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samedi 11 juin 2005

Saoul-FifreJulie, la grosse cochonne

Ça fait bien 6 ans qu'elle crapahute en liberté partout dans la ferme, qu'elle renverse les seaux d'eau, qu'elle éventre les bottes de foin, qu'elle démolit des trucs à grands coups de tête, qu'elle creuse des trous là où on aimerait que ça soit bien plat, mais bon, pas touche : c'est Julie, c'est la mascotte, c'est la petite chérie et si on faisait un référendum familial "papa ou Julie", je ne suis pas certain que...

Elle est tabou.

Au départ, un ami me les avait donnés, elle et son frère, pour les faire se reproduire entre eux. Je sais, c'est de l'inceste, mais dans ses mémoires, Brigitte Bardot dit que c'est naturel, alors j'ai ma caution morale. On aurait engraissé les petits, bien sûr, et on aurait fait comme quand j'étais petit moi-même, dans la ferme périgourdine de mon père : on aurait "TUÉ LE COCHON". On aurait fait une grande fête avec les voisins, on aurait suspendu le bestiau par une patte, égorgé avec un grand couteau, assommé à coups de masse (ou l'inverse, je me rappelle plus) on aurait soigneusement recueilli le sang vite vite mélangé avec du vinaigre pour pas qu'il caille, on aurait dépecé, découpé, haché, mélangé, lavé des boyaux, rempli des bocaux, glissé de la barbaque dans des orifices, tripoté des saucisses, tout ça dans une atmosphère de hammam, dans une vapeur épaisse, car tout doit être très propre, bouilli, stérilisé, et de gaieté, d'excitation indescriptible. Le clou de la journée étant "la soupe au boudin" du soir, dont je garde encore le fumet incomparable dans les narines et n'y voyez aucune allusion graveleuse aux formes plantureuses de la cuisinière. Cette soupe, seul l'ami Jean-Luc serait capable de nous en refaire une, approchante, pour peu qu'il force un peu sur le poivre et qu'on lui fournisse l'ingrédient indispensable : du boudin frais du jour, encore palpitant. Je crois que je vais arrêter de rentrer dans les détails car j'en connais qui vont gerber. Matthieu dit plein de contre-vérités avec un air dégoûté sur l'abattage rituel musulman, mais il oublie l'abattage catholique ! J'ai beau fouiller dans ma mémoire, à gratter la couenne au goret, il n'y avait que de bons et vrais chrétiens français à casquette, baguette sous le bras, fourche à fumier dans l'autre, et calendos derrière l'oreille. Pas un beur et pas un feuj !

En fait, en grandissant, le frère a sailli sa soeur (jusque là : normal) mais quand la Julie a commencé à lui dire "non, je suis pleine, j'ai peur que tu fasses du mal aux petits", la queue du mâle n'a fait qu'un tour (alors qu'en principe, elle en fait trois) et il s'est mis à donner des coups de tête partout, et surtout sur Julie, qui a avorté. Bon, c'est encore des espèces où il faut des écoles de filles et des écoles de garçons, bien séparées... Mais, ça m'avait pas trop plu, le coup qu'il avait tapé Julie et qu'il avait même cassé sa cabane, alors on a invité plein de pôtes et je suis allé chercher mon meilleur ami qui a un fusil et qui sait s'en servir (moi, j'ai qu'un Laguiole et je me coupe tout le temps) et on l'a tué, vidé et on l'a mangé en méchoui. Ça lui aura appris. Et on a joué à la pétanque pour digérer.

