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mercredi 16 décembre 2015

BlutchLes enquêtes de l’inspecteur Hippolyte Tayze-3

Que je vous explique: Hippo Tayze a germé dans ma caboche à la suite d'une réflexion du doyen sur un blog concurrent mais sans le nez.... heu nez en moins ami. " la mort de Coluche, c'est comme pour Lady Di, ce sont des accidents prouvés et y a pas à y revenir." (Ce n'est pas dans le texte, mais dans l'esprit). Et comme vous connaissez mon esprit frondeur, je me suis bien évidemment dit: "Et s'il pouvait y avoir une autre explication ?" Et pourquoi que je me poserais pas des questions.... Parce qu'un chauffeur professionnel pour millionnaires qui est à la fois dépressif et bourré, ça me gêne aux entournures, voyez-vous...

Alors, j'ai mis les mains d'Hippo dans le cambouis... Comme avec ce préambule, je fais éclater la limite d'assimilation de Célestoche, les lignes de séparations dans le texte lui permettront de faire des pauses... Blutch.

Hippo Tayze et la mécanique.

- Hippo ! Tu viens dans mon burlingue, j’ai un truc spécial pour toi.

- C’est Genveut-toujours-plus ou Fleur de Cactus qui me convoque ?

- C’est la Commissaire et arrête de faire le con !

(Depuis qu’Hippo Tayze bosse dans le BVFH, seul le parlé vrai est admis. Ce qui peut donner parfois quelques hoquets à un visiteur non averti ou trop engoncé dans la notion hiérarchique. Il avait dit à la Commissaire qu’il est impossible de traquer les falsifications de l’Histoire si on vit des rapports humains falsifiés par un vernis de respectabilité. Elle a admis cette vérité première comme une évidence.)

- Ok, je suis toute ouïe.

- J’ai eu une demande un peu spéciale qui émane de Mohamed al Fayed, un type pété de tunes qui était le père de l’amant de Lady Di. Tu vois le tableau et ce qu’il attend de nous…

- A peu près, mais là, il demande l’impossible, pas question de pouvoir faire parler un agent secret,ni d'obtenir un tuyau d'un service de renseignements. Si tant est que les services secrets soient impliqués, bien sûr.

- Il le sait très bien, ce qu’il veut savoir, c’est s’il était possible d’avoir organisé cet accident. Tu as carte blanche, mais fais vite car je suis invitée à lui rendre ton rapport dans sa propriété en Egypte.

- D’accord, mais je serais du voyage ou je n’enquête pas.

- Ca dépendra de ce que tu trouves…. Une chose encore, s’il a raison, tu es sur une poudrière. Tout a été verrouillé, claquemuré pour coller à la version officielle. Si tu trouves un os, tu n’auras pas les félicitations des instances républicaines et royales. Ce sont des susceptibles, alors fais gaffe et consigne tout au fur et à mesure.

- Pas fou le mec, même toi tu ne sais pas exactement comment j’enquête .




Deux semaines plus tard dans une villa super luxe des environs d’Alexandrie.

- J’espère que vous avez fait bon voyage et que vous êtes bien installés. L’Egypte est magnifique en cette saison et vous n’aurez pas trop de touristes. Vous avez été très sibylline chère commissaire. « Etude terminée, résultat positif » pourquoi si peu de détail ? J’ai hâte de savoir ce que vous avez trouvé.

- Cher Monsieur, je vous remercie pour cette invitation. C’est pour nous une façon bien agréable de remettre un rapport d’enquête. L’inspecteur Hippolyte Tayze vous fera part directement de ses investigations.

Pour mon côté « sibyllin », vous savez que les communications téléphoniques ne peuvent plus être secrètes et je ne voulais pas ameuter tout ce qu’il y a d’agents secrets dans le monde autour de ce rapport. Si ce que vous pensez est vrai, c’est une bombe, et je n’aime pas voir sauter les bombes trop près de moi.

- Certes, j’ai pu me rendre compte qu’il y a un black out officiel total sur cet événement. Tous les gens contactés ont eu le même discours qui se résume ainsi : « Un attentat est rigoureusement impossible dans le déroulé de cet accident. Il ne peut pas y avoir de mains criminelles dans la mort de votre fils. » Je vous confie la mission délicate d’émettre votre propre opinion et en deux semaines vous me dites avoir trouvé. C’est surprenant. Qu’avez-vous trouvé inspecteur ?

