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samedi 13 décembre 2014

AndiamoNoëls

C'était hier, oui hier, ils préparaient dès la mi-décembre la maison, en vue des fêtes.

C'était hier, oui hier, ils descendaient tous les trois, le "grand" en tête dévalant les escaliers de la cave.

- Doucement, criait la Maman, tu vas te rompre le cou !

Derrière suivait la fille, longs cheveux châtains embroussaillés, et enfin mi-geignant, mi-riant le petit dernier du haut de ses trois ans, tête blonde frisée.

- 'Tendez moi, ze peux pas aller vite !

Ils ont ressorti les cartons poussiéreux rangés au sous-sol et contenant des trésors : la crèche avec son âne à trois pattes, l'ange "Bouffaréo" avé ses grosses joues gonflées comme celles de Dizzy Gillespie, le trompettiste, le bœuf "la vass" comme dit le dernier, bien écaillé par les longues années de service, les guirlandes dorées que l'on va étendre sur les étagères de la bibliothèque.

- Non, pas sur la cheminée ! C'est dangereux, ça pourrait prendre feu, a dit la Maman.

- Hein qu'après on s'ra brûlé de tout partout ? a dit le petit...

- Oui mon amour !

Et le baiser a claqué sur la joue rose.

- C'est quand qu'on achète le sapin ? demande cheveux châtains en bataille.

- Quand achètera-t-on le sapin ? rectifie Maman qui ne transige pas avec le français. Nous avons encore le temps, il va avoir trop chaud dans la maison, et il perdra toutes ses aiguilles.

- Moi z'aime pas les aiguilles, ça pique.

Et les deux "grands" se sont moqués de "tout p'tit".

C'était hier, oui hier ! Le samedi qui précédait Noël, ils allaient en famille acheter LE sapin ! Joyeuses disputes autour de l'enclos à "Normans"

- On prend ç'ui-là !

- Celui-là !

- Nan ! Il est moche comme toi, moi j'veux le gros là !

- Ze peux en soisir un petit pour moi ?

- Bon d'accord, c'est Papa qui choisit, comme ça tout le monde sera d'accord !

Ils sont rentrés, le sapin bien emmailloté remisé au fond du garage.

- Demain dimanche on décorera le sapin, a déclaré Maman le regard brillant.

Pas besoin de les réveiller, dès sept heures "ils" étaient tous les trois dans le grand lit.

Le sapin, on "fait" le sapin !

- MMMH on décore le sapin !

Le petit déjeuner avalé vite fait, les bols trainent encore sur la table, les trois "anges" sont déjà au garage, lorgnant, louchant, sur le bel arbre.

C'est Papa qui l'a dressé près du grand canapé, comme à l'habitude. Fébrilement les trois chamailleurs ont sorti les boules multicolores, et PAF la grosse bleue est tombée !

- Poussez-vous, Maman va ramasser, vous pourriez vous blesser.

- C'est Marie qui a cassé la boule !

- Même pas vrai, menteur !

- Moi ze l'aimais bien cette boule, SNIF !

Deux heures plus tard, le chef-d'œuvre est achevé, les guirlandes électriques fonctionnent, débauche de couleurs, un coup étoiles, un coup le noir, les trois enfants ont les yeux qui brillent.

- Qui va accrocher l'étoile tout en haut ? demande Papa.

Les trois "MOI" ont fusé ensemble !

- Eh bien ce sera Maman, parce que c'est notre fée, et que les fées ont toujours une étoile au bout de leur baguette magique.

Alors Maman est montée sur l'escabeau, avec d'infinies précautions elle a accroché l'étoile symbolique tout en haut du Norman.

C'était hier... Oui hier, aujourd'hui la grande pièce est vide, il n'y a plus ni guirlandes, ni sapin, ni étoile... Ni enfants !


Le petit dernier, tête blonde frisée...

dimanche 7 décembre 2014

AndiamoMétamorphose

Il y a des rencontres qui vous transforment, qui vous changent ra-di-ca-le-ment !

