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jeudi 7 avril 2016

Oncle DanBonjour l'ambiance (5)

Dans mon dernier billet, je décrivais le Jésuite obéissant et autoritaire, indifférent et dissimulateur, volontaire et exigeant, sans scrupules et rusé. C'était du moins ainsi que nous le percevions.

Nous étions suivis et tenus. A défaut, nous étions retenus. Il y avait de quoi se trouver mal à l'aise devant ce "Père profès", nu sous sa soutane noire (On a jamais vraiment vérifié), et dont les ancêtres avaient converti les indiens, des rives de l'Ashuapmushuan, dans le nord canadien, là où l'on guette l'orignal, jusqu'au fond de la forêt tropicale paraguayenne. On pouvait se dire qu'ils en avaient vu d'autres, et de plus féroces.

Que pouvions-nous faire, nous autres, pauvres innocents ? Face à tant de scolasticat, nous étions plutôt chocolat. La faiblesse de notre esprit et l'incertitude de notre règle morale ne pouvaient qu'inspirer la sévérité à ces âmes rugueuses, déterminées, et persuadées que nous étions constamment la proie du Diable. Elles nous jugeaient, par conséquent, capables de graves méfaits et d'inexpiables péchés.

Certes, nous étions traités avec énormément de sérieux, mais aurions préféré un peu plus de décontraction, tant la discipline qu'il nous fallait subir pour en payer le prix était rigoureuse.

Cependant, nous ne vivions pas dans la crainte de châtiments corporels. Le jésuite ne fait pas dans l'éducation anglaise, et la fessée n'a pas cours chez lui. D'ailleurs, voir un cul est déjà un péché. Non, le danger, pour nous, était beaucoup plus sournois. En parfait missionnaire qu'il est, le Père jésuite évolue dans sa "tribu" de collégiens comme jadis ses aînés parmi les Hurons ou les Mocobies. Il sait depuis des siècles, et presque spontanément, se faire barbare avec les barbares. Son autorité a toujours dérivé de la confiance qu'il secrète de la façon la plus naturelle, comme une araignée, sa toile.

Bien qu'il se méfie de vous comme du Diable dont vous êtes le jouet, il paraît vous accorder sa confiance d'emblée. En tous les cas, vous le dit. A l'occasion, vous le montre ostensiblement. Quelle fierté d'avoir été choisi par le Père pour aller chercher une craie dans la classe d'à côté. Ne voilà t'il pas une marque de confiance qui vous distingue et vous honore ?

La confiance plaît toujours à celui qui la reçoit. Celui qui la donne n'est toutefois pas toujours désintéressé. Le jésuite, lui, n'est pas désintéressé du tout. Il attend d'être payé en retour par quelque secret ou confidence sur vos habitudes ou vos commerces. En fait, il attend que l'on ne lui cache rien de ce qui ne regarde que nous.

Possédant un don de pénétration psychologique qui lui permet de discerner les moyens d'agir sur vous, il déploie des prodiges de savoir-flair pour vous sonder. Il existe mille orifices invisibles à travers lesquels un œil jésuite peut voir d'un seul coup ce qui se passe dans une âme. Il s'y installe. Occupe vos déserts intérieurs et se prélasse aux points de moindre résistance.

Lutter contre cette subtile tyrannie que vous distille journellement et à doses homéopathiques ce soupçonneux demande une attention de chaque instant. Se préserver de son habile inquisition requiert beaucoup de prudence. Il faut ménager ses paroles et ses tons, ne jamais laisser rien voir, ni dans ses propos, ni dans son attitude, qui pourrait révéler son sentiment profond. Il faut s'exercer à l'art de la dissimulation, à l'art d'être jésuite soi-même !

L'art de paraître naturel est la chose la plus difficile au monde. Freud affirmait : "Nul mortel ne peut garder un secret. Si les lèvres sont silencieuses, il bavarde du bout des doigts."

