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mercredi 19 janvier 2011

AndiamoLe pousseur (Chauguise revient)

Clémence Marchaleau, son petit chapeau grenat posé sur sa tête toute blanche, son grand sac noir, bien trop grand pour elle, pendu à son bras…

« Mais c’est fou, tout le fourbi que tu peux trimballer ! », lui a déjà reproché Jeannette sa grande sœur, à qui elle va rendre justement visite aujourd’hui.

A treize heures ce vendredi, elle a soigneusement fermé la porte en chêne verni de son petit appartement du 6 de la rue Béranger, dans le 3ème arrondissement de Paris, puis s’est dirigée vers la station « République », afin d’emprunter la ligne de métro numéro onze, en direction de la mairie des Lilas.

Oh ! Un petit voyage : six stations pour atteindre « Télégraphe », ensuite un peu de marche à pied, la rue de Romainville où habite sa sœur est toute proche.

Elle aime bien se rendre chez sa sœur car elle a LA TÉLÉ ! Son mari décédé voici trois ans avait une bonne situation. Pensez donc, il était responsable des achats au rayon « voilages » de la Samaritaine !

Clémence regarde les grandes affiches multicolores qui ornent les quais : la vache dessinée par Savignac pour « Monsavon » ; les frères Ripolin, à la queue leu-leu, l’un écrivant dans le dos de l’autre ; et bien sûr le livreur de chez Nicolas, casquette à l’est, tablier vert, avec ses kils de treize degrés de déménageur plein les pognes.

Tout à l’heure dans le tunnel, défileront : DUBO, DUBON, DUBONNET…

Elle s’est levée en entendant arriver la vieille rame Sprague-Thomson. Il faut dire qu’elle n’est pas discrète : les bogies font un foin dans les virages !

Clémence s’est approchée du quai, à distance respectueuse. Déjà elle aperçoit la voiture de tête, d’un vert pisseux. Aux commandes : le machiniste, casquette à visière négligemment rejetée en arrière.

Soudain, la vieille dame est brusquement poussée en avant. Un hurlement épouvantable, ses bras font des moulinets, le sac choit lourdement. Mouchoir, poudrier, miroir, petit carnet à couverture de moleskine, s’éparpillent sur le quai bitumé.

Le machiniste a aussitôt actionné le frein, un réflexe au centième de seconde…

Trop tard ! Le corps a roulé sous la voiture de tête. Un horrible craquement. Le cri perçant d’une des rares voyageuses présentes.


Chauguise, le célèbre commissaire Chauguise, a été appelé. Clémence est la cinquième victime de celui que toute la presse appelle : « le pousseur ».

La station a été fermée, le corps de la vieille Dame est allongé sur l’un des bancs de bois qui la jalonnent. Par pudeur, l’un des flics en képi a étalé sa pèlerine sur le corps sans vie.

- Le salaud ! C’est déjà la cinquième. Que des vieilles femmes… Quel courage ! Une ordure capable de s’attaquer à pareilles victimes ! Il manque de couilles, si tu veux mon avis, Dugland.

Crafougnard, dit « Dugland », jeune inspecteur, c’est un peu le protégé de Chauguise, mais il ne le lui montre pas.

- Manquerait plus que j’te borde ! lui a-t-il un jour balancé, alors qu’il se plaignait d’un gros rhume qui l’empêchait de respirer !

Il est là planté devant l’immense carte représentant le plan du métro parisien.

- Vous avez vu, patron ? Il opère toujours à République ! C’est un malin, car depuis ces stations, et quel que soit le niveau, on a accès à tout un tas de correspondances. Ligne 3 : Pont de Levallois - Porte des Lilas. Ligne 9 : Mairie de Montreuil- Pont de sèvres. Ligne 11 : Mairie des Lil..

- Bon, ça suffit, Dugland ! Tu ne vas pas me réciter le plan « Taride » de long en large ! J’chu pô né à Boue sur Vase non plus… Non mais !

Chauguise a interrogé les rares témoins. En ces années cinquante, guère de monde dans le métro aux heures creuses !