Après, on a pris en pension un cochon vietnamien, c'est tout ce qu'on a trouvé. On se disait : "il va lui faire son affaire, à la Julie, et après, on le rend à son proprio et on évite les problèmes relationnels mâles/femelles". Quand elle nous a vu arriver avec notre nain, là, la tronche qu'elle nous a tiré ! C'est qu'elle en voulait pas ! Mais lui, on voyait bien qu'il demandait pas mieux que de lui mettre le couteau à beurre dans la motte, à la Julie... Mais comme il était riquiqui, il fallait obligatoirement qu'elle y mette du sien. Bon, il a fini par lui déclencher les chaleurs. C'est qu'elle avait jamais été courtisée avec autant d'assiduité, dame ! Alors, y'avait 2 techniques : ou elle s'aplatissait par terre, les pattes complètement écartelées et il arrivait à lui grimper dessus, ou bien il montait sur un muret pour être à la hauteur et elle se laissait secouer sagement, sans trop avancer ni trop reculer. Ils alternaient. Ils se sont donnés du bon temps plein de fois, elle était toute guillerette quand elle le voyait arriver, mais ça n'a jamais rien donné : je crois que les coups fraternels l'ont rendue stérile.

Moi, nourrir une reproductrice qui ne reproduit pas, ça va un moment. Je commençais à lui lancer des regards concupiscents, à estimer son poids : je supputais le prochain méchoui. Mais mon beau-père en tomba amoureux : la veuve, même sans orphelin, quoi de plus émouvant ? Il lui préparait des soupes complexes et appétissantes, l'arrosait au tuyau quand il faisait trop chaud, lui parlait, restait des heures à la contempler... Je me suis toujours demandé ce qu'il lui trouvait, s'il se l'imaginait avec des bas résilles et des portes-jarretelles dans un film cochon ? Et ses deux rangées de nichons, hein ? Qui peut le plus, peut le moins... En tout cas, le jour de sa mort, il s'est occupé de Julie dix minutes avant d'entamer la sieste dont il ne se réveilla pas.

Quelques jours plus tard, ma belle-mère m'appelle : "Hé bien, maintenant que Emile n'est plus là, vous allez pouvoir tuer la Julie, depuis le temps que vous en rêvez ?". Je la regarde étonné, et secrètement ravi de ce nouveau partenariat, mais c'était compter sans Margotte, dont les oreilles traînaient dans le coin. "Qu'est ce que vous complotez ? Il n'est pas question de toucher à un poil de Julie ! Tu m'entends, toi ? C'est Julie ou moi !"

Alors, voilà : Julie rentre partout, elle m'éventre les sacs de grains, elle fait exploser les baignoires de mes canards en se vautrant dedans, elle mange les fleurs, elle est devenue énorme et, à chaque fois qu'elle me croise, elle grogne. Et je lui répond sur le même ton.

Si elle est tabou, moi aussi, je suis z'à bout !!

mercredi 8 juin 2005

Tant-BourrinUne enquête du commissaire Miszer

Il y a des jours où l'on ferait mieux de se torcher la gueule au méthanol et de rester au pieu avec une gueule ligneuse. Le commissaire Miszer se disait que s'il avait opté pour cette solution, il n'aurait pas eu à subir le spectacle de ce pauvre gusse baignant dans un étang de sang, la poitrine perforée, déchirée, labourée avec une rage apparente qui laissa Miszer pantelant.

"Merde, quel espèce de fou furieux a pu s'acharner ainsi sur ce type ?" Question purement formelle : évidemment, aucun de ses assistants n'avait la réponse.

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jeudi 2 juin 2005

Saoul-FifreAs-tu ouï le Non ?

Je vais quand même dire 2 mots sur le résultat du référendum car je suis très étonné des réactions de beaucoup de blogueurs dans la tonalité j'ai honte ou bien et merde

Autant je comprends que pendant la campagne, on... fasse campagne, autant une fois la voix de la France exprimée, j'aimerais que les français ferment leur grande gueule. C'est ce que Chirac a fait et il me semble que c'est la seule chose à faire quand on est un tant soit peu attaché à la démocratie.

Bon, les blogs sont des espaces de dialogues libres qu'il n'est bien sûr pas question de censurer et nous pouvons continuer à en parler, mais le style "les français sont tous des cons : ils n'ont pas voté comme moi" me met en joie au premier rabord mais me fout les boules au deuxième.

Il y a quand même une vraie vague populaire non manipulée dans ce vote : tous les tenants du oui "tenaient" et avaient accès aux médias . La pub pour le oui a battu son plein, ce ne sont pas des racontars, ça a été mesuré, il y a eu un temps de parole supérieur pour les hérauts du oui. Ça ne me choque en rien, le monde est ce qu'il est et le pouvoir c'est ça : avoir les rênes d'organes décisionnaires et maîtriser les médias (blogs à succès compris).