Un sourcil qui se fronce, un regard qui s'inquiète, une bouche qui se contracte sont autant de micro-expressions plus porteuses de significations et d'émotions fugitives qu'un discours. Le corps est plus difficile à censurer que la parole. Quand la bouche dit "oui", le regard dit "peut-être" et cette information non-verbale, consciente ou inconsciente, intentionnelle ou non, ne peut être annulée par les mots. Outre le grec et le latin, le Jésuite sait lire le langage du corps et sait aussi qu'il faut beaucoup de talent pour faire un geste que l'on ne sent pas.

Avec de l'entraînement, il est possible d'obtenir quelques résultats encourageants : le visage se compose, les gestes se calculent et le regard même, chez les plus doués, peut duper !

Nous usions de deux techniques de base. La première est celle de la soumission, relativement aisée à mettre en œuvre et fréquemment utilisée car l'autorité du Jésuite lui fait dire souvent "Baisse les yeux quand je te parle !". La seconde, déjà plus élaborée, dite de "non-implication", consiste à avoir le regard terne, vide (ou dans le vide) pour traduire à l'évidence que les reproches qui sont énoncés ne sauraient vous être adressés et concernent certainement vos petits camarades. Comme nous étions pressés par les événements et que les nécessités quotidiennes nous mettaient de façon quasi-permanente dans l'obligation de tester notre capacité de résistance, la prudence nous faisait opter pour le silence. La nature m'avait gratifié de prédispositions pour cela.

Tandis que le tableau d'honneur indemnise le bon élève de l'acharnement dont il fait l'objet, le cancre indélébile s'installe dans une relative tranquillité que ne viennent troubler que quelques incidents sans surprise qu'il pourrait qualifier de risques calculés. Les véritables souffrances sont pour l'entre-deux. J'en faisais naturellement partie ainsi que la majorité de mes compagnons de combat. Nous vivions dans un état d'alerte permanente dont nous n'attendions aucune compensation, au rythme du bulletin de notes, suspendu au dessus de notre unique sortie mensuelle comme une épée de Damoclès.

Bien que l'éventail des notes allait de 0 à 20, seul barème agréé par le Ministère de l'éducation National, nos leçons et devoirs étaient notés exclusivement de 0 à 17 en vertu d'un raisonnement irréfutable qui résistait à toutes les analyses critiques de nos esprits influençables, et que je vous livre ici dans son évangélique simplicité:

1 - La note 20 traduit la perfection.

2 - La perfection n'est pas de ce monde, mais divine.

3 - En conséquence, la note 20 ne peut être que la note du Bon Dieu et ce serait un gigantesque péché d'orgueil que de prétendre la mériter.

Cette logique devait nous faire renoncer également au 19, réservé aux Saints du Paradis. Le 18 nous ramenait sur terre, mais il nous fallait abandonner cette note aux professeurs dont nous n'étions et ne resterions jamais que les modestes élèves.

Dès lors, une copie sans faute, bien écrite, et parfaitement présentée, ne pouvait être couronnée que par un 17. Cela était admis, et nous n'étions pas autrement surpris que les zéros qui nous étaient si largement distribués ne fussent pas, dans le même ordre d'idées, réservés à Satan et ses suppôts, n'étant pas certains de ne pas en faire partie.

(à suivre)

dimanche 3 avril 2016

AndiamoAprès l'horreur... La douceur.

Nous avons eu notre lot de stupeur, de peine, de larmes, alors un peu de douceur, d'amour, et de caresses...

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Je pars quelques jours voir la mer, ma chère côte d'Albâtre. Je n'ai pas le temps d'écrire un billet, excusez moi.

En contemplant cette mer si belle, j'aurai une pensée pour vous... CIAOOOO !

(ch'tiots crobards Andiamo)

mardi 29 mars 2016

AndiamoMots et expressions surannés.

Un jour Françoise nous avait proposé de sortir du cachot les mots, et expressions surannés..

