Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 31 juillet 2014

Saoul-FifreLa mare aux canards

Dites-moi si je me trompe mais je crois qu'il y a longtemps que je ne vous ai pas mis bas une de mes histoires de bêtes. Une de mes histoires tout court ? C'est pas faux non plus. J'en branle plus une ? Je suis bien obligé de le reconnaitre mais là, ici et maintenant, je suis devant mon clavier et je pense à vous, cher Grand Lectorat, vampires jamais assouvis qui vous repaissez de textes de qualité frais pondus, quand vous en trouvez, bien sûr, sans être jamais rassasiés, conditionnés que vous êtes par le système actuel du "toujours plus". Non mais vous croyez que ça va durer longtemps à ce rythme, bande de goinfres-soiffards ? Nous au village nous n'avions qu'une fête votive par an, avec son bal popu, sans même un manège, y avait juste un jeu d'adresse avec des boites de conserves et puis heureusement, l'épicière avisée se fournissait pour l'occasion en pétards divers, non, pas ceux qui vous donnent un air de débile heureux, des pirates, ou des corsaires, ou des "mitraillettes", enfin, fallait quand même les allumer à un bout, d'où peut-être la similitude d'appellation.

Et nous nous en contentions, aux anges, en plus. Ah et j'allais oublier, bien sûr : "La mare aux canards" ! Autant dire le Casino des ploucs... Avec leurs petits papiers roulés, noués autour du cou, que l'on fixait de notre regard N° 5, celui à rayons X, pour deviner sur lequel était marqué le gros lot, une poupée géante pour les filles ou un camion de pompier à pédales pour les garçons...

Je sais bien ce que ça va vous évoquer, ce "pompier à pédales", je connais mon monde, allez, mais que voulez-vous, on a le public qu'on peut, on prend ce qu'on trouve, c'est la dure loi de la course aux commentaires ! La quantité au détriment de la classe et de l'élégance ! Quand je pense que je volais naguère à travers le pur azur, tout là-haut, et que me voici vautré dans cette souille grouillante d'obsexionnels, quelle pitié ? Ah, avoir été et être toujours et encore, pourquoi ne serait-ce point possible ?

Ailleurs que sur Blogbo, peut-être ?

Alors vous vous en souvenez tous ? Ça n'a pas disparu puisque pas une kermesse d'école sans sa pêche au canard. À la réunion des parents d'élèves, forcément, un papa va affirmer d'une voix forte qu'il s'occupe de tout, à condition qu'on lui fournisse les canards en plastique, à l'exception - il jettera un regard tout autour de lui pour vérifier qu'aucun enfant ne traine dans les parages - de tout sex-toy qu'il se verrait, dans le cadre strict de l'enceinte de l'école, dans l'obligation de refuser.

Perso, avec l'âge, je me suis lassé d'essayer d'attraper un canard de baignoire harnaché de son anneau en fil de fer, avec un hameçon bricolé, surtout que certains papas zélés font faire du rafting à ces pauvres canards en pulsant l'eau avec une pompe de piscine, et faut se lever un maffre comaco pour en choper un. J'ai vu des petits rentrer chez eux bredouilles alors qu'à ce jeu on est censé toujours gagner ! Vingt ans plus tard, ce seront les mêmes, traumatisés, qui préfèreront jeûner que toucher à un magret de canard, un confit ou même à un foie gras.

Moi c'est bon : j'adore toujours les voir naitre, vivre, les élever, puis les trucider en pleine santé pour leur éviter les affres de la sénescence.


vendredi 25 juillet 2014

AndiamoY'a ben d'la mistoufle tout de même.

Je me promenais l'autre jour dans la campagne... Bon oui ça m'arrive, j'ai aussi besoin de me polluer les bronches de temps en temps, à coups de chlorophyle et d'oxygène, biscotte trop de CO2 et de particules (ta mère) ça me donne un teint de jeune fille, oui, oui demandez aux Dames qui ont eu la CHANCE de m'apercevoir !

Je flânais, je musais, je fôlatrais dans les prés et les bois, quand soudain sous mes yeux horrifiés j'ai VU de mes yeux vu, l'horreur, l'indicible, l'innénarable, la honte dans toute sa vérité...

Un campement nomade au milieu de notre belle campagne d'Ile de France, rien que le nom déjà , il fleure bon la royauté, le cinq couronnes, le sceptre royal à l'index profondément enfoncé dans les fondements même de la lignée des Capétiens directs (y'a que les impôts qui sont indirects). ÎLE DE FRANCE.. Sonnez buccins, roulez tambours, fermez le ban !