- Dans une enquête, on ne trouve que ce que l’on cherche, et pour savoir quoi et où chercher, il faut d’abord analyser le contexte général. Or ce contexte est fait de plusieurs choses. Je précise que je n’ai recherché que la faisabilité d’un attentat et non s’il y a et quelle est la main criminelle.

a) Il était évident que Lady Di exaspérait la maison royale au plus haut point, mais ça ne devrait tout de même pas être suffisant pour la tuer.

b) Il semble que sa relation avec votre fils a été prise beaucoup plus au sérieux que ses passades précédentes. Lady Di était encore en âge de procréer et l’idée d’envisager un demi-frère du futur roi de confession musulmane semblait être assez insupportable à toute une partie de l’Angleterre. Là encore ça me semblerait un motif de meurtre assez léger, mais on a vu pire.

c) Le jour de l’accident, votre fils et son amie ont été traqués à journée faite par les paparazzi. On peut supposer que leur faculté de tolérance était émoussée au moment du déplacement fatal.

d) Je n’ai obtenu aucune information crédible quant aux raisons de la présence à Paris des deux agents secrets britanniques. Ces gens-là voyagent beaucoup. Le lien est possible avec votre affaire, mais pas certain.

e) Concernant le chauffeur, on a dit tellement tout et n’importe quoi sur son compte que c’en est suspect. Je suppose toutes fois que le Ritz ne confie pas la vie de ses clients à n’importe qui et qu’un chauffeur de Palace doit faire preuve de qualités morales et professionnelles certaines.

f) Le garde du corps survivant a perdu la mémoire…. Peut-être bien que oui, mais il peut aussi avoir peur et simuler.

Venons en aux faits :

La Mercedes a percuté un piler du tunnel de l’Alma en roulant à très vive allure. Pourquoi le chauffeur n’a-t-il pas levé le pied à temps ? Avec un léger ralentissement avant le virage, puis une reprise de l’accélération dans le virage, il pouvait maîtriser la trajectoire. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? J’ai imaginé qu’il ne pouvait peut-être plus ralentir la voiture et je suis parti sur cette hypothèse.



Reprenons au départ du Ritz :

A peine dans la rue la Mercedes est prise en chasse par des motards de la presse, plus une moto que les journalistes ne pourront pas situer dans leur giron. Appelons là la moto X. Les journalistes suivent la voiture. Il leur importe de savoir où vont votre fils et son amie. Par contre, la moto X accélère pour se porter à la hauteur de la voiture, comme pour faire une photo. Mais peut-être n’était-ce pas un appareil de photos que le passager a fait voir aux occupants de la voiture. Ont-ils eus des raisons d’avoir peur, nous ne le saurons jamais.



C’est probablement sur ordre de ses passagers, que le chauffeur a accéléré à fond et c’est à partir de là qu’il ne maîtrise plus rien. Il rentre à trop vive allure dans le tunnel, et il est gêné par une petite voiture blanche. Il perd la maîtrise du véhicule est s’écrase contre le pilier. La moto X passe près de l’épave mais ne s’arrête pas. On ne retrouvera ni la petite voiture blanche, ni la moto X. Peut-être faute d’avoir vraiment cherché. Et personne ne pourra expliquer le retard exceptionnel, en pleine ville de Paris et de nuit, de l’arrivée du SAMU. Il y a dans le déroulé du drame des incohérences, ou tout au moins des bizarreries.

J’ai étudié un modèle de ce type de Mercedes. Un sabotage de la voiture est réalisable en 5 à 10 minutes chrono. Sur ce genre de voiture, il n’y a plus le traditionnel câble des gaz qui relie la pédale de l’accélérateur au papillon d’ouverture du carburateur, loin s’en faut. La commande est semi électrifiée.

De la pédale, une tige rigide gainée passe sous le capot. Cette tige est couplée à un dispositif électrique qui va commander l’ordinateur du moteur pour le faire accélérer (ou décélérer). Il est parfaitement réalisable de fausser cette commande.

a) soit en tordant la tige rigide en un endroit précis qui viendra se coincer dans la gaine lorsque le conducteur écrase la pédale au plancher. Tant et aussi longtemps qu’il roule feutré (disons à moins que ¾ des gaz), il ne se passe rien, la partie tordue restant en dehors de la gaine rigide.

b) Le contact électrique actionné par cette commande peut avoir été remplacé par un autre, trafiqué pour qu’il se bloque lorsqu’il a été mis à fond de course.