Belle suggestion, alors je suis allé piocher dans les tréfonds de ma pauvre caboche chenue, et j'en ai extirpé qualques uns, et quelques unes. Beaucoup me viennent de ma grand'mère, celle qui était bistrote, d'autres de ma mère, toutes deux Parigotes pur jus.

Caboche (tête),

Des nus pieds (sandalettes),

Déjouquer (sortir du lit),

La griffe ou grive (service militaire) griftons (soldats)

Le sapin (faire son sapin, service militaire dans le sud-ouest

Déhotter (se défaire d'un fardeau)

Aller aux asperges (aller au turbin pour une pute)

L'équipe à cracher le sang (une bande de garnements, faisant les 400 coups),

Prendre le train 11 (aller à pied, le 11 représentant les deux jambes)

Être coiffé à l'embusqué (durant la guerre de 14-18, ceux qui n'allaient pas au front, les planqués à l'arrière, fils de.. N'étaient pas "poilus" et arboraient une coupe de cheveux normale)

Bouffer le vert et le sec (tout manger ne rien laisser)

Mange ton poing, et garde l'autre pour demain (quand on réclamait à manger en dehors des heures de repas)

Tu pisseras moins ce soir (quand on pleurait, voilà ce qu'on nous disait) J'ajoute : "un garçon ça ne pleure pas" j'ai bien retenu la leçon !!

Pas tortiller du cul pour chier droit (remplace : il faut aller droit au but !)

On l'a pas à la bouche, qu'il l'a déjà au cul (pour ceux qui mangent vite)

C'est de la graine de bois de lit (un nouveau-né)

Avoir les yeux en capote de fiacre, ou bordés de reconnaissance (se dit après une nuit d'amour quand on se réveille heureux... Et un peu fatigués)

Il me tient le crachoir (s'adresse à une personne qui ne vous lâche pas)

La fièvre de Bercy (la cirrhose hépatique, car autrefois, tous les vins et alcools arrivant à Paris, transitaient par le quai de Bercy, où était situé la Halle aux vins)

Renauder des fumerons ou des ribouis (sentir des pieds)

Des queues Marie (quand on ne veut pas céder)

Cheval donné on ne regarde pas la bride (quand on vous fait un cadeau, on ne le critique pas)

Mademoiselle Lebel (toujours en 14-18, Lebel était la marque des fusils attribués aux poilus, les Boches avaient des "Maüser", donc on disait aux fiancées attendant leur promis : "il est avec Mademoiselle Lebel")

Les balançoires à minets (serviettes périodiques)

Claquer l'biscuit (filer une claque)

Aller chanstiquer son fiacre (aller à la gambille)

Ca brille comme un étron d'chien dans une lanterne (ma grand'mère employait beaucoup cette expression, pour désigner un bijou sans valeur... Du toc !)

Il y en a beaucoup d'autres c'est sûr ! Allez-y défoulez vous, on a besoin de se marrer un peu non ?

jeudi 24 mars 2016

AndiamoM'enfin.

Continuons notre laxisme...

Salah Abdeslam, est en prison, mais... Il a des droits ! Décidément nous allons à la chasse à l'ours avec un bâton ! Londres, Barcelone, Paris, Bruxelles.. A qui le tour ?

(Ch'tiot crobard Andiamo, d'après le grand FRANQUIN)

mardi 22 mars 2016

AndiamoTerriens : Go Home !

- Le titre est un hommage discret à Monsieur Frédric Brown. (Martiens go home)

Six mois... Au début tout allait bien, la fièvre du départ, les préparatifs, mille choses à vérifier dès le début du voyage, cette fièvre, cette soif de l'aventure...

Un équipage cosmopolite : Fred Condom l'Américain, et Commandant; Ashmar Toultan de New Delhi, l'astro navigateur; Nicole Haumure la Française, géologue; Kim Ohno le Coréen, chirurgien.

Chaque jour 3 heures de sport obligatoire, afin d'entretenir la musculature, indispensable lors des longs séjours en apesanteur. Les tâches journalières, les observations et multiples expériences à effectuer, évitent l'ennui, et dissipent les tensions qui pourraient survenir en cas de désœuvrement prolongé.