Dans une pauvre pâture deux chevaux efflanqués et nus, tout nus, broutaient une herbe rare. C'est alors que j'aperçus perdu dans la verdure humide et malsaine, les ruines d'une abbaye... Déjà je craignais pour la suite.

Mes craintes étaient fondées, car tout à coup au détour du chemin m'apparût la pauvre masure de ces manouches issus d'un autre temps, une bicoque informe faite de bric et de broc plus de broc que de bric d'ailleurs.

Ces pauvres gens cloîtrés dans leur ghetto derrière d'imposantes grilles de métal forgé, spectacle insoutenable, sur le terre-plein d'herbe rase, de pauvres hères armés d'une tige munie d'un embout métallique frappaient sur une pauvre petite balle très dure... POC ! POC !

J'en avais les larmes aux yeux, la cornée humide, la pupille inondée, moi qui ne pleure jamais, mais là tant de misère, je n'en pouvais plus, alors afin de dénoncer le scandale j'ai pris quelques clichés, et je suis près à les offrir afin qu'ils soient publiés dans la presse à scandales.

Madame France Dimanche, Messieurs Closer et Voici si vous êtes intéressés ?

J'allais repartir quand tout à coup j'ai aperçu ... mais comment est-ce possible ? Juste à côté une bicoque encore plus délabrée ! Une ancienne métairie sans aucun doute, seulement une dizaine de chambres pour une pauvre famille !

Y'a ben d'la mistoufle tout d'même.

samedi 19 juillet 2014

Saoul-FifreTrempé jusqu'aux yeux

Au commencement était l'atome primordial, le bâtisseur d'étoiles, le tourneur de planètes, le faiseur d'eau. Avec son proton solitaire et son électron si peu matériel, l'Hydrogène est l'élément simple à la base de tous les autres. Par perte ou acquisition d'électrons, par liaisons plus ou moins recommandables, sans doute sous fusion thermonucléaire, il a donné tous les atomes et les molécules qui forment notre environnement. C'est la brique Légo inaugurale d'une collection impressionnante de décors, d'objets et de personnages.

Par combinaison avec l'oxygène, il nous donne l'eau, c'est à dire la Vie. Avec le même, il forme un explosif de grande puissance, et sème la Mort. L'hydrogène n'a pas de morale intrinsèque. Il sera ce que nous en ferons, la source d'énergie illimitée et égalitairement partagée dont rêve un quarteron de professeurs Tournesol à ITER , ou bien l'arme de destruction totale qui règlera définitivement le problème de nos caries douloureuses si un autre quarteron, de généraux Alcazar celui-ci, en décide ainsi.

S'il y a un Dieu, je crois fermement qu'il est de cet ordre : à la fois Diable et Dieu, Janus bifide, Hermès souriant et grimaçant, tragi-comique. Capable du meilleur comme du pire, d'une chose et de son contraire, génie du bien et du mal. À notre image, en fait.

Oui, Dieu a été créé à l'image de l'Homme. Tel est mon crédo, mais la situation est déjà assez compliquée comme ça, et le lancement d'une nouvelle secte n'est pas vraiment de saison. Ce que je ressens, c'est qu'à l'échelle de l'Histoire, les idéologies et les religions n'évoluent pas mécaniquement et régulièrement. Il y a des éruptions. Il y a des périodes de paix et des périodes de guerre. Il y a des régressions, ou des évolutions progressistes, plus ou moins rapides selon les leaders au pouvoir. Rome a atteint son apex, puis connut la dégringolade. L'Islam fut la locomotive culturelle et scientifique de notre vieux monde étriqué et puis, la roue tourne... Là, notre mondialisme agressif qui s'engraisse en se foutant du tiers comme du quart-monde, ça sent très mauvais sa "fin de cycle", et je rêve d'autres exemples.

À l'échelle de l'Hydrogène, la légèreté est absolue, et sous sa forme stockable, l'eau, son cycle est créatif, nourrissant, poétique, stable, émouvant...

