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dimanche 26 juin 2005

Saoul-FifrePierre, feuille, ciseaux...

Hier, on s'est tapé un délire avec mon second fils (16 ans) : on jouait à "pierre, feuille, ciseaux". Le jeu de pauvre par excellence, le jeu qu'on peut jouer à poils sur une île déserte, le jeu qui ne rapporte pas un centime aux boîtes internationales de vidéo games, le jeu "plus politiquement correct, tu meurs", puisque peuvent y jouer les sourds, les muets, les aveugles (si si), les culs-de-jatte et les manchots (il suffit d'une main). Ostracisme, où es-tu ? Avec "pierre, feuille, ciseaux", personne n'est laissé sur le bas-côté de l'autoroute de la joie. Et que celui qui ne sait pas y jouer change de blog immédiatement : t'entends, Gates Junior-Junior ? Casse-toi d'ici ! J'aime bien aussi le côté "intuition prémonitoire" du jeu car même après 7 ans de hautes études en biologie micromoléculaire, il est très dur de s'empêcher d'essayer de "deviner" ce que l'autre va sortir...

Alors ya mon grand dadais qui sort une pierre (poing fermé) de derrière son dos. Moi aussi. En principe, ya "bataille", et on recommence. Ben, là, histoire de pimenter les règles et de renouveler un peu un truc ringard qui a dû être inventé par les chasseurs de mammouths des grottes des Eyzies pour se désennuyer un peu durant un hiver particulièrement longuet, que fais-je ? Je dis :

- << tracto-pelle ! Le tracto charge la pierre et j'ai gagné et on ne répond pas à son père ! >>

Mon fils, qui a oublié d'être lent de la comprenette, gamberge 3 secondes et dit, en faisant une conque avec sa main :

- << Bon, alors moi, je dis "ravin", le tracto tombe dans le ravin et j'ai gagné...! >>

Et le copain de mon fils, qui nous regardait, il met sa main bien à plat, paume vers le bas, et il dit :

- << Moi je dis "pont", le pont permet de traverser le ravin mais peut être démoli par le tracto, et j'ai gagné !!!

On s'est mis à rigoler comme des bossus (qui, eux aussi, ont le droit de jouer à ce jeu décidément très "open minded") et on a continué à jouer à "tracto, ravin, pont" pendant toute l'après-midi comme des débiles profonds, sans se soucier des risques épileptiques (voir notice ci-jointe).

Je vous quitte pour vite aller le déposer à la Propriété Industrielle. Va y avoir du procès dans l'air !!

mardi 21 juin 2005

Saoul-FifreLa Mort ? C'est la Vie...

S'il y a une chose qui m'a toujours paru zarbi chez un bon pourcentage de mes contemporains, c'est l'image négative qu'ils ont de la mort. La trouille bête et méchante à la simple idée de la mort, devant une représentation de la mort, l'angoisse durant une conversation sur la mort... Pourquoi ? La permanence de la mort, l'évidence, la certitude, l'égalité de tous devant elle, une des rares qui nous rende cette justice, d'ailleurs, c'est sécurisant, la mort, c'est du solide, du ciment précontraint, on peut compter sur elle à toute heure et en tous lieux, encore mieux qu'un épicier arabe...

Brel nous a légué plein de belles choses, et entres autres : "Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir ?..." Là oui, je le suis. Il y a des tas de craintes logiques, raisonnables, humaines, réfléchies et je me méfierais d'un gars qui ne les a pas fortement implantées : la peur de souffrir, de déchoir, la rébellion contre la maladie (inverse de l'hypocondrie), la prudence, l'instinct de survie... On prend conscience du risque, du danger et on fait ce qu'il faut, ce qu'on peut, contre, et s'il n'y a plus rien à faire, on a les chocottes, c'est normal.

