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samedi 30 juillet 2005

Tant-BourrinLes rendez-vous manqués

Maxime Le Forestier m'excusera, je l'espère, de lui avoir emprunté pour ce billet le titre d'une de ses plus belles chansons (et d'un de ses plus beaux albums par la même occasion), mais je le trouve particulièrement adapté aux vicissitudes tantbourrino-saoulfifresques que je m'en vais vous compter.

Or donc, me voici de retour vers la civilisation (à savoir la Capitale) après deux semaines de folles escapades dans des contrées sauvages (la Province) où j'ai pu me livrer à d'intéressantes observations ethnologiques sur quelques peuplades primitives (les Provinciaux).

Mais reprenons au commencement : avant de partir, il y a donc une bonne quinzaine de jours, j'avais tout naturellement prévenu Saoul-Fifre, mon acolyte alcoolique, de mon départ imminent, en lui signifiant que je partais pour revenir début août, en passant par la Lorraine avec mes sabots par Bordeaux la première semaine pour finir en Aveyron la semaine suivante.

Saoul-Fifre eut alors une idée géniale comme seuls les cervelets supérieurs peuvent en avoir : puisque j'allais quitter l'Aveyron pour rentrer vers la Ville Lumière début août, au moment où lui-même et sa tribu monteraient dans le Limousin comme tous les ans, pourquoi ne ferais-je pas un petit crochet de rien du tout pour venir passer une journée dans sa résidence secondaire ? (oui, car il faut que je vous précise que Saoul-Fifre, comme tout bouseux qui se respecte, roule sur l'or et accumule résidences secondaires, tertiaires, quaternaires et tous les trucs en "aires" suivants que je vous laisse compléter ; quand il joue les Fernand Reynaud à coups de "ça eut payé", ne vous laissez pas abuser : il y a plus d'or caché sous son matelas que dans les coffres de Fort Knox)

Enfin, je formule ça comme ça, mais sous la plume de Saoul-Fifre, ça tenait plus d'une mise en demeure administrative que d'une vague suggestion.

A priori, la perspective de revoir ce vieux soûlaud de Saoul-Fifre n'était pas pour me déplaire. Mais il y a Tant-Bourrine et Tant-Bourriquet, et ça, ça oblige à réfléchir avant d'accepter une invitation. En effet, peut-être ne vous l'ai-je pas jusqu'ici précisé, j'ai la chance d'avoir à mes côtés une compagne et un petit bout de 20 mois.

Petit bout de 20 mois et bientôt toutes ses dents, si tant est qu'il les garde longtemps dans sa bouche, parce qu'il apparaît être du genre téméraire et casse-cou, ce qui oblige à une attention soutenue sur ses conneries agissements.

Or donc, mesurant le souk que cela représente de se trimbaler tout le nécessaire de Tant-Bourriquet (et de Tant-Bourrine qui ne se départit jamais de tout ce qui est nécessaire à son confort !), mesurant que la journée passée dans le Limousin serait de toute façon une journée passée à suivre le Tant-Bourriquet à la trace, mesurant aussi sur la carte que les kilomètres supplémentaires du "petit crochet" proposé par Saoul-Fifre allaient faire exploser le compteur de ma Clio, je suggérai à Saoul-Fifre de remettre peut-être ça à plus tard, à une autre occasion où l'on pourrait se voir plus longuement et dans de bien meilleures conditions.

Las, que n'avais-je pas dit là ? J'avais beau invoquer Mappy ou Maporama, pas question de lui faire admettre que c'était un gros crochet. Sa réponse claqua comme un coup de fouet : "si on vous voit pas, je considèrerai que vous êtes passés SOUS NOS FENÊTRES, sans vous arrêter !"...

Les palabres continuèrent pendant mon absence. En effet, durant la seconde semaine, je retrouvai un accès à internet chez la belle-doche de l'Aveyron (mais l'ordinateur étant localisé dans sa chambre, la bienséance m'interdisait de m'y attarder plus que de raison).