Dans les deux cas, le résultat est que les gaz restent bloqués à fond et que le chauffeur ne peut plus maitriser la trajectoire en jouant avec les gaz. La voiture devient un bolide fou. Ce cas de figure n’est pas intégré dans la formation des conducteurs ni des chauffeurs professionnels et qu’en tout état de cause, dans un tel cas, l’attention du conducteur est figée sur la trajectoire, il n’y a plus de place pour réfléchir comment s’en sortir. Ou dans tous les cas la réflexion se fait trop lentement et sans les connaissances techniques permettant d’éliminer tout de suite les fausses solution, comme de vouloir glisser le pied sous la pédale afin de forcer le mécanisme à revenir à zéro. Impossible, car la pédale n’est pas solidaire du reste de la commande, elle est posée sur l’extrémité de la tige rigide qui, elle, est équipée du ressort de rappel à zéro. Pendant les deux ou trois secondes où le chauffeur tente ce genre de manœuvre, il laisse la voiture prendre de la vitesse, sans tenter de la limiter en freinant énergiquement.

On a déjà vu ce genre de problème avec des régulateurs automatiques de vitesses qui se bloquaient. Dans aucun cas recensé le conducteur avait pensé à sortir la vitesse engagée et freiner le véhicule, laissant le moteur hurler pour son seul compte. Pas plus que de tourner la clef de contact d’un cran pour couper le moteur sans verrouiller la direction. Ce dernier point est d’ailleurs impossible sur cette Mercedes dont la clef de contact est une carte à puce.

Ce cas de figure a pu arriver à votre chauffeur si son accélérateur a été trafiqué. Après l’accident, le sabotage est indétectable. Il n’en serait pas de même si l’accélération avait été radiocommandée de l’extérieur. On aurait retrouvé le système de réception (si tant est qu’il ait été cherché…)

Je précise encore que combien même il avait tenté de freiner, sortir la vitesse engagée ou coupé le contact, la voiture était déstabilisée pour amorcer le virage avant le tunnel et il y a de fortes chances qu’elle serait sortie de la route. Mais il y aurait certainement eu un moindre choc tout de même.

Un peu trop d’énervement par une journée pourrie par les paparazzi, il est tard, la fatigue fausse le jugement et les réflexes, un motard qui s’approche trop fait monter l’adrénaline des occupants de la voiture d’un cran supplémentaire. Un coup de gaz à fond, c’est l’accélération de trop, la commande se bloque et le bolide devient fou. Trop de stress pour agir vite et sainement et c’est le crash pratiquement garanti. J’évalue à 90-95% le niveau de réussite d’un tel sabotage, si ce sabotage a réellement eu lieu, ce que je ne pourrais jamais prouver.



- Mais personne ne pouvait prévoir l’impact. Je veux bien admettre qu’au moment où l’accélération a été provoquée, le passage dans le tunnel était prévisible, mais la voiture aurait pu percuter un car de touristes, faire des victimes supplémentaires, je ne sais pas….

- Si c’est un attentat, il était dirigé exclusivement contre Lady Di et il était gouvernemental. Avez-vous déjà vu un gouvernement reculer parce que des gens innocents risquaient de mourir ? Il n’y aurait jamais de guerre dans un tel cas… Je veux bien qu’elle ne risquait pas de percuter un camion-citerne d’essence à cette heure de la nuit, mais combien même, cela n’aurait pas été un détail de ce genre qui aurait pu modifier la détermination des éventuels tueurs ou le scénario de l'exécution.

Vous nous avez demandé s’il était possible de saboter la voiture pour provoquer cet accident mortel. Je vous réponds que si la voiture de votre fils a été sabotée de cette façon, c’est un crime parfait. D’autant plus parfait qu’il intègre les réactions des victimes dans son développement.

Exaspérer ses victimes pour réduire leurs capacités de réaction et les pousser à la faute, c’est fort. Après, il ne reste plus qu’à transformer un coup d’accélérateur rageur en une voiture devenue folle… C’est techniquement un jeu d’enfant.

- Hippo, s’il y a eu attentat comment les auteurs pouvaient-ils savoir que le couple partirait avec cette Mercedes ?

- Je vous rappelle, Commissaire, qu’il n’y avait ce soir là dans le garage du Ritz, qu’une voiture de disponible. Il est facile de faire louer les véhicules excédentaires dans l’après-midi.

- Mais comment savoir que ce serait celle-là qui resterait ?

- Si je ne m’abuse, elle était moins prisée que les autres car c’était la plus ancienne ou plus modeste de la flotte. C’était forcément elle qui allait rester et que le Ritz ne louerait pas pour pouvoir la mettre à disposition du couple. D'autre part, c'est un sabotage effectuable très rapidement et le garage du Ritz n'est pas surveillé en continu.