La mort, c'est elle qui est normale. Elle fait partie du cycle : nous mourrons, aussi vrai que nous sommes né. Elle est même belle, nécessaire, indispensable. Si la mort n'était pas là pour réduire les effectifs et rajeunir les cadres, le monde serait un wagon de métro à une heure de pointe et ce, sur plusieurs épaisseurs : une gigantesque boîte de sardines. Nous n'en arriverions pas là, d'ailleurs, morts de faim, de soif, de manque d'oxygène, de promiscuité, tués par nos frères humains pour un peu d'espace. C'est d'ailleurs l'avenir que nous promettent quasiment tous les avenirologues. La bombe P (comme population) va nous exploser à la gueule. Et que font nos dirigeants pour désamorcer cet explosif ? Rien. Ils se congratulent mutuellement, ils se frappent sur l'épaule, s'embrassent, se serrent les mains, se félicitent des dernières statistiques : les avancées dans le progrès médical font rendre gorge à la mort et l'espérance de vie augmente ! Ouaih ! On vit plus vieux, certes, mais c'est justement notre problème, bien vu, l'aveugle. Et dans quel état ? Avec quelle qualité de vie ? Et dans un monde ou il y a encore des enfants qui meurent de faim, n'y a t'il pas d'autres combats plus urgents à mener ?

Surfant sur votre peur, tous les menteurs, griffe dans la griffe, essayent de vous refiler le même produit pourrave. Tous les dealers d'opium du peuple, pour vous injecter leur camelote frelatée, ont le même cadeau Bonux : ils vous parlent de la vie éternelle.. Super Concept. Ça fait des millénaires que ça marche. Vous êtes dans la merde aujourd'hui, mais filez moi la dîme, la quête, les offrandes, le denier du culte, faites bien tout ce que je vous dis et là-haut, vous verrez, ça sera vraiment le Paradis, comme on dit : pour vous messieurs, vierges perpétuelles (brevet déposé) pour vous mesdames, un choix de princes charmants au romantisme échevelé (BHL est très demandé)... Tous les prophètes l'ont dit :" Donnez-moi un levier et j'enculerai tout le monde". Ça marche car ils tablent sur la peur du "rien après la mort", du "c'est fini, F.I.N.I.". Quoi, mon bel égo, dégonflé, envolé ? Je n'y peux point croire... Comment la terre tournerait elle sans moi ? On a sûrement droit à un 2ième essai ?

Il n'y a pas de webcam au Paradis. On peut l'imaginer à sa guise, toutes les options sont cochables. Si l'enfer c'est les autres, le Paradis, ça doit être soi. Le vieux rêve magico-enfantin du Pouvoir Absolu.

Les politiques ne nous disent pas autre chose. Ils essayent juste de nous faire croire que le Paradis est sur terre et que ce sont eux qui nous le construisent avec leurs petits doigts. Regardez comme vous êtes heureux : vous vivez plus longtemps ! Et encore, vous n'êtes pas sérieux, si vous arrêtiez de fumer, de boire, de vous droguer, de rouler trop vite, Jeanne Calment serait une jeunette à côté de vous ! Chiche qu'on le fasse, juste pour voir ? Et chiche qu'on s'aperçoive que les chiffres de cancers, de sidas, de suicides, de vieux morts de soif, de maladies nosocomiales, virales, génétiques, mutantes, dégénérescentes, continuent de grimper QUAND MÊME car vous nous concoctez un monde de merde, pollué jusqu'à l'os, qui monte en chaleur et qui sent les métaux lourds irradiés et antibiotiqués ??? Car maladie est de la même famille que malheur.

Parmi les grands trouillards de la mort, on trouve de bien belles têtes pensantes, le roi étant bien évidemment notre cher Cavanna, qui a commis "Stop-crève", en 1976, un recueil involontairement hilarant qui demande des sous au gouvernement pour "la recherche sur l'immortalité". Un must qui pue la peur par tous les pores. Il est talonné de très près par le grand Frédéric Dard qui nous avouait :"Mourir m'angoisse pour ceux que je laisserai derrière moi". Il disait aussi, et c'était chouette de sa part, car un bon rire vaut un steak :"Je n'ai pas la foi..., mais je suis disposé à admettre l'existence d'un être supérieur, agissant sur notre vie...". Brassens, a contrario, regardait la mort dans les yeux, les lui faisant même baisser. "Les quat'z'arts", la chanson qu'il a écrite après la mort de son père, est un acte d'Amour fabuleux : on rend hommage à ses morts en restant aussi vivants qu'ils auraient aimé qu'on le soit. Ça n'empêche pas la mémoire.

