivité était considérée comme naturelle, souhaitable et allant dans le sens du progrès. Tout ceci ouvrait la voie à d'intenses réflexions sur l'écologie, le nucléaire, le féminisme, la culture, les relations avec les pays pauvres... Dans les années 75/78, plusieurs milliers de réfugiés Chiliens ou Argentins fuyant les dictatures fascistes furent accueillis en France, tout comme 40 000 vietnamiens arrivés entre 1975 et 1990.

En 1989, le mur de Berlin tomba, le rideau de fer disparut et les goulags s'ouvrirent. C'était certain: désormais, nous allions être des européens partageant une joyeuse Auberge Espagnole et des citoyens heureux dans un village mondial où chacun circulerait librement et vivrait décemment dans un monde plus créateur de richesses que jamais.

Souvent je pense à ce passé pas si lointain et me demande: “Mais comment en est-on arrivé là aujourd'hui?” Là? Guerre en Irak, Iran, Afghanistan, Syrie, Lybie, Egypte, Yemen, attentats un peu partout dans le monde, retour du racisme, montée de l'extrême-droite, chômage et pauvreté dans de riches pays occidentaux, déliquescence des services publics, faillite de la Grèce, retour de l'esclavage en Afrique, en Asie et dans le 16è arrondissement de Paris avec les domestiques Philippines, peur de l'Autre, sentiment que l'humanité n'en finit pas de s'auto-détruire et de détruire la planète qui l'abrite...



Dans mon roman, “Jouer au monde”, je situais le commencement de cette déroute au milieu des années 80, décennie où l'argent cessa d'être un outil pour devenir LE but, où l'ex-communiste Yves Montand criait “Vive la crise”, où l'on nous vendait “la mondialisation heureuse” comme un monde merveilleux où l'argent des riches ruisselleraient forcément sur les moins nantis. Bernard Tapie devenait un héros national, tout comme les Golden Boys jouant à la Bourse avec l'argent des épargnants. J'avais l'intuition que ce monde globalisé autour de l'argent était dangereux, intuition que je n'arrivais pas à formuler assez précisément, avec assez d'arguments pour que mon intuition ne soit pas balayée par un cinglant: “ Tu serais pas un peu gauchiste, toi?” Or voici que j'ai découvert et dévoré le livre de Thomas Guenolé “La mondialisation malheureuse” ( First). Thomas Guenolé est professeur à Sciences Po et chroniqueur dans des magazines et radios diverses, ce qui ne l'emêche ni d'avoir de l'humour, ni d'être sérieux sans se prendre au sérieux. Les livres d'économie ne sont pas ma tasse de thé préférée, mais celui-ci m'a tenue en haleine trois jours de suite tant je jubilais à chaque page...

Facile à lire et empli de données chiffrées dont les sources sont systématiquement indiquées et vérifiables, son livre n'est pas un plaidoyer contre la mondialisation, mais une démonstration point par point et dans tous les domaines – économique, financier, social, politique – que cette mondialisation qui se prétendait heureuse et se révèle plus que malheureuse: désastreuse, n'est pas une fatalité, mais le résultat d'une idéologie parfaitement consciente. La mondialisation malheureuse creuse les inégalités et détruit méthodiquement les ressources naturelles de la planète de façon consciente, dans un but unique: toujours plus de profit financier concentré entre les mains de quelques-uns, qui de ce fait ont davantage de pouvoir que n'importe quel gouvernement.

Thomas Guénolé n'a pas écrit seul dans son coin, il s'est informé auprès de nombreux universitaires spécialistes de chacun des domaines qu'il aborde, ce qui rend son livre totalement crédible et argumenté. Pas à pas, il nous guide dans le mécanisme qui a créé le monde d'inégalités, de désastre écologique et de fortunes indécentes dans lequel nous vivons. Il aborde aussi un point sur lequel peu de gens insistent: le rapport de forces inhérent à une société basée non pas sur la solidarité mais sur la compétitivité et la compétition. Rapport de forces qui rend ridicule l'idée d'un contrat de travail “librement discuté” entre employeur et salarié, et rappelle que malgré tous les beaux discours, les hommes sont loin d'être tous égaux en droits et en libertés.

Au-delà de ce constat déjà fait ici ou là quoique avec moins de précision, l'intérêt de la démonstration est aussi que Guénolé donne, à chaque pas, des solutions pour sortir de ce qui n'est plus vivable. Il y a des alternatives, à tous les niveaux: actions individuelles que chacun d'entre nous peut adopter, décisions politiques- et là, voyez si les candidats à la Présidentielle sont côté mondialisation malheureuse ou économie humaine- et solutions au niveau des entreprises.