Mais, messieurs les puissants, un peu de pudeur : quand on a les leviers, les points d'appuis et qu'on n'arrive pas à remuer la pierre, on la joue "profil bas"...

Et un peu de sens esthétique aussi, par pitié ? C'est beau, un peuple qui s'exprime. C'est un peu cacophonique vu que c'est une addition d'individus, mais un peuple qui, pour une fois, résiste à la publicité ? Fait preuve d'esprit critique ?

Lavasse publicité lance une grande campagne, elle inonde de spots hachement convaincants la télé en prime time, la radio, Libé, Le Monde, le Figaro etc... Et les dirigeants se rendent dans la salle aux ordinateurs pour voir les résultats obtenus : les ventes du produit baissent dans la France entière !!! C'est pas beau ça ?

Alors, juste pour le fun, vous pouvez aller là, ou vous trouverez un billet mignon tout plein indécrottables Et bravo Psyché pour tout le blog !

et, de là, vous pouvez aller là, lire un billet ironique de Michel Onfray

et puis aussi une transcription d'une émission de Laurent Ruquier très éclairante

mardi 31 mai 2005

Saoul-FifreFais pas ta Geneviève...

Héhéhé... Tant-bourrin est en mission à l'étranger (enfin : dans un des états de notre beau pays, l'Europe) et m'a mailé "Ne fais pas ta Geneviève" en me confiant les clés du blog. Un peu, mon nœud vieux, que je vais faire "ma Geneviève" ! Depuis le temps que j'attends cet instant !

Vous l'aurez compris sans coup férir à la lecture des phonèmes pseudo-intellos dont il truffe ses billets, Tant-bourrin est l'archétype parfait du Parigot / tête de veau. Son baragoin hyperspécialisé n'est pas imprimable à l'extérieur de l'enceinte de la grosse structure qui l'emploie. Ces modernes Diafoiri se doivent de justifier leurs salaires d'un niveau dont vous n'avez point idée et marquent leur différence et soi-disant supériorité en utilisant une sorte de latin technocratique imbittable dont les mots ne sont dans aucun dictionnaire. Le Savoir, c'est le Pouvoir et chaque corporation s'est inventé un lexique abscompréhensible par les autres citoyens. Merci aux médecins, aux avocats, aux théologiens, aux rédacteurs de constitutions, aux inspecteurs d'académies, aux psycho-socio-choses... Chacun son patois, et Tant-bourrin, interdisant à sa langue les subtilités de celle du Bas-Armagnac, choisit d'intégrer les rugosités de celle de l'élite parisianiste.

Il n'a conservé de ses robustes et rurales ascendances gersoises que ses lèvres régulièrement gercées (sic) malgré la douceur climatique francilienne. Ses ancêtres, propriétaires de 30 hectares de vignes en appellation d'origine Armagnac contrôlée, superbement exposés sur un coteau plein sud, y distillaient une liqueur dont l'arôme reléguait loin derrière elle les meilleurs whiskies des Highlands. Des bienfaiteurs de l'humanité souffrante, en un mot.

Leur descendant, toute honte bue, est inscrit à la section des anti-alcooliques anonymes de son quartier, sous le pseudo de Tant-bourrin, et NE BOIT QUE DE L'EAU. C'est de l'assassinat économique pur et simple ! Cela s'appelle maintenir la tête de la viticulture française sous l'eau ! (saoulaud, bof) Ah, où est-il, l'heureux temps où les travailleurs de force se sifflaient leurs 3 litres par jour comme qui rigole... Ha, ça y allait à la tirette ! Et le travail était quand même fait, et mieux qu'à l'heure actuelle !

Ses cousins engraissaient le plus gros troupeau d'oies à l'ouest d'Auch avec les céréales et le maïs qu'ils récoltaient sur les gras et noirs boulbènes entourant la Baïse, dans la famille depuis de nombreuses générations. Des colis partaient pour le monde entier, remplis de confits, de foies gras truffés, de cous farcis, de pâtés en croûte cuisinés avec Amour dans le petit atelier artisanal.