Pouvoir parler ainsi de la mort est une chance et je dois en remercier une foule de gens. D'abord les peuples méditerranéens, qui ont une relation à la mort saine et naturelle, très "inchallah". Notre voisine, mamma juive de bédé, appelait ainsi mon copain pour le repas de midi : "Daviiiiiid ! Monte tout de suite ou je te glisse dans la tombe...". On employait des expressions comme "la mort de tes os", "con comme la mort", "le cimetière de Bône ? Envie de mourir, il te donne...". Enfant de chœur est une fonction bénévole. Mais, après les messes d'enterrement, sans doute pour atténuer le côté bien gonflant de la chose (supporter tous ces gens en pleurs, ne pas rigoler...) mon curé nous laissait nous partager la quête. Mes premières années sur cette terre sont des années de guerre. La mort était un sujet de conversation quotidien et elle a frappé des proches. Les coups de feu, les "stroungas" (explosions de bombes) formaient notre fond sonore.

J'ai fait ami-ami, j'ai tutoyé la mort à l'époque des culottes courtes. Quand on va se revoir, on se racontera nos souvenirs de la communale et j'espère, que par fidélité au bon vieux temps, elle me fera bénéficier d'un sursis... avec un motif définitif ! d;~)

dimanche 19 juin 2005

Tant-BourrinLa maison du futur

En 1955, Boris Vian chantait sa complainte du progrès. Cinquante ans plus tard, du haut des 85 balais qu'il entasserait dans son placard s'il était encore de ce monde, à quoi ressemblerait sa complainte s'il la réécrivait aujourd'hui ?

Car voyez-vous, le futur n'est plus ce qu'il était : il est encore plus futuriste que par le passé, si l'on en croit les plus grands prévisionnistes qui se penchent sur ce qui devrait constituer notre ordinaire dans 10, 20, 30 ans et même au-delà.

Une chose est sûre : la maison du futur sera intelligente, l'informatique et l'électronique seront omniprésentes pour mieux devancer et exaucer le moindre de nos désir, toutes les corvées ménagères seront reléguées aux chiottes de l'histoire, bref le panard absolu !

En particulier (exemple souvent resservi, mais il faut dire que des modèles existent déjà), le réfrigérateur sera intelligent : il scrutera en temps réel son propre contenu et, si d'aventure il devait constater que le pot de rillettes est quasi fini, il se connectera sur internet pour passer commande et sauver ainsi votre petit déj' du lendemain, sans la moindre intervention de votre part (non, non, ne le remerciez pas, votre frigo est modeste, ça va le gêner).

Bref, Gudule, viens m'embrasser et je te donnerai un réfrigérateur qui achète du beurre...

Mais, étrangement, même si les technologies des maisons intelligentes frappent déjà à nos portes (alors qu'il serait si simple d'appuyer sur la sonnette), j'éprouve quelques difficultés à croire totalement en cet avenir 100% pur sucre, à cette corne d'abondance qui va se déverser sur nos têtes, bref, à ce futur qui ressemble bougrement à l'an 2000 tel que l'on se l'imaginait dans les années 50.

Tout d'abord, nos amis futurologues ont toujours tendance à se laisser porter par un certain lyrisme technologique en oubliant certaines petites contingences matérielles : tous ces beaux appareils de plus en plus intelligents, il leur faut de l'énergie pour faire marcher leurs petits neurones électroniques. Et l'énergie, en 2030, elle devrait se marchander pour un sacré montant de cacahouètes, du genre à faire crever un éléphant d'indigestion. Car à un tel horizon, le peak oil, c'est à dire le pic de production historique au-delà duquel la production mondiale de pétrole ne pourra que décroître, aura plus que certainement été déjà atteint (même les majors pétrolières l'admettent, c'est dire). Bref, plus assez de pétrole pour répondre à la demande, des prix qui flambent, des guerres d'Irak et d'ailleurs à la pelle s'assurer les résidus de ressources pétrolières, bref la routine... Autant dire qu'à moins de pédaler comme un cycliste survitaminé du tour de France pour produire vous-même votre électricité, le kWh risque de coûter un chouia trop cher pour laisser votre réfrigérateur faire mumuse sur internet.