Ainsi votre serviteur : quand j'ai croisé BLOGBORYGMES un matin d'automne c'était en octobre 2007... Il y a plus de 7 ans ! j'étais un peu plus frais ou un peu moins rance (rayer la mention inutile), l'esprit affûté comme un coupe-chou Sheffield ! Certes sept ans plus tard il est moins frais le garenne, je roule ma caisse comme ça, mais bon même à la foire aux antiquouilles de mes deux caires je ne vaux plus un coup de ratafia au Guinness des consommables ! Alors pour faire marrer quelqu'un que je connais bien, je dirai : "c'est comme ça" !

Pour les textes, je deviens un peu secos, mais bon je ne suis pas le seul ! N'est-ce pas Saoul-Fifre et Tant-Bourrin ? Les BOSS ! Les pères fondateurs, deux références, deux pointures, que sont-ils devenus ? L'un bichonne t-il son vieux tracteur à coup de Ripolin? L'autre s'est il sacrifié sur l'autel de la WI WI afin de rester au contact de Tant Bourriquet ?

Nul ne le saura jamais, never, nada, niente...

Je divague, je me répands, je me repends, là n'est pas mon propos, ce que je voulais dire c'est que Blogbo change radicalement et systématiquement ceux qui le rencontre. J'en veux pour exemple :



Sœur Marie des Angoisses avant qu'elle ne tombât sur un billet Blogborysmique.

Sœur Marie des Angoisses après sa rencontre avec BLOGBORYGMES..

Deouis on l'appelle "LA VENTOUSE", allez savoir pourquoi ?

(ch'tiots crobards Andiamo)

mardi 2 décembre 2014

BlutchMes poètes de légendes [3ème acte - Spécial Noël]

Acte 1 : c'est par ici !

Acte 2 : c’est par !


La fin de l’année approche à grands pas et je sens monter en vous une angoisse grandissante. A fin novembre déjà c’était d’ailleurs plus (+) qu'une angoisse. Maintenant c'est déjà une terreur si manifeste qu’elle transpire à travers tous les pores de vos commentaires.

Ça se résume en quelques mots qui se conjuguent en mode majeur :

« Putain comment vais-je m’organiser pour réussir ces merdes de fêtes de fin d’année. »

Alors autant commencer par le début : Une fête c’est quoi ?
Comment peut-on aborder « les fêtes » ?
C'est là qu'intervient toute la poésie vaudoise de François Silvant (qui malgré son prénom n’en est pas moins un Lausannois pure souche) :



Les fêtes sont trop souvent synonymes de cadeaux et là, ça peut rapidement devenir un bâton merdeux si on n’est pas organisé. Car autant le dire pendant qu'on peut encore le faire, les cadeaux coûtent la peau du cul. Chacun mérite le plus beau, le plus cher aussi (c'est du moins l'avis de l'intéressé).

Tu invites.... alors tu as déjà le prix de la dinde et les petits légumes, le sapin et les boules (ben oui, obligé de les changer le beauf les avait trouvées nulles à chier l'année dernière). C'est mathématique, les invités boivent deux fois plus que ce qu'ils ont apporté, alors tu finances la moitié de la gonflée du beauf, qui pour cette raison se croit obligé de te la restituer sur ta moquette neuve. Alors si en plus on te fait chier pour tes petits cadeaux à cinq euros...

Donc il faut un argumentaire pour faire face à ces ingratitudes :



Noël, ça va encore pour y échapper car il y a deux solutions qui pour être diamétralement opposées, bien que partant de la même option de base, n’en arrivent pas moins au même point final. Le seul qui soit intéressant par ces temps de marasme généralisé :

Petit A : (je sais que c’est con de dire petit A en le mettant en majuscule, mais il faudra faire avec) Noël est une fête religieuse. C’est le petit Jésus qui est né, il est le seul à pouvoir légitimement recevoir des cadeaux, donc allez vous faire voir ailleurs…

Petit B : (même remarque que pour petit A) : Noël est une fête religieuse et je n’en ai rien à branler des Églises, donc allez vous faire voir ailleurs.

Si pour les cadeaux c’est rapidement et péremptoirement résolu, il n’en va pas de même pour les agapes, car il faut s’entendre sur une date qui convienne à tout le monde. C’est là que ça se complique sérieusement.

