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samedi 12 novembre 2011

Saoul-FifreMais il y a du feu sans fumée

La colline où nous nichons venait de se ramasser une bonne saucée, un de ces célèbres orages provençaux qui semblent en rajouter dans le pathos hystérique et qui nous versent de telles trombes d'eau qu'on s'attend d'un instant à l'autre à voir le niveau monter dans la pièce à vivre et un banc de sardines marseillaises rentrer chez nous pour visiter leur nouvel appartement.

Enfin : genre...

Avec des éclairs si puissants, si chargés d'énergie qu'EDF se devrait moralement de récupérer tous ces mégavolts qui trainent, sentent le gaspillage, font désordre, et en échange, commencer de démanteler quelques "cent trolls niquent les hères".

On voit bien par là que ces gens sont la proie des lobbies voire des lobbies eux-mêmes.

Les possibilités de labourer mes terres se voyaient repoussées aux calendes grecques, c'est à dire : à jamais. Putain, les calendes, c'est romain, vous avez suivi une filière courte, comme Andiamo, ou quoi ?

Ces vacances qui m'étaient imposées par de brutaux météores se télescopaient donc de manière sympathique avec celles que l'Education Nationale concédait à Margotte, Croukougnouche, Célestine, Epamin' et bien d'autres afin que ceux-ci aillent fleurir la dalle froide de leurs proches défunts.

Pour ma part, enfant abandonné à la naissance sur les marches de la Perception locale de Condom (Gers), je remerciais tous les soirs le ciel de ne pas m'avoir mis à charge cette sorte de devoir mélancolique et couteux.

Pourquoi ne profiterions-nous pas de ce court laps temporel pour rendre visite à notre amie l'Automne ?

Lui rendre sa visite ? Heu, étymologiquement non : cette casanière ne descend jamais chez nous. Si nous voulons nous régaler de ses flamboyances, nous devons faire l'effort du déplacement. Les rares arbres provençaux à feuilles caduques perdent leurs feuilles, certes, mais brutalement. L'arbre épuisé par la canicule se débarrasse parfois de ses feuilles dès l'Aout. Autant vous dire que ces feuilles exsangues, moribondes respirent tout sauf la santé. Il conviendrait de les envoyer en province reprendre des couleurs oui mais voilà, elles ne sont qu'en Provence.

Pâlottes, jaunasses, grisâtres, elles tombent toutes d'un seul coup, par terre et dans l'oubli, sans nous laisser de regrets, sans nous fouailler du sentiment de manque douloureux ressenti devant la perte inéluctable de leurs sœurs, païennes beautés, danseuses virevoltantes à nous données en spectacle sous les frondaisons lumineuses limousines.

Plus au Nord, l'Automne dure, dure... Elle enchaine les défilés de haute couture de ses ensembles multicolores. Cette saison, la mode est aux tons chauds. L'Automne se portera brulant, voire incandescent. Le couvert de nos forêts se déclinera dans des couleurs d'embrasement incendiaire. Les costumes de nos végétaux pétilleront, crépiteront d'étincelles dans les roux ardents, les cramoisis, les chatoyants, éclatants, empourprés, fuligineux, luminescents...

Ha tiens : l'année dernière aussi et celles d'avant également.

Le créateur bégaye, radote, se répète et il a bien raison.

Voici même , pour le même tarif un petit jeu, comme chez Martine . Qui parviendra en premier à trouver Margotte, cachée au milieu des cèpes ?

vendredi 4 novembre 2011

AndiamoChauguise et l'homme sans tête

DRIIIING ! DRRRRIIIING !

La sonnerie stridente du téléphone tire lentement Chauguise du sommeil. Machinalement, il regarde son réveil : six heures trente !

- Putain, c’est quoi ce bordel ?

D’un pas hésitant il va décrocher le biniou….

- Ouais !

- Excusez-moi patron, c’est moi, Julien !

- Et alors, qu’est-ce qu’il y a ?

- Un cadavre à Saint-Denis, faut v’nir fissa patron, il paraît que c’est horrible !

- T’es au 36 ou quoi ?

- Non, je suis en bas de chez vous, au p’tit bistrot : « chez Robert », je suis venu avec la quinze, je vous attend patron.

- Bon, monte, Juliette va nous préparer un café.

Sans se le faire répéter, Julien a monté les escaliers du 40 avenue du Mont Cenis, près du Sacré Cœur, à la vitesse grand « V ». En arrivant sur le palier, Juliette l’attend déjà : baiser langoureux…

- Bon, entrez tous les deux ! hurle Chauguise depuis la cuisine, si ça continue les voisins vont vous balancer un seau d’eau !

Un quart d’heure plus tard, notre duo infernal est dans la quinze. Il ne fait pas chaud en cette matinée de novembre.

- C’est où ? questionne Chauguise.

-A Saint-Denis, le long du canal, face aux ateliers de Christofle, l’orfèvrerie…

- Ouais, je vois où ça crèche ! Descends jusqu’à la rue Ordener, à gauche, à la suite : rue Championnet puis la rue Vauvenargues, t’arriveras porte de Saint-Ouen, tu emmanches le boulevard Ney jusqu’à la porte d’Auber.

- D’Auber ?

- Ouais, d’Aubervilliers ! T’es vraiment naze, Dugland ! Faut tout t’ mâcher !