J'en profitai pour expliquer à Saoul-Fifre que non, décidément, ce n'était pas possible : la première semaine (et le début de la seconde) avait été passée à surveiller Tant-Bourriquet en permanence  ; il avait mis 19 mois pour apprendre à marcher mais là, il n'avait mis que 19 secondes pour apprendre à monter un escalier (sans étudier pour autant la problématique de la descente !) ; veiller sur un loustic comme lui dans un environnement hostile (escaliers, marches et décrochés dans tous les coins, ronces et orties dans le jardin, etc.) relevait plus de la galère que du navire de plaisance. Bref, j'étais crevé et n'aspirais qu'à rentrer me reposer au plus tôt.

Et, l'offensive étant la meilleure défense, j'en profitai pour lui suggérer - pourquoi pas ? - de faire un "petit" crochet par Paris entre le Limousin et sa Provence, stratégie qui - mystérieusement - eut le bel effet de calmer la fronde saoulfifresque.

Et puis, je me mis à réfléchir. Nous étions le 28 juillet. Le dernier message de Saoul-Fifre datait du 27 juillet. Il était donc encore chez lui. Or nous remontions sur la Capitale le 29. Un léger doute s'insinua en moi (non, je ne vous dirai pas par quel trou il était entré !). Je fis part de mes doutes par mail à Saoul-Fifre.

Le verdict tomba vite : nous nous prenions la tête alors même qu'il n'y avait aucun recouvrement entre mes pérégrinations vacancières et celles de Saoul-Fifre ! Je suis rentré hier, 29 juillet, alors qu'il ne sera que dimanche dans le Limousin. Mon méat (urinaire) coule pas : vu que je partais à la mi-juillet pour 15 jours, j'ai parlé d'un retour "début août" à Saoul-Fifre, sans regarder précisément le calendrier. Mais 15 juillet + deux semaines = 29 juillet !

Voilà donc pourquoi j'invoquais tantôt Maxime le Forestier et ses "rendez-vous manqués".

Mais j'ai la désagréable impression que j'aurais tout aussi bien pu invoquer à mon endroit le grand Brassens et son "temps ne fait rien à l'affaire" : "Quand on est con, on est con !"

mardi 26 juillet 2005

Saoul-FifreLe cul fait vendre

Bon, d'accord, c'est les congés.
Bon, d'accord, je suis une grosse tache indélébile en informatique, je ne sais pas encore insérer des images, changer de police, mettre un fond musical...
Bon, d'accord, on aborde plein de sujets tabous, on agresse la totalité de la population moins une, en attaquant à la Grosse Bertha ce qu'ils ont de plus cher au monde, et on fait vomir le reliquat avec des descriptions peu ragoûtantes...
Bon, d'accord, c'est vrai tout ça, et c'est donc logique que les surfeurs jettent un œil et s'enfuient...

Mais quand même ! Ces stats sont le contraire de bandantes !

Et puis, ce que tapent les gens pour échouer chez nous, c'est vraiment pas valorisant !?

Pastis artisanal Corrèze...
Membre viril...
Vidéo saillie étalon...
Grosse cochonne gratuit...

Il faut réagir. Puisque ya que le cul qui vous intéresse, je me dévoue ! Je vous fais :

The full monty !

TATATAN !!!

  • Pensez à mettre le son !

dimanche 24 juillet 2005

Saoul-FifreAvec le temps

Il y a encore quelques mois, ma tribu n'avait qu'un petit forfait internet ridicule qui nous suffisait juste à relever les mails et à aller sur 2/3 sites en faisant vachement attention à vite-vite déconnecter, pour ne pas le dépasser. Tant-bourrin, par contre, est un surfeur patenté, vieil habitué des forums et des newsgroups, où il adore aller, sans forcément être un interventionniste acharné...

L'autre jour, nous parlions (par mails) des critiques de chansons à la Matthieu que je trouve amusantes. Tant bourrin me répond que oui, c'est sûr, mais qu'on peut prendre n'importe quel texte poétique et faire rire avec en le prenant au premier degré. Et me raconte que "Marcellus 55" (pseudo de Matthieu sur les forums) était un habitué de ces analyses de textes brillantes et qu'il s'était même attaqué à "Avec le temps", de Léo Ferré ! Je lui répond que "waw ! C'est bien la preuve que Matthieu est dans le second degré, non ?", et Tant bourrin me répond avec son flegme britannique et son air de ne pas y toucher : "Sûrement ! Quoi que..." et il m'envoie ce lien pour que je me fasse ma propre opinion.