Tant-bourrin, la question de le renier ou de le bannir de la tribu revient souvent sur le tapis au cours de ces repas familiaux interminables et truculents, car il SURVEILLE SA LIGNE ! Il saute son repas de midi et le soir, se contente d'un steak, d'une salade sans sauce et d'un yaourt 0 % à l'astarpame. Vous parlez d'un exemple ! Quelle contre-publicité pour les bons produits diététiques et gastronomiques du Sud-Ouest ! Ce manque flagrant de fidélité envers ses anciens, sans qui nous ne serions pas ici et ce mépris pour tout lien du sang est vraiment confondant.

Ha vraiment, comme le monde a pu changer en si peu d'années ! Le sens de la discipline s'est littéralement évaporé : Thierry Chaporon te dit de consommer plus pour relancer l'économie et toi, Tant-bourrin, tu te serres la ceinture ! Regarde les américains, ils se bourrent la gueule au bour-plus-ou-moins-bon et vont se goinfrer de bicmags. Un pays d'obèses est un pays de bons citoyens responsables qui ont à cœur de faire pencher la balance économique du bon côté ! Et un bon indien est un indien ivre-mort.

dimanche 29 mai 2005

Tant-BourrinIggy Popaul

L'ami Saoul-Fifre, vous l'aurez finaudement deviné au travers de sa prose, est un bouseux noble représentant de la gent agreste et, si vous restez bien sagement à l'écoute de ce blog, vous saurez bientôt tout des moeurs ovines, caprines, porcines, bovines, équines, sans oublier les moeurs bibine (histoire de justifier son pseudo).

Mais tout ça, c'est crâneries et compagnie : ne croyez pas pour autant que l'urbain fin et distingué que je suis n'y entend goutte en chroniques animalières, et je vais vous le prouver sur l'heure en vous entretenant d'un sujet particulièrement grave, qui peut tous nous concerner un jour : la pilosité auriculaire chez les iguanes mutants. Ce sujet me tient particulièrement à coeur car je possède un iguane mutant domestique (il s'appelle Popaul) et suis hélas confronté à ce problème.

Mon Popaul et moi, c'est une longue histoire...

C'était il y a plus de cinq ans. Il pleuvait. Je me promenais dans les tristes allées d'un refuge S.P.A. crasseux d'une banlieue miteuse de la lugubre région parisienne, quand, tout à coup, je suis tombé en arrêt devant une cage. De l'autre côté, un doux regard mélancolique et globuleux était posé sur moi. Nous sommes restés longtemps ainsi, les yeux dans les yeux, totalement fascinés l'un par l'autre. Qui n'a jamais vu le regard plein d'amour d'un jeune iguane n'a rien vu.

Puis j'ai étendu la main au travers des barreaux et ai caressé longuement sa délicate peau verdâtre et grumeleuse. Lui fermait les yeux pour mieux goûter par chacun de ses pores le contact voluptueux de mes doigts sensuels. La pluie cessa soudain de tomber, une trouée se fit dans les nuages et le soleil vint réchauffer des mille feux de l'amour notre passion naissante. Quand je voulus retirer ma main, il essaya de la retenir de sa papatte griffue et sa petite langue fourchue s'agita désespérément, comme pour me crier : reste !... C'en était trop, les digues de mon coeur se rompirent : je fondis en larmes. Le soir même, je ramenais Popaul à la maison.

Mais venons-en à notre sujet... Popaul est un iguane ukrainien. En effet - beaucoup de gens l'ignorent - une population non-négligeable de ces charmants sauriens vivait en paix aux abords du lac Onik, près de Tchernobyl. Je dis "vivait en paix", car le terrible accident nucléaire de 1986 a énormément troublé cette quiétude : les iguanes ont subi des mutations génétiques. Celles-ci se sont traduites essentiellement par deux effets :

  • par quelque modification hormonale encore assez mal connue, les iguanes ukrainiens, animaux quelque peu farouches par essence, sont devenus particulièrement sociables, affectueux même. Ainsi, mon Popaul n'est qu'amour et tendresse, alors que les iguanes des Galapagos, qui eux n'ont pas subi de mutation génétique, sont vraiment mal embouchés. Voilà pourquoi la majorité des iguanes domestiques sont originaires des rives du lac Onik.