Un des mécaniciens que j’ai interrogé m’a montré comment tordre cette tige d’accélérateur, il l’a fait devant moi en 10 minutes, puis il m’a montré le résultat, moteur en marche. En imaginant que ça arrive alors qu’on roule déjà à près de 100 km/h, ça fait vraiment peur. Après sa démonstration, il a remplacé la commande qu’il a trafiquée par une neuve. Voilà celle qu’il a tordue. Il existe d’autres possibilités tout à fait accidentelles. Je ne les ai pas prises en compte puisqu’elles ne correspondaient pas à votre demande.

- Je vous remercie pour vos recherches objectives. Vous savez ce que je pense de cet « accident » mais vous avez voulu rester en dehors de mes passions, c’est très professionnel.

- J’ai enquêté sans mettre de barrage « moraux ». Les « ça ne se fait pas » et autres « mais ce serait horrible » n’étaient pas de mise dans ce cas parce que ni les professionnels du meurtre, ni les gouvernements n’ont ces interdits. Toute fois, je n’ai pas pu rester dans la stricte neutralité. J’ai juste voulu rester objectif et réaliste.

Les motifs de vouloir tuer Lady Di étaient futiles, mais où se situe la limite….. Pour vous dire, dans une enquête que je viens de terminer, un ministre a été assassiné pour la seule raison qu’il était pressenti pour devenir premier ministre à la place du ténor de son parti. Vu ainsi, les motifs d’assassiner Lady Di étaient beaucoup plus « sérieux » que pour ce pauvre ministre.



- Mon secrétaire est à votre disposition pour vous proposer quelques excursions dans l’Egypte ancienne. Prenez votre temps dans le monde enchanté de l’Histoire, avant de retourner dans ce monde violent et hypocrite.



Merci commissaire Genveut, Merci inspecteur Tayze. Je sais que je n’obtiendrai jamais la vérité, mais je sais maintenant que la forfaiture était possible, malgré les garanties sur l’honneur des Ministres français et anglais qu’un acte criminel était totalement impossible. Merci de tout cœur, je peux commencer à faire mon deuil.



- Les déclarations sur l’honneur sont comme les promesses, elles n’engagent que ceux qui les croient. L’inspecteur et moi sommes ravis d’avoir pu vous être utiles.

dimanche 13 décembre 2015

Saoul-FifreOn parle de moi dans Le Canard !

Et oui, dans le dernier Canard Enchainé, un article m'a tiré l'œil. Oui c'était bien moi, "l'électeur inconnu", je me reconnaissais parfaitement, j'étais même super-bien décrit, portrait fidèle ! Allez je vous le recopie car vous pouvez chercher sur internet, Le Canard n'y est pas, Le Canard, faut s'y abonner ou mourir idiot, blague dans le coin-coin ! Disons que c'est un coup de pub et, pitié, ne nous attaquez pas en justice pour cet "emprunt" ?

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mardi 8 décembre 2015

FrançoiseContre le bourdon qui menace...

Alors que la France semble envahie par le bourdon, une bourgade résiste encore : Clamecy, dans la Nièvre. Sa magnifique collégiale surmontée d'un drapeau tricolore rappelle qu'en 1851 les habitants se révoltèrent contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Pour marquer leur attachement à la IIème République, ils plantèrent au sommet de l’église un bonnet phrygien, qui y resta un certain temps avant d'être remplacé par le drapeau républicain. La révolte fut écrasée dans le sang par les troupes de Napoléon III, mais resta dans le cœur des Clamecyquois. Au point qu'ils ont concocté, municipalité et associations réunies, un "Festival Résistance" du 10 octobre au 6 décembre 2015.



Explorateurs des lieux qui bougent, mon co-blogueur Blutch et sa complice, plus mon complice et moi-même sommes allés rencontrer quelques-uns de ses résistants, non sans avoir auparavant dégusté une fondue Suisse vaillamment concoctée par Blutch dans son bus-camping (en français : camping-car) et passé la nuit dans ledit bus. Au matin, Claude Girod, maraichère et membre de la Confédération paysanne, nous a offert un remarquable tour d'horizon de la situation agricole sans s'apitoyer sur le sort des "pauv' paysans", mais en la replaçant dans le contexte plus général d'un système économique, qui ruine de la même façon l'industrie et bientôt d'autres secteurs d'activité. La faute à beaucoup de monde et d'absurdités : emprise des banques, fermes démesurées, lobbying des marchands de pesticides, contraintes réglementaires souvent iniques, comme l'interdiction de replanter ses propres semences, ou l'obligation de traiter chimiquement. S'y ajoutent la pression de la grande distribution et l'exigence déraisonnable du consommateur de payer le moins cher possible ce qu'il mange : 13% seulement du budget des français est consacré à la nourriture, d'où l'essor de la malbouffe qui ruine la santé et l'environnement.