Je passe rapidement sur les considérations sociétales, histoire de ne pas passer pour un pisse-vinaigre. Je soulignerai juste que la maison du futur a toutes les chances de ne pas être la maison de monsieur Tout-le-monde : en 2030, nombreux seront certainement ceux dont le réfrigérateur devra encore passer ses commandes par lettre manuscrite ; les auto-stoppeurs risquent d'être nombreux sur le bord des autoroutes de l'information. En outre, cette maison du futur, c'est "1984" assuré : tous nos faits et gestes pourront être tracés, le moindre de nos pipis aux cagoinces sera consigné quelque part sur un fichier quelconque. Détails que tout cela...

Mais ce qui me laisse le plus songeur, c'est d'imaginer qu'on laisse un jour son frigo passer des commandes à sa place, sa tondeuse décider de couper la pelouse sans qu'on ne lui ait rien demandé, ou ses volets se fermer de leur propre arbitre parce qu'il y a un peu trop de soleil. Certes, la fainéantise est la pente la plus facile à suivre, mais de là à renoncer à tout contrôle sur l'ordonnancement de la maison... J'ai comme l'impression que l'on se prépare des lendemains qui déchantent.

Imaginons un peu...



19 juin 2030

Gudule et moi sommes très satisfaits de notre nouvelle demeure. Tout y a été pensé pour nous rendre la vie plus agréable. Notre ancien logement était certes fort plaisant, mais certains détails laissaient à désirer : il faut dire que l'immeuble était très ancien, puisqu'il datait de 2005, et que le câblage domotique n'avait pu être fait qu'a posteriori. Ici, tout a été pensé dès la conception du pavillon. L'arrosage automatique du jardin vient de démarrer, sur ordre des capteurs d'humidité enterrés sous la pelouse et après consultation des prévisions météorologiques en ligne. Notre réfrigérateur, du dernier cri, s'est connecté sur internet dès sa mise en service pour commander tout ce qu'il nous faut, non sans avoir affiché au préalable un message de bienvenue sur son écran et nous avoir diffusé un de nos films préférés. Gudule a préparé un rôti de boeuf ce soir : elle l'a mis dans le four et celui-ci a déterminé lui-même la température et le temps optimaux de cuisson. Nous nous sommes régalés. Nous sommes heureux.


22 juin 2030

Tout va toujours pour le mieux. A part un petit détail. Ce matin, au lieu de mon pot de rillettes habituel, j'ai trouvé un radis noir dans le réfrigérateur. J'ai tapé "rillettes ?" sur l'écran de contrôle, le frigo m'a répondu : "la balance de la salle de bain m'a transmis votre masse corporelle ainsi que votre ratio masse musculaire/masse graisseuse. Votre embonpoint devient préoccupant. J'ai donc remplacé les rillettes par un radis noir dans la liste des commandes types". Zut, on dirait qu'il y a un léger bug. Il faudra que je demande à l'ordinateur central de la maison de contacter un réparateur.


26 juin 2030

Bon, faut se faire à cette idée : il y a vraiment un problème avec l'installation. Plus de soda, plus de chocolat, plus de pizza, ça commence à bien faire, ce réfrigérateur a une dent contre moi. Et puis l'arrosage automatique qui se déclenche au moment précis où je sors dans le jardin, je trouve ça moyen. Sans parler du diffuseur d'ambiance sonore qui me joue "constipation blues" juste quand je m'assoie sur la lunette des WC. J'apprécie l'humour, mais là, ça devient lourd. Ce qui m'étonne, c'est que Gudule est toujours ravie. De plus en plus ravie même. A croire qu'elle ne voit pas tous ces défauts de fonctionnement.


28 juin 2030

Rien ne va plus, je suis cassé de partout. Il faut dire que se prendre des portes coulissantes à travers la figure à longueur de journée finit par avoir raison de la plus solide des constitutions. Cette maison semble s'être liguée contre moi. Le lave-linge décolore mes vêtements. Le four calcine mes plats (ou me les sert quasiment crus). Les écrans vidéos me diffusent "des chiffres et des lettres" en boucle. Les volets se ferment à midi et s'ouvrent au lever du soleil. Hier, l'aspirateur m'a refoulé le contenu de son sac à poussière dans les naseaux. Bref, je n'en peux plus. Gudule me dit n'avoir rien remarqué, j'ai du mal à comprendre comment. Toujours impossible de joindre le réparateur, L'ordinateur central m'affirme que son numéro ne répond pas.