- Mais patron…

- Voilà l’ancien octroi. Prends à gauche l’avenue Victor Hugo et, au pont qui enjambe le canal, tu prendras encore à gauche. Après, t’as plus qu’à suivre le canal !

Au carrefour de la rue Ambroise Croizat et du Boulevard Anatole France, se trouve l’usine Christofle, qui fabrique des couverts et autres pièces d’orfèvrerie de très haute qualité. A l’époque, elle emploie 1500 ouvriers !

Il y a là un petit attroupement et quelques flics en képi et pélerine.

- Commissaire Chauguise ! Gardiens, dégagez-moi tous ces curieux, c’est pas la foire d’empoigne… Verstehen ?

A coup de sifflets rageurs les cognes ont fait place nette.

Julien et Chauguise s’approchent : un homme complètement à poil est étalé ventre contre terre sur le trottoir, il est décapité !

- Et la tronche, elle est où ? demande Chauguise à l’un des gardiens de la paix.

- On ne l’a pas trouvée, Commissaire, pourtant on a ratissé large autour !

- Qui a découvert le corps ?

- C’est moi, M’sieur, balbutie un homme d’une cinquantaine d’années, fouillasse rejetée en arrière, musette sur le râble, goulot d’un litre de rouge à la tireuse dépassant de la dite musette.

Il est bavard le garenne, pas besoin de lui tirer les vers du nez, vu que les verres il les a dans le nez… Justement !

Il était cinq heures et demie, j’allais prendre mon boulot à six heures, vu que j’fais équipe : j’suis cariste chez Chriot… Christofle. Je marchais sur le trottoir, c’est pas bien éclairé dans l’coin, j’ai buté sur quèque chose, j’voyais pas bien, alors j’ai frotté mon briquet… Et là, j’ai vu ! Aussitôt le gardien de l’usine a avertit le commissariat de Saint-Denis, on n’a pas perdu d’temps, vous savez !

- Ouais, bon, merci, vous pouvez aller au boulot. Laissez vos coordonnées à mon adjoint : si on a besoin de vous, on vous convoquera.

Chauguise a regardé alentours. Comme les lardus, il n’a rien remarqué.

- Convoquez « la fluv » (1). Ils vont venir avec leurs pieds de plomb (à l’époque point d’hommes grenouilles, mais des scaphandriers), et fissa ! Capito ?

Chauguise et Julien sont allés s’en jeter un en attendant, au petit rade près de la manufacture.

Un troquet de banlieue comme il en existait tant autrefois, avec son zinc qui en avait usé des manches de « cols bleus » ! Les habitués : des laborieux qui en sont déjà au ballon de rouge, et le long du mur derrière le comptoir, l’antique perco, fuyant la vapeur par tous ses joints !

A dix heures, les scaphandriers sont là. Harnachés, engoncés dans leurs scaphandres bien lourdingues. Nos deux scaphandres de la fluviale sont descendus dans l’eau froide et peu ragoûtante du canal. Seuls des chapelets de bulles crevant la surface trahissent leur présence.

Soudain, l’un des bouts qui relie le scaphandrier aux assistants se tend vigoureusement. On hisse l’homme sur la berge. Il tient par les cheveux la tête de l’homme gisant sur le trottoir !

Chauguise et Julien s’approchent, les deux hommes deviennent livides… C’est la tête du commissaire qui vient d’être déposée sur une couverture jetée à la hâte !

- Ben merde ! murmure Chauguise, si ça n’est pas mon jumeau, ça lui ressemble !

Un peu bouleversés, Chauguise et Julien sont retournés au petit rade.

- Un calva, patron ! a commandé Chauguise. Et toi, Dugland ?

- Pour moi aussi, j’en ai besoin !

Un peu plus tard, Chauguise, de retour au trente-six, examine les photos prises par l’identité judiciaire et déjà développées.

Passé le premier choc, il regarde attentivement les clichés. Bien sûr, l’inconnu lui ressemble, mais cette tête lui rappelle autre chose.

Toute la journée cette vision l’a turlupiné et, le soir, installé dans son fauteuil favori, une « Boyard papier maïs » entre les lèvres, son « France soir » grand format déplié devant lui, il parcourt les colonnes d’un regard distrait.

Soudain Chauguise a bondi !

- Ça y est, ça me revient ! Bon Dieu, je l’avais oublié !

Juliette a sursauté.

- Qui ? Quoi ? Qu’est-ce-que t’avais oublié, Papa ? Tu m’as fait peur à bondir et hurler comme ça !

- Excuse-moi ma Juju, je pensais à l’affaire d’aujourd’hui, je me demandais où j’avais vu cette tête… C’est le cas de le dire !

- Pourquoi ?

- Non, non, je ne peux pas tout te raconter, tu es trop sensible, ma Juju ! Le mec que nous avons trouvé ce matin, c’est Alfred dit « la couleuvre » !

- La couleuvre ? Tu parles d’un sobriquet !

- Mais oui, mon trésor, c’est parce que, dans son genre, c’était un roi de l’évasion. La dernière fois qu’il s’est fait la belle, il était habillé en infirmière ! Il avait pris la place d’une jeune femme venue chercher un malade à la Santé.

Là-dessus, Chauguise se marre de sa propre boutade !

- Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi on a repassé ce demi-sel ? Et surtout pourquoi on l’a mutilé de cette façon, ajoute-t-il tout bas.