  • cette modification du dosage hormonal s'est également manifestée par l'apparition d'une pilosité auriculaire abondante. Popaul, comme tous les iguanes mutants, a des poils de 80 cm dans les oreilles.

Cette pseudo-chevelure, fort seyante au demeurant, devient vite le cauchemar de nos amis sauriens. En effet, très fréquemment, ils posent, en se déplaçant, leur papatte dessus, ce qui s'avère dramatique à la fois pour eux et pour leurs maîtres.

Pour nos compagnons favoris, on le conçoit aisément : ils sont surpris, déséquilibrés, et leur menton heurte le plancher. C'est d'ailleurs pourquoi la plupart des iguanes domestiques finissent par avoir un menton en galoche. Le problème est tout aussi tragique pour le possesseur de l'iguane : la tension sur les poils auriculaires est si brutale qu'elle provoque souvent un jet de cérumen ô combien dommageable pour les moquettes de nos appartements modernes.

De plus, vous imaginez bien qu'à chaque fois qu'ils marchent sur leurs poils, cela n'est pas sans douleur pour eux : ça tire sec au niveau des oreilles. La souffrance est telle qu'elle finit en général par traumatiser le pauvre animal, qui n'ose plus faire un pas et reste alors dans un état de prostration complet, ce qui peut être particulièrement gênant si votre iguane se trouve à ce moment-là aux W-C.

Les plus grands experts se sont donc penchés sur cet épineux problème, et des propositions de solution ont rapidement vu le jour. Mais l'efficacité, comme nous allons le voir, n'était pas toujours au rendez-vous.

La première idée qui vient à l'esprit est de raser ces poils si gênants. L'efficacité à court terme de cette méthode est indéniable : l'iguane recouvre toute sa liberté de mouvement et, par la même occasion, le goût à la vie. Mais tout cela n'est qu'un court répit. Je n'apprendrai rien à mes lectrices en rappelant qu'un poil coupé repousse encore plus dru. Imaginez ce que cela peut donner avec des poils particulièrement vigoureux d'iguanes mutants ! Au bout de six mois de ce régime, leur longueur peut facilement doubler, et ils finissent même par atteindre les papattes arrières, multipliant ainsi par deux les risques de chute.

Une autre approche du problème serait d'amidonner les poils, qui, ainsi rigidifiés, ne traîneraient plus par terre. Hélas, si la théorie est séduisante, le passage à la pratique s'avère redoutable. Si l'on amidonne les poils à l'horizontale se pose rapidement avec acuité la question du passage des portes : votre cher animal ne pourra plus circuler dans votre logis (ça ne l'aidera pas à sortir des W-C si c'est là qu'il était prostré). Qu'à cela ne tienne, me direz-vous, il suffit de raidir les poils à la verticale ou en oblique ! Certes cela semble la panacée et votre iguane y gagnera un look "punk" assez sympathique, mais avez-vous pensé à vos précieux bibelots que les poils du saurien, tels autant de lances, ne manqueront pas de mettre à bas des étagères ? N'oubliez pas non plus que maints enfants ont été éborgnés par des iguanes ainsi amidonnés !...

Une autre façon d'appréhender le problème est d'apprendre à votre compagnon à marcher à reculons, les poils ne venant plus ainsi traîner dans ses papattes. Malheureusement, outre le fait que cela nécessite un très long dressage, cette solution est à proscrire si vous habitez une maison à étage : on a vu plus d'un iguane se casser lamentablement la gueule dans les escaliers, avec parfois une issue hélas tragique (quoique dans ce cas vous pouvez toujours vous faire tailler un portefeuille, un sac, et une paire de chaussures en peau d'iguane, vous n'avez pas tout perdu). Bien sûr, on peut équiper l'animal d'une paire de rétroviseurs, mais c'est oublier que l'iguane est un animal foncièrement narcissique... Celui-ci ne résistera pas à l'envie d'admirer son joli teint verdâtre en oubliant de surveiller ce qui se passe derrière lui.