"Les pieds dans le ruisseau, moi je regarde couler la vie...",

psalmodiait le grand Jacques, et cette invitation à la contemplation de l'évidence de l'eau m'a toujours parlé. À mes tout débuts, un liquide, trouvant son chenal, remontant le courant à travers d'autres mouillures, parvint à atteindre et à ensemencer la Source, et le Réceptacle, et la Génèse de toute Vie. Le têtard que j'étais remuait de contentement sa queue résiduelle, en pataugeant dans son petit bain personnel, avec les pulsations de son ombilic en fond sonore. Et les bruits aquatiques. Le silence assourdissant de la mère, puis son cri, quand elle perd les eaux.

Né au pays de la sécheresse, on m'a appris à la respecter. Elle n'en a acquis à mes yeux que plus de richesse, et les rencontres avec de l'eau en liberté, en apparence inépuisable, me fascinaient. Les cascades de Tlemcen, le grand canal d'arrosage qui dessoifait les arbres et remplissait le château d'eau, une fois par semaine, les flots semblant illimités de la Méditerranée. Semblant seulement, puisque nous avons découvert en la traversant, d'autres canaux, d'autres cascades, un autre, ou bien le même rivage ?

Je ne perds jamais une occasion de me replonger dans cette eau primitive. Dans les étangs, les torrents, l'océan... Quelle que soit la saison, je pique une tête. Au Nouvel An au Cap-Ferret, à Pâques dans un lac pyrénéen, en Aout, dans le lac de Viam... Quand je suis malade, je recherche la compagnie des ruisseaux, ces filets d'eau que j'imagine couler comme un goutte à goutte salvateur dans mes veines. La guérison par la mémoire de l'eau. Et aujourd'hui, on nous raconte que nous allons en manquer, et qu'elle est polluée. J'en ai des vapeurs et cette idée me glace.

L'eau a cette force de s'adapter aux contenants. Celle de le briser s'il y gèle. Celle de s'en échapper en s'évaporant, si l'envie lui en prend et si les oreilles lui chauffent.

"Dans le brouillard de sa myopie
l'aridité du monde s'atténuait.
Elle pouvait de la sorte rêver
à d'autres horizons, à une autre vie..."

...m'écrivait une amie, il y a presque quarante ans. J'en pleure encore, tellement c'est beau.

PS : Comme vous l'avez sans doute remarqué, après mon dernier billet , je me suis mis à l'eau.

lundi 14 juillet 2014

AndiamoNew York... New York

FRANK SINATRA...The voice, quelle voix en effet ! Frank Sinatra vous savez qu'il vécut avec Ava Gardner ? Elle fût surnommée "le plus bel animal du monde" ! Inoubliable dans "MOGAMBO" avec Clark Gable, et surtout dans la comtesse aux pieds nus de Joseph Mankiewicz sorti en 1954, qu'elle était belle Ava Gardner !

J'ai un jour entendu, je crois que c'était aux grosses têtes, l'anecdote suivante : Une amie proche de Ava Gardner, lui demande ce qu'elle faisait avec Sinatra, ce nabot d'un mètre soixante pour cinquante cinq kilos.

Elle répondit : " cinquante cinq kilos peut-être, mais dans les cinquante cinq kilos, il y a cinquante kilos de bite" ! C'est dire la réputation du Monsieur !

Un ch'tiot crobard du plus bel animal du monde ?

Chanteur, comédien, je me souviens de Frank Sinatra, dans le film de Fred Zinnemann sorti en 1953, : "Tant qu'il y aura des hommes" Avec bien sûr la belle Deborah Kerr et Brut Lancastré ! On se souvient de la pelle d'anthologie qu'ils se roulent sur la plage, tous deux chahutés par les vagues. J'avais 14 ans, l'âge des premières gauldos chouravées au paternel afin de jouer à "l'homme", Frank Sinatra y tenait le rôle de Angelo Maggio.

Et puis bien sûr "l'homme au bras d'or" de Otto Preminger en 1955, j'avais 16 ans j'écoutais Bill Haley et Paul Anka, l'âge des premiers bisous humides ! Frank Sinatra tenait le rôle d'un junkie, tricheur de poker.

New York sans gratte ciel c'est Paris sans le Pont des Arts, sans l'île Saint Louis, sans la Place Saint André des Arts, ou sans la place des Vosges !

Un petit hommage aux Indiens Mohawks, une tribu du nord des Etats-Unis, qui furent les bâtisseurs des gratte ciel... Ils ne craignaient pas le vertige dit la légende, je pense plutôt qu'ils craignaient de crever de faim, alors il fallait bien bosser sans filets, afin de se payer un steak "dans le filet" !