Le lendemain, Chauguise se pointe au 36. Il a la mine des mauvais jours !

- Tout le monde dans mon casino (son bureau), et fissa ! Cappice ?

Dans les trente secondes, toute l’équipe est au garde-à-vous.

- Vous me dégottez la planque d’Alfred Lambart dit « la couleuvre », je veux son adresse pour hier !

- Bien patron, répondent en chœur les jolis volatiles du 36 !

A quinze heures, Robert, un flic chevronné, frappe à la porte du bureau de son commissaire.

- Entre !

- Ça y est patron, j’ai l’adresse : Alfred loge au 12 de l’avenue de Stalingrad à Bobigny, dans un petit hôtel minable.

- Merci Bébert ! Julien ! Radoche, on va à la cambrousse !

La quinze démarre en trombe : porte de Pantin, la route des petits ponts, le carrefour des six routes à Bobigny, un « à gauche » sur les chapeaux de roues… Les voilà avenue de Stalingrad.

Une petite route mal pavée bordée d’arbres, des usines, des bistrots, des bistrots, des usines….

Au 12, un hôtel miteux. Sur la façade, des lettres bleues à moitié effacées : « Hôtel du commerce ».

- Ils ne se sont pas foulés, déclare Chauguise.

Il entre dans l’hôtel, tend sa brême au bignole, ainsi qu’une photo d’ Alfred.

- C’est Fredo ! déclare le concierge tout en gardant son mégot jauni collé à sa lèvre supérieure. Y’a bien deux jours que j’ l’ai pas vu ! Sans compter qui m’doit deux sacotins, c'pied d'tanche !

- Bon, on apprendra rien de plus. En attendant, Dugland, on va aller s’en j’ter un !

Chauguise et Julien ont traversé la route, poussé la porte « des tilleuls », une fumée à couper au couteau, quelques vieux assis à une table et tapant le carton.

Au fond du rade, s’acharnant sur un antique flipper : un jeunot…

Chauguise n’en revient pas : c’est le portrait de Jules Massard dit « l’écureuil », le mec que Chauguise avait serré il y a quelques années déjà ! Son portrait, mais en plus jeune !

Les deux bourres s’approchent. Le môme tourne la tête, ses yeux s’écarquillent…

- Mais il va tomber dans les pommes ! s’écrie Chauguise tout en se précipitant, afin d’éviter la chute.

On ranime le gamin, un p’tit cordial finit par lui redonner le rouge aux joues !

- Vous… Vous êtes un fantôme pas vrai ?

- Non, bonhomme, mais tu vas nous suivre et tout nous raconter au 36 !

Le jeune Antoine a tout raconté, il n’avait que seize ans quand son père a été exécuté.

- C’était qui son père ? questionne Julien.

- Son père ? C’était Jules Massard dit : « l’écureuil ». Dans le mitan, on l’appelait l’écureuil rapport à ses longs séjours en cage ! Et puis, un jour, il a déraillé, il a voulu jouer dans la cour des grands, et en solo s’il te plaît ! Il a braqué une banque à Paris, c’était l’agence du « crédit péquenot » boulevard Magenta, si mes neurones sont en bon état.

- Ils le sont, Patron !

- Merci ! Et puis ça a mal tourné, il s’est affolé, un des employés a actionné la pédale qui donne l’alerte au commissariat le plus proche. Les collègues sont arrivés, mézigue en tête. Julot a paniqué et ce con a défouraillé, alors que je lui demandais gentiment de se rendre, vu qu’il n’avait aucune chance ! Tu penses, la maison « Royco » était laga au grand complet !

Il a fumé un pauvre gardien, père de trois enfants, et blessé un autre : une bastos dans la colonne vertébrale, le pauvre est paralysé à vie ! Aux assiettes (2), je l’ai chargé comme une mule. Résultat : la peine capitale ! Julot est passé sous la bascule à Charlot en 1947, si je me souviens bien ! Monsieur Vincent Auriol, le président de la République, avait refusé son recours en grâce !

La suite, Antoine l’a raconté :

- Un soir, je vous ai vu, commissaire... Enfin, celui que je pensais être vous ! Je l’ai suivi, ça m’a bien un peu étonné qu’un commissaire prenne le bus et se balade à cette heure le long du canal à Saint-Denis. J’ai pensé que c’était pour les besoins d’une enquête. Je me suis approché, puis, à l’aide d’un pavé, je lui ai fracassé le crâne. Ensuite, je lui ai fait ce que l’on avait fait à mon papa : je lui ai coupé la tête, puis je l’ai balancée dans le canal !

- Eh ben, tu vois, môme, à défaut de faire perdre la tête à une grognasse, tu l'auras fait perdre à un pauv' type !




1) La brigade fluviale.

2) Les assises.

samedi 29 octobre 2011

Tant-BourrinLe Blogbodico (15)

Ne trouvez-vous pas que vos neurones ont perdu de leur éclat ? Qu'ils sont ternes et grisonnants ?

Il est grand temps de reprendre les choses en mains et de prendre enfin le temps de s'en occuper. Une petite dicoloration et ils retrouveront la blancheur immaculée qui fut la leur en votre prime jeunesse !

Voici donc une nouvelle fournée du Blogbodico, le beau dico qu'il vous faut !

Et pour ceux dont les neurones crasseux sont aussi noirs que les ongles du Souf', les précédentes doses sont là : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14.