Et effectivement, s'il y a de la dérision dans les propos de Matthieu, elle est soigneusement cachée et fortement pince sans rire ! Petit florilège (je rappelle que Matthieu parle de "avec le temps", de Ferré) :

Ce texte est à l'émotion ce que s'arracher un poil de nez pour pleurer est aux larmes : du frelaté.
la platitude des paroles
ce n'est pas parce qu'un texte ne veut rien dire qu'il est poétique. Cette chanson est, à mon avis, un ensemble de mots, mis ensemble pour faire joli, mais qui n'ont aucune relation entre eux. De plus, je ne souhaite pas casser le rêve que certains trouvent dans cette poésie. Mais la poésie me semble cruellement absente de cette chanson, remplacée par une bouillie intellectuelle.

J'ai écrit quelque part sur ce blog "ma" définition de la poésie. Ce n'est que la mienne. En gros, la poésie est quelque chose qui "sort" du poète. Il n'y a pas de ratures, pas de censure, pas d'auto-analyse, pas de réflexion, pas de distance, pas de regrets. Le poète doit respecter et ne pas essayer de modifier la poésie qui sort de lui. Il n'en est que le truchement. Le poète est humble : la poésie ne lui appartient pas. Le poète est porté par la poésie, et non l'inverse. Il est inspiré.

Selon cette définition, je ne peux pas dire si "Avec le temps" est un poème. Seul Ferré le pourrait, et Ferré est mort. Selon Stan Cuesta (Léo Ferré, chez Librio) la chanson aurait été écrite en 2 heures. Si c'est exact, je lui donne son brevet de poésie. Un texte pareil écrit d'une seule traite est une poésie. Et là, je m'inscris en faux contre Matthieu : la poésie se moque des explications, des significations, de la syntaxe. Le poète se moque de la critique, il peut répondre "adressez-vous au génie de la lampe ! Allez vous plaindre au feu, au don, aux muses..." La poésie est au peuple. Le poète peut, après coup, une fois redescendu du nuage où il s'est laissé aller à l'écriture automatique, avoir un regard, une opinion sur ce qu'il a écrit, mais au même titre que n'importe qui, en simple spectateur. Le poète est un réceptacle de création, comme la mère, de son bébé. Elle dit, nous disons : mon bébé, son bébé... Mais en est-elle propriétaire ?

Le poème est donc à lui-même et à tout le monde, comme un bébé de mots... et c'est particulièrement vrai pour "Avec le temps", que le public s'est approprié d'une manière compulsive. Ferré était d'ailleurs jaloux du succès de son enfant. Il aurait aimé se la garder pour lui tout seul, se la jouer le soir sur sa guitare, mais trop tard ! L'enfant avait pris son envol et son indépendance !

Le poème est à chacun. Il est aussi à Matthieu, qui a parfaitement le droit de le renier, pour plein de raisons complexes, parce qu'il ranime la mémoire triste d'une muse ou d'un museau ?

Contrairement à un autre débat sur "Fernand" de Brel, où une analyse a été menée, vers à vers, les échanges ont de suite viré aux insultes, pour discuter de "Avec le temps". Et pourtant, Matthieu demandait avec insistance qu'on lui "explique"... Comme je l'ai dit plus haut, il n'y a pas UN sens, mais autant de sens que d'auditeurs, et quelquefois même aucun sens C;-! ... Mais je veux bien parler de COMMENT je ressens ce texte.

Avec le temps...
avec le temps, va, tout s'en va

Moi je dis avec Matthieu que "c'est ben vrai" ! C'est d'ailleurs scientifique que la mémoire ne s'arrange pas en vieillissant. Nous avons d'ailleurs là un début d'explication du succès rencontré : 100 % des français sont d'accord et c'est même un de leur soucis principal.

on oublie le visage et l'on oublie la voix
le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien

Matthieu fait semblant de croire que le cœur s'est arrêté de battre réellement. Pas du tout, M. n'est pas si con ! Il connaît parfaitement la métaphore poétique de l'amoureux qui a le cœur qui bat. Là, donc, le poème dit l'inverse : l'amoureux a oublié le visage et la voix de l'être aimé, son cœur ne bat plus à son souvenir et le poème dit qu'il ne faut pas se rebeller contre cette déliquescence des sentiments. Il faut savoir faire son deuil, on ne peut pas être et avoir été, il faut passer à la page suivante. Moi je dis que c'est chiadément bien torché et que Ferré ne vole pas ses royalties.

l'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie

Là aussi, Matthieu cherche à se faire passer pour plus bête qu'il n'est (quoi que..., dirait Tant bourrin dB-). Au cours d'une dispute, Jules claque la porte et part sous la pluie en tee-shirt, et Matthieu enfile son manteau, sort la voiture du garage, attache sa ceinture de sécurité et démarre à sa recherche ??? Non non non, j'y crois pas. Matthieu, il sort en tee-shirt lui aussi. C'est un vrai sanguin, Matthieu.

l'autre qu'on devinait au détour d'un regard
entre les mots, entre les lignes et sous le fard
d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit

Les 2 premiers vers trouvent grâce aux yeux de Matthieu. C'est vrai qu'ils ont de la gueule. Moi, pour écrire comme ça, je donnerais, je sais pas..., mes actions du blog, tiens ! En disant "Un serment de pute ? Je vois pas, là.", Matthieu n'était pas loin de comprendre, pourtant : oui, on peut dire que la nana se fait traiter de pute. Poétiquement, allusivement, mais l'idée est bien celle-ci : c'est une menteuse (son regard se détourne), mais l'autre, qui a oublié d'être con, il voit clair dans son jeu et il sait bien que ses promesses ne sont que des promesses et que ce n'est pas chez sa mère qu'elle va passer sa nuit (la salope).

avec le temps tout s'évanouit

Oui, avec le temps, tout (même moi, même Matthieu, même les anecdotes, les trahisons, les serments qui se sont révélés être mensongers...) s'évanouit dans la mémoire infidèle des êtres humains. Dans le sens "disparaît", bien sûr ! C'est un peu comme quand on dit "celui-ci, je le vomis...". Ça veut pas dire "je l'avale d'abord, et je le recrache ensuite". Les mots ont plusieurs sens, Matthieu ?

mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'a un' de ces gueules
à la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort

Alors, là, Matthieu, le jeu de mot avec "La foir' fouille", ça vient comme un cheveu sur la soupe ? Où elle est la démonstration que la poésie est absente de ce texte ? Tu dérapes, tu changes de sujet, la pente devient savonneuse ? La chaîne de magasins n'existait pas encore d'ailleurs, à l'époque, par contre, le verbe farfouiller, oui.. Ces 2 vers, je les trouve toujours aussi tip-top que les autres. Le poème essaye de faire ressentir que les souvenirs, avec le temps, se déforment comme se décharne un crâne ou un squelette. Le poète plonge dans ses souvenirs et ne trouve que des lambeaux, des traces... Le souvenir à moitié oublié de la plus belle des filles a indubitablement une sale gueule ! Des métaphores comme celle-ci, je tire mon chapeau.

le samedi soir quand la tendresse s'en va tout' seule

Là, Matthieu fait une allusion au film de cul de Canal +. Nonobstant le fait qu'à l'époque de la chanson, il n'y avait qu'une seule chaîne, je trouve cette lecture fine. Samedi soir après l'turbin, à l'époque, c'était la soirée libre : on picolait, on remplissait son devoir conjugal, et si on était solitaire, on fouillait dans les rayons d'la mort, à la recherche (bredouille) de chouettes souvenirs, et on finissait, en désespoir de cause (et non en des espèces de squares), par une bonne branlette. Alors, "quand la tendresse s'en va toute seule", ce serait la métaphore poétique du geyser de sperme ? Je laisse à Matthieu la responsabilité de ses intuitions-force...

l'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
l'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens

Le 1er vers ne m'évoque pas grand chose, Laurent B. avait l'air de bien le sentir, il y voyait une allusion à la médecine. On pourrait alors le comprendre comme ceci : l'autre est toujours l'ex, et elle le chouchoutait, le soignait. Elle avait des avis autorisés et définitifs sur la maladie. Nous en avons tous connu, de ces spécialistes des tisanes, des inhalations, des petites pilules homéo... Pris dans ce sens, la syntaxe ne me choque pas (je crois que c'était ce qui gênait Matthieu) : l'autre à qui l'on croyait (en qui l'on avait confiance), pour un rhume (lorsque l'on avait un rhume), pour un rien (des petits riens)... Le 2ième vers parle de bijoux (cadeaux bien palpables et monnayables) et de "vent", qui représente à mon avis tous les autres cadeaux immatériels (les mots doux, les sourires, les soupirs...). "Devant quoi" au lieu de "devant qui" pose un problème à Matthieu mais ne m'en pose personnellement pas : devant quoi se traînent les chiens ? Devant la déité, la déitude que nous représentons pour eux ? Est-ce qu'un chien s'arrête à de tels soucis de genre ? Un chien se traîne, rampe, devant "ÇA"...

on oublie les passions et l'on oublie les voix
qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Encore des conseils de santé qui confirment l'interprétation précédente : la dernière épouse de Ferré était du genre "mama italienne", on dira que c'était son style de femme et que l'ex dont il parle était aussi du genre "protectrice". En tout cas, tout ça est bien émouvant et visiblement vécu, la faim, le froid sont bien des soucis de pauvres, mais tout ça est bien loin, avec le temps, va, les ennuis d'argent s'éloignent...

et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu

Rien de bizarroïde là-dedans. L'escroquerie intellectuelle dont parle Matthieu, c'est juste celle de parler de chevaux alors qu'on a juste vu "Crin-blanc" à la télé ? Quelqu'un du forum dit qu'un cheval fourbu a de l'écume blanche sur la peau, et Matthieu le remercie car il a appris quelque chose aujourd'hui. En fait, si un des sens de fourbu est en effet "fatigué", quand on parle d'un cheval fourbu, il s'agit d'une vraie maladie des sabots, "la fourbure", qu'attrapent quasiment tous les vieux chevaux. Et si ses poils étaient foncés, en vieillissant, ils... blanchissent !

et l'on se sent glacé dans un lit de hasard

Ce vers également me semble évident et lumineux. Matthieu nous demande de le suivre aux Galeries Lafayette où on le voit avec stupéfaction acheter un lit et le ramener sur son dos dans un chez lui sans chauffage (alors que nous aurions plutôt acheté un radiateur électrique), mais on sent surtout qu'il rame à donf depuis quelques vers pour tenter de nous faire rigoler avec ce qui est sans doute LA chanson émouvante du siècle. Moi, rien que l'idée d'un "lit de hasard", ça me glace. Tout le monde a compris (sauf Matthieu ?) que le vers parle d'un coup sans lendemain, tiré vite fait-bien fait dans un hôtel, avec une inconnue (une groupie ?)... Faire l'amour sans Amour, sans sentiments, ça manque de chaleur, ça refroidit le poète, et moi, je comprend le poète.

et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
et l'on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
avec le temps on n'aime plus

Matthieu n'a rien trouvé de précis à reprocher aux derniers vers, mais c'est juste que selon lui, la cause est entendue, vu qu'il a bien fait son boulot d'humoriste. Mais les définitions sont tenaces et elles sont précises : l'ironie IMPLIQUE que le lecteur sache qu'il s'agit bien d'ironie. Quand Desproges raconte que Brassens lui a téléphoné pour lui dire "J'aime bien ce que vous faites" et que Desproges affirme lui avoir répondu "Moi aussi, j'aime bien ce que je fais", il n'y a aucune ambiguïté. Tout le monde éclate de rire.

jeudi 21 juillet 2005

Saoul-FifreAllez hop, tout le monde à la campagne !

C'est les vacances, je sais, pas pour tout le monde et ceux qui restent doivent travailler deux fois plus, même si ya des remplaçants, vu qu'ils n'y connaissent rien, et puis ceux qui bossent dans le tourisme, faut pas non plus leur parler de congés, vu qu'ils sont en pleine bourre dans les vapeurs de frites, mais bon, il est de tradition qu'en Juillet et en Aout, CERTAINS ne foutent rien tout en étant payés...