Ils ont aperçu une vague silhouette, celle d’un homme grand, pardessus gris ou noir selon les témoins, genre « loden », serré à la taille par une ceinture du même tissu, ou pas de ceinture, un feutre noir sur la tête, ou un béret. Pour les lunettes, les avis divergent également : deux témoins ont vu des lunettes, trois n’en ont pas vues !

- Comme d’hab', grommelle Chauguise, pour les uns il est grand, pour d’autres petit ! Bientôt, y’en a un qui va me sortir qu’il portait un short ! En attendant, la mémé, maintenant qu’elle est passée sous les bogies, elle ne les soufflera plus !

- Quoi donc, patron ?

- Ben, ses bougies pardi !

Et il se fend d’un large sourire, content de sa connerie.

- Oh, patron ! bredouille Crafougnard.

- Allez môme, on y va ! Tiens, v’la la chiave, tu vas nous driver jusqu’au 36.


Crafougnard gare la quinze dans la cour pavée du quai des orfèvres, puis suit son patron jusqu’au troisième.

- Tous les inspecteurs dans mon casino (c’est ainsi qu’il nomme son bureau)… Et fissa ! gueule Chauguise au passage.

Chauguise est là, debout, il jette un regard sur la dizaine de gars présents.

- Bon ! Faudrait le piéger, ce connard. J’ai une petite idée : on va déguiser l’un de vous en « vieille dame » et monter une planque. On finira bien par le coincer, ce fumelard !

Son regard se porte sur Crafougnard...

- Ah non ! Pas moi, patron, je suis trop jeune, je ne serais pas crédible ! Et puis matez la tête de vos inspecteurs : le plus vieux, c’est Charly, et il n’a que trente-huit ans ! Par contre vous…

- Quoi ? Tu voudrais que ce soit MOI qui m’y colle ? Dis que je fais vioc pendant qu’tu y’es !

Charly se lève alors :

- Sans vouloir vous vexer Boss, Crafougnard n’a pas tort : celui qui ferait une vieille dame plausible, c’est vous !

- Putain, c’est une cabale ! Un coup monté ! Mais bon, vous n’avez pas tort, allez ! Je m’y collerai.

Toute la salle applaudit.

- Bon, bon, ça va ! Allez, au boulot ! On se mettra en planque dès lundi.


Lundi, treize heures. Chauguise, affublé d’une perruque blanche, une robe noire à col Claudine, un sac à main vernis et un manteau en lapin authentique, avance en direction de la traction avant, au volant de laquelle Crafougnard l’attend.

Bien qu’il ne porte que des chaussures à petits talons, notre commissaire se tord les pattes pratiquement à chaque pas ! Crafougnard derrière le volant se mord les lèvres afin de ne pas se marrer puis, voyant son supérieur entrer dans la caisse en écartant les jambes, il éclate de rire.

- Si tu t’fous encore de ma gueule, Dugland, j’te fous aux archives jusqu’à perpète ! Verstehen ?

Crafougnard ne moufte pas, les yeux rivés sur la route, il n’ose regarder le commissaire de peur d’éclater de rire.

- Remarque, j’te comprends môme : j’suis plutôt croquignolet, sapé façon rombière !

Boulevard Beaumarchais, puis le boulevard du Temple. Crafougnard gare la pompe place de la République, juste devant « la toile d’avion ». En ces années, aucun problème pour trouver une placarde, les zones bleues n’existaient même pas !

Escorté par Crafougnard et Charly, Chauguise s’engouffre dans le métro. Afin de passer vraiment inaperçus, ils tendent même leurs tickets au poinçonneur, stoïque dans sa petite guérite.

La longue attente commence… A chaque arrivée d’une rame, la « vieille dame » s’approche du quai.

Quatre jours se sont écoulés. Ce vendredi ressemble aux jours précédents. Le poinçonneur, un peu intrigué par le manège, a été mis au courant bien sûr.

- Si tu la ramènes, toi, le tringlo, a déclaré Chauguise en lui soufflant dans les narines, j'te fais bouffer ta poinçonneuse ! Capito ?

- Oui, oui, Inspecteur !

- COMMISSAIRE, s’il te plaît !

Un peu las, machinalement, le commissaire s’est levé à l’approche d’une rame qu’il a entendu venir. Lentement, il s’est rapproché, comme le ferait n’importe quel usager.