Aboie-planning : (n.m.) Méthode de management autoritaire consistant à élever la voix en permanence pour inciter ses subalternes à respecter le planning d'un chantier, d'un projet, etc. Au bureau, on faisait de l'aboie-planning, mais tout a dérapé quand on est tombés sur des os.

Bac anal : (loc.) Baccalauréat série X (science et technique du porno). Avoir un bac anal est le meilleur moyen d'être prise en entretien.

Balles-trappe : (n.f.) Dispositif mécanique se fixant sur la zone pelvienne des hommes, dont le déclenchement piège solidement les testicules pour interdire tout acte copulation. Équivalent masculin de la ceinture de chasteté pour les femmes. Tu crois que je n'ai pas vu la balles-trappe que tu as caché dans mon caleçon ? Tu me prends pour un pigeon ?

Chiard d'assaut : (loc.) Enfant hyperactif particulièrement turbulent. Il peut gueuler autant qu'il veut, ton chiard d'assaut : je suis blindé !

Coucou-niet : (n.m.) Oiseau entré en résistance face aux coucous qui viennent faire choir les œufs de leur nid pour y pondre les leurs. Les coucou-niet refusent qu'on leur les brise.

Chtrouille : (n.f.) Crainte à tendance phobique de contracter une maladie vénérienne. J'avais la chtrouille, alors j'ai pas niqué !

Euroleptique : (n.m.) Petite mesure superficielle destinée à sauver la monnaie et à faire croire qu'on agit vraiment sur un système financier nerveux, utilisée dans le traitement des psychoses collectives, caractérisées par l'agitation et l'excitation à l'approche du krach final. Une crise de la dette ? Vite, un euroleptique ! Syn. : franc-quilisant (vieilli).

Mi-trayeuse : (n.f.) Appareil effectuant mécaniquement ou électriquement la traite d'un animal, mais seulement de la moitié des trayons de celui-ci, dans un souci d'alléger l'appareil. Vingt dieux ! Mais il est en fonte ou quoi, ton appareil ? Quel est le trou de balle qui t'a vendu une mi-trayeuse lourde comme ça ?

Mouchard-à-biais : (n.m.) Indicateur d'une fiabilité douteuse. L'inspecteur n'y voyait plus très clair dans son enquête à cause d'un mouchard-à-biais.

Ridicul : (adj.) Doté d'un fessier à même de provoquer le rire, la moquerie. T'as vu tes fesses ? De dos, on dirait un hippopotame, tu es ridicul !

Rizizible : (adj.) Doté d'un pénis à même de provoquer le rire, la moquerie. C'est sûr que mon cul est surdimensionné par rapport à ta bite ! Je suis peut-être ridicul, mais toi tu es rizizible !

Spermafrost : (n.m.) Liqueur séminale gelée en permanence, de façon artificielle dans les congélateurs des banques du sperme ou de façon naturelle dans les régions arctiques ou subarctiques. Prenez garde à ne pas glisser en entrant dans notre igloo : nous avons fait une partouse hier et le sol est couvert de spermafrost.

Ventre de rétention : (loc.) Espace délimité par la cloison intestinale, dans laquelle les matières fécales sont provisoirement emprisonnées. Comme il était sans papier, il conserva ses matières indésirables en ventre de rétention, près de la zone de transit.

Voltemètre : (n.m.) Appareil servant à comptabiliser le nombre de revirements d'un politicien. Depuis l'invention du voltemètre, les hommes politiques sont sous tension.

mardi 25 octobre 2011

AndiamoPremier novembre

C’est un joli matin d’avril… Va-t-elle venir ?

Rémy a cueilli en chemin une branche de Prunus Serrulata, que l’on appelle plus communément « cerisier du Japon ». En cette saison, l’arbre n’est qu’une boule rose… Magnifique !

La branche dépassait un peu, surplombant le petit mur gris de cette maison de banlieue. Le poids des fleurs la faisait se courber gracieusement.

Rémy avait pensé que ça ferait plaisir à Delphine… Sa Delphine, qui aimait tant les fleurs. Il n’avait eu qu’à tendre la main, la branchette chargée du joli bouquet s’était rompue facilement.

Instinctivement, il a porté le petit bouquet à son nez… Aucun parfum. Il sourit : il sait que ces fleurs n’ont aucune odeur, un vieux réflexe sans doute.

Un sourire l’illumine. Il pousse la porte, léger grincement. Il sait qu’elle sera là, il en est sûr maintenant.

Au détour de l’allée, il l’aperçoit. Ses longs cheveux noirs, reposent sur ses épaules dénudées. Seulement vêtue d’une robe légère, malgré le petite fraîcheur matinale. Elle l’a vu, elle lui sourit, lui ouvre tout grand ses bras.

Rémy la serre tout contre lui, enfouit sa tête dans son cou, respire son parfum, une subtile odeur de lavande, la chevelure lui chatouille agréablement le visage, il prend une profonde inspiration.

Il se recule légèrement, lui tend son petit bouquet.

Delphine s’en saisit délicatement, puis le porte à son visage pour en respirer le parfum. Rémy lui sourit, tous deux éclatent de rire…

J’ai fait la même chose tout à l’heure, amour.