ALORS, pourquoi ne pas lire ? Et pourquoi ne pas lire des trucs qu'on ne lit jamais, des trucs qui vont vous parler d'autres mondes, de la façon de vivre "à l'ancienne", d'une époque ou l'on vivait en contact étroit avec les bêtes, ou l'on s'en occupait bien car elles et nous avions mutuellement besoin de l'autre, mais pas pour compenser artificiellement une solitude, comme un bichon ou un siamois peut faire, mais bien pour une question de SURVIE, relation autrement plus forte...

Vers quels auteurs aller grapiller, fouiner ?

Bon, comme écrivain rural, celui qui me revient de suite, c'est Maurice Genevoix. Je ne crois pas qu'il ait écrit sur un autre sujet. Ce n'est pas un auteur dont je fais mes choux gras, il a assez mal vieilli, mais on ne peut lui refuser une langue belle, pure, et un coup d'œil de vrai connaisseur sur le monde animal sauvage.
Un seul ? "Le roman de Renard".

Maupassant est aussi un rural. Evidemment, il s'intéresse surtout à l'homme, mais on y trouve quelques traits qui montrent que son sens de l'observation allait aussi vers la Nature.
Un seul ? "Contes de la bécasse".

Marcel Aymé, rural également. Un de mes auteurs préférés. Un grand créatif plein de malice, fourmillant d'idées et de vie, toujours sur le fil entre le respect du réel et le surréalisme.
Un seul ? "La vouivre".

Giono. Un bloc de chair, de sang, de nerfs. Un cœur. Tous les sens hypertrophiés. Et une tronche qui essayait de remettre toutes ces sensations, tous ces sentiments en phrases, avec bien du mal : on ne tire pas un feu d'artifice dans un coffre fort, on ne canalise pas un tsunami... Giono tire des symboles éternels de nos profondeurs et leur donne corps, Vie et larmes. Pagnol, qui devait détester épidermiquement Giono, a quand même saisi la force de "regain" ou de "la femme du boulanger"...
Tout est bon mais allez, deux au hasard ? "Que ma joie demeure" et "Le grand troupeau".

On reste dans la région avec Henri Bosco, un poids lourd de la littérature. Quand je pense qu'on le confine dans la littérature enfantine (l'âne Culotte, le renard dans l'île...) dans des versions raccourcies ? Le meilleur traducteur de l'âme provençale (la vraie, pas les pagnolades, vous m'avez compris). Le plus bon pour vous mettre en place une ambiance délétère bien glauque que vous n'allez pas pouvoir quitter. Un style dur, tranchant et suggestif à la fois, magique, hypnotique, et pourtant laissant une impression de liberté d'interprétation extraordinaire. Unique.
Tout, là aussi, mais relire "Le mas Théotime" et découvrir "Malicroix", pour son approche de la Camargue.

Toujours sur la Camargue, mais bon, il ne joue pas du tout dans la même cour que Bosco, mais c'est prenant quand même, ya Joseph d'Arbaud. L'intérêt de d'Arbaud, c'est qu'il était vraiment manadier et qu'il sait de quoi il parle.
Un seul ? "La bête du Vaccarès".

Avec Jules Renard et ses "Histoires naturelles", on arrive à la crème, au dessus du panier de tout ce qui a été écrit sur les animaux. L'œil du Grand Maître s'est posé avec une infinie tendresse sur nos frères subalternes. Une poésie épastrouillante se dégage de ce petit opus. Là, nous touchons à l'incontournable : si vous ne l'avez pas encore lu, vous voilà un but tout trouvé pour les minutes qui suivent, vous démerder de le trouver toutes affaires cessantes !
Ici Radio-Londres, je répète : "Histoires naturelles".

Et puis le meilleur, pour la fin, comme de bien entendu : Louis Pergaud. Vous connaissez son nom, c'est l'auteur de "La guerre des boutons", mais ce qu'il a écrit sur les animaux sauvages est proprement impressionnant, pour la connaissance du milieu que cela suppose, et pour sa langue magnifique, et pour les sentiments exprimés qui savent si bien vous serrer le cœur. Si vous avez un certain âge, et un âge certain, vous ne serez pas en terrain inconnu : ses nouvelles ont été pillées pour alimenter les extraits de textes que l'on nous proposait dans les livres de lecture du primaire. Elles le méritent. Chez Pergaud, tout est génial, mais bon, un peu dur à trouver au kiosque de la plage ? Une occasion d'aller à l'ombre dans la bibliothèque climatisée du coin et de se le déguster ?
"De Goupil à Margôt", avec une fantastique histoire de 2 petits paysans suivis de loin par un grand chien, par temps de neige... d;-|
"Le roman de miraut"
"Les rustiques"
"La revanche du corbeau"

@+

mardi 19 juillet 2005

Saoul-FifreMais, mais, mais, pas rimé...