(ch'tiots crobards Andiamo)

mercredi 9 juillet 2014

AndiamoLe plat pays

.

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut....

Voilà une chanson magnifique : le plat pays.. Et puis Monsieur BREL, comment l'oublier ?

Un p'tit clin d'œil à ce grand bonhomme, pas un hommage, je pense que le mot lui aurait déplu, un p'tit clin d'œil, c'est mieux.

Je l'ai vu sur scène, il y a.. Ouais, tout juste Auguste, vous n'étiez pas nés pour la plupart d'entre vous ! Fabuleux, ce grand Jacques, il avait chanté : "quand j'étais ch'val" et je vous assure, ses gestes, ses mimiques un instant, un instant seulement, il fût cheval !

Alors, afin d'illustrer le plat pays, un ch'tiot crobard de MONSIEUR Brel, ainsi que quelques photos prises un jour de brume au Tréport, je les trouve assez fantomatiques et mélancoliques à souhait...

(Ch'tiot crobard et Daguerréotypes Andiamo)

vendredi 4 juillet 2014

BlutchL'art-cul tue l'réel

Lorsque je ne suis pas perdu dans les nombreuses activités que je pratique dans mon antre qui, d’aucune vous le dira, vaut le détour. J’ai décidé de me lancer dans l’art…

Fort du principe qui veut que ce soit l’art qui est difficile et non sa critique, j’ai décidé de commencer léger en pratiquant… la critique.

Une amie m’avait transmis des photos prises dans une galerie. Peintre elle-même, elle avait quelques réticences devant ces œuvres. Ne voulant pas la laisser dans un désarroi culturel intense, je me suis aussitôt dévoué pour lui expliquer la démarche du maître et la justification (je peux le dire) spirituelle de l’œuvre. Généreux par nature, je vous livre du même coup et en multi pack les œuvres et mon interprétation de la pensée du Maître.

les photos sont de Marie K.

Il y a dans cette œuvre une recherche du flagrant dans la discrétion. L’ombre de cette toile nous révèle la condition tragique des petites mains de la couture industrielle recroquevillées sur leur machine Singer à pédale (comme le montre la photo surexposée ci-dessous). Cette vision sociale est renforcée par l’exposition de ces peintures dans une ancienne friche industrielle. Ce contexte, caché dans ce camaïeu de rouge, rend évidente toute la violence sociale du capitalisme. L’absence de cadre donne une notion transcendantale du dénuement de ces victimes.

Deuxième expression en mode écarlate :

Cette oeuvre, d’une dimension de 2 m par 1,5 m environ, était à vendre au prix dérisoire de 3'500 euros Dérisoire oui, car il y a eu une très forte inflation sur le prix du pigment rouge.....(Eh la garance se fait rare...). Ce prix reflète très incomplètement l’intensité de la réflexion de l’artiste, son angoisse de la toile blanche et son besoin d’expression picturale concrète dans le respect de la pensée transgénérationnelle engendrée par le besoin essentiel de démontrer le courant culturel monochronimique et patataphysicien….

Dans l’art, il faut juste savoir comment faire passer un riche pour le dernier des ploucs s'il n'est pas sensible à cette forme d'expression graphique, très supérieure dans l'intériorité émotionnelle qu'elle produit lorsqu'on entre en osmose avec la pensée profonde de l'artiste au moment de réaliser ce chef-d'oeuvre unique dans l'art consommé qu'il a pour affiner le grain de la toile afin d'en faire une image sublimée de la multitude face à l'unité essentielle représentée par celui qui plonge son regard au plus profond de cette oeuvre magistrale. Le spectateur initié aux finesses de cette expression picturale majeure y verra, derrière la vision de monochromie à laquelle le béotien s'arrêtera, tout le cheminement spirituel et métaphysique de la genèse à l’apocalypse de la société de consommation.

Il est important d'insister sur la spiritualité intrinsèque de ces peintures carmin et leurs mises en corrélation avec l'oeuvre noire. Il y a là la quintessence de la pensée standhalienne qui s'exprime dans l'opposition mesurée de ces deux couleurs qui se côtoient à distance (mesurée au millimètre près par l'artiste lors de l'accrochage), conséquemment sans se mêler, imageant par là même la dualité du vice et de la vertu. Nous sommes ici dans la révélation aveuglante du conflit social qui oppose l’anarchie au socialisme structuré sur un fond de décadence capitalistique représenté par cette friche. Si l'on étudie ces peintures sous l'angle de la psychologie comportementaliste on arrive à la conclusion rude dans son évidence que l’acheteur potentiel est pris pour un con.