Après, chacun a raconté comment il résiste. A sa façon. L'un plante des espèces naturellement résistantes aux insectes et à la sécheresse et ne traite pas ("j'achète le produit pour montrer la facture si j'ai un contrôle, mais je ne l'utilise pas. Parfois, il faut désobéir si on veut avancer"). Le propriétaire d'une exploitation de 450 hectares raconte comment, à 40 ans, réfléchissant sur le sens de sa vie, il a décidé avec son frère de passer en bio, "pour montrer aux collègues que c'est possible, même si on a une grosse ferme, que ce n'est pas un truc pour les petits ou les utopistes". Un quarantenaire fraîchement arrivé de région parisienne avec sa compagne veut faire un potager pour devenir auto-suffisant et maîtriser la qualité de ce qu'il mange, puis vendre les éventuels surplus sur les marchés. Il s’inquiète : "Je voudrais savoir comment vous prenez ma venue, si cela vous gêne ?" Vu les applaudissements, la nouvelle recrue semble bienvenue. Le problème est plus la disparition des paysans que leur nombre ! Un jovial moustachu, instituteur rural pendant dix ans parce qu'il aimait la campagne, s'est reconverti en viticulteur et vit heureux entre ses vignes (il vinifie du Pouilly, c'est pas rien !) et ses potes, car "décider de faire ce qu'on veut, comme on le sent, et faire la fête, ça rend heureux". Un autre insiste sur la formation agricole à revoir entièrement. Pensez qu'on forme aujourd'hui des jeunes en "management et gestion agricole" sans leur donner de notions de ce qu'est un sol "vivant". Étudier la compta ou le dédale des subventions plutôt que la terre !

Pendant qu'on discute, des bénévoles préparent le repas dégusté en commun et en plein air : soupe, bourguignon de charolais et pommes vapeur, ou tarte aux légumes "pour ceux qui n'aiment pas la viande" et tarte aux pommes. Le tout arrosé de vin bio. Voilà qui appelle la balade digestive au Musée de Clamecy où Edmond Beaudouin, dessinateur portraitisé dans le film de Laetitia Carton, expose des portraits de Clamecyquois à qui il a demandé, en échange de leur portrait, ce qui les rendrait heureux. La même expérience avait été faite il y a un an à Vitry. Les gens répondaient à 90% des choses perso : "Le bonheur, c'est la santé, un travail, de beaux enfants, des amis..." Mais à Clamecy -histoire oblige- les réponses sont résolument engagées : le bonheur, c'est accepter les étrangers, réduire les inégalités, arrêter de ne penser qu'à l'argent, ne plus consommer de choses qui abîment la planète, agir tous ensemble, etc.

L'après-midi, place aux lanceurs d'alerte : Emmanuel Giboulot, condamné -puis relaxé en appel- pour avoir refusé de traiter ses vignes avec un insecticide, Florence Hartmann auteur d'un livre sur les lanceurs d'alerte, et l'ADRET Morvan qui a lutté pendant trois ans contre l'installation d'un incinérateur polluant. On parle aussi d'Irène Frachon qui a alerté sur les dangers du Mediator, et d'Edward Snowden, qui a perdu son boulot, son pays et toute relation avec sa famille pour avoir dénoncé la surveillance généralisée des citoyens par la NSA, l'agence de surveillance américaine. Edward Snowden que nous retrouvons le soir-même dans le documentaire de Laura Poitras "Citizenfour" (Oscar du meilleur film documentaire). Sachez-le, utilisateurs du passe Navigo que j'ai toujours refusé pour ne pas être pistée : vos coordonnées bancaires et votre carte de métro suffisent pour tout savoir de vous, de vos déplacements, de vos fréquentations, de vos centres d'intérêt en fonction de ce que vous achetez, etc. Ne dites pas que vous n'avez rien à vous reprocher, la majorité des gens n'ont rien à se reprocher et il n'y a aucune raison de les surveiller, mais c'est cela qui est fait, au nom de la lutte contre le terrorisme.