Alors que la voiture de tête entre dans la station, il se sent violemment poussé. Il résiste, se retourne, mais « le pousseur » semble costaud, et surtout Chauguise a été surpris !

Il va pour être précipité sous la rame, il peut apercevoir le machiniste horrifié. Soudain, la pression cesse, c’est alors qu’il voit son « pousseur » étalé par terre. Debout à coté de lui, Crafougnard se frotte le poing droit.

- La vache ! Je lui en ai collé une bonne à c’t’enfoiré !

- Merci, môme, merci, déclare Chauguise en prenant Julien dans ses bras. Tu m’as sauvé la vie !

Aidé de Charly, Julien a relevé l’individu qui commence à récupérer. Son bada a volé à quelques pas de là, une longue chevelure brune lui couvre en partie le visage. Chauguise a écarté les cheveux, découvrant la tête de son agresseur.

- Bon Dieu, c’est une gonzesse !

La femme lève des yeux enamourés vers Chauguise :

- Célestine Piedboeuf commissaire, c'est un honneur d’être arrêtée par vous !


(Chtiot crobard Andiamo)

samedi 15 janvier 2011

Saoul-FifreLa honte à la fugure

Tunis. Aout 80. Titine et moi mangeons notre assiette de couscous dans un boui-boui de la vieille ville. En fait je ne l'ai jamais appelée Titine, je déteste donner des surnoms, on m'en a tellement affublé dans ma jeunesse, mais bon. Le restant du resto est désert, à part un autre couple, beaux, beaux comme seuls savent l'être des arabes, et un peu plus âgés que nous. Nous nous rapprochons et entamons la conversation. Ils sont de Lyon et rentrent en vacances au bled pour quelque temps. Titine est née à Bordj el amri, un village pas trop éloigné du leur, et ils nous proposent sans façons de nous embarquer avec eux. Un regard échangé avec Titine et nous disons oui. Nous passons sans regrets prendre nos sacs à l'hôtel pourri conseillé par le Guide du routard pour son tarif très abordable. Nous prenons le bus avec eux jusqu'au "village des bouchers". Devant chaque boutique à toit plat de la rue principale sont suspendues des carcasses en plein soleil, auxquelles des nuées de mouches font de l'ombre. Spectacle apte s'il en est à conforter un végétarien dans ses choix.

Un gars arrive dans sa belle 404 Pigeot à plateau. Il a un grand sourire, il est en train de faire construire une énième boucherie dans le village. Il engueule le maçon pour le principe, juste pour que tout le monde sache qui est le patron. Le maçon rigole : quelle que soit sa vitesse, il ne touchera rien de plus que le forfait convenu. Nous sautons sur le plateau et commence le secouage. Le seul membre de la famille qui possède un véhicule veut nous montrer comme ses amortisseurs sont robustes. Il roule à fond sur des pistes innommables, change brusquement de direction. On dirait qu'il cherche à nous envoyer en l'air avec ses ruades mais nous nous agrippons aux ridelles. Un nuage de poussière enveloppe la voiture qui saute en zig-zags de piste en piste à travers le djebbel. Cela fait bien une heure que nous sommes partis, je regarde avec un peu d'inquiétude derrière nous, je n'ai vu aucune maison, aucun point de repère, je serais bien en peine de retrouver mon chemin.

Nous arrivons enfin, au bout d'une éternité, dans un endroit magnifique et sauvage. La ferme est au flanc d'une colline, les bâtiments de pisé en forme de U tournent le dos au vents dominants. Le silence est absolu après la cacophonie du voyage et le coucher de soleil rougeoyant ajoute à la solennité de l'instant.