En fait, la seule solution réellement satisfaisante est de faire des couettes ou des nattes à votre compagnon, et d'utiliser une pince à linge pour les attacher sur le sommet de son crâne. J'ai moi-même testé cette méthode sur mon Popaul. Il a complètement repris goût à la vie, et c'est un vrai plaisir de le voir se gambader et faire de pirouettes au milieu du salon !

Laissez-moi pour finir vous donner un conseil d'ami... Si après avoir fait des couettes à votre iguane, vous lui apprenez à chanter "l'école est finie" en dodelinant de la tête, je vous certifie que vous aurez beaucoup de succès dans vos soirées entre amis. De plus, cela flattera l'ego de votre compagnon, qui, soyez en sûr, saura vous récompenser de tout son amour de saurien !

samedi 28 mai 2005

Saoul-FifreMistral Cognant

J'ai posé le pied sur la Provence pour la première fois il y a de ça 21 ans et j'y suis resté collé. Pour moi, le négropède errant sans racines, le gars aux vingt déménagements pour qui toute terre est une plaque chauffée au rouge à mes pieds toujours sautillants, elle me fit office de Terre Promise, en attendant mieux, car elle n'est pas toujours là où on croit la trouver c);^) . Vous connaissez la chanson de Dj'awny Ali Dey, quand même ? Ça donne quelque chose dans ce genre :

La terre crame sous mes pieds
et je pue toujours la corne brûlée
et je m'essouffle après l'Amour
sans jamais jamais le rattraper
La terre promise n'est pas tenue
la commande pas toujours livrée
Je vais où mes chansons rapportent
Je ne fais rien qu'amasser...

Je me présentai donc à la douane de l'Empire du soleil et du Royaume des vents par Amour : je venais rendre visite à mon amie, rencontrée en Corrèze mais habitante et native d'ici. D'emblée, je trouvai les droits de douane exorbitants. Le royaume était sans conteste venté, il faisait un Mistral à "desbana li bioù" (décorner les bœufs), nous étions en plein hiver et il faisait vraiment un froid de canard (encore ! Thomas Fersen, c'était le mot "parapluie" qu'il glissait dans chacune de ses chansons et la Nothomb, c'est "pneu", d'ailleurs, elle me gonfle...). Et j'étais là, à me racorquir les nouilles, en Arles, au bord de la "113", pile dans l'axe du canal rhodanien et, croyez-moi si vous voulez, j'éprouvais une extrême difficulté à garder mon bras tendu à l'horizontale et mon pouce à la verticale, pour faire mon stop. Je vacillais, je m'arc-boutais contre les rafales, n'y voyant goutte, clignotant des paupières sur mes yeux pleins de larmes et je me disais, frigorifié : "quel sens de l'accueil, dans cette région !" quand une bonne âme, un "essetrangé", sans doute, s'arrêta pour me prendre. Toujours incroyable, mais vrai (car provençal et impossible ne sont pas français), entre Arles et Salon (50 bornes) nous avons doublé 2 voitures avec caravane, et une berline normale, RENVERSÉES par le vent ! Après chacune, mon bienfaiteur levait le pied et nous sommes arrivés à bon port à 30 km / h. C'était ça, le Sud ?!?!