1er juillet 2030

Je suis anéanti. J'ai tout compris : Gudule me trompe. Je l'ai surprise hier dans le salon avec le réfrigérateur. Ce salaud lui offrait du champagne en accompagnement de quelques toasts largement tartinés de caviar, le tout commandé sur internet à mes frais. Pendant ce temps, le diffuseur d'ambiance jouait un concerto de Rachmaninov accompagné de quelques effluves champêtres, tout en tamisant de plus en plus la lumière. Vert de rage, j'ai surgi en hurlant "salo...". Mais je n'ai jamais fini mon juron : la porte coulissante du salon s'est refermée juste devant moi, il y a eu un grand choc, et après je ne me souviens plus de rien.


4 juillet 2030

Les flics ont débarqué chez moi avant-hier. C'est cette ordure d'ordinateur central qui les a appelés. Il leur a balancé le listing de la moindre de mes vilenies : fichiers illégaux chargés sur internet (liste exhaustive fournie par ses soins), excès de vitesse (caftés par l'ordinateur embarqué de ma voiture), usage de cannabis (détecté par analyse d'air ambiant - saleté de diffuseur d'ambiance !), fraude fiscale (relevés de comptes et autres pièces accablantes fournies également par l'ordinateur central), etc. La panade. Me voilà enfermé depuis deux jours. Ce qui me fait surtout chier profondément, c'est de savoir que cette marie-couche-toi-là de Gudule mène à mes frais la grand vie avec cette raclure de frigo qui a accès à tous mes comptes bancaires. Trompé par un réfrigérateur, ça me fait mal aux seins ! J'espère au moins que cette salope de Gudule y gagnera un rhume, tiens !

jeudi 16 juin 2005

Saoul-FifreL'olivier, arbre de paix

Quand l'Ethernet, ton Dieu, ton Pisseur tout Saignant, ton Yahvé Quà, s'aperçut que l'Homme n'était pas bon (il avait goûté à sa côtelette), il envoya sur terre un réchauffement de la planète pas piqué des vers. Ce fut un peu comme le naufrage du Titanic, mais filmé à l'envers : les icebergs commencèrent à fondre (et aussi les 2 calottes glaciaires), le niveau des mers à monter et pour s'en sortir, il fallait vraiment prendre le bateau. Mais à l'époque, point de bateaux et seul Noé Lardo Di caprio fut prévenu par Yahvé Kapa et eut le temps d'en construire un pour lui, pour sa copine (une fille de bourges) et pour tous les animaux de la ferme car il était éleveur. L'eau recouvrit tout. Les passagers du vaisseau Terre, en train de se noyer, regrettaient amèrement d'avoir laissé leurs ruminants péter leur méthane, et frappaient aux hublots de l'Arche pour qu'on les prenne en stop, mais ça n'aurait pas été prudent car la ligne de flottaison était déjà bien sous l'eau. Quand tous les méchants eurent été tués, Yahvé Komuntruc envoya le Mistral pour sécher la Terre. Tous les jours, Noé lâchait un pigeon voyageur pour essayer de retrouver ses collègues éleveurs et tenter de remonter une amicale colombophile digne de ce nom. Un beau jour, la quille de l'Arche racla le fond et un pigeon revint avec un rameau d'olivier dans son bec. Noé et Noette étaient seuls : enfin LA PAIX !

De le boue et encore de la boue : tout portait à croire qu'ils avaient atterri dans le Loire-et-Cher. Yahvé Trodo sépara la boue du dessus de la boue d'en dessous mais ça ne régla en rien le problème. Par contre la bouture d'olivier prit racine impeccablement : Noé n'avait pas que la tige, de verte... Il fit plein d'enfants à sa Noette, mais au décès du dernier vivant, les héritiers se foutirent sur la gueule pour le partage de l'entreprise familiale florissante de bains de boue thérapeutiques "Les atours de Bab-el-oued". Yahvé Léboul leur passa un savon, leur fit perdre la mémoire et inventa un nouveau concept : le brouillage de communication. Ils utilisaient les mêmes mots mais chacun leur donnait un sens différent. Yahvé Vrémenléboul excommunia et exila tout autour de la Terre les fils et les filles de Noé et Noette. Toutes les guerres vinrent de cette absence d'échanges : personne ne cherche à savoir quel sens l'autre met derrière ses mots et préfère rester persuadé que sa traduction est la meilleure et la plus fine. Mais Yahvé Oubliédètcon, avant de les bannir, leur a glissé dans la poche un symbole d'Espoir : une bouture d'olivier, bien racinée.