On nous présente au patriarche, un chibani enturbanné qui nous vrille en profondeur son regard noir et bienveillant, un rien moqueur à mon endroit, il faut dire que j'ai une coiffure affro du plus ridicule effet, je m'en aperçois brusquement à cet instant. On nous amène dans une salle où tout le monde s'assoit sur ses talons donc nous aussi. On nous passe un plat garni de quelques poignées d'eau. Aïe. Dans un coin si paumé d'un pays aussi sec, l'eau est une denrée rare, de l'ordre du symbole. Je me rends compte avec terreur que je ne sais rien de leurs traditions. Visiblement, ils veulent nous faire honneur en nous tendant l'eau propre en premier. On préfèrerait de loin qu'ils nous montrent comment faire, nous n'aurions plus qu'à les imiter ? Je leur demande avec insistance de commencer. Ils croient à un effet de politesse et se récrient : l'hôte doit faire ses ablutions le premier. Et merde. Je trempe un doigt dans la bassine et esquisse un rapide signe de croix totalement inepte en ces lieux, qui commence par la bouche, passe par les oreilles et finit sur mes sandales. Et je passe le bébé à Titine, guère moins empotée que moi. Nous touchons le fond, personne n'a compris mais tout le monde respecte cette toilette de chat qui souhaite se débarrasser des poussières du chemin.

Nous ressortons dehors pour la cérémonie du thé à la menthe. Jamais je n'ai goûté un tel breuvage. Une sorte de liqueur forte, dense, brûlante. Je sais comment éviter les brûlures, c'est la même technique que pour déguster les grands crus : on glouglougloute en mélangeant de l'air au thé qui s'en trouve de suite refroidi, ce qui permet de le boire presque cul-sec. Le verre aussitôt redéposé sur le plateau, on me le re-remplit à ras bord. Je suis tellement émerveillé par ce breuvage épatant que je mets plusieurs verres à me rendre compte de leur manège. Attends attends, me dis-je, car il m'arrive de me parler in-petto, mais ce que tu es en train de faire est totalement impoli, espèce de brutos mal dégrossi ! Oui mais comment faire ? Ils me resservent mon verre à peine fini ? Et ben, vous me croirez si vous voulez, j'ai trouvé tout seul la solution : il faut laisser un peu de thé au fond du verre. Ça ne veut pas dire "Elle est dégueu ta bibine", comme en France, mais bien "Je suis déjà au Paradis, comment pourrais-je me sentir mieux ?".

Puis nous mangeons avec les doigts, à même le plat commun. Le patriarche pousse les meilleurs morceaux vers nous. À part le couple qui nous a invités, personne ne parle français. Tout passe par le regard, les gestes, les sourires. Puis tout le monde se lève pour aller au lit. Nous nous alignons, hommes et femmes dans une pièce minuscule, sur des nattes. Nous, nous avons nos duvets issus de la recherche spatiale, eux, leurs couvertures de laine tondue cardée filée tissée à la main, aux motifs hérités d'une tradition millénaire.

Le lendemain, le rêve et la réalité refusionnent pour nous convaincre que ce lieu à l'écart des impatiences du siècle existe bel et bien. Ils ont décidé de nous faire un cadeau. Nous remontons sur le plateau de la 404 mais cette fois-ci la piste est quasi inexistante, nous roulons directement sur le rocher, nous quittons vraiment le monde dit civilisé et, sur une crête la voiture s'arrête et nous découvrons à nos pieds une ville. Morte, en ruines, mais tous les éléments de son ancienne magnificence sont là : colonnes rainurées avec leur chapiteau brisé, un grand amphithéâtre où nous gambadons de gradins en gradins, un temple, des thermes, des canaux, des constructions d'époques diverses. La boucle continue de se dérouler : d'arabe, nos hôtes ont essentiellement la langue. C'est la richesse génétique des peuples du pourtour méditerranéen, c'est ce mélange qui en fait la beauté. Djurdjura, Tyr, Corinthe (anagramme de "chieront", petite parenthèse, d'où l'effet laxatif du raisin, fermez la parenthèse), Alexandrie, Byzance, Rome, puis à nouveau Constantinople, Médine, Cordoue puis encore l'Istambul des Ottomans, sans oublier Paris via Marseille.

Mais loin des revanches, nous sommes ici chez les gardiens de l'éternité. Ils vivent et mangent comme le faisaient les bergers du Livre, de mouton, de blé, de fruits et d'huile d'olive.

Au moment du départ, le patriarche tiendra à me réparer mes sandales de skaï qui partent en lambeaux, avec de petits clous. Nous avions tout reçu et nous n'avions rien à donner. Je leur laissai un miroir de voyage, du shampoing, un sac de toilette mais comme nous voyagions vraiment légers, rien d'autre. Ils refusaient l'argent, bien sûr. Je les ai photographiés, et leur mechta aussi. De retour en France, je devais leur envoyer les tirages et j'ai toujours remis au lendemain. Aujourd'hui, ces photos, je ne les ai pas. A pus photos, a pus leur adresse et a pus Titine.