Pour résoudre ce problème, je vous propose aussi la méthode François Silvant.

Je vous la livre sans jouer à cache mystère car on ne peut pas être gros-niqueur chez Blogbo sans être pris d’une empathie furieuse pour ses congénères de tous bords et de tous poils, bien qu’avec une mention spéciale pour ces dames :



Vous voilà parés. Vous avez calé une date la plus proche possible de la fin de l’année en tenant compte des desiderata de chacun. Mais il y en a toujours au moins un qui ne connaît pas votre nouvelle adresse. Ça pourrait rapidement se compliquer sans le secours de Denise Pahud...



Peut-être faut-il aussi réviser quelque peu l’éducation de ces chères têtes blondes afin qu’elles fasse bonne figure dans la famille… qu’elles ne nous foutent pas la honte intégrale devant Tati Mimi qui n’a pas encore rédigé son testament.



L’approche des fêtes provoque quelques dégâts collatéraux difficiles à éviter sans passer pour un grossier mufle.

On échappe assez facilement aux marmites de l’armée du Salut en évitant les portes principales des supermarchés, ou à la rigueur en passant une bordée à son mouflet au moment adéquat.

Sans progéniture à disposition, on peut aussi essayer le faux-pas qui nous fait bousculer la guitariste de service et se confondre en excuses au lieu de décramponner son crapaud pour alimenter la marmite.

On peut aussi tenter la séduction ("t'as d'belles châsses, tu sais" semble toujours avoir la cote...) et lui demander le Gorille, le Mécréant ou Putain de toi, mais là, les chances de réussites ne sont pas énormes (à moins de tomber sur le bal costumé des dirlettes de l'E.N.).

Par contre, c’est plus problématique avec les visites à domicile. C’est tout de même fou le nombre de gens qui veulent notre salut malgré nous!

Alors si par malheur vous attendiez l’épicier avec votre commande de Champomy et que vous tombez sur un VRP de la foi, pensez très fort à François… (pas le pape, ni le normal, oui un comique aussi, mais celui qui est sérieux dans son boulot)



Il y a toujours des esprits chagrins ... lucides qui, malgré les bons conseils de François Silvant, ne supportent pas les fêtes de famille. Il leur reste l’ultime solution d’aller se réfugier au bistrot :



En tenant compte du délai incompressible nécessaire pour dessaouler et rapatrier les neurones rescapés, à partir du 3 janvier vous passerez obligatoirement par la phase récupération. Là encore Blogborygmes veille sur vous et se met en quatre pour vous retaper.



Bonnes fêtes, santé et conservation.

Blutch

jeudi 27 novembre 2014

FrançoiseLa vie devant soi ?

"Il ne restait jamais sur la même île plus d'un mois ou deux... Toutes les fois qu'un imbécile lui demandait "Tu fais quoi dans la vie, le môme ?" il savait qu'il était temps de déguerpir, et sans traîner. C'est une drôle de question d’ailleurs, tu fais quoi dans la vie? Vous l'a-t-on déjà posée? C'est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas ; elle met la vie en minorité, si l'on peut dire, la relègue au deuxième rang, comme si ce n'était pas assez d'être vivant, comme s'il fallait encore payer un tribut". (Romain Gary, "le Grec")



Il y a des textes, comme ça, qui vous parlent. Qui me parlent en tout cas. Romain Gary aurait eu cent ans cette année, on n'en a pas assez parlé, célébration des deux guerres obligent. Pourtant, être né un 8 mai, comme l'armistice de 45, et en 1914 comme la "der des der", ça s'appelle un destin, non ? Qu'il s'appelle Romain Gary, Emile Ajar ou Shatan Bogat, c'est toujours une écriture magnifique et simple dont aucune phrase n'est superflue.

Il a raison, Gary. "Tu fais quoi dans la vie ?" ça vous réduit à votre métier, votre travail. Ça gomme de la vie ceux qui n'en ont pas. Je me souviens de la réponse d'un petit africain sur une affiche à qui un blanc demandait "Qu'est-ce que tu voudrais être quand tu seras grand ?" et qui répondait : "Être vivant !"