Mais tout de même, et malgré la liaison permanente avec la terre, un certain ras le bol s'installe, d'autant qu'à chaque jour qui passe, la distance devient plus importante, et une simple question met plusieurs minutes à parvenir à Houston, autant pour la réponse qui parviendra au bout de 40 minutes au terme du voyage! Il ne faudrait pas qu'il y ait urgence !

Bien sûr la routine s'installe, quelques petites jalousies aussi, Fred Condom le Commandant couche avec Nicole Haumure, dès le début avec ses faux airs de Léonardo Di Carpacio, il se l'est mise dans la fouille, et dans sa couchette par la même occasion. Pfiuuu !

Chaque jour la planète rouge grossit un peu plus dans le hublot du vaisseau baptisé : "Mars Shadow", bien sûr l'équipage l'appelle "Marshmallow" ! La terre n'est maintenant qu'un petit point insignifiant parmi les myriades d'étoiles qui constellent l'immensité de notre galaxie. (vous marrez pas, moi aussi j'peux faire dans la dentelle : la preuve).

La courbe de la planète rouge occulte maintenant tout le hublot, le voyage arrive à son terme, délicate manœuvre afin de mettre le vaisseau en orbite, avant la phase finale d'atterrissage, près de Valles Marineris, l'énorme faille qui s'étend sur près de 4000 kilomètres, avec une largeur atteignant parfois 600 kilomètres, et une profondeur moyenne de 5000 mètres ! Joli coup de rasoir !!

Houston a donné ses instructions, la très délicate manœuvre de rentrée dans l'atmosphère raréfiée de Mars commence, phase finale avec ouverture d'immenses parachutes, largage des parachutes, allumage des rétrofusées, et c'est la pose en douceur, un "kiss landing" comme disent les aviateurs.

L'équipage s'applaudit, ils s'embrassent, quel bonheur après six mois de voyage, et quelle précision, pour comparer cela reviendrait à toucher un petit pois placé au sommet de la tour Eiffel avec un fusil, le tireur étant placé au sommet du Puy de Dôme !

Ah ! Nous allons enfin respirer un bon bol d'air s'écrie Ashmar en riant, car tout le monde sait que l'atmosphère martienne très ténue renferme essentiellemeznt du dioxyde de carbone ! Avec des températures variant de - 170° à + 17 ° ! Les agences de voyage ont du mourron à se faire ! Chacun revêt son scaphandre, prend place dans le sas, décompression, ouverture de la porte extérieure, des barreaux d'échelle sont sortis du flanc du module, alors commence la descente vers le sol...

Moment solennel : "un petit pas pour moi, un grand pas GNA GNA GNA "... Maintenant les quatre membres de l'équipage sont enfin arrivés là où la main de l'homme n'a pas mis le pied !

Soudain d'étranges images envahissent leurs cerveaux, le ciel devient bleu, le sol verdit sous leurs pieds, de hauts arbres ondulent gracieusement sous une brise venue de nulle part, Nicole Haumur tend la main vers un papillon multicolore qui se pose sur sa main gantée... Face à elle Joséphine sa grand-mère :

- Retire ce truc ma chérie, je voudrais t'embrasser...

- Fred est appuyé à la barrière du coral, Storm un pur sang Anglais s'approche de lui, le regard inquiet, ce doit être le casque qui l'effraie songe Fred...

- Ashmar contemple le Taj Mahal à son bras sa jeune épousée Adrika (ce qui veut dire Céleste) , c'est leur voyage de noces, Ashmar se penche pour l'embrasser, le casque va me gêner songe t-il...

- Kim est agenouillé face à l'hôtel des ancêtres, des petits bâtonnets d'encens brûlent devant la photo de ses chers disparus, Kim éprouve l'irrésistible besoin de sentir ces doux parfums...