Un grand sourire, Delphine l’invite à s’asseoir, Rémy prend sa main, la serre tendrement.


vendredi 21 octobre 2011

Saoul-FifreCerise sur le chapeau

L'avantage de Hollande, si l'on peut dire, c'est que nous avons là clairement un candidat de second tour. Le PS, qui n'a jamais été aussi frileux dans son histoire que sur ce coup-là, s'est dit :

- "Nous n'avons jamais été plus proche de l'alternance qu'aujourd'hui, même un cochon avec un peu de rouge-à-lèvres remporterait cette élection, à condition de se dire de gauche, mais ON NE SAIT JAMAIS. Choisissons-nous donc un représentant passe-partout, couleur muraille, avec rien qui dépasse, rien ne risquant d'accrocher sur les bords. Il devra avoir une belle langue de bois dont on fait les pipes à tous les membres masculins du corps électoral sans pour autant rechigner devant un léchage approfondi des fesses féminines, à droite, à gauche et même au centre. Les peureux, les inquiets, qui ont fini par comprendre que leur banque est la vraie propriétaire de leur pavillon, devront se dire que ce gars du PS est sérieux et gentil, qu'il va les protéger et les défendre contre les méchants."

2012 l'année où le PS vous rase ou vous épile gratis, avec un bisou en prime.

2012 l'année bisounours

2012 l'année Hollande

Bon Hollande est bien un pur produit de l'ENA, mais il a dû rater quelques cours. Il vient de nous faire pour les primaires de son parti une magnifique campagne d'entre-deux-tours !!

Du coup, nous voici devant un peu de certitude : ne voteront pour Babybel au premier tour que les encartés au Parti, MOINS quelques soutiens de Montebourg qui, dégoûtés par sa lâcheté, sont partis rejoindre Melenchon, PLUS quelques démocrates tellement straights and squares dans leur tête, tellement américanisés que le premier tour ne les intéresse pas et qu'ils votent selon les derniers sondages.

La droite UMP, je n'en parlerai même pas, pour moi, elle est morte, enterrée et décomposée, les sénatoriales perdues, l'affaire Karachi, les lâchages de lest de la dernière heure, tout montre que Sarko perd pied, que ses gesticulations puent la peur et la noyade d'un règne. Juppé en sauveur n'y changerait rien, cela ressemblerait à du replâtrage vite fait mal fait.

Avec ce rétrécissement des votes UMPS de premier tour, un boulevard s'ouvre pour les "petits" partis, pour les seconds couteaux qui pourraient bien accéder au statut de présidentiables.

Bayrou y croit. Il y croit encore, à cette vieille prophétie de Mitterrand qui a vu en rêve la photo de Bayrou, avec l'écharpe tricolore et tout, suspendue dans la salle de la Mairie de Latche.

Les trotkistes sont en recul régulier. Ils n'ont plus le facteur ni l'employée de banque modèle qui leur avaient permis de si bons scores. Ils ne sont plus seuls à lever le poing contre le capitalisme. Avec la crise, tout le monde s'y est mis, même l'UMP, c'est dire si leur message spécifique s'est dilué. Et puis les français ont fini par comprendre qu'ils ne jouaient pas le jeu démocratique. Elus, ils ne votent jamais, même pour des décisions dans le sens de leurs idées, pour ne pas se "salir les mains".

Restent trois candidats qui ont tous trois à mon avis le même cœur de cible électorale et qui se sont retrouvés élus, c'est notable, suite à des primaires : Marine, Eva et Jean-Luc. Vous allez pouvoir hurler dans les commentaires, ne vous inquiétez pas. Démagogie ou sincérité, les trois affirment bien fort vouloir représenter les petits, les sans-grade, les abandonnés, les oubliés du système, les indignés.

Evidemment, les solutions proposées par Marine ne ressemblent pas à celles des deux autres, mais Marine elle-même ne se leurre pas sur quelques ressemblances qui pourraient lui être fatales. Pour elle qui reprend le vieux slogan de son père "Tête haute et mains propres", le risque est grand que certains de ses électeurs aillent préférer l'original à la copie. "Mains propres", c'est vite dit, mais autour des Lepen, on parle beaucoup de captation d'héritage, de remise en question de la Shoah, de pratiques musclées au cours d'interrogatoires...

Eva, elle, incorruptible juge d'instruction, fidèle aux lois de la République et acharnée à leur application sans concessions aux puissants malgré des menaces de mort, peut très bien grignoter un électorat lepéniste sincèrement dégoûté par les malversations financières de politicards ressentis comme pourris. Sur ce créneau, Eva est une concurrente directe de Marine et ceci explique l'incroyable agressivité rehaussée d'inquiétude du père et de la fille à son égard.

Reconnaissons que Mélenchon ne les terrorise pas outre-mesure.

Sinon, les programmes d'Eva et de Jean-Luc se ressemblent, mais quid des personnalités ? A mon âge avancé, j'ai entendu tant de promesses électorales mais si peu suivies de réalisation que j'en suis devenu méfiant. Dorénavant, je me penche sur la biographie des candidats, j'épluche leurs actes avant leurs mots. Le fait que Jean-Luc ait les communistes au cul me questionne un peu sur la sincérité de son programme ou plutôt sur la liberté qu'il aura de l'appliquer. Pour un coco, traditionnellement, tout ce qui est bon pour l'emploi est bon pour la France : les usines d'armement, le nucléaire, les industries bien polluantes, le centralisme énergétique... On peut changer, certes, mais bon ? Le Jean-Luc, sans être vraiment du sérail (ni ENA, ni Sciences Po mais licence de philo) est tombé jeune dans la politique. Entre L'OCI et le GODF, il a eu le temps d'apprendre le culte du secret et la fidélité aux idéologies. Au PS, il a soutenu toutes les politiques dominantes, reçu les investitures du parti, été ministre et n'a finalement craqué qu'en 2008, quand Ségolène (qu'il a soutenue en 2007) commence à parler d'alliance avec le centre. Je trouve son claquage de porte un peu trop récent pour lui accorder les yeux fermés son brevet d'écologiste révolutionnaire.