A Clamecy, il y a aussi un bouquiniste aussi charmant que cultivé chez qui j'ai déniché à prix étudiant des livres dont je parlerai ici, une "Maison citoyenne" regroupant une épicerie bio, des produits locaux, une bibliothèque, une base de données sur des alternatives en matière de consommation, construction, modes de vie, et surtout de joyeux membres pour organiser des manifestations diverses. Sans oublier la chambre et le gîte tenu par un couple d'anciens Franciliens, elle infirmière, lui en télétravail, qui sont tombés amoureux de Clamecy où ils projettent d'élever leurs deux enfants, écrire des livres et monter un café associatif musical et poétique. "On a été très bien accueillis, disent-ils. C'est une ville dynamique où les gens sont tellement gentils que depuis un an et demi, on a l'impression de vivre chez les Bisounours, et ça fait un bien fou."

vendredi 4 décembre 2015

AndiamoMassacrons la mythologie (2)

Dans une précédente édition, je vous avais déjà présenté : PROMETHEE, alors vu que ça roupille un peu sur ce blog, les "BOSS" sont définitivement H.S.. plutôt en roue libre, le "BLUTCH" fond de l'emmenthal parmi les clochettes du troupeau, Célestoche depuis qu'elle s'est mise sur "pause" se fait dorer la couenne, Françoise a tout de même pondu un billet, merci Princesse ! Ah oui j'oubliais, Tonton Dan t'es où ? (ça va gueuler c'est sûr, vous verrez). Alors le Doyen, le vieux, l'ancien, l'ancêtre, s'y colle encore (ils auront ma peau, c'est sûr).

Dans la série : "massacrons la mythologie" voici : "LES CYCLOPES"

(Ch'tiot crobard Andiamo)

dimanche 29 novembre 2015

AndiamoLa colombe

La colombe a du plomb dans l'aile...

L'aile de la colombe a t-elle du plomb ?

Du plomb dans l'aile la colombe ?

Napo qui n'était pas un con a dit : "un cht'iot crobard vaut mieux qu'un long discours..."

(Cht'iots crobards Andiamo pour Blogbo)

mardi 24 novembre 2015

AndiamoSaint-Denis

Saint-Denis.

Saint-Denis, ville des Rois, Basilique dans laquelle reposent les Rois de France, des gisants sculptés dans du marbre blanc... Une splendeur.

Saint-Denis... En quelques heures, ce nom, cette ville, sont devenus signe d'horreur, de terreur, de violence.

Saint-Denis, bien sûr, dans quelques temps on aura oublié, il y aura eu d'autres choses, plus horribles encore !

Saint-Denis... Andiamette y est née il y a... Non je suis galant je ne le dirai pas. L'endroit où elle résidait s'appelait "l'îlot Saint-Léger" , une îlette, un petit bout de terre entre deux rivières : le Rouillon et la Vieille Mère, deux jolies rivières aujourd'hui canalisées, enfermées sous buses des cimenteries "Lambert" ou "Lafarge" (pub gratos).

Andiamette me parle souvent des roseaux qui bordaient sa maison, la pêche aux grenouilles ou aux tétards, les colliers de perles confectionnés avec les perles des couronnes mortuaires, prélevées dans le cimetière tout proche, des jeux interdits bien sûr. (z'avez pas connu les couronnes mortuaires en petites perles ? Moi oui), ce qui faisait hurler sa chère Maman, on s'en doute ! Elle se rendait à l'école de Marville, en sabots l'hiver, car point de route, des chemins boueux ! Les chaussons dans le cartable pour rentrer en classe.

De jolis peupliers italiens ombrageaient l'endroit, l'été les Parigots y venaient pour un pique-nique loin des fumées de la capitale. Pas le déjeuner sur l'herbe certes, ce brave Edouard n'avait point planté son chevalet en cet endroit... Va savoir ? Mais ça y ressemblait beaucoup.

Chez elle, ni eau ni électricité, la flotte ? Un robinet communal situé à 500 ou 600 mètres, ah oui ! Ils s'éclairaient à la lampe à acétylène ! Alors bien sûr ni télé et encore moins de téléphone !

Aujourd'hui, on se plaint ! On chiale avec la bouche pleine, Andiamette et sa sœur ne se plaignent jamais de leur enfance, elles ne se plaignent jamais du reste. Des dures à cuire, les frangines ! Une autre génération sans doute, se plaindre n'était pas de mise. Passé le certif', c'était le boulot à 14 ans, une demi heure à pied afin de rejoindre la gare, le train jusqu'à la Gare du Nord, quelques stations de métro, et encore une bonne balade pour atteindre l'atelier de couture. A 14 ans, c'est pas vieux tout de même !