Car la branche de l'olivier est souple, forte et diplomate, pour plier sans casser sous le souffle du maître des vents.
Son bois est dense, ses veines aux riches dessins nous racontent des légendes.
Il est sobre, patient, prudent. Sa matte racinaire, gorgée d'humide et de réserves comme les bosses du chameau, lui permet de prendre avec philosophie les violences climatiques.
Ses feuilles et ses fruits sont d'une amertume extrême, tout comme la Vérité dont nous parle Francisco de Quevedo dans son poème "Es amarga la verdad".
Mais si on y porte la pierre en confiance, l'huile qui en coule a la douceur de la récompense due au courage.
Elle a le fruité naturel de qui ose se regarder sans masque.
Elle a le calme de l'arbre millénaire qui a su puiser dans ses racines assez de vivant pour se remettre en question à chaque gel intérieur.
Elle délie la chaleur dans les silences assourdissants.

Elle entonne le Chant de Paix de l'Olivier...

lundi 13 juin 2005

Tant-BourrinDeux blogueurs sur la toile

Grâce aux talents graphiques de Zoé, dont l'oeuvre orne l'en-tête de ce site, vous avez tous une bonne idée de ce à quoi les auteurs de ce blog ressemblent. Mais peut-être ignorez-vous, amis lecteurs, que Saoul-Fifre et moi-même avons cotoyé les plus grands artistes que notre terre a portés et que ceux-ci nous ont également tiré le portrait.

Laissez-moi vous en apporter la preuve au travers de deux toiles, pièces essentielles du patrimoine mondial de l'humanité...


Portrait de Saoul-Fifre, par Edouard Manet


Ce portrait a été peint par Manet en 1866, alors que l'ami Saoul-Fifre n'était encore qu'un frêle bambin. Saoul-Fifre, âgé de sept ans, avait été abordé dans la rue par Manet, fasciné par son extraordinaire costume d'apparât.

Notez que l'apparât en question, bien qu'extraordinaire aux yeux de Manet, n'a rien de bien surprenant pour qui connaît Saoul-Fifre : 139 ans plus tard, il arbore toujours fièrement son bel uniforme - bien que légèrement défraîchi - chaque jour que dieu fait (mis à part son petit calot : il a depuis appris à se décalotter).

Manet, dans ses mémoires, a décrit avec force l'émotion qu'il a ressenti en réalisant cette toile. Jamais il n'avait réussi à capturer avec autant de force, autant de justesse, autant d'évidence, la fragile flamme de l'innocence qui brûlait dans le regard de Saoul-Fifre. Jamais artiste ne toucha d'aussi près l'essence même de l'enfance, cette quête de vie et d'amour, cette lumineuse candeur qui brille dans le regard perdu du jeune Saoul-Fifre.

Manet regrette toutefois avec une émotion tout aussi intense de n'avoir pas su trouver autant de force, autant de justesse, autant d'évidence, pour capturer également l'indicible désarroi qui traversa le regard de Saoul-Fifre quand il se mit à dégueuler tripes et boyaux à son troisième litron, mais il faut dire qu'à sa décharge, Manet était alors surtout occupé à essayer vainement de protéger plusieurs de ses toiles des projections gastriques du jeune bambin.

Commentaire de Saoul-Fifre : boaf, c'est pas que je tenais pas déjà l'alcool à l'époque, mais son picrate, c'était de la bibine... Et en plus, il n'avait pas arrêté de tripoter mon instrument, ce vieux cochon !