Ce problème d'hétérogénéité du Front de gauche ne se pose pas chez les Verts, où tout le parti pousse dans le même sens qu'Eva. A part ce con d'Bendit avec sa théorie fumeuse de la non-candidature (en échange du poste de ministre de l'Intérieur pour lui, un vieux rêve depuis Mai 68 ?). Eva a été plébiscitée par les militants de base car ils l'ont sentie déterminée. C'est une bosseuse, elle est inaliénable, ni menaces ni cajoleries ne lui feront dévier son chemin. Son budget prévisionnel est d'une sincérité absolue, elle ne nous bourre pas le mou, elle ne prend personne en traître. C'est Churchill en jupe, avec son blood sweat and tears. Si nous lui donnons suffisamment de nos voix, elle fera ce qu'elle a dit.

Je me répète : la configuration de ce scrutin est exceptionnelle. Nous n'avons jamais connu une telle opportunité pour qu'un parti secondaire puisse passer la barre du premier tour. Et la personnalité d'Eva Joly est tellement passionnante et atypique, jointe à cette horrible catastrophe de Fukushima qui a dessillé de nombreux yeux, qu'il est très possible que ce soit les Verts.

Depuis que je regarde virevolter nos hommes politiques sous les spots des médias, c'est la première fois que j'ai ce sentiment d'être devant un candidat capable de résister aux pressions des lobbies économiques pour vraiment appliquer un programme de progrès au service des humains, basé sur une vision à long terme qui mette l'avenir de nos enfants, de l'espèce humaine et de la Nature au premier plan.

Et cerise sur le chapeau, il s'agit d'une femme.

lundi 17 octobre 2011

Tant-BourrinBrouillon de culture (12)

Et hop ! Revoilou "Brouillon de culture", le déodorant culturel qui transforme le cloaque pestilentiel de votre boîte crânienne en margouillis senteur forêt des Vosges !

Les petits nouveaux sur ce blog qui auraient manqué les épisodes précédents (d'où un regard encore plus vitreux et bovin que celui des vieux lecteurs) sont priés d'aller se remettre à niveau en allant sur Blogbo replay : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 11.

Ce douzième numéro est aujourd'hui consacré à la Littérature, dans ce qu'elle a de plus beau et de plus universel. Je suis pour cela allé quérir au hasard dans mon immense bibliothèque trois ouvrages. Trois ouvrages forcément essentiels que tout un chacun se doit d'avoir lu, tant il est vrai qu'il n'y a que ce type d'ouvrages sur mes étagères.





Mille gnomes - Sptit Garsson

"Mille gnomes" est une trilogie de romans policiers qui a obtenu un énorme succès mondial, avec des ventes supérieures à 50 millions d'exemplaires.

Ancien rédacteur de "Mille gnomes", revue spécialisée sur les nains de jardin, Michael Courtecuisse est contacté par le jardinier du Palais de l'Elysée pour relancer une enquête qui dure depuis quatre ans. Tous les jours, un nain de jardin à face hideuse est déposé dans les jardins de l'Elysée. La figurine de plâtre a le plus souvent subi un traitement préalable plutôt rude : membre arraché, corps percé d'aiguilles ou de clous, visage recouvert de matières putrides, etc. L'occupant des lieux entre dans une rage folle chaque fois que, par hasard, il tombe sur un de ces nains et le jardinier craint que cette histoire se termine mal, notamment pour lui qui est censé assurer l'entretien des pelouses.

Secondé par Lisbeth Salodeur, jeune femme rebelle et perturbée, Michael Courtecuisse va se lancer dans des investigations périlleuses, qui lui feront suivre les méandres des haines indicibles et des scandales financiers, pour finir par démasquer, au bout d'un suspens haletant, l'auteur du méfait, un certain Dominique Galouzeau de Villepin, dont les motivations profondes resteront à jamais floues.





L'art d'élagueur - Scie Tzout

"L'art d'élagueur" est le plus ancien traité de botanique au monde, écrit en Chine au 5ème siècle av. JC. L'ouvrage est fondé sur le principe suivant : réussir ou non un élagage ne se fait ni par hasard, ni par intervention divine, ce n'est qu'une question de méthode et de stratégie. Cet ouvrage plusieurs fois millénaire fournit de bons principes stratégiques pour connaître le succès dans ses tailles.

Cinq éléments notamment sont à prendre en compte dans l'élaboration d'une stratégie d'élagage :

  • la cause morale : le « Tao », la force fondamentale qui coule en toutes choses dans l’univers, justifie la vertu d'une taille ;
  • les conditions climatiques : le « yin » et le « yang » de la pensée taoïste signifient le paradis. Ces conditions se manifestent par le chaud et le froid ainsi que l'alternance des quatre saisons ;
  • les conditions géographiques : la terre comprend le proche et le lointain, les terrains ouverts et les passages étroits, les plaines et les montagnes. La topographie et la prise en compte des variations de terrain sont essentielles ;
  • le dirigeant : celui qui pratique l'élagage doit être courageux et strict ;
  • l'organisation et la discipline : l'autorité et la responsabilité au sein d'une entreprise d'élagage doivent être parfaitement comprises.