J'ai vécu à Saint-Denis dans les années 60, une cité ouvrière, populaire mais pas racaille, un monde de besogneux, d'ouvriers, une main d'œuvre hautement qualifiée et recherchée, qui savait travailler, gagnait bien sa croûte, bien sûr foin des 35 heures, c'était 35 heures en trois jours !

J'ai travaillé avec des gens de tous pays et de toutes confessions, jamais il n'y a eu le moindre bémol, ils vivaient comme nous !

J'ai travaillé chez Bourjois (les parfums), beaucoup de femmes Maghrébines, aucune, je dis bien aucune, ne portait le voile ! C'étaient de braves mères de famille qui travaillaient dur, comme toutes ces femmes du reste, le travail à la chaîne, ça n'est pas évident. Toujours souriantes, elles rapportaient parfois des pâtisseries faites maison, quelle gentillesse, que s'est il passé ?

Mes banlieues s'appellent Drancy, Bobigny, Aubervilliers, Saint-Denis. Là où j'habite, je suis à une volée de plombs du stade de France, ils peuvent tirer les barbus, ils peuvent tirer sans crainte ces courageux, je leur tourne le dos.

Aujourd'hui à l'heure où j'écris, il pleut sur Saint-Denis, est-ce que ce sera suffisant pour laver cette horreur ?

(ch'tiot crobard Andiamo)

J'ajoute ceci : une petite vidéo montrant Nasser le président Egyptien, cette vidéo à plus de 50 ans ! Edifiant...

jeudi 19 novembre 2015

Oncle DanBonjour l'ambiance !

L'Institut Notre-Dame de Mont-Roland s'inscrivait dans la "stratégie scolaire" des Jésuites et constituait l'un des maillons de la chaîne de collèges qu'ils avaient créés le long de la frontière de l'Est et du Nord-Est, comme autant de bastions dressés face à la Genève protestante et aux régions luthériennes d'outre-Rhin.

Il empruntait son nom au mont "Roland", joli petit bois à l'écart de la ville dont les sentiers conduisaient tous à une magnifique chapelle de style gothique, ressuscitée en 1843 par les Compagnons de Jésus. Ce lieu de retraite privilégié, serti dans son écrin de verdure, ne représentait qu'une infime parcelle de l'immense fortune immobilière des jésuites qui tirait son origine des donations faites par des particuliers ou par le Roi au cours des siècles et des siècles. Amen.

Avec ses imposants bâtiments et son parc, il n'avait rien à envier aux autres établissements scolaires de la Cité de Pasteur. Ajoutez à cela quelques chapelles supplémentaires au sein du collège, une grotte artificielle et une piscine véri-table, et vous obtiendrez le cadre le plus recherché de la région pour délivrer à votre fils son ticket d'entrée à l'enseignement supérieur dans la plus pure tradition jésuitique.

On accédait à ce vaste domaine protégé de hauts murs, par un concours d'entrée, mais aussi par deux portiques diamétralement opposés, l'un s'ouvrant sur les allées du parc, l'autre sur la Cour d'Honneur, qu'encadraient les principaux corps de bâtiment.

En son centre, une statue de la Vierge, entourée d'un parterre de fleurs parfaitement entretenu, s'imposait au premier regard. Posée là au début du siècle, elle avait toujours fière allure, et paraissait capable de porter encore de nombreuses années l'enfant qu'elle avait dans les bras. C'est en tous cas ainsi que l'entendaient ses propriétaires qui avaient fait graver sur son piédestal l'inscription "SERVATUM - SERVABIT". Je m'abstiendrai de tout commentaire grivois à ce stade de mon propos. L'ayant revue récemment, je suis en mesure de vous dire qu'elle servait toujours vaillamment, sans manifester le moindre signe de fatigue. Pas même un petit rictus ne venait trahir une lassitude

bien compréhensible et qu'aurait justifié amplement ce poupard insouciant et décontracté qui ajoutait à sa bonne mine réjouie le poids de sa couronne et de ses habits d'apparat. Sans doute quelqu'un d'important.

Cette vierge avait une santé de bronze.

En perspective, un porche, sous le bâtiment central, laissait apercevoir d'autres cours, de part et d'autre d'une large allée gravillonnée, bordée d'arbres centenaires, qui conduisait au parc.

Tout était calme, silencieux, en ce mois d'août 1958, et ces vieilles pierres, qui avaient connu tant de générations d'écoliers, tant d'Histoire peuplée de Jésuites en soutanes, avaient quelque chose d'envoûtant pour le petit Dan qui découvrait ces lieux.