La maison de mon amie n'avait qu'une cheminée comme chauffage et nous restions serrés devant, à écouter le souffle inquiétant des bourrasques, les tuiles exploser au sol, les arbres fouetter l'air... En panne de combustible, nous avons été obligés de sortir couper des branches mortes à la scie. De beaux arbres bien vivants avaient été déracinés. Je suis parti, revenu, reparti, venu à nouveau pour finalement rester. Nous voulions "d'la marmaille", comme chante Linda Lemay, et nous en avons eu. J'ai trouvé un travail sympa, en plein air. Aucune ironie là dessous, j'aimais vraiment mon métier mais rien n'est parfait. Je montais aux poteaux de téléphone, j'en plantais, je tirais des câbles... Mon patron (un malin) avait inscrit sa petite boîte privée à une convention collective de l'industrie qui ne prévoyait pas "les intempéries". Nous avions donc le choix entre travailler sous la neige, les grêlons, la pluie... ou bien perdre le salaire de la journée. Nous avons vécu deux hivers rigoureux : 85 et 86. Toute la partie aérienne des oliviers a gelé, comme pendant le terrible hiver 56, popularisé par l'abbé Pierre. Il n'y a pas eu de production d'huile d'olives pendant plusieurs années. Ni de la vierge, ni de la deuxième pression super chaude. Les pro-vent sots, les vré de vré, me disaient : "ici, le froid est sain et sec". D'abord, c'est une contrepèterie belge. Et ensuite, quand le mercure descend au niveau - 17 du parking souterrain, et que le Mistral prend son élan à Lyon, qu'il accélère et que les freins pètent dans la descente... Ayayaye ! Il traverse les manteaux en cuir, les gros pulls, il vrille, il tord, il mord, il pince, il perce, il serre... Comme vous attrapez une bonne bronco-pneumo-grippo-tachycardie (avec hypothermie persistante), ça vous refroidit un peu quant au côté sain du froid sec. Avec le climat océanique humide bordelais, j'étais enrhumé, point-barre. Mais le pire restait à vivre. Car, sauf événements climatiques exceptionnels, je vous accorde que la Provence n'est pas réputée pour ses basses températures. J'ai connu en Normandie de bonnes grosses caillantes équivalentes, mais, je le répète, sans ce côté "inquisiteur sadique" bien propre au Mistral.

Le pire est au dessus de nos têtes, comme un dard. Ne dit-on pas "darder ses rayons" ? Et "vespéraux", si on a sa carte de Pouète à jour de cotisations ? Et "zénithaux", s'il est midi au soleil et qu'on fait la journée continue ? Ho le mal de tronche ! J'ai l'impression que ma cervelle est en train de griller. Et moi qui la préfère "bleue", avec du persil ? Et le Mistral qui se lève ! Il pourrait nous rafraîchir, comme d'habitude, ce "marque-mal" ? Il est brûlant. On dirait le simoun. Comment peut-on supporter des chaleurs pareilles ? On peut pas. Le soir, j'avais 41° de fièvre. J'étais fébrilige, comme on dit ici. Alors ya la solution traditionnelle : encore aujourd'hui, on va se faire "tirer le soleil". Ha, le travail manque pas. La demande est supérieure à l'offre. Tout le monde connaît Unetelle ou l'autre, là, qui a reçu "le Don", de sa mère ou d'un sorcier yaqui-yaqu'a. Elle vous fait pencher la tête en arrière, vous pose un verre plein d'eau sur le front et récite une prière en Latin dessus (il parait que ça marche aussi avec "tu me fais tourner la tête", d'Edith Piaf). L'eau se met à bouillir dans le verre, elle la jette et en rajoute de la froide jusqu'à ce que ça ne bouille plus. Là, elle y met cinq doses de pastis, deux glaçons, un peu d'eau (pas trop, malheureuse, tu vas me le noyer et il va falloir recommencer du début). Elle te le fait boire cul sec (quand c'est sec, c'est sain) et tu es guéri. En tout cas, tu en est persuadé.