Il parlait de vie biologique, bien sûr, normal quand on vit sur un continent où un enfant sur trois meurt avant l'âge de cinq ans. Mais ici même, l'essentiel n'est-il pas d'être et de se sentir vivant ?


samedi 22 novembre 2014

AndiamoBri... Collage

Une paire de ciseaux, un peu de colle, une feuille de paier, et une imprimante...

Voilà c'est tout !!

lundi 17 novembre 2014

BlutchBlutch, s’il te plaît, dessine-moi une démocratie ! (phase quatre de la trilogie)

Pour les parties précédentes, c’est par , et là itou...


Les Suisses décident, ils votent, c’est bien joli tout ça, mais comment votent-ils (et non pour qui vos tétons) ?
Il faut savoir que le droit de vote est personnel et intransmissible. Le vote par procuration est expressément interdit.

- Ouais, mais si t’es pas là le jour du vote….

- Je n’en fous comme de l’an quarante, puisque j’ai 3 à 5 semaines pour voter.

- ...

Les citoyens reçoivent par la poste le matériel de vote.
Pour illustrer le propos, le 30 novembre il y aura trois initiatives constitutionnelles à voter.

A) L’interdiction des forfaits fiscaux pour les riches étrangers.

B) Halte à la surpopulation étrangère (je vous ai déjà dit que les Suisses sont aussi cons que tous les autres…).

C) Sauver l’or de la Suisse.


Le matos :


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1- L’enveloppe à double usage dans laquelle il y a :

2- La carte de vote à usage unique

3- L’enveloppe de vote

4- Le bulletin de vote (ou les listes électorales)

5- Une brochure (40 pages dans ce cas précis)

6- Une mise en garde des erreurs à ne pas commettre.


5- La brochure :

- Elle donne l’article de loi à voter.
- La situation légale actuelle et les changements que ça amènerait.
- Le point de vue des autorités.
- Les arguments des auteurs de l’initiative.
Après avoir ingurgité les divers argumentaires et au besoin vérifié sur Internet les consignes de vote des différents partis, on remplit….

4- Le bulletin de vote. NB : il faut être capable de faire des croix pour exercer ses droits civiques. Et on l’enfourne dans l’enveloppe de vote (3) qui sera collée.

2- La carte de vote à usage unique doit être remplie et signée.



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Elle sera remise dans l’enveloppe (1) avec l’adresse de la commune bien visible.
L’enveloppe de vote rejoindra la carte de vote pour lui faire des papouilles dans le dos.

L’enveloppe 1, dûment scellée et affranchie rejoindra son bureau de vote par la grâce des PTT.
Le jour du vote, l’enveloppe 1 est décachetée, la carte de vote contrôlée et si le votant n’a pas entre temps été privé de ses droits civiques, ni ravalé son extrait de naissance, l’enveloppe de vote (toujours scellée) finira son périple dans l’urne. Elle sera dépouillée en même temps que celles des autres votants qui eux se seront gelé les miches (un 30 novembre j’t’explique un peu…) pour aller arpenter en personne le bureau de vote.

L’initiative Constitutionnelle :
Avec le Référendum, les citoyens peuvent dire non à une loi. Avec l’Initiative, ils peuvent imposer une loi dont les autorités ne voudraient pas.

Un exemple :
La première initiative qui fut acceptée par le peuple en 1893.
Lancée par la SPA, elle visait à interdire l’abattage d’animaux sans les avoir étourdis au préalable.
Elle visait les rites d’abattage qui saignaient à blanc des animaux conscients. La SPA réclamait un étourdissement de la bête afin qu’elle en souffre moins.

Les partisans de la viande kascher avaient renaudé sec pour défendre leurs pratiques ancestrales. Toutes fois, pour que celles-ci restent légales, elles sont pratiquées sur des animaux inconscients. la Torah doit, depuis lors, accepter que l’animal ne se sente pas mourir.
Par la suite, les musulmans ont du aussi se plier à cette loi et elle ne fait, depuis lors, l’objet d’aucune contestation. Le peuple a majoritairement voté pour cette loi, la cause est entendue et tous marchandages de son application sont impossibles.
Vox populi, vox dei (comme un copain un peu snob à Caton l’ancien le disait en latin pour monter sa culture.)