Restent le remords et l'image dégradée que nous avons dû laisser, de petits francaouis sans parole ni reconnaissance. Et la honte d'avoir imaginé le pire, prise d'otage, viol (Titine, surtout) lors de notre périple brinqueballant vers l'inconnu, alors que nous roulions vers la générosité.

Mais reste aussi tout ce qu'ils m'ont appris en une journée, dont je garde le souvenir précieux et que j'essaye de transmettre à qui veut bien.

mardi 11 janvier 2011

Tant-BourrinLes billets, ça se trouve pas sous le sabot d'un bourrin

Il faisait beau ce dimanche. Recevoir la douce chaleur de ces quelques rayons après trois mois de pluie et de neige ininterrompus a envoyé mon esprit vagabonder du côté de l'été et j'ai commencé à rechercher un gite digne de ce nom pour les vacances.

Petite masure sympathique sur la Côte d'Azur

Mouais... passable ! Et avec tout ça en tête, vous auriez voulu que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


La saison des prix littéraires est passée et, malgré cela, vous auriez voulu que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


En allant acheter ma baguette à la boulangerie du coin l'autre jour, je suis tombé nez à nez avec Eric Charden.

Eric Charden au siècle dernier

Heu... non, Eric Charden (ma boulangerie n'est pas située dans une faille spatio-temporelle !)...

Eric Charden tel que je l'ai vu

Et vous auriez voulu, avec une telle charge émotionnelle (presque aussi forte que celle du jour où j'ai croisé Jacques Ballutin), que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


J'ai encore la crève, le nez qui coule, la voix toute éraillée et, dans cet état, vous auriez voulu que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


Je me rends compte que j'ai vécu plus de 25 millions de minutes et, avec un tel fardeau, vous auriez voulu que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


Avec tous les jeux de société que Tant-Bourriquet a reçu pour Noël, de "Chaud l'éléphant" à "Gla-gla le pingouin" en passant par "Qui l'a vu ?", je n'ai plus un instant à moi. Et vous auriez voulu, dans ces conditions, que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


Au cours de mes pérégrinations internautiques, je suis tombé sur cette chanson, que je ne connaissais pas, de Gérard Lenorman.

Je réalise que la carrière du "petit prince de la chanson française" aurait pu avoir une toute autre dimension s'il avait laissé plus souvent tomber ses rôles de gentil dauphin pour celui de violeur psychotique. Et après avoir découvert ça, vous auriez voulu que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


La touche "L" de mon clavier est presque entièrement effacée. C'est étrange, car ce n'est pas la lettre la plus utilisée dans la langue française. Et avec une ettre en moins, vous auriez vouu que je vous écrive un biet digne de ce nom ?


Johnny Hallyday s'apprête à sortir un nouvel album. Et vous auriez voulu, au risque de lui faire de l'ombre, que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


Après plus de cinq ans de blogage intensif et 463 billets de haute tenue, j'ai les neurones aussi carbonisés que s'ils avaient subi une douzaine d'heures de pyrolyse dans un four, et vous auriez voulu, avec un encéphalogramme plat, que je vous écrive un billet digne de ce nom ?


Hein ? Comment ? Oui, vous auriez voulu ?

Ah ben zut, c'est ballot, ça ! J'ai rien préparé !

vendredi 7 janvier 2011

AndiamoAndalous, bijoux, tripous

Tout d'abord : j'ai planté mon ordi !

Un vilain virus m'a tout infesté. Je ne peux plus ouvrir mes documents. Pourtant je vous avais préparé une ou deux bluettes bien romantiques !

Alors je suis allé puiser dans un vieux (très vieux) billet écrit par T-B et sur lequel j'avais laissé un commentaire.

Copié-collé, retour dans l'interface Blogbo, petites retouches et voilà !




J'ai fait la connaissance des tripous il y a fort longtemps !

J'étais en vacances pour quelques jours en Auvergne, invité par une tante... Mais non une vraie tante, je vous vois venir ! La soeur de ma mère !