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Alors dans un synchronisme parfait, les quatre valeureux astronautes appuient sur la touche rouge située en haut et à droite de leurs scaphandres...

Un PSCHITT discret se fait entendre, et aussitôt leur visage se teinte d'une jolie couleur violette, tandis que leurs yeux explosent littéralement en sortant de leurs orbites....

Moins 150° centigrades, pratiquement pas d'atmosphère, ça ne pardonne pas ! Les quatre corps s'effondrent soulevant un petit nuage de poussière rouge.


Image tirée du film de Bryan De Palma : "Mission to Mars"

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A cent mètres sous le sol martien, des petits bonshommes et des petites bonnes femmes tout gris, observent au moyen d'un écran géant la scène qui vient de se dérouler, et je vous traduis ce que celui et celle qui semblent contrôler l'écran viennent de dire :

-* Tu peux arrêter de contrôler leurs fantasmes, Chmutzzz,

- ** OK, mais tu crois qu'ils en enverront d'autres ?

- *** J'espère bien que non, j'voudrais pas qu'ils pourrissent notre jolie planète !

CHMUTZZZ (d'après Andiamo)

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jeudi 17 mars 2016

BlutchLes enquêtes d’Hippolyte Tayze-4

Prélude à l’appétit d’un fauve

Note à l’inspecteur Hippolyte Tayze.

Il semblerait que ton enquête sur l’affaire de Caluire et Cuire déplaise assez fortement dans les hautes instances politiques. L’atmosphère vire à la tornade car ça renaude sec et il y a un vent de tempête sur les cimes de l’état. Je te joins le courriel reçu de l’Elysée : « Commissaire, le Président ne doute pas du sérieux de votre bureau d’enquêtes sur les falsifications historiques, mais dans le cas de l’affaire dite de Caluire et Cuire, votre inspecteur a prit des libertés inadmissibles avec le travail des historiens. Vous voudrez bien recadrer votre inspecteur et cette enquête car nous ne pouvons admettre que le père de la 5e République soit ainsi traîné dans la boue. »

Cl. G. porte-parole du Président

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samedi 12 mars 2016

AndiamoChauguise et les roses.

Il fait un temps de chien sur la capitale ce matin là. Pluie glacée de novembre, en ce lundi matin les boutiques du Sébasto sont bouclées, ce qui fait dire immanquablement à notre commissaire :

- Le lundi c’est chibre au lit !

Les pognes dans les fouilles il remonte jusqu’au 36, après avoir acheté son canard au coin du quai de la Mégisserie (mais vous le savez depuis le temps), la flotte qui tombe l’empêche d’ouvrir sa feuille de chou, et ça le flanque de mauvaise humeur.

Il arrive au 36, monte à l’étage pousse la porte de son « casino », et balance son journal sur le bureau, la « une » vante encore l’exploit de l’aviation française, un Mirage II vient de franchir le mythique « mur du son » au-dessus de Melun-Villaroche !

Julien fait irruption dans le bureau de son patron, les joues rouges, et passablement essouflé…

- Fais voir tes bras Dugland, demande Chauguise.

Julien lève les bras légèrement.

- Voilà patron !

-C’est bien ce qu’il me semblait Dugland, tu as deux pognes, on ne t’a pas appris à frapper ? CAPITO ?

- S’cusez moi patron, on vient encore de retrouver un cadavre avec une rose…

- Meeeerde et c’est où ?

- à Saint Denis rue du Landy.

- Fais chauffer Titine on y va ! Me regarde pas comme ça je t’expliquerai, tu verras que pour les locdus dans ton genre faudra inventer un cinéma portable afin de leur indiquer le trajet ! En passant devant « Le Châtelet » un énorme calicot et en lettres rouges « Le chanteur de Mexico » de Francis Lopez, avec en vedette l’incontournable Luis Mariano.

Chauguise entonne à tue-tête : mes chicots, mes chiiiiii….cots !

- Très drôle, lâche laconiquement Julien.