L'été dernier, à Limoges, en fouinant dans le stock d'un bouquiniste de la rue de la boucherie (juste à côté des "petits ventres", un resto extra que je recommande vigoureusement), j'ai dégotté "Les murs ont la parole", une compilation apparemment exhaustive des graffiti de mai 68.

Il est spécifié sur la dernière feuille que "Ce volume a été achevé d'imprimer sur les presses d'Aubin, à Ligugé, le 20 JUIN 1968, pour le compte de Claude Tchou, éditeur à Paris", mais sans mentionner de dépôt légal. C'était vraiment la chienlit ! d:l> . Bientôt 40 ans plus tard, il nous reste bien sûr des formules mythiques, mais ont-elles été prophétiques, nous ont-elles apporté quelque chose, aidé à vivre, à comprendre, à nous battre ?

"Il est interdit d'interdire", "Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres", par exemple, ne sont que des jeux de mots, des sons suivis de leur écho. Ils ne peuvent être les phares dont notre obscurantisme aurait bien besoin.

"Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs" est derechef d'actualité, lui. Avec Sarko à la barre, la grande centralisation de tous les fichiers informatiques nous pend au nez. De toutes façons, les grands fichiers nationaux existent et il suffit de les consulter séparément. Si vous avez été victime d'attentat ou autre, votre nom va sortir lors de la recherche informatique. Votre compte est bon, le temps qu'ils s'aperçoivent que vous étiez la victime...

"Penser ensemble, non. Pousser ensemble, oui". Intéressant. Pas de pensée unique, non, mais si on pousse sans avoir un peu pensé avant, on risque de faire un gros caca ?

"La liberté, c'est le droit au silence". J'aime bien celle-là. Matthieu nous fait remarquer que même pendant les minutes de silence en hommage aux victimes, TF1 nous passe de la musique ! C'est un peu pour ça qu'il vaut mieux lire (graffiti, tracts, journaux, blogs...) qu'écouter ou regarder (films, assemblées générales, discours au petit personnel, débats, chroniques audios...). Quand la phrase écrite est bonne, on peut lever la tête, la retourner dans tous les sens, des heures, si l'on veut : la critique, la re-création est possible... Quand on rabaissera nos yeux, la phrase suivante sera toujours là, attendant sagement la fin de notre réflexion LIBRE. On ne peut pas à la fois écouter un discours, regarder la télé, ET réfléchir. Choisis ton camp, camarade ! Le silence, ou la tchatche...

"Les gens qui ont peur seront avec nous si nous restons forts". Voilà un citoyen, qui, malgré son sans doute jeune âge, avait déjà tout compris sur les rapports de force, piliers de la société pourrie. Il voulait juste être calife à la place du calife. Allez, proposez des noms comme auteur possible de ce beau tag ! Geismar ? July ?

"Attention : les arrivistes et ambitieux peuvent se travestir en prenant un masque << socialard >>". Pas faux d8^D

"Un bon maître nous en aurons un dès que chacun sera le sien". Bravo ! Ça c'est un programme ! Plus de partis, plus de profs, plus de chefs, et on y verra plus clair.

"Camarades, vous enculez les mouches". Mais je reconnais honnêtement que vous ne leur faites aucun mal avec vos toutes petites bites.

"Vive la cité unie vers Cythère !". Et pas de portes aux chambres !

"Espèce de salaud, tu pourrais au moins laver ton mur !". Là on sent bien la conscience politique révolutionnaire constructive du message, mais bon, cet âge est sans piété et songe surtout à la rigolade ?

"Attention ! Pompidou nous double à gauche !" Et "Va l'décrocher" qui nous double sur notre droite ! Halala, ces écolos récupérateurs !