L'important n'est plus ce qui se produit, mais la façon de le vendre... Cette forme d’art s’adresse en priorité à une clientèle aisée dont la richesse parait s'opposer à l'intelligence et au raisonnement... heureusement.

Heu…. Finalement j’en viens à me demander si vraiment l’art est plus difficile que la critique car ces croûtes seraient tout autres si je vous avais expliqué la longueur des poils du rouleau et l’incompétence de l’artiste pour l'art du nettoyage de pinceaux qui a provoqué une auréole noirâtre sur la première toile. J'en arrive donc à croire que la critique semble parfois être plus méritoire que l’art…

Blutch.

Prochaine critique :

Christo ou l’art consommé d’emballer les monuments à défaut de pouvoir emballer le public.

En avant première, je peux vous révéler que son expression artistique lui est venue après avoir travaillé durant 20 ans comme ravaleur de façade dans le BTP.

samedi 28 juin 2014

Saoul-FifrePourquoi ce pseudo de "Saoul-Fifre" ?

Mon père était viti et surtout viniculteur. Et même si je n'avais que 13 ans à l'époque ou il est parti vendanger les vignes du seigneur...

...et qu'il n'a donc pas pu me guider personnellement dans la dégustation, au cours de séances gourmettes qui se seraient terminées tard dans la nuit, en matière de pinard je ne suis pas un voyageur sans barrique à la "Jean La nouille" : mes racines sont surtout celles de vieilles vignes qui savaient creuser profondément pour aller chercher leur génie dans des alchimies géologiques transcendantes, et lancer leurs sarments à l'assaut du ciel conquérir la lumière et la décomposer en couleurs rutilantes. L'humilité chez le vigneron, c'est l'acceptation de l'évidence. Le vin vient de l'humus et y retourne. Les terroirs font les hommes autant que les hommes façonnent les paysages et dans certains lieux tenus secrets, caves, grottes, des distillats se transmutent dans des creusets interdits. Le Limousin, où nous montons régulièrement nous retremper l'âme comme le chevalier de Tant-Bourrin retrempe son hachoir, est Terre propice à ces incantations, et ses fils, assez solides pour résister aux énergies mises en jeu.

Introduits par Margotte, dont une bonne partie du sang appartient en ligne directe à ce terroir, nous fûmes invités à leurs Agapes par un couple de voisins, initiés de toute éternité, le savoir traditionnel leur ayant été transmis, instillé goutte à goutte, patiemment, avec constance, renouvelé à chaque génération, et nous pûmes constater sur eux la perfection et l'efficacité des formules de protection, stables depuis la nuit des temps. Rien ne semblait devoir les atteindre, fragiliser ces deux corps massifs, comme taillés dans ce socle granitique primaire si solide, équilibrant et sécurisant aux pieds limousins. Une force incroyable sourdait de leurs visages, une énergie dans les tons rouges émanait de leurs yeux, faisait briller leur peau aux vaisseaux apparents, sculptée par le froid, délavée d'intempéries et d'intempérances. Une longue expérience devait être nécessaire, une pratique répétée, fidèle et assidue des libations populaires, voilà le sentiment admiratif qui éclipsa tous les autres dès le début de la cérémonie. Leur mental impressionnant, leur concentration leur permettaient de maîtriser les esprits volatils malins et alcalins de l'alcool et de n'en ingérer que la quintessence conviviale. Ils connaissaient le Secret et allaient essayer de nous en enseigner la Prime Arcane.

La messe païenne commença par un champagne sans étiquette, un brut costaud, très aromatique, que nos hôtes et quelques-uns de leurs amis du village se font envoyer en grosse quantité par un petit éleveur d'Epernay avec qui ils ont sympathisé au cours d'un voyage de sélection / dégustation. Un petit qui pouvait en remontrer à bien des gros, mais peut-être, s'il faut absolument se permettre une critique, un peu fort en degré, surtout que nous étions à jeun en prévision et que la pratique des amuse-gueules et autres toasts citadins est regardée avec mépris par le Limousin, ferme sur la coutume.