Etaient également présents : sa fille âgée de dix-sept ans et un cousin à peine plus âgé. A l'époque j'affichais vingt-cinq balais au compteur.

Un soir, comme nous rentrions après une virée, je pousse la porte de la cuisine, et alors... L'indicible, l'horreur, la pestilence, bonjour la fragrance !

Je m'inquiète : kestufècuire? M'enquièrès-je.

- Des tripous, me répond la joviale.

- Des quoi ?

- Des T.R.I.P.O.U.S., mijotés spécialement à l'intention de ton oncle par un ami.

Un ami ? Ah la vache ! S'ils n'avaient pas été copains, qu'est-ce qu'il lui aurait concocté le vachard !

Je pense que le tonton lui avait fait une vacherie au poteau, genre j'te chourre ta gonzesse, un croc aux pattes bien dégueu. Il avait la rancune tenace le revanchard !

Lui refiler une charogne pareille : c'était pas chrétien !

On passe à table, le cordon bleu nous apporte la caisse du chat ! Et commence à servir les portions.

D'autor la cousine décline :

- Pas question que j'bouffe de la merde !

Le cousin sournois prétexte une gerbe imminente, consécutive à un trop plein de glaces aux fraises. Tu parles ! Le pingre, il n'aurait jamais allongé un fifrelin pour casquer un cornet, même à une boule ! M'enfin!

Il n'en restait qu'un : ma pomme ! Invité j'étais : je ne pouvais pas refuser ! Pas correct, déplacé, incongru. Ah putain ! Fallait y passer.

Je suis plutôt du genre morfale, un vrai tout-à-l'égout, j'bouffe de tout, au moins je goûte, pas chochote sur la tortore. Mais là : se taper une couche-culotte genre celle du matin (les ceusses qu'ont des chiarres comprendront), jamais j'avais fait.

J'attaque : narines fermées, apnée grande profondeur, j'enfourne, je mâche.

Ah saloperie ! J'étais en train de bouffer la baballe du chien ! J'avais une solide mâchoire, de bonnes chailles, mais trop c'est trop ! Je n'en pouvais plus ! Et la Marie-Besnard qui me guettait, attendant une reconnaissance, un satisfecit, un MMMMMHH j'en redemande ! Moi, la tronche tordue, j'moufte pas.

Fayot sans doute, cireur de pompes : jamais !

Je pensais à la rue Loriston : ils n'avaient jamais testé les tripous, les raffinés des aveux spontanés, les princes du hammam, les accros de la baignoire, les adorateurs de la gégène ! Sinon ils les auraient ajoutés à leur panoplie!

Tu imagines : le mec à table, en fond sonore un disque de Balavoine, posé devant lui, une bonne assiette de tripous, et enfin en guise de dessert : la lecture intégrale du discours de Malraux lors de l'entrée au Panthéon des cendres de Jean Moulin !

Sûr, au bout d'un quart d'heure, il t'avoue le meurtre d'Henri IV, la prise de la Bastille, les attentats du onze septembre, et même l'attaque de Pearl Harbor !

J'attaquais la seconde bouchée, quand tout à coup : le flash ! L'éclair de lucidité, le soir j'avais rencard avec une petite ligotée la veille, dans une boîte de Saint-Nectaire.

Je vous arrête tout de suite : ça n'est pas parce qu'elle était de Saint-Nectaire, que son clapoir refoulait le claquos, Hein ?

Ah la vache ! La pelle assassine, que j'allais lui rouler, l'haleine de cow-boy, la gamelle putride, j'pouvais pas lui faire ça ! Les tripous allaient me casser la cabane, sûr.

Elle va me j'ter, pensais-je ! Me larguer ! Elle va me demander si j'ai bouffé mes chaussettes avant de venir !

Lâchement j'ai battu en retraite, mis les pouces, déposé les armes...

Aveyronnaises, Aveyronnais : je connais un peu votre région, elle est magnifique il est vrai, mais de grâce : NO TRIPOUS... ADISHATZ !

lundi 3 janvier 2011

Saoul-FifreÀ consommer glacé

Ce matin les arbres agitaient dans le ciel, avec une violence pathétique, leurs bras nus, secs et décharnés.