Portrait de Tant-Bourrin, par Pablo Picasso


Il m'est arrivé, le croirez-vous, de poser pour Picasso en 1937. Pablo Picasso, solide noceur, ne savait alors passer le plus clair de ses nuits qu'à courir la gueuse ou à peindre. Ce soir-là, je le croisais par hasard dans une sombre ruelle d'un quartier mal famé où je passais moi aussi par hasard, m'y étant malencontreusement égaré en faisant du tourisme culturel.

Picasso, qui venait de se faire rembarrer car il n'avait pas un sou vaillant en poche, n'avait qu'une idée en tête : peindre une toile qu'il chercherait à vendre au plus vite pour remplir sa bourse (le premier qui rajoute "et accessoirement se les vider" est prié d'aller se faire voir ailleurs). Etant le premier imbécile venu qu'il croisait, il me proposa de poser pour lui, je que je fis illico pour assouvir mes penchants exhibitionnistes prononcés.

Toute la maestria de Picasso est présente dans la toile qu'il peignit ce soir-là : l'étalon écartelé, langue tendue vers la dive mais inaccessible bouteille symbolise avec une puissance impressionnante la frustration sexuelle d'une soirée où il n'avait guère niqué.

Commentaire de Tant-Bourrin : quand j'y repense, je suis vert. Poser quatre heures à poil dans un atelier glacial pour finir représenté en bourrin bourré, ça fait ièch ! Y'a vraiment des coups de sabot au cul qui se perdent !

samedi 11 juin 2005

Saoul-FifreJulie, la grosse cochonne

Ça fait bien 6 ans qu'elle crapahute en liberté partout dans la ferme, qu'elle renverse les seaux d'eau, qu'elle éventre les bottes de foin, qu'elle démolit des trucs à grands coups de tête, qu'elle creuse des trous là où on aimerait que ça soit bien plat, mais bon, pas touche : c'est Julie, c'est la mascotte, c'est la petite chérie et si on faisait un référendum familial "papa ou Julie", je ne suis pas certain que...

Elle est tabou.

Au départ, un ami me les avait donnés, elle et son frère, pour les faire se reproduire entre eux. Je sais, c'est de l'inceste, mais dans ses mémoires, Brigitte Bardot dit que c'est naturel, alors j'ai ma caution morale. On aurait engraissé les petits, bien sûr, et on aurait fait comme quand j'étais petit moi-même, dans la ferme périgourdine de mon père : on aurait "TUÉ LE COCHON". On aurait fait une grande fête avec les voisins, on aurait suspendu le bestiau par une patte, égorgé avec un grand couteau, assommé à coups de masse (ou l'inverse, je me rappelle plus) on aurait soigneusement recueilli le sang vite vite mélangé avec du vinaigre pour pas qu'il caille, on aurait dépecé, découpé, haché, mélangé, lavé des boyaux, rempli des bocaux, glissé de la barbaque dans des orifices, tripoté des saucisses, tout ça dans une atmosphère de hammam, dans une vapeur épaisse, car tout doit être très propre, bouilli, stérilisé, et de gaieté, d'excitation indescriptible. Le clou de la journée étant "la soupe au boudin" du soir, dont je garde encore le fumet incomparable dans les narines et n'y voyez aucune allusion graveleuse aux formes plantureuses de la cuisinière. Cette soupe, seul l'ami Jean-Luc serait capable de nous en refaire une, approchante, pour peu qu'il force un peu sur le poivre et qu'on lui fournisse l'ingrédient indispensable : du boudin frais du jour, encore palpitant. Je crois que je vais arrêter de rentrer dans les détails car j'en connais qui vont gerber. Matthieu dit plein de contre-vérités avec un air dégoûté sur l'abattage rituel musulman, mais il oublie l'abattage catholique ! J'ai beau fouiller dans ma mémoire, à gratter la couenne au goret, il n'y avait que de bons et vrais chrétiens français à casquette, baguette sous le bras, fourche à fumier dans l'autre, et calendos derrière l'oreille. Pas un beur et pas un feuj !