La seule façon de supprimer cette obligation d’étourdissement serait de repasser par un vote populaire et avec le racisme ambiant, ça ne serait pas gagné d’avance….
Donc il n’y a ni Juifs, ni Musulmans dans les rues de Suisse pour réclamer la libre pratique de leurs rites barbares, parce qu'ils savent que ça ne servirait à RIEN.

Comment peut-on initiativer en Suisse ?

Si tu as une idée lumineuse pour une nouvelle loi, tu te fais un brouillon que tu soumets à la Chancellerie fédérale qui avalisera ou non la forme juridique de l’initiative. Il ne s’agit pas là de censure, mais de respect de la forme légale et de sa conformité avec la constitution.
Fort de l’aval des juristes, tu passes à la collecte des signatures. Il te faudra en récolter 100'000 en 18 mois pour qu’elle soit acceptée. Chaque signature sera vérifiée par le contrôle des habitants de chaque commune.
Après validation des signatures, le parlement va en débattre. Il pourra l’accepter, la refuser ou proposer un contre-projet.
Ensuite, c’est le peuple qui décide, à la double majorité, puisqu’il s’agit de modifier la constitution.
Il faut en effet une majorité de votants sur le décompte fédéral, mais il faut aussi une majorité de cantons acceptants dans chaque décompte cantonal. Pour cette deuxième majorité, un canton de 50'000 habitants pèse autant que Zurich avec 1,4 millions.
Dans l’esprit du législateur, il s’agit de garder une cohérence sur l’ensemble du territoire ; éviter les clivages ville-campagne.

Juste pour le plaisir du taux de fréquentation :

Une photo du Conseil National en session (Le Nouvelliste)


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Si plus de la moitié des Conseillers sont absents, aucun vote ne peut avoir lieu.

J'ai écrit ce triptyque à quatre faces (tu as déjà entendu parler d'un quadriptyque, toi?) pour tenter de monter qu'il est possible de faire mieux que ce que Charlot nous a légué comme régime politique et pour ce qui concerne les droits des citoyens. Ce qui ne veut absolument pas dire que les Suisses savent s'en servir à bon escient. La plus belle bagnole du monde ne te mènera nulle part si tu ne sais pas la conduire.

La 4ème République qui fut renversée par le coup d’État de Charlot était beaucoup plus démocratique que ce qui en a suivi. Son principal défaut tenait dans le fait que le gouvernement n'était pas élu pour toute la législature. Il pouvait donc être renversé à tous moments, rendant la France ingouvernable. C'est sur ce point que de Gaulle a agit pour la renverser. Mais globalement, la France y a beaucoup perdu. Mitterrand a voulu réintroduire la proportionnelle à l'assemblée nationale. En bonne logique, le Pen y fut élu et ce fut considéré comme une honte. D'où un rétropédalage dès la législature suivante...
Mais n'est-ce pas une honte de voir un parti rassemblant 30% des votes exprimés détenir une majorité absolue au parlement?

Blutch

mardi 11 novembre 2014

AndiamoCanaletto

Un dimanche matin pluvieux, frisquet, venteux, un jour d'automne normal à Paris, les feuilles des platanes qui ombragent les quais n'en finissent pas de tournoyer, saloperies gluantes qui collent aux semelles.

Ses pas l'entraînent rue de Rivoli, puis tout naturellement devant les guichets du Louvre. Un petit tour au musée, pourquoi pas ? Après tout, il n'y pleut pas, et puis aller admirer Francesco Guardi, ou Canaletto, c'est toujours un bonheur.

Il est moitié Rital, moitié Parigot, Rémy, est-ce pour cela que Venise le fascine tant ? Plusieurs fois déjà il y est allé, toujours cette bizarre impression d'y être "chez lui", à la fois tétanisé par tant de beauté et, paradoxalement, les venelles (calletti), les petits canaux (rii), ainsi que les petites places (campielli) lui semblent familiers.