Le premier habitant de ce nouveau monde, le premier qu'il rencontra, était à la fois capital et insignifiant, inévitable et inexistant pour lui. Pour ses yeux encore tout inondés de la blancheur des graviers de la cour, il se confondait avec l'obscurité de sa loge de concierge.

L'ombre en blouse grise grimaça, - c'était un sourire -, s'informa, puis téléphona. Comme papa et maman Dan désiraient parler au Directeur, ils furent conduits au parloir, salle particulièrement étudiée pour cela. Dan connaissait déjà ces maisons où chaque pièce a sa fonction: le dortoir pour les batailles de polochons, le parloir pour écouter les autres parler, le couloir pour courir etc...

Il devait être assez agréable d'écouter dans ce parloir-ci. Tables et guéridons étaient ornés de bustes qu'il identifiera plus tard comme étant ceux d'Homère, Virgile et Molière. Les murs étaient recouverts de tapisseries et de gravures dont l'une est restée gravée dans ma mémoire. Il s'agissait d'une œuvre de Nicolas Labbé, personnage au nom prédestiné, représentant le siège de Dole en 1636 par le Prince de Condé à la tête de 20000 fantassins et de 8000 cavaliers. A l'horizon, ou si vous préférez dans le coin supérieur droit du tableau, on apercevait un nuage noir s'élevant au dessus du Mont-Roland que les alliés

suédois du prince, et autres hérétiques de tous poils, incendièrent après l'avoir pillé. La pièce était en outre garnie de quelques objets de première nécessité: l'indispensable crucifix, cela va sans dire, mais aussi, le piano, témoin de l'importance du chant et de la musique dans la vie quotidienne du Jésuite.

Assis au bord d'un canapé Louis XV, le petit Dan avait des préoccupations très éloignées des problèmes de rentrée scolaire, ou du moyen de se faire admettre dans cette vénérable institution. Vaguement inquiet de ce qui l'attendait, mais ne se sentant pas immédiatement menacé, ses pensées vagabondaient.

En entrant, le Père Jésuite le fit émerger de ses rêveries. Très digne, en cheveux blancs et chaussures noires. Il engagea immédiatement avec ses parents une conversation courtoise et pleine de grâce, à laquelle le principal intéressé ne prêtait guère attention, tant il était subjugué par le millier de boutons qui fermaient la soutane du prêtre, et qui, pensait-il, l'obligeaient certainement à se lever très tôt le matin pour être à l'heure à la messe.

Isolé de la discussion, dont il ne percevait que quelques bribes à travers l'épaisseur cotonneuse de ses réflexions, il s'efforçait en vain de comprendre les motivations de l'inventeur de ce supplice quotidien. Peut-être, était ce une invita-tion à la prière et à la méditation. Peut-être devaient-ils remplacer avan-tageusement le rosaire, encore qu'il ne parvenait pas à différencier les "Notre Père" dans cette collection de billes noires uniformes.

Il ne suffisait pas d'être déclaré admissible en sixième par un autre établissement scolaire, fût-il lui-même religieux, pour rentrer dans un collège qui avait la réputation d'approcher les cent pour cent de réussite au baccalauréat. Aussi, ce premier entretien n'était-il qu'un prélude, une sorte de "binette", qui devait être suivie, quelques temps plus tard, d'un petit examen éliminatoire... afin de ne pas être éliminé. C'est à cette occasion que le petit Dan fit connaissance pour la première fois avec ses futurs locaux.

La hauteur des salles et la longueur des couloirs confirmèrent son impressionnante impression du premier jour. Mais plus impressionnants encore étaient les escaliers. Il n'en avait jamais vu de semblables, de si monumentaux, de si larges, avec autant de marches, et qui montaient si haut.

On ne se déplaçait, à l'intérieur du collège, qu'en rangs par deux, et la règle ne souffrait pas d'exception. Cette évidence sautait aux yeux et l'avertissait de l'intransigeance de la discipline qui sévissait en ces lieux.

Combien d'années et de millions de pas avait-il fallu pour émousser et creuser à ce point, à leurs deux extrémités, ces marches de granit ? Combien de généra-tions et de milliers de potaches les avaient martelées de leurs semelles cloutées pour les gondoler de la sorte ?

Du haut de ces marches, deux siècles vous contemplent ! L'usure de ces marches le fascinait et l'angoissait tout à la fois, lui laissait une impression désagréable et indéfinissable, un goût amer dans le mental. Oui, une impression

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