En fait, en grandissant, le frère a sailli sa soeur (jusque là : normal) mais quand la Julie a commencé à lui dire "non, je suis pleine, j'ai peur que tu fasses du mal aux petits", la queue du mâle n'a fait qu'un tour (alors qu'en principe, elle en fait trois) et il s'est mis à donner des coups de tête partout, et surtout sur Julie, qui a avorté. Bon, c'est encore des espèces où il faut des écoles de filles et des écoles de garçons, bien séparées... Mais, ça m'avait pas trop plu, le coup qu'il avait tapé Julie et qu'il avait même cassé sa cabane, alors on a invité plein de pôtes et je suis allé chercher mon meilleur ami qui a un fusil et qui sait s'en servir (moi, j'ai qu'un Laguiole et je me coupe tout le temps) et on l'a tué, vidé et on l'a mangé en méchoui. Ça lui aura appris. Et on a joué à la pétanque pour digérer.

Après, on a pris en pension un cochon vietnamien, c'est tout ce qu'on a trouvé. On se disait : "il va lui faire son affaire, à la Julie, et après, on le rend à son proprio et on évite les problèmes relationnels mâles/femelles". Quand elle nous a vu arriver avec notre nain, là, la tronche qu'elle nous a tiré ! C'est qu'elle en voulait pas ! Mais lui, on voyait bien qu'il demandait pas mieux que de lui mettre le couteau à beurre dans la motte, à la Julie... Mais comme il était riquiqui, il fallait obligatoirement qu'elle y mette du sien. Bon, il a fini par lui déclencher les chaleurs. C'est qu'elle avait jamais été courtisée avec autant d'assiduité, dame ! Alors, y'avait 2 techniques : ou elle s'aplatissait par terre, les pattes complètement écartelées et il arrivait à lui grimper dessus, ou bien il montait sur un muret pour être à la hauteur et elle se laissait secouer sagement, sans trop avancer ni trop reculer. Ils alternaient. Ils se sont donnés du bon temps plein de fois, elle était toute guillerette quand elle le voyait arriver, mais ça n'a jamais rien donné : je crois que les coups fraternels l'ont rendue stérile.

Moi, nourrir une reproductrice qui ne reproduit pas, ça va un moment. Je commençais à lui lancer des regards concupiscents, à estimer son poids : je supputais le prochain méchoui. Mais mon beau-père en tomba amoureux : la veuve, même sans orphelin, quoi de plus émouvant ? Il lui préparait des soupes complexes et appétissantes, l'arrosait au tuyau quand il faisait trop chaud, lui parlait, restait des heures à la contempler... Je me suis toujours demandé ce qu'il lui trouvait, s'il se l'imaginait avec des bas résilles et des portes-jarretelles dans un film cochon ? Et ses deux rangées de nichons, hein ? Qui peut le plus, peut le moins... En tout cas, le jour de sa mort, il s'est occupé de Julie dix minutes avant d'entamer la sieste dont il ne se réveilla pas.

Quelques jours plus tard, ma belle-mère m'appelle : "Hé bien, maintenant que Emile n'est plus là, vous allez pouvoir tuer la Julie, depuis le temps que vous en rêvez ?". Je la regarde étonné, et secrètement ravi de ce nouveau partenariat, mais c'était compter sans Margotte, dont les oreilles traînaient dans le coin. "Qu'est ce que vous complotez ? Il n'est pas question de toucher à un poil de Julie ! Tu m'entends, toi ? C'est Julie ou moi !"

Alors, voilà : Julie rentre partout, elle m'éventre les sacs de grains, elle fait exploser les baignoires de mes canards en se vautrant dedans, elle mange les fleurs, elle est devenue énorme et, à chaque fois qu'elle me croise, elle grogne. Et je lui répond sur le même ton.

Si elle est tabou, moi aussi, je suis z'à bout !!

mercredi 8 juin 2005

Tant-BourrinUne enquête du commissaire Miszer

Il y a des jours où l'on ferait mieux de se torcher la gueule au méthanol et de rester au pieu avec une gueule ligneuse. Le commissaire Miszer se disait que s'il avait opté pour cette solution, il n'aurait pas eu à subir le spectacle de ce pauvre gusse baignant dans un étang de sang, la poitrine perforée, déchirée, labourée avec une rage apparente qui laissa Miszer pantelant.

"Merde, quel espèce de fou furieux a pu s'acharner ainsi sur ce type ?" Question purement formelle : évidemment, aucun de ses assistants n'avait la réponse.

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