Il se rend directement dans la salle où est exposé le tableau de Canaletto : "Le môle vu du bassin San Marco".

Il s'assied sur la banquette tendue de velours pourpre, une banquette sans dossier, et se plonge dans le décor du XVIIIème siècle, les yeux rivés sur la toile. Il entend toussoter, il n'y a pas prêté attention, mais à côté de lui une jeune femme très brune regarde également la peinture.

- Fascinant, n'est ce pas ? hasarde t-il en tournant la tête.

- C'est ce que je ressens également.

La voix est chaude et profonde à la fois, le visage fin, aux traits réguliers, et des yeux noirs comme le jais, contrastent avec sa peau étrangement pâle.

Ils restent là un moment sans parler, puis se lèvent ensemble.

- Je vais aller dire bonjour à Francesco Guardi, articule la jeune femme, sinon il va être jaloux, et sait-on jamais ? Un mauvais sort est si vite arrivé ! En disant cela elle sourit, dévoilant une dentition à rendre jaloux l'orthodontiste le plus confirmé !

- J'y allais aussi... Alors ça ! bredouille t-il.

Face à "Santa Maria de la Salute", ils restent muets un moment. Rémy s'aperçoit qu'une larme coule sur la joue de la jeune femme. Il fouille dans sa poche, sort un paquet de mouchoirs papier et lui en tend un.

- Merci...

Sa voix est devenue un murmure.

- Cette toile vous émeut visiblement.

- Des souvenirs...

Le son est imperceptible.

- Je vous offre un café ?

Rémy vient de prononcer cette invitation comme on lance une bouteille à la mer, il est fasciné, la grâce, la beauté de cette femme, son émoi devant la peinture l'ont perturbé, et puis elle est tellement étrange.

- Avec plaisir, sourit-elle, et toujours ce sourire désarmant.

Ils coupent la rue de Rivoli, rue de Valois, les colonnes de Buren sont là tout à côté, dit la jeune femme.

- Ah non merci ! C'est l'autre illuminé en col Mao, l'attardé soixante-huitard qui a fait coller ces horreurs, ah non merci !

- Vous ne les aimez pas ? Moi non plus !

Ils se regardent et éclatent de rire.

- Je me présente, dit Rémy en se pliant en deux et faisant mine de balayer le sol d'un chapeau imaginaire, singeant D'Artagnan : "Rémy de la Musardière, de l'étau du fond de l'atelier"

- Et moi c'est Simone de Beau Lavoir !

Devant son air étonné, elle se fend d'un sourire.

- Mais non, je m'appelle Capucine !

- Waouh joli et pas commun !

- Merci mon Prince.

Ils arrivent dans une brasserie, commandent deux cafés. C'est alors que Capucine sort de son sac un genre de rouleau , le pose au creux de sa main, le rouleau se détend, apparaît une sorte d'écran, d'étranges signes se dessinent, la jeune femme regarde, un sourire naît sur ses lèvres.

- C'est quoi ce truc ? demande Rémy.

- Un nouvel "IPHONE", il sera commercialisé d'ici six mois, j'ai été choisie avec quelques autres, afin de le tester au quotidien, c'est révolutionnaire, vous verrez plus tard.

- Et ces signes bizarres ?

- Signes bizarres ? Mes amis de Calcutta vont être ravis, quand je leur dirai que le sanskrit ce ne sont que des signes bizarres !

- Vous parlez et écrivez le sanskrit ?

- Non, en fait je fais ça pour épater mes copains.

- Excusez-moi, je suis idiot !

- Mais non !

En disant cela, elle pose sa main sur celle de Rémy, leurs têtes se rapprochent pour un long et doux baiser.

Ensuite c'est la promenade main dans la main, quai du Louvre, le Pont Neuf, la Fontaine Saint Michel...

- Vite, jetons une pièce, ça porte bonheur !

- Regarde Capucine, elle est à sec cette fontaine, et puis c'est pas la fontaine de Trévi !

- Dommage, j'aurais bien fait comme Anita Ekberg !

- Tu es bien plus belle qu'Anita Ekberg, lui dit-il en l'embrassant devant les deux dragons médusés.