L'auteur conclut en analysant le cas de la Grèce et l'échec d'Alexis Tsipras à résister aux diktats de “la Troïka” malgré le soutien de son peuple. Là encore, rapport de forces: que pouvait faire un pays plongé dans la misère dont l'économie ne représente que 2% de la richesse de l'Union Européenne face à la puissance de la France et de l'Allemagne? En revanche, si dans un de ces deux pays un candidat qu'il appelle “altersystème” arrivait au pouvoir, le rapport de forces deviendrait favorable à un monde plus équilibré, plus humain, qui entraînerait d'autres pays dans une spirale vertueuse. Et il conclut: “J'espère que ce pays sera la France”. A nous d'y penser le 23 avril...

mercredi 4 janvier 2017

AndiamoPrincipe de précaution : ras l'bol !

J'étais sec de chez pas humide, et puis ce matin une info à la radio m'a donné un sujet de bifton.

Un nourrisson décède après la prise d'un médoc à l'aide d'une pipette, il a fait ce qu'on appelle une "fausse route" c'est à dire que le liquide est passé dans la trachée au lieu de passer dans l'aesophage.

C'est épouvantable certes, mais combien de fois ai-je fait prendre de l'"Advil" (pub gratos), un antibiotique à mes petits enfants lorsqu'ils étaient malades ? Et ce à l'aide d'une pipette justement !

Bien sûr j'appuyais lentement sur le piston, retirant souvent la pipette afin de laisser au bébé le temps de déglutir.

Au nom du principe de précaution retirons tous les médocs qu'on administre à l'aide d'une pipette, supprimons aussi les voitures qui font cinq mille morts par an, les avions qui ne demandent qu'à descendre, les trains qui parfois déraillent...

Mais curieusement on continue à balancer des bombes sur des civils, femmes, vieillards, enfants, ça n'est pas dangereux une bombe, parfois elles n'explosent pas ! Une chance au largage, une chance à l'atterrissage.

Et puis surtout ne faites plus d'enfants, car un jour ils mourront !

Et merde à la fin ! Tous les jours j'entends à la radio comment je dois me comporter afin de vivre mieux, ne pas trop piccoler, arrêter de fumer, se coucher à heure fixe, nanani, nanana ! Je vais avoir 78 balais, et on me dit encore comment je dois régir ma vie ! Mais qu'ils s'occupent de leur cul...

Chaque année la municipalité m'envoie les consignes afin de ne pas me déshidrater au moment de la canicule (ta sœur), merci j'ai ma réserve de bibine au frigo, et un superbe climatiseur ! Pas écolo ? J'm'en fou !

Avec leurs conseils débiles, je ne sais pas si je vivrai plus vieux, ce qui est sûr c'est que ça va me sembler long !

vendredi 30 décembre 2016

Françoise2017, Année très chouette !

Beaucoup de gens écrivent un peu partout qu'ils espèrent que 2017 sera meilleure que 2016. L'an dernier, vu que 2015 avait commencé avec Charlie et s'était terminée par les tueries au Bataclan et sur les terrasses, on se souhaitait que 2016 soit meilleur que 2015. Le monde n'étant pas un fleuve tranquille, il y aura des événements tragiques, des morts de célébrités d'autant que plus le temps passe, plus elles vieillissent, des élections piégeacons, des accidents, des guerres, des injustices, bref tout ce qu'on lit dans les médias de plus en plus vite et partout.

On raconte que Louis XVI écrivit dans son journal "Rien" à propos de la journée du 14 juillet 1789. Pas parce qu'il ignorait les événements en cours, mais tout simplement parce qu'il revenait bredouille d'une partie de chasse. "Rien, pas une once de gibier", mais à deux pas de là, une révolution en marche. Comme quoi la réalité dépend aussi du regard qu'on porte sur elle.

En 2017 il y aura aussi des moments d'amour, des rencontres inattendues, des créations exaltantes, des malades guéris, des rires d'enfants, des bandes de potes, des soirées délirantes, des pêcheurs à la ligne, des lectures passionnantes, des plages désertes et d'autres bondées, des draps frais au coucher, des rivières paisibles et des montagnes à perte de vue, des trains à l'heure et des lettres annonçant de bonnes nouvelles... sans que le monde entier en soit informé.

Le malheur fait la Une, le bonheur se murmure, il reste intime, comme un secret bien préservé. Les anciens ne disaient-ils pas: "pour vivre heureux, vivons cachés"?

2017, année secrète, discrète, très chouette? C'est tout le bonheur que je vous souhaite.

(photo : Yehudra Edri)

samedi 24 décembre 2016

AndiamoRésonnez buccins, sonnez musettes (ou inversement)

J'ai beaucoup... Vraiment beaucoup dessiné des Madames toutes nues, évidemment les mecs étaient ravis (du moins, je l'espère )

Bien sûr ces Dames ont renaudé ! Rendons leur justice...

Ce soir encore elles prépareront amoureusement les cadeaux pour toute la famille, mais elles, ces besogneuses de l'ombre, ces fées attentives à nos moindres désirs, ces héroïnes de la lèche frites, ces écumeuses de confitures, gardiennes infatigables de la maisonnée, qui pense à elles ?