Vingt-cinq siècles plus tard, ce traité d'élagage connaît un très vif succès parmi les managers de ressources humaines et autres cost killers, qui y trouvent de précieux guidelines pour l'élaboration et la conduite de plans sociaux, modulo une légère relecture des éléments sus-cités :

  • la cause morale : les flux financiers coulent en toute chose de l'univers, ils relèvent donc du Tao et justifient moralement le plan social ;
  • les conditions climatiques : l'alternance des quatre saisons est en effet essentielle dans la planification d'un plan social. Viser préférentiellement la période estivale, quand la plupart des employés sont en congés, pour leur signifier leur renvoi et déménager nuitamment l'outil productif ;
  • les conditions géographiques : le proche, c'est bien, mais le lointain, c'est mieux. Proposer, dans le cadre du plan social, un emploi de substitution en Roumanie ou en Ukraine, on ne pourra ainsi pas dire que l'entreprise n'a pas essayé de recaser ses employés ;
  • le dirigeant : courageux, car il faut bien du courage pour tailler dans les effectifs et hélas dévaster l'existence de pauvres gens, et strict, parce qu'on va quand même pas se laisser emmerder par une poignée de smicards de merde ;
  • l'organisation et la discipline : c'est le DRH qui tient la tronçonneuse, compris ?




La guerre du faux - H.A. Rogné Haineux

L’aventure contée dans ce roman a pour théâtre la Préhistoire, environ cent mille ans avant notre époque.

La tribu des Uhemmpéhs règne sur la vallée depuis des lunes et des lunes. Mais voilà qu'approche le solstice d'été, qui sera précédé d'un combat des chefs de tribus de la vallée, à l'issu duquel la tribu du vainqueur dominera la vallée pendant autant d'étés et d'hivers qu'il y a de doigts sur une main.

N'sarhko, le chef des Uhemmpéhs, vainqueur sur un malentendu lors du combat des chefs précédent, sent bien que les dieux risquent de ne pas être de son côté cette fois et est bien conscient que sa constitution malingre risque de lui coûter la défaite face à Hogh-Landdh, le chef de la tribu des Péhess.

Il décide donc d'essayer d'incliner le cours des événements en sa faveur et envoie quelques-uns de ses fidèles quérir le faux, c'est-à-dire des fables médisantes sur les vertus de son adversaire, et les répandre alentours sur les médias sociaux de l'époque, à savoir les parois des grottes.

Dans les jours qui suivent, on vit donc fleurir des représentations de Hogh-Landdh avec un tout petit zizi, ou bien copulant avec un ours, ou encore plaçant un quartier de mammouth prélevé illégalement dans une grotte secrète aux îles Caïman.

L'émoi parmi les tribus de la vallée fut considérable, mais pas suffisant pour assurer la victoire de N'sarhko : celui-ci se fit ratatiner d'un goût de hache sur la tête par Marrh-Rinnh dès la première joute du combat, laissant le champs libre à Hogh-Landdh, ce qui prouve que même en ces temps reculés il y avait une forme de morale.

jeudi 13 octobre 2011

AndiamoLa Toungouska

Le doux soleil de juin a enfin réchauffé l’immense forêt de bouleaux de la Sibérie orientale, entrecoupée de plaines que l’on appelle : Toungouska.

Les immenses troupeaux de rennes trouvent une herbe grasse, parsemée de fleurettes si douces sur leurs langues. Le long hiver sibérien les a amaigris, mais bien vite ils referont leurs réserves de graisse en vue du long hiver qui ne tardera pas. Les étés sont courts, très courts dans cette région !

Ce matin de juin, Georgii s’est levé très tôt. Il a préparé en silence un peu de thé, en faisant le moins de bruit possible. Sous la yourte dorment encore son père sa mère ainsi que son épouse Alyosha. Quel doux prénom ! Il aime le murmurer pour lui seul… Alyosha. Youri, son garçon âgé de dix ans, et sa fillette Feodora, huit ans, ses deux soleils comme il les nomment affectueusement.

Les femelles vont mettre bas, il en a repéré plusieurs qui étaient prêtes. Peut-être que certaines se sont délivrées durant la nuit, il convient d’aller inspecter le troupeau au plus tôt.

L’air est un peu frisquet ce matin. En poussant la « porte » de la yourte faite d’une peau de renne, soigneusement lacée à l’un des montants, il est surpris par l’étrange lueur mauve qui baigne la toundra. Un peu en avant, il aperçoit la rivière « Toungouska pierreuse » qui a donné son nom à cette région.

Georgii a choisi cet endroit en raison de l’eau toute proche, qui offre de quoi s’abreuver au troupeau. Il peut ainsi, quand l’herbe devient plus rare, se déplacer en suivant la rive. L’eau de la rivière s’est également parée de cette étrange couleur mauve.

Lentement Georgii lève la tête, sa bouche s’affaisse, ses yeux s’écarquillent.