Le mistral pendant la nuit avait de nouveau lancé ses hordes réfrigérantes et leur haleine glacée à l'assaut de notre pauvre Provence. Et ne discutaillez pas, nordistes incrédules ! J'entends d'ici votre sourde et jalouse rébellion. Du haut de vos grands chevaux à la crinière enneigée ou verglacée, vous vous croyez dépositaire du froid lui-même, sous l'hypocrite prétexte que votre villégiature se trouve au septentrion du parallèle passant par Égletons. Mais vous êtes donc des barbares ? Aucune curiosité d'ordre géographique n'a jamais obtenu de visa pour pénétrer votre esprit ? Le Mistral, vous le saurez dorénavant, ne s'imagine pas plus qu'il ne se théorise. Il se vit, il se souffre, il se subit sans échappatoire possible. Le Mistral se saisit de chaque frigorie disponible et ne se contente pas de vous mettre en présence, précautionneusement, comme le font vos sympathiques zéphirs intermittents. Il vous fouaille les viscères avec, profondément, avec sadisme. Il vous congèle le cœur, vous bloque la respiration, vous fige la moelle, vous transforme votre dernière engelure généralisée en un doux et poétique souvenir.

Oui le Mistral en hiver en Provence c'est la cryogénisation gratuite et obligatoire.

Mais au cours des différentes glaciations que cette plus ou moins riante contrée a connue, l'Homo Çapince a eu le temps de bien se geler les glaouis, d'envisager diverses parades et d'évoluer progressivement vers l'Homo Sapiens, sage humain tel que nous le sommes devenus aujourd'hui. Car l'humain et l'humaine ont avant toute chose une âme de chercheur. Ils sont observateurs, ils aiment faire des expériences. Ils ont par exemple très rapidement découvert le principe de la fermentation, bien avant la cuisson ou la position du missionnaire. Il leur a suffi de simplement goûter les fruits tombés à terre, à moitié pourris, et d'en arriver, par un processus cognitif itératif incluant les concepts de causalité séquentielle, à la constatation d'un effet euphorique induit proche du "Hébélà chsais pas c'que j'ai".

Les diverses recherches autour du "liquide qui fait rire", ainsi qu'on appela cette nouvelle molécule, se poursuivirent sans presque discontinuer. Les béta-testeurs du nouveau produit, que, soit dit entre nous l'on n'avait aucun mal à recruter, s'aperçurent au cours de leurs divers essais qu'il ne se solidifiait pas au froid, comme les autres liquides. C'est le chasseur de mamouths Boooff qui, le premier, retrouva gelé son pot de jus de pruneau fermenté, qu'il avait oublié dehors. Il jeta le glaçon en grognant de colère mais lécha le fond du pot avec un plaisir évident, tout en fourrageant dans ses parties sexuelles. L'anti-gel absolu à usage humain venait d'être inventé et révolutionna cette période de notre histoire où nos ancêtres ne connaissaient pas encore le régulateur de température avec sonde thermique extérieure. On prit l'habitude préventive, dans les périodes gélives, d'en mélanger à l'eau de boisson dans des proportions suffisantes et de s'en imbiber abondamment l'intérieur du corps, dans un but exclusivement sanitaire de résistance au froid. Le sang circulant plus vite, réchauffait les extrémités et, cerise sur l'auroch, la morsure du froid semblait de toute façon moins féroce sous ce léger anesthésique.

On vit aussi que cela brulait à la perfection. On en arrosa les plats pour les faire flamber. On découvrit ensuite que même Boooff, le gars le plus vilain de la tribu, devenait joli garçon aux yeux des filles qui avaient goûté à ces liqueurs, et l'espoir renaquit dans les cœurs esseulés. Parallèlement, la horde développa des techniques de chasse plus industrielles contre les palombes et les autres volatiles qui leur volaient les fruits avant complète maturité et teneur maximum en sucre. L'idée de l'agriculture s'instillait lentement mais sûrement dans les cerveaux embrumés au cours des longues soirées d'hiver bien arrosées. Le travail de la terre est difficile, éreintant mais les esprits et les corps s'y plient volontiers quand ils en connaissent à l'avance la finalité joyeuse. La viticulture, l'arboriculture fruitière mais également celle des céréales, du houblon, de la betterave à sucre, tous les produits procurant en fait ces sucres lents que le manant n'aura de cesse de transformer en sucres rapides, bien plus festifs.