Nous étions donc cinq autour de la table, bien encastrés dans ces superbes fauteuils de châtaignier, mais ma belle-mère, si elle a poliment goûté à tout, a toujours refusé que l'on re-remplisse son verre, et Margotte, mon dieu, n'a pas cet irrépressible besoin des hommes de se mesurer à leur propre contenance, et, tout en faisant honneur à ses ascendances locales, ne s'est pas mise minable comme nous autres, l'autre couple de professionnels, là, et votre serviteur, débutant confirmé.

Un, dos, très, le 3 a toujours représenté la perfection divine, symbole de l'équilibre par excellence : un tabouret à 3 pieds sera toujours solide et bien calé quelles que soient les irrégularités du sol, ce qui n'est pas le cas du quadrupède. La vieille blague d'ivrogne qui veut qu'on ne parte pas boiteux, sur une seule jambe, en n'ayant bu qu'un seul verre, aurait plus de fondement sémantique si elle disait : tu ne vas pas partir sur tes deux jambes, malheureux ! Prends une canne... Une, deux, trois rôteuses de décapsulées, c'est un bon chiffre et un apéro classieux. Un lâcher de petites bulles qui donnait gaiement le départ des festivités.

Plateau de charcuteries limousines faites maison. Pâté, saucisses sèches, boudin, jambon... Le "Cul-noir de Saint-Yrieix", une race locale de porcs, a une viande d'une qualité incomparable. Au lieu des quelques mois d'engraissement que nécessitent les races insipides trafiquées par les agrocrates de la perfide Albion, le Cul-noir demande d'être nourri avec amour pendant 3 ans pour que sa viande atteigne la plénitude de sa maturité olfactive et savoureuse. Un quarteron d'éleveurs passionnés et désintéressés s'appliquent à développer le nombre de reproducteurs en faisant une véritable œuvre de missionnaire auprès de leurs collègues. Une fois traitée avec respect selon des recettes familiales inchangées depuis des lustres, c'est dans la Rolls de la cochonaille que nous allons passer les instants suivants. Un Gigondas de propriétaire, pas trop jeune, sera largement assez charpenté pour se colleter avec les odeurs puissantes, un peu entêtantes de cette charcuterie d'exception. Un, dos, très, le rythme s'installe.

La paella poissons et fruits de mer attendait sagement son tour sur le brasero aux braises mourantes. Les filles, après avoir pité quelques morceaux finement épicés, optèrent sans vergogne pour le breuvage qui est sans conteste la honte de la profession : le rosé, et en l'occurrence le pire, de Provence. Le raisin, qui, déjà, est de plus en plus séparé de sa grappe par les machines à vendanger, ne macère même plus avec sa peau et ses pépins. Le jus est de suite soutiré et perd de ce fait ses tanins, ses anthocyanes, ses polyphénols, tous éléments conseillés par la Faculté pour la conservation naturelle du vin et ses effets bénéfiques sur les maladies cardio-vasculaires (mais pas aux doses dont nous parlons ici !). Les garçons préférèrent, dans un but sanitaire bien évidemment, un Fitou épais dont la température (bizarrement écrite sur l'étiquette) était de 13°, et qui se maria sans gros problèmes avec le safran pimenté à l'espelette. Là également : un, dos, para nosotros, y très, ... para las ninas.