Juste au-dessus de lui, un étrange objet semble flotter. A priori, sa taille est colossale, il semble planer à une hauteur assez conséquente. Nous sommes en l’an de grâce 1908, et Georgii n’a jamais vu d’avions, ni de ballons dirigeables ou pas ! Il sait que cela existe, mais c’est très loin de ses préoccupations.

L’engin, nous le nommerons ainsi, ressemble à peu près à ce petit croquis.

(ch'tiot crobard Andiamo pour Blogbo)


Georgii ne peut détacher son regard, il est comme hypnotisé. D’autant que la couleur semble « pulser ». Le halo mauve qui l’entoure semble se contracter puis s’expanser selon un rythme bien régulier.

L’angoisse le saisit, lui d’ordinaire si calme. Habituellement, il n'y avait aucune raison de s’inquiéter, la vie est rude ici, pas facile, mais il y est habitué.

Georgii est né sous la yourte, comme son père et son grand-père avant lui, ses enfants également, et les enfants de ses enfants y naîtront aussi… Il en sera toujours ainsi, songeait-il en ces années du début du XXème siècle.

L’homme sent que cette « chose » là, au-dessus d’eux, est une menace ! Il ne sait pas comment l’expliquer, il connaît bien cette région, ses pièges, ses brusques tempêtes de neige, effroyables, à quelques mètres de la yourte on peut se perdre et mourir de froid.

Tout ça, il le connaît, mais ce qui flotte au-dessus de lui, il ne connaît pas : alors il panique un peu.

Il retourne sous son abri et réveille d’abord son père. L’ancien a peut-être déjà vu ça, ou en a entendu parler, il saura lui !

Le vieillard est sorti. Il a vu le regard effrayé de son fils, il sait qu’il est inquiet, les mots sont superflus, un seul regard a suffit.

Dimitri lève les yeux, puis baisse la tête, son crâne oscille de gauche à droite, il est effrayé lui aussi.

De retour dans la yourte, il explique qu’il n’a jamais vu ça, ni même entendu parler de cette chose.

Tout le monde est maintenant réveillé. Georgii a expliqué, mais a interdit que l’on sorte. Il sait que leur abri est dérisoire, et que si cette chose leur veut du mal, le pauvre abri fait de peaux de rennes est un rempart bien dérisoire !

Soudain, sans un bruit, un homme est apparu. Il se tient debout, un peu plus grand que Georgii, la peau très claire, des vêtements un peu différents des leurs, l’homme les regarde, ses lèvres ne bougent pas mais il leur parle. Pas avec des mots, plutôt avec des images qui défilent dans leurs têtes.

Ces images sont effrayantes, on y voit tout d’abord l’engin immobile, les pulsations s’accélèrent, puis il enfle et éclate ! Une boule de feu immense s’étend, le souffle de l’explosion couche les arbres. Sur un immense périmètre toute vie a disparue !

Puis une onde apaisante envahit leur cerveau, « il » leur demande de partir, de n’emporter que le nécessaire, fuir au plus vite, mettre le plus de verstes possible entre eux et leur machine qui est condamnée.

S’en suit une explication qu’ils n’ont pas trop compris : accumulateur d’énergie, défaillance du système de contrôle, rupture des dispositifs de sécurité, désintégration imminente, deux peut-être trois jours…

La « voix » devient impérative : FUIR, emportez le minimum, sauvez vos vies, partez !

Georgii aidé de son père a attelé le travois à deux rennes, a chargé le minimum, l’indispensable, ils sont partis, suivant la rivière.

Le premier jour, ils ont parcouru une vingtaine de verstes, le second, le terrain était plus difficile, quinze seulement.

Enfin, à l’aube du troisième jour, à sept heures quatorze exactement, alors que le ciel pâlissait à peine à l’est, une immense boule de feu a embrasé le ciel. Ils se sont aussitôt couchés comme la « voix » le leur avait recommandé.

Un souffle terrifiant est passé au-dessus de leur tête, le petit monticule derrière lequel ils se sont abrités les a protégés, quelques secondes plus tard, un bruit terrifiant a fait exploser leurs tympans. Ils ont vu c’est vrai, des arbres passer au-dessus d’eux, comme des brindilles emportées par les bourrasque de l’orage.

Le déluge de feu et de vent a semblé durer une éternité, quand ils se sont relevés, plus un arbre n’était debout, ils ne reconnaissaient plus ces paysages autrefois familiers.

Georgii a pensé : j’ai vu l’enfer !


Le trente juin 1908 à sept heures quatorze très précisément, dans une région de la Sibérie orientale nommée Toungouska, une explosion d’une violence inouïe, équivalente à cent fois Hiroshima, a dévasté une forêt sur un rayon de plus de vingt kilomètres, couchant tous les arbres ! Les dégâts ont atteints un rayon de plus de cent kilomètres !

L’observatoire sismologique d’Irkoust situé à plus de mille kilomètres a enregistré le séisme, la déflagration a été audible jusqu’à 1500 kilomètres !

Les moyens de déplacements de l’époque n’étaient pas ceux d’aujourd’hui loin s’en faut ! Puis les évènements d’octobre 1917 en Russie ont fait que la première expédition n’a été présente sur le lieu de la catastrophe qu’en l’an de grâce 1927 soit 19 ans plus tard…

Et jusqu’à aujourd’hui nul ne savait ce qui avait provoqué un telle catastrophe !



NOTA : je serai absent quelques jours, si vous me faites le plaisir de laisser des commentaires, j'y répondrai dès mon retour.

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