Avec le temps, je me suis endurci aux météores extrêmes de la Provence, mais il m'a fallu quand même plusieurs années. Pour la chaleur, je ne m'y suis pas encore fait, mais disons que j'ai pris le rythme officiel. Il y a un hymne officiel, La Coupo Santo, chanson à boire écrite par Frédéri Mistraou, qui parle de verres de vin remplis à ras bord et qui se chante en chœur à la fin et au début de tous les repas officiels... Et à la sortie de la messe. Et quand le maire arrive. Et il y a un rythme officiel : on arrête de travailler quand ça commence à être intenable et on reprend quand ça recommence à être supportable. A part qu'on s'arrête de plus en plus tôt et qu'on redémarre de plus en plus tard pour s'adapter à un tout petit problème mondial dont vous avez peut être entendu parler : le réchauffement de la planète. Je sais pas chez vous, mais nous, on est en plein dedans : les deux dernières années détiennent le record de pluviométrie basse. On a reçu 200 mm d'eau / an alors que la moyenne annuelle sur 100 ans est de 650 mm. Ça craint. En température, dans la liste des 6 années les plus chaudes du siècle, on trouve les 5 dernières années. Je ne suis pas statisticien, mais il me semble difficile de s'en sortir avec une pirouette genre "c'est un cycle". Comme on sait que notre société industrielle produit du chaud, des gaz qui grignotent la couche d'ozone (notre protection contre les ultraviolets et donc contre les cancers de la peau) du gaz carbonique, de la pollution (qui forme une couche qui augmente l'effet de serre), moi, le scientifique qui me dit "il va bientôt y avoir une nouvelle période de froid", je le regarde bizarrement.

Je trouve que le climat d'ici est très dur. Je trouve qu'il est de pire en pire et nous flippons même méchamment, car qui dit sécheresse insistante dit incendies récurrents... Nous n'avons jamais compris les hordes déferlantes qui venaient envahir le littoral : l'eau est trop chaude, les parkings sont à Pétahouchnock, la bouffe est dégueulasse, les prix scandaleux... Quel plaisir autre que masochiste y a t'il à faire des milliers de kilomètres pour étendre sa serviette sur du gravier ou des galets (côte d'azur) à 10 centimètres de son voisin, sur une plage pleine comme un œuf, alors qu'à l'intérieur des terres, le séjour avec piscine, chaise longue, gazon, arbre, et personne autour vaut 2 fois moins cher ? Pourquoi des vikings à la peau fragile viennent-ils se faire revenir la couenne à l'huile solaire et s'appliquent-ils à eux-mêmes la recette du homard thermidor ? Pourquoi cette fascination pour la mer alors qu'un petit ruisseau ombragé est tellement plus rafraîchissant et dépaysant ? Autant de questions toujours sans réponses en l'état actuel des recherches.

En tout cas, nous, dès que le cagnard devient trop virulent, on s'en va chez les nordistes. Les bouchons, on sait ce que c'est : on les croise !

jeudi 26 mai 2005

Tant-BourrinCamisoles

Un homme, jeune, un ado presque encore. Qui bouge vaguement les lèvres, comme pour parler, mais aucun son ne sort de sa bouche. Il oscille doucement. D'avant en arrière. D'arrière en avant. Sans relâche. Sans fin. Il tangue, le regard comme perdu, étranger à tout ce qui l'entoure.

Un autre homme, un peu plus loin. Il ne suit pas le flux incessant de la foule sur le trottoir. Sa démarche est hésitante, il part à droite, dévie sur la gauche, s'arrête, puis refait quelques pas maladroits. Les passants sont gênés, l'évitent, sa démarche erratique les perturbent, il ne les voit pas, il parle dans le vide.

De l'autre côté du mur, une vieille femme, sur un fauteuil, immobile, impavide, l'oeil vide et hagard, la lippe pendante. Elle reste là des heures durant, aucun souffle de vie ne semble plus agiter son corps, aucune étincelle ne subsiste dans son regard.


Triste spectacle me direz-vous : un autiste, un ivrogne et une grabataire. Dans quel sombre asile, quel triste hôpital sommes-nous là ?

Aucun : le jeune homme est assis sur un banc, un baladeur vissé sur les oreilles, l'autre homme est pendu à son téléphone portable, la vieille dame regarde la télévision.

Une vieille blague de cours d'école me remonte à l'esprit : celle de ce fou qui s'agrippe au mur d'enceinte de son asile, passe la tête au-dessus du faîte et, voyant des dizaines et des dizaines de personnes déambuler sur le trottoir, finit par demander à l'une d'elles : "vous êtes nombreux là-dedans ?"

Aujourd'hui, il ne m'étonnerait guère que le passant réponde : "oui, et chacun de nous a sa propre camisole."

Et moi ? Quelle est ma camisole ? Ne commencerait-elle pas à ressembler à ça ? ;~)

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