(vous êtes gâtés, j'ai même dégoté l'affiche)

Le Sébasto, à la suite le Boulevard de Strasbourg, un à droite, un petit bout du Magenta, puis tout de suite à gauche, un clébard manque d’y perdre le bout de la queue , une mémère qui hurle à l’assassin, et les voilà rue du faubourg Saint Martin, jusqu’à Stalingrad, la rue de Flandre, à gauche sur le Boulevard Mac Donald (pas le fourgue de hamburgers hein ?) la porte d’ Aubervilliers l’avenue Totor Hugomuche, puis les quais du canal de Saint Denis et la rue du Landy.

- Vous savez patron que chaque année se tient une foire, et ce depuis le moyen âge.

- Mouais répond aimablement Chauguise, tout en se dirigeant vers un attroupement en contrebas le long de la berge du canal aux eaux peu ragoûtantes. Des lardus en képi et pèlerine écartent les badauds à grands coups de : « cirulez y’a rien à voir » !

La petite bruine a redoublée, Chauguise enfonce un peu plus son bada sur son crâne, et ses pognes dans les vagues de sa gabardine, sa Boyard papier maïs s’est éteinte, il en mâchouille le bout.

Une femme est allongée, la trentaine, entièrement nue sous la pèlerine qu’ un flic a étalé sur le cadavre… Par respect, balbutie t-il à l’intention du commissaire.

- Vous avez bien fait mon vieux, lui murmure notre commissaire.

- Bon virez moi ces clampins y’en a marre ! On dirait que la mort ça vous fait bander tas de cons ! Hurle Chauguise hors de lui…

La foule s’écarte, les lardus finissent de virer deux ou trois charognards. Délicatement Chauguise soulève la pèlerine, visiblement la jeune femme a été étranglée, puis déshabillée et son corps déposé ici le long de ce canal qui relie la Seine à hauteur de Saint Denis, jusqu’au canal Saint Martin. Un quartier d’usines, d’hôtels pour Maghrébins, de bistrots dans lesquels on te sert un bleu de Bercy propre à te faire oublier que tu viens d’un pays où il fait chaud et beau !

Mais le plus curieux c’est cette rose que les victimes, celle-ci étant la troisième, portent sur leur visage, la tige dans la bouche et la fleur juste au milieu du front, éclat rouge vif sur le visage blême de la morte.

On a à faire au même dingue ! Putain c’est qui ce cinglé ? Faut faire fissa Dugland rien ne l’arrêtera, il va continuer j’en suis sûr, et à chaque fois il dépose le corps près de la flotte ! Une femme retrouvée quai des grands Augustins, une autre canal Saint Martin face à l’hôtel du Nord, et cette pauvre femme sur le canal de Saint Denis…

Le retour au 36, Chauguise ne moufte pas, il a rallumé le mégot de sa Boyard, Julien fronce le nez.

- Merde Dugland ! Tu veux pas que je fume des eucalyptus pour te faire plaisir ? C’est moi l’taulier... UNDERSTAND ?

Ils arrivent sur le coup de midi au 36, l’heure sacro sainte de la jaffe.

- Allez viens Dugland je t’invite à « ma » cantine chez Nicole, rue Séguier, c’est lundi et le lundi c’est ?

- Raviolis ! Répond Julien. . - Dis pas d’conneries, le lundi c’est petit salé lentilles, de la lentille du Puy, et un p’tit salé à t’en bouffer les phalanges, un Bourgueil pour faire passer le tout. Si tu veux épouser ma fille faut que j’t’apprenne à vivre !

Nicole leur a servi le petit salé et la bouteille de Bourgueil, les deux verres ballons se vident et se remplissent au rythme de la polka des mandibules, leur virée les a affamés.

Chauguise entre deux bouchées parle avec Julien de « l’affaire » ça lui permet de faire le point, Julien le sait, il ne moufte pas.