Arriva une proposition inestimable à laquelle je ne regretterai jamais d'avoir acquiescé : un trou limousin, mais l'un de ceux dont on ne remonte pas identique. J'ai une addiction particulière envers les alcools blancs. J'en ai bu, j'en boirai, je m'essaye à leur fabrication, j'aime leur transparence totale, leur eau pure, je les collectionne et les classe dans mes papilles, je recherche les crus rares, les années mythiques, j'aime l'eau, j'aime la vie, j'aime l'eau de vie, et j'affirme ici que jamais je n'ai bu pareille merveille. J'ai pourtant une préférence pour les alcools tirés des drupes de prunus, quels qu'ils soient, mais là, il s'agissait d'un simple marc. J'allais dire d'un vulgaire marc, car le marc, fabriqué en principe à partir de tas de rafle exposés à la pluie après qu'on en ait exprimé tout le jus, ou bien issu de la distillation d'excédents choisis parmi les plus mauvais vins de consommation courante, est rarement buvable... Mais celui-ci avait son histoire : le père de notre hôte avait acheté sur pied la récolte de quelques rangées de vigne Muscat, l'avait laissée mûrir au maximum, pour recueillir tous les sucres et même les débuts de fermentation noble, l'avait vendangée "à la Sauternes", en ciselant au sécateur pointu, pour les jeter, tous les grains pourris ou malades, avait enfin vinifié dans les règles de l'Art ce nectar dans l'unique but de l'amener à l'alambic. Ce gars là savait ce qu'il faisait : sa gnole, qui commençait à avoir de la bouteille puisque lui-même était les deux pieds contre la muraille de son caveau depuis longtemps, son "Muscat" était riche, ample, muscaté bien sûr, mais sans cette acidité qu'ont trop souvent les raisins de bouche ramassés trop tôt pour mieux "présenter". Je restai le nez plongé avec délices dans le grand verre à cognac où on me l'avait servi, sans oser y tremper mes lèvres, juste pour faire durer le plaisir, tellement les effluves qui squattaient mes naseaux étaient prometteuses de bonheurs plus élevés. Je finis par n'en plus pouvoir et m'en jetai un coup derrière la cravate. Tous mes sens saturés, je perdis connaissance de tout, sauf de ce diamant liquide qui m'occupait seul l'esprit. Je n'écoutais plus la conversation, je murmurais juste en sirotant à petites gorgées : c'est TROP bon... Et ça durait, ça durait... Il faut dire qu'en regardant mon hôtesse me servir, j'avais remarqué sa technique on ne peut plus particulière : d'un mouvement vif du poignet, elle mettait le goulot dans le verre, bouteille complètement renversée mais bien verticale, et laissait glouglouter avec violence avant de la redresser in extremis. Autant dire que son but n'était pas d'en verser le moins possible. Le papet avait dû distiller un hectare de muscat et l'approvisionnement était assuré.

Pendant ce temps, notre hôte avait sorti le soufflet, ranimé les braises et lancé les brochettes. Là non plus, pas n'importe quelles brochettes. Etant d'une famille de bouchers, il connaissait les bons morceaux, ceux que les pros se réservent ou mettent de côté pour leurs clients connaisseurs. Il s'était fait découper des carrés dans la POIRE ! La poire étant un petit morceau en forme de poire, d'où son nom, qui pèse moins que rien, et, pour préparer tout ce qu'on s'est mis de ces brochettes délectables dans le cornet, le boucher a dû tuer trois ou quatre taurillons ? Enfin, c'était bien bon, surtout arrosé d'un Haut-médoc parfait-parfait dont je ne me rappelle plus le nom. Mais comment a-t-il deviné que le Haut médoc est mon Bordeaux préféré, le bougre ? J'ai commis l'impolitesse de le lui signaler et il est allé illico chercher les sœurs des trois premières bordelaises défunctées prématurément.

Ça tombait bien, le plateau de fromages arrivait, et en Limousin, ils s'y connaissent en fromage ! Il n'y a pas besoin d'aller bien loin (même s'il faut changer de région, si si, même avec le redécoupage de Hollande !) pour trouver un Salers d'un autre monde, par exemple. Croûte de dix centimètres d'épaisseur, celui-ci était millésimé 2003. Et bien moi je dis que c'est une bonne année. Le saint Nectaire était crémeux à souhait, sucré, sans cette odeur de cave jamais aérée que certains ont. Le Bleu d'Auvergne valait le voyage à lui tout seul. Il laissait derrière lui les 3/4 des roqueforts injustement adulés. Le bleu souffre de la présence sur les rayons de supermarché de ces tas de pâte blanc-bleu bouillis et sous-plastiqués qui portent le même nom que lui. Lui qui, à base de lait de vache, mais grâce à un coup de patte ancestral, arrive à développer des arômes improbables, pleins de douceur et de force à la fois ? Et l'autre fromage à la mie de pain qui la ramène ? Mais c'est facile d'avoir un goût musclé quand on est fait avec du lait de brebis qui broutent des camps d'entraînement militaire ! Ha le vin et le fromage, comme ça va bien ensemble ? Et un peu de fromage pour finir mon vin... Et un peu de vin pour finir mon fromage, comme on disait chez moi...