Ils flânent un peu chez Gibert jeune, cherchant des souvenirs dans les vieux bouquins scolaires, puis chez Boulinier, des milliers de B.D !

- J'adore la B.D, déclare Rémy, et toi ?

- Ouais, comme ça...

La nuit tombe tôt en ce mois d'octobre, ils se regardent, s'embrassent encore. Ce qu'il y a de chouette à Paris, c'est que personne ne fait gaffe à toi ! De plus, tu as vraiment peu de chance de rencontrer une connaissance, l'anonymat complet, et ça c'est chouette !

- On va manger quelque part ? propose Rémy.

Un bistrot rue Saint-Benoît près de Saint-Germain-des-prés.

- Il ne paye pas de mine comme ça, mais la cuisine est excellente, j'y viens souvent, déclare Rémy, c'est un peu ma cantine en quelque sorte !

La nuit magnifique dans le studio de Rémy, rue Saint-Jacques.

Ils ne se quittent pratiquement plus, elle lui a dit faire des photos de mode pour différents magazines..

- Des photos de charme ? a demandé Rémy.

- Bien sûr, afin d'exciter des vieux cochons comme toi, ils ont ri et roulé sur le lit...

Tu aimerais aller à Venise ? A demandé Rémy un dimanche matin, après le petit déjeuner préparé par ses soins. Capucine a levé la tête de son Iphone bizarre, toujours couvert de signes cabalistiques.

- Tu dis vrai ?

- Oui, bien sûr namour...

Elle a passé ses bras autour de son cou, et puis...

Rémy est passé à sa banque, a soldé son compte épargne logement, quelques milliers d'euros, puis a retenu sur internet une jolie chambre avec vue sur le canal Grande, un superbe hôtel. Le voyage, l'hôtel, les repas, bien sûr ça coûte un œil, mais à quoi serviraient ses yeux s'il ne voyait plus sa Capucine ?

Ils ont embarqué à Roissy, le survol des Alpes autrichiennes en avril, la neige sur les sommets, puis la plongée sur Venise. Un taxi jusqu'à Tronchetto, un joli canot automobile "Riva" en acajou, l'arrivée devant l'hôtel "Rialto Venezia", entre deux colonnes peintes en torsades à la mode vénitienne, vue imprenable sur le ponte Rialto...

Une trattoria sympa dans une stradina, entre un Maschera negozio (magasin de masques), et une panetteria.

La longue promenade le long du canal grande, les somptueuses façades des palaci vénitiens, les fresques mondialement connues, une Marie Brizard rafraîchie à la glace pilée, sirotée à une terrasse. La soirée est extraordinairement douce pour un mois d'avril, quand le vent ne souffle pas du nord, ce vent qui se gèle sur les Dolomiti, avant de fondre sur Vénézia.

Le retour à l'hôtel, le "buona notte" du réceptionniste, et la folie de leurs corps enfin dénudés.

Capucine s'est approchée du balcon, elle est nue accoudée à la balustrade. Venise ne dort jamais. Il est certain que quelques passants éméchés vont se rincer l'œil songe Rémy, mais bah ! Après tout "ils" verront ce que je touche !

Capucine est splendide. Nue, elle n'est pas impudique, sa beauté lui sert de parure.

Sur les draps froissés Rémy avise le petit rouleau que Capucine consulte régulièrement, il le saisit, plus par curiosité que pour espionner son aimée.

Le rouleau se détend et l'écran apparaît, toujours ces mêmes signes bizarres, du sanskrit a-t-elle dit, pourtant il se souvient avoir vu des textes en sanskrit sur internet, alors qu'un jour la curiosité l'avait piqué. Et ces signes là ne ressemble aucunement à du sanskrit, machinalement il effleure l'écran du bout de l'index, il ressent un léger picotement.

- NOOON ! Capucine a hurlé ! Ne touche pas, NOOOon ! C'est le dernier mot que Capucine a crié, tandis qu'elle disparaît, se volatilisant en des milliers de bulles multicolores, laissant derrière elle le parfum un peu âcre de la capucine...


(ch'tiot crobard Andiamo)

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