UN SEUL... pour vous servir Mesdames, LE Doyen !

Mesdames rien que pour vous : un jeune homme, faites en bon usage !

JOYEUX NOËL à toutes et à tous.

(ch'tiot crobard Andiamo)

lundi 19 décembre 2016

FrançoiseLe bel âge.

Ils sont venus, ils sont tous là...

Pour une fois ce n'est pas un enterrement, mais un anniversaire. 90 ans, ça se fête, il n'y en a pas tant qui y arrivent, quoique... On compte ce jour là un couple de 93 et 90 ans, un ami d'enfance du cousin dont c'est l'anniversaire, 90 ans aussi: “On s'est connus, on avait 8 ans”. Quatre-vingt deux ans d'amitié, ça fait rêver. Du nord et du sud, du centre et d'ailleurs, les enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants ont accouru, plus les cousins, cousines, germains ou issus de germains comme on dit, avec leurs conjoints officiels ou non. Quelques vieux amis aussi... En tout, 35 personnes. Ca fait du bruit, des embrassades, des rires... Ca fait du bien.

Le fils cuisinier a concocté un menu qui fleure bon les repas de famille des années soixante: à part les huîtres grâtinées, très nouvelle cuisine, il a préparé un vol-au-vent au ris de veau et pépites de foie gras, un filet de boeuf et son gratin de pommes de terre, châtaignes et champignons, et une omelette Norvégienne. Des siècles que je n'avais pas mangé ce genre de plats, qui me rappellent maman, qui aurait eu, si elle avait vécu, le même âge à deux mois près que son cousin aujourd'hui nonagénaire.

– Plus personne ne mange d'omelette norvégienne, confirme le cousin restaurateur. Ils réclament tous des crèmes brûlées ou des fondants au chocolat.

La mode sévit aussi en cuisine, mais quel bonheur de manger “vintage”!

Le cousin souffle ses bougies, il n'en revient pas d'avoir 90 ans et prononce ce nombre avec respect et incrédulité. Ceux de 60, comme de 40, le rassurent: eux non plus n'en reviennent pas d'avoir leur âge. Comme écrivait Benoîte Groult, on garde toujours vivaces en soi la petite fille, la jeune femme et la femme mûre qu'on a été...

Ma voisine de table a 88 ans, son compagnon sensiblement le même âge. Ils se sont rencontrés à l'adolescence, perdus de vue, puis mariés chacun de son côté. Devenus veuve et veuf, ils se sont retrouvés, les amours de jeunesse ont des racines profondes. Les amours au long cours aussi. Tel dont on sait qu'il a traversé, comme tout le monde, des remous conjugaux, évoque aujourd'hui son épouse, “merveilleuse, intelligente, capable de résoudre n'importe quel problème”. Il n'évoque pas sa beauté, encore moins leur intimité, mais cette admiration qu'il ne lui sans doute pas exprimée si souvent au cours de leur vie, et qui a forgé leur attachement. Elle, les yeux brillants, confie: “on a travaillé 68 ans ensemble, on ne se quittait pas.” Elle a dû en baver parfois, il raconte qu'elle n'était “pas toujours facile”, mais qu'importe à leurs yeux d'amoureux nonagénaires. En ce jour de liesse, les tempêtes et les creux que toute vie comporte sont oubliés ou mieux: relégués au rang de souvenirs que l'on chérit, parce qu'ils n'ont pas conduit au naufrage, quand aujourd'hui les amours semblent si fragiles, si jetables.

Ma voisine de table a connu le cousin quand elle avait 18 ans et lui 20. Leur adolescence avait traversé la guerre, l'incertitude sur l'avenir et les privations. Ils étaient J3, avaient droit à un peu plus de lait et de sucre que les autres, mais ça n'éliminait pas la peur, l'occupation, le couvre-feu et la faim. Au sortir de ce cauchemar, ils ont dévoré la vie avec l'explosion du jazz et de la fête. Années cinquante, be-bop et boogie-woogie: “On a tout dansé ensemble, j'adorais cela, dit-elle”. Ils évoquent des “surprise-parties” avec Claude Luter, les cocktails qu'ils buvaient... J'ai l'impression en les écoutant d'entrer dans un roman de Boris Vian.

Après le dessert, tandis que les enfants, les petits enfants et les arrière petits-enfants rassemblent leurs affaires pour reprendre la route, tandis que le soleil d'hiver décline et que tombe la brume du soir, les voilà qui entonnent “Oh when the saints, go marching in...” en affirmant que ce morceau est “la Marseillaise du jazz”. Ma voisine de table s'est levée, elle chante, ses hanches ondulent et ses pieds frémissent. Elle reprendrait volontiers un peu de boogie-woogie...

(ch'tiot crobard Andiamo)

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