Le monde de la glèbe se structurait, trouvait ses marques, son but : lutter contre les météores glaciaux comme ce fichu Mistral nous emmenant gerçures et gélivures, certes, lutter contre la froidure, oui, mais surtout contre la froideur des rapports humains.

Et quoi de mieux que se mettre une bonne murge pour que s'effondrent les tabous, se disloquent les résistances, se relativisent les conflits, tombent les inhibitions et s'annihilent les contraires ?

Et avec modération, bien entendu. Vous l'aviez deviné, c'était sous-entendu, cela va de soi même si personne n'y croit une seconde.

jeudi 30 décembre 2010

Tant-BourrinUne nouvelle année va commencer...



Bonne année mon cul !


dimanche 26 décembre 2010

AndiamoUn joli conte de Noël.


-

-Nono ?

-Nono ?

-NONO !

-Oui ma chérie, une seconde, tu vois bien que je prépare ma tournée…

-C’est ça, et à propos de tournée, j’espère que tu ne recommenceras pas ta DEBAUCHE de l’an passé. Enfin Nono tu penses qu’il était convenable de te murger comme un soudard, avec Père Fouettard et cette morue qui l’accompagne... Hein ?

-M’enfin Noëlla, mère Fouettard est une femme tout à fait convenable.

-Ah oui ! Convenable ? Une pouffe oui ! Bas résilles, body en cuir noir, piercing dans les narines, quant à ses cheveux… Rouge vermillon ! Les bottes cuissardes, les nibards à moitié sortis, on dirait deux gros pigeons dans un nid trop petit ! Ca t’excite oui, espèce de gros pervers !

-T’es injuste ma Noëlla d’amour, on a juste trinqué après ma tournée.

-A P R E S ta tournée ? Menteur ! Elle était à peine commencée oui ! Tous ces pauvres mômes qui n’ont eu que des cadeaux à la con !

-Ben, j’ai tout de même terminé la distribution non ?

-C’est ça gros malin : tu as distribué des bateaux radios commandés aux enfants du Sahel ! Des skis nautiques ou des surfs « longs boards » aux victimes du tsunami, des matelas de plage aux petits Inuits, sans compter les rubikub’s que tu as donné à une association pour l’aide aux aveugles !

Et cerise sur le gâteau : des rollers et des skate-boards dans une maison de retraite, des déambulateurs pour une crèche, sans compter les sex toys aux sœurs de la charité de la rue du Bac !

-T’es sûre ma Noëlla ?

-Parfaitement ! Les sœurs de Saint Vincent de Paul, rue du Bac dans le VIIème ! C’est moi qui ai dû répondre au courrier, calmer les esprits, me confondre en excuses, cirer les pompes : j’en passe et des meilleures !

-Oui, bon… Ben, j’vais aller faire chauffer les rennes avant de partir !...

La vache ! Y’a encore cette saloperie de « Nez rouge » qui est en train de jambonner !

-Laisse faire Nono : ça nous fera un renne tout neuf pour l’an prochain, d’autant que « Neunoeil » n’est plus très frais !

-AH ça ne risque pas ! Nez rouge est grimpé sur Mimile, c’est qu’il est pédé comme un phoque ce con ! Avec toutes ces pubs cochonnes qui passent à la télé, sans compter la vie des animaux, et toutes ces bestioles en rut, forcément ça détraque leur libido ! Ca déglingue leurs phéromones, ça booste la testostérone !

- Tu vois mon Nono, tu devrais regarder la télé plus souvent…

-C’est quoi t’est-ce que ça veut dire cette fine allusion ?

-Rien, rien, mon Nono, c’était juste histoire de causer. Tiens mon barbu préféré, je t’ai tout de même préparé un sandwich jambon beurre, ainsi qu’un grand thermos de vin chaud à la cannelle, et sais-tu ce que j’ai ajouté dans le vin chaud ?

-Euh… Non !

-Du viagra mon Nono, du viagra ! Après tout : c’est Noël aussi pour moi !

La Mère Fouettard... Quelle horreur ! Mais quelle horreur !

(Ch'tiot crobard Andiamo)

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