"Un flic dort en chacun de nous : il faut le tuer". Un des meilleurs conseils du bouquin. Et qui ne parait pas difficile à mettre en œuvre : tuer un flic pendant son sommeil ? Hé bien, essayez, pour voir ?!?!

"Bourgeois ! Parvenus qui tirent l'échelle après eux et ne veulent pas laisser monter le peuple !" Ha, une citation de mon chéri Victor Hugo, qui était graphée à la Sorbonne, dans le hall du Grand Amphi. À tout seigneur, tout honneur.

Et puis...

"Sous les pavés, la plage !"

Aphorisme complètement battu en brèche par le concept de Paris-Plage : ce sont les pavés qui sont sous le sable !!!

lundi 18 juillet 2005

Saoul-FifreMonoblog

Tant-Bourrin est parti en vacances sans me préciser du tout s'il avait l'intention de nous poster des cartes postales virtuelles depuis ses diverses destinations. Ce serait techniquement faisable, mais peut-être compte-t-il se mettre en vacance de job ET de blog ? Nous verrons bien.

En attendant, je suis le seul maître à blordg et je vais faire à nouveau "ma Geneviève". Certes, l'expression est de moins en moins usitée au fur et à mesure que les témoins oculaires directs de la grande époque où flamboyaient les Analectes quittent un à un ce bas monde, mais il existe encore en province des Elisabeth's fanclubs remplis de petites vieilles et de petits vieux rigolards (mais toujours élégants) qui se pissent dessus de rire en évoquant la réponse à la demande en mariage de Jérome ou bien les inénarrables tests d'Élisabethabilité . De vrais drogués qui connaissent Le Grand Œuvre de Monsieur l'Administrateur par cœur. L'un d'entre eux lance un vers :

- << Elisabeth, tu as l'air rancunière, tu ne sais pas ce qu'est le pardon ? >>

... et le chœur entier de hurler à l'unisson la suite du poème :

- << C'EST L'UN DES RARES CONCEPTS DONT LA COMPRÉHENSION M'ÉCHAPPE !!! >>

Et tous de se taper mutuellement sur les cuisses...

Ha, toute une époque ! Mais même s'ils n'ont pas connu en temps réel le suspense, le stress, les mains qui tremblent dans l'attente du billet inédit, les petits djeuns peuvent en avoir une idée, tout est enregistré, accessible, avec cependant un bémol de taille, à jouer "cruellissimo" : les commentaires sont bloqués.

La porte est en chêne massif, bardée de fer forgé. Pas de serrure, pas de charnières. Ni sonnette, ni cloche, ni guichet, ni œilleton. Un simple bristol blanc punaisé, avec écrit :

Fermé pour relâche. Le rêve se termine. Ici commence la vraie vie.

vendredi 15 juillet 2005

Saoul-FifreEt elles tombent toutes seules !!!

Le décompte des heures de ramassage sur la propriété par le personnel saisonnier est difficilement faisable car très irrégulier mais l'on atteindra une première approximation en disant que la journée de travail des ramasseurs de châtaignes commence généralement vers les 10 heures, mais ils s'arrêtent à 11 heures 30 pour une légère collation copieusement arrosée, ce qui les amène aux alentours de 15 heures 45, heure à laquelle, d'un commun accord et très motivés, ils attaquent le chemin qui mène à la plantation où ils bossent sans presque s'arrêter jusqu'à 17 heures, ou bien 16 heures, ou bien 16 heures 30, après quoi, ayant par ce dur et dangereux labeur, bien gagné le droit à un bon rafraîchissement, ils se dirigent heureux, en un groupe d'où s'échappent des rires et des chansons, vers le bistrot "À la verveine des cocus" qui se situe à vol d'oiseau à 600 mètres, mais l'ennui voyez-vous, c'est que ya pas de chemin direct et qu'il faut rattraper la départementale et ça use les souliers.

Le chantier dure environ 4 ou 5 mois à raison de 3 bonnes journées par semaine.

Le nombre des salariés présents peut subir des fluctuations mais on ne se trompera pas beaucoup en comptant une moyenne de 5 ramasseurs par jour. Des fois le patron est tout seul, mais si ça leur pète ou si ils ont tous soudain besoin d'un peu d'argent, on peut en voir arriver jusqu'à 10 à la fois.

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