- Primo trois jeunes femmes, entre vingt et trente ans, jolies, bien foutues, et cette putain de rose dans la bouche, et les mortes allongées près de la flotte. D’accord les deux premières étaient des putes, pour la troisième on ne sait pas encore… L’I.J me téléphonera tout à l’heure, mais je suis à peu près sûr que c’est une tapineuse.

Un camembert de derrière les fagots, un café serré... Le repas est terminé.

- Tu me mettras ça sur ma note Nicole, hein ? Lance Chauguise en sortant.

- Oui mon biquet lui répond-elle.

- Mon biquet ? Interroge Julien.

- Ouais, ouais ça va, on va pas en faire un claquos….

Retour au quai des orfèvres, la pluie s’est arrêtée, à peine arrivé la sonnerie du téléphone, Chauguise décroche l’antique biniou en bakélite noire.

- Ouais ? C’est toi Fernand…. Alors ?..... Je m’en doutais une tapineuse, merci vieux !

Chauguise est rentré chez lui au 40 de la rue du Mont Cenis sur la butte Montmartre, Juliette l’a attendu pour dîner.

- Fallait pas m’attendre ma Juju, tu sais bien que Papa rentre toujours à des heures impossibles… Il est bien loin le « dur » du 36 avec sa fifille adorée, un vrai pot de miel tout à coup !

- Tu sais on ne se voit guère, alors si je ne t’attendais pas pour dîner, je ne te verrais plus du tout, mon Papa !

- T’es gentille ma Juju.

Juliette a préparé une omelette aux cèpes, elle est allée les chercher rue Mouftard, avec un Juliénas c’est pas dégueu !

- Tu sais Papa ça fait un an que Claude notre copain des beaux arts est mort !

- Ah oui ce jeune qui s’était fait poignarder par une prostipute « rue des Rosiers » celle de Saint-Ouen pas celle du IV ème arrondissement !

- Oui Claude Deleau, il fêtait ses dix neuf ans avec des copains, il avait un peu bu, et puis il avait voulu aller voir « les Dames » en disant cela Juliette a baissé le ton et les yeux !

- Ca avait mal tourné je m’en souviens, il avait insulté une pute, deux autres s’étaient interposées, l’une d’elle avait sorti une lame et avait piqué le jeune garçon au foie… Manque de bol elle lui avait tranché une artère, il est décédé en quelques minutes…. On l’avait emmené à l’hôpital Marmottan tout proche, mais les toubibs n’ont rien pu faire…

- Attends ! Soudain Chauguise s’est levé, sa serviette de table tombe sur le parquet…

- Putain de Dieu… La rue des Rosiers, Deleau, trois putes… Oh la vache j’ai compris !

Aussitôt Chauguise se rue sur son téléphone et appelle Julien.

- Allo Dug… Julien ? Fonce au trente six démerde toi , retrouve moi le blase des trois prostiputes trucidées, et compare avec le blase des trois grognasses impliquées dans l’affaire de la rue des Rosiers à Saint-Ouen y’a un an. Fissa je veux la réponse pour hier !

- Papa tu exagères pas un peu, t’as vu l’heure ?

- Ouais ben il a pas six ans, il pionce pas à c’t’heure là ! Demain il commencera un peu plus tard, et voilà !

- Ca m' revient Juju, le tribunal avait conclu que les putes n’avaient fait que défendre leur peau, il était sacrément enragé ton Claude !

- D’abord c’était pas MON Claude, il avait bu... Et puis mourir à dix neuf ans c’est bête.

- Ouais !

Une heure plus tard le biniou sonne chez Chauguise, Juliette a décroché… Commencent les minauderies.

- Bon Juju passe moi le biniou, ton DUG... Julien, peut attendre, tu le reprendras APRES !

- Alors Dug… Julien ?..... Je m’en doutais ce sont bien elles ! Ouais, et t’as l’adresse du père de Claude Deleau ?... Bon alors demain à cinq plombes et demi devant chez moi, il faut vingt minutes à peine pour aller à la Bastille cueillir ce Fernand Deleau, le vengeur à la rose.

(ch'tiot crobard Andiamo)

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