Attention délicate, le dessert est une salade de fruit. C'est frais, c'est léger, ça se transforme en alcool dans l'estomac, tout pour nous plaire... Ma belle-mère, qui décidément ne comprendra jamais rien au pinard, est arrivée avec trois bouteilles de Vouvray ROSÉ PÉTILLANT sous le bras ! Elle me force à en ouvrir une et je m'exécute, en me gardant bien d'y goûter. Mon nouvel ami et moi restons sur les valeurs sûres, son Haut-médoc de gala, toujours excellent même après la cinquième bouteille, ce qui est significatif du vraiment grand vin. Le vin frimeur peut faire illusion à la 1ère bouteille, mais il montrera OBLIGATOIREMENT ses faiblesses dès la 2ième. Il faut absolument que je le rappelle pour lui demander l'adresse. Bon dieu ce château ! Fin, long en bouche, sans aucune épice désagréable, et avec surtout "ce cœur vert" (je ne sais pas comment le dire autrement) si caractéristique du terroir Haut-médoc, et qui lui donne toute sa fraîcheur... Terrible.

Mis en confiance par la qualité du 1er "Trou limousin", j'en accepte un second, à la poire, ce petit nouveau, pour accompagner mon café. C'est qu'il est déjà sept heures du soir et qu'il commence à faire nuit, mais bon, ces fauteuils en châtaignier sont si accueillants... Technique identique pour servir la Poire, et même verre tulipe géant : un seul tour de table et la bouteille est niquée. Leur Poire sauvage est aussi sublime que leur Muscat. Sa saveur de "fruit piqué par les abeilles" est géniale. Le jus s'écoule par les trous des piqûres, est séché, cuit par le soleil, se confise en quelque sorte et donne au fruit une odeur inimitable que le bouilleur de cru sut respecter. Cette maison mérite un détour, comme ils disent chez Michelin !

Il n'est compagnie si bonne qu'elle ne se quitte, mais avant, ils tinrent absolument à nous faire admirer quelques bronzes style "genre hideux" qu'ils semblent collectionner avec amour. Je fais l'erreur de poser mes fesses sur un des fauteuils du salon et mes yeux se posent sur une bouteille de Cardhu qui traînait là. Ho, une bouteille de Cardhu, dis-je avec plus ou moins d'à propos car je devais âprement regretter ces quatre mots exactement vingt minutes plus tard. Nous étions dans une maison organisée, des verres se trouvaient près de la bouteille, le coup de poignet toujours vif et précis fit son office et ce fut cette bouteille-ci qui fit déborder le vase. Les autres, bien sûr, innocentes comme le Pastis qui vient juste de sortir du doseur, n'y étant pour rien. Les filles, dégoûtées, nous abandonnèrent à notre triste sort, nous nous mîmes à tenir (avec une certaine difficulté d'élocution) des propos d'ivrognes, certaines paroles étant de purs copiés-collés de chansons du Grand Jacques (je vais encore me faire remonter les bretelles par notre Françoise). Dans un accès de confiance mal placée, je pris mon collègue par le bras et lui dis :

"Allez, on va prendre l'apéro chez moi, tu vas voir, c'est rigolo, l'apéro chez moi, y a des tas d'alcools bizarres, des bouteilles du temps ou y avait encore dix brasseries/distilleries dans le village...".

Je me rappelle très précisément que nous avons traversé à petits pas le boulevard, avec une grosse trouille au ventre de nous faire écraser par un chauffard plus atteint que nous. Nous sommes arrivés chez moi, je n'ai plus parlé d'apéro, ni les autres, d'ailleurs, je me suis concentré en serrant les dents sur ce simple but : maîtriser les soubresauts de mon œsophage. J'y suis parvenu en fermant les yeux, en restant parfaitement immobile et en priant très fort pour que quelqu'un les foute dehors. Ils ne devaient guère être plus reluisants que moi, tout professionnels qu'ils étaient, car ils ne se sont pas attardés. La porte à peine refermée sur eux, j'ai lâché la bonde, j'ai vomi tripoux et boyaux. On a sa fierté : j'ai peut être craqué le premier, mais pas devant eux. Je suis monté me coucher, à peine allongé, j'ai remis une couche de cire d'abeille sur le parquet, évidemment, j'ai penché le plat : ça a coulé. C'est ce qui pouvait m'arriver de mieux. Tout ce que j'ai rejeté n'a pas continué à percoler par osmose dans mon sang pendant toute la nuit ?

Le lendemain, j'ai revu les pros. Ils m'ont dit : "Alors, on remet ça ?". J'ai décliné. Et pourtant j'ai besoin, régulièrement, de partir ainsi à la recherche de mes racines, de me replonger dans la France profonde...

Une France profondément assoiffée...

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 >